Langues, religions et cultures au Moyen-Orient
La région du Moyen-Orient, berceau de civilisations anciennes et carrefour de routes commerciales historiques, se distingue par une diversité linguistique, religieuse et culturelle remarquable. Cette diversité est le fruit d'une histoire riche et complexe, façonnée par d'innombrables peuples, empires et mouvements.
Au niveau linguistique, le Moyen-Orient est un patchwork de langues où l'arabe se distingue par sa prédominance dans des pays comme l'Égypte et l'Arabie Saoudite. Le persan, ou Farsi, est un pilier linguistique de l'Iran, reflétant l'héritage de l'Empire perse, tandis que le turc, langue officielle de la Turquie, témoigne de l'influence ottomane. L'hébreu, langue ancestrale ayant connu une résurrection unique avec la création de l'État d'Israël en 1948, et le kurde, parlé dans des régions allant du nord de l'Irak au sud-est de la Turquie, complètent ce paysage linguistique. Religieusement, l'Islam domine, avec des branches telles que le sunnisme et le chiisme. Des figures historiques comme le calife Omar, qui a régné de 634 à 644 après J-C, et Ali, gendre du prophète Mahomet, incarnent les débuts de ces divisions. Le christianisme, présent depuis ses origines, a vu des communautés comme les Coptes en Égypte perdurer malgré les changements politiques et sociaux. En Israël, le judaïsme est central, illustré par des figures historiques telles que David Ben-Gourion, principal fondateur de l'État d'Israël.
La culture du Moyen-Orient, profondément influencée par ces diversités linguistiques et religieuses, est riche en expressions artistiques, musicales et culinaires. Par exemple, l'art islamique, avec ses motifs géométriques complexes, reflète les interdits religieux sur les représentations figuratives. La musique classique arabe, portée par des icônes comme Oum Kalthoum, a influencé la culture régionale bien au-delà des frontières linguistiques. Les festivités telles que le Ramadan et le Norouz persan sont des exemples de la façon dont les traditions religieuses et culturelles se sont entremêlées pour former des pratiques uniques.
| Professeur(s) | Yilmaz Özcan[1][2] |
|---|---|
| Cours | Le Moyen-Orient contemporain : Etats, nations et communautés |
Lectures
Langues
La diversité linguistique du Moyen-Orient est en effet un de ses traits les plus distinctifs, illustrée par la présence de trois grandes familles linguistiques: Ouralo-altaïque, Indo-européenne et Sémite.
La famille Ouralo-altaïque englobe des langues parlées dans une grande partie de l'Asie et certaines régions de l'Europe de l'Est. Dans le contexte du Moyen-Orient, cette famille est principalement représentée par le turc, langue officielle de la Turquie, qui témoigne de l'expansion des peuples turciques et de l'influence historique de l'Empire ottoman dans la région. D'autres langues comme l'azéri, parlé en Azerbaïdjan et par certaines communautés en Iran, appartiennent également à cette famille. La famille Indo-européenne, qui est l'une des plus larges et diversifiées au monde, comprend des langues telles que le persan, le kurde et l'arménien. Le persan, en particulier, a une importance historique et culturelle majeure, étant la langue de l'antique Empire perse et de l'Iran moderne. Le kurde, parlé par le peuple kurde réparti entre l'Irak, l'Iran, la Syrie et la Turquie, et l'arménien, langue de l'Arménie et de la diaspora arménienne, complètent cette richesse linguistique. Enfin, la famille des langues sémitiques est cruciale dans le contexte du Moyen-Orient. L'arabe, langue du Coran et lingua franca de nombreux pays arabes, est la plus répandue de cette famille. L'hébreu, langue ancienne qui a connu une renaissance moderne avec la création de l'État d'Israël, et d'autres langues comme l'araméen et l'assyrien, bien que moins parlées, ont une importance historique et culturelle significative.
