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Le néo-libéralisme

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Le néo-libéralisme
Professeur(s) Pierre Allan

Lectures


Ikenberry :

« […] today's power transition represents not the defeat of the liberal order but its ultimate ascendance »[1].

La transition de pouvoir qui est en train de se faire entre les États-Unis qui est la grande puissance libérale après la deuxième guerre mondiale et la Chine qui est la puissance montante, se fait dans le sens où la Chine se tourne vers le libéralisme.

Ontologie du néo-libéralisme[edit | edit source]

Qu’est-ce que le néolibéralisme ?[edit | edit source]

C’est un terme doctrinal pour décrire la puissance du marché, la diminution du rôle de l’État ; c’est une vision où les aspects économiques sont au cœur :

  • idéologie contemporaine « économistique » néo-libérale = moins de régulation sur le plan interne, et pour moins d'État. Pour Reagan, l’État n’est pas la solution mais l’État est le problème.
  • en théorie des RI, le néo-libéralisme = plus de régulation sur le plan international.
  • Libéralisme, RI = relations inter-nationales

sur le plan national → interdépendance sur le plan international → dépendance accrue, interdépendance parce que la structure internationale permet la coopération dans certaines circonstances (gains absolus existent). Pour Montesquieu le commerce permet aux deux parties de gagner puisqu’elles ont avantage à commercer.

N.B. 1 : les libéraux ne nient pas que des questions de sécurité puissent aller à l'encontre de l’interdépendance : pour les libéraux il y a des situations où il y a des gains relatifs. Il ne faut pas confondre conflit/guerre = réalisme, coopération/paix = analyse libérale ; ces deux approches analyse le conflit et la coopération internationale.

N.B. 2 : Équilibre des forces se produit également, en l’absence d’intention de l’obtenir, automatiquement. L’équilibre des forces est quelque chose qui se réalise, les libéraux insistent beaucoup sur les rapports de force.

Postulats d'analyse[edit | edit source]

  • L'État n'est pas unitair'e : l'intérêt national résulte des intérêts des acteurs internes
  • d'autres acteurs : les Organisations Internationales (OI) gouvernementales et non-gouvernementales (ONG), les acteurs transnationaux, les acteurs transgouvernementaux. La NSA a collaboré avec les services de renseignement allemand, britannique mais aussi français et d’autre démontrant une certaine hypocrisie des régimes européens, toutefois apparait des relations transgouvernementales sans que toujours le sommet de l’État soit bien informé tout simplement pour des raisons d’organisation.
  • d'autres domaines ("issues") : d’autres domaines que la sécurité peut devenir essentiels comme les rapports culturels, le domaine des droits de l’Homme.
  • la distinction politique intérieure / politique extérieure s'estompe : le distinction devient moins claire et moins directe.

Des fonctions au système, ou du bon usage des besoins sociétaux[edit | edit source]

Le néolibéralisme critique l'idéalisme libéral (ex.: Société des Nations) => partir des fonctions techniques => arriver à la paix internationale ? Les néolibéraux veulent faire œuvre de changement du système international, les réalistes sont plus cyniques et désabusés, pour les libéraux il est possible de changer le monde. Il y a toujours en arrière plan la volonté d’améliorer le monde.

Fonctionnalisme ("bottom-up")[edit | edit source]

David Mitrany (1944):

"La paix et le développement fonctionnel de l'organisation internationale "[2].

1) constat :

  • développement technologique
  • désir d'un accroissement du niveau de vie

Il y a toutes sortes de fonctions qu'il s'agit de satisfaire : l’exemple traditionnel est celui des activités illégales, il y a toujours une demande, des besoins sont là et se manifestent, si on ne peut les satisfaire de manière officielle et légale, on observera la mise en place de structures qui satisfont ces besoins.

2) => les gens, étant rationnels, vont s'en rendre compte

3) => développement de l'organisation internationale OI (= structuro-fonctionnalisme), règles, institutions internationales → intégration

L’idée de Mitrany est de partir sur des bases technologiques ou technocratiques : on ne va pas chercher à faire la paix avec une Société des Nations dont l’objectif et de faire la paix au niveau des États.

On créé la paix par l’intégration progressive c’est-à-dire selon approche bottom-up.

= Libéralisme « régulatoire » : l’OMC régule le commerce mondiale, l’OMS régule les problèmes de santé, etc. ; Genève est la capitale mondiale du libéralisme régulatoire.

