Le néo-libéralisme
Le néo-libéralisme, bien plus qu'une simple idéologie économique, représente un paradigme qui a profondément influencé les structures politiques, économiques et sociales du monde contemporain. Son émergence au XXe siècle s’inscrit dans un contexte de remise en question des approches keynésiennes et de la montée des idées prônant la supériorité des mécanismes de marché sur les interventions étatiques.
John Ikenberry, politologue influent, affirme que « […] today's power transition represents not the defeat of the liberal order but its ultimate ascendance ». Cette citation illustre parfaitement la dynamique actuelle où, malgré les contestations croissantes, les principes néo-libéraux continuent d’imprégner les relations internationales et les politiques nationales. La transition de pouvoir entre les États-Unis, champion historique du libéralisme économique après la Seconde Guerre mondiale, et la Chine, puissance montante aux ambitions globales, reflète cette évolution : même Pékin, tout en conservant son modèle autoritaire, a intégré de nombreux aspects du libéralisme économique dans sa stratégie de développement.
Ainsi, le néo-libéralisme dépasse les frontières idéologiques et géographiques. Cet article explore ses origines, ses principes fondamentaux, ses applications pratiques et son influence durable sur le monde. En analysant ses mutations et ses critiques, il s'agit d'évaluer comment cette idéologie façonne les dynamiques économiques et politiques du XXIe siècle.
Ontologie du néo-libéralisme
Le néo-libéralisme, concept omniprésent dans les discours contemporains, suscite des interprétations variées et parfois contradictoires. Tantôt célébré comme un vecteur de modernisation et de prospérité économique, tantôt critiqué pour ses conséquences sociales et environnementales, il constitue une idéologie qui s’est imposée à travers les décennies comme un paradigme dominant dans les sphères nationales et internationales. Mais qu’est-ce que le néo-libéralisme, et comment se manifeste-t-il dans les différents niveaux d’analyse ?
En tant que doctrine économique, le néo-libéralisme repose sur une exaltation des forces du marché et sur une critique de l’interventionnisme étatique. Il défend l’idée que la régulation excessive constitue un frein à l’innovation et à la croissance, plaçant ainsi l’efficience économique au cœur des priorités. Cependant, son influence s’étend bien au-delà du cadre économique : il redéfinit les relations sociales, les structures politiques et les dynamiques internationales. Cette approche met en exergue les tensions entre les principes de souveraineté nationale et les impératifs de l’interdépendance mondiale.
L’analyse de l’ontologie du néo-libéralisme permet d’explorer les fondements théoriques de cette idéologie, ses implications pratiques, et son impact sur la manière dont les relations internationales sont conçues et mises en œuvre. En s’appuyant sur des théories clés des relations internationales, elle éclaire les interactions entre État, marché et société dans un monde où les frontières entre politique intérieure et politique extérieure s’effacent progressivement.
Qu’est-ce que le néolibéralisme ?
Le néo-libéralisme se présente comme une doctrine idéologique et économique visant à réorganiser les rapports entre l’État, le marché et la société. Sa définition s’articule autour de deux dimensions principales : la valorisation des mécanismes du marché et la réduction de l’intervention étatique. Plus qu’une simple idéologie économique, il s’agit d’une vision du monde où les aspects économiques deviennent le prisme central à travers lequel sont appréhendées les relations humaines et internationales.
Sur le plan national, le néo-libéralisme privilégie une approche « économistique » : moins de régulation, un rôle limité pour l’État, et une confiance accrue dans les forces du marché pour assurer la croissance et l’efficacité. Cette orientation se retrouve dans les politiques mises en œuvre par des figures comme Ronald Reagan, pour qui « l’État n’est pas la solution, l’État est le problème. » Cela s’exprime par des politiques de dérégulation, de privatisation, et une réduction des dépenses publiques.
En revanche, sur le plan international, le néo-libéralisme se distingue en plaidant pour une régulation accrue. Dans le contexte des relations internationales, il repose sur l’idée que l’interdépendance entre les nations, facilitée par des structures de coopération institutionnelles, peut générer des gains absolus. Inspiré par Montesquieu, le néo-libéralisme considère que le commerce profite à toutes les parties, car il répond à des intérêts mutuels, consolidant ainsi les bases de la coopération internationale.
Cependant, les néo-libéraux ne rejettent pas la possibilité de conflits ou de tensions. Ils admettent que des considérations de sécurité ou des rivalités géopolitiques peuvent parfois entraver cette coopération. Les analyses libérales ne se limitent pas à une dichotomie coopération/paix, contrairement aux analyses réalistes qui associent principalement le conflit à l’ordre naturel des relations internationales. Les libéraux insistent sur la capacité des institutions internationales et des structures transnationales à réduire les conflits, même dans un contexte où les rapports de force restent déterminants.
Enfin, les libéraux reconnaissent un principe central : l’équilibre des forces, bien qu’inconscient ou non planifié, tend à émerger naturellement au sein des relations internationales. Cet équilibre, loin de contredire les principes néo-libéraux, souligne la nécessité de mécanismes de gouvernance internationale capables de canaliser les dynamiques concurrentielles au service de la coopération. Ainsi, le néo-libéralisme, tout en soulignant les bénéfices de l’interdépendance économique, propose une analyse nuancée des tensions entre souveraineté nationale, intérêts économiques et régulation globale.
Postulats d’analyse du néo-libéralisme
Le néo-libéralisme, en tant que cadre analytique en relations internationales, repose sur plusieurs postulats fondamentaux qui enrichissent notre compréhension des dynamiques internationales et redéfinissent les rapports entre l’État, les acteurs non étatiques et les enjeux globaux. Ces postulats montrent comment le néo-libéralisme repense les relations internationales en dépassant les paradigmes traditionnels du réalisme. En intégrant la pluralité des acteurs, la diversification des enjeux et la complexité des interactions transfrontalières, il offre une lecture plus nuancée et multidimensionnelle du système international.
L’État n’est pas unitaire
Le néo-libéralisme remet en cause l’idée réaliste d’un État unitaire, homogène et rationnel, poursuivant un intérêt national unique. Selon cette vision pluraliste, l’intérêt national résulte plutôt d’une agrégation des intérêts et des revendications de divers acteurs internes. Cette approche considère que l’État est traversé par une multitude de forces concurrentes, issues de groupes économiques, politiques et sociaux, qui influencent les décisions publiques et façonnent ses orientations stratégiques.
Les groupes d’intérêts économiques, tels que les entreprises, les multinationales et les syndicats, jouent un rôle central dans cette dynamique. Les entreprises cherchent à maximiser leurs profits en orientant les politiques publiques dans une direction favorable à leurs activités, notamment en matière de fiscalité ou de commerce international. Les syndicats, quant à eux, représentent les travailleurs et militent pour des politiques qui garantissent leurs droits et leurs conditions de travail. Ces acteurs économiques ne convergent pas toujours : leurs intérêts peuvent s’opposer, ce qui crée des tensions dans la définition des priorités nationales.
Les partis politiques, en compétition constante pour le pouvoir, contribuent également à cette fragmentation. Chaque parti, porté par une idéologie particulière et les attentes de son électorat, influence les choix de politique intérieure et extérieure. Cette diversité idéologique engendre des compromis dans la prise de décision et peut parfois donner lieu à des politiques contradictoires, selon les groupes ou coalitions qui exercent le pouvoir.
Les mouvements sociaux, enfin, constituent une force d’influence non négligeable. Ils mettent en avant des enjeux souvent négligés par les élites politiques, tels que les droits de l’Homme, la justice sociale ou la lutte contre le changement climatique. Par exemple, les mobilisations écologistes ont poussé de nombreux gouvernements à adopter des réglementations environnementales strictes, parfois au détriment des intérêts économiques traditionnels. Ces mouvements, bien qu’extrêmement diversifiés, soulignent l’importance des revendications de la société civile dans la redéfinition des priorités de l’État.
Cette pluralité d’acteurs engendre une politique extérieure marquée par des compromis et des tensions. Les intérêts économiques locaux peuvent, par exemple, pousser un État à maintenir des relations commerciales étroites avec un partenaire stratégique, même en présence de différends politiques. À l’inverse, des groupes de pression ou des mouvements sociaux peuvent influencer la rupture de ces relations pour des raisons éthiques ou environnementales. Ces dynamiques internes, souvent conflictuelles, montrent que la politique étrangère n’est pas le résultat d’une vision cohérente et unifiée, mais d’un processus où différents intérêts cherchent à s’imposer.
Cette vision pluraliste de l’État éclaire les mécanismes complexes de la prise de décision, révélant une dynamique où les intérêts divergents et parfois conflictuels façonnent les orientations nationales. Elle met en lumière une logique où la politique extérieure devient le reflet de négociations internes, plutôt qu’une stratégie unifiée. Une telle perspective invite à repenser le rôle de l’État dans les relations internationales, non plus comme un acteur monolithique, mais comme une arène où des forces multiples, à la fois domestiques et transnationales, s’entrecroisent pour produire des décisions souvent hybrides et contingentes.
L’importance des acteurs non étatiques
Le néo-libéralisme attribue une place centrale aux acteurs non étatiques, en soulignant leur rôle dans la transformation des dynamiques internationales. Contrairement à l’approche réaliste qui privilégie les interactions interétatiques, cette perspective met en avant l’influence croissante des entités institutionnelles et informelles qui transcendent les frontières nationales. Ces acteurs contribuent à structurer les relations internationales, en intervenant dans des domaines variés et en redéfinissant les rapports de pouvoir entre États.
