Welfare State et biopouvoir
L'État-providence est intrinsèquement lié à la contractualisation entre les citoyens et les politiques. Ce contrat social implique que les citoyens acceptent de céder certains de leurs droits ou libertés à l'État (en payant des impôts, par exemple) en échange de la protection et de la provision de services publics. Dans le cadre de l'État-providence, ce contrat devient plus complexe, car les citoyens accordent à l'État le pouvoir d'intervenir de manière significative dans l'économie et la société pour promouvoir le bien-être général. L'État est autorisé à redistribuer la richesse par le biais de taxes et de dépenses, à réglementer les entreprises privées pour protéger les travailleurs et les consommateurs, et à fournir des services publics tels que l'éducation et les soins de santé. C'est pourquoi la légitimité de l'État-providence repose sur le consensus de la population sur le rôle approprié de l'État dans l'économie et la société.
Dans les États modernes, les citoyens sont reliés par un contrat social, qui est une entente tacite, plutôt qu'un contrat explicite. Ce contrat est facilité, géré et développé par l'État et les institutions politiques. Ce contrat social repose sur la compréhension mutuelle que chaque individu accepte de renoncer à une certaine liberté, ou accepte certaines obligations, au profit de la sécurité, de la protection et des bénéfices procurés par l'État. Par exemple, les citoyens acceptent de payer des impôts et d'obéir aux lois établies par l'État, et en retour, l'État fournit des services comme l'éducation, les infrastructures, la santé publique, et la sécurité. Ce contrat social est essentiel pour maintenir l'ordre et la stabilité dans une société. Il peut être revu et révisé à mesure que la société évolue et que les citoyens expriment de nouvelles attentes à l'égard de leur gouvernement. Cela se fait généralement par le biais de mécanismes politiques démocratiques tels que les élections, le lobbying et le militantisme. Les citoyens peuvent aussi s'engager directement dans le processus politique en votant, en se présentant aux élections, ou en participant à des mouvements sociaux. La manière dont le contrat social est conçu et mis en œuvre peut avoir un impact significatif sur la nature de l'État moderne, y compris sur la question de savoir s'il fonctionne comme un État-providence et comment ce rôle de l'État-providence est conçu et perçu par les citoyens.
Comment s’est constitué l’État moderne ?
Les philosophes grecs anciens comme Platon et Aristote ont beaucoup réfléchi à la "polis" et ont posé les fondements de beaucoup de nos idées contemporaines sur la politique et le gouvernement. La "polis", ou cité-État, était la principale structure politique de la Grèce antique. Elle était conçue comme une communauté de citoyens qui partageaient un ensemble de droits et de devoirs et qui étaient collectivement responsables de la gestion de leurs affaires communes. La "polis" était à la fois une entité politique - une communauté de citoyens organisée sous un régime politique spécifique - et un lieu, un espace physique où cette communauté résidait. Platon et Aristote avaient des vues distinctes sur la meilleure manière de gérer la "polis". Platon, dans son œuvre "La République", décrit une cité idéale gouvernée par des "philosophes-rois" qui possèdent à la fois la sagesse philosophique et la vertu nécessaire pour gouverner justement. Il soutenait que la justice naissait de chaque individu faisant ce pour quoi il était naturellement adapté. Aristote, en revanche, a adopté une approche plus pragmatique et empirique dans son analyse de la "polis". Dans sa "Politique", il examine un grand nombre de régimes politiques existants et explore leurs forces et leurs faiblesses. Aristote a soutenu que la meilleure forme de gouvernement dépend des circonstances particulières de chaque "polis", bien qu'il ait généralement favorisé un régime modéré qui évite les extrêmes de la richesse et de la pauvreté. Ces idées ont eu une influence durable sur la pensée politique occidentale, y compris les notions contemporaines de citoyenneté, de démocratie, de justice sociale et de gouvernement. Bien que nos sociétés modernes soient beaucoup plus complexes et diversifiées que les cités-États de la Grèce antique, beaucoup des questions que Platon et Aristote ont posées sur la nature du pouvoir politique, la justice et le bien-être des citoyens restent pertinentes aujourd'hui.
L'agora était un élément central de la vie politique dans la Grèce antique. L'agora était une place publique ouverte où les citoyens se réunissaient pour débattre et discuter des affaires de la cité. C'était un lieu de rassemblement pour le commerce, les discours politiques, le jugement des affaires judiciaires et le déroulement de diverses activités civiques. La démocratie athénienne, en particulier, était caractérisée par une participation active des citoyens aux débats publics. Tous les citoyens (ce qui, dans la Grèce antique, signifiait les hommes libres - les femmes, les esclaves et les étrangers en étaient exclus) avaient le droit de prendre la parole à l'assemblée (l'Ecclesia), qui se réunissait sur la colline de la Pnyx, et de participer aux décisions concernant les lois et les politiques de la cité. L'agora, en tant que lieu de débat politique, est souvent vue comme l'incarnation de l'idéal démocratique de participation citoyenne et de délibération publique. Le dialogue et le débat étaient vus comme des moyens essentiels de parvenir à la vérité et à la sagesse en matière politique. Cette tradition de débat public et de participation citoyenne continue d'influencer nos idées contemporaines sur la démocratie et la politique.
Le débat est l'un des fondements de la démocratie. C'est à travers le débat ouvert et la délibération que les citoyens peuvent participer activement à la vie politique, exprimer leurs opinions, écouter celles des autres, et parvenir à un consensus ou à un compromis sur les questions d'intérêt public. La possibilité pour tous les citoyens d'exprimer librement leurs points de vue, de contester les points de vue des autres et de s'engager dans une discussion éclairée sur les enjeux sociaux et politiques est une condition préalable à une démocratie saine et fonctionnelle. Ce processus permet non seulement de prendre des décisions équilibrées et justes, mais aussi de légitimer ces décisions aux yeux de la population. C'est dans le cadre de ces échanges que se manifeste le pouvoir du politique : la capacité à discuter, à délibérer, à persuader et à négocier pour atteindre des objectifs communs. Ce processus se déroule généralement dans des lieux symboliques de la politique - que ce soit l'agora de la Grèce antique, le parlement dans les démocraties modernes, ou les médias et les réseaux sociaux dans notre monde numérique d'aujourd'hui. La manière dont ces débats sont organisés, qui y participe et comment les décisions sont prises, tout cela dépend des structures politiques et sociales de chaque société. Par conséquent, bien que le débat soit fondamental pour la démocratie, la manière dont il est mis en œuvre peut varier considérablement en fonction du contexte.
La question de la démocratie comme "état naturel" est complexe et fait l'objet de nombreux débats parmi les philosophes et les politologues. L'idée qu'un certain type de gouvernement ou de structure sociale soit "naturel" peut être interprétée de plusieurs manières. Une façon de voir cela est de dire que la démocratie est "naturelle" dans le sens où elle est conforme à la nature humaine. Par exemple, certains philosophes politiques soutiennent que la capacité à raisonner, à communiquer et à coopérer avec les autres est une caractéristique fondamentale de l'être humain. Par conséquent, un système politique qui permet et encourage ces activités, comme la démocratie, serait conforme à notre nature. D'autre part, d'autres soutiennent que la démocratie n'est pas nécessairement "naturelle" mais qu'elle est plutôt le produit de processus historiques et sociaux spécifiques. Par exemple, la démocratie moderne telle que nous la connaissons aujourd'hui est le résultat de siècles de luttes politiques, de changements sociaux et économiques, de révolutions intellectuelles et de transformations technologiques. Il est également important de noter que ce qui est considéré comme "naturel" peut varier en fonction des différentes conceptions de la nature humaine et de la société. Par exemple, ceux qui croient en la compétitivité innée des êtres humains pourraient voir une forme de gouvernement basée sur la compétition, comme le capitalisme de libre marché, comme plus "naturelle". En fin de compte, la question de savoir si la démocratie est un "état naturel" dépend de la manière dont nous définissons ce qui est "naturel" et comment nous comprenons la relation entre la nature humaine et la société. Cette question continue de susciter des débats fascinants et importants dans la philosophie politique et les études sociales.
La notion d'espace public est fondamentale à la politique, en particulier dans une démocratie. L'espace public est le lieu où les citoyens se réunissent pour discuter, débattre et échanger des idées sur des questions d'intérêt commun. C'est un forum où les gens peuvent exprimer leurs points de vue, défier ceux des autres et apprendre des perspectives différentes. Dans la Grèce antique, cet espace public était l'agora, une place ouverte où les citoyens se réunissaient pour discuter des affaires de la cité. Aujourd'hui, l'espace public peut prendre de nombreuses formes : les assemblées législatives, les rassemblements publics, les médias, les forums en ligne, les réseaux sociaux, etc. L'espace public joue plusieurs rôles importants dans une démocratie. Premièrement, il facilite le débat et la délibération, qui sont essentiels pour une prise de décision éclairée et légitime. Deuxièmement, il permet la participation citoyenne, en donnant aux gens la possibilité de s'exprimer et de s'engager dans le processus politique. Enfin, il favorise la transparence et la responsabilité, en permettant aux citoyens de surveiller l'action du gouvernement et de demander des comptes aux responsables politiques. La nature et la qualité de l'espace public peuvent varier considérablement en fonction de divers facteurs, tels que les libertés civiques, l'accès à l'information, les niveaux d'éducation et de compétence civique, la diversité des voix représentées, et la qualité du dialogue et de la délibération. Par conséquent, la création et le maintien d'un espace public sain et dynamique est un défi constant pour toute démocratie.
L'espace public est à la fois le lieu (physique ou virtuel) où se déroule le débat politique et le processus même de ce débat.
- Le lieu du débat : L'espace public peut être un lieu physique, comme une place de la ville, une salle de réunion, une assemblée législative, ou même un café, où les gens se réunissent pour discuter de questions politiques. Dans le monde contemporain, l'espace public comprend également des espaces virtuels, tels que les forums en ligne, les blogs, les réseaux sociaux, où les débats politiques ont lieu.
- Le processus du débat : Au-delà d'être un simple lieu, l'espace public est aussi le processus par lequel les citoyens, les groupes, les partis politiques, les médias et d'autres acteurs expriment leurs points de vue, échangent des idées, contestent les opinions des autres, et parviennent à un consensus ou à un compromis sur des questions d'intérêt public. C'est par ce processus que les citoyens peuvent influencer les politiques publiques, contrôler l'action du gouvernement, et participer activement à la vie démocratique de leur communauté.
