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Politique comparée

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Conférence 1 : Aspects introductifs à la politique comparée[edit | edit source]

Deux clarifications préliminaires :

  1. On s’intéresse principalement aux processus politiques (comportement des citoyens, partis politiques, groupes d’intérêt) ; les politiques publiques sont secondaires : » comparative politics » plutôt que « comparative public policy »
  2. On se focalise principalement sur les démocraties « occidentales » :
  • démocraties libérales (droits civiques)
  • démocraties représentatives
  • démocraties de longue durée

I/ Les thématiques du cours A. Problématique méthodologique : qu’est-ce que c’est « l’analyse comparée » de la politique ? Comment la faire ? Pourquoi la faire ? 1. Pourquoi ? a) Qu’est-ce que c’est « la politique comparée » ? : C’est la seule sous-discipline de la science politique qui est définie par sa méthode : « l’analyse comparée ». Méthode :  Comment fait-on l’analyse comparée ? : comparer quoi ? (quels sont les « units of analysis »?)  Pourquoi le faire ? Quels buts ? : « l’analyse comparée » n’est pas une seule méthode. Premier objectif du cours : présentation et discussion de plusieurs approches à l’analyse comparée. b) Comparer quoi ? : L’analyse de comportement politique implique comparaisons entre les individus (entre hommes et femmes, entre jeunes et âgés, ouvriers et professionnels, etc.). « L’analyse comparée » fait référence à un type particulier de comparaison : comparaisons entre « contextes macro ». Souvent les « contextes macro » sont conçus au niveau des pays (« états-nations »), mais on peut également comparer d’autres « contextes macro » : régions (cantons), domaines politiques, périodes historiques, … c) Pourquoi comparer ? : • comparaison pour évaluer (« but normatif »), ex : quelle démocratie est la meilleure ? • comparaison pour expliquer (« but positif »), ex : pourquoi + de partis en Suisse qu’en GB ? L’analyse comparée : « l’analyse des conséquences des contextes macro pour le comportement politiques et les résultats des processus politiques. » Plusieurs « contextes macro » potentiels ; et conséquences aux plusieurs niveaux potentiels : individus (citoyens), acteurs politiques (partis, groupes d’intérêt, mouvements) et politiques gouvernementales. 2. Plusieurs approches méthodologiques : 2 distinctions • L’approche quantitative contre l’approche qualitative : l’analyse d’un échantillon des cas contre la comparaison des cas particuliers (sélectionnés pour leurs particularités). • l’approche déductive contre l’approche inductive : - L’approche déductive : on commence avec une théorie (causale) qu’on veut tester. - L’approche inductive : on commence avec un phénomène/résultat (peut-être un « puzzle ») qu’on veut expliquer. Deux méthodes inductives (John Stuart Mill, A System of Logic, 1843) : On cherche l’explication d’un phénomène (outcome) qu’on observe dans certain cas (« cas positifs ») et qu’on n’observe pas dans d’autres cas (« cas négatifs ») • La méthode d’accord: on cherche des variables explicatives que les cas positifs ont en commun • La méthode de différence : on cherche des variables explicatives que les cas positifs et les cas négatifs n’ont pas en commun • La méthode jointe : les deux principes appliqués au même problème 3. La logique de Mill exemplifiée (Val Bunce, Subversive Institutions, 1999) Le puzzle : variation parmi les pays dans lesquels le socialisme d’État s’est effondré entre 1989 et 1995 – dans certains cas, l’état a été démantelé, pas dans d’autres cas... • Cas positifs (démantèlement) : l’Union soviétique, la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie, ces États n’existent plus. • Cas négatifs : la Pologne, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie => pourquoi cette variation ? 3 explications plausibles : le fédéralisme, l’existence des minorités ethniques, mobilisation nationaliste préalable. La méthode d’accord élime la mobilisation préalable comme explication satisfaisante. La méthode de différence élime l’existence des minorités ethniques comme explication satisfaisante.

Conclusion selon la méthode jointe : Le fédéralisme est la variable principale, même peut-être la seule variable, qui explique le puzzle du démantèlement de l’état parmi les pays post-communistes. On applique souvent la méthode de différence sans la méthode d’accord, mais ça suppose que les cas sont suffisamment similaires : • pourquoi observe-t-on une « révolte fiscale « aux États-Unis mais pas en Suède dans les années 70 ?  Cas non similaires, donc comparaison non pertinente. • pourquoi observe-t-on une « révolte fiscale » en Danemark mais pas en Suède dans les années 70 ?  Pays très similaires, possible d’identifier des variables causales. Critiques de la logique de Mill : • Les résultats que nous voulons expliquer sont souvent une question de degré (p.ex., la taille de l’état-providence). • Même pour les événements (comme le démantèlement de l’état), la logique de Mill est trop déterministe. ⇒ La perspective probabiliste : X augmente la probabilité d’observer Y (mais X n’est pas une cause suffisante de Y). ⇒ La causalité plurielle : plusieurs X’s peuvent influencer la probabilité d’observer Y (ou la valeur de Y). 4. L’analyse quantitative : un exemple Alberto Alesina et Edward Glaeser, Fighting Poverty in the United States and Europe (2004). Question : pourquoi l’État-Providence est plus important en Europe qu’aux USA ?

La théorie : la fractionalisation raciale/ethnique sape le soutien pour la redistribution parmi les électeurs aux revenus moyens. Le test : y-a-t-il une association entre fractionalisation et la taille de l’État-Providence à travers les pays ?

On observe bien une causalité entre ces deux variables. La fractionalisation raciale peut expliquer les dépenses sociales. Limites : Spuriousness (fausseté ?): y a-t-il une troisième variable (Z) qui a une influence sur les valeurs de X et Y ?  la « régression multivariée »: quel est l’effet moyen de X sur Y en contrôlant l'effet de Z sur Y ? Causalité inverse : peut-être que les valeurs de X dépendent des valeurs de Y ? => corrélation ≠ causalité : quels sont les mécanismes causaux ? Les phénomènes rares (démantèlements d’états p.ex.) posent un problème pour l’analyse quantitative. 5. « Multi-methods design » • Comparaison des cas, puis analyse quantitative pour tester la (nouvelle) théorie • Analyse quantitative, puis analyse qualitative pour comprendre/tester les mécanismes causaux 6. La temporalité comme élément manquant • Périodes historiques comme contextes macro • La séquence de changements dans les variables d'intérêt 7. L’analyse des individus dans leur contexte macro a) L’explication « fréquentiste » • Exemple A : l’explication « fréquentiste » 1. les travailleurs dans la production ont plus tendance à voter pour les partis de gauche que les travailleurs dans les services 2. les partis de gauche sont plus forts en Europe qu’aux États- Unis parce que plus de travailleurs sont employés dans la production • Exemple B : 1. les personnes croyantes sont plus conservatrices 2. les partis de gauche sont plus forts en Europe qu’aux États-Unis parce qu’il y a moins de personnes croyantes => la relation entre X et Y est la même dans tous les pays b) L’explication « contextuelle » • Exemple A : les travailleurs dans la production ont tendance à davantage voter pour les partis de gauche que les travailleurs dans les services en Europe, mais ce n’est pas le cas aux États- Unis • Exemple B : les personnes croyantes sont plus conservatrices aux États-Unis qu’en Europe => l’idée clé: le contexte change la relation entre X et Y

Résumé : • approche déductive/approche inductive • méthode d’accord/méthode de différence • explication déterministe/explication probabiliste • explication fréquentiste/explication contextuelle • temporalité: variation entre cas au fil du temps

B. Thématique substantielle : 1. Quelles sont les différences principales parmi les systèmes des pays « occidentaux » ? a) Les institutions politiques Les politologues favorisent les comparaisons transnationales parce qu’ils s’intéressent aux conséquences politiques des facteurs (souvent institutionnels) qui varient au niveau national : les conséquences du système politique. Analyse quantitative et comparativiste. L’exemple par excellence (Arendt Lijphart, Patterns of Democracy) : une analyse comparée-quantitative des 36 pays qui étaient « démocratiques » en 2010 et avaient été « démocratiques » pour plus que 20 ans (en 2010). b) Définition formelle de la démocratie « Un système politique dans lequel ceux qui font et appliquent les lois (« les gouverneurs ») sont responsables devant ceux qui doivent obéir aux lois ("les citoyens") à travers des élections régulières et compétitives, au suffrage universel et égal. » => 3 critères : 1. Responsabilité́ 2. Élections régulières et compétitives 3. Suffrage universel et égal c) La perspective « comparativiste » exemplifiée par Lijphart Il y a plusieurs manières d’organiser les élections, la représentation et la responsabilité, principalement : - État unitaire Vs. État fédéral - Régime parlementaire Vs. Régime présidentiel - Élections majoritaires Vs. Élections proportionnelles  Quels sont les conséquences de ces différences institutionnels pour le comportement des citoyens et les acteurs collectives (nombre de partis politiques, …) ? pour les politiques publiques et, finalement, pour la qualité de vie ? d) Deux visions de la démocratie • Vision majoritaire : la démocratie, ça veut dire que la majorité des citoyens (électeurs) décident les politiques gouvernementales. • Vision consensuelle : la démocratie, ça veut dire que tous les citoyens sont représentés dans le processus décisionnel, que le pouvoir politique est partagé parmi les groupements les plus importants des citoyens. 2. Comment expliquer des tendances (changement au fil du temps) que ces pays ont en commun ? Critique de l’approche institutionnaliste => problématiques additionnelles : • Quels sont les mécanismes causales entre institutions et les choix politiques ? • Comment expliquer les différences institutionnelles ? institutions comme choix politiques ? • Comment expliquer le changement au fil du temps, malgré la stabilité institutionnelle ? • D’autres contextes « macro » : l’économie, la culture politique.

