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Échanges et avantages géographiques

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Les cours précédents nous ont interrogés sur ce qui explique l’élargissement des circuits, ce qui explique que les flux commencent à franchir les frontières, ce qui explique ce que les marchandises, les biens matériels et immatériels franchissent des distances plus grandes, pourquoi ne sommes nous pas restés à des circuits micro-locaux tels qu’analysés par Sahlins et Chaunu. Il y a un mystère dans le phénomène d’élargissement des circuits économiques.

Il existe différents circuits économiques qui ont chacun leur propre système de régulation correspondant à des systèmes spatiaux différents et il y a une histoire de leur élargissement. L’histoire de l’élargissement économique, de la colonisation du triangle du libre-échange et une histoire très eurocentrée. Reste une question pendante qui est comment expliquer l’élargissement des circuits ? Quel et le facteur et le moteur qui a poussé ces économies à s’élargir. La question est de pourquoi ouvrir les circuits, pourquoi chercher des partenaires économiques qui sont de plus en plus lointains ? Se pose la question de la distance avec l’idée que la distance est à la fois matérielle et symbolique et que les deux distances sont coûteuses à franchir. La distance matérielle est coûteuse à franchir tant qu’on n’a pas fait la révolution des transports. Franchir la distance symbolique est coûteux et dangereux parce qu’il n’y a pas meilleur moyen pour protéger son identité que de refuser à échanger avec autrui. Le risque symbolique du commerce avec l’autre est risqué parce qu’il y a le risque de se rendre compte que l’autre et un autre moi-même, qu’il n’est pas juste un autre, mais qu’il est différent. Une autre explication est que les raisons pour lesquelles ont refuse de faire du don contre don ou de la distribution avec l’autre et pour qu’il reste un autre sinon il ne serait plus un autre et on formerait une communauté liée par la dette. Le marché, l’anonymat du marché, la satisfaction instantané du marché a pour but que l’autre reste un étranger. Dans le schéma de Sahlins, on n’échange quasiment pas avec l’autre, chez Chaunu aussi.

La distance matérielle comme la distance symbolique sont de très bonnes raisons de refuser l’échange lointain qui est trop dangereux, trop coûteux et trop risqué. Cela rend d’autant plus mystérieux la réponse à la question de savoir comment expliquer l’élargissement des circuits économiques. Entre l’homme ou la femme du paléolithique qui vivait de la chasse et de la cueillette et les paysans bretons au XIXème siècle qui vivaient de l’agriculture et de l’élevage, le nombre moyen de kilomètres des circuits économiques étaient les mêmes.

Il n’y a pas une unique réponse, les réponses varient et varient selon trois facteurs. De quel circuit on parle ? [1] Selon les lieux, les époques, les types de circuits, les échelles des circuits, les raisons pour lesquelles on ouvre ces circuits ne sont pas les mêmes. En fonction des acteurs de ces circuits, à savoir le producteur, les consommateurs, ils peuvent avoir des raisons différentes, mais congruentes. Les réponses varient selon la réalité des configurations sociales et historiques. L’appareil théorique [2] est à la fois la discipline, les économistes, les anthropologues, les sociologues et les géographes n’ont pas le même type de réponse dépendant du grand paradigme de la théorie [3] dans laquelle on se situe.

La première idée est qu’on distingue deux niveaux d’explication à savoir ce qui permet l’échange à savoir la composante matérielle comme la logistique et les transports, et ce qui le motive à savoir pourquoi on invente des moyens de transport qui permettent de le déplacer. L’hypothèse est que la logique de cette motivation est idéologique, voire culturelle. En géographie, non seulement on explique pourquoi on va échanger avec quelqu’un de plus loin et pourquoi on choisit un partenaire plutôt qu’un autre.

Explications non-économiques[edit | edit source]

L’explication à l’élargissent des circuits n’est pas une explication économique n’ayant rien à voir avec le profit. Ces explications vont être empruntées à l’économie orthodoxe, mais aussi à l’économie du tout.

Le lien social[edit | edit source]

L’idée est que si on élargit un circuit économique cela est pour créer du lien social avec le partenaire lointain et différent qu’on intègre dans son circuit économique. Pour réfléchir sur cette hypothèse, il faut faire appel à la théorie des jeux. On considère trois types de jeux à savoir des jeux à sommes nulle, positive et négative. La plupart des jeux sont des jeux à somme nulle. Un jeu à somme nulle ne détruit ni de richesse ni n’en crée. Les jeux à somme négative vont qu’à la fin de la partie, il y a moins d’argent qu’au début de la partie, mais dans ce cas, ce qui importe est la répartition des gains et des pertes. Un jeu à somme positive est un jeu dans lequel il y aurait plus d’argent à la fin sur la table qu’au début de la partie. Des jeux sont créateur de richesses comme les jeux à somme positive, des jeux sont destructeurs de richesses comme à somme négative et des jeux nuls comme les jeux à somme nulle. La question à se poser est de savoir si le commerce international est un jeu à somme positive, nulle ou négative ? Le commerce international crée-t-il de la richesse, en détruit-elle ou ne change-t-elle rien. On retrouve ces trois hypothèses.

Ce qui pose problème est les cas ou le commerce international est un jeu à somme négative, car le but du commerce n’est pas le profit. Dans le potlatch, il y a destruction de toutes les richesses échangées après l’échange. C’est la preuve que le but de l’échange n’est pas dans l’échange, mais dans le type de lien que l’échange créé. Cette explication de l’élargissement de l’échange est très efficace pour les circuits de redistribution et de don contre don qui peuvent aller chercher un partenaire plus loin pour créer avec lui du lien social. Le don contre don suppose et entretient du lien social primaire, le circuit de redistribution met en place une communauté soumise à une communauté. L’autorité qui parvient à élargir le circuit augmente son territoire, le nombre de ses sujets et la taille de la communauté. Le commerce serait une façon de continuer la guerre par d’autres moyens.

Cela peut sembler une évidence pour la redistribution et le don contre don, mais il faut penser que le marché fonctionne aussi de cette manière. La raison de la création de la CECA n’était pas une raison économique, mais pour obliger les partenaires français et allemands à travailler ensemble, à faire en sorte qu’ils se connaissent, que des liens se créent, à faire en sorte que des liens d’interdépendances se mettent en place et éviter un troisième guerre mondiale. Le marché a été instrumentalisé, a été le premier pas pour créer du lien identitaire, internationale et diplomatique.

Le pouvoir[edit | edit source]

Le social n’est jamais très loin du politique et du pouvoir. On peut avoir une lecture plus négative et suspicieuse de cette instrumentalisation des échanges. L’extension du domaine de l’échange a des fonctions qui ne sont pas économiques, mais celles-ci ne sont plus des fonctions sociales visant à créer du lien, de la paix et de la proximité symbolique, il s’agit plutôt de considérer que le commerce international est la continuation de la guerre par d’autres moyens en établissant de la puissance du pouvoir et de la coercition. Le don est toujours une prise de pouvoir tout comme la dette puisqu’on est débiteur de celui qui a fait crédit.