La parole est le principal outil de ce processus de débat. Par le discours, les acteurs expriment leurs idées, argumentent en faveur de leurs positions, répondent aux arguments des autres, et essaient de persuader les autres de leur point de vue. La qualité de la parole - sa clarté, sa précision, sa persuasivité, son honnêteté - est donc essentielle à la qualité du débat politique dans l'espace public.
Dans la cité-État grecque classique, la distinction entre la sphère publique et la sphère privée était fondamentale. Chacune avait ses propres rôles, responsabilités et normes, et ensemble, elles structuraient la vie sociale, économique et politique de la cité.
- La sphère publique : C'était l'espace des affaires publiques et de la politique. Elle était dominée par les citoyens libres - généralement des hommes adultes - qui participaient à l'assemblée et aux autres institutions politiques de la cité. C'était également l'espace du débat public, où les citoyens discutaient et délibéraient sur les questions d'intérêt public. L'agora, qui servait de marché et de lieu de réunion, était un lieu central de la sphère publique.
- La sphère privée : C'était le domaine de la maison et de la famille, y compris les relations personnelles, l'éducation des enfants, la gestion des biens domestiques et les rituels religieux familiaux. Dans la société grecque classique, cette sphère était largement séparée de la sphère publique et était souvent sous la responsabilité des femmes et des esclaves.
La distinction entre la sphère publique et la sphère privée est une caractéristique clé de nombreuses sociétés, y compris celle de la Grèce antique, et elle joue un rôle crucial dans l'organisation de la vie sociale et politique. La sphère publique est le domaine des affaires publiques, qui comprend le gouvernement, la politique, le droit et tout ce qui concerne la société dans son ensemble. C'est l'endroit où les citoyens se réunissent pour discuter, débattre et prendre des décisions sur les questions d'intérêt commun. C'est aussi le lieu de l'engagement civique, où les citoyens peuvent participer activement à la vie démocratique de leur communauté. La sphère privée, en revanche, concerne les aspects de la vie qui sont généralement considérés comme relevant de l'individu ou de la famille. Cela comprend des choses comme la vie domestique, les relations personnelles, la propriété privée, et les croyances et valeurs personnelles. Les questions qui relèvent de la sphère privée sont généralement considérées comme étant hors du domaine de l'intervention publique, sauf en cas de nécessité pour protéger les droits ou le bien-être d'autres personnes.
Traditionnellement, dans de nombreuses cultures, le chef de famille, souvent le père, avait une autorité considérable dans la sphère privée. Il était responsable de la prise de décision au sein du foyer, de l'éducation des enfants, de la gestion des finances familiales et d'autres questions domestiques. Cependant, ces normes ont changé de manière significative au fil du temps et varient grandement d'une culture à l'autre. Dans de nombreuses sociétés modernes, l'autorité au sein de la famille est de plus en plus partagée entre les parents, et les enfants sont souvent encouragés à participer aux décisions familiales de manière appropriée à leur âge. En effet, chaque individu vit dans ces deux sphères, la sphère publique et la sphère privée. Chacun a des rôles et des responsabilités dans les deux sphères, et la façon dont nous naviguons entre elles peut avoir un impact significatif sur notre vie personnelle, nos relations et notre participation à la société.
Les concepts de sphère publique et privée sont dynamiques et évoluent avec le temps, reflétant les changements sociaux, culturels, économiques et politiques. Les définitions de ce qui est considéré comme "public" et "privé" peuvent varier grandement selon le contexte historique, culturel et politique. Par exemple, les changements dans les attitudes et les politiques concernant l'égalité des sexes ont eu un impact significatif sur la sphère privée. Il fut un temps où les femmes étaient largement confinées à la sphère privée, s'occupant principalement des tâches domestiques et de l'éducation des enfants. Cependant, au cours du XXe siècle, de nombreux pays ont vu une augmentation significative de la participation des femmes à la sphère publique, y compris le travail, l'éducation et la politique. De même, les avancées technologiques, en particulier l'Internet et les médias sociaux, ont également brouillé les frontières traditionnelles entre public et privé. Les informations et les interactions qui étaient autrefois considérées comme privées peuvent maintenant être facilement partagées et diffusées dans l'espace public numérique, soulevant de nouvelles questions concernant la confidentialité, la liberté d'expression et la sécurité en ligne. Les différents systèmes politiques et modes de gouvernance ont également une influence majeure sur la définition et la relation entre la sphère publique et privée. Par exemple, dans les démocraties libérales, il existe généralement une forte distinction entre le public et le privé, avec des protections juridiques pour la vie privée et la liberté individuelle. Cependant, dans les régimes autoritaires, la sphère privée peut être beaucoup plus limitée, avec une surveillance gouvernementale étendue et des restrictions sur la liberté d'expression et d'association.
Sparte, une des cités-État les plus connues de la Grèce antique, était très différente d'Athènes en termes de structure sociale, politique et culturelle. Alors qu'Athènes est souvent célébrée comme le berceau de la démocratie et de la philosophie occidentale, Sparte était une société guerrière rigoureusement disciplinée et hiérarchisée, connue pour son système militaire unique. Dans la cité-État de Sparte, la vie était fortement orientée vers la préparation à la guerre. Les garçons spartiates commençaient leur formation militaire à l'âge de sept ans dans un système éducatif rigoureux appelé l'agoge. Ils étaient enlevés à leur famille et vivaient en casernes jusqu'à l'âge de 20 ans, où ils devenaient des soldats à part entière. Cette formation mettait l'accent sur la discipline, l'endurance, la survie et les compétences de combat. Par conséquent, la distinction entre les sphères publique et privée à Sparte était très différente de celle d'Athènes. La vie privée était largement subordonnée aux exigences de l'État, et la famille, l'éducation et d'autres aspects de la vie privée étaient étroitement régulés pour servir les objectifs de l'État militaire. Cela a conduit à une société très différente de celle d'Athènes, avec des valeurs et des institutions très différentes. Cependant, il est important de noter que la structure sociale et politique de Sparte, tout comme celle d'Athènes, était le produit de conditions historiques spécifiques et ne devrait pas être considérée comme représentative de toute la Grèce antique.
La sphère publique concerne tout ce qui est relatif à la communauté en général, notamment les affaires gouvernementales, les infrastructures publiques, les lois, l'éducation, la santé publique et, dans de nombreux cas, la religion. C'est l'espace où se déroulent les discussions publiques, les débats et les négociations concernant les affaires de la communauté. Dans la sphère publique, les citoyens ont l'opportunité de participer activement aux décisions qui affectent le bien commun. Cette participation peut prendre de nombreuses formes, allant du vote aux élections à l'activisme social, en passant par le bénévolat et le service communautaire. De plus, la sphère publique est souvent le lieu où sont définis et négociés les droits et les responsabilités des citoyens.
Dans la Grèce antique, le concept de citoyenneté était étroitement lié à l'aptitude à participer à la sphère publique. Seuls les hommes libres (en général, les hommes adultes nés de parents citoyens) étaient considérés comme des citoyens à part entière et avaient le droit de participer aux affaires publiques, comme voter aux assemblées, occuper des postes publics et servir dans l'armée. Par opposition, les esclaves étaient exclus de la sphère publique et étaient considérés comme des "choses" ou des biens plutôt que comme des personnes ayant des droits politiques. Les esclaves dans l'ancienne Athènes étaient généralement utilisés pour le travail manuel et les services domestiques et n'avaient pas de droits politiques ou civils. De plus, la situation des femmes et des étrangers (métèques) était également limitée, car ils n'étaient pas considérés comme des citoyens à part entière.
Dans l'antiquité grecque et romaine, il y avait une distinction très claire entre les citoyens et les non-citoyens (principalement les esclaves, mais aussi les femmes et les étrangers dans certains contextes). Dans ces sociétés, le statut de citoyen conférait certains droits et privilèges, notamment le droit de participer à la gouvernance de la cité. Les citoyens pouvaient voter, débattre dans l'assemblée, occuper des postes publics, et avaient des droits légaux spécifiques. Ce statut était souvent héréditaire et généralement réservé aux hommes libres. Les esclaves, en revanche, étaient considérés comme des biens et étaient privés de ces droits. Ils étaient généralement utilisés pour le travail manuel et les services domestiques, et étaient soumis à l'autorité de leur maître. Leurs vies étaient largement confinées à la sphère privée, et ils étaient exclus de la participation à la vie publique. Cependant, ces distinctions n'étaient pas figées et pouvaient évoluer avec le temps. Par exemple, à Rome, il était possible pour un esclave d'être affranchi et de devenir citoyen, bien que ce processus était souvent complexe et nécessitait l'approbation du maître de l'esclave. Ces systèmes antiques de citoyenneté et d'esclavage sont très différents des notions modernes de droits civils et humains. Aujourd'hui, la majorité des sociétés considèrent que tous les individus, quels que soient leur sexe, leur origine ethnique ou leur statut social, ont le droit de participer à la vie publique et ont droit à des protections légales égales. L'esclavage est maintenant universellement condamné et interdit par le droit international.
Dans le contexte de la Grèce antique, l'espace public était une composante essentielle de la vie politique. C'était l'endroit où les citoyens se rassemblaient pour discuter des affaires de la cité, débattre des problèmes et prendre des décisions collectives. La "polis", ou cité-état, était l'entité qui était gouvernée, et sa gouvernance était une activité collective qui nécessitait l'engagement et la participation des citoyens. L'agora, ou place du marché, était un espace public central dans la plupart des cités grecques antiques. C'était un lieu de rassemblement pour les citoyens, où ils pouvaient débattre et discuter des questions d'importance pour la cité. L'agora était également le lieu de nombreux autres types d'activités, y compris les transactions commerciales, les événements sociaux et les rituels religieux. L'idée d'un espace public est restée centrale pour la politique tout au long de l'histoire. Bien que les formes spécifiques de l'espace public aient évolué au fil du temps, l'idée d'un lieu où les citoyens peuvent se rassembler pour discuter et débattre des affaires publiques est toujours au cœur de nombreux systèmes politiques. Dans les sociétés contemporaines, l'espace public comprend également les médias, les réseaux sociaux et d'autres plateformes de communication où les discussions politiques peuvent avoir lieu.
