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Giddens  conceptualise la mondialisation comme un processus par lequel une activité réalisée dans une région éloignée a un impact immédiat et perceptible dans une autre région distincte. L'exemple du changement climatique illustre parfaitement comment les actions menées dans une partie du monde peuvent avoir des impacts significatifs ailleurs. Les émissions de gaz à effet de serre, qu'elles soient produites au Nord ou au Sud, ont des conséquences mondiales car elles contribuent au réchauffement climatique, qui affecte la planète dans son ensemble. De même, les conflits, les crises politiques ou économiques et les catastrophes naturelles peuvent déclencher des mouvements de migration qui ont des répercussions bien au-delà des frontières du pays concerné. Par exemple, une guerre civile dans un pays peut provoquer un afflux de réfugiés dans les pays voisins et même au-delà, affectant la stabilité et les ressources de ces pays. La mondialisation a amplifié ces interdépendances. En raison de la facilité accrue des voyages et des communications, ainsi que de l'interdépendance économique croissante, les problèmes locaux peuvent rapidement devenir globaux. En même temps, les problèmes mondiaux nécessitent de plus en plus de solutions globales, ce qui requiert une coopération internationale accrue.  
Giddens  conceptualise la mondialisation comme un processus par lequel une activité réalisée dans une région éloignée a un impact immédiat et perceptible dans une autre région distincte. L'exemple du changement climatique illustre parfaitement comment les actions menées dans une partie du monde peuvent avoir des impacts significatifs ailleurs. Les émissions de gaz à effet de serre, qu'elles soient produites au Nord ou au Sud, ont des conséquences mondiales car elles contribuent au réchauffement climatique, qui affecte la planète dans son ensemble. De même, les conflits, les crises politiques ou économiques et les catastrophes naturelles peuvent déclencher des mouvements de migration qui ont des répercussions bien au-delà des frontières du pays concerné. Par exemple, une guerre civile dans un pays peut provoquer un afflux de réfugiés dans les pays voisins et même au-delà, affectant la stabilité et les ressources de ces pays. La mondialisation a amplifié ces interdépendances. En raison de la facilité accrue des voyages et des communications, ainsi que de l'interdépendance économique croissante, les problèmes locaux peuvent rapidement devenir globaux. En même temps, les problèmes mondiaux nécessitent de plus en plus de solutions globales, ce qui requiert une coopération internationale accrue.  


//La deuxième définition est de Robert Gilpin{{Référence insuffisante}} (chercheur en économie politique internationale) qui définit la mondialisation comme {{citation|The integration of the world-economy}} la rapportant à l’économie. Ce sont les processus de production des biens qui sont partagés entre les États ; il y a des chaines de production qui se divisent entre des régions différentes jusqu’à ce que le produit final soit fait, notamment au niveau des marchés financiers il y a une forte interpénétration des économies. Au niveau économique, il y a une forte intégration des processus de production et de dispersion des biens et des services.  
Selon Robert Gilpin, la mondialisation est le processus par lequel les économies nationales sont de plus en plus intégrées et interconnectées, aboutissant à une économie mondiale unifiée.<ref>Gilpin, Robert G.. ''The Challenge of Global Capitalism: The World Economy in the 21st Century'', Princeton: Princeton University Press, 2000. <nowiki>https://doi.org/10.1515/9780691186474</nowiki></ref> Cela signifie que les décisions économiques et les activités dans un pays peuvent avoir des impacts significatifs sur ceux d'autres pays, même ceux situés à des milliers de kilomètres de distance. La mondialisation économique, telle que définie par Gilpin, a plusieurs facettes, notamment le commerce international, les investissements directs étrangers, la migration des travailleurs et le mouvement des capitaux. Par exemple, une entreprise basée aux États-Unis peut faire fabriquer ses produits en Chine, les vendre en Europe et investir les profits dans des marchés émergents en Afrique. Ce processus d'intégration économique mondiale a été largement facilité par les avancées technologiques (notamment dans les domaines des télécommunications, du transport et de l'informatique), l'adoption de politiques économiques libérales favorisant le libre-échange et la libéralisation financière, ainsi que l'essor d'institutions internationales comme l'Organisation mondiale du commerce.  


Pour Jan Aart Scholte{{Référence insuffisante}} (co-directeur du Centre for the Study of Globalisation and Regionalisation), la mondialisation est la {{citation|De-territorialization – or...the growth of supraterritorial relations between people}}. C’est la déterritorialisation des biens sociétaux notamment à travers les moyens de communication et notamment les médias sociaux qui relient les gens en un rien de temps dans les coins les plus différents du monde.  
La mondialisation a profondément changé la manière dont les biens et les services sont produits et distribués. Les chaînes de production sont de plus en plus fragmentées et réparties à travers différents pays, une réalité parfois désignée par le terme de "chaînes de valeur mondiales". Un exemple de ce phénomène est la production d'un produit technologique, comme un smartphone. Différents composants du téléphone peuvent être fabriqués dans divers pays à travers le monde. Par exemple, les puces peuvent être produites au Japon, l'assemblage peut être effectué en Chine, et le design et le développement du logiciel peuvent être réalisés aux États-Unis. Ensuite, le produit fini est distribué et vendu dans le monde entier. Parallèlement à cela, les marchés financiers sont également devenus de plus en plus interconnectés. Les investissements peuvent être réalisés presque instantanément à travers les frontières et les monnaies, et les impacts des décisions économiques dans un pays peuvent être ressentis dans le monde entier. Cette intégration des processus de production et des marchés financiers a permis une plus grande efficacité et une réduction des coûts, mais elle a également conduit à une plus grande interdépendance économique. Cela signifie que les crises économiques ou financières peuvent se propager rapidement d'un pays à l'autre, comme on l'a vu lors de la crise financière mondiale de 2008. Dans l'ensemble, la mondialisation a conduit à une plus grande interconnexion et interdépendance des économies du monde, avec des implications à la fois positives et négatives.


La dernière définition est de David Harvey{{Référence insuffisante}}(géographe britannique), pour qu’il la mondialisation est une {{citation|Time-space compression}} qui est due notamment au changement technologique.  
Jan Aart Scholte, chercheur néerlandais en relations internationales, offre une perspective différente sur la mondialisation en la définissant comme la « déterritorialisation », ou la croissance des relations supraterritoriales entre les individus.<ref>Scholte, Jan Aart. ''Globalization: A critical introduction''. Bloomsbury Publishing, 2017.</ref> La déterritorialisation fait référence à l'affaiblissement des liens entre la culture, la politique, l'économie et le territoire physique. Dans le contexte de la mondialisation, la déterritorialisation signifie que les frontières géographiques et les distances deviennent moins pertinentes dans les interactions sociales, économiques et politiques. Par exemple, dans l'économie numérique actuelle, de nombreuses transactions et interactions peuvent se produire indépendamment de la localisation physique des participants. Des individus et des organisations peuvent collaborer sur des projets, échanger des informations et des idées, et mener des affaires ensemble malgré des différences significatives de localisation géographique. De plus, le concept de relations supraterritoriales implique que des personnes, des organisations et des gouvernements interagissent et s'influencent mutuellement à travers les frontières nationales et régionales. Les organisations internationales, les réseaux transnationaux et les communautés en ligne illustrent ces relations supraterritoriales. Il est important de noter que la déterritorialisation n'élimine pas l'importance du territoire et de l'État-nation, mais elle complique et transforme ces relations. Ainsi, dans la perspective de Scholte, la mondialisation représente une évolution vers un monde plus interconnecté et moins ancré dans des territoires spécifiques.  


Si l’on veut une définition un peu compréhensive, la mondialisation décrit le passage d’une interdépendance entre entités distinctes, donc les États et leurs sociétés nationales, à un espace social partagé.
La déterritorialisation fait référence à l'affaiblissement des contraintes géographiques sur les interactions sociales, culturelles et économiques. Avec le développement des technologies de communication, notamment d'Internet et des médias sociaux, les interactions et les transactions peuvent se faire instantanément et indépendamment de la localisation géographique. Ceci est particulièrement évident dans le monde numérique, où les informations et les idées se propagent à une vitesse fulgurante à travers les frontières nationales et régionales. Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram, ainsi que les plateformes de communication comme Zoom ou Teams, permettent aux gens de communiquer et d'échanger des idées indépendamment de leur emplacement géographique. Cette déterritorialisation a de profondes implications pour les relations internationales. Elle rend plus complexe le contrôle de l'information par les États, favorise le partage d'idées et de cultures, et peut accélérer le changement social et politique. Cependant, elle peut aussi engendrer des défis, comme la diffusion de désinformation, l'émergence de cyberattaques, ou l'exploitation des technologies numériques par des groupes extrémistes.
 
David Harvey, un éminent géographe britannique, conçoit la mondialisation comme une "compression espace-temps".<ref>Harvey, David. "Time—space compression and the postmodern." ''Modernity: after modernity'' 4 (1999): 98-118.</ref> Cette conception se réfère principalement à la manière dont les progrès technologiques, en particulier dans les domaines du transport et de la communication, ont raccourci les distances et accéléré les interactions entre les personnes et les lieux à travers le monde. Par exemple, il suffit d'un clic pour envoyer un email à l'autre bout du monde, ce qui aurait pris des jours, voire des semaines, par courrier postal il y a quelques décennies. De même, les avancées dans le domaine du transport aérien ont réduit le temps nécessaire pour se déplacer d'un continent à un autre. Cette compression espace-temps a facilité et intensifié les interactions et les échanges globaux, en rapprochant effectivement les lieux et les personnes. Elle a donc joué un rôle majeur dans la mondialisation. Cependant, tout comme la déterritorialisation, la compression espace-temps peut également poser des défis en termes de relations internationales, comme la diffusion rapide des maladies ou la gestion de l'information à l'échelle mondiale.
 
Cette définition englobante de la mondialisation illustre bien l'évolution de notre monde. Elle souligne le passage d'une réalité où les entités (les États et leurs sociétés nationales) étaient distinctes et interagissaient dans une certaine mesure d'indépendance, à un monde où existe maintenant un espace social partagé, en grande partie grâce à la technologie, aux voyages internationaux et à l'interconnexion économique. Dans ce contexte, les questions, les défis et les opportunités ne sont plus uniquement nationaux, mais ont une dimension internationale. Par exemple, les questions environnementales, la sécurité, l'économie et même les problèmes sociaux sont de plus en plus abordés dans un contexte mondial. Cette situation exige une coopération internationale accrue, tout en soulevant de nouveaux défis en matière de gouvernance, de droits de l'homme, d'équité et de développement durable.


== Le libéralisme ==
== Le libéralisme ==

Version du 18 juin 2023 à 09:43

Introduction à la sous-discipline des relations internationales
Faculté Faculté des sciences de la société
Département Département de science politique et relations internationales
Professeur(s) Sandra Lavenex, Omar Serrano
Enregistrement 2015 : partie 1, partie 2
Cours Introduction à la science politique

Lectures


Nous allons explorer les fondements de la sous-discipline des relations internationales, en mettant l'accent sur des concepts cruciaux. Nous discuterons des éléments fondamentaux qui composent le système international des États et examinerons comment le processus d'internationalisation et la dynamique de la mondialisation modifient ce système. Nous aborderons également l'architecture interétatique, mettant en lumière son rôle et son fonctionnement dans le contexte actuel. De plus, nous passerons en revue les trois principales théories ou paradigmes des relations internationales, qui nous fournissent des outils d'interprétation pour analyser les phénomènes que nous observons à l'échelle mondiale.

La COP21 est un mouvement mondial soutenant un accord international, un phénomène particulièrement notable car traditionnellement, le rôle des citoyens et de la société civile dans la politique internationale a été relativement sous-discuté. Ceux-ci ont souvent été tenus à l'écart d'une politique perçue comme élitiste. Néanmoins, les questions climatiques et environnementales sont des domaines où nous observons une pression croissante émanant de la base de la citoyenneté et de la citoyenneté mondiale pour des politiques plus efficaces. Lors de la COP21 à Paris, ce n'étaient pas seulement les États et les dirigeants mondiaux qui étaient présents, mais également de nombreux représentants de la société civile et des organisations non gouvernementales. Un cadre mondial était en cours de négociation, centré sur l'idée d'un bien public mondial qui nécessite une coopération au-delà des frontières. Comme l'a souligné Ban Ki Moon, les problématiques environnementales transcendent les frontières nationales et ne portent pas de passeport, d'où la nécessité de cette mobilisation.

Il est crucial de noter que cette mobilisation n'implique pas seulement les États, mais aussi la société civile et le secteur des affaires, y compris les entreprises qui sont directement concernées par les questions relatives à l'utilisation d'énergies à base de carbone. De manière surprenante, même les maires des villes ont joué un rôle actif et ont cherché à soutenir ce processus. Nous observons donc une structure multi-niveaux qui a été mise en place, englobant divers acteurs. Des mesures de coopération qui dépassent les simples accords internationaux sont en train de se développer à l'échelle mondiale, avec la participation active d'ONG et de bureaucraties étatiques. Ainsi, il est clair que la coopération dans le monde d'aujourd'hui ne dépend plus uniquement des traités internationaux.