Conférence 2 : Institutions démocratiques : formes gouvernementales et scrutins électoraux[edit | edit source]

I/ La perspective institutionnelle : le livre de Lijphart Problématique de base : La démocratie (définie par les élections compétitives comme mécanisme pour la représentation des citoyens et la responsabilité du gouvernement) peut-être organisée de plusieurs manières très différentes : démocratie suisse ≠ démocratie britannique. A. Le projet de Lijphart : 3 étapes 1. Identifier et mesurer les différences institutionnelles (chap. 5-13) : au total, 10 variables mesurables (ou peut-être « aspects/dimensions de variation ») 2. Conceptualiser (et mesurer) les liens parmi les 10 variables => une typologie des démocraties (chap. 2-3 et 14) : démocraties majoritaires et democraties consensuelles 3. Évaluer l’impact de ces différences institutionnelles en termes de politiques publiques et de conditions économiques et sociales (chap. 15-16), conséquences de ces politiques. B. Notre discussion Aujourd’hui : Introduction à la problématique de Lijphart, deux distinctions primordiales : 1. gouvernement parlementaire et gouvernement présidentiel 2. élections majoritaires et proportionnelles La semaine prochaine (conférence no. 3) : • un inventaire complet des différences identifiés par Lijphart • discussion de son classement (typologie) des pays Le premier tutorat : discussion du projet évaluatif de Lijphart: les démocraties consensuelles, sont-elles meilleures? Conférence no. 5 : les limites de la perspective instutionelle II/ La perspective « institutionnaliste »

A. Institutions = « règles du jeu » Comprendre les conséquences de ces règles du jeu. • Certaines règles ne sont jamais prescrites par la constitution, d’autres sont toujours prescrites par la constitution • Certaines règles peuvent être « constitutionnelles » ou non : certaines constitutions sont plus détaillées que d'autres • Les règles pour changer la constitution sont, elles-mêmes, une dimension de variation transnationale (variable no. 8 dans le schéma de Lijphart) Les règles électorales sont précisées par la constitution dans certains pays, mais pas dans d’autres. B. Que faut-il pour modifier la constitution ? • R-U : majorité dans le House of Commons, pas de lois supérieures des décisions du Parlement. • E-U : majorités de 2/3 dans les 2 assemblées législatives au niveau fédéral + majorités législatives dans 4/5 de tous les états-membres. Très difficile de changer la constitution. Très peu de changements dans ces 50 dernières années. III/ Les deux visions de la démocratie • Vision majoritaire (britannique) : la démocratie, ça veut dire que la majorité des citoyens (électeurs) décident les politiques gouvernementales. • Vision consensuelle (suisse) : la démocratie, ça veut dire que tous les citoyens sont représentés dans le processus décisionnel, que le pouvoir politique est partagé parmi les groupements les plus importants des citoyens => gouvernement de coalition, gouvernement par compromis. IV/ Deux manières de partager le pouvoir gouvernementale •Entre les différents niveaux de gouvernement (ou différentes « instances gouvernementales »)  fusion power contre division of power (=la dimension « fédérale-unitaire ») • Au même niveau (ou dans la même instance), entre les différents acteurs politiques  majority rule contre power-sharing (=la dimension « éxécutifs-partis »)

Ambiguïté dans le livre de Lijphart : y-a-t-il 2 ou 4 types de démocratie ? Dans ces cas là, lorsqu’il affirme que les gouv. De coalition sont meilleurs, parle-t-il de la Suède ou de la Suisse ? Le fédéralisme (deuxième forme de partage du pouvoir) à discuter la semaine prochaine : pour le moment, supposons un état unitaire (et supposons qu’il y une chambre du parlement qui est dominante, la chambre populaire, élue directement par le peuple) ... V/ Gouvernement parlementaire et gouvernement présidentiel Les relations entre l’exécutif du gouvernement et l’assemblée législative ou les assemblées législatives sont une thématique importante pour Lijphart (variable no. 3), mais le choix « présidentialisme contre parlementarisme » ne figure pas parmi les 10 aspects de variation transnationale identifiés par Lijphart... A. Gouvernement présidentiel (exemples : les Etats-Unis et la France) • Elu directement par les citoyens, le président est le chef du gouvernement et le chef d’Etat. • Le président a un mandat politique et des pouvoirs constitutionnels indépendants du parlement (la majorité législative) • Les ministres (le cabinet) sont nommés par le président et ils sont responsables devant lui • Le président et le parlement légifèrent (adoptent des lois) conjointement • Gouvernement par executive orders : décisions par le président qui ont la force de loi B. Gouvernement parlementaire (exemples : le Royaume-Uni et l’Allemagne) • Distinction entre « chef d’état » et « chef du gouvernement » • Le chef du gouvernement (premier ministre) est élu par la majorité parlementaire (la majorité de l’assemblée « populaire ») • Présidé par le premier ministre, le gouvernement (le cabinet) est le « comité exécutif » du parlement (la majorité du parlement) • Les pouvoirs législatifs exercés par le gouvernement ont été délégués par le parlement • Le cabinet et les ministres sont responsables devant le parlement et le parlement peut les forcer à démissionner • Le gouvernement contrôle l’agenda du parlement C. Différences entre régimes présidentiels USA : • Pouvoir de veto du président : si le président refuse la signature, il faut une majorité de 2/3 dans les deux chambres du congrès pour qu’une initiative parlementaire devient la loi. Très difficile de légiférer sans le président mais aussi difficile pour le président de légiférer sans le parlement. • Le président ne peut pas dissoudre le parlement France : • Aucun pouvoir de veto • Mais le président peut dissoudre l’Assemblé Nationale

Gouvernement présidentiel américain = séparation des pouvoirs éxécutifs, législatifs et judiciaires Gouvernement parlementaire britannique = fusion des pouvoirs (= gouvernement par la majorité parlementaire)

=> c’est le Royaume Uni qui est l’exemple par excellence de la démocratie majoritaire, mais comment caractériser les USA (ou la France sous « cohabitation ») ? D. Le cas suisse : gouvernement parlementaire ? • le parlement nomme le gouvernement (les ministres) mais il ne peut pas les forcer à démissionner entre les élections • gouvernement de coalition permanente : les résultats électoraux n’influencent pas la composition partisane du gouvernement (sauf de temps en temps) VI/ Systèmes éléctoraux Problématique : comment se forme une majorité gouvernementale dans un système parlementaire ? Norme dans la Grande Bretagne : gouvernement d’un seul parti (majoritaire ou presque-majoritaire) Norme dans l’Allemagne : gouvernement de coalition (plusieurs parties politiques dans le gouvernement) => le système électoral comme l’explication principale pour cette divergence... A. Les 2 types de base PR (proportional representation) : • plusieurs élu-e-s dans chaque circonscription • le nombre de sièges attribués dans chaque circonscription est proportionnel à sa population • dans chaque circonscription, les sièges sont attribués aux partis proportionnellement au nombre de votes obtenus SMD (single-member districts) : • un-e seul-e élu-e par circonscription • les circonscriptions sont de même taille • le candidat qui obtient plus de voix que les autres dans une circonscription est élu Précisions préliminaires : • Distinction entre systèmes SMD et système PR concerne les élections aux assemblés législatives (parlements) • Les élections présidentielles sont toujours majoritaires • Les élections législatives dans un régime présidentiel peuvent être PR (le Brésil, la Russie) ou SMD (la France, USA) B. 2 variantes PR • Closed-list PR : les sièges qu’un parti a gagné sont attribués aux candidats selon leur place sur la liste (le standard) • Open-list PR : les électeurs peuvent exprimer leurs préférences parmi les candidates sur la liste (p. ex. Suisse) C. 2 variantes SMD • La variante « pluralitaire » (anglaise-américaine) : une seule élection, le candidat qui a obtenu le plus de votes gagne le siège (« first past the post »), même sans majorité. • La variante « majoritaire » (française), absence d'une majorité déclenche un deuxième tour : - Elections législatives : deuxième tour sans les candidats qui ont obtenu moins de 12.5% des suffrages ou qui ont choisi de se désister en faveur d’un autre candidat - Elections présidentielles : que deux candidats au deuxième tour D. Caractéristiques-clés des systèmes SMD • S’il n’y a plus que 2 candidats, une pluralité suffit pour gagner le siège (la variante française réduit mais n'élimine pas ce scénario dans les élections législatives) • On appelle ces systèmes « majoritaires » parce qu’ils ont tendance à produire des majorités parlementaires pour un seul parti. • Supposons que deux partis contestent l’élection et qu’un de ces partis gagne 51% des votes dans chaque circonscription : 100% des sièges parlementaire seront attribués à ce parti ! • Le système encourage le vote tactique pour l’un ou l’autre des candidats le plus susceptibles de gagner une pluralité de votes E. Conséquences du PR • Plus de partis, avec des programmes et des bases sociales plus differentié(e)s • Une probabilité beaucoup plus élevée de gouvernement de coalition

La « déconnexion » entre la distribution des votes et la distribution des sièges parlementaires dans le cas britannique :

Deux raisons pour cette « déconnexion » : • Il y a plus que deux candidat-e-s dans beaucoup de circonscriptions • Le parti gagnant a gagné́ ses circonscriptions par des marges plus petites que le parti perdant. F. Qu’est-ce qui se passe lors des élections ? En principe, 2 réponses : • Les électeurs expriment leurs préférences parmi les programmes présentés par les partis. • Les électeurs décident qui va gouverner. Le premier aspect est dominant dans les systèmes PR ; le deuxième dans les systèmes SMD (éléctions législatives en Grande Bretagne, les éléctions présidentielles aux USA, les deux en France). Dans les systèmes PR, c’est les partis qui décident qui va gouverner après les élections (mais leurs predispositions sont connues par les électeurs). Le système français donne aux électeurs l’opportunité exprimer leurs préférences parmi les programmes, vote sincère (premier tour) et puis décider qui va gouverner, vote tactique (deuxième tour). G. 3 arguments en facveur du SMD (contre la formule proportionnelle) 1. Système SMD permet des liens directs entre les citoyens et leur représentants parlementaires (« constituency ties ») 2. En favorisant les grands partis, le système SMD augmente l’efficacité du gouvernement 3. Gouvernement majoritaire facilite attribution du blâme/crédit (« clarté de la responsabilité ») A discuter : est-ce que les gouvernements d’un seul parti sont vraiment plus efficaces que les gouvernements de coalition ?


Conférence 3 : Institutions démocratiques : partis politiques et groupes d’intérêt[edit | edit source]

I/ Le système électoral et ses conséquences pour le système des partis politiques : le nombre de partis et leurs orientations A. La thèse de Duverger (Political Parties, 1964) • La formule SMD engendre une logique « deux-partiste » et des partis type « catch all » • La formule PR engendre une « multipartiste » et des « partis de niche » La formule SMD favorise les deux grands partis pour deux raisons : - L’effet « mécanique » : les grands partis sont surreprésentés dans le parlement (dis-proportionnalité) - L’effet « psychologique » : les électeurs ne veulent pas « gaspiller » leur vote sur les candidats qui ont peu de chance d'être élus (vote tactique) B. Lijphart : l’index de Gallagher comme mesure globale de la dis-proportionnalité

