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La question de Daech : enjeux et défis

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La question des attentats du 13 novembre à Paris est une question de relations internationales, mais qui est beaucoup plus large que cela. Nous allons d’abord voir la question régionale en relation à la question du terrorisme et de l’islamisme radical, puis la dimension mondiale des évènements, parce que ce qui s’est passé est en liaison avec un problème international et nous verrons le défi comme pose la question de Daech aux démocraties pas seulement en Europe, mais également dans d’autres pays du monde.

Un problème moyen-oriental[edit | edit source]

Les nouvelles logiques de puissances au Moyen 0rient[edit | edit source]

Pour mettre cela en perspective, il faut replacer cela dans le contexte du Moyen-Orient lui-même est il y a de nombreux éléments importants à souligner. Il y a quelque chose qui a changé au Moyen-Orient ces dernières années avec une nouvelle logique de puissance qui se manifeste et dont on voit très clairement aujourd’hui le signe avec Daech. Si on replace tout cela dans le long terme, il est clair que le Moyen-Orient a été une région, si ce n’est complètement, tout au moins dominé par les grandes puissances et les superpuissances en particulier pendant la Guerre froide. Il est vrai que, d’une certaine façon, c’est une région qui n’avait pas d’autonomie géopolitique, qui est en train d’en conquérir une dans la mesure où depuis la fin de la Guerre froide, non seulement, l’ex-URSS a été quasiment absente de la région pendant les quinze années qui ont suivies la chute du mur de Berlin, elle y est revenu récemment étant l’une des clefs du problème et par ailleurs, les États-Unis s’en sont progressivement désengagés même s’ils sont très présents.

C’est un premier élément tout à fait important dans la mesure où on ne peut plus dire aujourd’hui que le Moyen-Orient est un pion dans un affrontement entre grandes puissances. Il y a une géopolitique autonome, en tout cas avec un certain degré d’autonomie étant important afin de comprendre ce qu’il s’y passe même si la clef de la solution appartient toujours, en tout cas en grande partie, aux grandes puissances. Les cartes sont en train d’être rebattues et en particulier parce qu’il y a depuis une dizaine d’années ce qu’il n’y avait pas pendant l’époque de la Guerre froide, c’est-à-dire l’émergence de puissances régionales qui ont des ambitions régionales et ce qui n’était pas le cas il y a quarante ou cinquante ans. On peut penser à la Turquie et à sa montée en puissance au niveau régional depuis une dizaine d’années qui est un fait extrêmement important, et la Turquie aujourd’hui, a un rôle clef dans ce jeu moyen-oriental. Il y a également l’Arabie Saoudite qui est l’autre acteur extrêmement important, mais aussi l’Iran. Ce sont trois puissances régionales dont on voit bien leur impact dans l’actualité récente. Avec l’affrontement entre ces puissances, on voit les ambitions de plus en plus fortes. Il y a encore une quarantaine d’années, ces pays décidaient de leur position en fonction de ce que faisaient les superpuissances que cela soit les États-Unis ou l’URSS. Cela est vrai que lorsqu’on regarde actuellement les affrontements au Yémen qui est un champ d’affrontement entre l’Arabie Saoudite et l’Iran est un exemple parlant ; il y a aussi le Liban et la Syrie. Cela est important, il y a des enjeux de puissance qui existe aujourd’hui qui n’existait pas il y quarante ans.

Par ailleurs, ces rivalités sont des rivalités d’ordre politique et d’ordre géopolitique avec des ambitions de domination, entre autres territorial, mais il y a aussi un affrontement religion avec la frontière entre chiites et sunnites qui est un élément clef à l’intérieur du monde musulman faisant que c’est à la fois un affrontement politique et religieux.

Il y a toujours au Moyen-Orient l’enjeu énergétique qui est extrêmement important. Il était absolument capital en 1945, il l’est toujours, mais son importance tend à diminuer parce que d’abord à long terme, même si les réserves de pétrole dans ces pays sont encore colossales, à l’échelle du siècle venant, elles finiront bien par s’épuiser un jour et par ailleurs, il y a d’autres choses qui ont changé la donne récemment et ne particulier le développement du pétrole de schiste aux États-Unis faisant que les États-Unis ne sont plus dépendants autant qu’ils l’étaient il y a une cinquantaine d’années de l’approvisionnement et des marchés du pétrole moyen-orientaux. C’est un aspect récent.