Nous allons aborder une vue d'ensemble de ce sujet, en se concentrant principalement sur la gouvernance mondiale. Nous examinerons comment le système international s'est construit, jusqu'à quel point il est en évolution et comment nous pouvons interpréter ce changement d'un point de vue théorique.

Le système étatique et les relations internationales

Les Principes des Traités de Westphalie 1648

La question de la naissance des États-nations est complexe et souvent débattue parmi les historiens et les politologues. Pendant une grande partie de l'histoire humaine, l'organisation politique dominante était celle d'empires ou de royaumes, plutôt que d'États-nations comme nous les connaissons aujourd'hui. La structure politique que nous appelons aujourd'hui un "État" a ses origines dans l'Europe de l'époque moderne, en particulier avec le système westphalien qui a émergé des traités de Westphalie de 1648. Ces traités ont mis fin à la guerre de Trente Ans, un conflit dévastateur qui a impliqué un grand nombre de puissances européennes et qui était largement centré sur des questions religieuses. Les traités de Westphalie ont introduit plusieurs principes qui sont devenus fondamentaux pour le concept d'État. Premièrement, ils ont affirmé le principe de la souveraineté, selon lequel chaque État a le droit exclusif d'exercer le pouvoir politique sur son territoire et sa population. Deuxièmement, ils ont établi le principe de l'égalité juridique entre les États, quelles que soient leur taille ou leur puissance.

Cependant, le système westphalien n'a pas immédiatement conduit à l'émergence d'États-nations modernes. Pendant plusieurs siècles après Westphalie, de nombreux territoires en Europe et ailleurs étaient encore gouvernés par des empires ou des royaumes qui ne correspondaient pas à la structure politique de l'État-nation. Ce n'est qu'au 19ème siècle que le concept d'État-nation a commencé à prendre une importance prédominante, avec l'émergence du nationalisme comme force politique majeure. Aujourd'hui, l'État-nation reste la forme dominante d'organisation politique à travers le monde, bien que la mondialisation et d'autres forces transnationales mettent de plus en plus en question la prééminence de l'État-nation.

Banquet de la garde civile d'Amsterdam fêtant la paix de Münster (1648), exposé au Rijksmuseum, par Bartholomeus van der Helst.

Un État se distingue par sa territorialité, en tant qu'entité sociale indissociablement liée à un territoire défini. Ces territoires sont intrinsèquement exclusifs, chaque État exerçant un contrôle juridique complet sur son propre territoire, sans revendiquer une juridiction sur le territoire des autres États. De plus, un État détient une souveraineté interne, ce qui signifie qu'il monopolise le recours à la force à l'intérieur de ses frontières.

Selon cette définition, un État est caractérisé par la territorialité. Il s'agit d'une structure sociale qui est associée à un territoire précis. Ces territoires sont mutuellement exclusifs, c'est-à-dire qu'un État a juridiction sur son propre territoire, mais pas sur celui d'autres États. La souveraineté est une autre caractéristique cruciale d'un État. Cela signifie qu'un État a le contrôle ultime et incontesté sur son territoire et sa population. Il a le pouvoir de faire des lois, d'appliquer ces lois, et de punir ceux qui ne les respectent pas. En d'autres termes, l'État a le monopole de l'usage légitime de la force physique à l'intérieur de ses frontières. C'est généralement l'État qui contrôle les forces armées, la police et les tribunaux, et qui a le pouvoir de prélever des impôts. Cependant, bien que les États aient la souveraineté à l'intérieur de leurs frontières, ils sont aussi tenus de respecter le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d'autres États, une autre norme fondamentale du système international qui est dérivée des traités de Westphalie. Dans la pratique, bien sûr, la réalité peut être plus complexe. Par exemple, certains États peuvent ne pas avoir un contrôle effectif sur tout leur territoire, ou peuvent voir leur souveraineté compromise par des interventions étrangères, des conflits internes, ou d'autres facteurs. Néanmoins, le concept d'un État comme une entité territoriale souveraine reste un principe de base de la politique internationale.

La définition de l'État proposée par Max Weber s'articule autour de la monopolisation légitime des moyens de la force, c'est-à-dire qu'elle est acceptée par la population de l'État en question. Toutefois, le pouvoir d'un État ne se limite pas au seul monopole de la force. Il englobe également l'autorité juridique exclusive, qui comprend l'établissement et l'application des lois, ainsi que la levée de taxes et d'impôts - deux autres traits distinctifs d'un État. La monnaie est également un élément de cette définition. Historiquement, ces concepts étaient déjà présents dans les traités, où l'on retrouve les termes latins indiquant que le roi était l'"imperator" dans son royaume, c'est-à-dire celui qui détient le pouvoir suprême.

En plus de la souveraineté interne, qui se manifeste par la monopolisation de la force et de l'autorité juridique, un autre aspect clé est la souveraineté externe. La souveraineté externe fait référence aux relations entre les États, et inclut notamment le principe fondamental de l'autonomie des États, de leur reconnaissance mutuelle et du respect de la non-ingérence. Cette norme, cruciale au sein du système international, assure non seulement la survie des États, mais garantit également leur autonomie pour mener leurs politiques nationales sans intervention extérieure. Elle protège ainsi chaque État contre toute ingérence étrangère dans ses affaires internes.

La souveraineté externe, aussi connue sous le nom de souveraineté internationale, est un aspect central du système international d'États. Elle se réfère à l'indépendance d'un État vis-à-vis de l'extérieur et à sa liberté de mener sa propre politique sans ingérence étrangère. Le concept de souveraineté externe est fondé sur plusieurs principes importants :

  1. Autonomie : Chaque État a le droit de gérer ses affaires internes comme il le juge bon, sans ingérence de la part d'autres États. Cela comprend la capacité de prendre des décisions politiques, économiques et sociales indépendamment.
  2. Reconnaissance mutuelle : Les États doivent reconnaître l'existence et la légitimité des autres États. Cela implique le respect des frontières et de la souveraineté de chaque État, et la non-intervention dans les affaires internes d'un autre État.
  3. Non-ingérence : C'est le principe selon lequel aucun État n'a le droit d'intervenir, directement ou indirectement, dans les affaires internes d'un autre État. C'est un principe fondamental du droit international et est consacré dans la Charte des Nations Unies.

Ces principes de la souveraineté externe aident à maintenir la stabilité et l'équilibre dans le système international, en prévenant l'intervention arbitraire et l'ingérence dans les affaires d'autres États. Cependant, ils sont souvent mis à l'épreuve par des questions telles que les interventions humanitaires, les conflits internationaux, et les pressions exercées par des forces transnationales telles que la mondialisation et les organisations internationales.

Le principe de non-ingérence est fondamental dans la Charte des Nations Unies et dans celle de la Société des Nations, et continue de jouer un rôle crucial dans la gouvernance internationale. Néanmoins, ce principe est en train de subir des transformations en raison de l'émergence croissante de normes internationales qui sont de plus en plus contraignantes. Ces normes, qui peuvent provenir de traités internationaux, de conventions ou d'autres formes d'accords, peuvent imposer des limites sur la manière dont un État peut exercer sa souveraineté interne et externe. Par exemple, les accords internationaux sur les droits de l'homme, l'environnement ou le commerce peuvent exiger que les États prennent certaines mesures ou s'abstiennent de certaines actions, même si cela pourrait interférer avec leur autonomie interne ou leur politique externe. De plus, le concept de "responsabilité de protéger", qui a gagné en importance ces dernières années, suggère que la communauté internationale a le devoir d'intervenir dans certaines situations, comme lors de génocides ou de crimes contre l'humanité, même si cela implique une violation de la souveraineté d'un État. Ces évolutions mettent en lumière les tensions entre la souveraineté des États et les impératifs internationaux, et posent des questions difficiles sur l'équilibre entre les droits des États et les responsabilités globales. Elles illustrent également comment les normes internationales évoluent en réponse à l'évolution des préoccupations et des priorités mondiales.

Ces trois principes - l'autonomie des États, la reconnaissance mutuelle et la non-ingérence - sont les piliers fondamentaux sur lesquels l'ordre international a été construit. Ces principes ont été codifiés pour la première fois dans les Traités de Westphalie en 1648, qui marquent la naissance du système d'États souverains que nous connaissons aujourd'hui.

  1. L'autonomie des États signifie que chaque État a le droit de gérer ses propres affaires internes sans interférence extérieure, ce qui lui permet de prendre ses propres décisions politiques, économiques et sociales.
  2. La reconnaissance mutuelle entre les États implique le respect des frontières de chaque État et de son droit à la souveraineté. Cela signifie que chaque État doit être reconnu et traité comme un égal par les autres États.
  3. La non-ingérence dans les affaires internes d'un autre État est un principe central du droit international qui protège la souveraineté et l'indépendance de chaque État.

Ensemble, ces principes ont façonné le développement du système international d'États souverains, et continuent d'influencer la manière dont les États interagissent entre eux sur la scène internationale. Cependant, comme mentionné précédemment, ces principes sont constamment défiés et adaptés en réponse aux nouvelles réalités et aux défis mondiaux.

La « globalisation » du système étatique

Comment les États se sont constitués de fait ? Il y a le traité de Westphalie de 1648, mais en Europe cela a duré plus longtemps jusqu’à ce que nous avons eu vraiment des États et aboli les empires. Du point de vue global, ce processus a pris bien plus longtemps.

La formation des États en tant qu'entités politiques distinctes a été un processus long et complexe qui s'est déroulé sur plusieurs siècles. En Europe, le traité de Westphalie de 1648 est souvent cité comme un point de départ majeur, car il a codifié les principes de la souveraineté de l'État et de la non-ingérence. Cependant, la transition des empires et des royaumes vers des États-nations modernes, tels que nous les connaissons aujourd'hui, a pris beaucoup plus de temps. Dans le contexte européen, ce processus a été facilité par divers facteurs, tels que l'émergence de la bourgeoisie, les révolutions nationales, l'essor du nationalisme et l'affaiblissement des structures féodales. Ce fut un processus graduel, marqué par des guerres, des révolutions et des négociations diplomatiques. En fin de compte, le concept d'État souverain est devenu le principal modèle d'organisation politique en Europe aux alentours du 19ème siècle. À l'échelle mondiale, la formation des États a été un processus encore plus long et plus complexe. Dans de nombreuses régions du monde, le concept d'État souverain a été introduit par le colonialisme européen. Après la décolonisation au milieu du 20ème siècle, de nombreux nouveaux États ont émergé, souvent avec des frontières arbitrairement tracées par les anciennes puissances coloniales. Ces nouveaux États ont dû naviguer dans un certain nombre de défis pour établir leur souveraineté et leur légitimité, notamment la diversité ethnique et linguistique, le sous-développement économique, et les conflits internes et externes.

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Le système des Nations Unies a été fondé en 1945 par 51 pays déterminés à préserver la paix par la coopération internationale et la sécurité collective. La Charte des Nations Unies, qui est l'acte fondateur de l'ONU, a été signée le 26 juin 1945 à San Francisco à la fin de la Conférence des Nations Unies sur l'Organisation internationale, et est entrée en vigueur le 24 octobre 1945. Ces 51 États membres originaux ont accepté les obligations de la Charte des Nations Unies et se sont engagés à respecter ses principes. En tant que tels, ils ont établi les bases de l'organisation actuelle, qui vise à maintenir la paix et la sécurité internationales, à promouvoir le respect des droits de l'homme, à favoriser le développement social et économique, à protéger l'environnement et à fournir une aide humanitaire en cas de famine, de catastrophes naturelles et de conflits armés. Depuis sa création, l'ONU a grandi et évolué pour refléter les changements politiques et géographiques du monde. En 2023, l'ONU compte 193 États membres, ce qui témoigne de l'augmentation du nombre d'États souverains depuis 1945 et du rôle central de l'ONU en tant que forum pour la coopération internationale.

L'idée d'un État est en constante évolution et le nombre d'États dans le monde continue de changer. La création d'un État n'est pas un processus fixe et défini, mais est plutôt façonnée par une combinaison de facteurs historiques, politiques, sociaux et culturels. En 1945, lorsque l'ONU a été fondée, il y avait 51 États membres. Cependant, le nombre d'États membres de l'ONU a considérablement augmenté depuis lors, pour atteindre 193 aujourd'hui. En outre, il existe des entités qui ont une certaine forme de gouvernance autonome et qui se considèrent comme des États, mais qui ne sont pas reconnues comme tels par la communauté internationale. Ces entités, telles que le Kosovo, la Palestine et Taiwan, sont souvent dans une situation complexe de reconnaissance partielle ou contestée. Cela nous rappelle que la souveraineté et la reconnaissance internationale sont des processus politiques complexes qui dépendent non seulement des structures internes d'un territoire, mais aussi de la manière dont d'autres États et organisations internationales perçoivent et interagissent avec ces territoires. En somme, l'existence et la reconnaissance des États sont en constante évolution et font l'objet de négociations continues. Cela souligne la complexité et la fluidité du système international et le fait que la constitution d'un État est un processus dynamique et en constante transformation.

