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Les régimes d’Ordre et de Progrès en Amérique latine

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L’Industrialisation européenne et ses conséquences[edit | edit source]

La croissance économique en Amérique latine trouve son origine à l’extérieur, et notamment en Europe. L’industrialisation en Europe mène à une grande croissance démographique. Déjà fortement peuplée en 1800, elle explose en 1850 et 1900. Cette croissance nécessite de la nourriture et des vêtements et mène donc à une immense demande de matières premières en provenance de l’Amérique latine.

L’Amérique latine est en effet riche en matières premières :

  • Produits agricoles tropicaux
  • Produits agricoles non tropicaux
  • Minéraux

Grâce à l’explosion démographique européenne, elle se place en leader mondial de matières premières.

Les libéraux et les opportunités de l’industrialisation européenne En 1850, le pouvoir des libéraux augmente dans presque tous les pays en Amérique latine. Cela est dû d’une part à une question presque démographique, puisqu’on a une nouvelle génération politique née après l’indépendance, qui n’est pas liée à un système colonial. De plus, les élites latino-américains ont tendance à regarder vers l’Europe, qui a les mouvements libéraux de 1848. On a le commencement de l’ère libérale en Amérique latine.

Les pays où les libéraux arrivent au pouvoir voient :

  • Un renforcement de l’Etat vis-à-vis de l’Eglise et donc une certaine laïcisation.
  • Une certaine extension de la population qui peut voter et participer au processus démocratique.
  • Une politique économique d’ouverture, de développement de l’exportation dans un système de marchés libres (un peu comme à l’époque coloniale mais les bénéfices ne vont pas aux pouvoirs coloniaux)

Ce développement économique dépend de 3 facteurs principaux :

  • Il faut des terrains à exploiter, donc avoir un contrôle sur la terre. Les gouvernements prononcent des lois contre l’Eglise pour s’approprier leurs terres (Mexique, 1856). Ces terres peuvent être vendues et exploitées par des compagnies. On exproprie les terres des populations indigènes et les paysans sans titres de propriétés sont victimes de la dépossession. Ces terrains entrent dans les mains des compagnies, des gros propriétaires, de l’élite…
  • Pour produire des biens agricoles, il faut également la main d’œuvre, formée par les paysans sans terre. Il y a plusieurs systèmes d’exploitation : paiement des dettes (on utilise des dettes pour forcer les gens à travailler dans les fermes), métallier (quelqu’un qui a un contrat pour travailler la terre de quelqu’un d’autre en échange d’un pourcentage des récoltes).
  • Enfin, on a besoin d’infrastructures pour les liaisons avec les marchés mondiaux.

« Ordre et progrès » au Mexique : Le Porfiriat, 1876 - 1910[edit | edit source]

Le général Porfirio Dìaz.

C’est une époque dans l’histoire mexicaine sous le régime de Porfirio Diaz. Dans la première moitié du XIXème siècle on a une instabilité au Mexique, mais Porfirio Dìaz impose la stabilité. Quand Diaz prend le pouvoir en 1876, les caisses de l’Etat mexicain sont vides à cause de la guerre civile, de l’intervention impériale des Européens, etc. La priorité absolue du régime de Diaz c’est donc d’achever un développement économique. Pour ce faire, Diaz s’entoure d’un groupe d’intellectuels qu’on appelle « les scientifiques ». Ceci est innovant, on ne croit plus à la grâce de Dieu mais au savoir, à la science. Cela fait partie de la tendance libérale de laïcisation de l’Amérique latine.

Lui qui avait déclaré être un homme du peuple fait des choix qui contredisent cette image de protection du peuple contre les élites. Il cherche l’assistance des grands propriétaires mexicains et des capitalistes étrangers, en échange de droits de propriété et d’impôts avantageux pour les étrangers. Il ouvre le Mexique à l’argent et aux compagnies des étrangers, invite à installer les usines et à produire au Mexique. La stabilité politique est fondamentale pour avoir la confiance des investisseurs et le régime de Diaz se convertit en une dictature.

  • La répression est incroyable, il utilise la police rurale comme moyen de répression. Diaz convertit les bandits de la campagne du Mexique pour en faire une force de police rurale. La seule condition est qu’ils doivent répondre aux ordres de Diaz. Cette répression dans les campagnes sert à libérer des terrains qui peuvent être exploités par les étrangers.
  • L’élite et même la classe moyenne reçoivent des cadeaux, quels que soient leurs orientations politiques. Ainsi, ils profitent du règne et restent tranquilles. « Un chien avec un os dans la gueule ne tue pas et ne vole pas »

En 1873 on n’a que 570 km de voies ferrées dans l’entièreté du Mexique. Une des premières mesures de Diaz est d’étendre le réseau ferroviaire à 19 200 km. C’est une compagnie anglaise qui construit une partie du chemin de fer au Mexique avec des capitaux anglais. Les États-Unis aussi investissent des sommes importantes pour construire des infrastructures au Mexique. Les chemins de fer construits correspondent aux besoins américains et anglais, ils relient les ports et la frontière américaine et bénéficie à l’industrie de l’exportation. On ne lie pas entre eux les grands centres mexicains.