L’hypothèse est que l’échange ne produit pas de richesses dans un jeu à somme nulle. Si le jeu du commerce international et un jeu à somme nulle, si quelqu’un rompt avec cette règle, cela signifie qu’il y a un perdant. Si quelqu’un est ravi de l’échange international, s’enrichit grâce à l’échange international et promeut l’échange international, cela a pour égal et symétrie que quelqu’un perd de l’argent et de la puissance. Dans cette optique,l’échange international est quelque chose de dangereux à cause de pertes occasionnées, mais comme ces pertes se résolvent dans de la dette, l’enjeu est peut être moins dans l’économie négative de l’échange que dans la dépendance politique que l’échange crée.

Le risque de l’échange est dans la situation de dépendance dans laquelle il va mettre au moins l’un des deux partenaires. Cette dépendance est celle de la dette et il est aussi dans le fait que si on cesse de produire quelque chose et qu’on se spécialise dans un autre domaine qui est la garantie des gains de productivité, on devient dépendant de l’étranger. Lorsque cette dépendance porte sur l’énergie ou sur la nourriture, si les importations cessent d’être fournies, c’est la survie même du pays qui risque d’être remise en cause.

Du point de vue des mercantilistes, cela a deux conséquences. Il faut promouvoir les exportations et réduire au maximum les importations : dès qu’on exporte, on gagne de l’or ; lorsqu’on importe, on perd de l’or. Toute importation se traduit par un appauvrissement du pays en question. Cette solution est encore optimiste dans le sens ou on pense que son pays peut gagner. Si on pense que cela n’est pas possible, la seule solution est le protectionnisme. Cette idée a été théorisée par Litz qui a essayé de proposer une théorie du protectionnisme. Son argument est simple : l’Angleterre fut la première nation à s’industrialiser ce qui lui a permis de produire à bas coût et de bonne qualité au contraire de la France et de l’Allemagne. Les produits britanniques étaient de meilleure qualité et moins cher que ses concurrents. Sur le plan de la concurrence, l’industrie allemande n’avait aucune chance de vendre sa production et de se développer. Pour se prémunir de ce risque et de la domination politique et économique, Litz propose de fermer les frontières afin de permettre le développement dans les pays qui étaient moins avancés. C’est l’idée qu’il y a des moments où il faut protéger l’économie nationale tout simplement parce qu’elle n’est pas concurrentielle.

Les grands promoteurs du libre-échange ont été l’Angleterre et les États-Unis qui sont les deux pays qui ont dominé successivement le commerce international. Dans la guerre économique qu’est le commerce international, ce sont les plus forts qui dominent. Les pays qui ne disposent pas de la même productivité et qui ne n’offrent pas les mêmes produits doivent se fermer au commerce international pour éviter de s’appauvrir et pour éviter que leur industrie ne s’enferme pas dans une phase primitive. Il y a toujours quelqu’un qui tire profit de l’échange, l’échange se fait toujours au détriment de l’un des deux partenaires. La question est de savoir qui impose les prix et les conditions de l’échange. Dans l’échange un partenaire est plus puissant que l’autre et qui est en mesure d’imposer ses conditions. L’échange tend à creuser les inégalités parce qu’il va participer à l’enrichissement du pays le plus riche et à l’appauvrissement du pays du plus pauvre. À plusieurs reprises, on s’est servi du commerce international comme un moyen de faire pression. Un exemple est l’embargo de Cuba et l’embargo du blé imposé par les États-Unis à l’URSS suite à l’invasion de l’Afghanistan. Cette méfiance vis-à-vis du commerce international et des dangers qu’il suppose légitime le repli et le protectionnisme et légitime également des effets de bloc. Cela pousse à échanger avec les pays vis-à-vis desquels on a une certaine confiance et se méfier de ceux qui sont hostiles. Il y a un rapport entre l’identité politique, culturelle, sociale et l’élargissement. On se méfie dans les unions économiques des partenaires.

La recherche du profit[edit | edit source]

Le modèle néoclassique de l’homo oeconomicus est celui qui vise à maximiser son profit et son utilité. La théorie des échanges internationaux est l’une des rares théories économiques non triviale et juste. Ce que Samuelson voulait dire est que soit les théories sont triviales, mais selon lui, il y avait un exemple qui était non-triviale et pertinent qui était la théorie de l’avantage comparatif de Riccardo.

Smith : la spécialisation et l’avantage absolu[edit | edit source]

L’idée est que plus on se spécialise, plus on augmente la productivité. Entre deux pays qui font un peu de tout et mal et qui consomment ce qu’il produit [situation A], deux pays qui se spécialisent dans un domaine et qui échange leur production [situation B], la situation B est meilleure : grâce aux gains de production gagnée par la spécialisation, les gains totaux vont augmenter.

Deux pays, Nord et Sud, ne produisent que du vin et du pain. On ne produit que du pain et du vin et on ne consomme que du pain et du vin. Les ressources sont fixes en termes de terre, de capital, de travail, de machine.

Smith spécialisation et avantage absolu 1.png

Les ressources sont affectées pour produire la quantité 25 de vin et 50 de pain. Si on veut produire 100 pains, il faut affecter toutes les ressources à la production du pain et aucune ressources à la production de pain. Inversement. La ligne verte représente les possibilités d’affectation des ressources. Le pays « Nord » a le choix d’affecter toute sa production à la fabrication de pain ou de vin.

Smith spécialisation et avantage absolu 2.png

Les différences entre le pays Nord et le pays Sud ont pour différence le climat. Le pays du Nord a un avantage absolu pour produire du pain puisqu’en affectant ses ressources à la production du pain, il peut en produire 100, alors que le pays du sud a un avantage absolu pour produire du vin puisqu’en affectant ses ressources à la production du pain, il peut en produire 100. Les deux pays ont la même taille et la même quantité de ressources, la solution idéale est que chacun se spécialise dans son avantage absolu. Chaque pays devra importer et exporter pour vendre ce qu’il ne peut consommer et importer ce qu’il ne peut produire.

La quantité de 100 est la quantité maximale qui permet de maximiser l’utilité des ressources. Quel que soit l’autre point choisi, le total ne sera jamais supérieur à 100. On a produit la quantité maximale de vin et de pain.

Pour chaque production dans le monde, un pays dispose d’un avantage absolu. Selon Smith, chaque pays devrait se spécialiser dans le domaine dans lequel il est meilleur que tous les autres et abandonner les autres productions. Dans ce domaine où il est meilleur que tous les autres, il va exporter la plupart de sa production, avec l’argent gagné, il va importer les produits dont il a besoin. La spécialisation produit une amélioration de la productivité. Tout pays qui dispose d’un avantage dans un domaine peut participer au commerce international et dégager un profit. Le fait qu’un pays ne dispose pas d’un avantage absolu et ne puisse donc pas participer au commerce international et un problème pour ce pays, mais aussi pour les autres pays qui ne peuvent jouir de leur avantage absolu parce qu’il y a des marchés qui leur sont fermés.

Ricardo : l’avantage comparatif[edit | edit source]

Avec la théorie de Ricardo, un pays, le Nord, est plus doué pour produire les deux productions. Le pays du Nord a deux avantages absolus dans le domaine du pain et dans le domaine du vin alors que le pays du Sud n’a rien. Puisque le pays du sud est moins bon dans les deux domaines, on voit mal comment un échange pourrait se faire entre les deux. Dans le cadre du modèle de l’avantage absolu qui est le modèle de Smith, on voit mal comment le commerce international pourrait se mettre en marche.

