Ville et Urbanisation

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Pour introduire cette partie, nous allons nous intéresser à une nouvelle énigme concernant la ville de Touba au Sénégal.

Touba est une vaste agglomération constituée d’éléments de bases réduites avec des petites parcelles dans un tissu qui n’est pas extrêmement dense, car ce ne sont pas des bâtiments destinés à des résidences individuelles (unité familiale). Cependant, on ne constate pas de forte densité de population.

Son extension spatiale est importante, elle correspond à une organisation interne évidente avec des voies qui structurent le tissu urbain introduisant un lien entre les différents quartiers.

Le paradoxe réside dans le fait que Touba ne fait pas partie des villes officielles du Sénégal. En fait, cela renvoie à la définition même de la ville.

Définitions

Urbanisation

C’est un processus de concentration d’êtres humains et de leurs activités dans des agglomérations bâties.

Trois manières de devenir citadin ou « le moteur de l’urbanisation »

Quand un être humain devient citadin, il contribue à l’urbanisation :

  • naitre dans une ville (croissance naturelle) : c’est participer à la croissance interne c’est-à-dire à la croissance naturelle de la ville ;
  • s’installer en ville (croissance migratoire) : en passant du milieu rural au milieu urbain par une opération de migration. Cela renvoie aussi au processus d’exode rural ;
  • transformation de son milieu : c’est devenir citoyen au cours de son existence sans migrer. Il faut que le milieu d’origine se transforme et soit considéré comme relevant du milieu urbain. C’est une absorption de localités périurbaines ou provient d’un changement de statut. Cela peut être une localité qui dépasse un seuil de population ou des villes qui par leur expansion sont absorbées dans une agglomération urbaine.

La ville

Plusieurs critères peuvent être retenus, ils sont généralement associés entre eux :

  • critère morphologique : on s’intéresse à la forme et à l’apparence. On cherche à identifier des agglomérations à partir de la continuité du bâti. Pour considérer qu’ils soient agglomérés, il faut qu’ils soient « proche les unes des autres » ; cela nécessite l’introduction de seuil de distance.
  • critère démographique : c’est le nombre d’habitants qui constituent la ville
  • critère administratif : on cherche à définir le statut administratif de la localité ainsi que ses limites à l’intérieur desquelles on va considérer le fait que l’agglomération est une ville ou non. Certaines régions ne peuvent être considérées comme localité qu’en tant que « chefs-lieux ».
  • critère fonctionnel : c’est la ville en tant qu’entité fonctionnelle comme le nombre d’emplois (assimilation à l’idée de pôle d’emploi) ou bien la prise en compte des mouvements qui existent régulièrement pour occuper les emplois de la ville (migrations quotidiennes de travail). La ville regroupe des personnes qui occupent des emplois ainsi que des personnes externes qui occupent des emplois à l’intérieur de la ville. Les migrations alternantes permettent de définir l’extension de la ville indépendamment de la définition morphologique.

La combinaison des critères précédents permet de dégager trois grandes définitions de la ville :

  • définition administrative : le statut de la localité est privilégié et les limites des entités administratives définissent le périmètre urbain. Cela déclenche des exclusions soit une vision extensive de la ville.

Exemple – Touba n’est pas considéré comme une ville au Sénégal, car elle n’a pas de statut de « chef-lieu », ce n’est pas une localité. Ainsi la deuxième agglomération du pays est exclue. Cela découle d’un souhait des autorités de laisser Touba à l’écart du pouvoir administratif, car c’est une localité de la confrérie mouri de que les pouvoirs publics ont voulu laisser à l’écart de l’organigramme du a sa fonction de centre religieux. D’autre part cette localité a connu une très forte croissance, ce qui n’empêche que l’organigramme officiel ne la toujours pas intégré. Si Touba a connu une forte croissance, c’est pour le dynamisme de ses activités, mais principalement par l’existence d’une diaspora qui contribue à la dynamique économique et au développement de la ville.

On peut toutefois avoir l’inclusion de petites localités administratives voir l’inclusion de toute une périphérie qui fait partie des frontières administratives

  • définition morphologique : c’est lorsque l’agglomération physique est privilégiée en association un seuil de populations agglomérées. Pour cela il faut d’abord introduire un seuil de distance qui marque une continuité du bâti entre 50 mètres au minimum et 200 mètres au maximum; on s’interroge aussi sur l’inclusion d’un certain nombre d’infrastructures.