L'augmentation du nombre d'États souverains au fil du temps peut être largement attribuée à deux processus historiques majeurs : la décolonisation et la chute des régimes autoritaires et des empires. La décolonisation, qui a principalement eu lieu dans les années 1960 et 1970, a conduit à la création de nombreux nouveaux États souverains en Afrique, en Asie et dans les Caraïbes. Ces nouveaux États sont nés de la lutte pour l'indépendance des peuples colonisés contre les puissances coloniales européennes. Ensuite, avec l'effondrement de l'Union soviétique et de la Yougoslavie dans les années 1990, de nombreux autres États sont apparus sur la scène internationale. Ces événements ont marqué la fin de la Guerre froide et ont remodelé les frontières politiques et géographiques de l'Europe et de l'Asie centrale. Cependant, ce processus n'est pas terminé. Il y a toujours des régions du monde où le statut d'État est contesté ou incertain. De plus, le concept même d'État souverain est en constante évolution, en réponse aux changements politiques, économiques, technologiques et culturels. Par conséquent, même si le système international a beaucoup évolué depuis le traité de Westphalie, nous vivons toujours dans un monde d'États en transformation, où la souveraineté et l'autonomie ne sont jamais définitivement acquises, mais sont toujours l'objet de négociations et de conflits.

Implications du système étatique « westphalien » pour les relations internationales

Qu’est-ce que cette division du monde en États souverains représente ou implique pour les relations internationales ?

La division du monde en États souverains a des implications profondes pour les relations internationales. Essentiellement, cela crée un système international qui est souvent décrit comme anarchique. Ce n'est pas à dire qu'il s'agit d'un chaos total, mais plutôt qu'il n'existe pas d'autorité mondiale supérieure qui puisse imposer des règles ou des lois aux États. Chaque État a sa propre autorité interne et aucun État n'a d'autorité officielle sur un autre. Cela signifie que les États sont les acteurs principaux sur la scène internationale. Ils ont la capacité de faire la guerre, de conclure des traités, de reconnaître d'autres États, et d'entrer en relations diplomatiques. Toutefois, leur liberté d'action est en pratique souvent limitée par des facteurs tels que le pouvoir économique et militaire, les alliances et les obligations découlant du droit international. Cela implique également que la coopération internationale est souvent difficile à réaliser. En l'absence d'une autorité mondiale, les États doivent s'entendre volontairement sur des règles et des normes communes. C'est là qu'interviennent les organisations internationales, comme les Nations Unies, qui offrent un cadre pour la négociation et l'élaboration de ces normes communes. Finalement, cela peut aussi mener à des conflits d'intérêts entre les États, car chaque État cherche à protéger et à promouvoir ses propres intérêts. Ces conflits peuvent être gérés par le biais de la diplomatie, mais ils peuvent aussi, dans certaines circonstances, déboucher sur des conflits militaires. En somme, la division du monde en États souverains crée un système international complexe et dynamique, où la coopération et le conflit sont tous deux possibles, et où le pouvoir et l'influence sont constamment en jeu.

Au cours des premières phases du développement du droit international, l'accent était mis principalement sur la coexistence des États et le règlement des différends par le biais de la force militaire, plutôt que par des mécanismes juridiques internationaux. Cela inclut le "droit de la guerre" (jus ad bellum et jus in bello), qui réglementait quand un État avait le droit de déclarer la guerre et comment il devait se comporter pendant la guerre. Dans ce contexte, l'objectif principal du droit international était de prévenir ou de limiter les conflits en établissant des normes de comportement acceptables pour les États. Par exemple, les lois régissant les déclarations de guerre, la neutralité et le traitement des prisonniers étaient destinées à fournir un certain degré de prévisibilité et de stabilité dans un système international autrement anarchique.

Cependant, l'absence d'une autorité internationale supérieure signifiait que l'application de ces lois dépendait en fin de compte de la volonté des États et de leur capacité à faire respecter ces normes par la force. Autrement dit, la loi du plus fort prévalait souvent. Avec le temps, cependant, le droit international a évolué et s'est élargi pour englober une gamme beaucoup plus large de questions, y compris le commerce international, les droits de l'homme, l'environnement, et le droit de la mer, entre autres. De plus, des institutions internationales ont été créées pour faciliter l'application de ces lois et la résolution des différends. Ces développements ont contribué à la création d'un ordre juridique international plus complexe et plus sophistiqué, bien qu'il reste de nombreux défis à relever pour assurer l'application efficace du droit international.

Structures classiques de l'ordre international

Il est possible de représenter l’idée de l’anarchie au niveau international avec ce schéma.

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Dans la structure classique de l'ordre international, on distingue une hiérarchie à l'intérieur des États et une anarchie entre eux.

À l'intérieur d'un État, une hiérarchie structurelle est clairement observable. Le gouvernement, agissant au nom de l'État, exerce son autorité sur la société. Cette autorité est généralement acceptée par les citoyens, dans une forme de consentement mutuel ou de "souveraineté partagée", particulièrement perceptible dans les systèmes démocratiques. L'État, grâce à sa mainmise sur les forces de l'ordre et l'armée, garantit le respect de la loi et maintient l'ordre, établissant ainsi une hiérarchie claire sur la société.

En revanche, à l'échelle internationale, aucun système hiérarchique comparable n'existe entre les États. Aucun État n'a de juridiction ou d'autorité reconnue sur un autre, et aucun organisme supranational n'exerce un pouvoir absolu sur tous les États. On parle donc d'"anarchie" dans le système international. Dans ce contexte, les relations entre États sont régies par le pouvoir, les négociations et, dans certains cas, le droit international, plutôt que par une autorité supérieure reconnue.

C'est dans ce cadre d'anarchie que les États exercent leur souveraineté externe, respectant la règle de la non-ingérence et agissant de manière autonome sur la scène internationale. Les interactions se déroulent principalement par le biais de la diplomatie et des négociations, bien que les conflits et les rivalités de pouvoir peuvent parfois dominer.

Il est important de noter que bien que l'anarchie décrive l'absence d'une autorité mondiale centrale, cela ne signifie pas que le système international est dépourvu de structure ou d'ordre. Les traités, les conventions, les organisations internationales et d'autres mécanismes de coopération jouent un rôle crucial dans la structuration des interactions entre États et contribuent à la stabilité relative du système international.

L’« internationalisation » du système international

L'"internationalisation" du système international peut être décrite comme le processus par lequel les États sont devenus de plus en plus interconnectés et interdépendants sur le plan international. Cette tendance a commencé bien avant 1945, mais s'est nettement accélérée au cours de la période de l'après-guerre. La formation de l'Organisation des Nations Unies en 1945 marque un tournant significatif dans l'internationalisation du système international. Avec la création de l'ONU, les États ont cherché à résoudre leurs différends par des moyens pacifiques et à collaborer sur des questions d'intérêt commun, contribuant ainsi à une interconnexion accrue et à une plus grande coopération internationale. Toutefois, il est important de noter que le processus d'internationalisation ne s'est pas limité à la création de l'ONU. Il a également été marqué par des avancées technologiques, la croissance du commerce mondial, l'émergence d'organisations non gouvernementales (ONG) internationales, et l'expansion des communications mondiales. Ces facteurs ont contribué à briser les barrières entre les États et à accroître leur interdépendance.

L'internationalisation a également été favorisée par des événements majeurs tels que la décolonisation, qui a entraîné l'émergence de nouveaux États et la redéfinition des relations de pouvoir internationales. De plus, l'évolution des normes internationales, telles que les droits de l'homme et le droit humanitaire international, a également contribué à façonner le système international d'aujourd'hui. Il est donc essentiel de comprendre que l'internationalisation est un processus dynamique, qui continue d'évoluer et de façonner le système international. Les États souverains, tout en conservant leur autonomie, doivent désormais tenir compte de leurs obligations et responsabilités internationales, reflétant ainsi l'interconnexion et l'interdépendance croissantes qui caractérisent le système international moderne.

L'établissement du système international actuel peut être attribué à un certain nombre de moments historiques clés. Toutefois, une date particulièrement significative est celle de 1945, avec la création des Nations Unies à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce moment représente un point de basculement où les États du monde, profondément affectés par les ravages de deux guerres mondiales, se sont unis pour créer une organisation qui visait à prévenir un tel conflit à l'avenir. L'adoption de la Charte des Nations Unies par 51 pays, établissant des principes de coopération internationale, de résolution pacifique des conflits et de respect des droits humains, a marqué le début d'un nouvel ordre mondial basé sur des règles. Toutefois, le système international actuel ne s'est pas arrêté là. De nombreux autres moments clés ont façonné son évolution, comme la décolonisation de l'après-guerre, qui a vu émerger de nombreux nouveaux États souverains, ou la fin de la Guerre Froide, qui a marqué une nouvelle ère de coopération et de conflit entre les nations.

L'année 1945 marque un tournant particulièrement significatif pour le système international avec la fondation des Nations Unies. Cependant, l'exploration des événements historiques précédents révèle que la souveraineté des États était déjà en cours de transformation avant cette période de modernisation. La transformation de la souveraineté des États a commencé bien avant 1945, notamment avec le développement du commerce international et la naissance du droit international. Par exemple, dès le 19e siècle, l'expansion de l'impérialisme et la colonisation avaient déjà créé des réseaux d'interdépendance internationale. Les traités commerciaux établissaient des normes et des règles pour les relations entre les États, érodant ainsi certains aspects de leur souveraineté. De plus, les Conférences de la Paix de La Haye de 1899 et 1907 ont marqué des étapes préliminaires importantes dans la réglementation des conflits internationaux et l'établissement de certaines normes de comportement international. Ainsi, bien que l'année 1945 marque une étape cruciale dans la structuration du système international tel que nous le connaissons aujourd'hui, le processus d'érosion et de transformation de la souveraineté des États avait déjà commencé bien avant cette date, à travers le développement des relations internationales et l'émergence progressive d'une communauté internationale interconnectée.

Ces processus se sont accélérés ces dernières années à trois niveaux. On voit une internationalisation de l’ordre international au travers de :

  1. Mondialisation et diffusion de valeurs libérales : Les interconnexions mondiales entre les sociétés et les populations des États sont de plus en plus intenses. Cela est principalement dû à la mondialisation, où des transactions sociales accrues conduisent à un niveau d'interdépendance sans précédent. De plus, la diffusion des valeurs libérales, qui favorisent la libre circulation des idées, des biens et des personnes, facilite et renforce ce processus de mondialisation. La mondialisation est un phénomène multifacette qui influence profondément notre monde contemporain. Il s'agit d'un processus qui intensifie les interactions et l'interdépendance entre les États, les sociétés et les populations à travers le monde. D'une part, ce processus est alimenté par une augmentation significative des transactions sociales. En effet, grâce aux avancées technologiques et aux moyens de communication modernes, les individus, les groupes et les organisations sont de plus en plus en contact les uns avec les autres. Que ce soit par le biais du commerce, des voyages, de l'éducation, de l'immigration ou des réseaux sociaux, les personnes et les sociétés entrent en interaction et en interdépendance à une échelle jamais vue auparavant. Ces interactions croissantes conduisent à une convergence des cultures, des idées et des modes de vie, rendant le monde de plus en plus "petit". La mondialisation est également facilitée par la diffusion des valeurs libérales. Ces valeurs, qui incluent des principes tels que l'égalité, la liberté, les droits de l'homme, la démocratie et le capitalisme de libre marché, ont été largement promues et adoptées dans le monde entier, en particulier depuis la fin de la Guerre Froide. La diffusion de ces valeurs libérales a non seulement ouvert la voie à une plus grande interconnexion et interdépendance entre les sociétés, mais elle a aussi créé un environnement propice à la mondialisation. En effet, en promouvant l'ouverture, l'échange et la coopération, ces valeurs favorisent la coopération internationale et la mise en réseau à travers les frontières nationales. Ainsi, la mondialisation et la diffusion des valeurs libérales sont deux processus interdépendants qui, ensemble, ont contribué à une plus grande intégration et interdépendance entre les sociétés à travers le monde.
  2. Organisations et institutions internationales : Un autre aspect de l'internationalisation du système international réside dans l'émergence et le renforcement des organisations et institutions internationales, à travers lesquelles les États collaborent et coordonnent leurs actions. L'observation de ce phénomène n'est pas seulement intéressante en termes de croissance numérique de ces entités, mais aussi en ce qui concerne les changements qualitatifs qui se sont produits, en particulier depuis la fin du 20ème siècle. Une tendance notable est la judiciarisation croissante de certaines de ces organisations internationales. En d'autres termes, de plus en plus de ces entités ont développé des mécanismes juridiques qui leur permettent d'exercer une autorité légale supranationale et de rendre des décisions qui sont contraignantes pour les États membres. Cela marque un éloignement du principe traditionnel de la souveraineté étatique dans le sens où les États sont désormais tenus de respecter les décisions de ces organisations internationales, même lorsqu'elles peuvent aller à l'encontre de leurs intérêts nationaux. Parallèlement à ce processus de judiciarisation, nous avons également assisté à un développement considérable de l'intégration régionale. Les exemples d'intégration régionale vont bien au-delà de l'Europe et de l'Union européenne. On peut penser à des organisations comme la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN), et la Communauté des États latino-américains et caraïbes (CELAC), qui ont tous cherché à promouvoir une plus grande coopération et intégration entre leurs États membres.
  3. Relations transgouvernementales et transnationales : Le troisième niveau de l'internationalisation du système international se trouve dans l'émergence de relations transgouvernementales et transnationales. Les relations transgouvernementales se réfèrent aux interactions entre différentes parties du gouvernement - les bureaucrates, les techniciens spécialisés et autres fonctionnaires - plutôt qu'aux relations officielles entre les gouvernements elles-mêmes. Par exemple, les responsables de la politique environnementale ou financière peuvent établir des réseaux entre eux, partager des informations et des meilleures pratiques, et influencer ainsi les politiques nationales. Ce phénomène, connu sous le nom de transgouvernementalisme, a été particulièrement marqué au cours des dernières décennies. D'un autre côté, les relations transnationales concernent les interactions entre des acteurs non gouvernementaux, tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les entreprises multinationales et d'autres entités de la société civile, qui jouent un rôle de plus en plus important dans la politique internationale. Ces acteurs peuvent influencer les politiques et les normes internationales, engager des activités transfrontalières et même négocier directement avec les gouvernements et les organisations internationales. En somme, le système international ne se limite plus seulement aux interactions entre les États souverains. Avec l'augmentation des relations transgouvernementales et transnationales, les frontières entre les affaires internes et externes des États deviennent de plus en plus poreuses, et une multitude d'acteurs non étatiques participent activement à la politique internationale.