Néo-fonctionalisme ("bottom-up" & "top down")[edit | edit source]

Le néo-fonctionnalisme se développe dans les écrits à partir d’analyses faites par des chercheurs américains. L’idée du néo-fonctionnalisme est qu’il n’y a pas seulement du bottom-up mais il y a simultanément bottom-up et top-down, les États cherchent à développer la coopération internationale là où il y a des intérêts directs immédiats pour tout le monde :

  • les États
  • par leurs élites politiques
  • peuvent contribuer activement à l'évolution 1-2-3 (= effet « boule de neige » = « spill-over »)

Exemple :

Robert Schuman, Déclaration du 9 mai 1950 menant à la CECA en 1952 (Communauté Européenne du Charbon et de l'Acier)

" L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes, créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée […]. Par la mise en commun de productions de base (charbon et acier) et l'institution d'une Haute Autorité nouvelle (on) réalisera les premières assises concrètes d'une Fédération européenne indispensable à la préservation de la paix.[3] "

CEE 1957 (Communauté Economique Européenne)
UE 1993 (Union Européenne)

Il y a une approche top-down, la coopération se fait dans le secteur du charbon et de l’acier : cela se produit au niveau des États.

Pour les réalistes c’est précisément parce qu’il y a une bipolarité au dessus de l’Europe, qu’ensuite les puissances battues peuvent collaborer puisque les enjeux leur échappent, elles ne font plus partie des pôles des relations internationales.

La texture des RI se transforme par le transnationalisme et l'interdépendance complexe[edit | edit source]

Les relations internationales sont beaucoup moins inter-étatique mais beaucoup plus internationale : interactions entre acteurs transnationaux, transgouvernementaux et les OI favorisent la coopération internationale (Robert Keohane & Joseph Nye 1971, 1977)

Interdépendance (en général)[edit | edit source]

Se caractérise par deux dimensions :

  • sensibilité = aptitude à être affecté par les effets coûteux imposés par l'extérieur avant que les politiques soient modifiées afin d'améliorer la situation.
  • vulnérabilité = les coûts à assumer après ces changements de politique.

S’il y a un embargo pétrolier en direction des pays industriels comme ce fut le cas dans le cas de la guerre du Kippour, on voit que pratiquement tous les pays sont sensibles comme ce fut, par exemple, le cas des Pays-Bas.

Le Japon continu à être vulnérable et à souffrir des interdépendances alors que les États-Unis sont moins soumis aux fluctuations du pétrole puisqu’ils ont des réserves.

Interdépendance complexe (IC)[edit | edit source]

Le monde a changé, les relations internationales tels que vues par les réalistes se transforment et les réalistes n’ont pas vu cette transformation sur le terrain et la réalité du monde international.

  • canaux multiples d'interactions : traité régionaux, etc.
  • 4domaines multiples' : analyser la distribution des ressources de pouvoir dans chaque domaine ; dans le domaine financier mondiale, la Suisse ayant une monnaie de refuge, de transfert et de transaction, cela fait de la Suisse une grande puissance dans le domaine financier. Il faut regarder la définition des ressources et faire des analyses comme le font les réalistes.
  • force militaire pas utilisée dans le cadre de l'IC : les multitudes de liens, de relations, de traités contraignent. On voit mal les États-Unis défier la Suisse concernant les problèmes de secrets bancaires helvétiques, il y a trop de relations d’interdépendances entre les États-Unis et la Suisse, cela solidifie et développe les relations internationales.

Comment développer des institutions favorisant la coopération ? Le néo-libéralisme institutionnaliste[edit | edit source]

Le néolibéralisme est régulateur dans la théorie des relations internationales alors que le néolibéralisme comme idéologie à l’heure actuelle et comme discussion politique veut plutôt la dérégulation.

Il y a différentes manières de promouvoir la coopération entre les nations.

1er type de changement institutionnel : théorie des biens publics et de l’action collective[edit | edit source]

Théorie des biens publics et de l'action collective[edit | edit source]

Cette théorie met en avant le bien public, le bien de la collectivité et de l’ensemble et non pas le bien individuel et privé.

Définition du bien public :

  • non-exclusif : on ne peut exclure quelqu'un de sa consommation (vs. bien privé = exclusif)
  • indivisible : sa consommation par quelques-uns ne diminue pas les ressources disponibles pour les autres (vs. bien privé = divisible)

Comment faire qu’un bien public soit bien à disposition des gens ? Comment faire la paix internationale alors que ceux qui font la paix comme les États-Unis paient les coût tandis que tout le monde bénéficie de leur action ?