La présence d'un espace public, au sens littéral du terme, ne signifie pas nécessairement qu'il y a une démocratie en place. Le terme "espace public" désigne un lieu où les citoyens peuvent se réunir, échanger et débattre librement, sans crainte de répercussions. Dans une véritable démocratie, l'espace public est un lieu où les divergences d'opinion sont tolérées et même encouragées, où le débat est possible et valorisé. Dans une dictature, par contre, les espaces qui peuvent sembler être des espaces publics sont souvent utilisés de manière très différente. Ils peuvent être utilisés pour des démonstrations de force ou des rassemblements de masse orchestrés par le régime, mais ces rassemblements sont généralement soigneusement contrôlés et n'autorisent pas un véritable débat ou une véritable dissidence. Dans de tels contextes, l'espace public peut être utilisé comme un outil de contrôle et de manipulation, plutôt que comme un lieu de dialogue et de délibération démocratiques. Il est donc essentiel de comprendre que le véritable espace public en démocratie ne se limite pas à la simple existence d'un lieu de rassemblement, mais comprend également des valeurs et des pratiques spécifiques, telles que la liberté d'expression, le respect des divergences d'opinion et la possibilité de participer activement au processus politique.
La notion d'espace public dans une démocratie est profondément différente de celle dans une dictature. Dans une démocratie, l'espace public est un lieu de libre expression et de délibération, où les citoyens ont le droit de s'exprimer, de débattre et de s'opposer aux décisions gouvernementales. Les espaces publics démocratiques sont ouverts, inclusifs et respectent la liberté d'expression. Dans une dictature, cependant, l'espace public peut exister en tant que lieu physique, mais il est souvent étroitement contrôlé et surveillé par l'État. Les rassemblements publics peuvent être fortement réglementés, et la liberté d'expression est généralement sévèrement limitée. Dans ce contexte, l'espace public devient un outil de contrôle pour le régime, plutôt qu'un lieu de débat et de dissidence. Même dans les démocraties, la nature de l'espace public peut être contestée et évoluer avec le temps. Les changements technologiques, par exemple, ont créé de nouveaux espaces publics dans le domaine numérique, tels que les réseaux sociaux et les forums en ligne. Ces espaces peuvent offrir de nouvelles opportunités pour le dialogue et la participation démocratique, mais ils peuvent aussi poser de nouveaux défis en termes de régulation et de garantie de l'équité et de la liberté d'expression.
Historiquement, la distinction entre l'espace privé et l'espace public a été une caractéristique fondamentale de nombreux systèmes politiques et sociaux. L'espace privé est généralement associé à la vie domestique et familiale. Il est le lieu des interactions personnelles et intimes, comme le mariage, l'éducation des enfants, et les activités domestiques. C'est un espace de sécurité et de confort, mais aussi de contraintes et de restrictions, car il est souvent régi par des normes et des règles sociales très précises. L'espace public, en revanche, est le domaine de la politique et de la citoyenneté. C'est l'espace de la vie civique, où les citoyens peuvent se rassembler pour discuter et débattre des affaires publiques. C'est le lieu du débat politique, de la prise de décision collective, et de l'action en vue du bien commun. Ces deux espaces ont des rôles et des fonctions distincts, mais ils sont également interdépendants et interagissent constamment. Par exemple, les décisions prises dans l'espace public peuvent avoir un impact sur la vie privée, et vice versa. De plus, la façon dont ces espaces sont définis et structurés peut varier considérablement en fonction du contexte culturel, social et politique.
Le XIXe siècle marque l'émergence de la sphère sociale en tant que domaine distinct entre les sphères privée et publique. Ce changement est largement le produit de la révolution industrielle et de l'émergence du capitalisme moderne, qui ont créé de nouvelles formes de relations sociales et économiques. La sphère sociale englobe un ensemble de relations, d'institutions et d'activités qui concernent la société dans son ensemble, mais qui ne relèvent pas directement de l'État (la sphère publique) ou de la famille (la sphère privée). Cela inclut des domaines tels que l'économie, l'éducation, la santé, la culture, le travail, etc. L'émergence de cette sphère sociale a introduit de nouvelles dynamiques dans la façon dont la société est organisée et gouvernée. D'une part, elle a créé de nouvelles opportunités pour la coopération et le progrès social. D'autre part, elle a également introduit de nouvelles formes d'inégalité et de conflit, ainsi que de nouvelles formes de pouvoir et de contrôle. Cette troisième sphère a également influencé la manière dont le pouvoir est exercé et structuré dans la société. Michel Foucault, par exemple, a développé le concept de "biopouvoir" pour décrire la manière dont le pouvoir moderne s'exerce non seulement par la contrainte directe, mais aussi par le contrôle et la gestion des processus biologiques et sociaux. Ce type de pouvoir, selon Foucault, est particulièrement manifeste dans la sphère sociale, où l'État et d'autres institutions exercent un contrôle sur des aspects tels que la santé, l'éducation, le travail, etc.
Le concept de contrat social est un mécanisme clé qui permet de relier les sphères privée, publique et sociale dans la philosophie politique moderne. Le contrat social établit une sorte de lien symbolique entre les individus et la structure politique de la société, impliquant une négociation entre libertés individuelles et responsabilités collectives. Dans le cadre du contrat social, les individus consentent à se soumettre à l'autorité de l'État (ou à une autorité politique convenue) en échange de protections et de services qui contribuent à leur bien-être et à la stabilité de la société. Ce contrat social peut inclure des aspects tels que la défense nationale, l'application de la loi, la protection des droits civils, et d'autres services publics comme l'éducation et la santé. Le contrat social peut également être vu comme une manière de définir les responsabilités des individus envers la société. Par exemple, dans le cadre du contrat social, les individus peuvent être tenus de payer des impôts, de respecter les lois, ou de contribuer de manière plus générale au bien-être de la société. Dans le cadre du contrat social, la sphère sociale joue également un rôle important, car c'est dans cette sphère que se trouvent les institutions et les structures (comme les syndicats, les organisations de bienfaisance, les entreprises, etc.) qui contribuent à la réalisation des objectifs de la société et qui fournissent des services importants qui contribuent au bien-être général.
Les théories classiques du contrat social
La notion de contrat social est un concept central de la philosophie politique moderne. Elle est développée par des philosophes comme Thomas Hobbes, John Locke et Jean-Jacques Rousseau, bien que leurs conceptions de ce contrat diffèrent. Dans l'ensemble, l'idée est que les individus acceptent de renoncer à certaines de leurs libertés en échange de la protection et de la sécurité offertes par l'État. C'est un accord mutuel, dans lequel les individus acceptent de se conformer aux lois et aux règles de la société, et en retour, l'État s'engage à protéger leurs droits et leurs libertés. En général, le contrat social est vu comme une façon de résoudre le dilemme fondamental de la vie en société : comment concilier les droits et les libertés individuels avec les exigences de la coopération sociale et de l'ordre public.
- Thomas Hobbes (1588-1679) a formulé l'idée du contrat social dans son œuvre Leviathan. Pour Hobbes, l'état de nature est un état de guerre de tous contre tous, où la vie est "solitaire, pauvre, brutale et courte". Pour éviter cet état de chaos, les individus acceptent de conclure un contrat social, cédant leur pouvoir à un souverain absolu qui est chargé de maintenir l'ordre et la paix.
- John Locke (1632-1704), dans ses Deux traités sur le gouvernement civil, a une vision plus optimiste de l'état de nature, qu'il considère comme un état de liberté et d'égalité. Selon Locke, le contrat social est conclu pour protéger les droits naturels à la vie, à la liberté et à la propriété. Si un gouvernement ne respecte pas ces droits, les citoyens ont le droit de le renverser.
- Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) propose une autre conception du contrat social dans son ouvrage Du contrat social. Pour Rousseau, le contrat social est un accord par lequel les individus se réunissent pour former une communauté politique, renonçant à une partie de leur liberté en échange de la protection de l'ensemble. Le souverain, selon Rousseau, est l'expression de la volonté générale de la communauté, et non une autorité séparée.
Ces concepts du contrat social ont influencé l'évolution des systèmes politiques modernes, notamment l'émergence de la démocratie libérale. Ils ont également influencé la façon dont nous pensons les droits et les obligations des citoyens et de l'État, ainsi que les questions de justice et d'égalité.
Le contrat social est une idée fondamentale pour nos démocraties modernes. Il représente l'idée que la société et son organisation ne sont pas imposées de manière arbitraire ou dictées par une autorité supérieure, mais qu'elles sont le résultat d'un accord mutuel entre les citoyens. Dans cette perspective, le contrat social est une forme de consentement des gouvernés : les citoyens consentent à respecter certaines règles et à limiter certains de leurs comportements, et en échange, ils attendent des protections et des avantages sociaux de la part de l'État. C'est un processus de contractualisation des relations sociales et politiques. Cette idée a des implications importantes pour la démocratie. Elle met en évidence l'idée que la légitimité du gouvernement dépend du consentement de ceux qu'il gouverne. Elle souligne également la nécessité d'une participation citoyenne active, car le contrat social n'est pas simplement un accord passé et fixe, mais il doit être constamment renégocié et révisé pour répondre aux évolutions des besoins et des aspirations de la société. Enfin, le contrat social permet également de souligner l'importance des droits et des libertés individuels, qui sont souvent vus comme des préconditions pour une société démocratique. En échange de leur consentement à l'autorité de l'État, les citoyens attendent que leurs droits fondamentaux soient respectés et protégés par celui-ci. Donc, sans cette contractualisation des relations, sans cette idée d'un accord mutuel qui lie les citoyens et l'État, il serait en effet difficile de concevoir une démocratie.
Le contrat social implique à la fois des droits et des devoirs pour chaque individu dans une société. Les droits peuvent inclure des choses comme le droit à la vie, à la liberté, à la propriété, à la protection de la loi, à l'éducation, à la santé, et bien d'autres. Ces droits sont souvent consacrés dans les constitutions et les lois des pays démocratiques, et ils sont censés être garantis par l'État. D'un autre côté, les devoirs d'un individu dans le cadre du contrat social peuvent inclure des choses comme le respect des lois, le paiement des impôts, le respect des droits et des libertés d'autrui, et la participation à la vie civique (par exemple, par le vote). En échange de la garantie de leurs droits, les individus consentent à remplir ces devoirs. Dans une démocratie saine, il doit y avoir un équilibre entre les droits et les devoirs. Si les individus ne respectent pas leurs devoirs, cela peut nuire à l'ordre social et au fonctionnement de la démocratie. De même, si l'État ne respecte pas ou n'assure pas les droits des individus, cela peut mener à l'oppression et à l'injustice. Ainsi, la contractualisation des relations au sein de la société via le contrat social est une pierre angulaire de la démocratie, car elle permet d'établir un équilibre entre les droits et les devoirs des individus et de l'État.