Dans toutes ces rivalités et ces rivalités territoriales au Moyen-Orient, Daech est un nouvel acteur important parce que ce n’est pas seulement un groupe terroriste, mais c’est un groupe qui a l’ambition de se constituer un territoire. Cela est un élément nouveau dans l’histoire radicale des vingt dernières années. Par rapport aux réseaux transnationaux qui étaient ceux d’Al Qaeda, Daesh essaie de se constituer et de s’implanter dans un territoire avec tout ce que cela comporte et en particulier de collecte de l’impôt et de s’appuyer sur les ressources pétrolières faisant que Daesh a beaucoup de richesses et les moyens de financer ses actions.

Carte des accords Sykes-Picot

L’autre aspect important dans le phénomène de Daech et l’on voit très bien la dimension historique de ces phénomènes. Les accords Sykes Picot de 1916 partageaient le Moyen-Orient entre la France et la Grande-Bretagne, or, Daech a construit son apparition médiatique sur la destruction physique de la frontière qui avait été tracée par les accords Sykes Picot qui, dans certains coins du désert en la Syrie et l’Irak prend la forme d’un mur de sables qui a été symboliquement détruit par Daech pour manifester sa volonté de réunir la Syrie et l’Irak et également pour achever de mettre à bas une définition de frontières qui avait été faite par l’Occident et les colonisateurs. Cela est évidemment un aspect tout à fait important qui joue dans la symbolique politique et qui joue aussi beaucoup dans la mythologie de Daech puisque Daech se présente comme un groupe qui résiste à la loi des grandes puissances et cela est tout à ait important afin de comprendre aussi comment ce groupe peut attirer.

Dans l’évolution de la géopolitique moyen-orientale, le conflit israélo-arabe, qui, finalement a été absolument fondateur dans l’entre-deux-guerres et l’immédiate Deuxième guerre mondiale d’une bonne partie des problèmes du Moyen-Orient, qui a été vraiment l’épicentre des problèmes du Moyen-Orient, aujourd’hui, l’influence tend à décliner. Cela reste un conflit très important, non seulement il est très important et à la limite de plus en plus insoluble. Son importance relative dans la géopolitique du Moyen-Orient est en train de décliner au sens où ce n’est plus le point essentiel. Jusque dans les années 1990 et jusqu’au tout début des années 2000, on pouvait analyser le problème du Moyen-Orient quasiment à travers le prisme du conflit israélo-palestinien qui est le conflit israélo-arabe, mais qui est justement un conflit israélo-palestinien. L’épicentre aujourd’hui n’est plus le conflit israélo-palestinien, mais la Syrie.

La crise Syrie comme épicentre des problèmes du Moyen-Orient : les diverses logiques à l’œuvre[edit | edit source]

Le cas de la Syrie est extrêmement important et finalement, si la crise syrienne qui a débuté en 2011, concentre à peu près tous les problèmes. Avec la Syrie, on voit toute une série de logiques qui sont à l’œuvre avec des logiques locales, régionale, internationale.

La logique locale est celle d’un pouvoir qui est prêt à tout pour se maintenir y compris à détruire sa population. Ceci dit, Bachar Al Assad n’est pas un innovateur en la matière, son père avait marqué des points en ce sens ; dans les années 1980 en particulier, il y a eu plusieurs tentatives de soulèvement qui furent réprimées de façon extrêmement violente avec des dizaines de milliers de morts.

