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Les circuits et leurs géographies

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Le cadre théorique du circuit économique soulève le problème des circuits économique et leur géographie. Nous allons présenter ce qu’est un circuit économique et d’en établir les caractéristiques géographiques.

Les circuits économiques[edit | edit source]

L’économie et son circuit[edit | edit source]

Un circuit économique est composé de deux éléments à savoir des pôles et des flux. On distingue deux types de pôles qui sont le pôle de consommation et le pôle de production. Entre les pôles, les moments, les lieux et les acteurs de la production et de la consommation, il y a des échanges qui peuvent être des échanges matériels ou immatériels. Dans cette interaction, il y a quatre types de flux entre les pôles de consommation et de production qui sont les flux de biens et de services, des flux monétaires, des flux de travail ainsi que des flux d’information.

Ecogeo circuit économique 1.png

Il est important de savoir dans l’histoire des idées d’où vient ce concept du circuit économique ? Le premier à penser au circuit économique est François Quesnay en 1758 qui travaillait dans la mouvance des physiocrates. Les physiocrates étaient des penseurs en économie politique qui élaboraient une réflexion sur la richesse des nations. Les interactions entre les pôles et les flux renvoient à l’idée du corps humain. La société fonctionnerait de la même façon. C’est une vision organiciste comme si la société était un corps avec des organes et qu’il y avait des échanges. Une métaphore organiciste n’est jamais innocente. Il faut se méfier des métaphores organicistes en sciences sociales. Comparer la ville à un corps est une vision de la ville qui implique des politiques et des pratiques qui ne sont pas anodines.

Cela permet de réfléchir sur l’économique qui est définie comme la production, la consommation et l’échange des biens rares. Ce qui est important est de souligner qu’il n’y a pas de que les biens qui circulent à savoir des services, de l‘information, du travail et de l’argent.

Des circuits simples aux circuits complexes[edit | edit source]

Ecogeo circuit économique 2.png

Il est possible de complexifier le circuit. Dans le cas précédent, on était dans une économie non monétaire alors que désormais on intègre des notions qui complexifient l’économie qui devient monétarisée. Les échanges se multiplient. Parfois il y a une superposition des pôles de production et de consommation. Il y a derrière l’idée de la production de masse et de la consommation de masse que l’on retrouve notamment dans le fordisme.

Ecogeo circuit économique 3.png

Il est possible d’envisager des circuits économiques plus complexes. Il n’y a plus deux pôles, mais il y en a quatre. Des institutions jouent un rôle intermédiaire entre ces pôles avec une administration et des institutions privées et financières. On obtient des matrices qui deviennent très compliquées. Ce circuit économique va être complexifié jusqu’à se rendre compte ce qu’est l’économie et la société.

Il faut se poser la question de la localisation des pôles de production et de consommation qui est un aspect important de la géographie économique et il faut se poser la question de la direction de ces flux dans le cadre d’une géographie des échanges. Ce qui est intéressant est de savoir pourquoi ces flux se mettent en place et quelle est leur orientation.

Paradigme iceberg.jpg

Le glissement à travers ces exemples n’est pas anodin. Le paradigme de l’iceberg n’est pas une théorie économique, mais une image qui est intéressante qui est l’idée que dans le domaine de l’économie, on ne voit que la partie immergée de l’iceberg, c’est-à-dire qu’on ne voit que l’économie de marché, ce qui passe par un échange économique et monétarisé soit le capitalisme et le salariat. La plupart de théories sont des théories qui théorisent les marché et la plupart des indicateurs économiques portent sur le marché et ses composantes alors que ce n’est qu’une toute petite partie de l’économique parce qu’il y a de nombreuse éléments qui se passent en dehors de l’économie de marché ne répondant pas forcément à la loi de l’offre et de la demande. En d’autres termes, toute une série d’aspects de l’économie se passe en dehors de l’économie de marché. À cause de cette partie immergée, il y a une sorte de myopie qui nous dissimule l’essentiel du champ économique.

Le marché est une façon de réguler et d’organiser l’économique. Selon les travaux d’anthropologues, il est possible d’en distinguer trois :

  • le marché ;
  • le don contre don ;
  • la redistribution.

En prenant ces trois types de régulation de circuit, on obtient une vue a peu prêt complète des échanges et de la consommation et de la production de biens rares. Il est très difficile de mesure la part dans l’économie de chacun de ces modes de régulation à cause précisément que le fait que les seuls chiffrent dont on dispose proviennent de l’économie de marché, car ils mesurent que ce qui est visible relevant de l’économie de marché. Il est possible de partir de l’hypothèse que, quelle que soit la société étudiée, l’économie de marché n’assure qu’une part minoritaire des échanges économiques, de la production et de la consommation.

La régulation des échanges[edit | edit source]

Don contre don[edit | edit source]

Le système du don contre don est premier sur le plan anthropologique, d’une part parce que c’est le premier système de l’économie qui a existé et aussi parce qu’il serai fondateur de l’économique et de la société en tant que telle. Le don contre don est un système d’échange qui se caractérise par différents éléments :

  • l’échange est alterné, mais différé dans le temps : le don appel toujours un contre don et le contre don a lieu après a un autre moment.
  • c’est un échange librement consenti : c’est ce qu’on appelle l’inégalité alternée du marché.

Néanmoins, cela est plus compliqué que cela. Mauss dans Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés primitives publié en 1924 parle du « Mystère anthropologique » du don qui serait l’énigme sur laquelle les anthropologues ne cessent de buter. Ce mystère anthropologique est formalisé comme étant une « obligation libre ». Ce qui caractérise le don contre don est qu’il y a une obligation de donner et qu’il y a une obligation d’offrir. L’obligation va aussi également être dans le fait qu’on a pas le droit de refuser un cadeau qui est l’obligation de recevoir.