Lorsqu’on compare deux avantages comparatifs, cela est entre deux pays et entre deux activités. N’importe quel pays dispose d’un avantage comparatif parce que c’est le domaine dans lequel la différence entre une productivité et celle du concurrent est la meilleure. Il y a un domaine dans lequel la différence est énorme et un domaine ou la différence est moins forte. L’avantage comparatif compare à la fois deux producteurs, deux pays et deux productions. Par définition, tout pays dispose d’un avantage comparatif. N’importe quel pays, même le plus mauvais du monde, peut participer au commerce international parce qu’il y a une production où il est un peu moins mauvais que les autres. Tous les pays du monde ont la possibilité de participer au commerce international.

Si on met les deux théories en balance que l’échange crée de la richesse avec Smith et la théorie de Ricardo, tous les pays peuvent s’enrichir. Tout pays dispose d’un domaine dans lequel il a intérêt, à se spécialiser à arrêter les autres productions et à exporter aussi mauvais qu’il soit. Avec l’argent qu’il va gagner, il va pouvoir importer ce qu’il a arrêté de produire, au total, à la fin, la production et la consommation auront augmenté créant de la croissance. Tout pays qui participe au commerce international connaît de la croissance : cela est l’augmentation totale de la production, de la consommation, du revenu, de l’espérance de vie, et tout le monde peut y participer. Cette idée théorique n’a pas été invalidée.

Selon la théorie de Ricardo, l’ouverture des échanges est une très bonne idée parce que cela va éradiquer la pauvreté dans le monde. Cela va produire de la richesse, car n’importe quel pays qui participe au commerce international s’enrichit. Ricardo ne décrit pas la mondialisation, ne la justifie pas à postériori, il est la raison pour laquelle il y a la mondialisation. C’est parce qu’on croit à la théorie de Ricardo qu’on met en place la mondialisation. Il est très important de dire que la théorie de Ricardo n’a pas été invalidée.

Il faut raisonner non pas en tant qu’avantage comparatif des pays, mais en termes d’avantage comparatif des firmes. Si Ricardo n’est pas invalidé sur le plan théorique, il l’est totalement sur le plan empirique. Aucun pays ne s’est totalement spécialisé dans un secteur, tous les pays du monde ont gardé une certaine diversité dans la production. La réponse consiste à dire que la diversité est contreproductive et qu’elle répond à d’autres objectifscomme l’argument de l’autosuffisance alimentaire. On est dans une différence entre une épistémologie réaliste qui décrit comment les choses se font et une vision théorique. Récemment, un autre élément de critique a été opposé à la théorie de Ricardo et au développement du commerce international qui est la question écologique fonctionnant sur deux plans à savoir les transports [1] qui se traduit par un énorme coût énergétique, mais aussi par un coût en termes d’emprunte écologique, sur le plan écologique, une économie diversifiée est plus fragile [2]. La théorie de Ricardo ne porte pas sur la question du partage du profit. À la question de savoir comment est partagée la richesse, la réponse n’est pas forcement économique, mais elle peut être politique. Si on peut admettre que la mondialisation produit de la richesse, il faut se demander où va la richesse. Si on repère dans l’échange un partenaire qui s’appauvrit, cela n’invalide pas la théorie de Ricardo, ce qui invaliderait la théorie de Ricardo est que les trois quarts des partenaires ne se soient pas enrichis. Il faut faire la différence entre l’enrichissement global et l’enrichissement individuel. À n’en pas douter, la production globale a augmenté, il y a une croissance qui a augmenté, mais cela ne veut pas dire que tous les pays sont de plus en plus riches.

Quels avantages comparatifs[edit | edit source]

En tant que géographe, il faut se demander comment s’opère le partage de la richesse, quelle est la nature de ces avantages absolus, quel pays dispose de quel avantage, est-ce qu’il y a une logique géographique, y a-t-il des modèles de répartition. Il faut s’intéresser à la nature des flux afin de s’intéresser à la réalité des échanges entre les pays.

Le cas des échanges d’indisponibilité[edit | edit source]

Parmi les premiers échanges économiques qui ont eu lieu, beaucoup portaient sur des produits que l’un des deux partenaires de l’échange était incapable de produire. Un échange d’indisponibilité est lorsqu’un des deux pays importe quelque chose parce qu’il n’est pas capable de le produire. Un échange d’indisponibilité porte sur des ressources naturelles parce que ce qui définit la ressource naturelle est qu’on ne peut pas la produire. L’avantage absolu est très clair : on a la ressource ou bien on ne l’a pas.

Geoeco principaux flux pétroliers 1.png

Avec les flux pétroliers, soit on a des ressources, soit on n’en a pas. Les flèches vont des pays qui ont des gisements vers les pays qui n’en n’ont pas. Il est aussi pourtant d’avoir des ressources importantes et d’en importer comme les États-Unis.

Cette carte reflète une géologie des bassins pétrolifères et des zones de consommation.

Les échanges d’indisponibilité ne portent pas que sur les ressources naturelles. Il y a des choses qu’on ne peut pas produire parce qu’on n’y arrive pas ou parce qu’on ne sait pas les produire. Pour des produits à très haute valeur ajoutée, des produits très techniques, il faut à la fois de machines très compliquées, des gens très bien formés et des savoir-faire. Cette main-d’œuvre hautement qualifiée ne se trouve pas partout. Tout comme il y a des bassins de ressources naturelles, il y a des bassins de main-d’œuvre et des bassins de mains-d’œuvre qualifiées. Au fond, les industries à haute valeur ajoutée de très haute technologie ne peuvent pas quitter les bassins de matière grise. Les industries de très haute technologie vont rester sur certains bassins. Tout comme le puits de pétrole doit rester sur le bassin de pétrole, les industries de très haute technologie vont rester sur les bassins de matière grise. Les productions qui rapportent le plus de bénéfices sont celles qui se fondent sur ces gisements. On est dans un sens face à des échanges d’indisponibilité, car des tas de pays n’ont pas la main-d’œuvre qualifiée leur permettant de produire des biens techniques et à haute valeur ajoutée. La question des très hautes qualifications vaut surtout pour l’invention et le début de cycle de vie des pays. Le problème des gisements de matières grises ne porte pas sur la production de quelque chose, mais plutôt sur l’innovation. Va intervenir un troisième facteur des échanges d’indisponibilité qui est laquestion des brevets. Ce sont des situations ou l’indisponibilité est entretenue par des brevets de production.

Pour certains produits, pour des raisons toujours spécifiques, certains lieux arrivent à acquérir un monopole. Le seul pays capable d’exporter ses films dans le monde entier est les États-Unis avec Hollywood. Les films sont régis par un échange d’indisponibilité. Avec la question des échanges d’indisponibilité, il y a une explication à toute une série de flux qui ne sont pas nécessairement des flux de matière première.