Cette carte colorée représente les langues parlées au Moyen-Orient et illustre la densité de population des régions où ces langues sont prédominantes. Elle distingue les langues par famille linguistique et par concentration de population dans les régions concernées.
Les zones en jaune représentent les régions densément peuplées où l'arabe est prédominant. Cela inclut des pays comme l'Égypte, l'Arabie Saoudite, le Yémen, la Jordanie, le Liban, et d'autres. L'arabe est la langue principale du groupe linguistique sémitique et est répandu à travers toute la péninsule arabique et au-delà. La carte illustre la prédominance de la langue arabe dans les zones colorées en jaune, indiquant une forte densité de population dans ces régions. La langue arabe, appartenant au groupe sémitique, est non seulement une langue officielle mais aussi une partie intégrante de l'identité culturelle et religieuse au Moyen-Orient.
L'arabe s'est propagé bien au-delà de la péninsule arabique, notamment à travers les conquêtes islamiques à partir du 7ème siècle, devenant ainsi une des langues les plus influentes de la région. Elle est désormais parlée dans de nombreux pays du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Dans des pays comme l'Égypte, où la civilisation remonte à des millénaires, l'arabe a supplanté les langues antiques comme l'égyptien ancien, devenant la langue de la majorité de la population. En Arabie Saoudite, berceau de l'Islam et site des deux villes saintes de La Mecque et Médine, l'arabe a une importance particulière tant sur le plan religieux que culturel. Dans d'autres régions telles que le Yémen et la Jordanie, l'arabe se manifeste à travers une variété de dialectes, témoignant de la diversité intrinsèque de la langue. Le Liban, connu pour sa diversité culturelle et religieuse, présente également une mosaïque de dialectes arabes, influencée par de nombreuses autres langues à travers son histoire. Ainsi, la carte confirme que l'arabe ne sert pas uniquement de langue de communication quotidienne mais joue aussi un rôle essentiel dans la préservation et la transmission de la culture et de l'histoire à travers le Moyen-Orient.
Les zones vertes sur la carte sont significatives de la présence de langues indo-européennes, qui témoignent de la diversité ethnolinguistique et historique du Moyen-Orient. Le persan, par exemple, est la langue officielle de l'Iran et a une influence culturelle et littéraire considérable. C'est une langue qui peut être tracée jusqu'à l'ancien empire achéménide, témoignant de la profondeur historique de la région. Le kurde, quant à lui, est parlé dans des zones géographiquement discontinues, principalement dans les montagnes du Kurdistan, qui s'étendent sur plusieurs frontières nationales modernes, y compris la Turquie, l'Irak, l'Iran et la Syrie. Le kurde est la langue maternelle de la population kurde, qui a maintenu sa langue et sa culture en dépit de la pression de l'assimilation et des changements politiques dans la région. L'arménien, parlé en Arménie et par la diaspora arménienne, est une autre langue indo-européenne importante qui a survécu malgré les bouleversements historiques, y compris le génocide arménien au début du 20e siècle. L'arménien possède son propre alphabet unique, créé au 5e siècle, qui est un élément clé de l'identité nationale arménienne. Ces "îlots" de langues indo-européennes représentent non seulement la distribution géographique des groupes ethniques mais reflètent également les mouvements migratoires complexes et les interactions historiques qui ont façonné le Moyen-Orient. Les langues sont des vecteurs de culture et de mémoire collective, et leur distribution nous offre un aperçu des histoires de résilience, d'adaptation et de préservation culturelle dans une région marquée par une grande dynamique de changement.