Les produits d’exportation : les mines[edit | edit source]

Les mines d’argent, d’or, de cuivre, de plomb jouent un rôle très important à la fin du XIXème siècle. Cette production de minéraux va vers l’Europe en 1877, mais migre largement vers les États-Unis en 1910 lorsque la demande dépasse l’offre nationale américaine. Le secteur des mines est dans des mains étrangères : 800 compagnies américaines et 40 britanniques contre 150 seulement mexicaines… Le Mexique devient une grande puissance dans le secteur des mines.

La production agricole du Mexique[edit | edit source]

Même si le Mexique devient le géant minier, sa production agricole est aussi très impressionnante. La production de produits pour l’alimentation nationale diminue fortement, alors que la production de produits d’exportation croit de manière impressionnante. On voit donc bien que la priorité du Mexique est l’exportation. Les prix augmentent donc pour les Mexicains, qui sont défavorisés et ont du mal à se nourrir. De plus, les conditions de travail du système de plantation sont très dures. Les gens n’ont plus de terrains et ne peuvent plus produire pour leur propre subsistance. Les travailleurs sont dans une situation très précaire.

Bilans du Porfiriat[edit | edit source]

D’une part, on a une certaine modernisation de la vie économique :

  • Transports, chemins de fer, ports servis par des navires internationaux
  • Systèmes de banques modernes pour gérer les investissements étrangers
  • Volume élevé du commerce extérieur

On néglige les intérêts du Mexicain rural au profit des intérêts des étrangers. Cette polarisation va mener à la révolution mexicaine…

« Ordre et progrès » en Argentine : Chemin de fer, fil de fer barbelé et mitrailleuse[edit | edit source]

L’Argentine est un pays assez précoce pour l’indépendance mais qui souffrait d’instabilité politique, avec des hommes forts de province qui avait un grand pouvoir local avec des armes et ne laissaient pas se former un pouvoir central très fort. Jusqu’en 1850, l’Argentine produit à peine assez pour faire survivre toute la population urbaine et la Pampa n’est pratiquement pas exploitée, avec seulement quelques troupeaux.

Commerce avec l’extérieur[edit | edit source]

Milieu du XIXème siècle, le commerce est limité. On vend un peu de cuir, de laine vers l’Europe. L’agriculture est autour des villes, seulement pour nourrir la population, l’infrastructure étant trop mauvaise pour étendre l’agriculture. Il n’y a pas de politique de colonisation, de « destinée manifeste » comme aux États-Unis à la même époque.

Dans les années 1860, les grands propriétaires sont conscients des possibilités, mais ont besoin de main d’œuvre pour exploiter toute la terre. L’immigration massive se présente comme la solution à ce problème. On pense que les colons de l’Europe amèneraient des bénéfices quant à la composition raciale du pays, et le gouvernement argentin commence donc une politique active de recrutement de migrants. Cette politique fonctionne assez bien et un grand nombre de migrants deviennent métalliers. Certains restent seulement pour quelques années, le temps de la durée du contrat mais cette main d’œuvre a permis de véritablement lancer le développement économique.

Sarmiento : « Civilisation et barbarie » en Argentine[edit | edit source]

Domingo Sarmiento, considéré comme le « maitre d’école de l’Amérique latine », a écrit une œuvre très importante dans laquelle il critique Facundo, les caudillos et les défauts des jeunes pays de l’Amérique latine. Pour lui, la civilisation est l’Europe des Lumières, que l’on retrouve dans la vie urbaine, dans l’éducation, dans un certain rationalisme, dans un gouvernement parlementaire libéral, dans une certaine façon de démocratie (droit de vote pour ceux qui remplissent certaines conditions). Il considère la barbarie comme la vie rurale, le monde des caudillos, des gens ignorants et superstitieux, de la province, de ceux qui travaillent la terre de façon primitive.