Par ailleurs, il y a également dans cette crise syrienne une radicalisation progressive des acteurs et des différents acteurs qui est liée en partie à l’incapacité de la communauté internationale et de l’ONU en particulier à se saisir du problème, peut être pas forcément à le régler, mais contribuer à le régler. De ce point de vue, l’ONU a été largement paralysée depuis 2011, largement du fait de la Chine et surtout de la Russie qui a en fait bloqué tout le processus. L’attitude russe a complètement paralysé l’action de l’ONU. Ceci étant, cela est important, le succès de l’ONU, de ce point de vue, on s’aperçoit que la logique des grandes puissances avec l’histoire de droit de véto paralyse autant les questions internationales que lorsqu’il y avait avec la Société des Nations, un Conseil avec tous les États possédant un droit de véto. L’exemple de la Guerre froide le montre, mais l’exemple de la crise syrienne le montre également. On peut dire qu’il y aurait certainement eu une intervention en Syrie si la Russie ne s’y était pas opposée. En tout cas, il est clair que la passivité de l’ONU, en tout cas cette incapacité à réagir à largement contribuée à la radicalisation sur le terrain de toute une série d’acteurs.

Il y a également la logique elle-même de Daech qui est une logique territoriale. Cela est important par rapport aux réseaux terroristes « classiques ». C’est l’idée de se constituer un territoire, un territoire où il y a un État en faillite ou bien pas d’État. C’est une stratégie qui suivent d’autres groupes, il est possible de faire le parallèle avec le cas de Boko Harram qui tend à se créer un territoire propre à la charnière du Nigeria, du Cameroun et du Tchad, dans des zones où les États centraux de ces pays n’interviennent pas, plus ou ne sont pas capable d’intervenir. Il y a des stratégies de groupes terroristes qui essaient de se créer un État. Donc, la logique territoriale est importante parce que forcément, il s’agit de pousser, non seulement d’établir sa domination sur un territoire, mais aussi d’éjecter ceux qui y sont avec en plus la dimension symbolique avancée par Daech qui est le rétablissement du Califat, c’est-à-dire de l’Empire arabe. C’est une symbolique extrêmement forte.

La logique des grandes puissances s’interpénètre avec la logique de l’ONU. Il y aussi la logique des puissances régionales qui ont aussi leurs propres intérêts qui ne coïncident pas forcément avec les intérêts de différentes factions en Syrie. Donc, à partir du moment où on a toutes ces logiques extrêmement différentes qui sont à l’œuvre sur ce territoire, la crise est devenue extrêmement complexe. Non seulement elle déstabilise l’ensemble de la région et en particulier les pays limitrophes tels que l’Irak, le Liban, la Turquie, mais également elle déstabilise les pays plus loin en particulier avec la crise des réfugiés actuelle puisque la Syrie est en train de se vider de sa population. Les réfugiés vont d’abord en Turquie et beaucoup en Europe. C’est une crise qui n’est pas seulement liée et confinée au Moyen-Orient.

L’échec du régionalisme moyen-oriental (ligue arabe notamment)[edit | edit source]

Face à cela, l’un des principaux problèmes au Moyen-Orient est qu’il y a les puissances régionales avec leurs propres logiques, mais il y a aussi l’échec d’un régionalisme moyen-oriental et en particulier l’échec d’une organisation créé en 1945 qui est la Ligue arabe, mais qui n’a jamais réussi à peser dans les relations internationales, mais aussi dans les relations moyen-orientales. L’impuissance de la Ligue arabe a été visible dès la fin des années 1940 et 1950, mais elle est apparue encore plus criante avec la crise syrienne où finalement, on a une organisation qui est complément aux abonnés absents depuis le début de cette crise ce qui évidemment est extrêmement préjudiciable.

Le terrorisme[edit | edit source]

On parle beaucoup du terrorisme hors du Moyen-Orient et des attentats en Europe entre autres, mais il faut savoir que les premières victimes du terrorisme sont les arabes eux-mêmes parce que dans les pays en question, la Syrie et l’Irak, il y a des attentats tous les jours est que ce sont eux les premières victimes. C’est un aspect important.