Les Organisations Internationales (OI) jouent un rôle clé dans l’encadrement des interactions internationales et la promotion de la coopération. Institutions comme l’ONU, l’OMC ou le FMI, elles établissent des règles et des normes qui structurent les échanges et réduisent les incertitudes entre États. En fournissant un cadre institutionnel, ces organisations permettent d’assurer une certaine prévisibilité dans les relations internationales, tout en favorisant des mécanismes de résolution des conflits et de coordination globale.
Les Organisations Non Gouvernementales (ONG) participent également activement à la construction de l’agenda mondial. Leur influence se manifeste dans des domaines variés tels que les droits de l’Homme, la santé publique ou la protection de l’environnement. Par leur capacité à mobiliser l’opinion publique et à influencer les décideurs politiques, les ONG s’imposent comme des acteurs incontournables, capables de faire pression sur les États et les organisations internationales pour adopter des politiques conformes à leurs objectifs.
Les acteurs transnationaux, tels que les multinationales, façonnent les politiques économiques globales en exploitant les opportunités offertes par la mondialisation. Leur poids économique leur confère une influence considérable sur les gouvernements, notamment dans les domaines de la fiscalité, du commerce et des régulations environnementales. Ces entreprises opèrent souvent en dehors des cadres nationaux, en profitant des différences réglementaires pour maximiser leurs profits, ce qui pose des défis aux États en termes de souveraineté et de régulation.
Enfin, les acteurs transgouvernementaux illustrent une nouvelle dynamique dans les relations internationales. Ces collaborations directes entre agences étatiques de différents pays, souvent en dehors des circuits diplomatiques traditionnels, reflètent une interaction plus décentralisée et parfois opaque. Un exemple notable est celui de la National Security Agency (NSA) américaine, qui a collaboré avec les services de renseignement allemand, britannique et français. Ces partenariats, parfois ignorés des sommets étatiques pour des raisons organisationnelles ou stratégiques, révèlent l’existence de relations autonomes et spécialisées, échappant partiellement au contrôle politique central.
Cette reconnaissance des acteurs non étatiques redéfinit les contours de la gouvernance internationale en soulignant l’importance des interactions multiples et complexes qui se déroulent au-delà des structures étatiques traditionnelles. Ces dynamiques mettent en évidence un paysage global où les décisions ne sont plus exclusivement prises par les États, mais émergent de réseaux d’interdépendance et de négociation, révélant ainsi une répartition plus diffuse du pouvoir.
La diversification des enjeux (« issues »)
Le néo-libéralisme introduit une perspective élargie dans l’analyse des relations internationales en dépassant les préoccupations sécuritaires traditionnelles, au cœur des théories réalistes. En embrassant une diversité d’enjeux, il reflète une réalité mondiale où les interactions internationales sont influencées par des problématiques multiples et interconnectées, qui redéfinissent les priorités globales.
L’un des domaines clés de cette diversification est celui des droits de l’Homme, qui occupent une place grandissante dans l’agenda international. Portés par des institutions comme la Cour pénale internationale et des ONG telles qu’Amnesty International ou Human Rights Watch, les droits de l’Homme transcendent les souverainetés nationales pour devenir un objectif collectif. Leur intégration dans les politiques étrangères et les accords internationaux témoigne de leur importance croissante dans les relations diplomatiques. Cependant, cet intérêt est parfois perçu comme une intrusion dans les affaires internes des États, suscitant des tensions entre souveraineté nationale et normes universelles.
Les rapports culturels, quant à eux, jouent un rôle de plus en plus significatif dans le rapprochement des nations. La diplomatie culturelle, les échanges universitaires et les initiatives éducatives favorisent une meilleure compréhension mutuelle entre les peuples, tout en renforçant les liens politiques et économiques. Ces interactions, bien qu’issues de la société civile, participent indirectement à la consolidation des relations internationales en réduisant les préjugés et les méfiances. À titre d’exemple, des programmes tels qu’Erasmus en Europe ou les instituts Confucius chinois démontrent comment la culture peut servir de levier diplomatique.
Les enjeux environnementaux, enfin, sont devenus incontournables à l’ère du réchauffement climatique et de la dégradation des écosystèmes. La coopération internationale sur des sujets comme les émissions de gaz à effet de serre, la préservation de la biodiversité ou la gestion des ressources en eau est essentielle pour relever ces défis globaux. Des accords comme l’Accord de Paris sur le climat illustrent la manière dont les États, les organisations internationales et les acteurs non étatiques convergent pour adopter des solutions collectives. Pourtant, les disparités économiques et les intérêts divergents entre pays développés et en développement compliquent souvent cette coopération.
Cette ouverture à une analyse multidimensionnelle révèle l’interconnexion croissante des problématiques mondiales. Les relations internationales ne sont plus dominées par des enjeux isolés, mais par des dynamiques complexes où les préoccupations économiques, sociales, environnementales et culturelles s’entrelacent. Cette diversification des enjeux souligne l’importance d’une gouvernance globale inclusive, où les États doivent composer avec une multitude d’acteurs et de priorités pour répondre aux défis contemporains.
Estompage de la distinction entre politique intérieure et politique extérieure
Dans le contexte d’une mondialisation croissante, la séparation traditionnelle entre politique intérieure et politique étrangère tend à s’effacer. Les interdépendances économiques, sociales et environnementales transforment les dynamiques étatiques, où les décisions prises à l’échelle nationale ont des répercussions immédiates sur la scène internationale, et où les pressions globales influencent les choix politiques internes. Ce phénomène, caractéristique du néo-libéralisme, illustre l’entrelacement des sphères locales et mondiales, redéfinissant les cadres classiques de la souveraineté et de la gouvernance.
Les politiques commerciales constituent un exemple frappant de cette dynamique. Les choix économiques d’un État, qu’il s’agisse de tarifs douaniers, de subventions ou de réglementations, affectent directement ses relations bilatérales et multilatérales. Par exemple, une politique protectionniste visant à soutenir des industries nationales peut entraîner des tensions avec des partenaires commerciaux, tandis qu’une politique de libre-échange peut renforcer les interdépendances mais aussi accroître la vulnérabilité face aux chocs économiques externes. Cette interaction démontre comment les décisions internes deviennent des leviers stratégiques dans les négociations internationales.
De manière similaire, les normes environnementales adoptées à l’échelle nationale illustrent cet estompage des frontières. Un pays qui décide de renforcer ses politiques climatiques, par exemple en instaurant une taxe carbone ou en adoptant des réglementations strictes sur les émissions industrielles, peut non seulement influencer ses engagements internationaux mais également inciter d’autres États à adopter des mesures comparables. À l’inverse, le refus d’un État d’adhérer à des accords environnementaux globaux, comme l’Accord de Paris, peut susciter des critiques internationales et des pressions diplomatiques.
Ce brouillage des frontières n’est pas sans conséquence sur la perception de la souveraineté étatique. Dans un système globalisé, les actions locales et internationales deviennent de plus en plus imbriquées, rendant difficile une distinction claire entre politique intérieure et politique extérieure. Cette interdépendance transforme la manière dont les États exercent leur autorité et prennent des décisions. En effet, les acteurs étatiques doivent désormais naviguer dans un environnement où leurs choix domestiques sont constamment scrutés et influencés par des dynamiques mondiales.
Cette évolution reflète une transformation fondamentale des relations internationales, où les paradigmes traditionnels de souveraineté et d’indépendance doivent être repensés. Plutôt qu’une dichotomie rigide, la politique intérieure et extérieure s’inscrivent désormais dans un continuum, façonné par des interactions complexes et multidimensionnelles. Cette intégration croissante, bien qu’enrichissante, pose des défis considérables en termes de coordination et de gouvernance, exigeant des approches innovantes pour gérer les tensions entre les priorités nationales et les impératifs globaux.
Des fonctions au système, ou du bon usage des besoins sociétaux
Le néo-libéralisme, tout en s’inscrivant dans la tradition libérale, se distingue par une approche plus pragmatique et fonctionnelle des relations internationales. Là où l'idéalisme libéral classique, illustré par des projets comme la Société des Nations, visait directement à instaurer la paix mondiale à travers des institutions universelles, le néo-libéralisme adopte une perspective axée sur les fonctions techniques et les besoins sociétaux. Il cherche à façonner un système international où la coopération, ancrée dans des mécanismes institutionnels et économiques, devient non seulement souhaitable, mais nécessaire.
Plutôt que de viser un idéal utopique, les néo-libéraux partent de la réalité des interdépendances entre les nations pour concevoir des outils pratiques capables d’encourager la coopération. Cette approche repose sur l’idée que la satisfaction des besoins fondamentaux, tels que la sécurité économique, la stabilité politique et le développement durable, crée un environnement propice à des relations pacifiques. En misant sur des institutions internationales performantes et des cadres normatifs solides, les néo-libéraux espèrent progressivement transformer le système international en un espace de collaboration plutôt que de confrontation.
Cette vision contraste fortement avec celle des réalistes, souvent jugés cyniques et désabusés. Pour les réalistes, les efforts pour changer fondamentalement le système international sont vains, car celui-ci est dominé par des dynamiques immuables de pouvoir et de rivalité. À l’inverse, les néo-libéraux croient fermement à la possibilité d’améliorer le monde grâce à des réformes institutionnelles et à des ajustements progressifs des comportements étatiques. Ils voient dans la régulation des interdépendances économiques et politiques un levier pour construire un ordre international plus stable et équitable.
Au cœur de cette démarche se trouve une volonté constante d’œuvrer pour un changement positif, même si celui-ci reste limité par les contraintes du système existant. Les néo-libéraux ne se contentent pas d’accepter l’ordre international tel qu’il est : ils cherchent à l’adapter et à l’améliorer en s’appuyant sur les besoins concrets des sociétés humaines. Cette approche, bien qu’empreinte d’un certain idéalisme, repose sur des moyens techniques et institutionnels qui la distinguent de l’idéalisme libéral traditionnel.