Le don sous les apparences de la liberté est extrêmement codifié et normé. Le don, parce qu’il crée de l’obligation et parce que l’obligation est décalée dans le temps, cela crée du lien social. Il y a un lien de débit et de crédit infini. Du point de vue économique, cela ne fait pas de sens. Dans le don contre don, il y a quelque chose de contreproductif qui peut être assimilé à un gâchis économique. C’est pourquoi c’est un mystère anthropologique. Il ne faut pas penser que le don contre don soit un exemple anecdotique. Il y a l’idée que nous sommes tous des êtres fragiles et que l’aide est toujours donnée. Le don que l’on reçoit est quelque chose qui relève de l’ordre de la survie. Sur le plan économique, si on cherche à l’évaluer, cela est énorme. Selon certains chercheurs, le don contre don représenterait les trois quarts du PIB.

Les anthropologues ont analysé le phénomène du potlatch qui est une rencontre entre deux tribus qui vont s’offrir des cadeaux de plus en plus précieux jusqu’au moment où la tribu adverse ne peut pas rendre. Le potlatch est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Dans certaines circonstances, les cadeaux sont brulés pour dire toute la dimension non utilitaire, car c’est une pratique qui cherche seulement à créer du lien social. Le mouvement antiutilitariste en science sociale cherche à montrer que le don contre don sert à créer du lien et à faire de la société. Le don contre don n’a pas pour but de créer de la richesse, mais il a pour but de créer du lien social. Il y a des moments où il faut sortir de l’économique afin de comprendre l’économique.

Phénomène de la kula.png

Le don contre don a été observé d’abord dans des sociétés d’ethnologues. Un exemple célèbre est l’exemple du rite de la kula dans le cadre du travail de Malinovski. La kula est un système de don contre don très complexe qui s’effectue dans l’ouest de l’Indonésie. Des bateaux vont quitter une île chargée de présents en direction d’autres îles. Les présents les plus précieux sont les dons de cochon. Quelque mois après, ou quelques années après, on va faire un don dans l’île d’à côté et ainsi de suite. Le système du don contre don est décalé dans le temps, mais il est aussi indirect. On rend, il y a un contre don, mais qui n’est pas destiné à la personne qui a émis le don, mais à une tierce personne. L’intérêt de ce système complexe est de dissimuler la réciprocité du don et d’engager dans le don contre don non seulement deux acteurs, mais aussi tout un groupe de peuples. Dans nos sociétés, il y a aussi des formes de don contre don compliquées et leur part est extrêmement importante.

Pour créer du don, il faut souvent personnaliser les relations. Comme le don crée du lien social, on donne beaucoup plus facilement à des gens que l’on connaît bien plutôt qu’à des gens que l’on connaît mal. Le don contre don est essentiel dans l’économie, c’est une énorme partie de la métaphore de l’iceberg. C’est une partie de l’économie où il y a très peu de théorie. Ce qu’on en sait est à travers les sociologues et les anthropologiques qui en travaillant sur les sociétés contemporaines montrent l’importance du don contre don.

Redistribution[edit | edit source]

Le circuit de redistribution fonctionne en deux temps. Comme dans le système du don contre don, il y a un décalage dans le temps. Dans un premier temps, on effectue un prélèvement dans une optique de redistribution. Ce qui caractérise le système de la redistribution est qu’il y a un moment de prélèvement et un moment de redistribution et contrairement au marché et au don contre don, cela suppose une autorité, ce n’est pas une participation librement consentie des acteurs. Il est possible de prélever de l’argent, du travail ou encore en nature. L’autorité peut être un roi, un gouvernement, une ville, une autorité religieuse, militaire ou économique. À la différence du système de marché du don contre don, une autorité va décider de prélever et va redistribuer. Le monde économique actuel est régi par le principe de redistribution. La redistribution dans nos sociétés est essentielle.

La redistribution joue aussi un rôle essentiel au sein des entreprises. Si l’économie de marché fonctionnait bien, il n’y aurait pas d’entreprise. L’entreprise n’est pas régulée par l’économie de marché, on obéit aux ordres. Au sein de l’entreprise on préfère internaliser plutôt qu’externaliser et régir par la régulation plutôt que par l’économie de marché. Au sein de chaque entreprise, l’économie est régulée par la redistribution. Une autorité dirige l’entreprise et décide des flux à l’intérieur de l’entreprise. Il faut comprendre que le champ de la régulation dans l’économie est colossal. Dans l’entreprise, on retrouve une autorité, un prélèvement et une redistribution.

La redistribution soulève la question de la justice des prélèvements ainsi que des principes de redistribution. Ce sont des décisions politiques. Faire appliquer ces décisions suppose une autorité, c’est un système coercitif. Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas des formes pures de redistribution que le système de la redistribution n’est pas présent dans nos sociétés. L’autorité change de nature. Derrière al régulation et les systèmes régulés par la redistribution, il y a toujours une police qui est quelqu’un capable de faire appliquer la redistribution. Une de questions qui se pose toujours est la question de la justice. Le but de la redistribution n’est pas en soi la création de richesse, mais la régulation de l’économie selon des principes décidés. La question de l’efficacité n’est pas première.

Marché[edit | edit source]

Ce qui caractérise l’économie de marché est une satisfaction immédiate et équilibrée, l’échange est symétrique et instantané, le lien se dissout immédiatement dès que l’échange est terminé. Le marché est aussi une mise en scène et tous les acteurs sont égaux. Le marché donne lieu à une transaction et à une négociation. L’accord et absent de la redistribution et du don contre don. Pour le marché, il y a un accord où l’anonymat est important supposant qu’il n’y a pas d’effet de pouvoir. La régulation par le marché ne suppose pas nécessairement l’utilisation d’une monnaie. Il existe de nombreux autres marchés comme le marché noir, le marché gris ou le marché souterrain qui est des marchés interdits ou dissimulés. Ce qu’on observe dépend de l’outil d’observation. Les mesures qu’on utilise pour quantifier le marché sont des indicateurs de surface qui ne prennent pas en compte la face immergée de l’iceberg.