Exemple – en Suisse on retient le seuil de 10000 habitants, en France l’unité urbaine est considérée quand on a une agglomération morphologique caractérisée par une continuité du bâti quand on a 2000 habitants

  • définition fonctionnelle : c’est l’intégration de périphérie où résident des populations citadines indépendantes de la ville. Leurs populations ont recours aux migrations alternantes aussi dit « migration pendulaire » de centres-dortoirs vers centres de travail.

Quelques définitions supplémentaires :

  • banlieue : espace constitué par des communes à l’intérieur d’une agglomération, mais différentes de la ville centre. Ce mot tire son origine de la période médiévale, c’était des zones au banc de la cité.
  • périurbain : c’est le milieu qui se situe au-delà de l’agglomération morphologique cependant il dépend fonctionnellement de la ville
  • conurbation : c’est une variante de l’agglomération, ce terme désigne les agglomérations constituées de deux ou plusieurs agglomérations qui se sont reliées. L’expansion d’une agglomération fait qu’une autre ville devient intégrée créant un ensemble, cependant on distingue deux centres. En d’autre terme ces villes sont devenues coalescentes.

Exemple – Johannesburg qui est la capitale politique et Pretoria qui est la capitale économique, par leur faible distance d’une centaine de kilomètres faite qu’on est en présence d’une conurbation. La région allant de Boston à Washington en passant par New York est devenue progressivement une vaste conurbation.

Pour appréhender le phénomène des agglomérations en Suisse a été défini un certain nombre de critères qui a permis d’aboutir à la définition des agglomérations suisses

Schuler Martin, Joye Dominique, Dessemontet Pierre ; Recensement fédéral de la population 2000. Les niveaux géographiques de la Suisse, OFS, Neuchâtel 2005.

En France, quand il y a une continuité de bâtie de moins de 200 mètres avec plus de 2000 habitants, alors on a une unité urbaine. Selon ce critère on a entre 75 et 80%de la population désignée comme citadine. Cependant on va avoir le milieu périurbain qui n’est pas constitutif de l’agglomération morphologique et qui n’est pas considéré comme faisant partie de l’urbain.

Les services statistiques utilisent la définition des unités urbaines définies à partir des pôles d’emplois :

  • nécessite un pôle d’emploi ;
  • pôle d’emploi : agglomération au sein de laquelle il y a plus de 5000 ;

emplois. Dès lors, toute une série de villes disparaît de l’aire urbaine ;

  • inclusion de la périphérie qui donne un poids au pôle urbain.

Dans le premier cas, on prend en compte la population des agglomérations, dans le second cas on prend en compte les périphéries.

Les très grandes villes

Plusieurs mots reviennent souvent dans la littérature scientifique et les médias à savoir ceux de métropole, mégapole, mégalopole. On les utilise à tort comme des synonymes, car ils ont chacun leurs spécificités.

Métropole

Il ne s’applique pas exclusivement à l’échelle des très grandes villes. Le terme de métropole provient de la Grèce antique, il signifiait la « cité mère » à savoir la cité d’origine à partir de laquelle pouvait se constituer une entité élargie avec la cité d’origine et ses colonies.

Pour qu’une ville soit considérée comme une métropole, elle doit être antérieure à d’autres villes. Aujourd’hui les métropoles ce sont des villes en position de domination par rapport à d’autres villes qui constituent un réseau de villes dépendant.

Exemple – dans certains États fédéraux comme aux États-Unis il y a des métropoles qui jouent un rôle économique, mais qui ne constituent pas des métropoles complètes au niveau des pouvoirs qu’elle détient, c’est le cas de New York par rapport à Washington et de Pretoria par rapport à Johannesburg.

Les mégapoles et les mégalopoles se constituent à l’échelle mondiale en fonction d’un seuil de population.

Mégapole

Une mégapole : photo satellite de l'extension urbaine du Grand Los Angeles, avec sur la côte une promenade s'étendant sur 50 km.