Un problème mondial[edit | edit source]

C’est un mouvement mondial qui est né en particulier dans les années 1980 et 1990 dont les origines se trouvent notamment dans la Guerre d’Afghanistan qui se sont développé dans les années 1990 et qui se sont encore plus cristallisé avec la Guerre d’Irak en 2003. L’Irak qui n’était pas un foyer de fondamentalistes musulmans et l’est devenu en grande partie au moment de l’intervention américaine en 2003, l’Irak étant devenu l’un de ces foyers majeurs, c’est d’ailleurs le foyer essentiel de Daech avec ces mouvements terroristes qui sont en Guerre au Moyen-Orient contre les pouvoirs moyen-orientaux et en l’occurrence contre le pouvoir actuel en Irak qui a comme principale accusation d’avoir été installé par les États-Unis, mais qui sont en guerre de manière beaucoup plus générale contre les grandes puissances et contre les grandes puissances occidentales en particulier. C’est un aspect important et qui explique que l’on n’a pas à faire à un mouvement qui est un feu de paille, mais c’est une tendance lourde du monde contemporain post-guerre froide. Le terrorisme n’est pas apparu avec le 11 Septembre qui est l’une de ses premières manifestations des plus visibles d’autant plus qu’elle a été énormément médiatisée, mais c’est une tendance de fond qui a commencé à s’installer dans les années 1980. En ce qui concerne le cas français, le terrorisme existe en France depuis le milieu des années 1980, mais il n’y a pas que là. C’est une tendance lourde de la géopolitique contemporaine qui n’est sans doute pas près de s’arrêter.

Finalement, Daech est le mouvement dont on parle le plus en ce moment, mais il n’a fait que surpasser en radicalité Al Qaeda qui a eu les faveurs de l’exposition médiatique depuis le début des années 2000, mais qui a été surpassé en cruauté et en exposition par Daech depuis. Il y a toute une série d’autres mouvements parce que lorsqu’on parle d’Al Qaeda par exemple, c’est une nébuleuse et finalement un ensemble de nébuleuses dont certains groupes sont à la fois plus ou moins autonomes et en même temps réclament leur allégeance à Al Qaeda pour avoir un peu plus de visibilité, mais ces groupes ont souvent d’énormes différences que cela soit du point de vue doctrinal ou stratégique. Entre un groupe comme Boko Haram et Al Qaeda, on a de grandes similitudes et les deux sont liées et chacun a son agenda propre et tous ces groupes agissent dans divers secteurs du monde parfois avec des stratégies extrêmement locales et parfois avec des stratégies plus vastes étant un aspect important.

Le problème est mondial parce que les grandes puissances sont impliquées, l’ONU est impliquée et l’organisation internationale de ce point de vue est en train de prouver son impuissance à résoudre ce problème ce qui est quelque chose d’extrêmement grave.

Un défi à la démocratie[edit | edit source]

L’islamisme radical et Daech en particulier pose problème à la démocratie en général, à la démocratie au Moyen-Orient, mais aussi à la démocratie en dehors.

Le Moyen-Orient et la démocratie[edit | edit source]

En ce qui concerne la démocratie au Moyen-Orient, cela est tout à fait clair. De ce point de vue, il faut revenir en arrière parce que les relations entre les Moyen-Orient et la démocratie sont complexes.

Le Conseil des Quatre à la conférence de paix : Lloyd George, Vittorio Orlando, Georges Clemenceau, et Woodrow Wilson.

On ne peut pas s’empêcher de penser au rendez-vous manqué de 1919, c’est-à-dire le règlement de la paix de Versailles à la fin de la Première guerre mondiale. Il y avait une conférence de la paix qui se déroulait entre grandes puissances européennes et cela impliquait beaucoup le reste du point par le biais de la colonisation parce que les grandes puissances européennes avaient des empires et par le biais du démantèlement de l’Empire ottoman. En 1919, d’une manière générale, dans les Quatorze points de Wilson, il y avait la question du droit à l’autodétermination des peuples qui a été affirmé, les différents pays colonisés et les régions anciennement soumis à l’Empire ottoman, ont essayé d’affirmer à la conférence de la pais leur droit à l’autodétermination et il leur a été brutalement répondu par les acteurs majeurs de la conférence de la conférence, notamment par Wilson et Lloyd George ainsi que George Clemenceau, que l’autodétermination, l’indépendance était réservée aux peuples évolués, c’est-à-dire aux blancs. Cela était dit en des termes plus diplomatique, mais le message était celui-là.