« Parviendrons-nous à exterminer les Indiens ? J’éprouve pour les sauvages d’Amérique une invincible répugnance, sans pouvoir y remédier… Incapables de progrès, leur extermination est providentielle et utile, sublime et grande. Il y a lieu de les exterminer, sans pardonner même au petit, lequel possède déjà la haine instinctive contre l’homme civilisé… »

« Ne t’efforces pas d’économiser le sang des gauchos. Cela est un engrais qu’il est nécessaire de rendre utile au pays. Le sang est la seule chose d’humain qu’ils ont. »

La mitrailleuse et la « conquête du désert » : 1878 - 1883[edit | edit source]

La conquête du désert ce sont des campagnes militaires pour imposer l’Etat argentin dans tout le territoire et le libérer des derniers groupes indigènes qui gênent l’expansion de l’agriculture extensive pour les marchés européens.

La mitrailleuse était déjà utilisée pendant la guerre de Sécession, ce qui intéresse l’Argentine dans sa conquête du désert. Le « désert » est en fait peuplé de villages, de gauchos, d’indigènes. Il y a donc un but de génocide qui suit des décennies de campagnes de déplacement.

Des colonnes militaires couvrent toute la Pampa et se dirigent vers le Sud, sécurisent aussi la frontière chilienne. Il n’y a plus de fuite possible des indigènes vers le Chili et les Argentins parviennent à éliminer presque la totalité des indigènes de l’Argentine. En 1884 : les derniers 3000 résistants se livrent au pouvoir, sont traités comme des esclaves, comme de la force de travail donnée aux Européens. On détruit la communauté en les offrant séparément, sans laisser les familles ensemble. On parle ouvertement d’un conflit de race, on dit ouvertement qu’il faut détruire un peuple au nom de la civilisation.

Le chemin de fer en Argentine[edit | edit source]

Toutes les voies vont vers les ports et Buenos Aires. Les chemins de fers sont mieux que les routes et les remplacent dès 1857 (premier chemin de fer). Le réseau s’étend pour embarquer les produits de la Pampa vers Buenos Aires.

Le fil de fer barbelé et le transport frigorifique 1867 : invention du fil de fer aux États-Unis. Le fil de fer est très important :

  • Pour le bétail et l’Argentine veut se dédier au commerce de la viande. C’est une condition pour les visées économiques argentines.
  • Il délimite aussi les propriétés privées.
  • Il contribue à l’extinction du gaucho nomade, étant donné qu’il n’y a plus de terres libres où les gauchos peuvent passer.

1884 : introduction du transport transatlantique frigorifique. Auparavant, il fallait amener les animaux vivants de l’autre côté de l’Atlantique, ceci est donc une innovation très importante et qui permet d’installer les abattoirs en Argentine et de ne transporter que la viande. Les abattoirs appartiennent généralement aux compagnies anglaises et américaines et se trouvent à proximité des ports. On a une explosion des exportations de bœuf de l’Argentine vers l’Europe et on a une création d’emploi hors des zones rurales argentines (abattoirs, travailleurs du port, etc.).

Les exportations de l’Argentine sont donc majoritairement de moutons, bœuf, blé et laine et les exportations de ces produits explosent entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle.

Les bilans pour l’Argentine[edit | edit source]

Un très grand nombre de migrants vivent en Argentine et ce nombre explose en même temps que les exportations. On a dans les 40% de la population en Argentine qui n’est pas originaire de ce pays, et on ressent donc un grand besoin de créer une identité nationale. On crée les conditions avec lesquelles on peu prendre avantage des possibilités du marché européen : les terres deviennent « disponibles » et on a assez de technologies pour mettre ce commerce en place. On assiste à une forte croissance économique et démographique. L’économie se diversifie grâce aux moulins, abattoirs, ports, développement interne du pays mais l’Argentine reste dans une dépendance très forte des marchés et capitaux internationaux. Comme au Mexique, ce sont majoritairement les Américains qui investissent en Argentine et les Britanniques reculent peu à peu.

Les réformes urbaines de Pereira do Passos à Rio de Janeiro[edit | edit source]

Contexte du Brésil :

  • On a une croissance très forte d’exportations du café qui remplace peu à peu le sucre, qui mène à une croissance économique importante.
  • Le pays est assez stable parce qu’en 1889, la monarchie et l’esclavage sont abolis. A partir de ce moment, le Brésil met sur le drapeau « Ordre et progrès ». Le Brésil prône l’idée du progrès basé sur le savoir et la science.
  • On a une croissance urbaine due à une migration interne des anciens esclaves et une arrivée importante d’immigrants.
  • On a également des épidémies urbaines, de grands problèmes de santé publique qui tuent un grand nombre de personnes. Les épidémies dans les grandes villes ferment le port et ralentissent le moteur de l’économie. C’est pour cette raison que le gouvernement met en place une réforme urbaine.

Ceci mène au dépeuplement du centre-ville de Rio de Janeiro au profit des zones plus modernes et progressistes.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]