On parle d’une agglomération : c’est une très grande agglomération à l’échelle mondiale qui concentre un nombre d’habitants très élevé. Le seuil est de 10 millions d’habitants agglomérés ce qui à l’échelle mondiale représente environ 25 agglomérations. C’est donc une conception restrictive. Si l’on retient un seuil élevé, c’est pour faire référence à une notion de gigantisme.

Une conception plus extensive serait d’abaisser le seuil à 5 millions intensifiant le phénomène de mégapole.

Mégalopole

On désigne une grande région remarquable à l’échelle mondiale dans laquelle on va retrouver un seuil très dense d’agglomérations qui ne sont pas forcements coalescents avec souvent une mégapole, d’autres grandes villes et un semi de villes moyennes.

Exemple – la mégalopole qui s’étend de Boston à Washington qui correspond à une succession de ville dont certaines sont très grandes. Gottmann a inventé le terme de mégalopolis pour désigner cette région. Il a identifié deux autres situations à savoir l’Europe Rhénane allant de Rotterdam jusqu’en amont du Rhin aux alentours de Bâle, mais aussi l’ile de Honshu au Japon qui intègre l’agglomération de Tokyo. Dans le cas de la mégalopole rhénane, des facteurs géographiques naturels séparent les espaces ce qui en fait son originalité.

Ce phénomène désigne des régions qui sont les centres dynamiques de la triade conceptualisant un pôle économique à l’échelle mondiale.

populationdata.net

Ce phénomène de réflectance rend compte de deux phénomènes :

  • une forte concentration de la population dans les zones émettrices de lumière (le sous-continent indien, l’Asie orientale, l’Europe occidentale,

l’Amérique du Nord).

  • les régions les plus denses ne sont cependant pas celles qui émettent le plus en comparaison des trois pôles de la triade.

Le critère de concentration de la population joue un rôle tout comme le critère de développement et de niveau de richesse. La réalité des mégalopoles renvoie aussi à la combinaison de ces deux facteurs. On pourrait aussi parler de configuration de type mégalopole au Brésil en fonction de la faible distance entre les villes ; mais aussi en Guinée et au Benin indépendant du niveau de développement.

Source : MegaCity TaskForce de l’Union géographique internationale. http://www.megacities.uni-koeln.de/documentation

Dans cette carte, le seuil de 5 millions d’habitants est utilisé afin de définir les mégalopoles ce qui pose le problème des définitions officielles et des seuils de population. Par exemple, la conurbation de Johannesburg et Pretoria dépasse les 5 millions d’habitants, mais n’étant pas suffisamment considéré par les organismes de statistiques officiels on ne la reconnait pas en tant que mégalopole.

Il prodotto urbano lordo (PUL) - inventareilmondo.net

Ici, le cercle proportionnel est proportionnel au PIB des agglomérations. Cela pose la question de l’attribution de la production à l’urbain et la quantification de l’activité urbaine qui n’est pas officielle.

La région urbaine de Johannesburg-Prétoria[3]

On voit comment se constitue une agglomération à partir de cette carte de l’agglomération de Johannesburg et Pretoria au début des années 1990.

Les villes globales

Cette notion a émergé dans la littérature scientifique au début des années 1990 qui correspond à la fin de la guerre froide et à l’affirmation de la mondialisation portant une réflexion de la conception du monde. Saskia Sassen a publiée en 1991 The Global City : New York, London, Tokyo[4], Peter Taylor a publié World City Network: a Global Urban Analysis[5] en 2004 et Allan Scott Global City Regions[6] en 2001.

Ces auteurs définissent la ville globale non pas sur un seuil dimensionnel ni sur un critère de domination d’un réseau urbain, mais plutôt sur le critère de l’inscription fonctionnelle de la ville dans un mécanisme de mondialisation ; c’est l’exercice de fonctions rares qui jouent un rôle à l’échelle mondiale :

  • services financiers (bourses, agences de notations, compagnies d’assurances) ;
  • services juridiques (cabinets d’avocats d’affaires internationales) ;
  • services liés aux communications (presse économique et politique internationale) ;
  • services liés aux infrastructures (hubs aéroportuaires) ;
  • services culturels (musées, lieux de création).
The Economist Newsweek editorial offices

Cette carte localise un ensemble de correspondants d’un certain nombre de magazines dans le monde. Le point rouge est un correspondant permanent de The Economist, un point bleu un correspondant permanent de ""Newsweek"".