L’année 1919 est un moment extrêmement important dans la perte de foi en la démocratie libérale dans laquelle les élites de ces différents pays, au Moyen-Orient et pas seulement croyaient beaucoup. À partir du moment où ils ont été brutalement renvoyés à leur statut de population inférieur ou de colonisé ou les deux, cela a été un choc brutal qui a durablement discrédité la démocratie libérale puisqu’il était évident qu’elle était réservée qu’à une partie des pays du monde ce qui est évidemment en contradiction totale avec l’idée même de démocratie. Donc, ce rendez-vous manqué de 1919 est un aspect important d’autant plus que dans la période qui a suivie dans l’entre-deux-guerres, les grandes puissances ont fait tout ce qu’elles pouvaient pour retarder au maximum l’accession à l’indépendance de ces différentes régions et en particulier pour le Moyen-Orient des mandats. Cela souligne l’importance des phénomènes de long terme. On ne comprendrait le discrédit de la démocratie dans ces régions si on ne prenait pas cela en compte parce qu’avant 1919 elle a suscité un énorme espoir.

Le divorce entre Moyen-Orient et démocratie a largement été réactivé après 1945 ou finalement pendant la Guerre froide, le Moyen-Orient n’a été qu’un champ d’affrontements entre les grandes puissances. C’est un champ d’affrontement qui s’est manifesté de plusieurs manières notamment par la création de l’État d’Israël imposée aux pays arabes qui est un premier élément et puis qui s’est manifesté également par le soutien des grandes puissances à des régimes autoritaires en justification de la Realpolitik et n’ont pas pour des principes démocratiques. De ce point de vue là, il est clair que les États-Unis ont une responsabilité.

Forcément, dans le monde post-guerre froide et en particulier ces dernières années et en particulier vis-à-vis de la crise syrienne, l’attitude des démocraties occidentales et des organisations internationales en particulier de l’ONU, n’ont pas contribué à « redorer le blason de la démocratie » parce qu’en particulier, l’opposition syrienne qui, elle-même est extrêmement divisée, mais qui existe, mais est en train de disparaître, elle n’a pas été prise comme interlocutrice par les grandes puissances occidentales ce qui est évidemment un point extrêmement important parce que ce sentiment d’abandon a joué de façon importante dans l’émergence et l’affirmation géopolitique de Daech et du modèle politique qui est prôné et aux antipodes complètes de la démocratie.

L’islam radical et la démocratie[edit | edit source]

La question de la relation entre l’islam radical et la démocratie est extrêmement importante. Il y a une chose fondamentale dans la conception politique de l’islam radical qui est le refus complet de toute séparation entre le politique et le religieux et la subordination complète du politique au religieux. Il y a une séparation entre le gouvernement des hommes et le gouvernement des âmes. Le gouvernement des hommes est l’affaire de la cité, c’est la gestion des affaires publiques, la gestion de la société, des pouvoirs et de leur répartition. Le gouvernement des âmes concerne la spiritualité. Ce sont deux choses qui ont été différenciées dans toutes les démocraties modernes et qui sont même au fondement de la démocratie parce qu’au moment où il y a la démocratie, il ne peut pas y avoir de subordination du religieux au politique étant une logique que l’islam radical refuse complètement étant un aspect majeur pare qu’à partir du moment où il n’y a rien au-dessus du religieux, le politique ne peut pas passer. La sécularisation est une condition absolument sine quanone de la démocratisation.

Cela ne veut absolument pas dire qu’il y a incompatibilité complète voire tout court entre l’islam et la démocratie. La preuve en est avec la Tunisie qui est effectivement où le Printemps arabe ait eu quelques succès et est en train d’installer difficilement, mais qui le fait un régime démocratique prouvant que cela est tout à fait possible est qu’il n’y pas d’incompatibilité, mais, évidemment, dans la version la plus traditionnelle et radicale de l’islam, le refus de sécularisation est évidemment un aspect qui est important et en tout cas un verrou majeur à la démocratisation.