La carte met en évidence les régions où les langues turciques, symbolisées par différentes nuances de rouge, sont prédominantes. Ces langues appartiennent à la famille linguistique Ouralo-altaïque et sont parlées par des peuples dont l'histoire et la culture ont été profondément façonnées par les migrations et les empires turciques. Le turc, la langue nationale de la Turquie, est le représentant le plus notable de cette famille et est le résultat direct de l'héritage de l'Empire ottoman, qui s'étendait à son apogée sur de vastes portions du Moyen-Orient, de l'Europe du Sud-Est et de l'Afrique du Nord. L'Empire ottoman a non seulement étendu sa langue, mais également sa culture, son administration et son influence religieuse à travers ses territoires. L'azéri, parlé en Azerbaïdjan et par certaines communautés en Iran, est étroitement apparenté au turc et représente une autre branche importante des langues turciques dans la région. Ces communautés partagent des liens culturels et historiques avec la Turquie et les autres peuples turciques.
D'autres langues turciques, bien que moins représentées, sont parlées dans des régions adjacentes, y compris certaines parties de la Russie, de l'Asie Centrale et du Caucase. Ces langues, bien que distinctes, partagent des traits communs en raison de leur origine et de leur développement historique similaires. La présence de ces langues turciques témoigne de l'impact des mouvements de populations nomades originaires des steppes d'Asie Centrale, qui ont traversé le Moyen-Orient et ont laissé une empreinte linguistique et culturelle indélébile sur la région. Ces langues et leurs locuteurs continuent de jouer un rôle important dans la diversité ethnique et culturelle du Moyen-Orient moderne.
La carte met en lumière les langues caucasiennes et autres langues minoritaires, représentées par des nuances de marron et de gris, qui révèlent un aspect souvent méconnu de la diversité linguistique du Moyen-Orient. Ces langues sont caractéristiques de régions qui, bien que moins densément peuplées, sont riches en variété linguistique et culturelle. Le Caucase est particulièrement remarquable pour sa complexité linguistique. Des langues comme le géorgien, qui possède son propre système d'écriture unique, le kartvélien, sont endémiques de cette région. La Géorgie, avec son histoire et sa culture distinctes, est un exemple frappant de la manière dont les langues peuvent encapsuler l'identité d'une nation.
Outre le géorgien, il existe d'autres langues caucasiennes qui ne sont parlées nulle part ailleurs dans le monde, comme l'abkhaze et l'ossète. Ces langues, souvent isolées géographiquement et historiquement, ont survécu et se sont développées indépendamment, donnant lieu à des traits linguistiques uniques. Leur survie témoigne de la résilience culturelle des peuples du Caucase face à des siècles de changements politiques et sociaux. Les langues minoritaires, quant à elles, peuvent comprendre des variétés linguistiques parlées par de petites communautés et refléter souvent un héritage culturel riche et des traditions distinctes. Bien que ces langues soient moins dominantes en termes de nombre de locuteurs, elles jouent un rôle crucial dans la préservation de la diversité culturelle et du patrimoine immatériel de la région. Ainsi, la distribution des langues caucasiennes et des langues minoritaires sur la carte est un rappel que le Moyen-Orient est une région non seulement de conflits et de commerce, mais aussi de profonde richesse linguistique et culturelle, souvent négligée dans les narrations globales.
Cette carte n'est pas simplement un aperçu de la diversité linguistique; elle suggère également des histoires de peuplement, de commerce, de conquête et de culture. La répartition des langues et des peuples dans le Moyen-Orient a été influencée par des facteurs géographiques, des empires historiques, des mouvements migratoires et des changements politiques. Les langues, en tant que vecteurs de culture, reflètent ces dynamiques complexes et leur compréhension est essentielle pour saisir la richesse de l'histoire et de la culture de la région. Les langues représentées sur la carte ne sont pas de simples outils de communication; elles incarnent les âmes des civilisations qui les parlent. Chaque langue est le reflet d'une identité culturelle, porteuse de traditions, de poésie, de récits et de philosophies qui ont été tissés au fil des siècles. Par exemple, la littérature persane est caractérisée par des œuvres de poètes comme Hafez et Rumi, qui ont influencé non seulement leur région d'origine mais aussi la pensée et la littérature mondiale.