V = distribution des votes pour chaque parti / S = distribution des sièges pour chaque parti. L’écart entre % du vote populaire (au niveau national) et % des sièges obtenus par chaque partis  Si proportion des sièges et proportion des votes pour chaque parti sont identiques, G = 0 Le scenario majoritaire avec 2 partis (présidentielles françaises, deuxième tour) : - Parti A : 51 – 100 = -49 - Parti B : 49-0= 49 - 49 au carré = 2401 - 0,5 x (2401 + 2401) = 2401 - √2401 = 49.0 Valeurs moyennes 1945-2010 pour les éléctions législatives (Lijphart, pp150-151) : Systèmes PR : Pays-Bas 1.21 Suède 2.04 CH 2.55 Allemagne 2.67 Espagne 7.28 Systèmes SMD : UK 10.33 USA 14.28 France 20.88 C. Pourquoi les systèmes américains et français sont-ils plus disproportionnels que le système britannique ? Le « problème français » : plus de candidats (au premier tour), plus de dis-proportionnalité. Le contraste entre les cas britanniques et américains : les circonscriptions américaines sont bien plus grandes (et plus hétérogènes) que les circonscriptions britanniques... La taille des circonscriptions : • Royaume Uni : 650 sièges (House of Commons) électorat : 46 millions = 70,000 électeurs par circonscriptions. • USA : 435 sièges (House of Representatives) voting-age population : 250 millions = 575,000 électeurs par circonscriptions. Pour chaque membre du parlement, circonscription bien plus large aux USA qu’au R-U. D. Le cas SMD Supposons : • Un électorat de 1M citoyens (au niveau du pays) dont 51% soutiennent le parti A et 49% soutiennent le parti B • Un choix entre un parlement avec 50 sièges ou un parlement avec 100 sièges => si les préférences partisanes sont distribuées de manière aléatoire sur le territoire, le choix n’importe pas pour la proportionnalité de l’élection (le parti A gagne toujours 100% de sièges) => s’il y a des biais géographiques dans la distribution des préférences partisanes (clivage ville-campagne, région riche ou pauvre, etc.), le parti B va être mieux représenté dans le deuxième scenario Donc un système avec un grand parlement va créer un effet de proportionnalité. E. Pourquoi la dis-proportionnalité varie-t-elle parmi les pays PR ? • Seuils de représentation dans le systèmes proportionnels (5% en Allemagne, 4% en Suède) : discrimination contre les petits partis • La taille des circonscriptions : plus grand est le nombre de sièges à attribuer dans chaque circonscription, plus les résultats sont proportionnels Différences entre pays PR • Pays-Bas : 1 seule circonscription pour élire 150 député au parlement, aucun seuil formel (il suffit à un parti d’obtenir 0.67% des votes au niveau national pour obtenir 1 siège) • la Suisse : 26 circonscriptions pour élire 200 députés au Conseil national, avec nombreuses petites circonscriptions (6 n’ont qu’un représentant) ... Le cas PR : une ilustration très simple (deux partis) : Supposons que 67% des électeurs dans une circonscription soutiennent le parti A et 33% soutiennent le parti B : • 2 sièges à attribuer : le parti A gagne tous les deux sièges • 3 sièges à attribuer : le parti A gagne 2 sièges et le parti B 1 siège  SMD : la dis-proportionnalité augmente avec la taille des circonscriptions  PR : la dis-proportionnalité diminue avec la taille des circonscriptions F. Le nombre (N) effectif de partis politiques (Lijphart, p.68) La formule : On peut calculer cette formule sur la base de la distribution des votes populaires ou celle des sièges parlementaires. - Deux partis de même taille = 2 1 / [(0,5x.0,5) + (0,5x0,5)] = 2 - Deux partis, un étant plus grand que l’autre : <2 Deux grands partis et deux petits partis : < 4 1/[.42 +.42 +.12+.12]=2.94

Proportionnalité entre dis-proportionnalité et nombre de partis effectifs. G. Contre la thèse de Duverger 1. Le cas britannique Deux partis au 19e siècle : Conservateurs Vs. Libéraux. Créé en 1905, le parti travailliste (Labour) surpasse les Libéraux comme le principal concurrent des Conservateurs dans les années 1920 (après l’introduction du suffrage universel masculin en 1918). Mais les Libéraux restent le troisième parti. Depuis 1970 : d’autres partis (SNP) apparaissent. La géographie électorale britannique : plusieurs « systèmes de concurrence électorale » : - le Nord et les circonscriptions urbaines : Labour contre Conservateurs - les circonscriptions rurales dans le Sud : Libéraux contre Conservateurs - l’Écosse : SNP contre Labour - (l’Irlande du Nord : catholiques/nationalistes contre protestants/unionistes) => la logique SMD opère dans les circonscriptions, pas au niveau national : elle défavorise les petits/nouveaux partis avec un soutien diffus, mais elle ne défavorise pas les partis avec un soutien géographiquement concentré. 2. La France (SMD) et l’Allemagne (PR) : dans les années 1970


la comparaison franco-allemande • depuis 1980, le système allemand est devenu plus « multi-partiste » et le système français est devenu de plus en plus dominé par la concurrence entre deux grands partis • la 5e République (1958) introduit le scrutin SMD et le présidentialisme: il a fallu attendre longtemps pour que les conséquences de ces modifications prennent effet • les électeurs gardent des habitudes, les partis politiques sont des organisations avec un engagement idéologique II/ Le pouvoir exécutif : typologie des gouvernements A. Concentration ou partage du pouvoir exécutif ? Gouvernement majoritaire = gouvernement d’un seul parti = concentration du pouvoir exécutif Gouvernement de coalition = gouvernement soutenu par plusieurs partis = partage du pouvoir exécutif Majorité parlementaire dirigée par un seul parti : Systèmes SMD (14 pays) : 83% Systèmes PR (22 pays) : 18% Gouvernement majoritaire sans majorité populaire (« manufactured majorities ») : Systèmes SMD : 44% Systèmes PR : 10% B. Quel type de gouvernement en l’absence d’un seul parti majoritaire ? 3 possibilités : 1. gouvernement minoritaire (un ou plusieurs partis) 2. gouvernement de coalition minimale (« minimum winning coalition ») 3. gouvernement de coalition « surdimensionnée » (« oversized coalition ») Le gouvernement allemand actuel est un exemple de gouvernement de coalition minimale. C. La théorie des coalitions minimales L’idée de base : les partis et les politiciens sont motivés en premier lieu par les avantages d’occuper les positions gouvernementales, c’est-à-dire qu’ils veulent maximiser les portefeuilles ministériels. Donc : • ils sont toujours disponibles comme partenaires gouvernementaux • ils veulent exclure tous les partis qui ne sont pas nécessaires pour former un gouvernement majoritaire Gouvernements non-majoriataires (1945-2010) : Gouvernements minoritaires 28,5 % Gouvernement de coalition minimale 38,9 % Gouvernement de coalition surdimensionnée 32,6 % D. Pourquoi des gouvernements minoritaires et surdimensionnés ? Gouvernements minoritaires : plusieurs partis jugent qu’il serait mieux de rester en dehors du gouvernement, parce qu’ils ne peuvent pas obtenir les politiques qu’ils veulent, ou alors pour des raisons de tactique électorale Gouvernements avec une coalition surdimensionnée : un ou plusieurs partis jugent qu’une grande coalition permettra d'améliorer les chances de succès à long terme pour les politiques (réformes) qu’ils veulent introduire ⇒ Les partis sont motivés par des considérations plus complexes que ne le suppose la théorie des coalitions minimales : • ils se soucient de la substance politique • ils ont un horizon plus étendu dans le temps Mesure sommaire de la concentration du pouvoir exécutif: la moyenne pour le pourcentage de gouvernements minimaux et le pourcentage de gouvernements d’un seul parti (p. 98-101) :

E. SMD = gouvernement majoritaire = gouvernement efficace ? Sans doute le cas à court terme, pour chaque gouvernement (pas besoin de négocier avec d’autres partis). Mais le scénario SMD et gouvernement majoritaire peut être inefficace à long terme : chaque gouvernement change les politiques introduites par le gouvernement précédent. III/ Résumé des autres variations institutionnelles identifiées par Lijphart 1. Concentration/partage du pouvoir éxécutif : gouvernement d’un seul parti ou gouvernement de coalition) 2. Relations entre l’éxécutif et le législatif: dominance de l’éxécutif ou équilibre - Les députés peuvent prendre des initiatives législatives sans le soutien du gouv. ? - Le parlement peut forcer la démission du gouv. (et/ou les ministres particuliers) ? - Qu’elle sont les « fonctions de surveillance » du parlement? => mesure quantitative de Lijphart: la durée moyenne des gouvernements (« cabinets ») conçu comme une constellation spécifique des partis politiques 3. Le nombre de partis politiques 4. La disproportionnalité du système électoral 5. Le système de groupes d’intérêt: « pluraliste « (une multitude de groupes d’intérêt en compétition) ou « corporatiste » (concentration et coordination) • pluralisme : - Nombreux groupes - Les groupes sont des acteurs « externes » au gouvernement: engagés dans le lobbying et/ou la mobilisation des citoyens pour les partis/candidats qui partagent leurs préférences - L’influence politique des groupes découle de leur soutien parmi les citoyens • corporatisme : - Un petit nombre de groupes, chacun a un certain « monopole de représentation » (p. ex. organisations faîtières) - Les employés des associations sont engagés dans les négociations plus ou moins permanentes aves les employés des autres groupes et les fonctionnaires de l’état - Partenaires dans la mise en œuvre des politiques gouvernementales plutôt que groupes de pression => un index (Siaroff) comme mesure quantitative. 6. Gouvernement unitaire/centralisé ou fédéral/décentralisé - Systèmes fédéraux : gouvernements « sous-nationaux » avec souveraineté (autorité législative suprême) dans certains domaines (spécifiés par la constitution) Exemples : Allemagne, Suisse, Etats-Unis - Systèmes unitaires : le gouvernement national est souverain dans tous les domaines politiques  les gouvernements régionaux et municipaux sont responsables pour l’administration publique et peuvent bien légiférer (= créer des règles que les citoyens doivent suivre), mais le gouvernement national peut toujours annuler/changer ce qui a été décidé à d’autres niveaux. Exemples : le Royaume-Uni (jusqu’à récemment), la France Variations plus subtiles: l’échelle proposée par Lijphart : - Parmi les systèmes fédéraux, quels sont les domaines dans lesquels les états/cantons/provinces sont souverains? quelles sont les ressources fiscales des états/cantons/provinces par rapport au gouvernement fédéral? (4,5 ou 5) - Les systèmes unitaires peuvent être plus ou moins décentralisés ⇒ catégories intermédiaires introduites par Lijphart (chapitre 10): • systèmes « semi-fédéraux » (les Pays-Bas) = 3 • systèmes unitaires décentralisés (les pays nordiques) = 2 7. Uni-camérialisme ou partage du pouvoir législatif entre les deux chambres • y-a-t-il une deuxième chambre législative ? • quel est son rôle dans le processus législatif ? consultatif ? co- législateur égal ? • toujours une 2ème chambre avec des pouvoirs considérables dans les pays fédéraux 8. Constitutions facilement modifiées ou rigides 9. Contrôle judiciaire du pouvoir législatif - La Constitution : rigide (difficile à modifier) ou plutôt flexible ? - Le rôle politique des tribunaux: est-ce que les tribunaux (p. ex. une cour constitutionnelle) peuvent annuler les lois adoptées par le parlement (et le président) ? ⇒ les 2 questions sont liées : le pouvoir de « judicial review » présuppose que la constitution soit rigide. ⇒ les 2 sont aussi liées au fédéralisme: la constitution est souvent plus rigide et les tribunaux plus importants dans les systèmes fédéraux parce qu’il s’agit de régler les relations entre le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux. Le « judicial review » • la variante américaine : les citoyens ou les gouvernements sous-nationaux (états-membres ou gouvernements municipaux) peuvent demander aux tribunaux de juger la constitutionnalité des lois votées par le parlement et signées par le président • si les tribunaux inférieurs se prononcent contre le gouvernement fédéral, ces cas se retrouvent devant la Cour Suprême (9 juges nommés pour une durée illimitée) • la variante européenne (allemande) : un tribunal spécial pour les questions constitutionnelles (« centralized judicial review ») 10. Banques centrales : indépendantes ou non Autonomie bancaire (CBI) = séparation pouvoirs publiques. Un index conventionnel... IV/ Les liens entre les variables identifiées par Lijphart (son analyse dans le chapitre 14) L’analyse factorielle des 10 variables institutionnelles : corrélations entre les variables => 2 groupes de variables ou, autrement dit, deux dimensions (« variables latentes ») • la dimension « exécutifs-partis » (autre label : « power sharing») • la dimension « fédérale-unitaire » (autre label : « division of power »)

Les 5 premières variables sont cohérantes. Scores factoriels : calculés sur la base de : (a) la valeur pour le pays sur chacune des variables individuelles et (b) le poids de chaque variable pour la l’une ou l’autre dimension. Changement au fils du temps : trois types de variables : 1. Celles qui change d’une élection à l’autre (dis-proportionnalité, nombre effectif de partis) 2. Celles qui ne change presque jamais (la rigidité de la constitution, le rôle du judiciaire) 3. Celles qui change soit lentement au fils du temps (le nombre (relations exécutif-parlement), soit rarement (l’autonomie de la banque centrale)