Le néo-libéralisme se positionne comme une tentative de réconcilier la quête d’un monde meilleur avec une prise en compte pragmatique des réalités internationales. En s’appuyant sur des fonctions techniques pour répondre aux besoins sociétaux, il offre une alternative entre le pessimisme réaliste et l’idéalisme souvent jugé naïf des approches libérales classiques. Cette perspective met en lumière une ambition fondamentale : transformer les relations internationales non pas à travers des déclarations idéologiques, mais par une évolution progressive et structurée des règles du jeu global.
Fonctionnalisme ("bottom-up")
Le fonctionnalisme, tel qu’énoncé par David Mitrany en 1944, repose sur une approche pragmatique et progressive des relations internationales, fondée sur l’idée que la paix mondiale et le développement passent par le renforcement des organisations internationales autour de fonctions spécifiques. Plutôt que de viser des objectifs idéologiques ambitieux ou de s’appuyer sur des accords entre États souverains, Mitrany propose une approche « bottom-up », où l’intégration internationale émerge des besoins concrets et de la coopération technique.
Constat initial
David Mitrany élabore sa théorie fonctionnaliste en s’appuyant sur deux constats fondamentaux : le progrès technologique continu et le désir universel d’un niveau de vie supérieur. Ces deux dynamiques, qui s’accélèrent avec la modernité, génèrent une multitude de besoins sociétaux croissants, dépassant les capacités des États à agir de manière isolée. Ces besoins transcendent les frontières nationales, créant une interdépendance globale qui exige des solutions coordonnées et transnationales.
Mitrany souligne que lorsque ces besoins ne sont pas satisfaits par des mécanismes officiels ou légaux, des structures alternatives émergent pour répondre à cette demande. Ces structures, souvent illégales, exploitent les lacunes laissées par les cadres formels. Par exemple, des activités telles que le trafic de stupéfiants ou la contrebande se développent précisément parce que les systèmes existants ne parviennent pas à répondre efficacement à certaines demandes, qu'elles soient licites ou non. Ces phénomènes illustrent comment les besoins non satisfaits peuvent contourner les cadres établis pour trouver d'autres voies de réalisation.
Ce constat met en lumière l’incapacité des États-nations, en agissant seuls, à répondre pleinement aux aspirations de leurs populations dans un monde de plus en plus connecté. Mitrany en conclut que seule une approche internationale, coordonnée à travers des institutions adaptées, peut combler ces lacunes et garantir un développement harmonieux. En partant de ces observations, il construit son argument en faveur d’une intégration fonctionnelle progressive, où les besoins techniques et technologiques deviennent les moteurs de la coopération internationale.
Rationalité des acteurs
Dans la théorie fonctionnaliste de Mitrany, la rationalité des acteurs occupe une place centrale. Les individus, perçus comme des agents rationnels, sont amenés à reconnaître les avantages des solutions coopératives et organisées lorsqu’ils sont confrontés à des défis communs. Cette reconnaissance émerge naturellement de l’interdépendance croissante entre les sociétés modernes et des gains qu’une collaboration transnationale peut offrir.
La rationalité implique ici une prise de conscience progressive : face à des problèmes globaux, tels que le commerce, la santé ou l’environnement, les acteurs réalisent que des solutions isolées et strictement nationales sont inefficaces. Ils en viennent à privilégier des cadres coopératifs qui permettent d’aborder ces enjeux de manière collective et structurée. Par exemple, la gestion des pandémies mondiales, comme le rôle de l’Organisation mondiale de la santé, montre comment les acteurs rationnels optent pour une intégration fonctionnelle pour maximiser les bénéfices communs et minimiser les risques globaux.
Cette dynamique n’est pas imposée par le haut, mais découle d’une prise de conscience collective : les bénéfices concrets de la coopération, tels que la réduction des coûts, l’amélioration des standards de vie ou la stabilité politique, conduisent à une acceptation croissante de l’intégration fonctionnelle. En misant sur cette rationalité collective, le fonctionnalisme s’éloigne des approches coercitives ou idéologiques, privilégiant une transition organique et pragmatique vers un système international intégré.
Développement des organisations internationales
Le fonctionnalisme défend une approche pragmatique et spécialisée du développement des organisations internationales (OI), en insistant sur leur rôle dans la gestion de besoins spécifiques tels que le commerce, la santé ou le transport. Ces institutions, construites sur la base de règles et de cadres normatifs, facilitent la coopération entre les États et favorisent une intégration progressive. Contrairement aux initiatives idéalistes comme la Société des Nations, dont l’objectif explicite était de promouvoir la paix mondiale, Mitrany propose que la paix émerge indirectement, à travers une coopération fonctionnelle et technocratique dans des domaines concrets.
Cette vision repose sur l’idée que la régulation d’enjeux spécifiques, comme les échanges commerciaux ou la santé publique, crée des interdépendances entre les États. Ces interdépendances, en rendant les conflits coûteux et contre-productifs, diminuent leur probabilité. Par exemple, des institutions comme l’Organisation mondiale du commerce (OMC) encadrent les relations économiques globales en établissant des normes pour les échanges internationaux, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) coordonne les réponses collectives aux défis sanitaires transfrontaliers. Ces exemples montrent comment les organisations internationales deviennent des acteurs indispensables dans un monde globalisé.
Le développement de ces institutions s’inscrit dans une logique de « libéralisme régulatoire », où les relations internationales sont structurées par des cadres institutionnels capables de gérer les interdépendances croissantes entre les États. Au fil du temps, les États en viennent à dépendre de ces organisations pour résoudre des problèmes qu’ils ne peuvent plus gérer individuellement. Cette dépendance croissante conduit à une intégration fonctionnelle, non pas imposée par des accords politiques globaux, mais émergente et organique, basée sur la nécessité de solutions pratiques.
En se concentrant sur des enjeux spécifiques et en répondant à des besoins concrets, les organisations internationales deviennent les piliers d’une gouvernance mondiale pragmatique. Cette approche fonctionnaliste met en avant le rôle central des institutions dans la stabilisation des relations internationales, en créant un environnement où la coopération remplace progressivement la confrontation comme mode dominant d’interaction entre les États.
Une approche technocratique de l’intégration
David Mitrany propose une vision innovante de l’intégration internationale en adoptant une approche technocratique et fonctionnelle. Plutôt que de chercher à établir directement des institutions politiques ou idéologiques avec l’objectif explicite de promouvoir la paix, Mitrany met l’accent sur des besoins concrets et techniques. Il s’agit de répondre à des problématiques spécifiques, comme le commerce, les transports ou la santé, par la mise en place de mécanismes de coopération pragmatiques. L’idée est que cette collaboration, issue de la nécessité, conduira progressivement à une intégration internationale durable.
Cette démarche repose sur le principe que la paix ne peut être imposée artificiellement entre les États, notamment dans un système international marqué par des tensions et des rivalités. En se concentrant sur des domaines fonctionnels où les intérêts des acteurs convergent, l’approche technocratique permet de contourner les divergences politiques et idéologiques qui freinent souvent les initiatives globales. Par exemple, des organisations telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ou l’Organisation internationale de l’aviation civile (OACI) montrent comment une coopération technique peut favoriser la stabilité et la collaboration internationale, sans exiger de consensus politique préalable.
Cette stratégie s’appuie également sur le fait que les bénéfices tangibles obtenus par cette coopération renforcent la confiance entre les acteurs et incitent à l’élargissement progressif de l’intégration à d’autres domaines. Ainsi, au lieu de viser un grand projet d’intégration politique globale, Mitrany propose une construction progressive, où les États, en s’engageant dans des initiatives techniques communes, développent des interdépendances qui rendent la coopération non seulement souhaitable, mais essentielle.
L’approche technocratique de Mitrany met en lumière une voie alternative pour structurer les relations internationales, loin des idéaux utopiques ou des rapports de force traditionnels. En se focalisant sur des objectifs partagés et des bénéfices communs, cette méthode transforme progressivement la manière dont les États interagissent, en plaçant la coopération pratique au cœur de l’intégration mondiale.
Genève comme exemple de libéralisme régulatoire
Genève s’impose comme un symbole emblématique du libéralisme régulatoire, mettant en pratique les principes fonctionnalistes à travers son rôle de centre névralgique des organisations internationales. La ville abrite des institutions clés telles que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui illustrent la manière dont une gouvernance technocratique et régulatoire peut répondre aux défis globaux.
Ces organisations incarnent l’idée que des besoins spécifiques et techniques peuvent être mieux gérés par des cadres institutionnels qui transcendent les frontières nationales. Par exemple, l’OMC joue un rôle essentiel dans la régulation des échanges économiques mondiaux, en établissant des règles qui facilitent le commerce tout en réduisant les risques de conflits commerciaux. L’OMS, quant à elle, coordonne les réponses internationales face aux crises sanitaires, en mobilisant des ressources et des expertises au-delà des capacités individuelles des États. Enfin, le HCR illustre l’application de ce modèle dans le domaine humanitaire, en offrant un cadre structuré pour répondre à des enjeux complexes liés aux réfugiés et aux migrations.
Genève illustre également le concept de coopération progressive cher à Mitrany. Ces organisations ne visent pas à établir une paix mondiale de manière directe ou idéologique ; elles se concentrent plutôt sur des enjeux spécifiques qui, une fois résolus, créent des interdépendances favorisant la stabilité internationale. En ce sens, la ville agit comme un laboratoire du libéralisme régulatoire, démontrant que des institutions techniques et spécialisées peuvent non seulement répondre aux besoins globaux, mais aussi renforcer la collaboration entre les nations.