Les langues turciques, avec des épopées comme celle de Dede Korkut, véhiculent les valeurs et les histoires des peuples nomades des steppes, et les langues caucasiennes possèdent des récits oraux qui témoignent de leur résistance face aux conquêtes et aux empires. Même les langues minoritaires, qui peuvent n'être parlées que par de petites communautés, sont les dépositaires de cultures uniques, offrant une fenêtre sur des modes de vie et des systèmes de croyances souvent distincts de ceux des cultures dominantes. La carte linguistique du Moyen-Orient est ainsi une mosaïque vivante, chaque couleur représentant non seulement un groupe de locuteurs, mais aussi un chapitre de l'histoire humaine. Les migrations, les conquêtes et les échanges commerciaux ont façonné cette région, mais ce sont les langues et les cultures qui ont survécu et qui continuent de raconter l'histoire des peuples. Elles sont le lien entre le passé, le présent et l'avenir, perpétuant le patrimoine et continuant d'évoluer au fil des interactions contemporaines.
La diversité dialectale au sein des langues majoritaires du Moyen-Orient est une richesse souvent sous-estimée. Prenez par exemple le turc; bien qu'il y ait une langue standard enseignée dans les écoles et utilisée dans les médias et la politique, de nombreux dialectes régionaux coexistent et reflètent l'histoire et la culture des différentes parties de la Turquie. Ces dialectes peuvent varier considérablement en termes de prononciation, de vocabulaire et même de grammaire par rapport au turc standard. L'arabe est peut-être l'un des exemples les plus frappants de cette diversité dialectale. La langue arabe littéraire, ou arabe moderne standard, est universellement comprise et utilisée dans l'écriture et les discours formels, mais dans la vie quotidienne, les gens s'expriment dans un éventail de dialectes qui peuvent être si différents les uns des autres que les locuteurs de régions éloignées ont parfois du mal à se comprendre. Ces dialectes reflètent non seulement la région géographique mais aussi des influences historiques telles que celles des Ottomans, des Perses, et des Français au Levant. Le kurde, également, est divisé en plusieurs dialectes principaux, tels que le Kurmandji, le Sorani, et le Pehlewani, chacun avec ses propres variantes régionales. Les différences entre ces dialectes kurdes sont si importantes qu'elles ont parfois conduit à des revendications de statuts de langues distinctes. Quant à l'arménien, bien qu'il y ait une langue arménienne standard, les Arméniens du monde entier parlent aussi différents dialectes, souvent influencés par les langues des régions où ils ont émigré ou ont été dispersés au fil du temps. En plus de ces langues principales, il existe au Moyen-Orient environ 20 langues minoritaires qui témoignent d'une histoire humaine complexe faite d'échanges, de migrations et d'adaptations. Ces langues peuvent être parlées par de petites communautés, mais elles portent en elles une histoire et une culture qui méritent d'être reconnues et préservées. Leur existence dans un tel contexte linguistiquement riche est une preuve supplémentaire de la façon dont les langues évoluent et s'adaptent aux contextes dans lesquels elles sont parlées, souvent en parallèle avec les langues dominantes de la région.
Les mouvements de populations et la religion ont effectivement été des vecteurs puissants dans la propagation et l'évolution des langues au Moyen-Orient, ainsi que dans le reste du monde. Historiquement, les migrations ont joué un rôle crucial dans la dispersion des langues. Par exemple, les invasions arabes du VIIe siècle, motivées par l'expansion de l'islam, ont propagé la langue arabe à travers le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Cette expansion a non seulement répandu la langue arabe, mais a également intégré et influencé les langues locales, donnant naissance à une multitude de dialectes arabes distincts. De même, l'expansion des empires turciques, en particulier l'Empire ottoman, a étendu les langues turciques et a établi le turc ottoman (une forme de turc influencée par le persan et l'arabe) comme langue administrative et littéraire à travers le Moyen-Orient, les Balkans, et l'Afrique du Nord. Les religions ont également facilité l'adoption et la standardisation des langues. L'arabe, en tant que langue du Coran, est devenu un lien linguistique entre les musulmans du monde entier, renforçant son utilisation au-delà des frontières arabophones traditionnelles. De même, les textes religieux judaïques et chrétiens ont aidé à préserver l'hébreu et l'araméen, même lorsque ces langues n'étaient plus parlées au quotidien. Les langues du Moyen-Orient ne sont pas statiques; elles sont le résultat d'une interaction constante entre les peuples, leurs croyances et leurs histoires. Les langues ont été diffusées par le commerce, la conquête, la colonisation et la conversion, façonnant ainsi le paysage linguistique complexe que nous observons aujourd'hui.
