Actions

Le réalisme classique et ses origines historiques

From Baripedia

Le réalisme classique et ses origines historiques
Professeur(s) Pierre Allan

Lectures


« Les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner. »

— Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 4, (89). (Les Athéniens aux habitants de l’île de Mélos).

La vision la plus ancienne, celle qui existait il y a déjà 2500 ans dans le sens qu’on écrit déjà ce qui se passe, la première analyse dans le détail des relations internationales est celle de Thucydide qui est au cœur du premier paradigme de la realpolitik.

Le grec Thucydide[edit | edit source]

Thucydide - Θουκυδίδης.

La vision de Thucydide est intéressante. Il fut d’abord général, mais exilé pendant 20 ans à la suite d’une défaite militaire. Comme l’écrient Viotti et Kauppi, la Grèce a perdu un général, mais a gagné un historien. Nous avons pu ainsi profiter de ses récits. Thucydide vie au Vème siècle avant notre ère il y a 2500 ans, il fut général dans la guerre du Péloponnèse.

Dans l’extrait suivant, Thucydide relate le discours de Périclès sur l’agora pour vanter la démocratie athénienne.

« La constitution qui nous régit n'a rien à envier à celles de nos voisins. Loin d'imiter les autres peuples, nous leur offrons plutôt un exemple. Parce que notre régime sert les intérêts de la masse des citoyens et pas seulement d'une minorité, on lui donne le nom de démocratie. Mais si, en ce qui concerne le règlement de nos différends particuliers, nous sommes tous égaux devant la loi, c'est en fonction du rang que chacun occupe dans l'estime publique que nous choisissons les magistrats de la cité, les citoyens étant désignés selon leur mérite plutôt qu'à tour de rôle. D'un autre côté, quand un homme sans fortune peut rendre quelques services à l'État, l'obscurité de sa condition ne constitue pas pour lui un obstacle. Nous nous gouvernons dans un esprit de liberté et cette même liberté se retrouve dans nos rapports quotidiens, d'où la méfiance est absente. Notre voisin se passe-t-il quelques fantaisies, nous ne lui en tenons pas rigueur et nous lui épargnons ces marques de réprobation qui, si elles ne causent aucun dommage matériel, sont pourtant fort pénibles à voir. Tolérants dans les relations particulières nous n'en sommes pas moins, dans la vie publique. Pénétrés par une révérence qui nous incite à nous soumettre mieux que quiconque à l'ordre établi.

Nous obéissons aux magistrats qui se succèdent à la tête de la cité, comme nous obéissons aux lois, à celles surtout qui assurent la protection des victimes de l'injustice et à ces lois non écrites qui attirent sur ceux qui les transgressent le mépris général. »

Nous avons un discours semblable si nous écoutons les présidents américains, nous pouvons faire des analogies : Athènes est les États-Unis et Sparte la Russie. Périclès est Obama, et Sparte est la Russie de Poutine.

Dans ce texte, la méfiance est absente des rapports quotidiens tandis que le dernier paragraphe renvoie à la morale.

Athènes est une démocratie, on obéit aux magistrats, aux lois ; c’est un monde où la méfiance est évacuée par le fait qu’il y ait un encadrement et que les citoyens d’Athènes se font confiance puisque la loi assure la tranquillité de tous et leur permet de vivre dans la liberté, on note que le terme de « liberté » est déjà là.

C’est dans ce sens que nous avons une première vision nationale interne avec les lois et les magistrats qui font qu’on a une hiérarchie. Pour prendre des décisions comme la désignation de généraux ou le jugement de Socrate, lorsque les décisions de nature militaire et judiciaire doivent être prises cela se fait sur l’Agora.

En d’autres termes, chez les grecs il y a l’anarchie sur le plan international, dans le sens qu’il n’y a pas de puissance au-dessus des Cités-États pour gouverner les relations entre ces Cités-États. Du coup ce n’est que le pouvoir qui compte. Il n’y a pas de hiérarchie, c’est une vision internationale externe.

Évidemment, les esclaves et les femmes n’ont pas le droit de vote, cela ne concerne que 10% de la population, mais par rapport à ce qui existait ailleurs cela était un système démocratique qui se différenciait des oligarques et empereurs qui personnifient le pouvoir.

Il y a une schizophrénie entre le niveau interne de la hiérarchie et le niveau international externe ou seuls le pouvoir et la puissance comptent.