Ricardiens et néo-ricardiens : HOS, cycle de produit, demande[edit | edit source]

Ricardo ne traite pas de l’échange absolu qui est un échange d’indisponibilité, mais traite de l’avantage comparatif. Dans la théorie de Ricardo, on exporte ce dont en quoi on s’est spécialisé et on importe ce à quoi on a renoncé. Pour Ricardo et pour les ricardiens, le choix d’une spécialisation et donc de l’échange, d’une direction de l’échange et des flux internationaux dépend des prédispositions des pays avant l’échange. Ces prédispositions des pays, à quoi tiennent-elles ?

Pour Ricardo, la réponse est simple, ce qui compte est l’unité de travail. Il réfléchit sur les différentiels de productivité qu’il appelle la « valeur travail ». Comment expliquer la différence de productivité de la main-d’œuvre entre le nord et le sud ? Un premier ensemble de facteurs serait les ressources naturelles. Une autre hypothèse est que les avantages comparatifs sont liés à certaines qualités particulières des sociétés en question. On risque néanmoins de raisonner selon un tautologisme. Samuelson a, par exemple, posé le postulat que l’avantage des produits tropicaux à produire des produits tropicaux et la tropicalité. Il faut plutôt se poser la question de savoir ce qu’est la tropicalité, quelle est la qualité d’une société qui fait qu’elle est moins désastreuse ou meilleure que les autres dans une production.

Cette question qui reste pendante est la question de l’explication de l’avantage comparatif. Si elle n’a pas été posée par Ricardo, des économistes vont s’y essayer.

Le premier modèle est le modèle de Hecksher-Ohlin-Samuelson. Tous les pays disposent de trois types de facteurs à savoir le terrain, le capital et le travail. En d’autres termes, le terrain est lié à la superficie du pays, le capital est lié à sa richesse et le travail est lié à sa main d’œuvre. Chaque pays a une configuration particulière. Pour chaque production, il faut ces trois facteurs. Tout comme ces trois facteurs sont présents dans tous les pays du monde, mais en proportion variés, ces trois facteurs sont nécessaires à toutes les productions, mais en proportion variés. Pour chaque production, il faut un pourcentage de ces trois facteurs. Le mieux est qu’un pays qui dispose d’une certaine proportion de facteurs choisisse une production qui correspond à la proportion de facteurs qu’il valorise bien. La prédisposition est la dotation de facteur. Néanmoins, il faut se demander d’où vient le capital.

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La théorie de Vernon est aussi appelée théorie du cycle des produits. Vernon est attentif au lien entre innovation et le développement industriel.

Tout produit passe par trois phases : une phase d’innovation [1] qui est le moment où le produit vient d’être créé, une phase de banalisation du produit [2], phase de l’obsolescence [3]. Pour chaque moment du cycle de vie du produit, il va y avoir un produit qui va prendre l’initiative. Cela correspond à des dotations de facteurs. L’industrie aux différents moments de la nouveauté ou de la banalisation des produits a comme sa place naturelle à différents endroits du monde. Chacun de ces moments n’est pas producteur de croissance de la même façon. L’innovation produit énormément de croissance et de retombées, cela décline en fonction des phases.

La théorie de Linder présente l’intérêt de changer les perspectives parce que pour lui les échanges comparatifs ne sont pas liés à la qualité de la production, mais il a des logiques de consommations. Les avantages comparatifs tiennent à la demande.

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C’est sur la théorie de Ricardo que se justifient le libre-échange et la mondialisation. C’est une énorme pour les pays pauvres parce que cela leur garantit un accès au marché international et la possibilité de s’enrichir. Si on confronte la carte des échanges à la théorie des échanges internationaux, il y a quelque chose qui est frappant : la majeure partie des échanges à l’échelle mondiale sont des échanges intrabranches qui sont des configurations où les échanges sont symétriques portant dans les deux sens sur les mêmes produits, d’autre part, rare sont les pays spécialisés.

Rendements croissants et avantages comparatifs[edit | edit source]

Nous allons aborder deux remises en cause importante de la théorie de l’avantage comparatif. La première qui est les rendements croissants et les avantages comparatifs est une contestation qui se fait à l’intérieur du modèle de l’économie libérale, mais en relâchant une hypothèse de la concurrence pure et parfaite. Le deuxième pôle de contestation se fait en dehors de l’économie néoclassique dans des façons de travailler sur l’économie en s’inspirant de modèles marxistes et néomarxistes sous le nom d’altermondialiste.

La théorie de l’avantage comparatif à l’air de marcher très bien alors pour quoi aller chercher plus loin des contestations ou des explications alternatives. Si sur le plan théorique, le modèle de Ricardo semble très séduisant, sur le plan empirique et pratique, il semble démenti par plusieurs réalités concernant le développement du commerce international :

  • l’essentiel du commerce est du commerce intrabranche : c’est un commerce ou deux pays n’échange que des marchandises comparables ce qui n’est pas compatible avec l’idée de l’avantage comparatif et la spéciation telle que la prévoit Ricardo. La plupart des échanges sont des échanges Nord – Nord et non pas Nord – Sud. Il y a plus d’échange entre pays qui se ressemblent qu’entre pays différents.
  • les pays sont loin de se spécialiser : le fait que des grandes économies très tournées vers une vision très libérale du marché et de l’économie ne perd pas cette spécialisation tend à prouver qu’il y a autre chose.

Les hypothèses notamment de Krugman ne remettent pas tout à fait en cause la théorie des avantages comparatifs, mais permet de la regarder d’une autre façon alors qu’en revanche, les critiques altermondialistes remettent en cause l’avantage comparatif.

Le problème des rendements croissants[edit | edit source]

Paul Krugman n’est pas un géographe, il fait de l’économie géographique et fait partie du mouvement de la New economic geography. Il s’agit plus d’économie géographique que de géographie économique. Krugman s’inscrit dans une pratique de la géographie économique avec des chiffres et des modèles hypothéticodéductifs. On n’est pas dans une épistémologie réaliste, mais dans une épistémologie normative. Il fut conseillé de l’administration démocrate et a obtenu le prix Nobel il y a quelques années.

Krugman va revenir sur l’une des hypothèses du modèle libéral qui est l’hypothèse de la concurrence pure et parfaite. Pour que la loi de l’offre et de la demande fonctionne pour obtenir un prix d’équilibre, il faut qu’il y ait un certain nombre de conditions qui soient remplies dont la condition de la concurrence pure et parfaite. Les État qui soutiennent le marché vont mettre en œuvre des lois pour soutenir cette théorie de la concurrence pure et parfaite. Pour qu’il y ait concurrence pure et parfaite, il faut que les producteurs ne s’entendent pas sur le prix et soient égaux dans la confrontation de l’offre et de la demande. Pour Krugman, cela ne marche pas comme cela. Il est toujours intéressant après que le modèle est construit d’y introduire d’autres facteurs pour voir quels impacts ils ont sur les résultats.