La formation des États-nations dans le Moyen-Orient moderne a eu un impact considérable sur les pratiques linguistiques. En établissant une ou plusieurs langues officielles, les États ont souvent cherché à promouvoir une identité nationale unifiée et à faciliter la communication et l'administration au sein de leurs frontières. Cette politique linguistique peut effectivement conduire à un sentiment renforcé de nationalisme, où la langue officielle devient un symbole d'unité nationale et un facteur clé de l'identité collective. Par exemple, la promotion du turc standard en Turquie après la chute de l'Empire ottoman et la création de la République turque en 1923 visait à unifier les diverses populations du pays sous une seule identité nationale turque. De même, l'adoption de l'arabe moderne standard dans les pays arabophones a souvent été associée à des mouvements de nationalisme panarabe. Cependant, la standardisation et la promotion d'une langue étatique peuvent aussi avoir des conséquences involontaires, notamment en marginalisant les langues et les dialectes régionaux ou minoritaires. Cela peut mener à une diminution de leur usage public et parfois à une érosion de leur viabilité à long terme, voire à leur disparition. Par exemple, de nombreuses langues minoritaires et dialectes kurdes ont été supprimés dans divers pays dans un effort d'assimilation culturelle.
Paradoxalement, l'interdiction ou la répression de certaines langues peut aussi susciter un intérêt renouvelé pour ces langues et dialectes, souvent perçus comme des éléments essentiels de l'identité culturelle d'une communauté. Dans certains cas, cela peut mener à des mouvements de revendication linguistique et culturelle. La suppression de l'usage public de l'arménien en Turquie pendant de nombreuses années a, par exemple, conduit à une prise de conscience et à une valorisation accrue de la langue parmi les communautés arméniennes dans le monde. En fin de compte, les politiques linguistiques dans le Moyen-Orient reflètent la tension entre la construction d'identités nationales et la préservation de la diversité culturelle et linguistique. Les réponses à ces politiques sont diverses et peuvent varier de l'adoption enthousiaste de la langue étatique à la résistance et au maintien des langues traditionnelles comme acte de préservation culturelle et de résistance politique.
Religion
Le Moyen-Orient, en effet, est souvent défini de manière élargie pour inclure des régions telles que l'Anatolie (la partie asiatique de la Turquie moderne), l'Égypte (bien qu'elle soit géographiquement située en Afrique du Nord, elle est culturellement et historiquement liée au Moyen-Orient), et la Mésopotamie (correspondant aux territoires des modernes Irak et Syrie, ainsi que des parties de l'Iran et de la Turquie). Cette région, riche en diversité culturelle et historique, est reconnue comme le berceau de plusieurs des principales religions du monde.