Ces développements témoignent d'un paysage international en constante évolution, où la souveraineté des États est à la fois érodée et réarticulée.

« Mondialisation » des transactions sociales, interdépendance et libéralisme

Il n’y a pas de définitions simples du phénomène de la mondialisation. La mondialisation est un concept complexe et multidimensionnel qui ne peut être facilement résumé par une seule définition. Cependant, on peut la comprendre comme un processus de plus en plus rapide d'intégration et d'interdépendance entre pays à travers le monde, en raison de l'accroissement des échanges internationaux et des mouvements de capitaux, ainsi que de la diffusion rapide d'informations et de technologies.

La définition proposé par Anthony Giddens dans Dimensions of Globalization met l'accent sur l'interconnexion croissante des sociétés à travers le monde.[1] Selon lui, la mondialisation est "l'intensification des relations sociales mondiales qui relient des localités distantes de telle manière que les événements locaux sont façonnés par des événements survenant à des kilomètres de distance et vice-versa."

Cette définition souligne deux aspects clés de la mondialisation :

  • L'intensification des relations sociales mondiales : Cela renvoie à l'augmentation des interactions et des interconnexions entre individus, groupes, organisations et États dans le monde entier. Cela peut se manifester par des échanges commerciaux, des flux d'information, des mouvements migratoires, etc.
  • L'influence mutuelle des événements locaux et globaux : Cela signifie que les événements ou les décisions prises dans une partie du monde peuvent avoir des effets significatifs dans d'autres régions, et vice versa. Par exemple, une décision prise par une entreprise multinationale dans un pays peut avoir un impact sur les conditions de vie des personnes dans un autre pays. De même, les problèmes environnementaux locaux peuvent avoir des répercussions à l'échelle mondiale, comme c'est le cas avec le changement climatique.

Dans l'ensemble, la définition de Giddens souligne la nature interconnectée de notre monde contemporain et comment les événements, les décisions et les processus à différents niveaux (local, national, régional et global) sont de plus en plus interdépendants.

Giddens conceptualise la mondialisation comme un processus par lequel une activité réalisée dans une région éloignée a un impact immédiat et perceptible dans une autre région distincte. L'exemple du changement climatique illustre parfaitement comment les actions menées dans une partie du monde peuvent avoir des impacts significatifs ailleurs. Les émissions de gaz à effet de serre, qu'elles soient produites au Nord ou au Sud, ont des conséquences mondiales car elles contribuent au réchauffement climatique, qui affecte la planète dans son ensemble. De même, les conflits, les crises politiques ou économiques et les catastrophes naturelles peuvent déclencher des mouvements de migration qui ont des répercussions bien au-delà des frontières du pays concerné. Par exemple, une guerre civile dans un pays peut provoquer un afflux de réfugiés dans les pays voisins et même au-delà, affectant la stabilité et les ressources de ces pays. La mondialisation a amplifié ces interdépendances. En raison de la facilité accrue des voyages et des communications, ainsi que de l'interdépendance économique croissante, les problèmes locaux peuvent rapidement devenir globaux. En même temps, les problèmes mondiaux nécessitent de plus en plus de solutions globales, ce qui requiert une coopération internationale accrue.

Selon Robert Gilpin, la mondialisation est le processus par lequel les économies nationales sont de plus en plus intégrées et interconnectées, aboutissant à une économie mondiale unifiée.[2] Cela signifie que les décisions économiques et les activités dans un pays peuvent avoir des impacts significatifs sur ceux d'autres pays, même ceux situés à des milliers de kilomètres de distance. La mondialisation économique, telle que définie par Gilpin, a plusieurs facettes, notamment le commerce international, les investissements directs étrangers, la migration des travailleurs et le mouvement des capitaux. Par exemple, une entreprise basée aux États-Unis peut faire fabriquer ses produits en Chine, les vendre en Europe et investir les profits dans des marchés émergents en Afrique. Ce processus d'intégration économique mondiale a été largement facilité par les avancées technologiques (notamment dans les domaines des télécommunications, du transport et de l'informatique), l'adoption de politiques économiques libérales favorisant le libre-échange et la libéralisation financière, ainsi que l'essor d'institutions internationales comme l'Organisation mondiale du commerce.

La mondialisation a profondément changé la manière dont les biens et les services sont produits et distribués. Les chaînes de production sont de plus en plus fragmentées et réparties à travers différents pays, une réalité parfois désignée par le terme de "chaînes de valeur mondiales". Un exemple de ce phénomène est la production d'un produit technologique, comme un smartphone. Différents composants du téléphone peuvent être fabriqués dans divers pays à travers le monde. Par exemple, les puces peuvent être produites au Japon, l'assemblage peut être effectué en Chine, et le design et le développement du logiciel peuvent être réalisés aux États-Unis. Ensuite, le produit fini est distribué et vendu dans le monde entier. Parallèlement à cela, les marchés financiers sont également devenus de plus en plus interconnectés. Les investissements peuvent être réalisés presque instantanément à travers les frontières et les monnaies, et les impacts des décisions économiques dans un pays peuvent être ressentis dans le monde entier. Cette intégration des processus de production et des marchés financiers a permis une plus grande efficacité et une réduction des coûts, mais elle a également conduit à une plus grande interdépendance économique. Cela signifie que les crises économiques ou financières peuvent se propager rapidement d'un pays à l'autre, comme on l'a vu lors de la crise financière mondiale de 2008. Dans l'ensemble, la mondialisation a conduit à une plus grande interconnexion et interdépendance des économies du monde, avec des implications à la fois positives et négatives.

Jan Aart Scholte, chercheur néerlandais en relations internationales, offre une perspective différente sur la mondialisation en la définissant comme la « déterritorialisation », ou la croissance des relations supraterritoriales entre les individus.[3] La déterritorialisation fait référence à l'affaiblissement des liens entre la culture, la politique, l'économie et le territoire physique. Dans le contexte de la mondialisation, la déterritorialisation signifie que les frontières géographiques et les distances deviennent moins pertinentes dans les interactions sociales, économiques et politiques. Par exemple, dans l'économie numérique actuelle, de nombreuses transactions et interactions peuvent se produire indépendamment de la localisation physique des participants. Des individus et des organisations peuvent collaborer sur des projets, échanger des informations et des idées, et mener des affaires ensemble malgré des différences significatives de localisation géographique. De plus, le concept de relations supraterritoriales implique que des personnes, des organisations et des gouvernements interagissent et s'influencent mutuellement à travers les frontières nationales et régionales. Les organisations internationales, les réseaux transnationaux et les communautés en ligne illustrent ces relations supraterritoriales. Il est important de noter que la déterritorialisation n'élimine pas l'importance du territoire et de l'État-nation, mais elle complique et transforme ces relations. Ainsi, dans la perspective de Scholte, la mondialisation représente une évolution vers un monde plus interconnecté et moins ancré dans des territoires spécifiques.

La déterritorialisation fait référence à l'affaiblissement des contraintes géographiques sur les interactions sociales, culturelles et économiques. Avec le développement des technologies de communication, notamment d'Internet et des médias sociaux, les interactions et les transactions peuvent se faire instantanément et indépendamment de la localisation géographique. Ceci est particulièrement évident dans le monde numérique, où les informations et les idées se propagent à une vitesse fulgurante à travers les frontières nationales et régionales. Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou Instagram, ainsi que les plateformes de communication comme Zoom ou Teams, permettent aux gens de communiquer et d'échanger des idées indépendamment de leur emplacement géographique. Cette déterritorialisation a de profondes implications pour les relations internationales. Elle rend plus complexe le contrôle de l'information par les États, favorise le partage d'idées et de cultures, et peut accélérer le changement social et politique. Cependant, elle peut aussi engendrer des défis, comme la diffusion de désinformation, l'émergence de cyberattaques, ou l'exploitation des technologies numériques par des groupes extrémistes.

David Harvey, un éminent géographe britannique, conçoit la mondialisation comme une "compression espace-temps".[4] Cette conception se réfère principalement à la manière dont les progrès technologiques, en particulier dans les domaines du transport et de la communication, ont raccourci les distances et accéléré les interactions entre les personnes et les lieux à travers le monde. Par exemple, il suffit d'un clic pour envoyer un email à l'autre bout du monde, ce qui aurait pris des jours, voire des semaines, par courrier postal il y a quelques décennies. De même, les avancées dans le domaine du transport aérien ont réduit le temps nécessaire pour se déplacer d'un continent à un autre. Cette compression espace-temps a facilité et intensifié les interactions et les échanges globaux, en rapprochant effectivement les lieux et les personnes. Elle a donc joué un rôle majeur dans la mondialisation. Cependant, tout comme la déterritorialisation, la compression espace-temps peut également poser des défis en termes de relations internationales, comme la diffusion rapide des maladies ou la gestion de l'information à l'échelle mondiale.

Cette définition englobante de la mondialisation illustre bien l'évolution de notre monde. Elle souligne le passage d'une réalité où les entités (les États et leurs sociétés nationales) étaient distinctes et interagissaient dans une certaine mesure d'indépendance, à un monde où existe maintenant un espace social partagé, en grande partie grâce à la technologie, aux voyages internationaux et à l'interconnexion économique. Dans ce contexte, les questions, les défis et les opportunités ne sont plus uniquement nationaux, mais ont une dimension internationale. Par exemple, les questions environnementales, la sécurité, l'économie et même les problèmes sociaux sont de plus en plus abordés dans un contexte mondial. Cette situation exige une coopération internationale accrue, tout en soulevant de nouveaux défis en matière de gouvernance, de droits de l'homme, d'équité et de développement durable.

Le libéralisme

Dans cette perspective, les sociétés sont liées entre elles, au niveau sociétal, il y a une interdépendance croissante et cette interdépendance est aussi facilitée par la diffusion du libéralisme. Cette diffusion du libéralisme se manifeste à deux niveaux avec d’une part au niveau des politiques économiques avec le libre-échangisme qui est devenu la norme globale économique.

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Apparaissent sur cette carte en vert les membres de l‘organisation mondiale du commerce qui promeut le libre-échange entre les États ainsi que l’abolition de barrières tarifaires et non tarifaires au commerce. En jaune, ce sont les États avec un statut d’observateur ce qui implique qu’ils sont donc en voie de devenir membre qui est un statut préliminaire. Excepté pour quelques territoires très spécifiques, cela est devenu une organisation et une institution mondiale.

Du point de vue de la théorie des relations internationales libérales, on peut dire que le libre-échangisme non seulement promeut l’interdépendance entre les sociétés et les États et entre les États parce qu’on devient dépendant du commerce avec d’autres nations et de l’accès à d’autres marchés, mais cette interdépendance implique une pacification du système international, car cela devient plus coûteux d’aller en guerre vers des adversaires avec qui on est lié économiquement. Il y a aussi un projet de paix qui est lié à l’idée d’ouvrir les marchés économiques. Si les sociétés font du commerce, si elles sont dépendantes pour leurs biens économiques, cela est moins probable qu’elles soient prêtes à aller en guerre les unes contre les autres.