Résumé : • Quatre types de démocraties : 1. unitaire-consensuelle 2. fédérale-consensuelle 3. fédérale-majoritaire 4. unitaire-majoritaire • Stabilité de classification des pays au fils du temps • Chapitres 15-16 (à discuter dans les tutorats) : évaluation quantitative des conséquences des variations sur les deux dimensions pour (a) les politiques choisies, (b) les conditions économiques et sociales et (c) la participation et la satisfaction des citoyens


Conférence 4 : La redistribution des revenus : pourquoi certains pays le font plus que d’autres ?[edit | edit source]

Aujourd’hui : • Clarification : types de gouvernement, le rôle de la distinction entre régimes parlementaires et présidentiels • Au-delà du Lijphart : la redistribution des revenus comme objet de l’analyse comparée Semaine prochaine : retour à Lijphart : critique de la perspective institutionnaliste I/ Clarification A. 3 types de gouvernements dans les systèmes parlementaires Pas de majorité contre le gouvernement. 1. Gouvernements minoritaires Soutenus par des partis politiques qui n’ont pas des portefeuilles ministériels : soit une coalition stable (mais implicite), soit des coalitions variables selon les enjeux. Soutient de partis qui ne sont ni dans le gouvernement ni dans le parlement. 2. Gouvernements majoritaires minimaux Soit d’un parti seul, soit de plusieurs partis (mais pas plus qu’il faut pour avoir un majorité),. 3. Gouvernements de coalitions surdimensionnées Plus de partis que nécessaire pour avoir une majorité parlementaire dans le gouvernement 4. La conclusion principale de Lijphart : En favorisant les grands partis, le système SMD augmente la probabilité du deuxième scénario. Le deuxième scénario est sans doute le scénario preferé par tous les partis politiques. Ce n’est pas évident que les partis politiques (en général) préfèrent l’un des autres scénarios par rapport à l’autre. B. Le présidentialisme Dans un système présidentiel on va avoir gouvernement (au sens étroit) d’un seul parti. La complication : le parti du chef du gouvernement commande également une majorité parlementaire ? ⇒ si oui : l’équivalent du scénario parlementaire no. 2 ⇒ si non : un scénario de « cohabitation » (divided government) C. Spécificités des régimes présidentiels • Cas américain : 2 chambres égales (=une probabilité de cohabitation plus élevée). Il faut une majorité dans les 2 chambres pour avoir un gouvernement majoritaire. • Cas français : le double exécutif (= - de pouvoir pour le président dans une situation de cohabitation) II/ La redistribution des revenus (par le gouvernement) comme objet d’analyse comparée A. Deux questions plus précises : - Pourquoi observe-t-on plus de redistribution dans les pays avec des systèmes électoraux PR ? - Pourquoi observe-t-on plus de redistribution dans les pays plus inégaux ? D’abord : Que-ce c’est la redistribution ? Comment la mesurer ? Quelques données pour motiver les deux questions...

B. Observations préliminaires • 3 types de dépenses sociales : (1) assurance sociale, (2) assistance sociale et (3) services (santé, soins aux personnes âgées, garde d’enfants) L’importance relative de services sociales et programmes « assistance sociale » varie selon le pays. Dans tous les pays, les programmes d’assurance sociale plus ou moins universels représentent la majorité des dépenses sociales. Assurance sociale = - transferts des revenus du gouvernement aux ménages - les transferts sont typiquement proportionnels aux revenus gagnés « dans le marché » (« income replacement » ) C. Est-ce que l’Etat-providence redistribue les revenus entre ménages ? Oui, si les taux d’impôts sont progressifs (plus hauts pour les riches). Même si les transferts sont proportionnels, il y a normalement un minimum et en maximum des bénéfices dans les programmes d’assurance sociale (un choix politique). Plus important, l’assurance sociale redistribue dans la mesure que les risques sociaux tombent principalement sur les individus ou ménages avec des revenus faibles (évidemment le cas pour le chômage, pas pour la retraite) D. Mesurer la redistribution (une approche conventionnelle) • Une mesure de l’inégalité avant impôts et transferts (« market income ») • La même mesure après impôts et transferts (« disposable income ») => quelle est la différence entre les deux ? quelle est la réduction de l’inégalité (en pourcentage) produit par les impôts et les transferts aux ménages ? Mesures de l’inégalité : • le pourcentage des revenues d’une certaine catégorie des ménages (p.e., les 10% plus riches) • le taux de pauvreté relative (% des personnes dans les ménages avec un revenu moins que 50% du moyen) • le ratio des revenues au 90ème percentile aux revenues au 10ème percentile (ou 90-50, 50-10) • le coefficient de Gini... E. Le coefficient Gini

On additionne la contribution de chaque unité (ménages ou individus) au revenu global en classant les revenus du plus bas au plus haut. S’il n’y pas d’inégalité, la contribution de chaque unité est exactement la même (« the line of perfect equality »). En réalité, la contribution de certaines unités est plus grande. Le coefficient de Gini = l’espace jaune comme fraction du triangle en dessous de la ligne diagonale = le pourcentage du revenu global qu’il faut redistribuer pour obtenir une égalité parfaite.

III/ Le système PR et la redistribution A. Le système PR et la redistribution Lijphart : le Gini coefficient (et la pauvreté) est plus bas dans les démocraties consensuelles... deux questions se posent : 1. Est-ce que c’est grâce aux politiques gouvernementales ?  Oui 2. Si c’est le cas, pourquoi les gouvernements de coalition poursuivent-ils plus de redistribution que les gouvernements majoritaires d’un seul parti ?

B. Pourquoi cette corrélation entre PR et redistribution ? Deux hypothèses : 1. Dans les systèmes SMD, les gouvernements sont plutôt susceptibles des poursuivre le ciblage géographique des dépenses pour gagner des circonscriptions 2. Les partis de gauche sont plus souvent au gouvernement dans les pays PR (Torben Iversen and David Soskice. 2006. “Electoral Institutions and the Politics of Coalitions.” L’hypothèse partisane (2) • Les partis politiques ont des « core constituencies » qu’ils veulent satisfaire • Les partis de centre-gauche favorise la redistribution plutôt que les partis de centre-droite parce que leurs électeurs ont des revenus plus faibles • La redistribution est + élevée dans les pays avec + de gouvernement de gauche (à la longue durée) • Plusieurs études empiriques (analyses de régression) montrent qu’il y une association statistique entre la représentation des partis de gauche dans le gouvernement et le niveau de redistribution • La question posée par Iversen et Soskice : les partis centre-gauche, pourquoi sont-ils plus forts (plus souvent au gouvernement) dans certains pays que d’autres ? 1. La théorie D’Iversen et Soskice 3 classes de même taille: low income (L), middle income (M) et high income (H) Le scénario PR : • 3 partis correspondant aux 3 classes • Gouvernement de coalition pour avoir un gouvernement majoritaire, soit LM, soit HM Le scénario SMD : • Un parti plutôt L et un parti plutôt H, tous les deux cherchant le soutien des électeurs M • Les électeurs M s’inquiètent que les partis vont suivre une politique “pure” (soit L, soit H) après l’élection. Les préférences des électeurs M : Une politique LM est meilleur qu’une politique HM Mais une politique H (pas de redistribution) est mieux qu’une politique L (redistribution que pour L) Dans le scénario SMD, les M votent pour le parti H pour éviter une politique de redistribution que pour L L’existence d’un parti M permet une alliance LM stable. Critique : La théorie d’Iversen et Soskice suppose que les préférences politiques des électeurs au milieu de la distribution des revenus sont toujours les mêmes, mais ce n’est pas le cas... C. L’inégalité et la redistribution : le « paradoxe Robin Hood » 1. Le paradoxe Robin Hood au fil du temps (ou « le puzzle Piketty ») L’inégalité (surtout les top income shares) a monté dans tous les pays depuis 1990, mais la redistribution a diminué́ dans la plupart des pays.

2. Pourquoi c’est un paradoxe ? Un modèle très simple (Meltzer-Richard) : • quand l’inégalité monte, la proportion des citoyens qui gagnent (sont bénéficiaires nets) d’une politique de redistribution augmente également ou • quand la distance entre le revenu médian et le revenu moyen est plus grande, le citoyen qui gagne le revenu médian veut plus de redistribution => supposons que tous les citoyens votent et que les partis cherchent le soutien de la majorité (= le soutien du « voteur médian ») : la redistribution devrait augmenter avec l’inégalité... 3. Deux explications potentielles du paradoxe a) Le demand side Les citoyens ne répondent pas à l’inégalité dans la manière supposée par Meltzer-Richard • les perspectives de mobilité sont importantes pour le calcul rationnel des citoyens • la race et l’affinité sociale avec les pauvres b) Le supply side Le système politique (démocratique) ne répond pas aux citoyens dans la manière supposée D. La structure de l’inégalité (Noam Lupu et Jonas Pontusson, “The Structure of Inequality and the Politics of Redistribution,” American Political Science Review 105(2011): 316-336) l’idée clé: si les citoyens au milieu de la distribution des revenus sont plus proches aux pauvres qu’aux riches, ils vont soutenir une politique de redistribution; s’il sont plus proches aux riches, ils vont opposer un telle politique. Calcul des perspectives possibles. Chances de devenir riche ou pauvre. Skew (structure) = le ratio de revenues 90-50/le ratio de revenues 50-10 L’explication du « puzzle Piketty » : les top income shares ont augmenté depuis 1990, mais, au même temps, la pauvreté est devenu de plus en plus concentrée parmi les immigrants et (plus généralement) les gens avec une éducation basse. E. L’hypothèse diversité (Alesina et Glaeser, chapitre 6) « When there are significant numbers of minorities among the poor, then the majority population can be roused against transferring money to people who are different from themselves » (p. 134) => une condition objective (diversité), mais il faut qu’il y ait des acteurs politiques qui se livrent à la mobilisation de stéréotypes contre les minorités => épisodes de mobilisation de stéréotypes raciaux contre des projets politiques d’expansion de l’Etat-providence et de redistribution : les années 1890 et 1960. Ce sont les conditions objectives du cas américain qui sont (ont été) distinctives « From Hitler to Haidar, European demagogues have shown as much willingness to exploit racism as their American equivalents. But European homogeneity has generally left them with much less to work with. » (p. 166) « ... racism is not some unusual American trait, but the natural result of minorities who are disproportionately poor and politicians who can push hatred on an anti-welfare ticket. » (p. 177)

La diversité explique-t-elle la variation transnationale ?  L’indice de « fractionalisation »: la probabilité que deux individus choisis au hasard appartiennent au même groupe racial (N.B.: la théorie concerne la surreprésentation des minorités parmi les pauvres plutôt que la diversité, mais les deux sont probablement liées)

F. Le supply side : inégalité dans la représentation politique La politique gouvernementale répond plus aux préférences des citoyens riches qu’aux préférences des citoyens pauvres.