Il est intéressant que le marché physique ait servi de métaphore afin de désigner le principe même de son organisation et des marchés virtuels. Le marché physique a donné lieu à des études sociologiques et anthropologiques qui analysent le comportement des acteurs. Cela permet aussi d’aller à l’encontre de l’idée que le marché serait comme un mode naturel d’organisation de l’économie ou comme le mode normal de l’économie quand elle n’est pas organisée.

Les études historiques montrent que les marchés ont été mis en place, régulés avec des dispositifs coercitifs qui ont eu du mal à s’imposer au départ. Cela s’appuie sur une intervention très présente et pressante de la puissance publique qui fixe un jour précis, des horaires, une allocation des places, avec des législations particulières sur le fait d’afficher le prix des produits, le fait que les balances doivent être justes et contrôlées. Toute une série de textes et de législations rend le fonctionnement du marché possible. La puissance publique va intervenir afin d’imposer le système de marché comme mode de régulation de l’économie. La myopie laisse croire que le mode d’organisation naturel serait l’économie de marché. En réalité, les plus anciens systèmes de circulation de richesses et de circuits économiques étaient le système de don contre don et le système de régulation. L’idée de marché a existé avant le marché. C’est parce qu’on a cru à l’intérêt du système de marché qu’a été mis en place ce type de structure.

La raison du succès de cette institution récente s’explique par des qualités qu’il possède que le don contre don ne permet pas ou que la redistribution n’autorise pas. Parmi les grands points de différence, il y a le fait qu’il ne dépend pas d’une autorité, mais qu’il dépend de l’accord des participants [1], il donne lieu à une satisfaction mutuelle et instantanée des partenaires [2], il ne suppose pas et ne crée pas nécessairement du lien social avec l’idée d’anonymat des acteurs [3]. Le système de la redistribution suppose une identité commune puisque ce système suppose qu’on se soumet à une autorité commune qui est celle de la communauté dont on sort une identité. Dans le cadre du don contre don, il n’y a pas d’autorité parce que le lien est direct alors que dans le cadre du marché il n’y a pas de lien entre les partenaires et l’échange est soldé instantanément parce qu’il n’y a pas de décalage dans le temps au contraire dans le don contre don où ce qui crée du lien est la dette.

Les échelles du circuit[edit | edit source]

Pour un géographe, ce qui est intéressant est l’organisation spatiale propre à chacun de ces types de régulation du circuit économique. Sur le plan géographique dans sa distribution spatiale, est-ce qu’un circuit économique organisé par le don contre don par la régulation ou le système de marché présente les mêmes caractéristiques. L’échelle du circuit économique est de savoir quelle est la distance entre les différents pôles de circuits économiques.

Le concept d’économie-monde : Braudel et Wallerstein[edit | edit source]

Dans Civilisation matérielle, économie et capitalisme – XVe – XVIIIe siècles publié en 1979, Fernand Braudel propose le concept d’économie monde et qui en donne la définition suivant : « un fragment de l’univers, un morceau de la planète économiquement autonome, capable pour l’essentiel de se suffire à lui-même et auquel ses liaisons et ses échanges intérieurs confèrent une certaine unité organique ».

Une économie monde est un espace limité par une frontière et économiquement autonome qui a très peu d’échange avec l’extérieur, en revanche, il y a beaucoup d’échange avec l’intérieur. Les échanges avec cette espace sont tellement forts qu’il lui donne une unité. Une économie monde est à la fois un système économique plus ou moins clos sur lui même et dont les éléments sont en interaction et un système spatial.

Les systèmes ne sont jamais fermés sur eux-mêmes. Ce qui constitue cette entité spatiale et économique en système et en circuit est à la fois l’intensité des interactions au sein de celle-ci et la rareté des interactions avec l’extérieur. Une économie monde est à la fois un espace géographique et économique. En d’autres termes, une économie monde est la superposition d’un espace géographique et d’un circuit économique. C’est une économie et en même temps un monde fermé sur lui-même qui tient en partie sa cohérence de son économie.

Fernand braudel et économie monde 1.png

Braudel énumère certaines caractéristiques géographiques de l’économie monde qui sont des caractéristiques spatiales :

  • « occupe un espace géographique donné » ;
  • « accepte toujours un pôle, un centre » ;
  • « se partage en zones successives ».

Les termes « pôles » ou « centre » n’ont pas de définition nécessairement géométrique. Lorsqu’on parle de « centre » ou de « périphérie » cela est plus en terme de géographie que de géométrie. La raison pour laquelle Braudel à conçut le concept d’économie monde était pour rendre compte de ce qui se passait en Europe et en méditerranée.

Jusqu’à au début du XVIème siècle les échanges sont essentiellement intereuropéens. À partir de 1500, avec les grandes explorations, petit à petit des flux vont se constituer. Au XVIIIème siècle, l’économie monde a changée de configuration et d’échelle. L’Europe constituait une économie monde en 1500 alors qu’en 1775, elle est incluse dans une économie monde qui ne touche pas toutes les parties de la planète, mais marqué par des échanges multiples entre de nombreux comptoirs littoraux.

En fait, ces cartes sont fausses. Des raisons font qu’elles ne sont pas recevables.