La deuxième transformation particulièrement depuis les années 1990 est le triomphe de la démocratie.

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Apparaissent en bleu la ligne des États démocratiques et en rouge la ligne des États autoritaires dans le monde. On voit en 1991 qu’il y a une démarcation qui est une inversion de la relation et la hausse de la démocratie ceci étant lié à la chute du communisme et des États qui étaient liés au bloc communiste. Dans les années 1990, ce développement a engendré une vague d’optimisme pour la coopération internationale. On a pensé au fait que maintenant les États deviennent tous démocratiques, avec ceci, on pense qu’il y a les droits de l’homme qui sont impliqués, mais aussi une volonté plus forte de coopérer, de traiter de problèmes communs d’une manière coopérative et de transférer certaines compétences aussi à des organes comme des organisations internationales. Certains comme Francis Fukuyama qui a écrit un livre intitulé The end of History and the last men dans lequel il définissait l’idée qu’avec le triomphe de la démocratie, nous allions réaliser un monde pacifique, organisé à traverse des organisations internationales, stables et prospères. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde différent voyant que cette diffusion n’est pas sans contre-mouvement. Il est trop tôt pour dire dans quelle direction le monde se développe parce qu’il y a le courant de la diffusion de valeurs communes, de la communication et de l’interconnexion des sociétés qui continue et en même temps il y a des contre-mouvements, des revendications qui déstabilisent le système, mais c’est une phase de transition un peu ouverte. Les théories de relations internationales nous aident à prédire dans quelle direction le système va se développer.

Nous avons parlé de l’internationalisation du système international, de la mondialisation et de la diffusion du libéralisme, il faut aussi aborder la prolifération des organisations internationales et leur judiciarisation.

Organisations internationales, judiciarisation et intégration régionale

Prolifération d’organisations intergouvernementales (IGOs) et Non-Gouvernementales (NGOs).

Ce tableau est un résumé quantitatif de la prolifération d’organisations internationales. Ces données sont issues de l’Union of International Organisations qui fournit des statistiques sur ces questions. Donc, il y a une prolifération très claire.

Ce qui est peut-être plus intéressant n’est peut-être pas seulement la création d’organisations internationales et le prolifération d’ONG, c’est aussi l’effet que ces institutions ont, à savoir si elles deviennent une force politique à leur propre titre ou si ce sont juste des plateformes dans lesquels les États négocient dans le cas des organisations intergouvernementales ou pour les ONG si se sont des acteurs qui se font entendre, mais sans avoir de l’effet au niveau politique. La question est de savoir comment mesurer l’effet de ces acteurs internationaux.

Pour les organisations intergouvernementales, il est possible d’appliquer le concept de la judiciarisation qui a été développé en coopération avec des juristes de droit international et des politologues. Ce concept essaie de quantifier dans quelle mesure les normes internationales développées dans une organisation internationale sont contraignantes. Cette idée de mesurer le niveau de contrainte des normes envers les États qui sont en premier lieu leur adresseur, il est possible de regarder trois niveaux :

  • Niveau de l’obligation : à savoir, est-ce que ces normes internationales sont explicitement contraignantes pour les États ou pas. Il y a beaucoup d’instruments au niveau international qui ne sont explicitement pas contraignant comme, par exemple, la déclaration de l’Assemblée générale des Nations Unies sur les droits de l’homme de 1948 qui est une déclaration non contraignante explicitement. Certaines normes sont aussi devenues du jus cogens, du droit obligatoire et contraignant pour les États même s’ils n’ont pas ratifié le traité pertinent comme, par exemple, le génocide, la défense de la torture ou bien même la norme de non-refoulement qui dit qu’on n’a pas le droit de refouler un réfugié vers un territoire où il craint pour son intégrité physique ou mentale. Il y a des normes qui ont acquis le statut de droit obligatoire. Il y a toujours des cas de non-observation de ces normes, mais cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas reconnues, même si elles sont violées, cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas reconnues comme légitimes et valables. Entre ces deux extrêmes, il y a des degrés différents d’obligations liées à des normes internationales.
  • Le deuxième niveau de la prolifération des normes internationales qui implique leur degré de judiciarisation et leur précision est de savoir si ce sont des normes très générales laissant beaucoup de marge de manoeuvre aux États afin de décider de comment les mettre en œuvre ou est-ce que ces normes sont très précises, si précises qu’elles n’ont peut-être même plus besoin d’être traduites au niveau national par les parlements dans la loi nationale, mais qu’elles peuvent être prises tel quel parce qu’elles sont déjà assez claires. Il y a une certaine évolution. On peut par exemple pour le cas du climat avec les négociations sur le climat appliquer ces trois dimensions. Le protocole de Kyoto n’avait aucune obligation pour les États en voie de développement, inclus la Chine, l’Inde et les grandes puissances émergentes, mais ils pouvaient participer. Les États-Unis étaient signataire de la convention-cadre, mais pas lié par les normes et les quelques normes contraignantes incluses dans le protocole de Kyoto. Ces normes incluses dans le protocole de Kyoto étaient très vagues parce qu’elles précisaient un niveau d’émission de gaz à effet de serre par État signataire, mais sans préciser par quel moyen cette réduction de gaz à effet de serre devait être accomplie ni le traité précisait des mécanismes de surveillance et d’évaluations de rapports interétatiques pour vraiment vérifier si ces obligations étaient respectées ou pas. Donc, c’était un cadre très vague, très peu précis qui avait été établi.
  • Avec le troisième niveau, la question est de savoir dans quelle mesure y a-t-il une instance qui est responsable pour mettre en œuvre et imposer ces normes internationales si les États ne s’y tiennent pas. Il y a une absence de Cour internationale qui serait comparable avec une Cour nationale. Il y a la Cour internationale de justice, mais cette Cour ne peut agir seulement si les deux États qui ont une dispute acceptent d’avoir ce processus juridique, autrement, cette Cour ne peut entrer en matière. Ces dernières années, on voit une diffusion du processus de règlement de disputes plutôt juridique. Dans l’OMC, il y a un système assez élaboré qui implique aussi des mécanismes de sanctions entre les États qui ne se tiennent pas aux normes commerciales de l’OMC ou bien la Cour pénale internationale est un autre exemple dans le domaine des droits de l’homme pour une institution juridiquement forte qui peut notamment condamner des individus pour violation et conduite de certains crimes contre l’humanité comme le génocide et la torture systématique et certains crimes bien définis. Pour le climat, la question serait de savoir quels seront les mécanismes de mise en œuvre des nouvelles obligations des États, seulement un système de rapports interétatique que les États documentent leur mesure au niveau international et en suite ces rapports sont évalués et ont leur donne certaines recommandations ou y aura-t-il la possibilité de sanctions contre le non-respect de certaines obligations, mais aussi par qui, c’est-à-dire est-ce que ce sera une instance indépendante qui aura cette autorité, etc. En général, on peut dire que ces vingt dernières années, nous avons eu une tendance envers une plus forte judiciarisation des organisations internationales. Beaucoup de ces organisations sont bloquées, mais ce blocage par exemple de l’OMC est peut-être aussi un résultat du fait que cette organisation est devenue plus contraignante est que les États sont maintenait moins près à se lier les mains. Les États veulent peut-être garder leur flexibilité et cela serait même en ce sens d’une évolution envers un plus fort rôle des organisations internationales.
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En haut, on voit les processus de prise de décision et de l’agenda setting. Cela revient un peu au cycle des politiques, nous pouvons aussi appliquer ces notions du cycle politique aux politiques internationales. Pour l’agenda setting, la question est de savoir qui sont les membres des organisations qui ont le droit de lancer des initiatives pour des nouvelles normes. Dans l’Union européenne, il y a la Commission européenne qui est indépendante des États, ce qui est un signe de forte judiciarisation et de supranationalité qui n’est pas le cas dans les organisations. Le deuxième point de la prise de décision est de savoir si les décisions sont prises par consensus, à l’unanimité des États et seulement par les États ; dans ce sens-là, nous pouvons toujours dire que l’organisation internationale produit des normes qui reflètent la volonté de chaque État et qui dans ce sens sont consistantes avec l’idée de la souveraineté de l’État parce qu’il a volontairement donné sont accord à ces normes. Si nous avons un système de vote majoritaire comme dans l’Union européenne, mais aussi dans le Conseil de sécurité de l’ONU où il y a des États qui peuvent être liés à une décision même s’ils ont voté contre, cette instance internationale devient plus supranationale parce qu’elle peut en fait décider de normes contraignantes envers des membres même s’ils n’ont pas donné leur accord. Dans le système de l’Union européenne, c’est encore plus compliqué parce qu’il n’y a pas seulement les États au Conseil de l’Union européenne qui décide, mais il y a aussi le Parlement de l’Union européenne qui a le même pouvoir de décision étant partagé et le Parlement de l’Union européenne est directement élu par les citoyens européens et donc indépendants des États. C’est pourquoi on dit que l’Union européenne est très supranationale, plus supranationale que chaque autre organisation internationale. On voit qu’entre les différentes organisations internationales, il y a une variance dans ces dimensions.

Relations transgouvernementales et transnationales

Avec l’interdépendance des sociétés, des problèmes transfrontaliers émergents suscitant un intérêt pour des solutions communes ; plus les sociétés s’intègrent et plus les problèmes ne se limitent plus à des territoires étatiques et nécessitent plus de coopération. Donc, il y a l’établissement d’organisations internationales et l’établissement de normes internationales qui s’adressent à ces problèmes partagés. Nous avons vu qu’il y a une tendance à une plus forte judiciarisation de ces organisations et des normes internationales, mais pas dans tous les domaines et pas pour toutes les organisations de la même manière, mais nous observons le phénomène. Il n’y a pas seulement la prolifération d’organisations internationales et de traités multilatéraux depuis 1945, mais il y a aussi une tendance à les rendre plus contraignants.

Il y a un autre phénomène au niveau de l’organisation politique des États à part leur coopération dans les enceintes intergouvernementales qui est le phénomène de l’intégration régionale. Il y a une prolifération d’initiatives d’intégration régionales un peu partout dans le monde. Il y a le NAFTA dans le nord de l’Amérique qui est limitée à une zone de libre-échange n’étant pas très ambitieuse n’étant pas un système comme en Union européenne traitant d’autres politiques de tout genre, donc cela est très économique.

Au sud de l’Amérique latine, il y a le MERCOSUR entre l’Argentine, le Brésil, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela ainsi que la Bolivie. C’est aussi une zone de libre-échange, mais qui ambitionne plus haut. Ces pays aimeraient avoir une union douanière et un marché commun, éventuellement une monnaie commune à l’avenir, mais ce n’est pas encore le cas. Le MERCOSUR est ambitieux, ils ont aussi développé des politiques communes dans l’environnement, les droits sociaux, les droits des travailleurs pour leurs citoyens. Avec la montée en puissance de gouvernement de gauches ces dernières années, ils ont plutôt été en direction du domaine social. Avec les changements politiques notamment en Argentine et au Brésil, peut être que cela va changer, mais cela reste une organisation qui fonctionne bien.

Il y a aussi l’Union africaine qui s’est aussi créée au début du nouveau millénaire en 2002. L’Organisation de l’unité africaine qui était son prédécesseur qui était plutôt centré sur la décolonisation. L’Union africaine est très ambitieuse, elle est basée sur des organisations sous régionales comme, par exemple, la CDAO qui est l’organisation ouest-africaine économique. Il y a plusieurs organisations sous régionales en Afrique qui ont un peu le même plan d’action notamment de libéraliser le commerce entre leurs pays membres et d’aller vers un marché commun et aussi une monnaie commune. Dans certaines régions africaines, il y a des unions monétaires, mais cela est plutôt quelque chose qui est resté du temps colonial. Le plan de l’Union africaine prévoit aussi que ces différents marchés communs sous régionaux seront un jour unifiés pour un marché commun au niveau africain. La mise en œuvre de ces plans est retardée, certaines instances sous-régionales fonctionnent beaucoup mieux que d’autres, mais c’est intéressant de voir ce phénomène d’organisation régionale qui se manifeste. L’Union africaine n’est pas seulement active sur le plan économique, mais aussi sur le plan de la sécurité disposant d’un Conseil de sécurité pouvant d’une manière assez similaire d’avec le Conseil de sécurité de l’ONU prévoir des interventions militaires sur le territoire de leur État membre en cas de crise étant un phénomène assez récent. Donc, il y a une réplication du système onusien au niveau africain fonctionnant des fois mieux que d’autres. C’est un phénomène important qui va au-delà de ce que l’Union européenne fait en matière de sécurité.