This map illustrates the new metageography which GaWC is all about. It is an outcome of one of our early projects and details of how it was constructed can be found in GaWC Research Bulletin 5

Ici, les villes sont organisées en fonction de leurs coordonnées géographiques. Certaines villes comme Genève sont considérées comme partiellement globales grâce à la présence d’organisations internationales et de services financiers. Genève n’est pas une mégapole ni inscrite dans une mégalopole.

La ville globale n’existe que parce qu’elle s’inscrit dans un réseau global ce qui n’empêche certaines de jouer un rôle sur un arrière-pays comme Londres, Hong-kong et Singapour. Au contraire, Tokyo ne joue pas de rôle déterminant en tant que place centrale dans l’ensemble asiatique.

source : Globalization and World Cities Research Network (GWCRN)

De la ville aux réseaux de villes

L’approche « site-situation » et le paradigme déterministe-possibiliste

On cherche à répondre à la question de la localisation. La réponse se fait sous forme d’un modèle « site-situation » élaborée par la géographie urbaine. D’abord, on s’intéresse au « site » puis à la « situation ».

Cependant ce modèle est désuet, car il renvoie à un paradigme de type possibiliste.

  • le déterminisme associe un milieu naturel à un type d’occupation humaine ;
  • le possibilisme c’est que les conditions naturelles offrent des conditions illimitées pour occuper l’espace et le transformer.

L’approche site-situation associe les conditions naturelles et l’occupation humaine d’un lieu :

  • site : revoie aux caractéristiques de l’espace sur lequel s’est développée originellement une ville :
    • qualité du terrain en termes de protection vis-à-vis des phénomènes naturels et menaces venant de communautés externes.
    • possibilités de franchissement topographique qui privilégie des sites où le franchissement est facilité.
  • situation : renvoie aux caractéristiques en termes de position qu’occupe la ville par rapport à des voies de communication et des zones de contacts entre de grandes régions.

Exemple – Genève : le site originel (à la confluence de l’Arve et du Rhône) offre des possibilités en termes de franchissement, mais aussi en termes de défense avec des promontoires en cas de crus. La situation est au croisement d’axe rhodanien-lémanique, c’est un carrefour qui relie l’Europe du sud-est à l’Europe centrale par le Mitteland suisse.

Modèle de Christaller : théorie des places centrales

Ce modèle rend compte de la localisation des villes dans un espace, mais de la localisation des villes relativement des unes par rapport aux autres ainsi que du développement et de la hiérarchie de chaque une dans l’espace.

Christaller développe la théorie des places centrales[7] en émettant plusieurs hypothèses :

  • l’espace est neutre : les déplacements et les échanges sont strictement équivalents ;
  • les agents vont opter pour des actions et des activités selon une base rationnelle et identique qui favorise leurs intérêts propres.

Il s’interroge sur la répartition régulière des villes dans un espace selon leur taille.

On voit apparaître des polygones régulièrement emboités avec en leur centre une place-centre soit une ville susceptible de polariser un certain nombre d’activités et de répondre aux agents présents dans son espace. Un polygone de taille moyenne domine les petits polygones. Un grand polygone polarise les moyennes villes qui elles-mêmes polarisent les petites villes.

C’est une logique de répartition hiérarchique des villes dans l’espace de façon régulière autour d’un réseau, cependant cet espace doit être isotrope pour répondre à ce modèle.

Trois principes logiques apparaissent :

  • logique de marché : un certain nombre de services doivent être facilement accessibles. Les services les plus rares se situent dans un ordre hiérarchique plus élevé, en d’autres termes c’est la répartition des services selon leur fréquence d’utilisation ;
  • logique de transport : structuration d’en système de transport organisé systématiquement ;
  • logique d’administration : résulte d’une organisation spatiale pyramidale de lieux centraux secondaires autour d’un lieu central principal. Chaque lieu central situé au centre de l’hexagone principal exerce son pouvoir administratif et politique sur les lieux centraux secondaires.