Le judaïsme, l'une des premières religions monothéistes, a émergé dans le Levant, en particulier dans la région historique de Canaan, qui est maintenant partagée entre Israël et les territoires palestiniens. Avec ses racines remontant à plus de 3000 ans, le judaïsme a joué un rôle central dans le développement religieux et culturel de la région. Le christianisme, qui est né du judaïsme au 1er siècle de notre ère, a également ses origines dans le Moyen-Orient, précisément dans la région historique de Judée. Il s'est rapidement étendu à travers l'Empire romain et au-delà, devenant une religion mondiale majeure. L'islam, la plus récente des trois grandes religions abrahamiques, a été révélée au prophète Mahomet au début du 7e siècle dans la ville de La Mecque, en Arabie. Il s'est rapidement propagé à travers la péninsule arabique et, par les conquêtes et les échanges commerciaux, dans de vastes régions d'Asie, d'Afrique et d'Europe. En plus de ces religions abrahamiques, le Moyen-Orient est également le lieu de naissance du zoroastrisme, qui a été fondé par le prophète Zarathoustra (ou Zoroastre) en ancienne Perse, l'actuel Iran. Le zoroastrisme, qui était l'une des religions dominantes de la Perse avant l'islamisation, est souvent considéré comme l'une des plus anciennes religions monothéistes et a influencé d'autres traditions religieuses par ses concepts dualistes de la lutte entre le bien et le mal.
Chacune de ces religions a contribué à la riche tapestry culturelle et historique de la région et continue d'influencer profondément les vies, les cultures et les politiques du Moyen-Orient moderne. La diversité religieuse et la profondeur historique font du Moyen-Orient un lieu d'une importance particulière pour les chercheurs, les croyants et les visiteurs du monde entier.
Judaïsme
//Il s’agit là de la première religion monothéiste. Dans le récit, Abraham fait une alliance avec Jahvé qui lui promet une Terre promise, le pays de Canaan. Les descendants d’Abraham sont en fait venus de la Mésopotamie, Édesse (une région en Grèce). Abraham s’y installe en -2500. Il a une femme, Sara, et une esclave, Agar. Il a deux enfants : Isaac, fils de Sara, ancêtre des juifs et Ismaël, fils d’Agar, ancêtre des musulmans. Le fils d’Isaac, Jacob, va créer les 12 tribus d’Israël et constituer les Hébreux. Ils vont s’installer en Égypte, mais vont être réduits en esclavage. C’est à ce moment que Moïse entre en scène, voulant les ramener à Canaan, la terre promise. Sur le Sinaï, Dieu (Yahve) lui remet la Torah, la loi, les Enseignement (Les 10 commandement). Au 13ème siècle avant J-C, les Hébreux conquièrent le Canaan/Palestine. Davi fait de Jérusalem la capitale de son Etat, et le roi, Salomon, son fils, va y édifier le Temple (Xe siècle av.J-C), là où sera déposée la loi remise à Moïse, l’Arche de l’Alliance. C’est aussi la période des prophètes. Puis à partir de 926 av.J-C on observe une division, un déclin du royaume de Salomon, avec Juda, au sud, dont la capitale est Jérusalem et Israël, au nord, dont la capitale est Samarie, (destruction par les Assyriens -720). La première catastrophe, en -722, est la destruction d’Israël par les Assyriens. Les rabbins vont élaborer le commentaire de la Torah, la Mishna, qu’ils vont améliorer, ce qui deviendra avec la Torah, le Talmud (Torah (Pentateuque-5 Livres) + les livres des Prophètes et psaumes = Tanah (bible juive)). C’est aussi l’époque des prophètes avec Elie, Isaïe, Jérémie… En 587 av.J-C, la destruction du 1er Temple par Nabucodonosor 604-562 av.J-C (Empire néo-babylonien), marque la déportation des Hébreux en Mésopotamie, et la deuxième catastrophe majeure. Puis, il y a de nouveau un retour en Palestine pour les Hébreux, grâce à Cyrus le Grand (559-539 av.J-C) roi des Perses et des Mèdes) qui prend des mesures favorables aux Hébreux qui peuvent retourner en Palestine dès 538 av.J-C. On note d’ailleurs la construction du Second TEMPLE, 516 av.J-C par Hérode Ier le Grand. Puis, dès 332 av. J-C la Palestine est sous la domination romaine, alors les hébreux sont victimes de répression, de révoltes, et d’attaque de la religion. La destruction du Second Temple par Titus en 70 de notre ère, marque la DISPERSION (et « déportation ») à travers le monde du peuple hébraïque. Dès lors, les juifs vont se disperser dans le monde (étymologie du mot « diaspora »). A.p. de cette date, la notion de « Juifs » (référence à la religion) est substituée à celle de « Hébreux » (On se demande encore si cela est dû à la perte du territoire, ou si cela est une question de souveraineté politique ?).