Il y a aussi au Sud-est asiatique l’ASEAN qui est un réseau d’États qui se sont associés visant à avoir un marché commun. Normalement, la date de mise en place de cette zone était 2015, mais cela est loin de l’être. Ils ont néanmoins un plan d’intégration économique, mais aussi culturel, social, ils développent des activités communes, un système d’échanges universitaire. Il y a l’idée d’échange culturel, social qui est soutenue.

Il y a une organisation des pays du Golf qui tend à réaliser également une union monétaire et l’Union eurasiatique qui a été lancée plus récemment par Vladimir Poutine entre la Russie et les États d’ex-URSS visant à une union douanière voulant concurrencer l’Union européenne notamment avec le conflit de l’Ukraine. L’ambition russe est d’inclure l’Ukraine dans cette organisation dans ce processus d’intégration économique dominé par la Russie n’étant pas compatible avec un traité d’association profond avec l’Union européenne. Ces organisations régionales peuvent aussi entrer en compétition.

Le régionalisme est un phénomène qui est assez récent ; depuis les années 1990, nous voyons la prolifération de ces organisations.

Aujourd’hui, nous avons une certaine fatigue du système multilatéral malgré cette tendance à la judiciarisation, l’OMC ne va pas trop bien, le système onusien, en tout cas le Conseil de sécurité est souvent bloqué, il y a de nouveaux conflits entre les États. Par contre, au niveau sous-étatique des administrations publiques, des bureaucraties, des technocrates, de plus en plus de liens s’établissent entre les départements. Directement en dessous des réseaux diplomatiques, des réseaux informels et des fois formelles s’échangent sur les politiques publiques, sur les moyens de gérer des problèmes financiers de commerce, de santé, mais aussi d’environnement et qui ainsi continuent un autre niveau d’intégration internationale, non pas à travers la diplomatie et la coopération formelle intergouvernementale, mais à travers les pratiques de communication, d’échange et d’approximation entre les experts qui travaillent dans les exécutifs nationaux, dans les départements et les ministres.

Un exemple très connu est dans le domaine des finances avec le Comité de Bâle pour la régulation des banques. Il n’y a pas de traité international qui contienne des règles permettant de juger la stabilité des banques, pour prescrire certaines normes, ce qu’elles ont le droit de faire et pas le droit de faire. Ces questions ont été réglementées par des réseaux transgouvernementaux, notamment le Comité de Bâle qui est un réseau composé par les ministères des Finances et surtout par les représentants et les chefs des banques nationales. C’était un club assez restreint des OCDE countries, mais maintenant d’autres États ont joint ce réseau comme la Chine. Les normes développées dans ces réseaux ne sont pas du droit international, ce sont des accords informels que ces représentants de départements ou de Banque Nationale adoptent, et ensuite, ce sont les États qui doivent formaliser ces normes dans leur droit national. Ce ne sont pas des normes contraignantes internationales, mais des normes informelles, mais qui ont une pertinence politique, sans nécessairement être transférées dans le droit national des fois, mais aussi des normes contraignantes si elles sont après formalisées au niveau du droit national. Il y a des phénomènes de ce genre dans toute sorte d’autres secteurs politiques.

Si on étudie la coopération internationale et la transformation du monde interétatique, il ne suffit de regarder la politique officielle et formelle entre les représentants des États, il y a des niveaux d’interpénétration politique dessous la diplomatie qui sont très importante. Si nous jugeons de la question de comment les nouvelles puissances émergentes vont s’intégrer dans ce système international, comment vont-elles coopérer dans les traités internationaux et les organisations internationales, cela est aussi important de regarder en dessous de la diplomatie dans ces réseaux, à savoir dans quelle mesure ils s’intègrent à ce niveau. Dès fois, ces relations transgouvernementales sont plus cordiales que les relations officielles diplomatiques. Mais bien sûr, elles sont fragmentées, ce sont souvent au niveau de problèmes des fois plus techniques que cette forme d’insertion a lieu, mais ce qui est important est que les États ne sont plus ces entités unitaires, ne sont plus représentées par leur chef d’État ou le ministre des Affaires étrangères, ils sont actifs au niveau international aussi au travers de leur sous-unité. Cela est important parce que les États sont désagrégés au niveau international, ils ne sont plus ces instances souveraines représentées par des représentants formels. Il y a plein d’acteurs étatiques qui agissent au niveau international la au-delà de ces relations diplomatiques. Il y a même les parlements qui ont des forums de rencontre. De plus en plus d’acteurs se mobilisent dans les relations internationales au niveau des instances publiques.

Comment mesurer l’influence des ONG ?

Le terme qui désigne la relation entre les acteurs privés au niveau international est les « relations transnationales ». Le terme « transnationalisme » désigne les relations entre acteurs privés et sociétaux et pas les institutions des États. Il y a toute une liste d’organisation possible et la question est de savoir quelle organisation n’est pas une ONG parce qu’en fait, le terme ONG est assez flou. Au sein de l’ONU, il y a certains critères afin de reconnaître des ONG et les accréditer ayant différents droits d’observation et de participation dans les processus de négociation.

Qui n'est pas ONG ?

Ce tableau montre qu’il y a une grande variété d’organisations qui sont reconnues comme des ONG. Il y a des organisations purement économiques comme les chambres du commerce qui sont réunies, aussi l’association médicale aérospatiale, la société de l’industrie chimique. Il y en a certaines sur cette liste qui ne sont pas qualifiée comme étant des ONG comme les Yakusa qui est la mafia japonaise ou Nestlé qui est une entreprise multinationale. Si on regarde la liste des organisations accréditées auprès de l’ONU et ayant le statut d’ONG, il y a une large variété d’organisations.

C’est un domaine très divers. Les critères de l’ONU afin de reconnaître une ONG sont assez flexibles. Il faut qu’elle n’ait pas un but purement lucratif, pour cela, une entreprise n’est pas qualifiée. Le programme d’action de ces ONG doivent soutenir les objectifs des Nations Unies, l’organisation doit exister depuis au moins deux ans et avoir une structure physique avec un siège, un minimum d’organisation démocratique ce qui veut dire qu’une organisation qui serait dominée par une personnalité ou une secte ne remplirait pas les critères, devant aussi être ouverte à l’admission de nouveaux membres et ne devant pas être contraignante envers les membres. D’autre part, elle doit avoir des sources de financement indépendant et ne doit pas avoir été créée par un gouvernement. Au-delà de ces critères, il y a beaucoup de possibilités pour des organisations diverses.

Si on dit que les organisations non gouvernementales ont une influence en politique internationale, alors on peut regarder les différentes phases du processus politique afin de regarder les différents moyens qu’ont ces organisations à leur disposition. Donc, pour mettre un thème à l’agenda, initier un débat sur une question, ces organisations peuvent être active à l’extérieur des enceintes politiques à travers les manifestations, la mobilisation des médias, mais aussi à travers l’éducation et la diffusion d’informations et à l’interne à travers le lobbying et la transmission d’études et de rapports aux acteurs étatiques. Au niveau de la formulation des politiques et des normes, c’est surtout leur expertise qui peut leur donner une influence et en fait, la Charte de l’ONU et les statuts développés par l’ECOSOC prévoient différentes possibilités de contribution par écrit et oral et aussi de participation dans les délégations étatiques, mais aussi au sein de délégation d’États faisant que des représentants officiels d’ONG ont accès à presque toutes les enceintes et prises de décisions. Souvent aussi, nous voyons que des ONG participent au financement de délégations étatiques et soutiennent les délégations étatiques des pays qui n’ont pas les capacités de s’impliquer dans ces différentes négociations internationales et notamment dans les pays en voie de développement pour qui les déplacements à ces négociations internationales sont coûteux, mais aussi au niveau de l’expertise qui doit être développée. Aussi, à ce niveau-là, les ONG peuvent avoir un rôle important dans la phase de la formulation des politiques donc des capacités à négocier.

Dans la phase de décision, c’est surtout du lobbying, mais elles sont représentées à travers les délégations donc ont une implication indirecte et en suite elles deviennent de nouveau importantes et de nouveau plus importantes dans la phase de la mise en œuvre des décisions politiques à travers les rapports des ONG sur le respect des normes internationales. Il y a des rapports sur le respect des normes internationales dans beaucoup de domaines d’ONG qui ont la réputation et l’expertise afin de les concevoir, mais qui ont aussi des ressources très spécifiques comme, par exemple, Amnesty International qui est une organisation non étatique qui a donc accès à certaines institutions et individus que les États n’auraient pas par exemple. Amnesty International peut par exemple avoir accès à des prisons dans des États tiers afin d’examiner dans quelle mesure les droits de l’homme sur les conditions de détention en prison sont respectées, dans quelles mesures la torture a lieu ou pas dans ces institutions et cela ne serait absolument pas possible pour un autre État d’aller visiter une prison par exemple en Afghanistan ce qui viole la norme de non-ingérence. Ces acteurs privés ont plus de facilité, mais cela est toujours négocié, mais ils ont des ressources à disposition très spécifique.

Naming et shaming est donc l’appel au public à travers le fait de nommer des violations de normes et de provoquer une certaine gêne pour les États qui ne sont pas en conformité avec leurs obligations. C’est un rôle important à ce niveau-là et de même pour l’évaluation.

Exemple d’une analyse empirique : accès des ONG aux OI dans différents domaines 1950 – 2010

C’est un champ d’études intéressant que de voir quels moyens ces acteurs privés ont afin de contribuer à la gouvernance internationale. Il y a eu des analyses récentes sur cette thématique et notamment un article qui vient de paraitre de Tallberg intitulé Governance Problems, Policy Approaches, and Institutional Design publié en 2015 qui a analysé l’accès des ONG à différentes organisations internationales dans différents secteurs politiques de 1950 à 2010.

Lavenex Exemple d’une analyse empirique accès des ONG aux OI dans différents domaines 1950 – 2010.png

Sur ce graphique, l’axe horizontal représente les années de 1950 à 2010. Il y a aussi des organisations à secteur multiple et de nombreux autres secteurs comme les affaires sociales, le développement, l’environnement, la sécurité, la technologie et le commerce. C’est donc une classification d’organisations internationales dans ces différents secteurs. Ils ont aussi compté et analysé les conditions d’accès des ONG dans ces organisations établissant un index qui peut prendre la valeur maximale de 2,5. On peut voir que dans le domaine des droits de l’homme, la présence des ONG est très forte, elle a augmenté rapidement ces dernières années comme, par exemple, dans le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ayant notamment de droits de participation très complète. Le domaine des droits des l’homme est le domaine où nous avons le plus d’implication de ses ONG dans les organisations internationales et même dans l’environnement on voit que la courbe est restée assez basse. Par contre, il faut dire que dans le domaine de l’environnement, il n’y a pas beaucoup d’organisations internationales fortes avec le programme de l’environnement de l’ONU, mais pas de world environmental organization, nous avons déjà peu d’organisation interétatique, elles ont un mandat souvent très limité et les ONG sont plus active en dehors de ces organisations intergouvernementales. Ceci ne règle pas l’idée que les ONG ne sont pas importantes dans le domaine de l’environnement, c’est tout simplement qu’elles ne sont pas représentées dans les organisations internationales, mais c’est aussi dû au fait que nous n’avons pas beaucoup d’organisations internationales avec un large mandat dans le domaine de l’environnement.

Conclusion : transformation du système international

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Pour conclure ce bloc sur l’idée de l’internationalisation, sur l’idée du système international, nous avons, à la pointe de la pyramide les relations intergouvernementales, diplomatiques, donc les représentants des États qui jouent au niveau formel et qui travaillent sur l’idée de développer du droit international avec une judiciarisation ces dernières années. Il y a aussi les relations transgouvernementales est les relations transnationales qui jouent un rôle. Il ne suffit pas uniquement regarder les relations entre les États, il faut regarder plus loin afin de comprendre le système international contemporain.

Trois perspectives théoriques sur le système international

Il y a des points de vue différents, des théories des relations internationales sur la question de savoir dans quel sens cette internationalisation, vraiment constitue un défi pour l’idée de la souveraineté de États, si nous avons une transformation dans le sens que la souveraineté est de plus en plus partagée à travers ces institutions internationales et que nous avons peut-être même une sorte de société globale qui se développe ou pas. Il y a des points de vue différents dans la théorie. Nous allons les notions principales des trois grands paradigmes théoriques des relations internationales.

Néoréalisme


Article détaillé : Le néo-réalisme structurel.

Un des auteurs proéminent du néoréalisme est John Mearsheimer qui postule, dans l’article The False Promise of International Institutions publié en 1994, que « Realists... recognize that states sometimes operate through institutions. However, they believe that those rules reflect state calculations of self-interest based primarily on the international distribution of power. The most powerful states in the system create and shape institutions so that they can maintain their share of world power, or even increase it. In this view, institutions are essentially ‘arenas for acting out power relationships.’ ...institutions largely mirror the distribution of power in the system ». Il met en avant les limites des institutions internationales.