C’est l’une des raisons pourquoi la France est l’une des cibles de ce terrorisme en dehors du fait qu’elle s’est mise à participer à la coalition contre Daech depuis septembre 2014, mais l’une des choses principales que reproche Daech à la France est d’avoir systématisé et poussé le plus loin cette séparation entre religieux et politique à travers la laïcité. Cette laïcité est l’un des éléments essentiels de l’héritage politique français en ayant séparé radicalement le religieux et le politique avec l’idée que la religion est une affaire strictement privée et qu’il ne doit pas intervenir dans les affaires politiques étant évidemment un aspect extrêmement important et qui est une logique qui est tout simplement inacceptable du point de vue de l’islam radical.

L’islam radical : un défi pour aux sociétés démocratiques chez elles[edit | edit source]

L’islam radical est aussi un défi à la démocratie pour les sociétés européennes aujourd’hui et cela concerne toute l’Europe. Nous sommes dans un problème global dans la mesure où, finalement, le terrorisme lui-même pose toute une série de questions aux sociétés démocratiques, en serait-ce que parce que l’objectif du terrorisme est de faire régner la terreur et à partir de ce moment-là, c’est finalement de mettre à bas tout l’arsenal législatif qui fait qu’il y a des libertés publiques dans les différentes sociétés démocratiques et précisément la question des attitudes à adopter. À partir du moment où on a un phénomène de danger tel que celui-ci, cela amène forcement ou peut amener à réduire les libertés publiques au prix évidemment d’un coup de canif dans le système démocratique lui-même.

Il y a des dangers de dérives puissants dont les États-Unis ont donné un exemple avec le Patriot Act qui a suivi les attentats du 11 Septembre qui a considérablement réduit les libertés fondamentales et qui a donné en particulier lieu à la création de ce monstre juridique qu’est la base de Guantanamo. C’est quelque chose d’important, à savoir l’équilibre fragile entre la liberté qui est une valeur fondamentale et la sécurité qui en est une aussi. De ce point de vue là, le terrorisme pousse clairement dans des logiques sécuritaires qui peuvent être à terme un enjeu pour la démocratie parce que tant qu’elles sont magnées par un pouvoir responsable, il n’y a pas de problèmes, mais le jour où il y a un pouvoir irresponsable, en tout cas moins responsable, cela peut poser problème et l’histoire en offre de multiples exemples.

Cela est d’autant plus important parce que depuis une dizaine d’années, c’est un phénomène européen, un phénomène suisse, un phénomène français, danois, italien également qui se retrouve aussi en Europe de l’Est en Hongrie et en Pologne particulièrement, il y a une montée des droites extrêmes qui est importantes et évidemment ces droites extrêmes font leur miel non seulement du terrorisme et de la logique sécuritaire qu’il faudrait augmenter, d’une certaine façon ils ont raison de ce point de vue, mais après toute la question est de savoir l’échelle avec laquelle il faut augmenter la sécurité. D’autre part, ces droites extrêmes font l’amalgame entre immigration et terrorisme, ce qui est tout à fait caricatural et pose bien des problèmes. C’est un vrai défi au-delà d’un attentat.

Cela se passe d’autant plus à domicile que c’est aussi un problème européen parce que presque tous les pays d’Europe ont un ensemble de combattants djihadistes qui sont partis ou essaient de partir en Syrie ou ailleurs. Cela est un problème tout à fait important non pas parce qu’ils sont très nombreux, même s’ils ne sont pas très nombreux ils peuvent faire des dégâts et notamment quand ils reviennent, mais aussi parce que cela pose toute une série de problèmes concernant les capacités des sociétés européennes à réaliser une vraie intégration en particulier de leurs populations qui sont issues de l’immigration. Cela est sans doute l’un des défis les plus importants et qui concerne tous les pays européens. Cela est d’autant plus important parce que la démographie de l’Europe est depuis longtemps en diminution et que selon toutes les prévisions, l’Europe va avoir besoin d’immigration dans les quarante prochaines années à venir et qui si l’Europe aborde cette nécessité, cela veut dire que l’Europe va devoir faire appelle à de l’immigration et que si elle n’est pas capable de faire appel, d’accueil cette immigration et de l’intégrer dans des conditions correctes, alors l’ensemble des pays d’Europe deviendront de véritables poudrières.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]