Cette concentration d’organisations internationales à Genève témoigne également de l’importance croissante d’une gouvernance mondiale technocratique dans un monde interconnecté. En servant de plateforme pour coordonner les efforts internationaux, la ville illustre parfaitement la pertinence de l’approche fonctionnaliste dans la gestion des interdépendances contemporaines, tout en renforçant l’idée que des solutions pragmatiques et techniques peuvent être le moteur d’une intégration globale.
Une intégration au service de la paix
Le fonctionnalisme offre une approche pragmatique pour promouvoir la paix internationale, en s’appuyant sur les besoins technologiques et fonctionnels des sociétés modernes. Contrairement aux idéaux utopiques des institutions visant directement la paix, ou au pessimisme réaliste centré sur les rapports de force, cette vision privilégie une coopération progressive qui émerge des nécessités concrètes. En identifiant des domaines spécifiques où les intérêts convergent, comme la santé, le commerce ou l’environnement, le fonctionnalisme crée les bases d’une intégration internationale durable.
Cette intégration repose sur l’établissement d’interdépendances entre les États, qui deviennent à la fois économiquement et institutionnellement liés par leurs interactions quotidiennes. Par exemple, les accords commerciaux gérés par l’OMC, ou les réponses sanitaires coordonnées par l’OMS, démontrent comment des collaborations dans des domaines techniques renforcent les relations internationales. Ces interdépendances transforment les conflits potentiels en coûts élevés pour les parties concernées, rendant les affrontements non seulement indésirables, mais souvent impraticables.
En plaçant la coopération fonctionnelle au centre de son projet, le fonctionnalisme propose une voie alternative à l’instauration de la paix. Plutôt que de s’appuyer sur des grandes déclarations politiques ou des cadres idéologiques, il privilégie une approche qui découle des besoins et des opportunités concrètes. Ainsi, cette méthode ne cherche pas à imposer la paix, mais à la rendre inévitable par la création de structures et d’habitudes coopératives. Elle démontre que la stabilité mondiale n’est pas le résultat d’un grand dessein, mais celui d’un tissage progressif d’interactions mutuellement bénéfiques entre les nations.
Néo-fonctionalisme ("bottom-up" & "top down")
Le néo-fonctionnalisme, développé principalement dans les travaux de chercheurs américains au milieu du XXe siècle, apporte une vision hybride à l’analyse des dynamiques d’intégration internationale. Contrairement au fonctionnalisme classique, qui repose principalement sur une logique « bottom-up » où l’intégration émerge des besoins fonctionnels et des interactions techniques, le néo-fonctionnalisme combine simultanément des dynamiques « bottom-up » et « top-down ». Il met en avant le rôle actif des États, et plus spécifiquement de leurs élites politiques, dans l’établissement et la gestion de la coopération internationale.
Selon cette théorie, les États cherchent à développer des mécanismes de coopération internationale dans des domaines où des intérêts directs et immédiats sont identifiés pour toutes les parties impliquées. Une fois initiée, cette coopération tend à générer des effets de « boule de neige » ou de « spill-over », où le succès dans un domaine incite à l’expansion de la coopération vers d’autres secteurs. Ce processus progressif reflète une interaction continue entre les dynamiques ascendantes (besoins fonctionnels) et descendantes (orientations politiques des États).
Exemple clé : La construction européenne
La Déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 constitue un exemple emblématique de l’approche néo-fonctionnaliste en action. Cette déclaration a ouvert la voie à la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) en 1952, un jalon fondateur dans le processus d’intégration européenne. Schuman affirmait :
« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée […]. Par la mise en commun de productions de base (charbon et acier) et l'institution d'une Haute Autorité nouvelle (on) réalisera les premières assises concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix. »
Cette vision illustre parfaitement le mécanisme de « spill-over » propre au néo-fonctionnalisme. Plutôt que de tenter une intégration politique immédiate ou globale, Schuman préconise une collaboration initiale dans des secteurs techniques et stratégiques comme le charbon et l’acier, des ressources cruciales pour la reconstruction économique et militaire après la Seconde Guerre mondiale. En mettant en commun la production de ces matériaux, la France et l’Allemagne, historiquement opposées, ont pu développer une solidarité de fait qui dépassait leurs antagonismes séculaires.
Le processus initié par la CECA s’est élargi au fil du temps, reflétant la logique néo-fonctionnaliste d’intégration progressive. La création de la Communauté Économique Européenne (CEE) en 1957 a étendu cette coopération à d’autres domaines économiques, posant les bases d’un marché commun. Ce mouvement a finalement culminé avec la fondation de l’Union Européenne (UE) en 1993, marquée par une coopération étendue à des dimensions politiques, sociales et culturelles.
L’approche adoptée dans la construction européenne incarne l’idée néo-fonctionnaliste selon laquelle des réalisations concrètes dans des domaines d’intérêt mutuel peuvent générer des interdépendances croissantes. Ces interdépendances renforcent la stabilité et rendent les conflits entre États participants non seulement indésirables, mais également improbables. Ainsi, la construction européenne illustre comment une collaboration ciblée et pragmatique peut évoluer en un projet d’intégration beaucoup plus vaste et ambitieux, tout en restant enraciné dans les besoins concrets et immédiats des nations impliquées.
Une approche combinant les échelles ascendantes et descendantes
Le néo-fonctionnalisme repose sur une interaction dynamique entre des forces ascendantes (bottom-up) et descendantes (top-down), offrant une vision hybride de l’intégration internationale. Dans ce cadre, les élites politiques jouent un rôle central : elles ne se limitent pas à accompagner les dynamiques fonctionnelles émergentes, mais agissent de manière proactive pour orienter et accélérer le processus d’intégration. Leur capacité à mobiliser les ressources institutionnelles, à définir des priorités stratégiques et à construire des consensus politiques est essentielle pour transformer des initiatives techniques en projets globaux.
L’échelle ascendante (bottom-up) est alimentée par des besoins concrets et techniques identifiés dans des domaines spécifiques, comme le commerce, l’énergie ou les transports. Ces besoins créent une demande pour des cadres coopératifs capables de gérer efficacement les interdépendances entre les acteurs. Les solutions élaborées au niveau fonctionnel servent alors de point de départ pour une intégration plus large.
En parallèle, les initiatives descendantes (top-down), pilotées par les États et leurs institutions, fournissent l’impulsion politique nécessaire pour structurer et institutionnaliser cette coopération. Les élites politiques identifient des secteurs stratégiques où la collaboration peut générer des bénéfices immédiats, tout en posant les bases d’une extension progressive à d’autres domaines. Ce processus, souvent qualifié d’« effet boule de neige » ou de « spill-over », permet à l’intégration initiale de s’élargir au fil du temps.
Par exemple, la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) illustre cette interaction entre bottom-up et top-down. Les besoins techniques de gestion commune du charbon et de l’acier, essentiels à la reconstruction économique, ont été identifiés comme un point de départ. Les élites politiques, en particulier en France et en Allemagne, ont ensuite piloté le projet en lui conférant une structure institutionnelle et une portée stratégique. Cette combinaison a permis d’établir des bases solides pour une intégration européenne plus ambitieuse.
Ce modèle reconnaît également que la coopération initiale peut être limitée à des secteurs spécifiques où les intérêts convergent, mais qu’elle est susceptible de s’étendre progressivement à d’autres domaines. L’intégration économique peut ainsi évoluer vers une intégration politique ou sociale, à mesure que les interdépendances et les bénéfices de la coopération deviennent évidents pour les acteurs impliqués. Cette approche hybride souligne la capacité des élites politiques à transformer des dynamiques techniques en projets structurants, tout en s’appuyant sur la demande fonctionnelle générée par les besoins concrets des sociétés modernes.
Réalisme et contexte historique
Les réalistes offrent une interprétation alternative de la dynamique européenne, ancrée dans le contexte géopolitique de l’après-guerre. Selon cette perspective, l’intégration européenne n’a pas été principalement le fruit d’une coopération volontaire ou d’un projet visionnaire, mais d’un cadre international imposé par la bipolarité de la guerre froide. Cette bipolarité, dominée par les superpuissances américaine et soviétique, a relégué les puissances européennes à un rôle marginal sur la scène internationale, créant ainsi des conditions favorables à leur collaboration.
Pour les réalistes, les États européens, affaiblis économiquement et militairement après la Seconde Guerre mondiale, se sont trouvés contraints de coopérer dans un système où ils n’étaient plus des acteurs dominants. La France et l’Allemagne, par exemple, n’étaient plus en position d’imposer leur volonté unilatéralement et ont dû chercher des solutions pragmatiques pour reconstruire leurs économies tout en évitant de nouveaux conflits. Dans ce cadre, la mise en commun des ressources clés, comme le charbon et l’acier à travers la CECA, répondait davantage à une nécessité imposée par leur perte d’influence qu’à une véritable volonté d’intégration volontaire.
Les réalistes soulignent également que cette dynamique a été facilitée par l’intervention et le soutien des États-Unis, qui voyaient dans l’intégration européenne un rempart contre l’expansion soviétique. Le Plan Marshall, par exemple, a encouragé la coopération économique en posant comme condition l’établissement de mécanismes communs de gestion des fonds. Pour les réalistes, ce sont donc les pressions externes et la réorganisation de l’ordre mondial, plutôt qu’un élan intrinsèque, qui ont permis l’émergence du projet européen.