Le contrat social, tel qu'il a été théorisé par des penseurs comme Thomas Hobbes, John Locke, et Jean-Jacques Rousseau, est en effet au fondement de la théorie moderne de l'État. Le contrat social représente l'idée que la structure politique et sociale d'une société n'est pas simplement imposée d'en haut, mais qu'elle est le produit d'un accord mutuel entre les citoyens. Dans ce cadre, les individus s'engagent à se soumettre à certaines règles et à renoncer à certains de leurs droits naturels, en échange de la protection et des avantages offerts par l'État. Ainsi, la légitimité de l'État et du pouvoir politique est fondée sur le consentement des gouvernés. C'est pourquoi on parle souvent du contrat social comme d'un "pacte" entre les citoyens et l'État : il s'agit d'un accord pour vivre ensemble dans une société organisée, où chaque partie a des droits et des devoirs. C'est une idée clé dans la conception de l'État moderne et elle est fondamentale pour comprendre comment nos démocraties fonctionnent. En effet, le contrat social est constamment en jeu dans la vie politique : à chaque élection, à chaque débat public, nous renégocions en quelque sorte les termes de notre contrat social.
Il n’y a pas d’État moderne sans accord, sans l’institution d’un contrat d’État souverain. Ces trois éléments sont essentiels pour comprendre la théorie du contrat social et le fonctionnement de l'État moderne.
- Les théories du droit naturel : Ces théories partent de l'idée que certains droits sont inhérents à l'homme par nature, indépendamment de toute construction sociale ou politique. Ces droits naturels peuvent inclure le droit à la vie, à la liberté, à la propriété, etc. Les théoriciens du droit naturel tels que Locke, Hobbes et Rousseau, considèrent que ces droits sont préexistants à l'État et constituent la base morale et philosophique du contrat social.
- Le contrat social : Comme vous l'avez mentionné, le contrat social est un accord mutuel, une convention que les individus passent entre eux pour former une société organisée. Par ce contrat, les individus consentent à renoncer à une partie de leurs droits naturels en échange de la sécurité et de l'ordre que l'État est censé leur fournir. Le contrat social fixe donc les règles et les normes qui régulent la vie en communauté et la relation entre les individus et l'État.
- Le principe de souveraineté : Enfin, la souveraineté est un concept clé de la théorie de l'État moderne. Il s'agit du pouvoir suprême de l'État sur son territoire et ses citoyens. La souveraineté est l'autorité ultime qui permet à l'État de promulguer et d'appliquer les lois, de maintenir l'ordre et de défendre la communauté. Le principe de souveraineté est intrinsèquement lié au contrat social : les individus acceptent la souveraineté de l'État en échange des bénéfices que l'ordre social apporte.
L'État de droit à construire doit être un État qui respecte les droits naturels des individus, qui est fondé sur un contrat social juste et équilibré, et qui exerce sa souveraineté de manière responsable et dans l'intérêt du bien commun. De leur côté, les individus doivent respecter l'autorité de l'État, suivre les lois et les règles établies par le contrat social, et participer activement à la vie démocratique pour assurer que l'État reste fidèle à ses obligations.
Le contrat social interagit avec les concepts de droit naturel et de souveraineté pour aboutir à l'État moderne.
- Le droit naturel : C'est la base de notre compréhension des droits et libertés fondamentales de l'individu, indépendamment de toute structure ou système politique. Ces droits sont considérés comme inhérents à la condition humaine.
- Le contrat social : C'est le mécanisme par lequel les individus consentent à renoncer à certains de leurs droits naturels en échange de la protection et des avantages offerts par la société. C'est une sorte de transaction : en renonçant à une certaine liberté, nous gagnons en sécurité et en stabilité.
- Le principe de souveraineté : Le contrat social donne naissance à l'État souverain, qui détient le pouvoir de faire respecter le contrat social. L'État a le devoir de protéger les droits et les libertés des citoyens, de maintenir l'ordre et la paix et d'agir dans l'intérêt de la collectivité.
Ces trois concepts interagissent et évoluent ensemble dans le cadre du développement de l'État moderne. Ils forment la base de notre compréhension actuelle de la démocratie et des droits de l'homme. Par ailleurs, ils sont continuellement débattus et redéfinis en fonction de l'évolution des contextes sociopolitiques et des défis auxquels nos sociétés sont confrontées.
Grotius et le contrat social
Hugo Grotius (1583-1645) est un juriste néerlandais largement reconnu comme l'un des pères fondateurs du droit international. Il a joué un rôle clé dans le développement du concept de droit naturel, qui a eu une influence significative sur les théories ultérieures du contrat social.
Selon Grotius, le droit naturel est universel et immuable, basé sur la nature rationnelle et sociale de l'humanité. Pour lui, même en l'absence de Dieu, ces lois naturelles existeraient toujours car elles sont intrinsèquement liées à la nature humaine. Il a également établi la distinction entre le "jus naturale" (droit naturel) qui est universel, et le "jus gentium" (droit des gens), qui est un ensemble de coutumes et de pratiques établies par les sociétés humaines. En ce qui concerne la nécessité du contrat social, Grotius n'a pas directement traité de cette question comme le feront plus tard Thomas Hobbes, John Locke ou Jean-Jacques Rousseau. Cependant, sa compréhension du droit naturel jette les bases de ces théories, notamment l'idée que les individus peuvent consentir à renoncer à certains de leurs droits naturels en échange de la protection de l'État. C'est pourquoi l'œuvre de Grotius a été cruciale pour la philosophie politique moderne et a influencé les penseurs du contrat social qui lui ont succédé.
Hugo Grotius soutient une vision intégrée du droit naturel, du contrat social et de la souveraineté. Pour lui, ces trois concepts forment une continuité, permettant la coexistence pacifique et juste des individus au sein d'une société. Dans la perspective de Grotius, le droit naturel est une loi inhérente à la nature humaine qui s'applique à tous les individus. Il s'agit de principes rationnels et éthiques universels qui régissent le comportement des êtres humains. Ces droits naturels sont inhérents à l'individu et ne peuvent pas être retirés, même par un contrat. Le contrat social, en revanche, est un mécanisme par lequel les individus conviennent de transférer certains de leurs droits naturels à une autorité collective, telle qu'un État, en échange de protections et de bénéfices. Ce contrat est un accord qui permet aux individus de vivre ensemble de manière ordonnée et sécurisée. Il garantit le respect des droits naturels tout en instituant une autorité qui peut faire respecter ces droits. Enfin, la souveraineté est le pouvoir ultime de cette autorité collective ou de l'État. C'est le pouvoir d'agir de manière autonome, sans interférence extérieure, dans la gestion des affaires de la société. Dans le cadre du contrat social, la souveraineté permet à l'autorité de faire respecter le contrat et de protéger les droits naturels. Ainsi, pour Grotius, ces trois éléments sont liés et se renforcent mutuellement pour créer une société harmonieuse et juste.
Selon Hugo Grotius, l'individu peut consentir volontairement à transférer une partie de ses droits naturels à une autorité centrale, comme l'État, afin d'établir un cadre de sécurité et de coexistence pacifique. Il ne s'agit pas de renoncer à ces droits, mais plutôt de consentir à leur régulation par une autorité reconnue par tous, en vue de garantir leur respect mutuel. Grotius soutenait que cette démarche était nécessaire pour sortir de l'"état de nature", caractérisé par l'incertitude et le chaos, et pour créer une société stable, sûre et respectueuse des droits de chaque individu. La conception de Grotius est fondamentale dans le développement du droit international moderne et de la théorie du contrat social. Selon lui, ce contrat entre les individus et l'État ne porte pas seulement sur les questions terrestres, mais a aussi une dimension spirituelle. En se comportant de manière éthique et en respectant les droits d'autrui, les individus honorent Dieu, qui est considéré comme la source ultime du droit naturel. Cela dit, il est important de noter que, bien que Grotius ait conceptualisé ces idées dans un contexte religieux, ses théories ont été largement adoptées et adaptées dans des contextes séculaires et sont encore aujourd'hui un pilier de la pensée politique et juridique.
Dans le contrat, il définit l’idée d’un transfert de gouvernés vers gouvernants. C'est l'une des idées centrales de la théorie du contrat social telle qu'elle a été élaborée par différents penseurs à partir de l'époque moderne. Les citoyens acceptent de renoncer à une partie de leurs droits naturels, tels que le droit de se faire justice soi-même, en échange de la protection de l'État et du maintien de l'ordre social. Ce transfert de droits implique une confiance accordée à l'État, qui est censé agir dans l'intérêt de la collectivité. Ce transfert de pouvoir des gouvernés vers les gouvernants est cependant régi par le contrat social qui, idéalement, établit un équilibre entre les droits et les responsabilités de chaque partie. Les citoyens se conforment aux lois et règlements établis par l'État, tandis que l'État est tenu de respecter les droits fondamentaux des citoyens et de promouvoir le bien-être général. Le non-respect de ces obligations par l'une ou l'autre des parties peut être considéré comme une violation du contrat social.
Dans le cadre du contrat social, l'association librement consentie est la première étape de ce processus. Les individus décident volontairement de se regrouper pour former une société, reconnaissant qu'ils bénéficieront d'un tel regroupement en termes de sécurité, de paix, de prospérité, etc. Dans la deuxième phase, ces individus consentent à se soumettre à un certain degré d'autorité - généralement incarnée par un gouvernement ou un État. Ils renoncent à certains de leurs droits naturels, tels que le droit de se faire justice soi-même, en échange de la protection de leurs autres droits par l'État. L'assujettissement n'est pas vu comme une contrainte oppressive, mais plutôt comme une acceptation volontaire des responsabilités et des obligations nécessaires pour vivre dans une société. Cela peut inclure le respect des lois, le paiement des impôts, la participation à la défense commune, etc. Dans le même temps, l'État est tenu de respecter et de protéger les droits des citoyens. C'est un équilibre délicat à maintenir, et c'est l'une des raisons pour lesquelles la théorie du contrat social a été et continue d'être un sujet de débat et de discussion parmi les philosophes et les politologues.
Étienne de La Boétie, philosophe et humaniste français du XVIe siècle, est surtout connu pour son "Discours de la servitude volontaire". Dans ce traité, il aborde la question de l'obéissance des masses aux autorités, en particulier à un tyran. La Boétie se demande pourquoi les gens acceptent de vivre sous la tyrannie, et il avance l'idée que la servitude est souvent volontaire. Il affirme que les peuples se soumettent à la domination non pas par la contrainte ou la force, mais en raison d'une sorte de conditionnement social ou d'accoutumance. L'argument principal de La Boétie est que la tyrannie survit grâce à l'assentiment des peuples qu'elle opprime. Par conséquent, il suggère que la désobéissance civile, ou simplement le refus de coopérer avec le tyran, est la voie la plus efficace pour renverser une tyrannie. Bien que la servitude volontaire décrite par La Boétie semble contradictoire avec l'idée du contrat social où les individus consentent à céder une partie de leur liberté pour la sécurité et la stabilité, ces deux concepts sont en réalité complémentaires. Ils soulignent tous deux l'importance de la participation active et consciente des citoyens à la vie politique pour le bon fonctionnement d'une société.