Il va s’interroger sur ce qui se passe en réinjectant un facteur se demandant ce qui se passe pour la concurrence pure et parfaite lorsqu’il y a desrendements croissant. Les rendements croissant est une configuration où la productivité est corrélée à la production. Le coût de la production des unités marginales va décroissant. Plus on produit, plus la dernière unité produite est facile à produire. En économie, c’est un régime qui prévaut, lesproductions sont généralement caractérisées par des rendements croissants. Cela ne veut pas dire que les rendements croissants sont infinis. La raison pourquoi toutes les productions monde d’un produit ne sont pas concentrés dans un même lieu est parce qu’il y a un moment les rendements deviennent décroissant, c’est-à-dire que la production d’une unité supplémentaire va coûter plus cher. La courbe est une courbe en cloche avec une augmentation des rendements est arrivée à un certain palier, les rendements sont décroissant.

À partir du moment où il y a la situation des rendements croissants, cela veut dire que les gros producteurs disposent d’un avantage sur les petits. En répartissant sur toute la production les économies produites liées à la production des unités marginales, les gros producteurs peuvent mettre sur le marché des biens à des prix inférieurs aux petits producteurs. Donc, on achète les produits des grands producteurs et pas des petites producteurs. Lasituation de concurrence entre gros producteurs et petits producteurs n’est pas pure et parfaite.

Le problème est qu’on ne devient pas un gros producteur instantanément. La question des rendements croissants est celle du temps. C’est une production qui va augmenter jusqu’à atteindre le seuil où les rendements deviennent décroissants. La concurrence est pure et parfaite tant qu’on doit maintenir ses prix assez bas. Les conditions pour qu’un producteur apparaisse sur le marché et concurrence sont liées à la concurrence, aux rendements décroissants et au coût d’entrée sur le marché. Un nouveau producteur qui arrive sur le marché va devoir pendant des années investir à perte. Il y a des situations où personne ne peut entrer sur le marché à cause des rendements croissants. Ce sont des situations propices à la situation de cartel. Cet avantage à la production de masse est lié à l’entrée précoce sur le marché des premiers producteurs. Les rendements croissants opèrent un verrouillage dans le temps des avantages comparatifs. Selon Krugman, la productivité est bonne dans les produits qui produisent beaucoup et depuis longtemps. À cause du verrouillage temporel, les rendements croissants sont non seulement un avantage des gros producteurs sur les petits producteurs, mais aussi pour les vieux producteurs sur les nouveaux producteurs. Les pays qui se sont relativement tôt spécialisés dans un produit, qui ont connu la Révolution industrielle relativement tôt, qui ont pu produire en masse et à bon marcher, inonder les marchés internationaux de produits peu onéreux étouffent le développement potentiel de pays qui se sont réveillés par la suite. En plus d’une question de vitesse, il y a unequestion d’accélération puisque plus on produit, plus on est redoutable pour la concurrence.

Les pays qui vont disposer d’un avantage comparatif sont les pays qui ont commencé avant les autres à produire. Pour Krugman, l’avantage comparatif tient à la précocité. Cela signifie qu’on inverse complètement le modèle de Ricardo pour qui un pays avait des prédispositions pour telle ou telle production et, en fonction des prédispositions, il dispose d’un avantage comparatif qui va l’orienter vers une spécialisation et une exportation. Pour Krugman, cela est l’inverse. Un pays va se spécialiser dans une production, il produit massivement, connaît des rendements croissants et acquiert un avantage comparatif par rapport à ses concurrents. Chez Ricardo, l’avantage comparatif est la cause de la spécialisation et du commerce internationalalors que pour Krugman, l’avantage comparatif est la conséquence de la spécialisation et du commerce international.

Pour Krugman, il y a aussi un verrouillage dans l’espace de l’avantage comparatif. Le développement industriel est contagieux se faisant par une sorte de diffusion spatiale autour des pôles d’innovations. Il y a des phénomènes de concentration spatiale. Les effets de développement vont toucher l’espace plus ou moins immédiatement avoisinant, mais ne vont pas traverser tout le pays. Le frein de la distance va verrouiller spatialement l’avantage comparatif. Un endroit où le développent industriel a commencé avant les autres va avoir à cause de l’avantage comparatif verrouillé dans le temps un rendement croissant et un avantage comparatif par rapport aux autres et le verrouillage spatial va induire un développement resserré autour de cet endroit qui va devenir une région industrielle.

Le verrouillage de l’avantage comparatif[edit | edit source]

Cette théorie soulève tout un tas de problèmes. La théorie des rendements croissants met en place des cercles vertueux, mais aussi des cercles vicieux. Pour Krugman, « les pays riches sont riches parce qu’ils sont riches, et les pays pauvres sont pauvres parce qu’ils sont pauvres ». Les pays riches ont connu un développement précoce connaissant des rendements croissants et empêchant l’entrée sur le marché des pays pauvres qui n’ont pas encore connu l’industrialisation. Il est très difficile pour les pays émergeant d’arriver à lutter contre les effets de rendements croissants, contre l’effet de l’accumulation des richesses des pays riches.

Krugman met en place une sorte de fatalité du développement : il est dans la nature des pays riches d’être de plus en plus riche par un effet d’accélération et il est dans la nature des pays pauvres d’être de plus en plus pauvre par l’effet de la décélération et des cercles vicieux. L’une des critiques est qu’une inégalité légère va creuser un écart en s’accélérant. Au XVIème siècle, à l’échelle du monde, il n’y a pas de différentielle de développement, il y a pour tous les pays le même niveau de PIB. Au XVIIème siècle commence à se mettre en place un différentiel avec les pays qui ont connu la Révolution industrielle. L’écart induit était dans sa nature de se creuser à cause des rendements croissants et du verrouillage dans le temps des avantages comparatifs. Plus l’écart se creuse, plus il a de raisons de se creuser davantage. Il y a un effet de divergence. Ce système entre en contradiction avec l’idée de la concurrence pure et parfaite. Peut être que la concurrence pure et parfaite a existé au début, mais si au fur et à mesure on s’en est écarté, la différence créée s’accélère dans le temps. Pourquoi arrive un moment où la divergence se met en place ?

Le problème des rendements croissants est qu’il promeut une divergence entre pays riches et pays pauvres. Le deuxième problème est qu’il était pertinent dans le raisonnement de Ricardo qu’il y ait des situations ante-économique qui constituaient de prédispositions sur lesquels une économie allait pouvoir s’appuyer selon ses prédispositions. C’est une belle chaîne de cause à effet et déterministe, c’est-à-dire que chaque effet est lié à une cause. Pour Krugman, quelque soit le secteur dans lequel on se spécialise, grâce au rendement croissant, on va acquérir un avantage sur la concurrence. La raison pour laquelle on est devenu le meilleur n’est pas liée aux prédispositions, mais à une précocité dans l’initiative. Quelque soit le secteur dans lequel un pays se spécialise, il va y réussir si il se spéciale plus rapidement que les autres.

Histoire vs anticipation[edit | edit source]

Ces deux conséquences sont deux problèmes parce qu’il est très insatisfaisant pour l’esprit d’arriver à des tautologies. D’autre part, cela est frustrant de ne pas expliquer pourquoi un pays s’est spécialisé dans un domaine. Krugman va essayer de trouver une explication. Il va trouver deux explications :

  • explication historique ;
  • effets d’anticipations.