Note Bene :

  • NATIONAL INTERNE : lois, magistrats → hiérarchie
  • INTERNATIONAL EXTERNE : seul le pouvoir et la puissance comptent → anarchie

L’ouvrage de Thucydide La Guerre du Péloponnèse, dans son tome II, relate un discours et un dialogue entre les athéniens et les méliens[1]. Les athéniens demandent la rémission des méliens ainsi que des lacédémoniens qui sont les ennemis d’Athènes. Les méliens ont des arguments qui vont faire valoir afin de négocier.

Aujourd’hui, on retrouve le même cadre où le protecteur de la Syrie Sergueï Lavrov propose des solutions pour la Syrie. C’est l’étape de la diplomatie.

Selon Thucydide (paragraphe 89), les athéniens disent, dans un cadre de cynisme total :

« nous nous abstiendrons pour notre part de faire de belles phrases. »

« ne chercherez à obtenir que ce qui est possible compte tenu des véritables intentions de chacun. Vous savez aussi bien que nous que, dans le monde des hommes, les arguments de droit n'ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent de moyens de contrainte équivalents et que, si tel n'est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner. »

Thucydide dit que dans le monde des hommes, le droit ne compte pas. Ce qui compte sont les moyens de contrainte que l’on a. Lorsqu’on est de la même force, que nous avons les mêmes moyens de contrainte, on peut chercher une solution diplomatique soit un compromis.

« si tel n'est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner'. »

Les méliens argumentent que s’ils capitulent, cela n’est moralement pas une bonne chose tandis que les athéniens disent qu’il n’y a pas de morale dans ce monde. À cela, les méliens répondent que si les athéniens les traitent mal alors dans une situation où ils seraient faibles, ils pourraient souffrir, mais les athéniens répliquent que la situation exige de prendre des décisions adaptées à la situation selon le rapport de force.

Un autre argument proposé par les méliens est la « solution helvétique » c’est-à-dire la neutralité :

« alors, vous n’accepteriez pas que nous restions en dehors du conflit et que nous mettions un terme aux hostilités pour devenir vos amis, sans pour cela nous allier ni aux uns, ni aux autres ? »

À cela les athéniens répondent par la négative, car leur hostilité ne leur cause pas tellement de tort :

« Non, car votre hostilité ne nous cause pas tellement de tort. Plus dangereuse serait votre amitié que nos sujets interpréteraient comme un signe de faiblesse de notre part alors que votre haine constitue à nos yeux une preuve de notre puissance. »

Pour les athéniens, il est hors de question d’être ami des méliens ; le grand préfère que le petit le haïsse plutôt que d’être ami, car c’est ainsi que le grand se ferra craindre des autres. Si les méliens sont neutres, cela n’arrangera pas les athéniens qui veulent dominer, car leur pouvoir s’accroit avec la victoire.

S’il y a une escalade dans la crise syrienne c’est aussi est surtout du coté américain très clairement, car à un moment on a les États-Unis qui par la voie de Obama tracent une ligne rouge concernant l’utilisation de l’arme chimique qui exige que celui qui ne respecte pas cette volonté doive être puni.

Le problème n’est pas simplement l’utilisation d’armes chimiques par rapport à la population syrienne qui va souffrir, mais c’est la perte de la perception des États-Unis parce qu’on se dira que si les États-Unis n’ont pas le courage de punir la Syrie dont les experts de l’ONU ont dit que l’utilisation de l’arme chimique provient indirectement du régime d’Assad, alors que vaut la parole du président américain ? Que va penser madame Merkel en période d’élection si l’on sait que la garantie américaine, le parapluie nucléaire sur l’Allemagne, la défense de l’Allemagne par rapport à une Russie plus belliqueuse, se referme, le président américain dit et ne va pas jusqu’au bout ?

Ce texte de Thucydide reprend des éléments clefs de ce qui se passe aujourd’hui dans les relations internationales contemporaines. La puissance n’est pas seulement militaire, mais aussi la volonté et la perception de cette volonté par les autres. C’est là que ce discours des méliens montre que les relations internationales vont dans le cœur de ce qui les constitue dans le cadre de la vision réaliste, et que cette vision des relations internationales est toujours et encore similaire à ce qu’elles étaient il y 2500 ans.

I had to bit him once, but now I always get a great table.png

En fin de compte, ce sont les rapports de force, les relations interpersonnelles, intersociétales et interétatiques qui sont au cœur de ce qui nous intéresse.