Dans The Modern World-System, vol. I: Capitalist Agriculture and the Origins of the European World-Economy in the Sixteenth Century publié en 1974, Wallerstein propose le concept de système monde. Ce concept va plus loin que celui de Braudel disant qu’il existe deux types de « système monde » à savoir un empire monde [1] et une économie monde [2].

Ce que Braudel appelle une « économie monde » est non seulement des entités géographiques et économiques, mais aussi des entités politiques. Wallerstein parle d’« empire monde » lorsque ces circuits géographique et économique qu’est l’« économie monde » correspondent à une entité politique. Les frontières de l’« économie monde » correspondent à celle d’un empire. La division internationale du travail se fait au sein d’un même système politique, économique et géographique. Wallerstein réservera le terme d’« économie monde » dans le cas où la division internationale se fait entre des États. L’entité géographique ne correspond pas à une entité politique, mais à plusieurs entités politiques. En d’autres termes, un empire monde est un pays et une économie monde est plusieurs pays.

Le concept de Braudel est intéressant parce qu’il met en parallèle l’organisation spatiale et économique, Wallerstein rajoute l’organisation politique. Le circuit économique c’est de l’économie, l’économie monde c’est de l’économie plus de la géographie, l’empire monde serait de l’économie, du spatial et du politique.

Carrefours du commerce au moyen age 1.png

Cette carte est la carte du carrefour du commerce au Moyen-Âge avant l’ouverture Atlantique. Tout est centré soit sur la mer du nord et de la Baltique, sur l’axe de la Meuse et du Rhin, les villes proto-industrielles de l’Italie et les flux qui mettent en rapport les bassins de production et de consommation occidentaux avec ceux de l’Orient.

Circuit économique 4.png

Il y a des flux, des pôles, des villes et très peu d’échanges avec l’extérieur. Aux égards à l’intensité du commerce en Europe, le commerce avec l’Asie est peu significatif et négligeable. Néanmoins, le circuit économique et cohérent formant un organisme en situation d’interdépendance permettant de déterminer. C’est la vision classique de la géographie de la période. L’Europe correspondrait à l’économie monde ayant une existence fonctionnelle et économique. Cependant, ce n’est pas le cas.

Le gradient de l’échange : Sahlins et Chaunu[edit | edit source]

Sahlins a publié en 1976 son ouvrage Âge de pierre, âge d'abondance dont le propos n’est pas de parler de la géographie économique et des échanges. L’idée est que le progrès scientifique, technologique, l’agriculture, le marché et l’industrialisation nous ont sauvés d’une existence risquée et misérable nous libérant de fortes contraintes donnant du confort, de la liberté et du loisir. Sahlins s’est intéressé à des « tribus et des sauvages » observant des sociétés ne connaissant ni l’industrie, ni l’agriculture, ni de l’élevage. Ce sont des économies de chasseurs cueilleurs. Ce sont des gens qui travaillent en moyenne entre une heure et deux heures par jour. Le temps pour survivre est mesuré et faible. Le reste du temps est dédié à d’autres pratiques. L’âge de pierre est l’âge de l’abondance. Ce qu’on considérait comme le progrès peut être vu comme un abrutissement. Pour satisfaire nos besoins, il faut travailler entre huit et dix heures par jour.

Il y a eu un renversement des perspectives. La raison pour laquelle on a accepté de travailler autant et parce qu’on nous a créé un nouveau besoin. Sahlins s’est intéressé non seulement à la production, mais il va s’intéresser également aux échanges. Pour échanger, il y a une spécialisation dès tâches avec les femmes qui vont cueillir les baies et les hommes vont chasser les animaux, mais selon des critères stricts. Il y a l‘hypothèse que la spécialisation n’a pas pour but de maximiser la production, mais pour rendre l’échange obligatoire, car on est contraint à l’échange.

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Sahlins se demande comment se font les échanges économiques. Il va distinguer trois cercles successifs :

  • cercle de la maisonnée : c’est le cercle des gens de la famille qui est proche. L’échange se fait selon le système du don contre don sans obligation, en d’autre terme, l’obligation libre de donner, de recevoir et de rendre. Cela caractérise des échanges entre individus symboliques et spatialement proches. Ce système de régulation ne présuppose pas d’autorité, mais une proximité et une dépendance parce que les échanges sont quotidiens et permanents. Il y a une proximité symbolique.
  • cercle du village : au sein de la tribu, la règle est la redistribution.
  • cercle intertribal : les échanges avec les tribus voisines ne se passent pas bien parce que les rapports sont principalement guerriers. Il y a des moments où il y a des échanges ritualisés au moyen du troc. C’est le système de la satisfaction immédiate des deux parties sur la base d’une négociation sans création de lien social et sans la nécessité de lien social. Le don est une réciprocité généralisée, mais décalée dans le temps, la redistribution est une réciprocité équilibrée alors que la réciprocité pour le marché est immédiate, mais peut être négative. Il y a une dégradation. Selon Sahlins, plus le partenaire est lointain symboliquement et géographiquement, plus on utilise un mode de régulation dégradé des échanges. Il y a un mode noble de régulation des échanges qui est le don contre don qui suppose et crée du lien social, il y a un mode un peu dégradé qui est la redistribution, et un mode encore plus dégradé dans le cadre du marché. Le marché est réservé aux étrangers, à ceux avec qui on ne veut pas ou on ne peut pas parler. C’est la façon dont les acteurs économiques vivent les échanges. Les échanges sont liés à l’altérité.
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Chaunu travaillait sur la nature des échanges au Moyen-Âge. 90% des échanges économiques ne franchissaient pas une distance supérieure à 5 kilomètres. Il y a une forte autoconsommation. Chacune foyer est en autoconsommation cela signifie qu’il y a une spécialisation au sein de chaque foyer qui fonctionne sur le don contre don. Dans les villages, il y a des échanges entre voisins avec une spécialisation et une division du travail. Une partie des échanges est réglée par le circuit de la redistribution, le troc va jouer également un rôle.