La notion de transfert de certains droits individuels vers une autorité gouvernante est centrale dans la théorie du contrat social formulée par Hugo Grotius et d'autres penseurs politiques. Dans le cadre de ce contrat, les individus acceptent de céder une certaine part de leur liberté en échange de la sécurité, de l'ordre et de la protection fournis par l'État. Par exemple, une personne pourrait renoncer à son droit de se faire justice elle-même (un droit qu'elle aurait dans un état de nature) afin de permettre à l'État de maintenir l'ordre et d'administrer la justice de manière équitable et organisée. Selon Grotius et ses contemporains, le transfert de ces droits ne se fait pas de manière unilatérale ou autoritaire, mais repose sur le consentement volontaire des individus. C'est ce qui distingue un État de droit d'une tyrannie. Dans un État de droit, les individus acceptent de se soumettre à l'autorité de l'État parce qu'ils reconnaissent que cela est dans leur intérêt collectif.
Hugo Grotius a développé ce qu'on appelle le concept de "droit naturel". Selon lui, il existe des droits fondamentaux et inaliénables qui sont inhérents à tous les individus, indépendamment de la loi positive (les lois créées par les humains). Ces droits naturels sont généralement considérés comme étant d'origine divine ou universelle, et donc inaltérables par les humains. Selon cette théorie, bien que les individus consentent à transférer certains de leurs droits à l'État par le biais du contrat social, cela ne doit pas violer les principes de droit naturel. Par exemple, bien que les individus puissent consentir à ce que l'État administre la justice, cela n'autorise pas l'État à violer les droits fondamentaux de l'individu, comme le droit à la vie ou le droit à la liberté Ainsi, la forme de gouvernement qui découle du contrat social doit respecter et protéger ces droits naturels. Si elle ne le fait pas, elle est en violation du contrat social et perd sa légitimité. Par conséquent, le droit naturel sert à la fois de fondement et de limite au pouvoir de l'État.
Hobbes et le contrat social
Thomas Hobbes, philosophe anglais du XVIIe siècle, est bien connu pour sa vision pessimiste de l'état de nature, qu'il décrit dans son ouvrage "Le Léviathan". Selon lui, dans cet état de nature, où il n'y a aucune autorité pour imposer des règles ou assurer la sécurité, la vie serait "solitaire, pauvre, brutale et courte". Les hommes seraient en conflit constant pour les ressources, le pouvoir et la sécurité. En raison de cette "guerre de tous contre tous" (bellum omnium contra omnes), Hobbes croit que les hommes sont naturellement conduits à chercher un moyen d'échapper à cette condition de vie précaire. Ils choisiraient donc de conclure un "contrat social", par lequel ils transféreraient tous leurs droits à une autorité souveraine (que Hobbes appelle le Léviathan) en échange de sa protection. Pour Hobbes, le contrat social n'est pas un acte altruiste ou le produit d'un désir de vivre en harmonie avec les autres, mais plutôt une réponse rationnelle à l'état de nature. Les individus acceptent de renoncer à leur liberté en échange de la sécurité et de la paix. L'autorité souveraine, qui est le produit de ce contrat, a le pouvoir absolu pour garantir l'ordre et la paix. Cette vision est en contraste avec d'autres philosophes tels que John Locke ou Jean-Jacques Rousseau, qui ont une vision plus optimiste de l'état de nature et voient dans le contrat social une garantie des droits individuels plutôt qu'une cession totale de ceux-ci à l'Etat.
La vision de Hobbes du contrat social est basée sur une conception réaliste et souvent pessimiste de la nature humaine. Pour Hobbes, les individus ne concluent pas un contrat social par amour pour la communauté ou par idéalisme démocratique, mais plutôt pour échapper à un état de nature violent et conflictuel. Selon lui, dans cet état de nature, chaque individu est poussé par ses propres intérêts égoïstes à rechercher la satisfaction de ses désirs et à se protéger des autres. Sans une autorité centrale pour imposer l'ordre, il en résulte une guerre constante de "tous contre tous". Dans ce contexte, le contrat social est donc une forme de rationalité égoïste: les individus reconnaissent qu'ils ont un intérêt à coopérer pour échapper à la violence et à l'insécurité de l'état de nature. En d'autres termes, ils acceptent de céder une partie de leur liberté à une autorité souveraine en échange de la sécurité et de l'ordre. Mais cela implique également un paradoxe : même une fois le contrat social conclu, le potentiel de conflit demeure, car les individus restent, selon Hobbes, fondamentalement égoïstes. Il incombe donc à l'autorité souveraine, le Léviathan, de maintenir l'ordre et de prévenir la rechute dans l'état de nature.
Le contrat social est un concept central dans la philosophie politique, car il permet d'expliquer la formation des sociétés et des États, ainsi que les obligations mutuelles entre les citoyens et l'État. Le contrat social, tel qu'il est conçu par différents philosophes, sert d'outil pour imaginer comment une société peut sortir de l'état de nature, qui est souvent perçu comme un état de conflit et de chaos, pour créer une société ordonnée et pacifique. Hobbes, Locke et Rousseau, entre autres, ont tous proposé différentes versions du contrat social, mais l'idée fondamentale reste la même : les individus acceptent de limiter certains de leurs droits naturels et de transférer une partie de leur pouvoir à une autorité centrale (l'État) en échange de la protection de leurs autres droits et de l'ordre social. L'objectif ultime du contrat social est donc de créer une société dans laquelle la paix et la sécurité sont maintenues, et où les droits des individus sont respectés. Il fournit un cadre pour comprendre comment et pourquoi les individus acceptent de vivre sous l'autorité d'un État, et quels sont les devoirs et les obligations de l'État envers ses citoyens.
Dans la pensée de Thomas Hobbes, le contrat social est plus une rupture qu'un simple transfert des droits naturels. Dans son ouvrage le plus connu, "Le Léviathan", Hobbes présente une vision plutôt sombre de l'état de nature, dans lequel la vie est "solitaire, pauvre, brutale et courte". Dans cet état de nature, chaque individu a le droit de faire tout ce qui est en son pouvoir pour préserver sa propre vie, ce qui conduit à un état de "guerre de tous contre tous". Face à cette situation chaotique, les individus choisissent volontairement de transférer certains de leurs droits à un souverain (un individu ou un groupe d'individus) en échange de protection et de sécurité. C'est ce transfert de droits qui constitue le contrat social. Ce contrat, selon Hobbes, n'est pas simplement un transfert de certains droits naturels du domaine individuel au domaine collectif. Il est plutôt un échange où l'individu renonce à ses droits naturels (en particulier son droit à faire tout ce qu'il estime nécessaire pour sa survie) en échange de la sécurité et de l'ordre que peut assurer le souverain. Donc, pour Hobbes, le contrat social constitue une rupture avec l'état de nature. Il crée une nouvelle réalité dans laquelle les individus acceptent de limiter leurs droits naturels pour vivre ensemble dans une société ordonnée et pacifique sous l'autorité d'un souverain.
La vision de Hobbes est qu'en entrant dans le contrat social, les individus acceptent de limiter leurs droits naturels et transfèrent certaines de leurs libertés à l'État. Cela se fait dans le but de garantir une certaine forme d'ordre et de sécurité collective. Dans l'état de nature, chaque individu a le droit de faire tout ce qui est en son pouvoir pour se défendre et survivre. Cela peut mener à un état de guerre constante, où chacun vit dans une insécurité constante. L'État, en revanche, a le pouvoir de maintenir l'ordre et de garantir la sécurité de tous. En échange de cette protection, les individus acceptent de renoncer à une partie de leurs droits naturels et de respecter les lois et règles établies par l'État. C'est ce qu'on appelle le contrat social. Selon Hobbes, cet accord n'est pas négociable. Une fois qu'un individu a accepté le contrat social et est entré dans la société, il ne peut pas choisir de revenir à l'état de nature. Le contrat social est un accord permanent qui nécessite l'obéissance constante aux lois de l'État.
Pour Thomas Hobbes, le contrat social n'émerge pas d'un désir altruiste de paix ou de coopération entre les individus. Au lieu de cela, il est le résultat d'une reconnaissance pragmatique des réalités de l'état de nature. Dans l'état de nature, selon Hobbes, la vie est "solitaire, pauvre, brutale, et courte" en raison de l'absence de règles et d'ordre social. Par conséquent, les individus cherchent à sortir de cet état non pas par amour de leurs semblables, mais par peur de la violence et du danger. En se soumettant à l'autorité d'un souverain (que ce soit un individu, un groupe ou une entité politique), ils créent un contrat social qui offre une certaine mesure de sécurité et de stabilité. Bien que le contrat social soit en partie motivé par l'égoïsme, il n'est pas dépourvu d'implications morales pour Hobbes. Une fois le contrat établi, il impose des devoirs et des obligations sur les individus, y compris l'obligation de respecter les droits des autres et de se conformer aux lois de la société.
Dans le contrat social de Hobbes, deux concepts clés sont le consensus et l'union.
- Le consensus fait référence à l'accord collectif des individus pour céder certains de leurs droits naturels à un souverain ou à un gouvernement en échange de la sécurité et de l'ordre. Cela signifie que les individus acceptent volontairement de limiter leur liberté (par exemple, leur liberté de faire du tort à autrui) afin de créer une société plus sûre et plus stable.
- L'union, quant à elle, renvoie à l'idée que les volontés individuelles sont rassemblées en une seule entité ou volonté collective. Les individus cèdent leur autonomie à un souverain, qui agit ensuite en leur nom. Cette unité est essentielle pour maintenir la cohésion sociale et prévenir le retour à l'état de nature, caractérisé par le chaos et la violence.
Le contrat social, pour Hobbes, est irréversible : une fois que les individus ont transféré leurs droits au souverain, ils ne peuvent pas les reprendre. Cela garantit la stabilité de la société et évite le risque de retour à l'état de nature.