Cette lecture contraste avec les visions fonctionnalistes et néo-fonctionnalistes, en insistant sur le rôle des contraintes systémiques et des rapports de force internationaux dans l’évolution de l’intégration européenne. Elle met en lumière le fait que, dans un contexte de domination par des superpuissances, les États européens ont dû accepter des compromis qu’ils n’auraient probablement pas envisagés dans des circonstances différentes. Cette interprétation réaliste rappelle que les projets d’intégration, bien qu’ils puissent sembler le fruit de choix rationnels ou idéaux, sont souvent façonnés par des pressions extérieures et des dynamiques de pouvoir globales.
Un modèle d’intégration en évolution
Le néo-fonctionnalisme se distingue du fonctionnalisme classique en y ajoutant une dimension politique explicite, enrichissant ainsi le cadre d’analyse du processus d’intégration. Alors que le fonctionnalisme repose essentiellement sur des réponses techniques et des besoins fonctionnels, le néo-fonctionnalisme met en avant l’interaction entre les dynamiques sociales et économiques ascendantes et les initiatives politiques descendantes des États. Ce modèle reconnaît également le rôle crucial des institutions internationales dans la structuration, la consolidation et l’élargissement de ces coopérations initiales.
L’ajout de cette dimension politique permet de mieux comprendre comment les États, par l’action de leurs élites et de leurs institutions, orientent et accélèrent l’intégration en identifiant des secteurs stratégiques où la coopération est à la fois nécessaire et bénéfique. Ces initiatives ne se limitent pas à répondre aux besoins immédiats ; elles créent également des cadres propices à l’expansion de la coopération dans de nouveaux domaines, en favorisant des interdépendances croissantes entre les acteurs.
La construction européenne est un exemple emblématique de ce modèle évolutif. En commençant par des secteurs techniques, comme le charbon et l’acier avec la CECA, et en s’étendant progressivement à d’autres domaines économiques avec la CEE, puis à des dimensions politiques et sociales avec l’Union Européenne, ce processus illustre comment une coopération initiale peut se transformer en un projet d’intégration ambitieux. Ce développement progressif repose sur l’idée que chaque succès dans un domaine renforce la légitimité et l’efficacité des institutions, encourageant ainsi les acteurs à approfondir leur collaboration.
Ce modèle est particulièrement pertinent dans un monde en mutation rapide, où les interdépendances globales et les défis transnationaux exigent des solutions collectives et structurées. Le néo-fonctionnalisme fournit une clé de lecture précieuse pour analyser ces mécanismes, en mettant en lumière la manière dont les initiatives politiques et les besoins sociétaux se renforcent mutuellement pour façonner des systèmes d’intégration toujours plus complexes et interconnectés.
La texture des RI se transforme par le transnationalisme et l'interdépendance complexe
Les relations internationales contemporaines ont évolué pour devenir moins strictement interétatiques et davantage caractérisées par une dimension internationale et transnationale. Robert Keohane et Joseph Nye, dans leurs travaux fondamentaux des années 1970 (Transnational Relations and World Politics en 1971 et Power and Interdependence en 1977), ont mis en lumière cette transformation. Ils décrivent un monde où les interactions ne sont plus exclusivement dominées par les États souverains, mais également par une multitude d’acteurs transnationaux, transgouvernementaux et organisationnels.
Le transnationalisme se manifeste par l’émergence et l’influence croissante d’acteurs non étatiques, tels que les multinationales, les ONG, et les réseaux d’experts. Ces acteurs, opérant au-delà des frontières, tissent des liens complexes qui dépassent les cadres traditionnels des relations interétatiques. Par exemple, les entreprises multinationales façonnent les politiques économiques mondiales en influençant la réglementation du commerce et des investissements, tandis que les ONG jouent un rôle crucial dans des domaines comme les droits de l’Homme, la santé ou l’environnement.
Parallèlement, les interactions transgouvernementales renforcent cette transformation. Les agences gouvernementales de différents pays collaborent directement entre elles, souvent en dehors des circuits diplomatiques traditionnels. Ces interactions permettent de traiter des problèmes spécifiques, comme la sécurité transfrontalière, le renseignement ou la régulation technique, et favorisent une coopération pratique et spécialisée.
Enfin, les Organisations Internationales (OI) jouent un rôle central dans ce nouvel ordre mondial. En offrant des cadres institutionnels et des plateformes pour la négociation et la coopération, elles structurent les relations internationales et facilitent la résolution des problèmes globaux. Par exemple, l’OMC encadre les échanges commerciaux mondiaux, l’OMS coordonne les réponses sanitaires internationales, et le FMI intervient pour stabiliser les systèmes financiers.
Ce cadre d’analyse, décrit par Keohane et Nye comme l’interdépendance complexe, met en avant un monde où les relations entre les acteurs sont définies par des réseaux d’interactions multiples. L’interdépendance implique que les actions d’un acteur, qu’il s’agisse d’un État ou d’un acteur non étatique, ont des répercussions directes sur les autres. Elle réduit la centralité des conflits militaires traditionnels au profit de nouveaux enjeux, tels que les questions économiques, environnementales et technologiques.
Cette transformation de la texture des relations internationales reflète un monde en constante mutation, où la coopération devient un impératif pour faire face à des défis globaux partagés. Elle illustre également l’importance d’adopter une perspective multidimensionnelle pour comprendre les dynamiques contemporaines, où les frontières entre les politiques nationales et internationales s’estompent au profit d’un réseau dense d’interactions transfrontalières.
Interdépendance (en général)
L’interdépendance, concept clé des relations internationales, se distingue par deux dimensions fondamentales : la sensibilité et la vulnérabilité. Ces deux aspects permettent d’évaluer la manière dont les acteurs, qu’ils soient étatiques ou non, réagissent aux interactions globales et aux événements extérieurs qui perturbent leurs politiques ou leurs économies.
La sensibilité désigne la capacité d’un acteur à être affecté par des événements extérieurs avant que des politiques adaptées ne soient mises en place pour atténuer les impacts. Elle reflète l’ampleur et la rapidité avec lesquelles un acteur ressent les conséquences d’un changement dans le système international. Par exemple, lors de la guerre du Kippour en 1973, l’embargo pétrolier imposé par les pays de l’OPEP a révélé une sensibilité importante des économies industrielles. Les Pays-Bas, fortement dépendants des importations de pétrole, ont subi des effets immédiats et significatifs, soulignant leur sensibilité à cette perturbation énergétique.
La vulnérabilité, quant à elle, mesure les coûts résiduels qu’un acteur doit assumer après avoir mis en œuvre des politiques pour répondre à ces perturbations. Elle reflète la difficulté d’un acteur à se restructurer ou à diversifier ses dépendances. Par exemple, après le choc pétrolier, le Japon a continué à souffrir des interdépendances énergétiques, en raison de son absence de ressources naturelles et de sa dépendance structurelle aux importations de pétrole. En revanche, les États-Unis, disposant de réserves pétrolières significatives, se sont révélés moins vulnérables, leur permettant de mieux absorber les fluctuations des prix du pétrole.
Ces deux dimensions de l’interdépendance mettent en lumière la complexité des relations internationales dans un monde globalisé. Elles montrent que l’interdépendance n’est pas uniforme : elle varie selon les capacités d’adaptation et les ressources disponibles des acteurs. La sensibilité reflète l’exposition immédiate aux chocs externes, tandis que la vulnérabilité met en évidence les capacités structurelles à gérer ces chocs sur le long terme.
Cette distinction est essentielle pour comprendre les dynamiques des relations internationales, où les interdépendances créent à la fois des opportunités de coopération et des risques de conflit. Elle souligne également la nécessité pour les acteurs de diversifier leurs dépendances et de renforcer leur résilience face aux perturbations globales, afin de mieux naviguer dans un système international de plus en plus interconnecté.
Interdépendance complexe (IC)
Le concept d’interdépendance complexe, développé par Robert Keohane et Joseph Nye, reflète une transformation profonde des relations internationales. Il marque une rupture avec la vision réaliste classique, qui se concentre sur les conflits militaires et les rivalités de pouvoir entre États. L’interdépendance complexe met en évidence un monde où les interactions internationales sont façonnées par des dynamiques multiples, des relations économiques et institutionnelles, et des contraintes transnationales. Les réalistes traditionnels, selon Keohane et Nye, n’ont pas pleinement perçu cette transformation sur le terrain.
Des canaux multiples d’interactions
Dans le cadre de l’interdépendance complexe, les relations internationales ne se limitent plus aux négociations bilatérales ou multilatérales strictement étatiques. Elles s’appuient désormais sur une diversité de canaux, qui incluent des traités régionaux, des réseaux transnationaux, et des interactions transgouvernementales. Ces multiples voies de communication et de coopération reflètent une transformation des relations internationales, où les dynamiques sont moins centrées sur les interactions directes entre États et davantage sur des processus institutionnalisés ou techniques.
Les traités régionaux, par exemple, offrent des cadres pour structurer des relations économiques et politiques au-delà des frontières nationales. L’Union européenne illustre cette réalité en intégrant ses membres dans un réseau complexe de régulations communes et de mécanismes de coordination. De même, l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA) montre comment des accords régionaux favorisent la coopération commerciale et économique, tout en modifiant les rapports de force traditionnels en insérant les États dans des interdépendances étroites.
Les réseaux transnationaux, composés d’acteurs non étatiques comme les multinationales, les ONG ou les institutions scientifiques, participent également à ces canaux d’interaction. Ces réseaux transcendent les frontières en créant des liens techniques et spécialisés entre des acteurs ayant des objectifs communs, qu’il s’agisse de protéger l’environnement, de promouvoir la santé mondiale ou de réguler les flux financiers internationaux.