Les systèmes de villes

  • Semis urbain : on s’intéresse à la répartition des villes dans l'espace et, les relations entre elles et l'influence exercée par les villes sur les territoires.
  • Armature urbaine : souligne le rôle des villes dans l'organisation de l'espace. Le terme « armature urbaine » renvoie à l'encadrement de territoire par les villes. Le réseau urbain insiste sur les interrelations entre les villes. Le système de ville met l'accent sur les relations et les interdépendances entre les villes.
  • Réseau urbain : désigne les infrastructures de voiries, de transports, de canalisations et câblages, etc. propres à une agglomération.
  • Système de villes : évoque les relations qu'entretiennent les villes entre elles à travers les voies qui assurent leurs échanges, les flux qui en traduisent l'intensité.

Loi rang-taille

Un système urbain est un ensemble de villes reliées les unes aux autres dans un cadre régional ou international. On peut les classer selon leur rang ou leur taille d’après une loi logarithmique.

Loi rang-taille egypte.png

Graphiquement chaque ville est reliée selon son rang et sa taille. On voit apparaître des informations sur le réseau de ville et sa forme. C’est un modèle descriptif qui permet d’interpréter un réseau de ville.

Ici apparaît un déséquilibre entre la tête du système et sa fin. La particularité se situe entre les deux premières villes et la suite de la distribution à savoir Le Caire et Alexandrie. On va changer d’échelle pour s’intéresser à l’ensemble du monde arabe, car Le Caire et Alexandrie y ont joué un rôle central sur la longue durée

Loi rang-taille monde arabe.png

La taille du Caire et d’Alexandrie apparaît maintenant beaucoup plus « normale » dans ce système changé d’échelle.

Loi rang-taille facteurs de non linéarité.png

Dans un système fédéral, on a souvent un ensemble de grandes villes peu différenciées entre elles sans émergence d’une super métropole.

Dans les systèmes planifiés où l’État est intervenu fortement en termes d’aménagement du territoire il va y avoir une très grande ville ainsi qu’une promotion de villes intermédiaires.

Le développement des villes du sud

Les villes se sont développées sur des besoins qui expliquent un appel d’une main-d’œuvre externe à la ville. Dans le sud le développement des villes est lié à un phénomène d’exode rural.

Le modèle de la ville du sud-est original comparé aux villes du nord. On cherche depuis longue date à comprendre comment s’organise l’espace aggloméré en termes de répartition des communautés et de types de population avec des explications d’ordre strictement économique ainsi que des explications sociologiques qui mettent en avant les choix individuels.

L’école de Chicago a élaboré un certain nombre de modèles qui permettent d’expliquer le choix des localisations des primomigrants se basant sur des réseaux de solidarité. Ils ont cherché à comprendre les logiques d’implantation sur la base de critères préalablement définis qui permettent de rendre compte d’une répartition à la fois statique et dynamique.

Le Niger est le dernier au classement de l’IDH[8] malgré un sol riche en minerais comme l’Uranium. La ville de Niamey au Niger est le parangon de ce paradoxe.

Les quartiers d’habitats sont fondés sur l’autopromotion urbaine. L’installation n’a pas forcément fait l’objet d’une déclaration officielle ni d’une planification préalable. Le tissu informel s’est développé à partir d’un tissu formel initial.

Ce quartier est un quartier du centre densifié autour d’une construction initiale relatant d’une certaine précarité qui est l’habitat d’une majorité de citadin dans un certain nombre de villes africaines

Organisation de la ville coloniale

source : A. Dubresson

Ce modèle met en exergue quatre catégories, mais peut sembler statique,cependant la part réservée à la dynamique urbaine est bien présente :