La nature du contrat social varie en effet en fonction des philosophes et de leurs modèles. Si l'on regarde les exemples de Grotius et de Hobbes, leurs idées sur le contrat social se distinguent de plusieurs façons clés. Grotius envisage le contrat social comme un moyen d'institutionnaliser et de pérenniser le droit naturel divin. Le contrat pour lui est un outil permettant de passer de l'état de nature à une société politique organisée, tout en respectant les droits naturels des individus. En revanche, Hobbes voit le contrat social comme une rupture nécessaire avec l'état de nature. Selon lui, les individus doivent abandonner certains de leurs droits naturels à un souverain pour garantir la paix et la sécurité. Le contrat social, dans cette perspective, est fondamentalement un moyen de contrôler et de limiter les actions humaines pour prévenir la violence et le chaos de l'état de nature. Ainsi, même si les deux philosophes reconnaissent l'importance du contrat social dans la formation de la société et de l'État, leurs conceptions diffèrent quant à la manière dont ce contrat est formé et à ce qu'il signifie pour les individus et la société.
Le concept de réciprocité est central dans la théorie de Thomas Hobbes. L'idée est que les individus abandonnent volontairement certains de leurs droits naturels à un souverain, en échange de la sécurité et de l'ordre public. Cette réciprocité est essentielle pour établir l'équilibre et l'ordre social. Sans elle, les individus risquent de retourner à l'état de nature, caractérisé par l'insécurité et la violence. Selon Hobbes, le souverain (ou le gouvernement), en assumant ces responsabilités, est tenu de garantir la sécurité et le bien-être de la société. Si le souverain ne parvient pas à maintenir cet équilibre, selon Hobbes, les individus auraient le droit de désobéir ou de résister. Ainsi, bien que le contrat social implique le transfert d'une partie de leurs droits, les individus ne sont pas complètement impuissants. Ils ont toujours le droit d'attendre que le souverain remplisse ses obligations. La conception de la réciprocité de Hobbes est distincte de celle d'autres penseurs du contrat social comme John Locke ou Jean-Jacques Rousseau. Par exemple, Locke suggère que si le gouvernement ne respecte pas les droits naturels des individus, ceux-ci ont le droit de le renverser. Rousseau, quant à lui, suggère que le contrat social devrait permettre une participation collective à la prise de décision politique pour garantir l'expression de la volonté générale.
La démocratie est souvent considérée comme le meilleur régime politique parce qu'elle permet aux citoyens de participer activement au processus de prise de décision et de gouvernance. Cela garantit que les droits des citoyens sont respectés et qu'ils ont un mot à dire dans la manière dont le pays est gouverné. De plus, la démocratie est fondée sur le principe de l'égalité, ce qui signifie que tous les citoyens ont le même droit de vote et les mêmes possibilités de participer au gouvernement. L'aspect contractuel de la démocratie est également important. Dans un contrat social, les individus consentent à renoncer à certains de leurs droits naturels en échange de la protection et de la sécurité fournies par l'État. Dans une démocratie, ce contrat est souvent formalisé dans une constitution, qui établit les règles de gouvernance et protège les droits fondamentaux des citoyens.
Pour Hobbes, la création de l'État par le biais du contrat social répond à un besoin fondamental de sécurité, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
- La sécurité extérieure se réfère à la protection contre les menaces étrangères. Cela inclut la défense contre les invasions ou les attaques d'autres États, mais aussi la gestion des relations internationales pour éviter les conflits. C'est dans ce sens que l'État se voit attribuer le monopole de la violence légitime, c'est-à-dire le droit exclusif d'utiliser la force pour protéger ses citoyens.
- La sécurité interne se réfère à la stabilité et à l'ordre au sein de l'État. Cela comprend la protection contre la criminalité, mais aussi la gestion des conflits internes, qu'ils soient politiques, sociaux ou économiques. Pour Hobbes, la peur du désordre et du conflit dans l'état de nature incite les individus à conclure un contrat social et à se soumettre à une autorité souveraine.
C'est pourquoi, pour Hobbes, le contrat social ne consiste pas seulement à renoncer à certains droits, mais aussi à accepter une forme d'obéissance envers l'État. En échange, l'État a l'obligation de garantir la sécurité et la paix pour tous ses citoyens.
Selon la théorie du contrat social, les individus acceptent d'abandonner une partie de leur liberté en échange de certaines protections de la part de l'État. Cette "contractualisation" de la relation entre l'État et les individus se manifeste à travers des droits et des devoirs réciproques. D'un côté, les citoyens consentent à obéir aux lois et aux régulations établies par l'État. En retour, l'État a le devoir de garantir la sécurité de ses citoyens, de défendre leurs droits fondamentaux et de veiller à la justice. De plus, dans un État moderne, l'État a également le devoir de fournir certains services publics essentiels (éducation, santé, infrastructures, etc.) et de prendre soin du bien-être général de la population. En d'autres termes, le contrat social vise à établir une sorte d'équilibre entre les libertés individuelles et le bien commun. Les individus acceptent de limiter leur liberté individuelle (par exemple, la liberté de faire ce qu'ils veulent sans respecter les droits des autres) pour obtenir une sécurité et une stabilité collective, garanties par l'État.
Pufendorf et le contrat social
Samuel von Pufendorf était un juriste et philosophe allemand du XVIIe siècle, qui a contribué à la théorie du contrat social. Sa pensée s'inscrit dans la continuité des idées de Thomas Hobbes, bien qu'il se distingue de lui sur certains points importants. Pufendorf est surtout connu pour ses contributions au droit international et à la théorie du droit naturel. Il soutenait l'idée que l'état de nature était un état de guerre et que les individus, par intérêt pour leur propre préservation, accepteraient d'entrer dans un contrat social. Cependant, contrairement à Hobbes, Pufendorf croyait que l'état de nature était régi par certaines lois morales ou lois de la nature, qui interdisaient aux individus de nuire à autrui.
Concernant le contrat social, Pufendorf s'est distingué par son insistance sur le rôle de la réciprocité et de la mutualité dans la formation de la société. Pour lui, le contrat social ne se limitait pas à un transfert de droits à un souverain pour assurer la sécurité, mais comprenait aussi une série d'obligations mutuelles entre les citoyens. Il soutenait que ces obligations étaient essentielles à la cohésion sociale et à la promotion de la paix civile. Pufendorf a également introduit l'idée que le contrat social pouvait prendre différentes formes en fonction des spécificités culturelles et historiques de chaque société. Il soutenait que, bien que le contrat social soit universel, les spécificités de sa mise en œuvre pourraient varier d'un lieu à un autre.
Samuel von Pufendorf est connu pour sa volonté de séparer les questions de droit et de politique de la théologie. Il a soutenu que la gouvernance devrait être fondée sur des lois positives, c'est-à-dire des lois établies par des êtres humains plutôt que sur des principes divins ou religieux. Pufendorf a fait valoir que, bien que les principes du droit naturel puissent être découverts par la raison, il était nécessaire d'établir des lois positives pour régir la conduite des individus au sein de la société. Ces lois positives, selon lui, doivent être établies par le biais d'un contrat social, dans lequel les individus acceptent de renoncer à une partie de leur liberté naturelle en échange de la sécurité et de l'ordre offerts par un gouvernement. C'est cette vision qui a fait de Pufendorf l'un des premiers penseurs à séparer clairement les domaines de la théologie et de la philosophie politique. Cette séparation était cruciale pour le développement ultérieur des théories du contrat social et du droit naturel, qui ont joué un rôle clé dans l'établissement des principes démocratiques et des droits de l'homme dans les sociétés modernes.
Llidée du double contrat suggère que le processus d'établissement d'une société démocratique implique deux étapes principales.
La première est la convention, où les individus, par une sorte d'accord tacite, conviennent de renoncer à une partie de leur liberté individuelle pour le bien commun. C'est essentiellement le processus d'établir un contrat social. Par ce contrat, les individus acceptent de vivre selon des règles spécifiques qui limitent leurs actions afin de promouvoir la coopération et la coexistence pacifique.
La deuxième étape est l'assemblée de contractants, qui peut être comprise comme l'établissement d'un gouvernement ou d'une entité politique par le peuple. Dans une démocratie, c'est généralement un processus où les citoyens choisissent leurs représentants qui auront le pouvoir de prendre des décisions politiques en leur nom. C'est un aspect essentiel de la démocratie représentative, où le pouvoir est délégué à des élus pour gérer les affaires publiques.
Ces deux étapes sont cruciales pour comprendre comment une société démocratique est structurée et fonctionne. La démocratie repose sur l'idée que le pouvoir émane du peuple, et ces deux étapes décrivent le processus par lequel ce pouvoir est concrétisé.
Les théories du contrat social telle qu'élaborée par des penseurs tels que Thomas Hobbes, John Locke, et Jean-Jacques Rousseau, impliquent généralement ce double contrat.
- Le premier contrat, consensualiste, est celui où les individus, reconnaissant la nécessité de l'ordre social pour leur propre bien-être, acceptent volontairement de renoncer à certains de leurs droits et libertés individuels pour créer une société civile. Cette renonciation aux droits est compensée par la protection et les avantages que la société civile offre - la sécurité contre la violence, l'accès à la justice, etc. C'est un pacte collectif où chaque individu accepte de se soumettre à l'autorité d'une entité supérieure (l'État) pour le bien commun.
- Le second contrat concerne le choix du souverain ou du gouvernement. C'est le processus par lequel les membres de la société se mettent d'accord sur qui devrait avoir le pouvoir de prendre des décisions pour le groupe. Cela peut se faire par le biais d'élections, où les citoyens choisissent leurs dirigeants, ou par d'autres formes de consensus. En démocratie, ce processus est normalement réalisé par le vote. Ce deuxième contrat établit un pacte entre le gouvernement et le peuple, où le gouvernement promet de protéger et de servir le peuple, et le peuple accepte de se conformer aux lois et règlements du gouvernement.
En somme, le premier contrat établit la société civile et le second établit le gouvernement de cette société.
Pufendorf, dans sa conception de la société et du contrat social, insiste sur l'importance des lois positives. Les lois positives, dans ce contexte, sont les lois établies par les êtres humains dans le cadre de la société pour régir leur comportement et leurs interactions. Ces lois peuvent être modifiées et adaptées en fonction de l'évolution de la société. Pufendorf a séparé le domaine de la théologie (les lois révélées ou les lois divines) de celui du droit et de la politique (les lois naturelles et positives). Pour lui, le contrat social et la gouvernance ne devraient pas être basés sur la théologie, mais plutôt sur des principes rationnels et naturels, ainsi que sur des lois positives convenues par la société. Cette séparation a ouvert la voie à l'émergence d'une pensée plus laïque en politique, où l'État est vu non pas comme un agent divin, mais comme une institution humaine, créée pour servir les intérêts des personnes qui y vivent. De même, cette conception a permis l'élaboration d'un espace public dans lequel les questions de gouvernance, de droits et de responsabilités peuvent être discutées et négociées indépendamment de toute considération religieuse.