Les grandes puissances doivent « montrer les dents ». Par exemple, dans les négociations entre la Suisse et le secret bancaire, l’ombre de femmes et d‘hommes politiques suisses conseillent de refuser, d’autres veulent faire du linkage, il faut que la Suisse « montre ses dents » dise « non » et s’impose face aux autres en n’acceptant pas leurs désires.

Le chinois Sun Tzu, l'indien Kautilîya[edit | edit source]

Sun Tzu[edit | edit source]

Statue de Sun Tzu à Yurihama, Tottori, Japon.

Sun Tzu est un contemporain de Thucydide, penseur chinois qui, dans son ouvrage L’art de la Guerre, pose l’idée implicite que ce qui compte est l’État. En Grèce, l’État était des Cités-États mais c’était des États modernes dans le sens où c’était des États militaires qui sont des acteurs sur le plan international et qui agissent.

« Sun Tzu dit : La guerre est d’une importance vitale pour l’État. C’est le domaine de la vie et de la mort: la conservation ou la perte de l’empire en dépendent; il est impérieux de le bien régler. Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui le concerne, c’est faire preuve d’une coupable indifférence pour la conservation ou pour la perte de ce qu’on a de plus cher, et c’est ce qu’on ne doit pas trouver parmi nous. »

— Article I, début

Chez Sun Tzu' la guerre est tout à fait centrale, ce qui compte pour l’État est sa survie.

« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux.

Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales.

Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. »

— Article III, fin)

Si on connaît son ennemi - si l’on se connaît, alors, on pourrait, par la bonne stratégie et l’intelligence d’une stratégie directe, voire indirecte - on aura la victoire. Au contraire, l’ignorance mène à la défaite.

Selon Sun Tzu, l’État est au centre, il faut gérer les choses d’une manière rationnelle, il faut penser, réfléchir, faire jouer son intelligence collective. D’autre part, Sun Tzu ajoute que les espions sont très importants, espionner est tout à fait central, par exemple la NSA espionne tout comme les agences russes ou encore la Suisse. Rien n’est nouveau, les choses restent dans l’ombre, mais parfois ressortent.

Kautilîya[edit | edit source]

Kautilîya est un penseur indien du IIIème siècle qui fait une science du politique, une science du gain matériel. Kautilîya postule que l’État utilise tous les moyens y compris immoraux pour s’étendre selon des stratégies directes comme la force des armes ou des stratégies indirectes comme les espions ou l’utilisation de la trahison pour faire tomber l’adversaire.

En d’autres termes, Kautilîya décrit un État organisé (bureaucratie importante) qui utilise tous les moyens (y compris immoraux) pour se protéger et s'étendre, selon des stratégies directes et indirectes de toute sorte.

Si l’île de Mélos tombe cela est suite à une trahison. Un mélien a trahi sa ville, c’est pour cela que Mélos tombe aux mains des athéniens. Par exemple, Obama a fait assassiner Oussama Ben Laden en 2011. Dans le cas de Mélos, cela les mena à l’asservissement.

Ainsi, nous voyons qu’il existe une réflexion universelle des relations internationales.

Ibn-Khaldun et Hobbes: pour un Léviathan[edit | edit source]

Ibn-Khaldun[edit | edit source]

Ibn-Khaldun.

Ibn-Khaldun est un penseur arabe qui dans son discours sur l’histoire fait une analyse de civilisation comparative à travers le temps avec la diachronie de l’évolution de l’histoire donc du développement historique des sociétés.

Il y a l’idée que l’on retrouve plus tard chez Hobbes :

« L’homme est fait pour vivre en société. L’homme est politique par nature (Aristote). ... La raison en est que Dieu a créé l’homme sous une forme qui ne peut que subsister sans nourriture. »

Ibn-Khaldun reprend Aristote en stipulant que l’homme est un animal politique. L’étude de la politique est l’étude de la cité, l’étude du pouvoir de la puissance de la cité et de l’État ainsi que du pouvoir de la puissance.

Le problème est que dieu a créé l’homme avec deux grandes faiblesses la première est que l’homme ne peut subsister sans nourriture, la seconde est qu’il doit faire appelle à un grand nombre de ses semblables. Parce qu’on ne peut survivre aisément en étant chasseur solitaire il faut se mettre ensemble dans la cité.