Plus on s’éloigne du village et il y a beaucoup redistribution et un peu de troc. On estime qu’à l’époque, 90% des échanges se font dans un rayon de 5 kilomètres. Il est possible d’avoir besoin de produits qui ne soient pas issus de productions locales soit parce qu’on ne peut pas soit parce qu’on ne sait pas. La solution est soit de recourir aux colporteurs qui apportent le nécessaire, soit il est possible de se déplacer vers un village ou une ville plus ancrés dans l’économie monétaire avec de vrais marchands. Cela nécessite un déplacement de 25 kilomètres. En latin, cela s’appelle un « pagus » dans lequel ont lieu régulièrement des marchés. 9% des échanges se font dans un rayon de 25 kilomètres pour acheter et vendre. 1% des échanges se fait avec le reste du monde concernant des produits rares et chers dont les paysans ont peu usage étant réservés à la bourgeoisie ou bien à l’aristocratie comme des bijoux, des instruments, des soins plus rares, des services plus rares.

Carrefours du commerce au moyen age 1.png

Cette carte traite des 1% des échanges qui franchissent un rayon de 25 kilomètres. Cette carte figure ce qui trafique entre des économies mondes extrêmement localisés. Cet espace est fragmenté en espaces d’un rayon de 25 kilomètres entre lesquels presque rien ne circule. On voit un trafic quantitativement inexistant, mais très visible qui est le commerce au loin. Ce sont des produits chers, déplacés sur de grandes distances réservées à des personnes d’un rang social très élevé. C’est un monde qui est celui des échanges de produits de luxe destiné à une aristocratie, mais ce n’est pas une économie monde selon la définition de Braudel.

Nombre de ces cartes invisibilisent des flux qui sont aussi essentiels. Il faut se méfier des cartes qui ont tendance à tracer la ligne entre économie monde est le reste du monde au mauvais endroit. Il faut garder en tête l’idée d’un gradient de l‘échange qui est que plus on s’éloigne, moins on échange et plus les formes d’échanges sont anthropologiquement dégradées. Ce qui est visible sont les produits rares et le marché alors que ce qui circule à l’intérieur sont les circuits du don contre don et de la redistribution. Cela permet de réfléchir sur la mondialisation et sur le changement d’échelle des circuits économiques que serait la mondialisation. Avec ce récit et ce mythe que nos économies se seraient mondialisées, que nos circuits économiques auraient changés d’échelle et qu’on serait passé d’une économie monde local à une économie monde qui est le monde.

Cette idée est fausse pour deux raisons : la mondialisation n’a pas eu lieu [1] et la mondialisation a eu lieu il y a longtemps [2]. En d’autres termes, la mondialisation ne nous a pas affectées autant qu’on le dit et elle n’est pas aussi nouvelle qu’on le dit. Il faut relativiser la mondialisation dans son caractère nouveau sans précédent, mais aussi dans sa mesure. Pour certains auteurs, la première mondialisation se situe entre 30000 ans et 5000 ans avant Jésus Christ avec l’humanisation de la planète. Il est possible de faire des flèches montrant comment l’espace humaine s’est répandu sur la planète. Cette mondialisation a des conséquences lourdes, mais n’est pas un phénomène économique.

Les premières mondialisations : XVIIIème siècle – XIXème siècle[edit | edit source]

Il faut retenir 1492 et la découverte du Nouveau Monde qui est l’Amérique. Avant 1492, il y avait la route de la soie, mais l’horizon de l’occident était borné, car on n’y avait pas accès. Les produits asiatiques ne pouvaient être acquis que par l’intermédiaire turc. Pour la première fois, l’occident accède à un ailleurs dont il ignorait jusqu’à l’existence et dont il n’avait même pas fait l’hypothèse. C’est un moment fascinant dans l’histoire de l’occident parce qu’on a du mal à définir ce que cela serait aujourd’hui. Cette découverte était incompatible avec ce qui était écrit dans la bible. Une hypothèse a été formulée à ce moment qu’il y a eu deux créations et deux paradis. C’est le premier moment où la réalité politique, culturelle et économique de l’occident change d’horizon.

Commerce triangulaire 1.png

Le premier échange s’est fait sous la forme prévue par Sahlins qui est le vol, le pillage et la violence notamment avec l’arrivée massive d’or et d’argent qui va totalement déstabiliser l’économie européenne au profit des pays de la péninsule ibérique. On va se mettre à exploiter les ressources minières en ayant recours à la main-d’œuvre indigène. L’Église va discuter dans le cadre de la controverse de Valladolid qui questionne la condition des indigènes. Cela va engendrer le commerce d’esclave avec l’Afrique. La seconde phase est le système de la plantation et le transfert massif dans le cadre du commerce triangulaire du « bois d’ébène » que sont les esclaves noirs. Cela met en exergue l’existence d’un commerce d’indisponibilité faisant que si on va chercher certaines ressources à l’étranger c’est parce qu’on ne peut les produire en Europe.

Au début, l’économie de prédation ne représente pas grand-chose pour le paysan même si cela eut un impact majeur sur le système monétaire européen. En revanche, les produits qui commencent à transiter en grande quantité vont avoir un impact pour le paysan local créant une demande de produits exotiques qu’il ne peut produire lui-même. Pour certain, on va créer un besoin avec le sucre ou créer une dépendance comme avec le tabac. Il y a la première installation d’un circuit économique quantitativement non négligeable qui se met en place de part et d’autre de l’Atlantique.