Jean-Jacques Rousseau et le contrat social
La théorie de départ est que l’homme naturel n’est ni bon ni mauvais, il est dans un état d’ignorance, sa seule vertu est la pitié ne devant que répondre à des besoins primaires. Ce qui a fait basculer l’homme de l’état de nature est la propriété privée.
Dans la philosophie politique de Rousseau, dans la société civile, le plus grand mal est la propriété privée qui a introduit des différences entre des individus qui a engendré des inégalités. Dès lors, toute l’histoire de la construction de la société moderne set la construction de l’inégalité par la propriété qui a abouti à créer de profonds écarts de richesses.
Les révolutions techniques ont accentué les inégalités. La rupture d’égalité a engagé le désordre, des concurrences, des rivalités, mais aussi un rapport d’exploitation. Dès lors, le despotisme est l’accaparement de certaines richesses par certains.
Il faut se méfier du faux contrat social qui serait que le riche cherche à contractualiser avec les pauvres qu’il cherche à dominer.
Le vrai contrat social est celui qui serait capable de reposer la question de la volonté générale contre les intérêts privés qui sont des intérêts particuliers alors que la volonté générale doit être de l’ordre du collectif. Rousseau repose la question de l’intérêt général et de l’espace public. Ce qui va permettre la régulation et de sortir du faux contrat social est la reconstitution de l’espace public.
Sans la base de l’espace public, il ne peut y avoir retour de la moralité et retour de la loi.
Le contrat social selon Rousseau est la mise en commun des forces autour de deux notions à savoir de liberté et de destin collectif. Le contrat social n’est pas nécessairement du côté de la force, mais du côté de la protection, de la négociation, mais du côté d’un échange aventureux et avantageux. Ce qui est au centre est de conserver la liberté de chacun dans un cadre collectif d’échange.
Le bon gouvernement est celui qui se fait avec le peuple dans le cadre de la contractualisation puisque le peuple est pour le contrat social ; s’en déduit une pensée globale du contrat social.
La constitution de l’État providence
L’avènement du social
Arendt va dire que l’avènement du social coïncide historiquement avec la transformation de l’intérêt public avec ce qui était autrefois une concurrence avec l’intérêt privé.
Pour Arendt, le social est vivre en société, dans la théorie politique classique il n’y a pas de conceptualisation du social, il n’y a pas reconnaissance de vivre social. D’un côté, il y a le « politikos » (Πολιτικός, Politikos), de l’autre il y a la famille « oikos » (du grec ancien οἶκος, « maison », « patrimoine ») qui est une privation et une mise en retrait, c’est un espace en retrait ou l’extérieur ne peut regarder la famille.
Le Moyen-âge va se caractériser par une extension du domaine privé ; le grand tournant est l’époque moderne à savoir le XVIème, le XVIIème et le XVIIIème siècle parce qu’on arrive à l’émergence de la sphère du social qui est le glissement du privé vers le social, de l’intime vers le social. La famille rentre dans une économie productive, elle devient une unité de production, elle n’est plus seulement du domaine privé, mais à avoir avec un enjeu lié la question publique.
Le capitalisme fabrique des nouvelles richesses ; dans la révolution industrielle, les conditions des individus s’appauvrissent marquant un dysfonctionnement de la société avec de nombreux problèmes (grèves, révolutions pandémie, etc.). Les industriels puis l’État s’interrogent sur le social (ex-enfants dans les mines) et les enjeux qu’ils représentent.
Dès lors, la famille devient une unité de production et l’éducation devient un enjeu public. À partir du XVIème et jusqu’au XVIIIème siècle, la sphère privée va diminuer au profit d’une troisième sphère qui est la sphère sociale ou le privé est limité parce qu’il s’oppose au politique et au social.
Le social devient au centre de la préoccupation de l’espace public sur la base que si le social n’est pas géré, on court à des catastrophes sociales. La société devient un enjeu stratégique de gouvernement. La question n’est plus d’avoir un espace public du gouvernement, mais sur la nécessité de gérer la société.
C’est une révolution parce que la sphère du social bouleverse le curseur entre espace public et privé.
La famille était par essence du domaine privé. Arendt montre qu’il y a un avènement du social avec un nouveau référent. C’est la réinterprétation de la famille non pas comme un objet privé, mais comme une unité de production. L’éducation devient dès lors un enjeu public renvoyant à la capacité du devenir de la société elle-même. La sphère privée devient la sphère de l’intérêt général.
Arendt postule que ce bouleversement proviendrait de Rousseau, car il serait le premier à avoir assumé le glissement du privé vers le social. La période s’entendant du XVIème au XVIIIème siècle se caractérise par le déclin de la représentation du poids de la famille dans la société.
Apparaît un troisième fait et la société va demander des comptes. On va chercher à fixer des règles publiques ayant pour conséquence de produire des politiques. Des groupes sociaux vont être absorbés dans l’interprétation d’une société unique : c’est la nouvelle sphère de gouvernabilité qui met en jeu l’autorité publique émergeant à travers des tas de dispositifs pour gérer la société.
Dès lors émerge une sphère sociale, une sphère contractuelle sociale qui va exiger des comptes à la famille. Maintenant que la famille n’est plus de l’ordre de la sphère privée, il faut rendre des comptes sur ce qui s’y passe à l’intérieur. Le phénomène de transfert est important parce qu’il y a des règles pour tous qui sont édictées, car les populations sont absorbées par la sphère sociale qui caractérise la naissance de l’État moderne sur la représentation de l’État social en tant que collectivité.
Arendt a permis de poser la structure théorique sur l’avènement du social dans son ouvrage intitulé la condition de l’homme moderne.
Le contrôle social : la folie et le crime
Michel Foucault est un philosophe de la pensée ayant travaillé sur la société moderne. Il étudie la généalogie des savoirs. Il postule que les sociétés sont construites par un ensemble de savoirs et de techniques, afin de comprendre la société il faut l’analyser non pas comme une chose intangible, mais comme des constructions de sociétés.
La société a des savoirs qui détiennent une historicité. Ils permettent de comprendre le fonctionnement de la société actuelle et ce qui a fait changer les registres d’analyse pour analyser la société comme un construit sociétal.
Pour Foucault, les sociétés dans lesquels nous vivons ont élaboré des dispositifs qui sont des modes de gouvernement qui ne sont cependant qu’en réalité la façon dont la société se représente elle-même.
L’intérêt de Foucault est de mettre à distance nos comportements pour les analyser de façon historique et culturelle.
Foucault réalise cette archéologie à partir de deux institutions spécifiques, à savoir l’hôpital et la prison, qui sont deux institutions majeures du XVIIIème et du XIXème siècle. Il rédigea deux ouvrages à ce sujet histoire : De la folie à l’âge classique en 1961, et Surveiller et punir : histoire de la prison en 1964.
C’est une interrogation sur le soubassement des savoirs et des équipements étant entendu que la prison et l’hôpital général sont des équipements qui structurent la ville. Il va notamment le faire autour de la construction des savoirs médicaux autour des XVIème jusqu’au XIXème siècle s’interrogeant sur comment la folie est devenue un concept opérationnel dans la société. Ainsi la folie est située comme une représentation.
Il étudie les dispositifs de pouvoir : le pouvoir fabrique des équipements et en réalité ils ont pour fonction de créer un cadre social dispersé à travers la société.
La folie
C’est une construction sociale et politique. Elle nous situe du côté des représentations et permet de dégager ce qui relève du normatif. Au Moyen-Âge, tant que Dieu existe le fou est un innocent selon la volonté divine, dès lors la folie est une création de Dieu. Le fou porte en lui une simplicité d’esprit qualifié par Dieu et relevant d’un mystère qui soutient qu’il ne doit pas être maltraité. Parce qu’il est innocent, il a un esprit de tolérance. La relation entre hommes raisonnables et la folie relève d’une compassion. La morphologie de la présence de la folie réside dans le village.
À partir du XVIIème siècle, le paradigme de la folie va être placé du côté de la déraison. « La folie est à l’intérieur de la raison » elle ne relève pas de l’ailleurs, mais de notre monde »[1]. Dès lors que Dieu est évacué, la folie est évacuée de la raison devenant une extériorité. La folie relève de la maladie. C’est ainsi que la médecine s’empare de cet objet comme un objet scientifique et trouver des raisons endogènes, c’est une fabrication des institutions de la maladie.
Va notamment émerger une institution de la folie et de l’outil de la séparation (l’hôpital psychiatrique), c’est-à-dire un équipement général qui permet d’exiler le fou de la société des hommes libres mis en place par l’État moderne.
C’est l’invention moderne de l’internement, le fou est interné, ce qui accomplit la rupture de la raison et de la déraison, c’est l’invention moderne de l’isolement. Il décrit un processus de fabrication par les sociétés modernes d’un système de normativité déplaçant les seuils de tolérance.
Foucault montre que lorsque la société introduit des outils spécifiques de lecture, l’État moderne va lui-même instrumentaliser la question en cherchant des outils techniques.
La prison
Dans un premier temps, ce fut une politique de supplice ou l’inculpé doit subir physiquement la pénalité. Elle a pu dans certains cas être un lieu de privilège pour les riches. On va passer d’une punition de pénalisation à une punition de défense ou la prison va être un lieu d’enfermement ou l’enjeu est la mise à distance du corps autrement dit le retrait de la société. Ce n’est plus le châtiment du corps, mais celui de l’âme afin de bloquer un individu dans l’isolement. La prison moderne fonctionne sur : l’isolement individuel, le travail, et la variabilité de la peine. Au fond, la prison est l’inverse de la société, c’est l’obscure. La prison c’est l’invention de l’illégalisme institutionnalisé. Le mot « illégalité » renvoie au concept de normes collectives dont chaque comportement anormal peut être sanctionné. Pour Foucault, les lois ne sont que le produit d’un rapport de force à un instant donné. La population pauvre représente aussi un certain type de menace envers l’ordre social. Pour gérer l’illégalisme populaire, un ensemble de prescriptions vont être remises pour leur permettre de trouver leur place.
La création de l’État social est la création d’une sphère sociale importante qui va s’occuper de la vie des individus, mais ne peut le faire que si on a normalisé leurs comportements et leur morale. Pour Foucault, nous entrons dans un système répressif qui appartient à l’État, il devient le garant de la sécurité collective. L’État devient le garant de la sécurité sociale, va être construit un système où vont être étendues des prérogatives pour la gestion de l’individu.