Il a développé un exemple à travers l’histoire de Catherine Evans. Catherine Evans Whitener, offre en 1895 à sa belle-sœur un couvre lit-tufté. En 1900, elle vend pour 2,50 dollars un couvre-lit. En 1917, elle crée la Evan Manufacturing Company à Dalton. Va se créer un verrouillage dans le temps et dans l’espace de l’avantage comparatif. En 2002, 80% du marché américain du tapis est approvisionné par des filatures à moins de 100 kilomètres de Dalton en Géorgie créant un pôle de développement. C’est une histoire avec une petite cause et des effets de plus en plus gros. Il y a une disproportion entre les effets et les causes parce qu’il y a un effet induit par les rendements croissants. Ces explications n’en sont pas. Ce sont des phénomènes qui renvoient à la théorie du chaos, c’est-à-dire des moments où il est difficile de remonter d’une situation présente par des liens de causes à effet par un élément déclencheur. Sans doute, pour toutes les grandes régions industrielles, il est possible de trouver un élément qui fait que ça a commencé. Tous ces éléments que l’on donne sont des conditions nécessaires, mais pas suffisantes. C’est ce que Krugman appelle l’explication historique.

L’explication par les anticipations seraient des prophéties autoréalisatrices qui sont une assertion qui induit des comportements de nature à les valider, c’est-à-dire une déclaration, une description, une affirmation que l’on croit vraie qui va induire des comportements qui ont tendance à la rendre vraie. Ce sont des moments où on croit décrire la réalité alors qu’on la fabrique. En d’autres termes, ce sont des moments où on croit décrire une situation alors qu’on la produit. Les prophéties autoréalisatrices ont été beaucoup étudiées dans le cas des crises économiques qui sont souvent fondées sur des prophéties autoréalisatrices. Dans certains cas, la prophétie ne se réalise que parce qu’elle a été annoncée.

Les anticipations ont un effet sur l’avenir. En quelque sorte, l’avenir est la cause du présent, car ce sont les anticipations qui construisent la réalité. Toutes les prophéties ne sont pas autoréalisatrices, il y a aussi des prophéties suicidaires. Sans doute, toutes nos anticipations ont un effet sur l’avenir. Nos projections ne décrivent pas notre avenir, mais contribuent à le déterminer. Notre vision de l’avenir joue un rôle sur ce qui va nous arriver. Certains pays auraient à certains moments eu une vision de l’avenir et se sont lancés dans une vision qui a fini par se réaliser alors que dans d’autres cas, cela ne se produit pas.

Les deux explications scandaleuses que nous propose Krugman, la première qui est l’explication historique est scandaleuse parce qu’il y a une telle disproportion entre les causes et les effets qu’on ne peut s’en satisfaire, et la deuxième explication par les anticipations est tout aussi scandaleuse pas vraiment à cause d’une disproportion, mais par l’idée qu’au fond c’est aléatoire. Les deux explications ne sont pas contradictoires. On n’est pas dans une configuration où l’on va chercher pour explication à la réussite ou l’échec économique des prédispositions, mais chercher à expliquer par l’action des acteurs. Avec cette approche, on reste dans le cadre de la pensée néoclassique et de la théorie de Ricardo.

Contestations (néo)marxistes et altermondialistes[edit | edit source]

Si le commerce international n’est pas un jeu à somme positive, alors il y a des raisons de s’en méfier.

Critiques marxistes et néomarxistes[edit | edit source]

Les théories de l’impérialisme de Luxembourg et Lénine sont l’idée que la lutte des classes qu’on observe à l’intérieur d’une société se reproduit à l’échelle internationale. Tout comme dans une société, il y a des bourgeois, des ouvriers et des prolétaires, à l’échelle internationale, il y a des États bourgeois et des États prolétaires. La captation du profit opéré par la bourgeoisie à l’égard du prolétariat se retrouve à l’échelle internationale entre États bourgeois et États prolétaires. Typiquement, cette dimension de l’impérialisme s’opère dans le cadre de la colonisation. Le rapport des colons aux colonisés est de la même nature que le rapport des bourgeois aux prolétaires qui s’exprime dans l’impérialisme dialectique et dans l’appropriation des moyens de production. Cette interprétation est en termes de pillage des ressources dans le cadre du commerce international.

Cela n’a pas de sens de parler de nation prolétaire ou de nation bourgeoise. Toutefois, on image qu’on pourrait expliquer l’enrichissement de la bourgeoisie européenne par l’exploitation d’une main-d’œuvre servile dans les colonies comme avec les grandes bourgeoises des ports côtiers de la France ou d’Angleterre qui se sont enrichies sur le commerce du « bois d’ébène » et des plantations. Dans ce cas, il y aurait une bourgeoisie européenne qui se serait enrichie par l’exploitation des prolétaires fondées sur l’idée d’une « race » différente. Il important d’avoir cela en tête lorsqu’on réfléchit sur les querelles à propos de la délocalisation et qu’on essaie d’interpréter en terme marxiste ou de « gauche ».

La deuxième théorie est la théorie de la détérioration des termes de l’échange. Il faut plutôt parler de l’hypothétique détérioration des termes de l’échange parce qu’il y a une littérature vaste qui fait débat. Les termes de l’échange sont les prix relatifs des matériaux exportés et importés. Les produits manufacturés fabriqués par les pays riches et industriels ont tendance à être de plus en plus chers alors que les matières premières, les ressources naturelles et les productions des pays du sud ont tendance à être de moins en moins chères. Autrement dit, il faut que les pays pauvres exportent de plus en plus pour importer la même quantité de produits alors que les pays riches en exportant la même quantité peuvent importer de plus en plus. Pour les pays pauvres, il y a une détérioration des termes de l’échange. Les importations des uns ne permettent pas de payer les exportations des autres creusant le déficit de la balance commerciale des pays du sud et réduisent leur possibilité pour investir afin de se développer.

La théorie de la détérioration des termes de l’échange présente un intérêt dans la mesure où elle laisse entendre que la fixation des prix peut dépendre d’autre chose que des mécanismes de l’offre et de la demande et présente également des effets de pouvoir. Elle présente un autre intérêt parce qu’elle remet en cause l’idée qu’il y aurait un juste prix. Il y a l’idée que pour les ressources naturelles, il est très difficile d’en établir le prix, on peut établir le coût d’exploitation, la demande, mais il est très difficile à prendre en compte le coût de leur disparation. Il est difficile à comptabiliser le fait qu’on prive les générations futures de la possibilité d’en disposer.

Le troisième volet de ces théories marxistes et néomarxistes mis d’abord en place par Amin et Wallerstein est qu’on peut revisiter la théorie de l’impérialisme en termes de rapports de dépendance. Les anciennes puissances coloniales, les pays de la triade avec l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie de l’Est en particulier le Japon, constituent des centres dans une économie qui polarisent les flux et monopolise les profits au détriment d’une périphérie plus pauvre auxquels est abandonné des productions d’un moindre intérêt économique ou sont des zones exclusivement de prélèvement des ressources et entre les deux les échanges sont inégaux. Il y a une interprétation géopolitique et économique de ces rapports qui met en balance l’accumulation de richesses dans les centres en comparaison des périphéries. Il y a une charge lourde avec l’idée que les indépendances puis le commerce international n’ont pas mis fin à ce qui serait un pillage colonial, mais la poursuivit sous d’autres moyens.