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Le prélèvement du « bois d‘ébène » qui est un prélèvement économique se fait dans la violence, le système de la plantation se fait en achetant les esclaves, mais ces plantations appartiennent pour l’essentiel à des grands propriétaires et des grandes familles en Europe régulée en Europe par des circuits de redistribution. Petit à petit, on passer de l’exploitation par le pillage, à l’exploitation coloniale et à la plantation à un système de colonisation plus capitaliste et plus lié au marché comme en témoigne l’existence de compagnies commerciales caractérisant le système capitaliste marchand.

Au début, le marché était opposé à la colonisation et donc à la mondialisation à travers le trafic transatlantique. La première raison était pour son inefficacité économique et la seconde raison idéologique, car si on croit au marché, le recours à la force, à la main d’œuvre indigène est contreproductif. Si on croit au marché, on ne peut être « pour » l’esclavage et la colonisation. Il y avait une peur des milieux d’affaires que le développement des échanges que mettait en place la colonisation se traduise par un développement économique des colonies et donc par une concurrence des colonies. Exploiter les colonies était possible à condition qu’elles ne deviennent pas des concurrents. Une première mondialisation est celle de l’or, puis des esclaves et enfin des produits tropicaux qui viennent alimenter l’Europe. Une première mondialisation économique se met en place au XVIème siècle avec une mondialisation des échanges coloniaux.

En 1914, la colonisation a mondialisé la planète. Toutes les parties du monde sont inscrites dans des circuits d’échanges gérés par des métropoles. On retombe sur le concept d’économie monde de Braudel avec un centre qui est la métropole, une périphérie qui est la colonie et l’empire.

Monde colonisé en 1914 1.png

Ce qui se met en place est des flux qui ne sont plus anecdotiques, mais des flux de produits de consommation massive. Cette mondialisation va durer et être importante jusqu’au milieu du XXème siècle.

L’essor du commerce international : XIXème siècle – XXIème siècle[edit | edit source]

La deuxième mondialisation se fait avec la mise en place du commerce international. Avant le XIXème siècle, le commerce international n’existe quasiment pas du fait qu’on fait beaucoup la guerre, les barrières douanières rendent le commerce prohibitif et les transports sont peu efficaces. Avec une série d’inventions techniques, de procédures, de nouvelles idées qui vont assurer l’émergence du commerce international se traduisant par une augmentation des flux entre les pays.

En 1801 ouvre le London Stock Exchange. Entre 1841 et 1842 vont mener la guerre de l’Opium imposant le droit de vendre de l’opium sur le littoral et dans les villes chinoises. Une des premières guerres économiques se base sur le marché de la drogue. Cette guerre a été un moyen d’obliger la Chine à s’ouvrir vers l’extérieur. Au même moment en 1846 sont abolis les corn laws qui protégeaient les céréaliers anglais permettant à la production céréalière anglaise de survivre. Arrive sur le marché britannique du blé international beaucoup moins cher se traduisant par la disparition de la céréaliculture en quelques années parce que cela n’est pas rentable. L’avantage comparatif de l’Angleterre est l’industrie. Avec l’ouverture de l’Angleterre au libre-échange, va se produire l’industrialisation de l’Angleterre. En 1862 est signé un traité de libre-échange franco-anglais. Entre 1890 et 1914 va s’imposer le libre-échange au point que l’ouverture économique des pays en 1914 et aujourd’hui est quasiment la même. Entre 1914 et les années 1960, les frontières se sont de nouveau mis en place. Le XXème siècle est l’arrêt du commerce international à cause des deux guerres, mais aussi à cause de la crise de 1929. Entre 1929 et 1933, le commerce extérieur à l’échelle du monde a diminué de 66%. L’histoire de la mondialisation n’est pas l’histoire de la mondialisation du commerce international, n’est pas l’histoire du progrès régulier jusqu’à nos jours, mais celle d’un commerce qui s’internationalise rapidement et puissamment au XIXème siècle avec un arrêt très brutal en 1914 et une stagnation du commerce international à un niveau relativement très bas entre 1914 et les années 1960.

Le XXème siècle va être le siècle de la désinternationalisation du commerce avec la Première et la Seconde Guerre Mondiale. Avec crise de 1929, c’est moins la crise que sa contagion qui a frappé les esprits avec le fait que la crise ait commencé aux États-Unis et qu’elle se soit propagée selon un effet domino. La solution a été de fermer les frontières avec toute une série de mesures protectionnistes. Néanmoins, le mouvement va reprendre un peu avant la fin de la Deuxième guerre mondiale.

À partir de 1944 est 1945 va de nouveau être mis en place à l’échelle internationale et locales des systèmes qui permettent de lever les barrières protectionnistes et les barrières douanières. Le premier élément est tout un ensemble d’institutions et de mesures de la fin de la guerre à 1947 visant à reconstruire un univers économique et politique ruiné en mettant en place un nouvel ordre qui est aussi un ordre économique avec la GATT, la BIRD et le FMI. À travers ces organismes internationaux se met en place une gouvernance économique mondiale qui se fonde sur l’idée que l’augmentation des échanges internationaux se ferra pour le bien de chacun. En 1957, à l’occasion du traité de Rome est créée la communauté économique européenne jouant un rôle massif dans l’abaissement des tarifs douaniers ayant pour but de constituer un marché européen unique. Au début, le projet était de construire un circuit économique européen, mais les raisons pour lesquels ont voulait établir un circuit économique unique n’étaient pas des raisons d’abord économiques. On pensait que c’était le meilleur moyen d’éviter une Troisième guerre mondiale ne tissant des liens économiques et de communauté. L’économique a été instrumentalisée à des fins politiques dont le but de l’union était à des fins diplomatiques et politiques. Cette communauté a eu pour conséquence une augmentation du commerce international à l’échelle européenne régionale. La décolonisation a été le troisième grand facteur du développement du marché du commerce international. Une fois que les anciennes colonies échappent à la puissance et à l’autorité de la métropole, elles acquièrent une autonomie économique et financière faisant qu’elles peuvent devenir des acteurs du marché international. La décolonisation s’est traduite par l’entrée sur le marché international des pays libérés de la tutelle des métropoles. Le quatrième moment est l’essor du néolibéralisme dans les années 1980 qui a précédé l’effondrement du bloc soviétique, du monde communiste ainsi que d’idéaux politique et économique que ces puissances représentaient. La fin de l’histoire est l’idée qu’on était arrivé à un moment de l’histoire où le choix n’était plus possible. La marge de l’histoire était le choix entre les deux modèles. À la fin dans les années 1980 et dans les années 1990, s’impose l’idée qu’il n’y a qu’un seul modèle qui est le modèle du marché, de la démocratie de l’impératif des droits de l’homme. Dans ce modèle, il y a la libéralisation économique. Beaucoup pour les États-Unis, il y a un consubstantiel entre le libéralisme économique et la démocratie. La démocratie et le marché fonctionnent ensemble. La fin de l’histoire et l’accord général sur le marché, les droits de l’homme et la démocratie sont traduits par une très forte internationalisation de l’économie.