À partir du XIXème siècle émerge la naissance de la question sociale, c’est-à-dire le fait que l’on doit traiter l’ensemble des éléments de la société pour lui donner une unité et de la convergence dans ses modes de faire et ses obligations.
Dès lors, la question sociale va d’abord être pensée comme étant opposée aux révolutions.
Les théories de la solidarité et le paradigme assurantiel
Chez Durkheim, on voit apparaître l’idée que l’on ne peut penser la société que par la mise en œuvre d’une solidarité collective qui permette à tous les individus de se rassembler autour d’un destin commun. Ce qui n’est pas de l’ordre de la solidarité va être sanctionné au contraire qui est de l’ordre de la solidarité va être approuvé et conforté. Au XIXème siècle, la sphère sociale ne peut que s’agrandir. Elle pose un rapport complexe entre liberté et social, la question de savoir jusqu’où peut-on aller afin de construire la sphère sociale et dans quelle mesure la construction de la sphère sociale comme un champ productif peut aller sans mettre en cause la question de la liberté individuelle.
La solidarité mécanique chez Durkheim est la solidarité dans les sociétés premières, cela signifie que les individus sont mécaniquement solidaires les uns des autres.
Au fond, la société moderne qui est une société faite de spécialisation différentielle fait abandonner la solidarité mécanique pour une solidarité organique, c’est-à-dire le fait que nous sommes obligés d’être solidaires malgré le fait qu’il y ait des spécialisations de fonctions et de tâches dans la société.
La promotion du social pose la représentation de la société comme un ensemble avec la mise en place d’un droit social qui mette en pratique la solidarité.
Dans la sphère sociale, il faut gérer les individus, et l’intérêt pour l’État est de mettre en place des politiques : il faut gérer tout ce qui est de l’ordre de la vie privée.
Dans la création du welfare state la question la plus importante est le social. Le plus important est que le social donne lieu à des théories politiques : la théorie du solidarisme.
Ainsi, Foucault s’interroge sur la notion de société et la nécessité de fabriquer un ordre politique par la solidarité nécessitant de privilégier certaines théories. Si aucune solidarité n’est assurée, c’est l’échec du politique.
Dès lors, ce qui justifie la création de l’État moderne et la construction de l’équilibre interne c’est-à-dire de social. L’État ne peut pas se contenter d’un côté de la sphère du privé et de l’autre de la sphère privé parce que la famille fait partie du social.
Émerge l’État moderne qui est obligé au XIXème siècle de prendre la solidarité comme un élément d’engagement politique et institutionnel.
L’État va se définir à travers la sphère du social comme un État du service public, il doit protéger ses citoyens et ne peut le faire que par la constitution d’un espace de solidarité sociale, c’est-à-dire un espace de pris en compte des différences pour essayer de les amortir et les réduire.
Les ouvrages qui traitent de la fin de l’État social rappellent qu’à partir du moment où nous entrons dans un monde libéral ou le politique est dépossédé d’une partie de son pouvoir par l’économique, la politique n’a plus le moyen de gérer la sphère sociale, au mieux la donner au privé au pire nous allons rentrer dans de la violence pure au sein de nos sociétés.
Pour Foucault, le social devient un objet de gouvernement, dès lors toute société est obligée de prendre le social comme un objet de gouvernement.
Au XIXème siècle va se développer une économie sociale qui voit apparaître le gonflement de la responsabilité des États dans le champ social. Entre le XVIIIème siècle, les années 1850 et les années 1950, l’État ne va qu’augmenter ses prérogatives ce qui permet d’expliquer le concept d’État providence, c’est-à-dire que l’État s’est engagé sur des champs de plus en plus développés du fonctionnement de la société au nom de l’intérêt général de cette gouvernementalité, la chose technique doit être gouvernée.
La société devient un enjeu découlant de nombreuses lois sociales (ex – loi sur les accidents du travail : loi sur la solidarité entre ceux qui travaillent et ceux qui sont invalides). La solidarité va étendre le champ de la promotion du social et s’interroge sur de nouveaux domaines fondamentaux (ex – lois sur le logement social). L’objet fondamental est de réparer les carences de la société : il faut faire attention à ceux qui ne suivent pas le mouvement.
L’État doit être au cœur de la solidarité en tant que service public, il va créer les liens entre les individus et va gérer la contribution de tous pour l’amélioration de l’ensemble de la société : il doit protéger ses citoyens. Le bien-être de chacun est une condition nécessaire pour le fonctionnement du collectif. C’est penser une efficience de l’État et que le progrès et la richesse nationale sont collectifs et individuels se reversant aussi sur la question du collectif.
La sphère du social ne fait que grandir et cela jusqu’à la remise en question de la sphère sociale à la fin des années 1980.
À la fin du XIXème siècle va être inventé le concept d’assurance donnant lieu de paradigme assurantiel, c’est fabriquer un nouveau système de pensé autour de l’assurance.
François Ewald va travailler du point de vue de la philosophie politique. C’est un concept philosophique qui postule que les individus sont liés les uns aux autres. Dès lors dans le travail il y a des obligations respectives liées aux conditions de travail, ainsi Ewald caractérise l’État providence par la naissance d’un nouveau droit : l’assurance est un système sophistiqué de gouvernabilité des sociétés. Pour qu’elle se réalise, il faut qu’auparavant on ait qualifié juridiquement la question des responsabilités.
Les assurances montrent qu’on rentre dans une société assurantielle qui va être capable d’inventer de nouveaux risques en tant qu’innovation majeure des sociétés contemporaines. Cela signifie que Ewald va étudier un système assurantiel en montrant comment l’invention des assurances se construit par des étapes philosophiques et conceptuelles qui sont un renversement des sociétés. Dès lors, l’accident n’est plus de l’ordre de la fatalité. Le social peut dès lors être catégorisé juridiquement selon des universalités sociales. On normalise les besoins sociaux autour du concept de sécurité et de réparation. Le droit était miroir de la société et produit des normes à l’usage de tous. Ainsi, la responsabilité devient une question de l’État, c’est l’invention du droit social moderne.
C’est l’entrée dans des catégories d’analyse sémantique qui définissent l’ensemble de la sphère sociale et notamment le travail. Le meilleur exemple de la création du welfare state au niveau du travail est l’invention de la retraite qui est du point de vue philosophique un apport important. C’est l’invention de la solidarité intergénérationnelle. Les individus sont solidaires de façon générale et si possible dans certains domaines de situation intergénérationnelle.
Vers un nouveau concept : le biopouvoir
À travers l’analyse de la prison et de l’hospice, Foucault postule que la construction de l’État moderne est des normes de bon comportement sociétal qui sont des constructions de dispositifs qui ont pour objectif de gérer un segment thématique de la société et ainsi l’État moderne construit des dispositifs. Les grands dispositifs inventés par l’État moderne au XIXème siècle sont au début répressifs puis vont devenir des dispositifs liés au welfare state.
Foucault s’interroge sur ce qui se passe dans l’évolution des sphères. Ce qui apparaît aujourd’hui c’est que le politique prend le pouvoir sur la vie de l’homme. À un moment donné, le politique dépasse la gestion des hommes. Il faut étatiser le biologique : l’homme n’est plus pris comme une unité rationnelle, mais comme une entité biologique qu’il faut gérer. C’est le concept de biopolitique.
Les États-providence sont progressivement obligés de s’immerger au nom de la complexité de la technique de nos sociétés dans des gestions de plus en plus poussées de l’homme qui vont atteindre l’humain en tant qu’être. Dans nos sociétés modernes, c’est l’humain en tant que tel qui finit par poser problème.
Foucault définit le terme biopolitique comme « la manière de rationaliser les problèmes posés à la pratique gouvernementale par les phénomènes propres à un ensemble de vivants constitué en populations »[2]. Le biopolitique est des mécanismes qui vont avoir pour objet de fixer dans la population des équilibres et des mécanismes de sécurité afin d’optimaliser l’état de vie.
Il faut considérer que l’une des directions que prend l’État moderne indépendamment de l’évolution de l’État providence est de définir et de s’occuper de la vie en tant que vie, dès lors, la vie appartient à la gestion du politique. Le biopolitique va dégager une politique de la biologie qui serait même une étatisation de la biologie.
On rentre dans une époque où la question fondamentale est la gestion de l’humain. Il y a une nouvelle catégorie de pensée politique qui va se situer à toutes les échelles de la société pour gérer l’homme biologique. Le politique se saisit de l’homme non pas comme un animal qui pense, mais comme un être biologique, dès lors la politique se saisit de notre vie et définit l’homme en terme biologique.
La biopolitique est un système formé autour du biologique (ex- recherche thérapeutique). C’est une diffusion à l’ensemble de la société de microsystème ayant pour objet de fabriquer des mécanismes de régulation dans les populations pour optimiser « l’état de vie ».
Pour Foucault, le biopolitique est le contraire de la démocratie, car la démocratie est une épaissir qui renvoi à la question du débat. Ainsi la démocratie est du côté de la densité et de l’épaisseur, elle n’est pas du côté de la transparence qui nie le débat et la négociation qui est la richesse de la démocratie. Lorsque Foucault condamne au XIXème siècle la prison est que la prison moderne est la construction d’un espace lisible où tout doit être sous contrôle, l’individu ne doit échapper à la surveillance, ce sont des dispositifs physiques. Le concept de visibilité est à verser non pas de la démocratie, mais du contrôle absolu.
Foucault nous interroge sur nos sociétés qui veulent rendre absolument tout visible et lisse. La traçabilité rend la différence comme un problème. Dès lors, l’État moderne est sur la biopolitique, la maîtrise de segment qui permette d’interpréter l’homme en tant que systèmes biologiques. À la différence d’Aristote et Platon qui postulent que l’homme est celui qui a réussi à quitter la biologie pour arriver à penser son animalité et sa différence, la question de la biopolitique devient un concept intéressant pour essayer de relire les nouvelles politiques publiques qui sont bien au-delà de l’homme en tant qu’homme en société.
Annexes
- Comment l’obsession sécuritaire fait muter la démocratie, Giorgio Agamben, janvier 2014, Le Monde diplomatique
- La Folie, Victor Duché et Christophe Pénicaut url : http://www.geopsy.com/memoires_theses/la_folie.pdf
- Warren, M. E. (1999). What is Political? Journal of Theoretical Politics, 11(2), 207–231. https://doi.org/10.1177/0951692899011002004
- Ewald, Francois. "Insurance and risk." The Foucault effect: Studies in governmentality (1991): 197-210.