  • Centre : la centralité relève de deux périodes historiques période précoloniale en particulier musulmane pour l’Afrique du Nord période coloniale : on voit le développement d’un quartier des affaires a posteriori ;
  • Habitat : on distingue trois catégories qui s’effectuent en lien avec les principaux axes soit de forme radioconcentrique couplée à un modèle sectoriel pour les villes d’Afrique du Nord; soit pour les villes d’Afrique de l’ouest une forme radioconcentrique digitée.
    • résidentiel aisé : habitat bâti de qualité supérieure pour les populations aisés, ce sont des quartiers qui relèvent d’une certaine planification constituée d’un habitat légal et déclaré dont la propriété foncière est assurée. Les différentes résidences sont reliées à l’eau et à l’électricité,reliée à une voirie, reliées à un ensemble de services de base. Au nord, ce ne sont que des « modalités normales ».
    • précaire loti : assure une certaine organisation de l’urbanisation qui se fait par lotissement qui peut s’effectuer dans le cadre de l’autopromotion par des populations qui urbanisent leur espace par eux-mêmes ou par des promoteurs.
    • précaire non-loti : c’est l’habitat précaire sous intégré qui n’a pas vocation à être présent de façon durable et à être raccordé aux services de base sans régularisation interne.
  • Équipement
  • Dynamique

Ce modèle montre que les nouveaux arrivant dans le cadre de l‘exode rural viennent à proximité du centre dans la partie péricentrale ou se trouve l’habitat précaire et informel, et cela en lien avec les communautés d’origine déjà en ville,ensuite ils vont se disperser dans le tissu urbain par une redistribution interne qui va densifier le tissu urbain périphérique marquée par une croissance notable.

Création de l’espace urbanisé

On peut distinguer une voie « normale » et légale pour la production d’espaces urbanisés qui passe par trois phases :

  1. viabilisation : déclaration de l’espace constructible par un système de distribution de la propriété légale et une déclaration technique qui passe par le raccordement à des services de base (eau, électricité) ainsi qu’à la voirie.
  2. construction
  3. occupation : occupation du bâti par les résidents.

Dans les pays du sud, le processus suit une autre logique de base en deux phases comme dans les bidons-villes :

  1. occupation
  2. construction : de type précaire

L’originalité des villes du sud réside dans son processus d’occupation qui explique comment se constituent les différents quartiers des villes du sud :

  1. construction : les entrepreneurs savent qu’ils ne peuvent construire dans un cadre légal
  2. occupation
  3. régularisation et viabilisation a posteriori : permet les raccordements à la voirie et une reconnaissance légale foncière

Modèle de Davis : la ville d’apartheid

Les composantes de la ville d'apartheid.

La particularité réside dans le fait que des morceaux de ville sont projetés hors de la ville suivant la logique de grand apartheid tandis l’apartheid urbain explique cette organisation de la ville.

Ce modèle prévaut encore aujourd’hui même avec la fin de l’apartheid alors qu’on pensait que la disparition de la ségrégation restructurerait l’organisation urbaine. L’une des explications est que les populations des bantoustans sont sédentarisées est peuvent jouer des opportunités à la fois de l’urbain et de la ruralité.

source : terrain 1998 - 2002[9]

Modèle de l’école de Chicago

Les modèles complémentaires de Burgess, Hoyt et Harris et Ullman

Apparaît une logique de répartition qui permet d’identifier des principes de répartition et de diffusion sur la base d’un système concentrique, sectoriel et de noyaux multiples.

La combinaison de ces modèles de base rend compte de la distribution des populations dans la cartographie urbaine.

Modèles complémentaires de Burgess, Hoyt et Harris et Ullman - combinaison.png

Annexes

Références

  1. Unités urbaines et aires urbaines - institut Veolia - unité urbaine
  2. Unités urbaines et aires urbaines - institut Veolia - aire urbaine
  3. Ville d'apartheid, ville de ségrégation : Johannesburg par Jean-François Valleix
  4. Sassen, Saskia - The Global City: New York, London, Tokyo. (1991) - Princeton University Press. ISBN 0-691-07063-6
  5. Taylor, P.J. (2004): World city network: a global urban analysis. London: Routledge.
  6. Scott, Allan J. (dir.) (2001). Global City-Regions, Trends, Theory, Policy, New York, The Oxford University, 467p.
  7. Walter Christaller, Die zentralen Orte in Süddeutschland, Iéna, université d'Iéna,‎ 1933
  8. Rapport sur le développement humain en Afrique 2012 : Vers une sécurité alimentaire durable - Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD)
  9. Folio Fabrice. Villes post-apartheid au Kwazulu-Natal : une déclinaison du modèle de Davies. In: L'information géographique. Volume 68 n°4, 2004. pp. 320-339.