Problème de l'action collective[edit | edit source]

Un intérêt collectif n'est pas suffisant pour la production du bien public car, au niveau individuel, on peut goûter aux fruits du bien public, qu'on soit celui qui l'a créé ou non.

Le dilemme du prisonnier est un bien public lorsqu’on arrive à coopérer, en revanche chacun veut que ce soit l’autre qui coopère.

Exemple négatif - Woodrow Wilson, 14e point (janvier 1918) : Wilson veut absolument une paix et une collaboration internationale, il veut un changement dans le système international, le véhicule et l’institution de son changement est la Société des Nations.

Comme chez Kant, on ne va pas changer la nature humaine, mais ce qu’il est possible de changer sont les institutions humaines.

« Une société générale des nations devrait être formée en vertu de conventions formelles ayant pour objet de fournir des garanties réciproques d'indépendance politique et territoriale aux petits comme aux grand États ».

Wilson n’est pas un néoconservateur car ils veulent changer le monde par la force, mais il veut lancer une société générale des nations. On met en place une Société des Nations qui va permettre une entraide.

Lorsqu’en 1936, l’empereur d’Ethiopie, Hailé Sélassié vient faire un discours contre l’agression italienne, personne n’est intervenu laissant Mussolini connaître une grande victoire. La Société des Nations ne fonctionne pas car il y a un bien public qui est cette société internationale mais chacun veut que l’autre fasse le travail de la paix.

Conséquences[edit | edit source]

  • sub-optimalité : il y a des biens publics que tout le monde souhaite, l’intérêt collectif est là mais le problème est la fabrication de ce bien public. Le bénéfice collectif net serait le plus grand et on parle et on agit mais il ne se fait de loin pas ce que l’on devrait faire.
  • loi d'airain de l'oligarchie : dans un grand groupes ceux qui dirigent – les oligarques – ; un membre d’un grand groupe à la tête du groupe est difficilement remplaçable parce qu’ils sont éloignés de la base, ils sont au pouvoir et profitent de la situation, il est difficile de changer individuellement les choses : il y a une problème d’action collective.
  • distribution arbitraire des coûts : les États-Unis portent le fardeau de l’équilibre international et de la stabilité du monde. Dans la perspective néolibérale, c’est une mauvaise chose, une puissance hégémonique peut canaliser les efforts individuels dans le sens d’un effort collectif et bénéficier à tout le monde.

Apparait le paradoxe du faible qui exploite le fort : si la Belgique ou le Luxembourg augmente ses dépenses militaires, cela ne change pas la situation entre l’ouest et l’est, en revanche si les États-Unis augmentent leur puissance militaire, cela augmente leur puissance. Les petits peuvent exploiter les grands : c’est utile d’être faible à free-riding (= passager clandestin, "sans billet"; 'NIMBY' = "Not In My BackYard") : le bien collectif se heurte aux volontés individuelles.

Comment, néanmoins, créer un bien public ?[edit | edit source]

  • par la force → « puissance hégémonique » : l’URSS impose une stabilité en Europe centrale et orientale toutefois il y a une guerre en Europe dans le cadre de la Yougoslavie de Milosevic.
  • biens privés (= individuels) liés au bien public ("club") : le club de l’OTAN ou du Pacte de Varsovie sont des clubs où on est défendu parce que précisément on est membre du club alors que ceux qui ne sont pas membre du club ne sont pas défendus.
  • petit groupe / asymétrie entre acteurs : si les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France ou encore le Japon ne veulent pas intervenir dans le cadre de la R2P, alors rien ne se ferra. Un déséquilibre peut être bénéfique afin de fabriquer un bien public.

« s'il arrivait, par bonheur, qu'un peuple puissant et éclairé, se constituât en une république (qui par nature, doit incliner à la paix perpétuelle), il y aurait ainsi un centre d'alliance fédérative à laquelle tous les autres États pourraient adhérer, afin d'assurer ainsi leur liberté, (…) et d'étendre cette alliance peu à peu par d'autres associations de ce genre ». (Kant 1795)

Analogie théorie des biens publics / dilemme du prisonnier[edit | edit source]

Les préférences du dilemme du prisonnier sont similaires aux préférences du bien public : l’idéal est de bénéficier de la coopération de l’autre mais de ne pas contribuer à sa mise en œuvre.