• cette inégalité politiques augmente avec l’inégalité économique(?) Gilens, Martin, “Inequality and Democratic Responsiveness,” Public Opinion Quarterly, v. 69, no. 5 (2005), 778-796. • ca. 1’700 sondages 1981-2002, concernant toutes les domaines politiques imaginables: désirez-vous un changement de la politique? • est-ce que la politique a changé dans les 4 ans suivant une enquête? • préférences pour le changement triés en fonction du revenu des répondants La probabilité d’un changement augmente avec les désirs des répondants riches, pas du tout avec les désirs des répondants pauvres. Les désirs des répondants à revenu médian n’affectent non plus la probabilité d’un changement. comment expliquer l’inégalité de représentation? • le citoyens plus pauvres ne participent pas autant que les citoyens affluents • les préférences des citoyens affluents sont mieux alignés avec ceux de puissants groupes d'intérêts • le financement des partis/campagnes et le lobbying • descriptive représentation: les élus viennent principalement des milieux plus privilégiés (et comprennent mieux les préférences des citoyens plus riches) un petit problème... • le soutien pour une politique de redistribution parmi les pauvres et les classes moyennes n’a pas augmenté dès les années 1990 jusqu’au début des années 2010! • l’impact de l’influence des citoyens plus riches (et le business) dans le système politique comme explication des préférences de l’ électeur médian ?


Conférence 5 : Critique de la perspective institutionnelle[edit | edit source]

I/ Retour sur l’inégalité politique comme explication du « paradoxe Robin Hood » A. Définitions Le « paradoxe Robin Hood » : les gouvernements dans les pays plus égalitaires poursuivent normalement des politiques plus redistributives (que les gouvernement dans les pays plus inégales) Le « puzzle Piketty » : dans la plupart des pays, les gouvernements n’ont pas augmenté le niveau de redistribution en réponse à la montée de l’inégalité depuis 1990  Les deux observations sont surprenantes si on suppose que (1) les citoyens veulent maximiser leur revenus et (2) les gouvernements répondent aux désirs des citoyens au milieu de la distribution de revenus B. Expliquer le paradoxe : côté citoyens - Alesina et Glaeser: clivages raciaux/ethniques sapent la solidarité entre les citoyens aux revenus bas et moyens. - Les citoyens sont motivés par les perspectives de mobilité à long terme : la pauvreté devient plus concentrée et les couches moyennes s’inquiètent moins par la mobilité vers le bas au même temps que les top income shares augmentent D’autres explications : - Les citoyens suppose que inégalité des revenus favorise la croissance - Les citoyens aux revenus moyens ne comprennent pas qu’ils bénéficient d’une politique de redistribution C. Expliquer le puzzle : côté gouvernements (système politique) La politique gouvernementale répond plus aux préférences des citoyens riches qu’aux préférences des citoyens pauvres. Cette inégalité politique augmente avec l’inégalité économique (?) D. Le cas américain Gilens, Martin, “Inequality and Democratic Responsiveness,” Public Opinion Quarterly, v. 69, no. 5 (2005), 778-796. • ca. 1’700 sondages 1981-2002, concernant toutes les domaines politiques imaginables : désirez-vous un changement de la politique ? • est-ce que la politique a changé dans les 4 ans suivant une enquête ? • préférences pour le changement triés en fonction du revenu des répondants

La probabilité d’un changement augmente avec les désirs des répondants riches, pas du tout avec les désirs des répondants pauvres. Les pauvres votent mins et ont moins de ressources politiques.

E. Le cas Suisse

Réponses des membres du conseil national plus proche des riches. F. Comment expliquer l’inégalité de représentation ? Les citoyens plus pauvres ne participent pas autant que les citoyens affluents. Les préférences des citoyens affluents sont mieux alignés avec ceux de groupes d'intérêts puissants. Le financement des partis/campagnes et le lobbying Représentation déscriptive : les élus viennent principalement des milieux plus privilégiés (et comprennent mieux les préférences des citoyens plus riches) G. Un petit problème… Le soutien pour une politique de redistribution parmi les pauvres et les classes moyennes n’a pas augmenté dès les années 1990 jusqu’au début des années 2010 ! L’impact de l’influence des citoyens plus riches (et le business) dans le système politique comme explication des préférences de l’électeur médian ? II/ Un commentaire sur l’article d’Immergut A. Points clés La problématique : pourquoi certains pays ont choisi de réformer (« socialiser ») le système de santé pendant la période d’après-guerre mais d’autres (notamment la Suisse) ont choisi de garder un système privé ? La variable clé pour Immergut : les « points de veto » (une caractéristique du cadre institutionnel) donne aux médecins et d’autres intérêts privés la capacité d’obstruction (représentation dans le domaine parlementaire dans le cas français, la menace d’une votation directe dans le cas suisse) Les explications alternatives qu’elle veut rejeter (ou minimiser) : le pouvoir économique et associatif des médecins, le pouvoir des syndicats, le gouvernement de gauche B. Une lecture de l’analyse de Immergut • La variable dépendante (ce qu’elle veut expliquer) est un continuum (le cas de la France est un cas intermédiaire) • Une logique corrélationnelle : on cherche une pu plusieurs variables explicatives qui prennent des valeurs cohérentes avec le positionnement de chaque pays sur le continuum…

C. Une lecture alternative : la logique de Mill (méthode jointe) avec 4 cas

Veto power : Seule variable que les 2 cas positifs ont en communs et que les 2 cas négatifs ont en commun. La comparaison entre la Suède et la Suisse n’est pas très convaincante : les deux cas sont trop différents pour identifier une variable clé, trop de différences entre ces deux cas. Mais la comparaison entre la 4ème et la 5ème République est très convaincante car cas très similaires. III/ Critique du livre de Lijphart et (plus largement) la « perspective institutionnaliste A. Deux types de critiques 1. « Critique interne » On accepte la problématique de l’étude et on se concentre sur les limites de la réponse proposée par l’étude : p. ex., les données ne suffisent pas de répondre à question, l’analyse des donnés n’est pas convaincante… et surtout : « j’ai une explication différente qui est également cohérente avec les preuves présentées dans cet étude » 2. « Critique externe » Interrogation sur la problématique de l’étude : est-ce la question à laquelle l’étude cherche à répondre est vraiment pertinente ? Y-a-t-il d’autres questions auxquelles il faut répondre ? 3. Deux critiques externes du livre de Lijphart • Comment expliquer les variations institutionnelles (parmi démocraties) identifié par son analyse ? Pourquoi certains pays ont-ils des systèmes proportionnels et d’autres des systèmes majoritaires ? Pourquoi fédéralisme ou non ? etc. • Comment expliquer les changements au fil du temps dans des contextes institutionnels stables ? Par exemple : pourquoi le déclin du soutien électoral pour les « establishment parties » dans les pays SMD (la Grande Bretagne, la France) aussi que les pays PR (l’Allemagne, la Suède) ? B. Si les institutions sont « endogènes », la question de leurs origines devient une critique interne Le cas de nominations judiciaires aux USA : • Selon la constitution, toutes les nominations des juges fédéraux par le président doivent être validé par le Sénat • Une majorité simple (51 sénateurs) suffit pour la validation, mais selon la praxis du Sénat depuis le 19ème siècle il fallait une « super majorité » (60 sénateurs) pour terminer le débat • Par vote majoritaire, le Sénat a décidé de laisser tomber la praxis de la « super majorité » en 2013-16 => la polarisation partisane comme cause du changement institutionnel et pas l’inverse ! « L'endogénéité des institutions » : un problème pour l'analyse de Lijphart ? : • La plupart de la variation institutionnelle identifiée par Lijphart s'étend loin dans le temps 3-4 cas de changement du système électorale depuis les années 1950 : SMD => PR : France 1986 (une seule élection), la Nouvelle Zélande 1994- PR => majoritaire : Italie 1994- • Mais il y 2 variables qui ne sont pas strictement institutionnelles (leurs valeurs changent selon les résultats électoraux) : la (dis)proportionnalité et le nombre effectif des partis politiques… C. Les pays compris par l’analyse sont très hétérogènes : est-ce que c’est un problème ? Problématiques avec des implications différentes : - La problématique d’Immergut : pourquoi observe-t-on un résultat dans certains cas mais pas d’autres ? => cas les plus similaires, le mieux - La problématique de Lijphart : quelles sont les conséquences de la variable « consensualisme » ? => cas les plus différent, le mieux N.B.: variables de contrôle dans l’analyse de Lijphart (chs. 15-16) : • Le niveau de développement économique (PIB par habitant) • La taille de la population • Fragmentation ethnique/religieuse (pour les analyses de l’instabilité et la violence politique) D. Critiques internes 1. Critique interne n°1 : 2 ou 4 types de démocraties ?

Les pays en bas à gauche sont les plus consensuels, ceux en haut à droite sont les plus majoritaires, les autres sont des intermédiaires. Son analyse ne nous permet pas de trancher selon les interprétations des résultats. a) La discussion théorique : les deux dimensions sont toutes les deux dimensions du « consensualisme » Une hiérarchie : partage du pouvoir plus division des pouvoirs (=les systèmes les plus consensuels) partage du pouvoir sans divisions des pouvoirs division des pouvoirs sans partage du pouvoir ni partage ni division (=les systèmes les plus majoritaires)  mais l’analyse empirique ne marche pas comme ça... b) L’analyse évaluative dans les chapitres 16-17 • tous les résultats présentés dans les chapitres 16-17 concernent les conséquences de la variation sur la dimension « partage du pouvoir » (« éxécutifs-partis ») • selon Lijphart (pp. 272-273), il n’y aucune association entre la variation sur la dimension « division du pouvoir » (« fédérale-unitaire ») et les variables dépendantes analysées dans ces chapitres. 2. Critique interne n°2 : présidentialisme • 6 régimes présidentiels dans l’analyse empirique de Lijphart (USA, la France, la Corée du Sud, l’Argentine, la Costa Rica, l’Uruguay) : au total, 6 cas sur 36 (5 sur 22 cas majoritaires). • Le présidentialisme entre dans l’analyse de Lijphart par deux variables : - Le type de gouvernement : présidentialisme=gouvernement d’un seul parti - Relations entre l’exécutif et le parlement : présidentialisme = une durée moyenne plus longue des « cabinets »  La distinction entre systèmes présidentiels et système parlementaire concerne plusieurs aspects, des logiques plus globales. Le problème présidentiel : • Si le parti du président a une majorité parlementaire, le régime présidentiel est un système tout à fait majoritaire. • Si le parti du président n’a pas une majorité parlementaire, il faut partager le pouvoir. • Le cas américain : gouvernement unitaire/majoritaire pendant 4 sur les 27 derniers ans ! • On aimerait voire les résultats des chapitres 15-16 pour un échantillon qui comprend que les cas parlementaires • Également l’analyse factorielle dans le chapitre 14 Pourquoi le système américain fonctionne comme un système majoritaire ? : • La « tentation majoritaire » existe toujours • Le consensualisme suppose une « culture de compromis » développée sur une longue période 3. Critique interne n° 3 : mécanismes causaux Lijphart montre des associations statistiques entre ses mesures de consensualisme (partage du pouvoir) et divers résultats (représentation des femmes, participation politique, répartition des revenus, aide au développement), mais il n'explique pas pourquoi (ni comment) le « consensualisme « affecte ces résultats. corrélation ≠ causalité ! 4. Critique interne n° 4 : manque de précision La variable indépendante (consensualisme) dans les analyses de Lijphart (chapitres 15-16) est une variable composée de 5 mesures spécifiques. Peut-être certaines des variables spécifiques sont plus importantes que les autres ? peut-être une des variables spécifiques affecte certains résultats, pas d’autres? quels sont les liens causals parmi les 5 variables ? La chaîne principale de causalité dans la discussion de Lijphart :