Les interactions transgouvernementales, enfin, permettent à des agences étatiques de collaborer directement sans passer par des circuits diplomatiques formels. Ces collaborations techniques, dans des domaines tels que le renseignement, la santé ou la sécurité transfrontalière, renforcent l’efficacité de la coopération tout en élargissant la portée des relations internationales au-delà des sphères traditionnelles.
Cette prolifération de canaux multiples d’interactions redéfinit la manière dont les États interagissent dans un système mondial de plus en plus interconnecté. Elle met en évidence que les relations internationales ne se limitent plus aux négociations de haut niveau, mais s’étendent à des processus décentralisés et multidimensionnels, qui favorisent des interdépendances systémiques et modifient les équilibres de pouvoir traditionnels.
Des domaines multiples
L’interdépendance complexe redéfinit l’analyse des relations internationales en reconnaissant qu’elles ne peuvent plus être envisagées uniquement sous l’angle de la sécurité militaire, comme le privilégient les réalistes. Elle met en lumière la diversité des domaines – économiques, technologiques, financiers, environnementaux, sociaux – chacun doté de dynamiques spécifiques et de ressources de pouvoir distinctes. Cette approche multidimensionnelle exige une évaluation nuancée des relations de pouvoir, qui varie selon le contexte et le secteur étudié.
Chaque domaine possède ses propres règles du jeu et sa distribution de pouvoir. Par exemple, dans le domaine financier mondial, la Suisse, grâce à son rôle central dans les transferts et transactions internationales et à la solidité de sa monnaie de refuge, s’affirme comme une grande puissance financière, malgré sa petite taille géographique. Cette position contraste avec sa faible influence dans d’autres domaines, comme la sécurité militaire ou les relations stratégiques, montrant ainsi que le pouvoir est fragmenté et spécifique à chaque secteur.
De manière similaire, dans le domaine technologique, des pays comme les États-Unis et la Chine dominent en raison de leur innovation dans des secteurs stratégiques tels que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs ou les réseaux de télécommunication. Cependant, cette domination technologique ne se traduit pas nécessairement dans d’autres sphères, comme l’environnement, où des pays nordiques, par exemple, jouent un rôle de leader en raison de leurs politiques ambitieuses en matière de durabilité.
Cette analyse invite à adopter une perspective élargie, où chaque domaine est étudié selon ses propres dynamiques, ressources et logiques de pouvoir. Bien que cette approche nécessite une rigueur comparable à celle des réalistes, elle intègre la complexité et l’interconnexion des enjeux contemporains. Elle souligne également que la domination dans un domaine spécifique, tel que la finance, la technologie ou l’environnement, peut offrir un levier stratégique aux acteurs concernés, même en l’absence de puissance militaire ou géopolitique traditionnelle.
En intégrant cette diversité des domaines, l’interdépendance complexe fournit une lecture plus complète des relations internationales modernes. Elle reflète un monde fragmenté mais interconnecté, où les rapports de pouvoir ne sont pas monolithiques mais se distribuent selon les priorités et les atouts propres à chaque secteur, rendant nécessaire une analyse contextuelle et spécialisée pour comprendre les équilibres globaux.
Une force militaire marginalisée
Dans le cadre de l’interdépendance complexe, la force militaire perd de son rôle central dans la gestion des relations internationales. Les liens économiques, financiers et institutionnels qui unissent les États créent des contraintes significatives, rendant l’usage de la force souvent inutile ou contre-productif. Ces interdépendances systémiques favorisent la coopération et renforcent les mécanismes institutionnels, tout en réduisant la probabilité de recours à des solutions militaires pour résoudre des différends.
Un exemple illustratif est celui des tensions entre les États-Unis et la Suisse à propos du régime de secret bancaire helvétique. Malgré des désaccords importants sur ce sujet, il serait impensable d’envisager une confrontation militaire. Les interdépendances économiques et financières entre ces deux pays, soutenues par des investissements bilatéraux et des relations institutionnalisées, rendent un tel scénario non seulement improbable, mais également contraire aux intérêts des deux parties. Ces liens mutuels fonctionnent comme des stabilisateurs, décourageant tout recours à la force au profit de solutions négociées.
Cette marginalisation de la force militaire est renforcée par les coûts élevés associés à son utilisation dans un monde interdépendant. Les guerres ou les confrontations directes perturbent non seulement les relations bilatérales, mais aussi les chaînes d’approvisionnement, les marchés financiers et les institutions internationales, affectant ainsi l’ensemble du système mondial. Cette réalité contraint les États à privilégier des approches diplomatiques et institutionnelles pour résoudre leurs différends.
Dans un monde d’interdépendance complexe, les relations internationales sont de plus en plus structurées autour de la coopération économique, des cadres juridiques et des institutions globales. Cela ne signifie pas que la puissance militaire n’a plus de rôle : elle reste un levier stratégique dans certains contextes. Cependant, sa centralité diminue face à l’émergence de nouveaux paradigmes, où les liens transnationaux et les interdépendances systémiques définissent les priorités des États. Cette évolution redessine la manière dont les conflits sont gérés, en plaçant les mécanismes économiques et institutionnels au cœur de la stabilité internationale.
Une nouvelle réalité internationale
L’interdépendance complexe transforme profondément la nature des relations internationales en mettant en lumière des interactions diversifiées et des contraintes multilatérales qui redéfinissent les équilibres traditionnels. Elle propose une vision adaptée à un monde globalisé, où les enjeux contemporains transcendent les frontières des États et exigent des réponses collectives et coordonnées. Ce paradigme s’écarte de la perspective réaliste, centrée sur les rivalités de pouvoir et les conflits militaires, pour privilégier une coopération institutionnalisée, des relations transnationales et une interconnexion systémique.
Dans ce nouveau cadre, les relations internationales ne sont plus exclusivement structurées par les rapports de force, mais par des mécanismes d’interdépendance qui lient les États, les organisations internationales et les acteurs transnationaux. Ces interactions génèrent des dépendances mutuelles qui, tout en rendant les acteurs vulnérables aux perturbations globales, les incitent à collaborer pour gérer des défis partagés, tels que le changement climatique, la sécurité sanitaire mondiale ou la régulation financière. Ces interdépendances favorisent la création et le renforcement de cadres institutionnels, tels que l’OMC ou l’OMS, qui deviennent les moteurs de cette coopération internationale.
Cette réalité implique également une transformation du rôle des États, qui, bien qu’ils demeurent des acteurs centraux, évoluent désormais dans un réseau dense de relations mutuelles. Ils sont contraints d’interagir non seulement entre eux, mais aussi avec des acteurs non étatiques, tels que les multinationales, les ONG et les institutions transnationales. Cette configuration dilue la souveraineté classique des États en redistribuant les responsabilités et en multipliant les points d’interaction au sein du système international.
Ainsi, l’interdépendance complexe redéfinit la manière dont les relations internationales sont envisagées et pratiquées. Elle met en évidence un monde où les solutions unilatérales et les logiques de confrontation deviennent inefficaces face à des défis globaux interdépendants. Ce modèle souligne la nécessité d’une gouvernance collective et intégrée, où les États et les autres acteurs s’engagent dans des partenariats stratégiques pour garantir la stabilité et la prospérité dans un environnement international profondément transformé.
Comment développer des institutions favorisant la coopération ? Le néo-libéralisme institutionnaliste
Le néo-libéralisme institutionnaliste, dans le cadre de la théorie des relations internationales, se distingue du néo-libéralisme en tant qu’idéologie économique contemporaine. Alors que ce dernier prône la dérégulation et la réduction de l’intervention étatique, le néo-libéralisme institutionnaliste se concentre sur la régulation et la structuration des interactions internationales par le biais d’institutions. Il met en avant le rôle des règles, des normes et des cadres institutionnels pour encadrer les relations entre les nations et promouvoir une coopération durable.
Dans cette perspective, plusieurs stratégies permettent de développer des institutions capables de favoriser la coopération entre les États.
1er type de changement institutionnel : théorie des biens publics et de l’action collective
La théorie des biens publics et de l’action collective met en avant les défis liés à la création et à la gestion des biens publics dans un contexte international. Ces biens, définis comme non-exclusifs et indivisibles, bénéficient à l’ensemble de la collectivité, indépendamment de la contribution individuelle à leur production. Cependant, cette caractéristique même engendre des dilemmes et des inefficacités, car elle offre des opportunités de « free-riding », où les acteurs tirent parti des biens publics sans en supporter les coûts.
Théorie des biens publics et de l'action collective
La théorie des biens publics et de l’action collective met en lumière les défis liés à la production et à la gestion des biens publics dans un cadre international. Ces biens, conçus pour le bénéfice collectif, s’opposent aux biens individuels et privés en raison de leurs caractéristiques distinctives. Ils répondent à des besoins partagés par l’ensemble de la collectivité, mais leur production soulève des problématiques complexes en raison des coûts qu’ils impliquent et des comportements opportunistes qu’ils encouragent.
Un bien public possède deux propriétés fondamentales :
- Non-exclusivité : Une fois disponible, il est impossible d’empêcher quelqu’un de consommer ce bien, même si cette personne n’a pas contribué à sa production. Par exemple, la sécurité internationale ou la stabilité climatique sont des biens publics : tous les acteurs en bénéficient, qu’ils aient participé ou non à leur création.
- Indivisibilité : La consommation par certains n’entraîne pas de diminution des ressources disponibles pour les autres. Par exemple, la paix mondiale est un bien dont tous peuvent bénéficier simultanément, sans qu’un acteur prive un autre de cet avantage.
Ces propriétés distinguent les biens publics des biens privés, qui sont exclusifs (l’accès peut être restreint) et divisibles (la consommation par un individu réduit les quantités disponibles pour les autres).