Les juifs ashkénazes vont s’établir en Europe et vont donner naissance à une langue hybride entre l’Hébreu et l’Allemand (Yiddish) tandis que les juifs établis en Espagne vont créer le Ladino. À cela, il faut ajouter le caractère de la religion (orthodoxe, modéré…).
Christianisme
Pour le Christianisme, le prophète est Jésus, né à Bethléem et crucifié à Jérusalem. Au 4ème siècle, la religion devient celle de l’Empire romain. Pour ne pas être liés aux Romains pour des raisons politiques, certains chrétiens se détachent de l’empire et de la religion qui l’accompagne. Le plus grand débat repose sur la nature de Jésus : est-il homme ? Fils de Dieu ?
Le conseil de Nicée tranche en 325 sur le fait que Jésus est consubstantiel au Père engendré et non pas créé. Ceci va procéder à la création de plusieurs églises, d’Orient et d’Occident (deux natures en une personne : divine et humaine). Ces églises vont aussi soit accepter la version de l’Empereur ou bien la rejeter (Jacobites).
En 1054, Rome et Constantinople subissent le Grand Schisme, celui des églises d’Orient et d’Occident. Au 16ème siècle, le protestantisme fait son apparition. Dans l’intervalle, certaines églises d’Orient vont prêter allégeance à Rome. Alors que la diversité religieuse est surprenante, les Chrétiens sont, au fil des siècles, de moins en moins nombreux.
Islam
L’Islam connaît une personne centrale: Mahomet (570-632). Il commerce, connaît le monde et les autres religions. Conscient des injustices, cela explique l’importance fondamentale de la justice dans la religion. Alors qu’il reçoit les conseils de Dieu, cela créer des tensions avec ses proches.
En juin 622, il quitte La Mecque pour rejoindre Médine. Alors qu’il réussit son périple et réunit du monde autour de lui, il meurt en 632, sans laisser de successeur. À ce moment se pose la question de qui va guider l’Oummat. De cette division émergent les Sunnites (Sunna = tradition) et les chiites (Bei « t = de la maison). Le successeur est le calife, qui donnera naissance au califat (l’empire musulman). On se met d’accord sur ce débat et commence la période, en 632-661, des califes élus.
En 641-42 se déroule la Bataille de Nehavend (Ouradisia) entre les Arabes musulmans et l’empire sassanide. Les Arabes, victorieux, purent conquérir la Médie (nord-ouest de l’Iran) et répandre l’islam en Perse tandis que le roi Yazdgard III fuit vers le sud de son empire. Cette bataille est connue par les musulmans comme étant "la victoire des victoires".
Les Chiites sont les partisans d’Ali (~600-661), cousin et gendre du prophète tandis que les Sunnites privilégient un successeur désigné selon les compétences, Muawiya (602-680). La bataille de Siffin en 657 oppose les deux camps, sans désigner de vainqueurs. Ali accepte l’arbitrage, ce qui crée une nouvelle branche : certains de ses soutiens le critiquent pour sa décision et forment donc les Kharijites. Ali est tué, les kharidjites sont accusés et se dispersent. Muawiya soutient que la succession au calife sera héréditaire après lui et va réprimer la famille d’Ali. Son fils, Yazid, revient toujours comme le méchant dans le monde chiite. Yazid va poursuivre le fils d’Ali, Husayn.
À Kerbala (Irak), en 680, se déroule une bataille entre les deux branches, Husayn et ses proches vont être décimés. La dynastie fondée par Muawiya, perdure jusqu’en 750, califat appelé Omeyyade, installé à Damas.