Plus récemment est apparue la théorie de la nouvelle division internationale du travail. Cette théorie consiste à dire que les avantages comparatifs, la théorie de Krugman, explique la spécialisation participation de chacun au commerce international, mais que les spécialisations ne se valent pas toutes. Il y a des spécialisations qui sont intéressantes économiquement, socialement, et politique donnant du pouvoir permettant de dégager beaucoup de profit, d’investir davantage et qui ont des effets positifs importants en termes de diffusion et de multiplicateur d’emploi. Il y a d’autres choix économiques qui sont moins heureux parce qu’ils procurent moins de pouvoir, permettent de faire moins de profit et puis leurs effets collatéraux sont peu nombreux et limités ayant un impact local faible sur les possibilités de développement.

Parmi les activités de la première catégorie, il y a les activités à haute valeur ajoutée et à haute technicité qui ont des effets induits importants, c’est-à-dire que ce sont des moteurs de développement. Ces activités connaissent de effets multiplicateurs qui font qu’un emploi créé dans les hautes technologies va nourrir toute une chaine d’emploi en aval et en amont avec un effet très positif sur la croissance. Ce sont des activités très qualifiées, innovantes qui produisent de la plus-value et de la croissance, elles ont un impact écologique faible permettant de maintenir une qualité de vie importante. De l’autre côté, il y a des activités plus lourdes plus tournées vers des produits matériels que sur l’information qui abiment et exploitent beaucoup l’environnement et polluante faisant appel à une main-d’œuvre peu qualifié se livrant à des activités répétitives avec peu d’effet sur l’innovation, qui est fragile dégage peu de plus-value, de profits et a un effet multiplicateur faible et peu d’effet sur le développement.

L’idée est que la répartition des deux types d’activités ne se fait pas par hasard, mais que les pays du Nord et de la triade ont confisqué les activités les plus lucratives et qui nourrissent le plus de développement et ont abandonné aux pays pauvres et aux pays du sud les activités les moins intéressantes sur le plan économique et les plus nocives pour l’environnement. L’occident et la triade auraient abandonné l’industrie manufacturière et l’industrie lourde, la grosse industrie chimique et sidérurgique qui sont des industries polluantes sans que cela nourrisse beaucoup de croissance alors que ce développe dans le Nord des universités, des centres de recherches, des activités supérieures du tertiaire qui vont bien payer le travail qualifié et dans un cadre de vie « agréable » parce que nettoyé des effets négatifs de l’industrialisation lourde.

La théorie de la nouvelle division internationale du travail va distribuer les avantages comparatifs aux uns et aux autres pas vraiment en fonction de prédispositions locales, pas vraiment selon des conditions historiques ou des anticipations, mais simplement sur des effets de pouvoir qui font que les plus puissants et les plus riches monopolisent les activités les plus intéressantes. On est dans une théorie marxiste et impérialiste parce qu’on voit la division internationale du travail comme reproduisant ce qui existe à l’intérieur d’un pays avec des effets de confiscations. La mondialisation n’est plus un jeu à somme positive, mais plutôt quelque chose dont il faut se protéger. On va retomber sur les théories de Litz avec la tentation des replis protectionnistes qui considèrent qu’il y a une offensive dans le commerce international et considère qu’il faut défendre le territoire et établir des protections vis-à-vis de l’agressivité commerciale venant des pays de la triade.

Critique altermondialiste[edit | edit source]

L’idée est que la mondialisation se traduit non seulement par une extension du domaine du marché géographique, mais par une extension du domaine du marché économique dans le sens où de nouveaux pays entrent dans le domaine du commerce international, mais aussi dans chacun des pays concernés, des nouveaux pans de la vie sociale, économique et culturelle entrée dans le domaine de l’économie. On le voit à l’échelle de la fin du XXème siècle et au début du XIXème siècle, un tas de secteurs ont été privatisés, absorbé par le marché, de plus, de plus en plus d’institutions qui ne sont pas du domaine du marché vont commencer à reproduire le fonctionnement du marché, à commencer par les universités, les musées et les hôpitaux. Le problème est de transformer en bien économique des biens que l’on peut difficilement considérer comme tels. Un bon exemple est la question des ressources naturelles et de l’environnement. Dans l’idée que le système de marché et de production capitaliste est le plus efficace, on peut comprendre qu’on préfère confier l’exploitation d’une mine de charbon ou d’une exploitation de pétrole à une entreprise privée plutôt que de le faire à une entreprise étatique parce que la productivité et l’efficacité économique seraient meilleures dans une entreprise privée plutôt que dans une entreprise d’État. C’est ce que tend à démontrer l’histoire économique récente du XXème siècle. Le problème est de savoir à qui sont ces ressources naturelles.

Elles sont sorties de terre par une entreprise, ce sont donc des coûts de productions liées à l’exploitation et il est normal que les coûts de production se retrouvent dans le prix de la matière première. On comprend mal pourquoi une compagnie privée aurait le droit d’exploiter un gisement qui ne lui appartient pas sans d’une façon ou d’une autre payer cette ressource. Si on raisonne en terme purement mathématique, le coût de l’épuisement est infini. Il est difficile d’imaginer le coût d’épuisement d’une ressource pour les générations futures. C’est quelque chose de très difficile à comptabiliser dans l’économie. Il est également très compliqué de prendre en compte la question de la pollution dans le marché. La situation la plus claire et la plus normale est que le coût de la population est externalisé, payé par la société et rarement par le responsable. Quand on est face à des ressources naturelles qui sont des biens qui ne sont pas produits par leur exploitant, mais captés par leur exploitant, les raisonnements économiques et le marché présentent des difficultés de fonctionnement et des insuffisances. Pour le dire autrement, si on découvre une ressource naturelle, sur le plan économique, la logique veut qu’on ressorte le plus de cette ressource le plus rapidement possible. L’enjeu pour la société est essentiel. Ce sont des biens pour lesquels l’abandon au marché pose tout un tas de problèmes, mais avec des solutions comme celle du pollueur-payeur ou le système de la rente, mais ce sont des solutions hors marché. Un autre exemple est celui des droits humains. Le travail est un marché avec une offre qui est celle des travailleurs et une demande qui est celle de leurs employeurs. On pourrait abandonner le fonctionnement du marché aux lois du marché, mais cela n’est pas acceptable parce qu’on ne peut séparer le travailleur du travailleur. Les droits humains entrent en contradiction à un moment ou un autre avec le marché du travail parce qu’on ne peut pas séparer le corps, la personne et le travail qu’il effectue. À partir du moment où on considère qu’un certain nombre de droits humains sont inaliénables, cela va peser sur le marché du travail. On ne peut pas laisser le travail être régulé par les règles du marché. Cela aboutit au fait qu’on va finir par confondre le travail et le travailleur et qu’on va vendre non pas du travail, mais de la force du travail. Typiquement, laisser le travail être régulé par le marché aboutirait de manière caricaturale à l’esclavage. Dans beaucoup de pays, le travail est un secteur qu’on va essayer de protéger des règles du marché. Ce serait une règle supérieure qu’on ne pourrait réguler par l’offre de la loi et de la demande.