La révolution technologique autour des transports joue un rôle dans l’élargissement des circuits économiques. Le coût du transport a rarement été un obstacle définitif au commerce international qui serait plutôt les mesures protectionnistes. Les années 1990 avec l’émergence de la bulle internets’est traduit par une quasi-annulation du coût du franchissement de la distance pour certains produits et par une unification du marché. En 1992 est créé l’ALENA qui crée un marché unique pour les États-Unis, le Canada et le Mexique. L’idée que les frontières sont devenues poreuses a pour résultat de créer une région où les frontières ne s’opposent plus au commerce international. Si les frontières économiques disparaissent au sein de l’Europe ou des États-Unis, cela est pour mieux les établir ailleurs. Au fond, l’Union européenne n’a fait que repousser les frontières. Dans un sens, le régionalisme est le contraire du libre-échange puisqu’on se barricade sous des frontières économiques qui sont déplacées et changées d’échelle. On n’est pas dans la mondialisation, mais dans un stade intermédiaire entre des marchés locaux et un marché très unique. En 1994 est fondé l’OMC et en 2000 l’adhésion de la Chine à l’OMC qui est à la fois un pays marqué par l’économie dirigiste communiste et une croissance à deux chiffres depuis des décennies.

OMC avril 2003 1.png

La situation est que le monde entier a adhéré à l’OMC. Cela signifie que le monde entier a adhéré à l’économie de marché et que le monde entier s’est mis d’accord sur l’idée qu’à terme il faut créer un marché mondial unique. Cela soulève de nombreuses discussions et débats. L’adhésion au principe de l’économie mondial n’empêche pas des distancions sur les moyens d’y parvenir.

On arrive à l’idée que s’il y a eu la mise en place du libre échange entre 1800 et 1914, s’il y a un effondrement du marché international entre les deux guerres mondiales, cela reprend dans les années 1950, cela s’accélère dans les années 1960 pour aboutir à des cartes iconiques qui montrent un monde mondialisé.

Commerce mondial de marchandise 2000.png

Lorsqu’on regarde cette carte, on a l’impression que la mondialisation est accomplie et que l’échelle des circuits économiques et la même que celle de la planète. Cette carte est manipulatrice parce qu’il y a des bouts qui sont coupés comme l’Afrique du Sud, d’autre part, on met l’emphase sur les liens nord – nord entre la « triade ». Le titre est faux. Cette carte porte sur le « commerce international », mais elle ne le dit pas parlant du « commerce mondial ». Nous devrions voir tous les flux qui ont lieu dans le monde, mais elle ne montre que les flux internationaux.

Par exemple, les flux économiques à l’échelle de la Suisse ou de la France ne sont pas montrés, or ils sont cinq fois plus massifs que les flux internationaux. Le premier facteur qui affecte la quantité des flux internationaux est la taille des pays. Si un espace est fragmenté en petits pays, il y a beaucoup de flux internationaux, si un espace est n’est divisé qu’entre grands blocs limite les flux internationaux. Cette carte est biaisée par la carte politique. Au fond, cette carte a une fonction idéologique pour mettre l’emphase sur la mondialisation alors qu’en fait ce n’est pas de cela qu’il s’agit.

Importation et exportation par pays en 2000.png

Ce tableau est le taux d’ouverte de différent pays à l’échelle du monde pour différent pays. Pour calculer le taux d’ouverture, on additionne les importations plus les exportations divisées par deux fois le PNB. Cela donne l’idée de la part de la production exportée et de la part de la consommation qui est importée. Pour les États, un taux d’ouverture de 13% signifie qu’en moyenne, 13% de la production et exportée ou 13% de la consommation est importée. En d’autres termes, 87% de la production américaine est destiné au marché américaine est 87% de ce que les consommateurs américains achètent est fabriqué sur le sol des États-Unis. Les neuf dixièmes de l’économie américaine se passent sur le sol américain alors que les États-Unis poussent à l’ouverture des frontières et à la mondialisation des marchés alors que c’est une économie très nationale. Si on regarde le Japon, son taux d’ouverture est de 0,10 qui veut dire que 10% de la consommation japonaise est importée ou exportée. Les gardes montrant les flux internationaux ne sont fondées que sur le taux d’ouverture, c’est pourquoi il faut relativiser ces flux. Le taux d’ouverture est rarement supérieur à 20%.