Les réalistes ne dénient pas qu’il y a des institutions internationales, mais ces institutions internationales reflètent toujours à la base la structure des pouvoirs, la répartition des pouvoirs entre les États, les institutions internationales restent des instruments à la disposition des États puissants qui soutiennent ces organisations internationales tant qu’elles leur sont utiles et quand elles ne le sont plus, ils ne vont pas les respecter, il n’y a aucune force contraignante internationale qui pourra assurer que les États se tiennent à ces institutions internationales une fois qu’ils perdent leurs intérêts. Par contre, les États puissants peuvent contraindre les autres États moins puissants au travers des institutions internationales à respecter certaines normes qui sont dans l’intérêt des États puissants. Donc, l’influence des organisations internationales dépend du soutien des grandes puissances dernières. Les institutions sont des instruments à la disposition des États puissants. On voit que les États ne participent pas à certaines discussions lorsqu’elles ne sont pas dans leur intérêt comme, par exemple, les États-Unis qui ne participent pas au protocole de Kyoto notamment parce que les États émergents n’étaient pas liés à ce cadre institutionnel donc les États-Unis prévoyaient des effets négatifs, coûts qui leur reviendrait s’ils participaient. Ils n’ont pas participé. Avec la Cour pénale internationale, là aussi les États-Unis ont fait opposition parce qu’ils n’acceptent pas l’idée de se soumettre à une structure supranationale qui pourrait se revendiquer contre des citoyens américains qui participent à des crimes contre l’humanité par exemple.

Donc, les grandes puissances sont libres de décider ou non si elles participent dans les institutions internationales et si elles le font, elles le font parce qu’elles ont un intérêt politique derrière.

Libéralisme


Le libéralisme est le deuxième grand paradigme et voit la question d’une autre manière. Il part de l’idée que nous avons un monde de plus en plus interdépendant et qu’à travers cette interdépendance, les États développent un intérêt rationnel à coopérer. Au-delà des rivalités potentielles, il y a de plus en plus de problèmes qui traversent les frontières et notamment aussi dans le domaine du commerce, mais aussi de l’environnement, d’autres problèmes transnationaux où il est tout à fait rationnel de s’assurer de la coopération des autres, de s’assurer que les autres États participent à la résolution de ces problèmes. Donc, il y a une dynamique qui génère un intérêt pour la coopération internationale qui est indépendante des relations de pouvoir, mais cette coopération internationale ne peut pas se faire spontanément autrement il n’y aurait pas le besoin d’institutions. Le problème est que l’on doit toujours se méfier du fait que certains États pourraient profiter de l’implication des autres et ils vont moins investir dans ce bien commun. Pour s’assurer de la bonne coopération des États concernés, il faut créer des institutions, il faut avoir des normes communes, des traités, des mécanismes de mise en œuvre et de surveillance de ces solutions que l’on veut apporter au problème commun.

Pour Robert Keohane dans International Institutions: Two Approaches publié en 1988, « ...This research program ... assumes ... rationality on the part of the actors. It begins with the premise that if there were no potential gains from agreements to be captured in world politics ... there would be no need for specific international institutions. ... Conversely, if cooperation were easy ... there would be no need for institutions to facilitate cooperation. ... It is the combination of the potential value of agreements and the dfficulty of making them that renders international regimes significant. In order to cooperate in world politics on more than a sporadic basis, human beings have to use institutions.... Even in the absence of hierarchical authority, institutions provide information (through monitoring) and stabilize expectations. They may also make decentralized enforcement feasible, for example by creating conditions under which reciprocity can operate... ». Si les États étaient prêts à coopérer sans autre ou bien à résoudrais les problèmes sans autre, on n’aurait pas besoin d’institutions internationales. Du coup, les institutions aident les États à s’en tenir à des solutions partagées au travers de la diffusion, de la réformation, de la transparence et la stabilisation des perspectives ainsi que de la mise en œuvre.

Dans le libéralisme, il y a une explication rationnelle de pourquoi les États sont prêts à établir des organisations et des normes communes indépendamment des relations de pouvoir. Ces organisations communes, une fois établies, peuvent être contraignante si accepté parce qu’elles ont ces systèmes de surveillance et de transparence, les violations contre leurs normes deviennent plus visible, il y a des mécanismes de réputation qui jouent, mais aussi la possibilité de sanctions et de règlement de disputes formalisées. Ce qui est important est que les institutions ont un effet sur le comportement des États, elles peuvent contraindre les États à ne pas effectuer certaines mesures qui seraient en violation des normes auxquels ils se sont soumis.

Constructivisme

Article détaillé : Le constructivisme.

Le constructivisme est le troisième grand paradigme, en contraste avec le réalisme et le libéralisme, il n’opère moins au niveau des États qu’au niveau des sociétés. C’est un paradigme qui est très proche de l’idée de la mondialisation, de l’interpénétration des sociétés, de la communication transfrontalière et des liens transfrontaliers qui se manifestent au niveau institutionnel comme, par exemple, au niveau des ONG ou bien des médias sociaux et des autres médias plus traditionnels. Ce qui est important dans ce paradigme est que les organisations internationales sont aussi vues comme des enceintes de socialisation dans lesquels les États deviennent membre d’une communauté d’États partageant des perceptions communes et des valeurs communes à travers leur contact régulier dans les institutions. Il y a des études qui cherchent à prouver que rien que le fait de participer à l’ONU ou dans certaines sous instances de l’ONU comme le Conseil des droits de l’homme ou bien aux négociations environnementales pour le climat qui ont lieu chaque année ; ces rencontres graduelles socialisent les preneurs de décision aussi et les mènent à avoir des décisions partagées et des valeurs partagées.

Sur l’environnement, cela est très intéressant à regarder parce que les questions climatiques sont difficiles à observer. Il y a eu longtemps une contestation des effets sur l’environnement de l’activité humaine, donc les acteurs politiques ont dû être convaincus qu’il y avait cette problématique. Il y a eu un processus de persuasion et d’apprentissage qui s’est fait et ce sont les théories constructivistes qui adressent ces phénomènes de partage d’idée, de discours, de socialisation dans lesquels des acteurs privés jouent un rôle prééminent.

Défis actuels

Pourquoi ce que nous visons aujourd’hui est aussi unique d’une certaine façon ? Il n’y a jamais eu un État non occidental qui arrive au centre du système international.

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Ce graphique est basé sur des données Maddison qui a fait des études sur le PIB qui remontent à il y a 2000 ans jusqu’à aujourd’hui afin d’essayer de comparer ce qui s’est passé il y a 2000 ans dans l’économie globale à ce qu’il se passe aujourd’hui. Il y a 2000 ans le centre de l’économie mondiale était très proche de la frontière de l’Inde et de la Chine, mais pas tout à fait à l’est de la Chine et de l’Inde parce que même si c’étaient des économies gigantesques il y a 2000 ans, il y avait aussi l’Empire romain. Donc, il y avait aussi des facteurs qui tiraient vers l’ouest. On voit qu’avec la révolution industrielle, entre 1820 et 1913, on voit le saut énorme que fait l’occident qui est justement lier le processus de la modernisation de la révolution industrielle. ON voit qu’avec la période d’après-guerre, lorsque les États-Unis deviennent l’économie la plus importante au monde, on voit que le centre du pouvoir économique bouge vers les États-Unis, l’occident et vers le nord. On voit petit à petit la coopération de l’Europe après la Deuxième guerre mondiale que cela revient vers l’Europe, et aussi, lentement, on voit les réformes économiques en Chine à la fin des années 1970 que cela commence à tirer vers l’est de nouveau. Entre 2000 et 2010, il y a un changement qui n’avait jamais eu lieu dans 2000 ans d’histoire. Si on veut comprendre la Chine, il faut voir cette décade même si les réformes ont commencé avant, même si la Chine avait un taux de croissance au-dessus de 10% dans les années 1980, c’est vraiment entre 2000 et 2010 que la Chine fait ce saut énorme et qu’il devient un acteur central. On s’attend à ce que cela continue même si son taux de croissance a diminué.

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On peut voir dans ce graphique en rouge la Chine. Ce graphique cherche à voir quelle partie de la croissance, cette partie de l’économie globale est due à la Chine, aux États-Unis et autres marchés émergents et autres pays riches, notamment l’Europe, l’Australie et le Japon. Si on regarde ce graphique, jusqu’au début des années 2000, la Chine commençait à monter petit à petit, mais cela restait une partie relativement faible de l’économie globale. On voit par contre, à partir des années 2000 un accroissement et surtout, après la crise globale financière en 2008, on voit que sans la Chine, il n’y aurait pas de croissance. On voit que même en 2015, quand la Chine ralentie et qu’il y a de nombreux problèmes économiques, la Chine est en partie similaire aux États-Unis et tous les pays industrialisés ensemble. Si on parle de pouvoir, cela est le pouvoir économique.

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Ce graphique montre les exportations et les importations de toute l’économie du monde. Qu’est-ce que cela veut dire que la Chine est devenue maintenant presque de la même taille en tant qu’importateur que les États-Unis. Cela veut dire que cela devient un marché très important. Quand on commence à importer dans cette dimension, qu’on est presque au même niveau que les États-Unis et l’Union européenne, alors, on devient une grande puissance économique. Cela a des impacts pour le reste du monde. Pour mettre un peu les choses en perspective, on peut voir que même si l’Inde est le deuxième grand marché émergeant, cela reste encore, par rapport à la Chine, une autre dimension. Les réalistes diraient que si on a cette croissance économique, un jour, cela va se traduire en pouvoir militaire.

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On voit que la Chine est déjà le deuxième pays en termes de dépenses militaires. On pourrait dire que ce n’est qu’un tiers des États-Unis, mais les pays qui suivent font un tiers de ce que la Chine fait. Déjà, on peut voir que la différence est énorme. On voit aussi que la Chine augmente chaque année d’à peu près 10% ses dépenses militaires donc, on voit un peu le lien entre pouvoir économique et pouvoir militaire. Si on est réaliste ou néoréaliste, on va voir cela comme un problème.

Trois perspectives théoriques sur les défis actuels

Nous allons désormais essayer d’appliquer ces théories dans le cadre de la montée en puissance de la Chine.

Néoréalisme

Avec le néoréalisme, le dilemme de la sécurité est l’intérêt propre. Ce qui importe est de regarder les États les plus importants dans le système international parce que c’est eux qui vont créer et donner forme aux institutions internationales parce que finalement, ces institutions vont servir les intérêts de ces États. Les institutions sont le miroir de la distribution du pouvoir. On pourrait dire par exemple que c’est peut-être pour cela que la Chine est en train de créer de nouvelles institutions comme la Banque des BRICS qui pourrait être un challenger pour la Banque mondiale, pour le Fond monétaire international ou encore la Banque d’investissement.

Avec les réalistes, on ne connaît pas les intentions des autres, les institutions ne vont jamais nous aider à comprendre cela, il faut être l’hégémon. Cela n’est pas très optimiste parce que les chinois, par exemple, vont faire la même chose. Dans cette dynamique, il y a une concurrence énorme et en plus il y a une alliance entre le Japon et les États-Unis. Si la Chine veut devenir l’hégémon, les États-Unis sont forcés à intervenir. Donc on voit déjà que cette perspective n’est pas très optimiste là dessus. Dans cette perspective, en ce qui concerne les relations sino-américaines, on s’attendrait à ce que la Chine essaie de devenir un hégémon régional comme les États-Unis. La doctrine Monroe est un cas typique du réalisme où les États-Unis se créent une zone d’exclusivité en Amérique latine. La Chine, dans une perspective réaliste, veut essayer de pousser les États-Unis notamment parce qu’ils ont une alliance avec le Japon, mais aussi parce qu’ils sont très proches de Taiwan, il y a aussi des relations très proches avec les Philippines et les États-Unis, entre le Vietnam et les États-Unis. On voit que pour la Chine, du point de vue réaliste, cela pose un problème. Avec des lunettes réalistes et faisant partie des élites chinoises, on peut voir qu’on se fait encercler. En fait, comme il y aussi des alliances et que les États-Unis veulent rester la puissance la plus importante au monde, la prédiction de Mearsheimer et qu’il va y avoir à un moment un conflit entre la Chine et les États-Unis. Cette logique aboutie à dire que les institutions internationales ne peuvent rien faire pour cela parce que, justement, elles servent les intérêts des États-Unis et quand la Chine deviendra assez puissante, certaines institutions vont peut-être commencer à servir les intérêts de la Chine et la Chine n’aurait pas intérêt à faire partie ou à coopérer dans des institutions qui ne sont pas dominées par elle et à l’inverse, par les États-Unis.