Problème de l'action collective
Le problème de l’action collective réside dans la difficulté de produire un bien public, même lorsque celui-ci est dans l’intérêt collectif. Cette difficulté découle du fait qu’au niveau individuel, chaque acteur peut profiter des fruits du bien public, qu’il ait ou non contribué à sa création. Cette logique crée un dilemme où chacun espère que les autres assument les coûts nécessaires, ce qui peut conduire à une sous-production ou à l’absence totale du bien public.
Le dilemme du prisonnier illustre parfaitement cette problématique. La coopération est essentielle pour produire un bien public, mais chaque acteur rationnel préfère que l’autre coopère tout en maximisant ses propres gains en évitant de contribuer. Ce comportement opportuniste engendre un résultat sous-optimal pour tous : un manque de coopération généralisée.
L’échec de la Société des Nations illustre concrètement le problème de l’action collective au niveau international. Fondée sur le 14e point de Woodrow Wilson en janvier 1918, cette organisation visait à garantir la paix mondiale par la coopération entre États. Wilson, s’inspirant des idées de Kant, croyait qu’il était possible de modifier les institutions humaines pour dépasser les rivalités internationales. Il affirmait :
« Une société générale des nations devrait être formée en vertu de conventions formelles ayant pour objet de fournir des garanties réciproques d'indépendance politique et territoriale aux petits comme aux grands États. »
Contrairement aux néoconservateurs, qui privilégient le recours à la force pour remodeler le monde, Wilson misait sur un cadre institutionnel pour encourager l’entraide et prévenir les conflits. Cependant, la Société des Nations a échoué dans sa mission principale : garantir la paix. En 1936, lorsque Hailé Sélassié, empereur d’Éthiopie, dénonça l’agression italienne devant la Société des Nations, aucun État n’intervint pour arrêter Mussolini, malgré le principe collectif de maintien de la paix. Cet événement illustre un problème fondamental : bien que la paix mondiale soit un bien public, chaque État espérait que d’autres assument les coûts de l’intervention, laissant l’agresseur triompher.
Le problème de l’action collective dans la production de biens publics met en évidence une tension entre intérêt collectif et comportement individuel. Même lorsque tous les acteurs bénéficient d’un bien public, l’absence de mécanismes incitatifs ou contraignants conduit souvent à une situation de passager clandestin, où chacun attend que les autres supportent les coûts. Cet échec reflète la nécessité de créer des institutions internationales efficaces qui puissent non seulement promouvoir la coopération, mais aussi répartir équitablement les responsabilités et les bénéfices. Cette problématique souligne également l’importance des institutions dans la régulation des comportements individuels. Comme le notait Wilson, changer la nature humaine est irréaliste, mais adapter les institutions pour encourager la coopération et réduire les comportements opportunistes est une voie possible. Cependant, l’échec de la Société des Nations rappelle que la simple création d’une institution n’est pas suffisante : elle doit être soutenue par des incitations, des sanctions et une volonté politique pour garantir sa viabilité et son efficacité.
Conséquences
La production de biens publics, bien qu’essentielle pour répondre aux besoins collectifs, est souvent entravée par des problèmes structurels et des comportements opportunistes. Ces défis engendrent plusieurs conséquences, qui influencent la manière dont les acteurs nationaux et internationaux participent à la création et à la gestion de ces biens.
Les biens publics, malgré leur importance pour le collectif, ne sont souvent pas produits à leur plein potentiel. Bien que l’intérêt collectif soit clair et largement reconnu, les efforts nécessaires pour les fabriquer ou les maintenir ne sont pas à la hauteur. Le bénéfice collectif net serait considérablement plus élevé si les acteurs collaboraient pleinement, mais dans la pratique, les contributions restent insuffisantes. On observe alors un décalage entre les intentions affichées et les actions entreprises. Par exemple, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, les engagements des États sont souvent bien inférieurs à ce qui serait nécessaire pour répondre efficacement à cette crise mondiale.
Dans les grands groupes, les dirigeants, souvent éloignés de la base, concentrent le pouvoir et deviennent difficilement remplaçables. Cette situation reflète la "loi d'airain de l'oligarchie", où les élites dirigeantes, bien qu'elles prétendent agir pour le bien collectif, profitent souvent de leur position pour maintenir leur contrôle et préserver leurs intérêts. Ce phénomène aggrave les problèmes d’action collective, car les décisions prises par une élite déconnectée ne reflètent pas toujours les besoins ou les priorités de la majorité. Par exemple, dans des organisations internationales, les décisions des grandes puissances peuvent marginaliser les intérêts des petits États membres, freinant une coopération équitable.
La production de biens publics repose souvent sur une répartition inégale des responsabilités. Les États-Unis, par exemple, assument une part disproportionnée du fardeau pour maintenir la stabilité internationale, que ce soit par leur rôle militaire ou économique. Cette situation, bien que critiquée dans une perspective néolibérale, permet à une puissance hégémonique de canaliser les efforts individuels dans un cadre collectif. Cependant, elle soulève des questions sur l’équité de cette répartition des coûts, car d’autres États profitent des avantages de la stabilité sans contribuer de manière significative.
Un phénomène notable dans la production de biens publics est le paradoxe où les petits États exploitent les efforts des grandes puissances. Par exemple, si des pays comme la Belgique ou le Luxembourg augmentent leurs dépenses militaires, cela n’a qu’un faible impact sur l’équilibre entre l’Ouest et l’Est. En revanche, si les États-Unis accroissent leur puissance militaire, cela bénéficie à l’ensemble du bloc occidental. Ce comportement opportuniste, appelé free-riding ou "passager clandestin", reflète l’utilité d’être faible dans un système où les grands acteurs assurent la production des biens publics. Ce problème est particulièrement visible dans les alliances militaires, comme l’OTAN, où les petits États profitent de la protection sans contribuer à hauteur des coûts réels.
Ces conséquences mettent en lumière les défis structurels liés à la production de biens publics. Surmonter ces obstacles nécessite de développer des mécanismes institutionnels pour encourager une répartition équitable des responsabilités, réduire les comportements opportunistes et garantir que les biens publics soient produits de manière efficace. La gestion de ces problématiques est essentielle pour renforcer la coopération internationale et répondre aux défis globaux, dans un contexte où les intérêts individuels et collectifs restent souvent en tension.
Comment, néanmoins, créer un bien public ?
La création de biens publics dans le cadre international est un défi complexe, mais plusieurs approches ont été identifiées pour surmonter les obstacles liés à l’action collective et aux comportements opportunistes. Ces stratégies s’appuient sur des mécanismes variés, allant de l’imposition par la force à la formation d’alliances sélectives, en passant par des configurations asymétriques où quelques acteurs clés assument la responsabilité principale.
Une puissance hégémonique peut imposer la production d’un bien public en exerçant son autorité sur un ensemble d’acteurs. Par exemple, l’URSS a imposé une stabilité relative en Europe centrale et orientale durant la guerre froide en contrôlant les régimes politiques et économiques de ses États satellites. Cependant, cette méthode n’est pas sans limites. Elle peut engendrer des résistances locales, et l’effondrement de l’hégémonie peut entraîner des conflits, comme ce fut le cas dans les Balkans avec la guerre en Yougoslavie après la chute du bloc soviétique. Si cette approche garantit temporairement la stabilité, elle reste fragile en l’absence de consensus ou de coopération volontaire.
Une autre stratégie consiste à lier les biens publics à des avantages exclusifs pour ceux qui participent activement à leur production. Cette logique de « club » repose sur l’idée que seuls les membres bénéficient des avantages du bien public. Des exemples incluent l’OTAN et le Pacte de Varsovie, où la sécurité collective est offerte uniquement aux membres, excluant les non-membres de cette protection. Ce modèle incite à la coopération en offrant des bénéfices spécifiques aux participants, tout en rendant la production du bien public viable grâce à une contribution partagée.
La production de biens publics peut également être facilitée par un petit nombre d’acteurs puissants qui prennent l’initiative. Une asymétrie entre les acteurs peut rendre la coopération plus efficace, car les grands États ont les moyens et l’intérêt stratégique de garantir la production du bien public. Par exemple, dans le cadre de la responsabilité de protéger (R2P), si des puissances comme les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France ou le Japon refusent d’intervenir, il est peu probable qu’une action collective se concrétise. Cette asymétrie permet de surmonter les problèmes d’action collective, mais elle repose sur la volonté des grandes puissances d’assumer ce rôle.
Dans Vers la paix perpétuelle (1795), Kant propose une autre approche en imaginant qu’un « peuple puissant et éclairé » pourrait établir une république pacifique, servant de centre d’alliance fédérative. Cette alliance, fondée sur des principes républicains et une inclination naturelle à la paix, pourrait s’étendre progressivement pour inclure d’autres États, créant ainsi un cadre institutionnel stable garantissant la liberté et la sécurité. Kant écrit :
« S'il arrivait, par bonheur, qu'un peuple puissant et éclairé, se constituât en une république (qui par nature, doit incliner à la paix perpétuelle), il y aurait ainsi un centre d'alliance fédérative à laquelle tous les autres États pourraient adhérer, afin d'assurer ainsi leur liberté, (…) et d'étendre cette alliance peu à peu par d'autres associations de ce genre. »
Cette vision repose sur l’idée que les institutions humaines, lorsqu’elles sont bien conçues, peuvent transcender les limites des intérêts individuels pour promouvoir un bien collectif durable.