Quelles sont les politiques gouvernementales qui amènent à une distribution des revenus plus égales ? : - investissement dans l'éducation publique (= égalisation des compétences) - un salaire minimum plus élevé - redistribution par les impôts et/ou les transferts aux ménages aux revenus bas 2 théories différentes pour expliquer une redistribution plus élevée dans les pays consensuels/proportionnels : - moins d'incitations pour les gouvernements à s'engager dans un ciblage géographique des dépenses publiques (Alesina et Glaeser) - plus de participation des partis de gauche au gouvernement (Iversen et Soskice) Le ciblage géographique des dépenses publiques : • Dans un système proportionnel : le gouvernement va favoriser les villes par rapport aux régions rurales parce qu’il y plus des électeurs dans les villes, mais il n’y aucun incitament de favoriser une ville par rapport à une autre de même taille • Dans un système SMD, 3 types de circonscriptions: (1) circonscriptions qui votent toujours pour le(s) parti(s) au governement; (2) celles qui votent toujours contre le(s) parti(s) au gouvernement; et (3) celles qui pourraient aller dans les deux sens (« swing districts »)… un gouvernement motivé par les considération électorales va favoriser le troisème type de circonscriptions et, s’il ya un contrain budgétaire, tels dépenses peuvent bien évincer d’autres dépenses (y compris dépenses ciblés aux ménages pauvres). Deux variantes de la chaîne causale :

E. Est-ce qu’il y a un lien causal entre les règles éléctorales et le nombre effectif des partis ? La_comparaison franco-allemande : Depuis 1980, le système allemand est devenu plus « multi-partiste » et le système français est devenu de plus en plus dominé par la concurrence entre deux grands partis. La 5e République (1958) introduit le scrutin SMD et le présidentialisme : il a fallu attendre longtemps pour que les conséquences de ces modifications prennent effet. Les électeurs gardent des habitudes, les partis politiques sont des organisations avec un engagement idéologique. F. La causalité inverse : le nombre de partis comme déterminante de la disproportionalité : • Systèmes SMD: le seuil pour gagner le siège tombe s’il plus que deux candidat(e)s viables • Systèmes PR avec un seuil pour la répresentation Rappel : 2 formules mathématiques : • l’index de la dis-proportionnalité (=manque de correspondance ente % des votes et % des sièges parlementaires pour tous les partis ensemble) • le nombre effectif des partis politiques L’index Gallagher : le calcul pour les élections allemandes 2017 :




Conclusion : Nous voulons comprendre la dynamique globale de la politique (y compris changements au fil du temps). Les institutions fixent certains paramètres : donc on veut comprendre leurs origines. D'autres facteurs doivent être pris en compte. Les autres facteurs interagissent avec les institutions. Les autres facteurs : • Le développement économique, la globalisation, les inégalités dans société • Le rapport des forces : partis politiques, groupes d’intérêts et leur organisation (le taux de syndicalisation) • La culture politique La montée du « populisme » : deux scénarios : • Le scénario PR : des nouveaux partis • Le scénario SMD : des courants populistes au sein des partis conservateurs (Trumpisme, Brexit) => la perspective institutionnaliste explique les manifestations du phénomène, mais pas le phénomène lui-même



Conférence 6 : Inégalités économiques et protection de l’environnement[edit | edit source]

Objectifs : • Vous familiariser aux politiques environnementales • Explorer la relation entre inégalités économiques et protection de l’environnement • Exercer une réflexion « comparativiste » (en particulier autour de l’influence du contexte « macro », sur les comportements individuels « micro ») Problématique : • Le niveau d’inégalités économiques varie d’un pays à l’autre et cela peut notamment être expliqué par des facteurs institutionnels (cf. cours sur la redistribution)  Perspective dans laquelle les inégalités sont la variable dépendante • Mais est-ce que les inégalités elles-mêmes ont une influence sur les comportements et politiques publiques ?  Perspective dans laquelle les inégalités sont la variable indépendante • Etude de cas sur la protection de l’environnement  Enjeu majeur des sociétés contemporaines : peut-on faire face aux enjeux environnementaux dans un contexte de fortes inégalités économiques ?  Manière d’aborder à la fois les comportements individuels et les politiques publiques I/ Protection de l’environnement : quelques définitions Définition : « Limitation ou suppression de l’impact négatif de l’activité humaine sur l’environnement ». Deux aspects inter-reliés : Comportements individuels et Politiques publiques A. Comportements individuels L’impact des individus sur l’environnement se fait au travers de leurs modes de vie (lieux d’habitations, …) et des choix de consommation. -> Impact sur l’utilisation des ressources Dépendent notamment de : - Moyens économiques - Normes sociétales - Incitations (régulation, subventions, etc.), politiques publiques. B. Politiques publiques 3 manières de mettre en place des politiques publiques pour influencer l’environnement : • Régulation, ex : normes anti-pollution, interdictions (interdiction des ampoules à incandescence • Subventions et taxes, ex : essence, taxe sur le co2, système de bonus/malus sur achat de véhicules • Choix en matière d’infrastructures, ex : transports publics, pistes cyclables, densité du bâti, investissements publics pour la production d’énergie, etc. Parenthèse : Les enjeux environnementaux se situent à différentes échelles (qui sont partiellement inter-reliées). Exemples : • Pollution sonore • Qualité de l’air ou de l’eau • Biodiversité • Réchauffement climatique


Impact du développement économique sur l’environnement très fort. Mais il faut un certain niveau de richesse pour régler soucis environnementaux.


II/ Impact des inégalités sur les comportements https://www.youtube.com/watch?v=qvfKRrG_N-w A. Il y a quelques suppositions (hypothèses non vérifiées) dans cette vidéo • Est-ce que l’inégalité augmente vraiment la consommation des riches et pourquoi ? • Est-ce que la consommation des personnes pauvres est réellement moins nocive pour l’environnement si elles sont moins pauvres (c.à.d. que l’inégalité est moins importante) ? • Ces deux suppositions ne sont-elles pas contradictoires ? • Un accord entre les classes est-il forcément favorable à l’environnement (les classes ne pourraient-elles pas se mettre d’accord pour polluer davantage ?) • Etc. B. Réfléchissons-y ensemble, étape par étape 1. Etape 1 : Effet de l’inégalité sur la consommation • Effet direct, via la distribution des revenus • Effet indirect, via les normes sociales 2. Etape 2 : Effet de l’inégalité sur les politiques publiques • Effet sur les préférences • Effet sur la répartition du pouvoir C. Qui pollue le plus ? - Scenario 1 (courbe de Kuznets au niveau individuel) : Les riches peuvent se permettre des solutions pro-environnementales. Proportionnellement à leur revenu, ils polluent moins que la classe moyenne. - Scénario 2 (dégradation exponentielle) : Les riches consomment des biens et services particulièrement polluants. Pour chaque franc dépensé, leur impact sur l’environnement est encore plus important que celui de la classe moyenne. - Scénario 3 (proportionnel) : L’impact environnemental est proportionnel au revenu. D. Qu’est-ce que vous en pensez ? • Quel est le scénario le plus probable ? • Pourquoi ? Expliquez à votre voisin. Selon littérature, scénario 1 le plus probable car riches font plus d’épargne et un certain niveau économique est nécessaire pour investir dans protection environnement. E. Conséquences Si c’est le cas, les inégalités devraient diminuer la dégradation de l’environnement. Explication : Pour une même quantité de richesse, lorsque les inégalités sont plus importantes, il y a davantage de richesse concentrée parmi les riches (Et un franc supplémenaire dépensé par quelqu’un de riches a un impact moins négatif sur sur l’environnement qu’un franc supplémentaire dépensé par un pauvre) Mais : Les inégalités ont aussi des impacts sociétaux au niveau collectif (au-delà de la simple distribution des richesses). F. Inégalité et normes sociales : 1. Les inégalités poussent à la distinction (et par conséquence à la sur-consommation) La consommation a un rôle de distinction sociale. Dans les sociétés plus inégales la compétition pour les positions sociales est plus importante  conséquence probable : davantage de consommation car pression sociale. 2. Les inégalités altèrent la confiance interpersonnelle Les inégalités tendent à réduire la confiance interpersonnelle  conséquence probable : moins de comportements pro-sociaux (p. ex. tri des déchets) G. Les effets sociétaux des inégalités affectent l’ensemble des citoyens Distinction + baisse confiance interpersonnelle : Effet global des inégalités favorisant la dégradation environnementale III/ Impact des inégalités sur les politiques publiques A. 2 modèles : • En démocratie, elles devraient refléter préférences des citoyens (citoyen médian = électeur décisif) • Même en démocratie, il est probable que les préférences des riches ont plus d’impact que les préférences des pauvres (démocratie biaisée en faveur des groupes influents) B. Quelles sont ces préférences ? Dans la littérature économique, on retrouve deux hypothèses totalement contradictoires : • Scénario 1 : Les riches peuvent se payer des politiques environnementales, ce que les pauvres ne peuvent pas faire  Les riches seraient plus pro-environnement que les pauvres. • Scénario 2 : Les riches peuvent compenser des dommages à l’environnement grâce à leur ressources économiques et s’inquiètent du coup moins de l’état de l’environnement  Les pauvres seraient plus pro-environnement que les riches. C. Le revenu est (positivement) associé au préférences pro-environnementales • Le scénario 1 semble le plus probable. La plupart des études empiriques trouvent un lien positif entre revenu et attitudes « pro- environnement » (certaines également absence de relation entre les 2) • Mais, probablement, pour d’autres raisons plus « sociologiques » : Le revenu est associé à l’éducation et la capacité (matérielle et en termes de temps) pour s’informer. Et c’est bien pour ces raisons et pas directement à cause de leur revenu que les riches sont plus « pro- environnement ». D. Quelles conséquences pour le lien entre inégalité et dégradation de l’environnement ? • Dans un scénario où les préférences du citoyen médian sont traduites en politiques publiques (idéal démocratique), l’inégalité devrait être associée avec moins de politiques environnementales. Pourquoi ? • Plus le niveau d’inégalité augmente, plus le revenu du citoyen médian est faible (davantage de revenu concentré parmi les plus riches) => Si le revenu a un effet positif sur les préférences « pro- environnementales », ce citoyen devrait donc être un peu moins favorable à l’environnement qu’un citoyen au revenu médian dans une société plus égale (qui sera plus riche). E. Et dans un scénario de démocratie biaisée en faveur des riches • Les riches ont davantage d’influence sur les politiques publiques que les pauvres (et le biais est probablement encore plus fort dans les sociétés inégales). • En assumant que les riches ont des préférences « pro- environnement », on devrait s’attendre à ce que ce soit encore plus le cas dans les sociétés inégales et que leur pouvoir y soit plus important. => l’inégalité devrait être bénéfique à l’environnement. F. Quelques limites • Les inégalités, n’auraient-elles pas aussi des effets sur les préférences environnementales (ou la polarisation en termes de préférences concernant l’environnement entre riches et pauvres) ? • Les riches ont en général peu d’intérêt pour la régulation (or la protection de l’environnement passe souvent par là). Donc pas sûr que ces attitudes générales se transforment en actes. Observationss sur ces limites : • Difficulté à pondérer ces différents facteurs (chaque + ou – vaut-il la même chose dans la balance environnementale ?) • Pas de différenciation entre différents types de dégradation environnementale • Pas de prise en compte des effets de feedback (notamment des politiques publiques sur les comportement individuels) • Illustration que l’on doit s’intéresser aux mécanismes séparément G. Résumé des différents effets de l’inégalité sur la dégradation environnementale

Quelques remarques supplémentaires : • Institutions  elles pourraient avoir des effets aussi bien sur le niveau des inégalités que sur la manière d’agréger les préférences (p.ex. majoritaire vs consensuel). • Autres facteurs : niveau de richesse du pays, densité de population, climat, etc. Réponse difficile, interprétation très difficile. H. L’enjeu le plus important • Les société plus égales détériorent peut-être un peu moins l’environnement que les société plus inégales en termes absolus. • Mais, le plus important : elles permettent à une proportion beaucoup plus importante d’individus de vivre avec une haute qualité de vie sans pour autant dégrader l’environnement davantage. -> Si l’on pondère par le niveau de qualité de vie (médian ou proportion de citoyens au dessus d’un certain seuil), l’égalité est en fait extrêmement favorable à l’environnement.