Pour les constructivistes et les libéraux, les institutions servent coopérer avec l’autre. Donc, du point de vue libéral, on ne va pas faire changer les intérêts, mais changer l’équilibre. C’est pour cela que les études libérales font beaucoup de théorie des jeux notamment. Les institutions vont servir à faciliter les équilibres et les coopérations. Cela veut dire que sans les institutions, dans une situation qui est pire, du moment où on a ces forums ou on peut déléguer certaines choses comme avoir des observateurs entre autres, on a moins peur que l’autre triche et donc cela facilite la coopération. Pour les constructivistes, les institutions sont comme des arènes, mais avec des explications sur les discours. C’est un peu différent, donc on va changer nos intérêts et peut être l’autre aussi. On peut arriver à avoir des intérêts complètement différents ou peut-être l’autre va convaincre à voir les choses à sa façon. Justement, à partir de ces discours mutuels, on arrive à trouver une solution alors que pour les réalistes, les institutions ne sont pas indépendantes. Tant pour les constructivistes que comme pour les libéraux, on pourrait dire qu’avec les institutions, on délègue, ils peuvent être neutre alors que pour les réalistes, les institutions ne sont jamais neutres étant toujours instrumentalisées par les États puissants pour ses objectifs. À la question de savoir si les autres États peuvent influencer les institutions, les réalistes répondent que c’est une question de pouvoir. Si les autres États sont assez puissants, peut être vont ils arriver à dominer certaines de ces institutions, il va peut-être même y avoir des rivalités entre les institutions internationales parce quelques-unes pourraient être dominées par exemple par la Chine et quelques-unes pourraient être par exemple dominées par les États-Unis. La différence centrale est que les institutions ne sont pas indépendantes, elles vont refléter les intérêts des grandes puissances, ce sont des arènes pour les relations de pouvoir reflétant la redistribution du pouvoir du système.

Donc, si on a deux grandes puissances, donc par exemple comme pendant la Guerre froide, les institutions étaient dominées par les deux, à savoir par les États-Unis et par l’URSS, le Conseil de sécurité était bloqué n’arrivant pas à avancer. Alors qu’avec la fin de cette structure bipolaire, on voit que le Conseil de sécurité devient de plus en plus actif. Si on regarde comment cela se passe au niveau du Conseil de sécurité aujourd’hui, à nouveau, on commence à avoir beaucoup de blocages et on pourrait dire que cela reflète le changement d’un système unipolaire pendant les années 1990 à une structure de plus en plus multipolaire.

Libéralisme

Pour les libéraux, les institutions vont servir comme des arènes pouvant fournir des informations. Mearsheimer disait qu’il n’était pas possible de savoir ce qu’un État va faire, on veut être le plus puissant. Pour les libéraux, les institutions peuvent vraiment aider à savoir ce que l’autre va faire. Il n’y a pas ce problème de ne pas savoir ce que les autres font. D’autre part, ils vont stabiliser les explications menant à des accords. S’il y a vraiment un problème à trouver un accord, on peut même déléguer à une institution qui peut aider à gérer cette problématique.

Dans une perspective libérale, les institutions nous aident parce qu’elles régulent et même des États comme la Chine ont intérêt à avoir des règles parce qu’on ne sait jamais si l’autre va tricher et si on a des règles en commun, si par exemple, à l’OMC, il y a un mécanisme afin de résoudre un problème, on se protège d’une certaine façon. À nouveau, comme pour les réalistes, ce n’est pas tellement important le type de régime, ce qui importe est qu’on puisse arriver avec ces arènes et ces institutions à trouver des solutions. La différence centrale avec le constructivisme est qu’on ne va pas nécessairement changer nos intérêts, mais on va arriver à connaître les intérêts des autres et à faire plus confiance à ce que les autres vont faire parce qu’il y a certaines règles avec lesquelles on ne peut plus jouer.

Si on regarde la Chine, d’une perspective libérale, cela est très intéressant parce que la Chine est déjà presque membre de toutes les institutions internationales possibles. L’un des seuls organismes importants dont ne fait pas partie la Chine est l’OCDE. Dans une perspective réaliste, ce sont des institutions que la Chine n’a pas créées, mais dont la Chine fait partie. Si on considère que ces institutions sont dominées par les États-Unis, alors pourquoi la Chine a eu intérêt à faire partie de tout cela. La Chine collabore également avec le Comité de Bâle où la banque centrale chinoise coopère aussi avec les autres banques centrales essayant de trouver des solutions communes. Cela est très intéressant parce que le poids de la Chine dans l’économie globale est assez important. Cela est important d’avoir une Chine comptable avec les autres. Les chinois font partie de la plupart des ces accords, des institutions, mais aussi des réseaux transgouvernentaux et on pourrait la même chose par rapport aux interactions avec les entreprises chinoises qui s’étendent partout dans le monde donc ce sont aussi des acteurs privés. Cela génère des interdépendances, des possibilités de coopérer plus facilement.

De ce point de vue, prenant des lunettes libérales, on voit que le conflit n’est pas inévitable, mais il faut trouver des forums, des institutions e des réseaux où on peut trouver ces solutions en commun et c’est là où les institutions vont aider régler les conflits et la coopération. C’est quelque chose de plus optimiste.

Constructivisme

Pour les constructivistes, les institutions sont présentées afin d’aider à interagir, mais la différence est que du point de vue libéral, on arrive à comprendre les intérêts des autres, mais on ne va pas changer les intérêts alors que du point de vue constructiviste, ce dialogue va changer la façon dont on voit le monde. Cela peut expliquer ce qu’il se passe à la fin de la Guerre froide parce que cela peut expliquer pourquoi quelqu’un comme Gorbatchev a fini par voir le monde d’une façon similaire aux américains, à savoir d’une façon libérale et a décidé de faire des reformes en cette direction. Il y a quelque chose qui, d’une perspective libérale ou réaliste, est plus difficile à expliquer.

Lorsqu’on regarde la question de la Chine, les menaces pour les constructivistes sont quelque chose qui se construit. Avec l’exemple du changement climatique, il y a une dizaine d’années, il y avait des doutes sur savoir si c’était une menace ou si c’était quelque qui nous touchait tous. Il y a eu une campagne des ONG et des experts qui ont fini par convaincre pour faire changer la vision de la plupart des preneurs de décision et en fait c’était un problème. On arrive à changer nos perceptions sur savoir ce qu’est une menace ou sur ce que n’est pas une menace.

Dans cette perspective théorique, les relations entre la Chine et les États-Unis doivent être étudiées à travers le rôle de la perception. La sécurité du point de vue constructiviste n’est pas quelque chose qui est donné, ce n’est pas quelque chose d’objectif. Il est possible de décider que quelque chose est une menace, mais il est aussi possible de décider que ce n’est pas une menace. Par exemple, le fait que la Chine est en train de construire des iles artificielles en mer de Chine méridionale, cela est une menace parce qu’on peut dire qu’ils sont en train de pousser les États-Unis hors de l’Asie, ou on peut dire que ce sont des raisons internes. Du point de vue constructiviste, la construction d’iles artificielles n’est pas nécessairement une menace, on construit cela comme une menace. Si on regarde le discours que l’on a de la part des États-Unis par rapport à ces îles, on voit tout à fait que l'onconstruit cela comme une menace. Si on est néoréaliste ou libéraux, on aura plutôt tendance à penser que cela est quelque chose d’objectif et que cela est assez clair. Si on est constructiviste, cela n’est pas nécessairement une menace, car même s’il y a des tanks à la frontière, cela ne veut pas nécessairement directement que c’est une menace. La perception de l’ennemi est quelque chose qui se construit.

Le discours est très important et la construction des discours est très importante. Par exemple, au début de la Guerre froide, les États-Unis et l’Union soviétique étaient des alliés ; la question est de savoir comment est-on passé d’une alliance à devenir deux grands ennemis. Du point de vue réaliste, c’est évident parce qu’il était clair que ces deux États allaient vouloir devenir de plus en plus puissant, du point de vue libéral, ces deux États avaient des intérêts différents donc il fallait trouver des solutions au travers des institutions comme les accords de désarmements. Du point de vue constructiviste, le plus important est d’analyser comment les américains ont et avec quel discours ont construit l’Union soviétique comme une menace, et à l’inverse, quel type de discours a créé les États-Unis comme un ennemi. Cela est difficile de faire des prédictions du point de vue constructiviste parce que perceptions changent. Néanmoins, les institutions jouent un rôle important parce que cela permet d’arriver à définir quelque chose qui ne nous menace pas, de voir quelque chose de similaire ou non. Cela est important d’avoir les institutions. L’École anglaise du constructivisme parlent même d’une protosociété internationale disant que plus on avance dans ce processus d’institutionnalisation, il y a tellement de forums où on partage nos idées qu’on commence à voir des choses de façon similaire. Les ONG ont un rôle très important ce qui est une différence parce que ni pour les libéraux, ni pour les réalistes, les ONG jouent un rôle important alors que pour les constructivistes, les ONG peuvent servir en tant qu’agent afin de créer de nouvelles idées, pour convaincre les preneurs de décisions ce qu’est par exemple une menace ou ce qu’elle n’est pas.

Un exemple concret : la mer de Chine méridionale

En mer de Chine méridionale, des navires chinois sont en train de construire des iles artificielles. Si on veut comprendre ce phénomène, dans une perspective néoréaliste, la Chine fait la même chose que ce que les États-Unis faisaient avant, ils sont en train de pousser les États-Unis élaborant leur propre doctrine Monroe, c’est donc quelque chose d’« assez logique ». Du point de vue libéral, il y a des institutions pour cela et notamment la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) où en théorie on pourrait appliquer des règles. Les Philippines ont fait une demande au sein de cette Commission pour faire un jugement par rapport à ce que la Chine est en train de faire. Évidemment, la Chine n’est pas d’accord avec le fait que les Philippines ont mis cela à l’ordre du jour. En théorie, on pourrait envisager que ces institutions peuvent aider à résoudre ces problèmes de façon pacifique. Les États-Unis n’ont pas ratifié ce traité ce qui pose problème. Du point de vue libéral, on pourrait dire que c’est un problème, mais si États-Unis le ratifiaient, on pourrait arriver à résoudre ce problème ou trouver un autre cadre institutionnel afin de résoudre ce problème. Un cas typique est le cyberespionnage notamment entre les États-Unis et la Chine et très récemment, ils ont trouvé un accord avec l’idée, dans le milieu transgouvernemental de mettre en place un groupe de travail permettant aux États de discuter et de clarifier ainsi que donner des informations sur ce que sont les intentions des autres.

Du point de vue constructiviste, la clef est la construction de la menace. Si on regarde ces constructions, on pourrait dire que c’est une menace ou pas. Du point de vue constructiviste, cela dépend du discours que l’on génère, comment l’approche-t-on. Les États-Unis pourraient dire que ce n’est pas nécessairement une menace, ce n’est pas une intention de les pousser dehors, c’est un problème régional qui pourrait être géré par exemple dans le cadre de l’ASEAN. Ou, les États-Unis peuvent définir cela comme une menace, voir cela comme une intention de la Chine d’expulser les États-Unis de l’Asie. On voit que ces deux discours ont des résultats très différents. Si on revient sur le point de vue constructiviste, les discours sont très importants.

On pourrait dire la même chose de l’environnement. La Chine est maintenant le principal émetteur de CO2, donc la participation de la Chine est essentielle dans un régime afin de résoudre le problème. SI on est réaliste, le problème est que si on diminue nos émissions, cela signifie qu’on diminue notre croissance économique signifiant qu’il y a des coûts et en fait, si les autres ne vont pas faire cela, on va finir par perdre. Du point de vue réaliste, l’environnement va être quelque chose de difficile à gérer et surtout le problème du changement climatique alors que si on est dans la perspective libérale ou dans la perspective constructiviste, il est possible de trouver des solutions et justement les négociations de Paris seraient un cadre institutionnel permettant d’échanger des idées. La finance avec la Chine qui essaie d’internationaliser sa monnaie pourrait être aussi vue comme une opposition au rôle du dollar qui est au centre de l’économie internationale. Il en va de même des investissements. Tous ces sujets pourraient être analysés avec l’aide de ces trois théories.

Peut être que certains phénomènes peuvent être mieux expliqués avec certaines perspectives, mais en combinant plusieurs, il y a peut-être certains phénomènes qu’on a du mal à expliquer.

On constate une transformation de l’ordre international qui est en cours, mais on voit aussi un parallélisme d’intégration et de désintégration. D’un côté, il y a la Chine qui fait partie de beaucoup d’institutions internationales et on voit aussi la Chine qui est en train de créer de nouvelles institutions. C’est quelque chose qui est en cours donc on ne peut pas arriver à tirer de conclusions. Si on regarde des questions particulières, on pourrait voir que certaines théories sont plus pertinentes.

Annexes

Références

  1. Giddens, Anthony. "Dimensions of globalization." The new social theory reader (2001): 245-246.
  2. Gilpin, Robert G.. The Challenge of Global Capitalism: The World Economy in the 21st Century, Princeton: Princeton University Press, 2000. https://doi.org/10.1515/9780691186474
  3. Scholte, Jan Aart. Globalization: A critical introduction. Bloomsbury Publishing, 2017.
  4. Harvey, David. "Time—space compression and the postmodern." Modernity: after modernity 4 (1999): 98-118.