Chacune de ces approches reflète une tentative de surmonter les problèmes liés à l’action collective et à la production de biens publics. Qu’il s’agisse d’une imposition par la force, d’un modèle de club exclusif, ou d’une asymétrie entre les acteurs, ces stratégies mettent en lumière les diverses manières dont les biens publics peuvent être produits. Cependant, leur succès dépend de la capacité des acteurs à s’organiser et à équilibrer les coûts et les bénéfices de manière équitable, tout en créant des incitations à la coopération et en limitant les comportements opportunistes.
Analogie entre la théorie des biens publics et le dilemme du prisonnier
La théorie des biens publics partage des similarités fondamentales avec le dilemme du prisonnier, mettant en lumière des tensions similaires entre intérêt individuel et intérêt collectif. Dans les deux cas, les préférences des acteurs sont structurées de manière à privilégier leur propre bénéfice immédiat, même si cela compromet la production d’un bien collectif ou l’atteinte d’un résultat optimal pour tous.
Dans le dilemme du prisonnier, chaque acteur a intérêt à maximiser son gain individuel en espérant que l’autre coopère. Cependant, si les deux poursuivent cette stratégie, le résultat est sous-optimal pour les deux parties. De même, dans le cadre des biens publics, chaque acteur préfère que les autres assument les coûts de production du bien public, tout en en bénéficiant sans contribuer. Cette logique opportuniste conduit à un comportement de free-riding, où les acteurs comptent sur les efforts des autres pour obtenir un avantage sans en partager les responsabilités.
Dans les deux cas, le résultat final est souvent un équilibre sous-optimal. Dans le dilemme du prisonnier, l’absence de coopération entraîne un résultat défavorable pour tous les participants. Pour les biens publics, l’incapacité des acteurs à surmonter leurs intérêts individuels empêche la production adéquate du bien collectif, même si celui-ci est dans l’intérêt de tous.
Prenons l’exemple de la sécurité internationale, un bien public global. Chaque État bénéficie de la stabilité mondiale, mais peu souhaitent supporter les coûts militaires ou économiques nécessaires pour la maintenir. Les petits États, en particulier, ont tendance à s’appuyer sur les efforts des grandes puissances, espérant que ces dernières assument la charge. Si tous les États agissent ainsi, la production du bien public (la sécurité mondiale) devient impossible ou inefficace.
Pour dépasser cette impasse, il est nécessaire de concevoir des mécanismes institutionnels ou incitatifs qui favorisent la coopération. Cela peut inclure des sanctions contre les comportements opportunistes, des récompenses pour les contributions, ou encore des engagements contraignants qui garantissent une répartition plus équitable des responsabilités. Ces outils permettent de réaligner les préférences individuelles et collectives, en transformant le dilemme en une opportunité de coopération.
L’analogie entre la théorie des biens publics et le dilemme du prisonnier illustre une tension universelle dans les relations internationales et la gouvernance globale. Que ce soit pour la production de la paix, la lutte contre le changement climatique ou la régulation financière mondiale, les acteurs doivent surmonter leurs intérêts immédiats pour construire des cadres collectifs. Cela nécessite une compréhension des motivations individuelles et des mécanismes qui permettent de les harmoniser avec les objectifs collectifs, afin de produire des résultats bénéfiques pour tous.
L’ombre du futur : un second type de changement institutionnel
Le concept d’ombre du futur reflète l’idée selon laquelle les engagements présents sont influencés par la perspective de relations futures. En étendant la durée des interactions internationales au-delà du court terme, les acteurs créent une dynamique où l’avenir jette son ombre sur le présent. Cette vision encourage la coopération, car le respect des engagements actuels conditionne la confiance et les opportunités dans les relations à venir.
Coopération et engagements à long terme
Dans le système international, les interactions répétées incitent les acteurs à respecter leurs engagements, non seulement pour en tirer des bénéfices immédiats, mais aussi pour préserver leur crédibilité sur le long terme. Cette crédibilité repose sur l’image d’un acteur fiable, capable de tenir ses promesses et de rendre compte de ses actes. En agissant ainsi, les acteurs réduisent les incertitudes futures et facilitent la coopération avec d’autres partenaires. Cette logique se distingue nettement des relations ponctuelles ou « à un coup », où l’absence de perspectives futures peut encourager des comportements opportunistes, comme la défection ou la trahison.
L’importance des engagements à long terme est bien illustrée par les négociations sur le programme nucléaire iranien. Lors des pourparlers de Genève, une approche progressive a été adoptée : plutôt que de viser immédiatement un accord global, les parties ont conclu un accord partiel servant de confidence-building measure. Ce premier engagement a permis d’établir une base de confiance entre les négociateurs, facilitant ainsi des discussions ultérieures et ouvrant la voie à un accord plus complet. Ce processus démontre comment chaque engagement pris dans le présent peut renforcer la coopération et consolider les relations futures.
Cette méthode par étapes reflète une stratégie basée sur des interactions répétées, où la coopération actuelle contribue à instaurer un climat de confiance, essentiel pour résoudre des problèmes complexes. En structurant les négociations de manière à minimiser les risques initiaux et à construire progressivement une relation de coopération, les acteurs créent un environnement propice à des solutions durables, même dans des contextes de méfiance initiale.
Les caractéristiques d’une coopération sous l’ombre du futur
- Interactions répétées Dans un jeu répété, la coopération devient plus attrayante car elle augmente les chances de bénéfices à long terme. Contrairement à un jeu unique, où la tentation de trahir peut dominer, les interactions futures incitent les acteurs à coopérer pour maintenir des relations positives.
- Enjeux diminués (saucissonnage) En réduisant la portée des enjeux dans chaque interaction, les risques sont atténués. Cette stratégie permet de construire progressivement la confiance. Dans le cadre de négociations complexes, des accords partiels ou limités servent d’étapes intermédiaires vers un objectif plus vaste.
- Stratégie "tit-for-tat" (TFT) Développée par Robert Axelrod dans The Evolution of Cooperation (1984), cette stratégie de réciprocité conditionnelle repose sur deux règles simples :
- Coopérer lors de la première interaction.
- Répliquer le comportement de l’autre à chaque interaction suivante (coopération ou défection).
Le modèle "tit-for-tat" favorise la coopération en étant juste et prévisible : il récompense la coopération tout en punissant la défection de manière proportionnée, sans être exploitatif ou revanchard.
Observation : coopération dans la chasse aux cerfs
L’ombre du futur permet également de réduire l’incertitude et d’encourager une coopération mutuelle, particulièrement dans des situations où les gains collectifs sont maximisés par l’effort commun. L’exemple de la chasse aux cerfs illustre cette dynamique : la coopération garantit un résultat plus efficace et encourage l’abandon de stratégies non coopératives. Ce raisonnement s’appuie sur une approche égoïste rationnelle : la coopération sert les intérêts individuels à long terme en respectant le principe de pacta sunt servanda (les accords doivent être respectés).
L’approche néolibérale institutionnaliste
Les néolibéraux institutionnalistes cherchent à construire des structures qui favorisent cette logique à long terme en établissant des cadres permettant une coopération progressive. Ces structures encouragent la transparence, la prévisibilité et la confiance, qui sont essentielles pour surmonter les dilemmes de sécurité et les problèmes d’action collective.
Conclusion : le poids du futur dans le présent
L’ombre du futur illustre une manière essentielle de surmonter les obstacles à la coopération dans les relations internationales. En ancrant les engagements présents dans la perspective d’interactions futures, les acteurs réduisent les incertitudes et augmentent les incitations à coopérer. Ce modèle repose sur des interactions répétées, des stratégies de réciprocité et une approche progressive des négociations, permettant de construire une coopération durable et efficace dans un système international marqué par l’interdépendance.
3ème type de changement institutionnel : Théorie des régimes
a) régime international, constitué de 5 éléments :
- principes : dans le régime international des droits de l’Homme est de respecter les Droits de l’Homme. C’est le respect de la décence de chaque être individuel.
- normes : par exemple le droit à la vie est une liberté essentielle.
- règles : traités internationaux comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui précise les droits juridiquement applicables.
- procédures de décision : les procédures du régime des Droits de l’Homme passe par la Cour Européenne de Justice qui va condamner la Suisse dans le cadre de l’initiative contre les minarets. Ce qui doit s’imposer est le respect des individus, les règles sont au dessus du diktat d’une majorité. La procédure est un régime des Droits de l’Homme, un autre régime est le régime du commerce international avec le principe central de la liberté de commerce.
- autour desquelles les attentes des acteurs convergent : les règles doivent s’appliquer, contraignant tous les acteurs y compris les puissants.
b) permet de développer la coopération
c) car même des États puissants ont intérêt – afin d'obtenir des gains absolus à long terme – à respecter les régimes dans lesquels ils sont impliqués (même au prix de désavantages à court terme)
Vers une gouvernance multi-niveaux
« Governance without government » : développement de décisions collectives sans une unité centrale, d'un ordre sans nécessairement une hiérarchie forte → gouvernance globale entre acteurs publics et privés de toute sorte.
Les sociétés multinationales se retrouvent chaque années à Davos réunissant les dirigeants des grandes entreprises mondiales poussant dans la direction de leurs intérêts individuels et collectifs, leur but est notamment la dérégulation.
Diverses institutions favorisant la coopération sont utilisées dans le cadre d’une gouvernance multi-niveaux (ex., dans l’U.E., entre Commission, Parlement, États, pouvoirs sub-étatiques, institutions [semi-]privées etc.).
Nota bene : Problème de la légitimité, car absence de démocratie représentative au niveau/dans cette « gouvernance globale ».
Ces différents groupements sont souvent sans la légitimité démocratique que l’on pourrait souhaiter puisqu’au niveau mondial il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas un électorat mondial.
Notes
- The Future of the Liberal World Order Foreign Affairs, May 2011 - John Ikenberry
- Cours :