Conclusion : • Tentation de lier inégalités économiques et protection de l’environnement • Si l’on ne prend qu’une partie du problème, on arrive à des conclusions complètement différentes • Une littérature marquée d’un côté par des modèles théoriques complexes et contradictoires et d’un autre côté par une relative faiblesse empirique • Agenda de recherche : - Tester les différents mécanisme de manière séparée avec des données empiriques - D’un point de vue normatif, il est primordial de prendre en compte la qualité vie du plus grand nombre. Si non, n’importe quel modèle théorique indiquera que le meilleur pour l’environnement est d’avoir la société la plus pauvre et la plus inégale possible.



Conférence 7 : Développement économique et démocratisation[edit | edit source]

I/ Résumé de la dernière présentation Nous voulons comprendre la dynamique globale de la politique, y compris les changements au fil du temps (pas seulement les différences entre les pays à un moment donné). Les institutions fixent certains paramètres: donc on veut comprendre leurs origines. Elles sont instables et changent au fil du temps. D'autres facteurs doivent être pris en compte. Les autres facteurs interagissent avec les institutions Quels sont « les autres facteurs » qui doivent être pris en compte? La perspective « économie politique » • le développement économique • le type de développement économique : l’ouverture internationale, secteurs dominants La perspective « sociologique » (qu’on discutera la prochaine fois) • le rapport de forces entre groupes sociales (classes) • la « culture politique » Entre l’économie politique et la sociologie : la syndicalisation Au niveau micro : • parmi les citoyens avec l’éducation et les revenus bas, les membres des syndicats sont plus susceptibles de voter • parmi tous les citoyens, mais surtout parmi les citoyens plus affluents, les membres des syndicats sont susceptibles de soutenir une politique de redistribution des revenus Au niveau macro : • en général, les dépenses sociales (et le niveau de redistribution) sont plus élevées dans les pays avec un taux de syndicalisation plus élevé • USA : la correspondance entre les préférences des citoyens pauvres et le comportement législatif des membres de la House of Representatives est meilleure dans les circonscriptions avec un taux de syndicalisation plus élevé Tutorats : comment expliquer la variation transnationale dans le taux de syndicalisation ? II/ Définir et mesurer la « démocratie » : point de départ d’une discussion de la démocratisation (processus historique) dans une perspective comparative A. Définition formelle « Un système politique dans lequel ceux qui font et appliquent les lois (« les governeurs ») sont responsables devant ceux qui doivent obéir aux lois ("les citoyens") à travers des élections régulières et compétitives, au suffrage universel et égal. ». => 3 critères : 1. responsabilité (accountability) 2. élections régulières et compétitives 3. suffrage universel et égal B. L’alternance du pouvoir comme quatrième critère • L’alternance : la présidence/le gouvernement passe à l’opposition après une défaite électorale Plusieurs « nouvelles démocraties » n’ont pas encore passé ce test comme la Russie ou le Bostwana. Est-ce qu’on peut considérer un pays comme démocratique avant d’avoir pu observer cette alternance ? Peut-être que le peuple veut continuer avec un même parti, mais difficile d’évaluer dans ces cas. Recul de la démocratisation en Amérique latine pendant les années 1960s (également en Europe pendant la période entre- deux guerres). C. 2 problèmes Le suffrage universel comme critère : • Les restrictions des « voting rights » des noirs dans le Sud des Etats-Unis entre 1880-1964 : est que les Etats-Unis ne sont devenus une démocratie qu’en 1964 ? • Les femmes : est-ce que la Suisse n’est pas devenue une démocratie qu’en 1971 ? L’inégalité de représentation politique réelle (Gilens) 1. Le suffrage universel dans une perspective historique Laissant au coté « le problème race » aux États-Unis, la litérature existante considère normalement l’introduction du suffrage universel pour les hommes comme le moment clé (breakthrough) dans le processus de démocratisation. Depuis la deuxième guerre mondiale, les nouvelles démocraties adoptent tout suite le suffrage universel. 2. Le problème « inégalités politiques » La solution pragmatique de Lijphart : on appelle les pays qui satisfont aux exigences formelles les « démocraties » et on s’interroge sur la qualité de la démocratie... D. Deux approches à mesurer la démocratisation 1. La démocratie comme un continuum : le projet Polity (et d’autres) a) Le projet Polity Projet comparatif (entre pays et dans une perspective temporelle) entamé dans les années 1970 Scores de démocratie pour plus de 150 pays depuis 1800 site internet : http://www.systemicpeace.org/polityproject.html b) Le codage Polity • dimensions de la démocratie: • competitiveness of chief executive recruitment: 0-2 (2=free election) • openness of executive recruitment: 0-1 • institutional constraints on executive: 0-4 • competitiveness of political participation: 0-3 • dimensions de l'autocratie: • selection of chief executive: 0-2 • closed recruitment: 0-1 • unlimited executive authority: 0-3 • franchise restrictions: 0-2 • repression of political opposition: 0-2 Ces règles de codage nous donnent un score « démocratie » (0-10) et un score « autocratie » (0-10) pour chaque pays et chaque année. Le « score Polity » = le score « démocratie » moins le score « autocratie » (entre -10 et +10) Catégories : -10 à -6 = « autocratie » -5 à+5 = « anocratie » +6 à +10 = « démocratie » c) L’Etat de la démocratie dans le monde en 2013 selon Polity


2. L’approche dichotomique : Boix, Przeworki (et d’autres) Les 3 critères : • L’exécutif est élu ou responsable devant les élus • Élections libres et équitables (« free and fair ») • La majorité des hommes a le droit de vote => les pays qui satisfont les 3 critères sont considérés « démocraties », les autres « non-démocraties ».


3 « vagues de démocratisation » (et 2 reculs) : • 1850-1920 1930-45: montée des régimes autoritaires/fascistes • 1945-60 1960-80 : décolonisation, nouveau pays (non-démocratiques) et coups d’états (Amérique latine) • 1990- => est-ce que la 3ème vague durera ? est-ce que les nouvelles démocraties sont stables (durables)? lesquelles? III/ Penser les liens entre développement économique et démocratisation: plusieurs pistes théoriques A. Score Polity comme mesure de la démocratie

On ne voit pas d’association entre le niveau économique et le niveau de démocratie (ex : le Qatar).

Si on laisse à coté 7 cas, on voit clairement une association statistique entre niveau de démocratie et niveau de développement, mais ce n’est pas une association linéaire : • tous les pays riches ont un niveau de démocratie très élevé (20 000 comme seuil) • le niveau de démocratie parmi les pays pauvres varie beaucoup (Si on est sous le seuil, on ne sait rien).

Une question plus générale : que faire avec les cas aberrants ? « L’association entre développement économique et la (durée de la) démocratie est forte si nous laissons à coté l’Inde, la Costa Rica, l’Arabie Saoudite, le Qatar... ». L’idée des sciences sociales : si possible, transformez les noms propres en variables pour améliorer la théorie ! Qu’est-ce-que les cas aberrants ont en commun ? Pas évident pour l’Inde, la Costa Rica et Jamaïque (démocraties pauvres de longue durée) ... mais très évident pour l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats arabes unis (autocraties riches) : les richesses pétrolières ! La « malédiction des ressources » (une vaste litérature!). Les rentes pétrolières incitent la monopolisation du pouvoir politique. Les état pétroliers n’ont pas besoin de taxer les « citoyens, » donc ils n’ont pas besoin de s’engager dans un « contrat fiscal » avec eux. Les revenus disponibles facilitent la cooptation des adversaires potentiels. Le cas norvégien : les ressources (le pétrole) ne sont pas toujours une malédiction => l’importance du timing! B. Développement économique : PIB par habitant, ajusté du coût de la vie (PPP=Purchasing Power Parities) La démocratie est la forme de gouvernance la plus efficace pour gérer une économie développée (industrialisée, diversifiée). Le développement économique (industrialisation) engendre des classes capables d’action collective. Le développement économique promeut l’éducation et la modération (le civisme) qui permet la démocratie. Depuis 1980, la croissance économique des pays démocratiques n’est pas plus élevée que la croissance des pays autoritaires. La thèse que la classe ouvrière est le porteur de la démocratisation ne s’applique pas à la troisième vague de démocratisation. => d’autres perspectives... 1. L’analyse d’Adam Przeworski Analyse de 135 pays sur la période 1950-99 (grands producteurs de pétrole exclus) = 5,664 observations « country- year» Mesure dichotomique de la démocratie => quelle est la probabilité des transitions démocratiques et autoritaires aux différents niveaux de développement ?

Relation entre développement économique et durabilité de la démocratie. 2. L’idée de Przeworski (« loser’s consent ») • le développement économique importe pour la stabilité de la démocratie, pas pour les transitions démocratiques: “it is easy to predict statistically whether a democracy will endure and it is next to impossible to predict whether one will be established” • les perdants sont plus susceptibles d’accepter l’alternance dans les pays riches parce que les coûts économiques de l’autre option (coup d’état, guerre civile) sont plus élevés • les gagnants ont plus de ressources pour compenser les perdants 3. Carles Boix Democracy and Redistribution (2003) Observation préliminaire : la Norvège et la Suisse sont parmi les premiers pays démocratiques – tous les deux étaient des pays relativement pauvres au mi-19ème siècle => le développement économique n’est pas une cause directe de la démocratisation, mais il est lié aux variables qui promeuvent la démocratisation • les pauvres représentent la majorité et, par conséquent, la démocratie augmente leur influence politique • c’est les riches (les élites économiques) qui décident si la démocratisation aura lieu (sera institutionnalisée) • le choix des riches dépend sur la question suivante : combien de redistribution implique la démocratie ? • et la réponse à cette question tourne sur deux variables: (1) le niveau de l’inégalité et (2) la mobilité des richesses et des biens • l’inégalité : plus une société est inégale, plus les revendications des pauvres seront radicales (le plus les riches risquent de perdre à cause la démocratisation) • la mobilité des richesses : si les richesses sont mobiles (capital financier), les richesses peuvent échapper aux conséquences de la démocratisation. => les représentants politiques des pauvres modéreront la redistribution si les richesses sont mobiles