Une révolte le renverse pour mettre en place la dynastie Abbasside, représentant l’âge d’or de l’Islam (culture, droit, science,…). Le déclin commence dès le début des croisades, vers 1090 jusqu’en 1291. À partir de 1250, en parallèle, débutent les invasions mongoles qui l’affaiblissent de l’autre côté. En 1258, le califat abbasside s’effondre, pris entre deux fronts : les croisades à l’ouest et les invasions mongoles à l’est.
Entre 1258 et 1500, le monde musulman reste très fragile entre les croisades et les Mongoles. La création de l’Empire ottoman et l’empire Séfévides (1501-1736) vont le stabiliser.
1517 marque la prise du Caire par les Ottomans, revendiquant le titre de califat, qu’ils transféreront à Istanbul. Mais à la fin du 19ème siècle, bien que l’empire soit sur le déclin, il conservera le lexique de califat, dénué de toute connotation politique, mais conservant sa valeur religieuse. En 1924, Mustafa Kemal abroge le califat. Entre 2014 et 2019, Abu Bakhr Al-Bagdadi s’était autoproclamé Calife (Daesh).
Les musulmans font une séparation tant temporelle que spatiale. D’une part, Jahiliya, période d’ignorance des mœurs musulmanes – qui caractérise l’Arabie avant le 7ème siècle – et aujourd’hui. Sur le plan spatial, Dar al Islam (pays de l’Islam) et Dar al Harb (pays de guerre). Il existe aussi une différence entre les gens : ceux du livre (Al-Kithab), adhérant aux religions monothéistes et invité à adhérer à l’Islam et les autres (qui disparaissent). Le souverain musulman s’engage à protéger les adhérents – Dhimmis, citoyens non musulmans – tandis que les croyants d’autres religions seront soumis à une taxe.
Le statut des gens du livre ne vise pas l’égalité, mais la tolérance.
Sunnisme et Chiisme
Pour les chiites, le pouvoir a été approprié illégitimement. Ils vont se forger une culture du martyr. C’est dans ce contexte qu’apparaissent les imams (descendants du Prophète selon un lien du sang), censés guider la Oummat. Cette hiérarchie a pour but de promouvoir le coran et ses interprétations à la communauté. Du côté des Sunnites, on refuse l’idée qu’il existe une autorité intermédiaire entre Dieu et le croyant.
Ainsi, pour les chiites, le religieux est très important. Les zaydites (Yémen) ne reconnaissent pas le 6ème Imam tandis que les Ismaéliens arrivent jusqu’au 7ème Imam avant de considérer le prochain comme illégitime. Le 12ème imam, après avoir disparu (occulté en 941), est réapparu dans le monde Chiites : cela donne naissance à une nouvelle idéologie, le chiisme duodécimain (90 % des chiites actuels).
L’Islam sunnite connaît aussi des divisions, qu’on appelle Madhab (écoles). Il y en a 4: Hanafite, Chaféite, Malékite, Hanbalite. Les savants ont dû fournir une interprétation (jurisprudence) du Coran, ce qui a débouché sur ces différentes branches. La pratique du Prophète influence l’interprétation du Coran.
Il existe d’autres groupes au Moyen-Orient: Alawites en Syrie, Qizilbash, Druzes (Liban, Israël,…), Alévis (Turquie). Ils sont syncrétiques, donc issus de la fusion de différents cultes (ou hétérodoxes). On peut les considérer comme les sous-branches du Chiisme. Dans tous les cas, la dimension de la trinité entre Mahomet, Allah et Ali est très présente.
Annexes
- Ayalon, Ami. Language and change in the Arab Middle East: the evolution of modern political discourse. Oxford University Press on Demand, 1987.
- Myhill, John. Language, religion and national identity in Europe and the Middle East: a historical study. Vol. 21. John Benjamins Publishing, 2006.