Il y a des exceptions comme l’Allemagne, la France ou encore le Royaume-Uni. Au sein de l’Union européenne, la moyenne est autour de 25%. L’ouverture européenne est deux fois plus importante que celle des États-Unis et du Japon. Le fait que les flux franchissent des frontières est lié à deux facteurs. Le premier est la construction de l‘Union européenne et le fait que des politiques ont été mis en place pour faciliter les échanges internationaux et la coopération économique internationale. Cela fait que ces pays sont ouverts vers l’extérieur, mais essentiellement sur leurs voisins. Le second facteur est la taille de l’Europe, car par nature des pays de petite taille ont un taux d’ouverture supérieur au pays de grande taille. Le taux d’ouverture des Pays-Bas est de 0,53. Il y a un effet lié à la taille. Dans le cadre de la compétition internationale, la seule façon de produire et de vendre et de se spécialiser. Les pays vont se spécialiser dans des produits et des productions dans lesquelles ils espèrent être compétitifs. La spécialisation des petits pays signifie que toute leur production est exportée et que toute la consommation est importée. Par nature, les petits pays ont un taux d’ouverture beaucoup plus grand que les grands pays. À la fois des raisons matérielles et pour des raisons ayant trait au marché intérieur. Cela explique que lorsqu’on cherche des petits pays, le taux d’ouverture est beaucoup plus important.

Il y des cas comme Singapour, la Malaise et Hong Kong où le taux d’ouverture est supérieur à 1. À Hong Kong, les exportations et les importations correspondent à 122% de la consommation ou de la production. L’explication est que ce sont des pays d’entrepôt qui réexportent ce qu’ils importent, ce sont des plaques tournantes. Les importations ne sont pas liées au marché intérieur, mais destinées à leur retraitement et à leur réexportation.

Il faut faire attention avec ce type de tableau sur ce que sont les flux internationaux. La façon dont on les mesure joue un grand rôle sur les conclusions tirées. Ce qui est intéressant de savoir est la distance moyenne parcourue par un pays. L’augmentation du commerce international ne prouve pas vraiment que la distance moyenne parcourue par les produits a augmenté, mais cela prouve qu’ils franchissent plus de frontières. Ces chiffres ne disent pas grand-chose sur l’échelle des circuits économiques, mais sur le fait qu’ils franchissent plus de frontières. L’internationalisation est très mesurée. Pour la plupart des petits pays, on est en dessous d’un quart ce qui signifie que dans la plupart des pays sont destinés à et produit par le marché national. La mondialisation n‘affecte qu’une petite partie de l’économie et encore on ne parle que de l’économie de marché. La mondialisation reste un phénomène relativement marginal. Ce n’est pas non plus un phénomène nouveau.

Geoeco évolution du taux ouverture par pays.png

Entre 1913 qui est le moment culminant du libre-échange et de la mise en place d’un marché mondial et 1950, les taux d’ouverture s’effondrent. Aujourd’hui, si on regarde les chiffres, plusieurs pays viennent de retrouver ou n’ont pas encore retrouvé les taux d’ouverture de 1913. Par exemple, en 1913, le Japon était 33 fois internationalisé qu’aujourd’hui.

Si les États-Unis sont à part, cela est lié à la taille du pays, mais aussi lié au fait que l’économie américaine n’a pas souffert de la manière des deux guerres mondiales en ayant même bénéficié. On vit dans un monde aujourd’hui qui n’est pas davantage mondialisé qu’il n’était en 1914. Les taux d’ouverture sont des pourcentages et cela ne vaut pas en chiffre absolu puisqu’en même temps, le commerce mondial en « poids » a explosé. C’est une autre réalité quantitative, mais si on raisonne en pourcentage, on n’a fait que rattraper le niveau de 1914. Ce qui est vrai pour le marché des marchandises est également vrai pour les personnes. Il y avait beaucoup plus de migrations internationales au XIXème siècle qu’aujourd’hui, mais évidemment, quantitativement cela n’est pas la même chose.

Cela n’est pas nier l’idée que quelque chose change à la fin du XXème siècle. Quelque chose change dans les années 1980 et 1990. Ces chiffres et ces cartes visent à suggérer que la mondialisation n’est pas un phénomène nouveau et que la mondialisation est un événement qui touche une petite partie de l’économie de marché et que la plupart des circuits de marché sont locaux et nationaux. Il ne faut pas céder à une forme de myopie qui hypnotise par le caractère massif et récent de la mondialisation qui n’est ni massive ni récente.

Conclusion[edit | edit source]

Le marché est un type de circuit et sans doute pas le plus important. À chaque mode de régulation à savoir le don contre don, la redistribution et le marché, ses fonctions et ses échelles sont différents. À chaque type d’échange correspond une proximité spatiale et symbolique. On peut distinguer trois grandes périodes du changement de circuit économique à l’échelle mondiale avec la colonisation, la mises-en place du libre-échange au XIXème siècle et la reprise récente. Il faut concevoir la mondialisation comme un mode (maximal) d’extension spatiale du circuit pour transformer la planète en économie monde. La mondialisation a un caractère « ancien » et limité.

Quels sont les moteurs de la mondialisation ? Bien sûr, il y a une dimension technologique avec la révolution des transports. Ces grandes mutations logistiques qui ont autorisé des réorganisations des circuits économiques des changements d’échelles sont importantes étant liées à l’histoire des chemins de fer, des bateaux, des avions et d’internet. Cela permet la mondialisation, mais cela ne la nécessite pas. Les raisons pour lesquelles on s’est mis à faire du commerce international sont des raisons idéologiques et politiques. Cela veut dire que l’explication de l’économique n’est pas dans l’économique en pensant que les évolutions trouvent au sein de ce monde leur explication. L’économique est incrustée dans le politique et dans le social et ces mutations ne trouvent pas leur principe et leur raison au sein de l’économie conçue comme une fiction. Elles prennent place dans des logiques plus vastes et plus complexes.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]