Résumé : Deux perspectives « économie politique » Przeworski : • le niveau de développement économique favorise la consolidation de la démocratie en modifiant les coûts et les avantages de la coopération par rapport aux conflits (au niveau des élites) Boix : • le développement économique promeut la démocratisation dans la mesure qu’il (a) diminue l’inégalité et/ou (b) augmente la mobilité des richesses



Conférence 8 : Le capital social et la qualité́ de la gouvernance[edit | edit source]

I/ Robert Putnam : présentation générale • Making Democracy Work (1993) : l’analyse comparée des gouvernements régionaux en Italie dans les années 1970 et 1980 • Bowling Alone (2000) : l’analyse de la transformation de la société́ civile (le déclin du « civisme ») aux États-Unis depuis les années 1950 Perspective sociologique et culturaliste. A. Deux problématiques comparativistes • La « problématique partisane » (ou « la problématique redistribution ») : qui gagne ? quels sont les intérêts (groupes) promus par les politiques gouvernementales ? Pourquoi plus de redistribution dans certains pays (ou certaines périodes) que d’autres ? • La problématique alternative de Putnam : certains pays (endroits) sont mieux gouvernés que d’autres, n’importe quels partis politiques sont au pouvoir, n’importe quels intérêts sont promus à un certain moment donné... => comment expliquer la qualité́ de la gouvernance démocratique ? B. La thèse de Putnam Une « société civile » vivante (associations civiques en 1er lieu) engendre confiance des citoyens dans les autres citoyens (« confiance interpersonnelle ») : on apprend la « citoyenneté » via interactions quotidiennes. La capacité de collaboration promeut une meilleure gouvernance (compétence et réactivité) par la surveillance collective de gouverneurs (sanctions mauvais gouverneurs). C. La tradition « culturaliste » en science politique 1. Gabriel Almond et Sidney Verba, The Civic Culture (1963) : La stabilité́ et la qualité de la démocratie dépend de la tolérance, la modération, l’engament politique des citoyens. Anglais et Américains sont + « civiques » que Allemands, Français et les Mexicains. 2. Critiques de la tradition culturaliste : Soit la culture politique est stable (« primordial ») et ne peut pas expliquer les choix politiques différents dans un pays, soit la culture politique change et n’explique pas grande chose. Les normes sont contestées, la culture politique n’est pas homogène D. L’innovation de Putnam Son argument concerne les habitudes et le comportement plutôt que des « normes ». L’habitude de coopération, associée avec l’attitude « confiance inter- personnelle, » existe à cause des interactions sociales, notamment au sein des associations volontaires. Cette habitude varie entre les individus dans une société (certaines personnes ont plus de « capital social » que d’autres). La quantité́ de « capital social » dans une société́ peut changer au fil du temps => une conceptualisation plus sociologique et plus dynamique de la « culture politique ». E. 3 types de « capital » Le capital fixe ou financier (l’argent) Le capital humain (education) Le capital social = “the social norms and networks that enhance people’s ability to collaborate” F. Putnam contre Lijphart • Lijphart : les institutions (règles du jeu démocratique) déterminent la qualité de la démocratie • Putnam : la qualité des citoyens qui détermine la qualité de la démocratie. Les citoyens sont-ils tolérants et engagés dans la vie politique ? Ont-ils confiance dans leurs concitoyens et, par conséquence, ont-ils la capacité de collaborer ? => les sociétés caractérisées par un niveau de « civisme » plus élevé sont aussi caractérisées par une « bonne gouvernance » (good government).


II/ Le projet de Putnam : expliquer la variation dans la performance des nouveaux gouvernements régionaux

Il cherche à montrer que certaines régions sont plus civiques que d’autres. A. Mesurer la performance gouvernementale (12 indicateurs au total) 1. Process indicators • le nombre de gouvernements 1975-85 • la promptitude budgétaire • la qualité́ de la statistique • la cohérence des réformes • l’émulation des reformes adoptés d’ailleurs • la réactivité́ bureaucratique 2. Output indicators • nb de places dans les crèches (par 1’000 enfants) • nb de cliniques santé (par 1’000 habitants) • nb d’instruments de politique industrielle utilisés • % des fonds agricoles dépensés • dépenses de santé par 1’000 habitants • % des fonds pour le logement, dépensés 3. N.B. Les activités des gouvernements régionaux (santé, services sociales, politique industrielle) sont financées par les impôts nationaux et transferts aux gouvernement régionaux (selon leur population relative) : tous les gouvernements ont le même potentiel budgétaire. Le cadre constitutionnel (règlement, système électoral) est aussi le même. Les indicateurs de performance sont très corrélés : les mauvais gouvernements sont mauvais dans tous les domaines. B. Mesurer le « civisme » au niveau régional 1. 4 indicateurs • La densité́ des associations (clubs sportifs, associations liées à des hobbys, chorales) • La lecture des journaux • Le taux de participation aux référendums • L’absence du vote préférentiel dans les élections législatives (comme indicateur du clientélisme) 2. Précision sur la densité́ des associations La mesure de la densité́ des associations n’inclut pas les syndicats, ni associations liées à l’église : pour Putnam, c’est la participation dans les associations volontaires et non-hiérarchiques qui engendre le civisme.

C. Établir l’association empirique entre les deux variables 1. L’association entre civisme et performance gouvernementale

2. Corrélats attitudinaux du civisme Les citoyens dans les régions plus civiques sont caractérisés par : • la conviction que le gouvernement est honnête • la confiance dans les autres • la tolérance • la satisfaction avec leur vie 3. Quel est le lien causal entre le civisme et la bonne gouvernance ? Selon Putnam, les attentes des citoyens dans les régions plus civiques sont plus élevées ; les citoyens dans ces régions demandent plus de leurs gouvernements, mais les citoyens dans les régions moins civiques sont plus mécontents. La bonne gouvernance comme un problème « collective action », bien commun : la bonne gouvernance présuppose que les citoyens soient engagés dans la surveillance du gouvernement, sanctionnant des « mauvais gouverneurs ». Tout le monde gagne donc pourquoi moi je dois faire des efforts ? Problématique du bien commun. D. Élaborer une théorie concernant cette association 1. Pourquoi certaines régions italiennes sont-elles plus civiques que d’autres ? Une explication historique : division Royaume de Sicile (féodalisme centralisé) et villes républicaines au milieu du 13e siècle. Le Nord a perdu la bonne gouvernance, mais le civisme a survécu entre 1500-1800. Mesuré par des indicateurs similaires, le civisme au milieu du 19e siècle est fortement corrélé avec le civisme et la performance gouvernementale pendant les 70s. = path dependence. 2. Mauvaises nouvelles pour les pays en développement... C’est les citoyens qui sont « responsables » pour la corruption et le népotisme ! La bonne gouvernance suppose une société́ civile formée pendant des siècles III/ Bowling Alone : le déclin du capital social (civisme) aux États-Unis Les citoyens plus éduqués sont plus susceptibles de rejoindre les associations, s’informer (lire journaux), participer dans les élections. Prenant en compte la croissance de l’éducation après la deuxième guerre mondiale, les nouvelles générations sont cependant moins engagées.

A. Quelles sont les conséquences ? Déclin de confiance dans les autorités gouvernementales (les américains qui font confiance au gouvernement pour faire « la bonne chose » toujours ou la plupart du temps : 7/10 dans les années 1960, 2 sur 10 en 1999). Déclin de la participation politique => un gouvernement moins réactif à la classe « moyenne ». Polarisation des partis politiques : une culture politique moins tolérante, moins modérée. Acceptation des inégalités. B. Comment expliquer le déclin du civisme ? 1. Putnam : la télévision

2. Putnam : l’hétérogénéité ethnique/raciale “E Pluribus Unum: Diversity and Community in the Twenty-First Century,” Scandinavian Political Studies, v. 30, no. 2 (2007), pp. 137-174. Survey of American Communities : confiance aux autres selon diversité́ raciale des communautés. 3 questions : Faites-vous confiance à vos voisins ? (« inter-personal trust ») Faites-vous confiance aux membres d’autres races ? (« inter-race trust ») Faites-vous confiance aux membres de votre race ? (« intra-race trust »). 4 “races” (selon le recensement): “Hispanic,” “non-Hispanic black,” “non- Hispanic white” and “Asian”. C. Deux hypothèses dans la littérature sociologique • la “contact hypothesis” : l'exposition à des personnes d'autres races augmente la tolérance (augmente la confiance interraciale) • la “conflict hypothesis” : l'exposition à des personnes d'autres races augmente l’identification raciale (la confiance intra-raciale) Putnam : les 2 sont fausses, la diversité́ diminue toutes les formes de confiance interpersonnelle !


• Les effets de la diversité́ sont robustes aux contrôles au niveau des individus (éducations, revenus, etc.) et au niveau de communautés (taille, pauvreté́, etc.) • D’autres caractéristiques des habitants des communautés diverses : • moins confiance au gouvernement local • moins susceptible de voter • moins susceptibles de charité́ et de bénévolat • moins heureux avec la vie en général • plus de temps passé à regarder la télévision


IV/ Critiques du premier livre de Putnam L’association entre civisme et la bonne performance gouvernementale est-elle fallacieuse ? Est-ce que la causalité́ est l’inverse ? A. Une association fallacieuse








B. Des perspectives alternatives • Le civisme n’est pas la cause mais plutôt le résultat du développement économique : les régions plus civiques sont les régions qui ont été plus directement impliquées dans l’économie européenne depuis le début du 19e siècle (la révolution industrielle) • Les régions plus civiques sont également caractérisées par une mobilisation populaire et participation des partis de gauche dans le gouvernement municipal dès le 19e siècle C. Les réponses de Putnam • Le développement économique peut expliquer les grandes différences entre le Nord et le Sud de l’Italie, mais pas les variations plus fines • L’association entre civisme et gouvernance est toujours positive et significative dans une analyse de régression avec gouvernement de gauche comme variable de contrôle.

D. L’objection « causalité inverse » au niveau macro • Peut-être c’est la bonne gouvernance (régulation impartiale des interactions parmi les citoyens) qui promeut la confiance interpersonnelle et, par conséquence, les activités civiques ? • Une réponse de Putnam (dans son deuxième livre) : le déclin du civisme (capital social) dans les USA depuis les années 1950 est le résultat de changements sociales plutôt que politiques : les juges, les fonctionnaires et les élus ne sont pas devenus plus corrompus ou inefficaces dans les années 1960... E. L’objection « causalité inverse » au niveau micro • Les individus plus coopératifs sont plus susceptibles d’adhérer aux associations civiques • Une réponse de Putnam : l’effet des associations civiques n’est pas seulement un effet individuel... la densité́ des associations affecte également les individus qui ne sont pas membres => la migration du Sud au Nord de l’Italie pendant la période après-guerre : les nouvelles arrivées deviennent rapidement « civiques » F. Encore une objection : capital social  tolérance • Le mouvement fasciste des années 1920 et 1930 était plus fort dans le Nord de l’Italie... • La réponse de Putnam : il faut distinguer entre deux types du capital social : • Bridging social capital (= solidarité́/coopération entre individus avec des caractéristiques idéologiques, sociales, ethniques différents) • Bonding social capital (= solidarité́/coopération entre individus avec les mêmes caractéristiques idéologiques, sociales, ethniques) • Mais diversité́ raciale diminue tous les deux selon les enquêtes américaines... G. La tension entre les livres • L’étude de l’Italie : la persistance de la culture civique (et non-civique) à travers des siècles • L’étude des États-Unis : la chute de la culture civique à travers un demi-siècle.