2e type de changement institutionnel : l’ombre du futur[edit | edit source]

  • étendre la relation du court au long terme, qui jette ainsi son « ombre » sur le présent → ombre du futur

On respecte les engagements pris parce que l’image projetée de respecter sa parole, de rendre compte de ses actes et de ses engagements fait que nous sommes dans une situation où l’on veut une interaction qui continue.

L’ombre du futur est le fait que l’on va faire des affaires répétées dans le cadre du système international.

C’est la distinction entre la collaboration répétée et la collaboration d’un coup.

  • « saucissonage » = diminuer les enjeux

Dans le cadre des négociations en Iran, l’accord discuté à Genève est un premier accord : il n’y aura pas d’accord global mais il y aura un accord partiel – confidence building majors – rendant l’accord final plus facile en procédant par étapes.

L’idée des néolibéraux est de mettre en place des structures qui permettent le développement du futur par étape.

Dilemme du prisonnier/sécurité, oui, mais aux caractéristiques suivantes :

  • jeu répété (vs. jeu unique, "à un coup") : cela permet de négocier par étapes avec des enjeux diminués.
  • aux enjeux faibles (l'exploitation une fois n'aboutit pas à la mort)
  • "tit-for-tat" (TFT) = "donnant, donnant" (Robert Axelrod 1984)

Stratégie de réciprocité conditionnelle, fondée sur 2 règles simples :

  1. coopérer la première fois
  2. ensuite, faire ce que l'autre a fait la fois d'avant

C’est un raisonnement fondé sur des relations interpersonnelles qui permet d’établir des comportements.

Le modèle tit-for-tat est une stratégie qui n’est pas revancharde exploitative et exploitante : hypocrisie de la coopération.

Observation : coopération mutuelle encore plus aisée en chasse aux cerfs ; la coopération permet de diminuer l’incertitude est d’arriver à un résultat plus efficient et d’abandonner la non-coopération plus aisément. Pour mémoire : raisonnement égoïste de pacta sunt servanda.

3ème type de changement institutionnel : Théorie des régimes[edit | edit source]

a) régime international, constitué de 5 éléments :

  • principes : dans le régime international des droits de l’Homme est de respecter les Droits de l’Homme. C’est le respect de la décence de chaque être individuel.
  • normes : par exemple le droit à la vie est une liberté essentielle.
  • règles : traités internationaux comme la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui précise les droits juridiquement applicables.
  • procédures de décision : les procédures du régime des Droits de l’Homme passe par la Cour Européenne de Justice qui va condamner la Suisse dans le cadre de l’initiative contre les minarets. Ce qui doit s’imposer est le respect des individus, les règles sont au dessus du diktat d’une majorité. La procédure est un régime des Droits de l’Homme, un autre régime est le régime du commerce international avec le principe central de la liberté de commerce.
  • autour desquelles les attentes des acteurs convergent : les règles doivent s’appliquer, contraignant tous les acteurs y compris les puissants.

b) permet de développer la coopération

c) car même des États puissants ont intérêt – afin d'obtenir des gains absolus à long terme – à respecter les régimes dans lesquels ils sont impliqués (même au prix de désavantages à court terme)

Vers une gouvernance multi-niveaux[edit | edit source]

« Governance without government » : développement de décisions collectives sans une unité centrale, d'un ordre sans nécessairement une hiérarchie forte → gouvernance globale entre acteurs publics et privés de toute sorte.

Les sociétés multinationales se retrouvent chaque années à Davos réunissant les dirigeants des grandes entreprises mondiales poussant dans la direction de leurs intérêts individuels et collectifs, leur but est notamment la dérégulation.

Diverses institutions favorisant la coopération sont utilisées dans le cadre d’une gouvernance multi-niveaux (ex., dans l’U.E., entre Commission, Parlement, États, pouvoirs sub-étatiques, institutions [semi-]privées etc.).

Nota bene : Problème de la légitimité, car absence de démocratie représentative au niveau/dans cette « gouvernance globale ».

Ces différents groupements sont souvent sans la légitimité démocratique que l’on pourrait souhaiter puisqu’au niveau mondial il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas un électorat mondial.

Notes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. The Future of the Liberal World Order Foreign Affairs, May 2011 - John Ikenberry
  2. David Mitrany,”La paix et le développement fonctionnel de l’organisation internationale” Stockholm, L’Avenir, n° 5, Mars 1944, pp. 20-23 ; n° 6, Juin 1944, pp. 19-20 ; n° 7, Juillet 1944, pp. 4-8.
  3. déclaration Schuman du 9 mai 1950