Dans nos sociétés, il y a l’idée que le marché convient à certains biens économiques, mais pas pour d’autres. Le problème de la mondialisation n’est pas simplement l’entrée de nouveaux pays dans le circuit économique des échanges internationaux, mais c’est aussi celui du fait que le marché grignote de plus en plus de part dans les économies. Il y a la tentation de mettre les frontières en défend, mais aussi de dire que certains domaines de l’économie ne veulent pas participer au commerce international. Ce que l’on peut présenter comme une forme d’archaïsme marxisant et comme réflexe de « vieux gauchiste » contre la mondialisation peut avoir des formes plus sophistiquées et n’est pas étranger aux pratiques actuelles. Les premiers à refuser que le marché sature l’espace économique sont les grandes puissances libérales. On retrouve l’idée avancée par les anthropologues du gradient de l’échange avec des qualités d’échange qui se dégradent avec le don contre don, la redistribution et le marché.

Il y avait une dimension assez caricaturale à cette représentation. Évidemment, dans les faits, cela est plus compliqué parce que ces circuits économiques présentés comme étant vraiment indépendants des uns des autres, soit la redistribution, soit le marché, soit le don dont bien, il y a des zones qui sont des zones un peu floues. Parmi les alternatives qui sont proposées au marché, ce n'est pas forcément la redistribution soviétique ni le don contre donc, mais il y a aussi des solutions qui se trouvent dans le marché, dans un certain marché, à la limite du marché, dans des accommodations vis-à-vis du marché.

Combien de temps une action est détenue par son propriétaire en moyenne actuellement ? 14 secondes. En moyenne une action est détenue 14 secondes et là on comprend bien qu’il y a quelque chose qui ne tourne par rond parce que les actions sont normalement directement prises en compte sur l'économie réelle. Derrière, il y a des bureaux, une usine, un patron, un PDG, un conseil d'administration, des ouvriers, des clients, des machines, mais encore des stocks. On sent bien que 14 secondes n'a aucun sens si on est en deux ordres de grandeur totalement incommensurables. Ce sont des mouvements qui sont purement spéculatifs sans aucune prise directe avec l'économie réelle. Cela veut dire que, comme beaucoup de personnes physiques gardent leur action pendant des années, il y a des systèmes automatiques d'actions où on les garde quelques centièmes de seconde. Il y a une mesure de cette déconnexion entre l'économie réelle et une forme de visualisation d'économie financière qui semble très inquiétante. On comprend à quel point cela est déstabilisant pour l'économie de ne pas pouvoir compter sur des investissements plus longs que de 14 secondes. On comprend également à quel point les fameux capitaux flottants sont désastreux pour l'économie réelle. Ce sont des capitaux qui ne s’investissent que très passagèrement en un lieu dans un pays et qui, dès que le moindre signe avant-coureur de crise se profile, ces capitaux partent. Cela a un caractère autoréalisateur de ces révisions financières. On se dit que dans tout ça, il faudrait mettre toute friction. Toute taxe sur les transactions auraient pour effet de stabiliser les capitaux. S’il est des taxes qui freinent le rapatriement et le flottement des capitaux, peut-être que quand une petite difficulté passagère se produit, les capitaux vont rester et ces difficultés vont bien être digérées. Il faut de la friction afin de mettre en phase la temporalité de l'économie réelle et la temporalité de l'économie financière ou virtuelle pour empêcher les gens de vendre leurs actions toutes les 14 secondes. Une taxe opère ce frein. Une taxe est comme un frein dans l'espace et dans le temps. C’est une solution qui permet à la fois de stabiliser le système et puis de ponctionner un peu dans le marché pour alimenter un circuit de redistribution.

Une autre solution intermédiaire alternative est le commerce équitable. Les petites parties du commerce équitable ne sont pas vraiment gérées par le marché. C'est grosso modo géré en majorité régie par le marché. C'est « moi » qui spontanément accepte de verser 5 %. Cela peut s’apparenter à du don. C'est une irruption en quelque sorte du don contre don au sein du marché donc les deux systèmes peuvent aussi cohabiter.

La fin de l’histoire c'est aussi cette l’idée qu’on s’est un peu dégagé des idéologies avec que d'un côté les marxistes et d’un autre côté les libéraux et qu’il y a un certain pragmatisme dans les comportements avec une certaine hybridation dans les comportements et qu'on peut trouver au sein du marché des solutions pour se prévenir du marché. La conclusion est que le marché est quelque chose que tout le monde s'accorde à vouloir réguler.

Galaxie altermondialiste.jpg

La galaxie de l'altermondialiste, c'est-à-dire il y a des dizaines d'organismes différents qui interviennent avec des idéologies différentes comme, par exemple, contre l'OMC, contre la banque mondiale, contre le G7. Ce qui est intéressant dans ce schéma avec l’idée de la galaxie est que la contestation du modèle de la mondialisation se fait en beaucoup de plans différents avec beaucoup de logiques différentes et puis des acteurs différents.

Conclusion[edit | edit source]

Quand on réfléchit à la géographie des échanges et à la mondialisation, il y a beaucoup trop de marchés alors qu'il y a d'autres circuits économiques comme ceux de la redistribution et du don contre don. Si on regarde beaucoup trop le commerce international alors que les échanges majoritairement se font localement en quantité, il y a comme une presbytie qui empêche de voir ce qui est essentiel et se qui se passe sur de toutes petites distances et qui fait comme qu’on voit juste de très loin ce qui se fait sur des milliers de kilomètres entre les frontières et qui est en fait une petite partie des échanges économiques.

La deuxième note importante est que la théorie ricardienne et la théorie des avantages comparatifs est au cœur de tout cela. C’est une force idéologique incroyable au sens où cette théorie justifie l’idéologie libérale. L’argument et aspect essentiel de cette théorie des avantages comparatifs est que tous les pays peuvent participer au commerce international et que le commerce international est un jeu à somme positive. Cela ne règle pas la question de la répartition des bénéfices.

Le troisième point est l'idée des effets des rendements croissants sur le verrouillage spatial et temporel de l’avantage comparatif avec l’idée d'inverser les choses et de ne pas penser que l'avantage comparatif et la prédisposition à la spécialisation au commerce international en pensant que l’avantage comparatif et le résultat. La quatrième est d’importance, un démenti empirique, est la question des rapports Nord-Sud. La géographie des échanges internationaux qui est marquée par cette fracture Nord-Sud est inexplicable dans le cas de la théorie l’avantage comparatif.

Le cinquième point est que tous ces débats sur les échanges internationaux sont des débats qui sont très anciens. Dès le XIXème siècle, on retrouve un grand nombre de débats autour du libre-échange notamment autour de la théorie de Litz. Les débats aujourd'hui sur la mondialisation ne sont pas nouveaux parce que la mondialisation n’est pas un phénomène nouveau et les arguments sont toujours les mêmes.

La théorie de Ricardo de l’avantage comparatif promet la spécialisation des échanges internationaux, mais promet également le développement, c’est-à-dire que tous les pays qui vont participer au commerce international vont connaître le développement et s’enrichir. Un des démentis à cette théorie est qu’il existe encore des pays pauvres alors qu’ils participent depuis des années au commerce international.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]