« il lui faut faire appel à un grand nombre de ses semblables, les besoins d’une collectivité ne peuvent être satisfait par la coopération. »

De même pour la défense :

« quand dieu a façonné les être vivants et leur a distribué des forces, il a été moins généreux pour l’homme que beaucoup d’autre. »

Les hommes doivent donc, de toute nécessité, s’entraider. « La vie sociale est donc indispensable à l’humanité. Sans elle, les hommes ne pourraient assurer complètement leur existence ni réaliser le plan divin de peuplement de la terre par eux-mêmes, en tant que représentants de dieu. Voilà ce qui constitue la civilisation, objet de la science qui nous occupe. »

Comment organise-t-on la vie sociale ?

On voit que le pouvoir royal est une qualité naturelle de l’homme dont il ne serait se passer.

Il faut un roi pour domestiquer les hommes par rapport aux autres, que la vie des hommes soit comme la vie domestique dans son propre foyer, une vie sûre et protégée. II faut un pouvoir plus fort au-dessus des individus qui les oblige à bien se comporter les uns par rapport aux autres.

Dans un royaume, puisqu’il y a le roi, la méfiance n’est pas de l’ordre du royaume, elle est limitée par cette situation d’un roi.

C’est pour cela que Ibn-Khaldun écrit :

« ils sont donc dans un État qui est le contraire de l’anarchie »

Les hommes viennent dans un État qui est celui de la hiérarchie tout comme celui de l’oligarchie qui est le régime politique de sparte ennemi d’Athènes.

Ainsi on retrouve la schizophrénie entre le national interne et l’international externe où la puissance compte. C’est exactement parce qu’on se met ensemble et avec un roi qu’il est possible d’assurer la sécurité.

Thomas Hobbes[edit | edit source]

Thomas Hobbes.

Le Léviathan se veut le pendant politique soit l’équivalent du traité d’Euclide pour la géométrie.

Hobbes cherche à faire de manière systématique un traité normatif restant dans l’esprit de Ibn-Khaldun ou le Léviathan est un roi ou bien le parlement qui est le pouvoir au-dessus des uns et des autres, c’est ainsi que l’indépendance et la survie des individus à l’intérieur du royaume est assurée.

L’argument de Hobbes prend des formes similaires à l’argument de Ibn-Khaldun. La guerre de Trente Ans entre 1618 et 1648 est terminée depuis trois ans lorsque Hobbes publie le Léviathan. Cette guerre débouche sur principalement le traité de Westphalie. Ce traité de 1648 est le début du monde moderne ce qui n’est pas toute à fait vrai, mais un des arguments des réalistes.

Tout comme Khaldun, Hobbes ne se pose pas des questions par rapport aux relations internationales, mais sur les relations des hommes par rapport aux autres.

L’argument qui est les hommes sont égaux en aptitudes, cela ne veut pas dire que chacun est également fort et tandis que l’intelligence est repartie de façon égale, toutefois la nature humaine fait que nous sommes tous égaux en aptitudes.

« De cette égalité de capacité résulte une égalité d'espoir d'atteindre nos fins. Et c'est pourquoi si deux hommes désirent la même chose, dont ils ne peuvent cepen­dant jouir tous les deux, ils deviennent ennemis; et, pour atteindre leur but (principa­lement leur propre conservation, et quelquefois le seul plaisir qu'ils savourent), ils s'efforcent de se détruire ou de subjuguer l'un l'autre. Et de là vient que, là où un envahisseur n'a plus à craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, si quelqu'un plante, sème, construit, ou possède un endroit commode, on peut s'attendre à ce que d'autres, probablement, arrivent, s'étant préparés en unissant leurs forces, pour le déposséder et le priver, non seulement du fruit de son travail, mais aussi de sa vie ou de sa liberté. Et l'envahisseur, à son tour, est exposé au même danger venant d'un autre.

Et de cette défiance de l'un envers l'autre, [il résulte qu'] il n'existe aucun moyen pour un homme de se mettre en sécurité aussi raisonnable que d’anticiper, c'est-à-dire de se rendre maître, par la force ou la ruse de la personne du plus grand nombre possible d'hommes, jusqu'à ce qu'il ne voit plus une autre puissance assez importante pour le mettre en danger; et ce n'est là rien de plus que ce que sa conservation exige, et ce qu'on permet généralement. Aussi, parce qu'il y en a certains qui, prenant plaisir à contempler leur propre puissance dans les actes de conquête, qu'ils poursuivent au-delà de ce que leur sécurité requiert, si d'autres, qui autrement seraient contents d'être tranquilles à l'intérieur de limites modestes, n'augmentaient pas leur puissance par invasion, ils ne pourraient pas subsister longtemps, en se tenant seulement sur la défensive. Et par conséquent, une telle augmentation de la domination sur les hom­mes étant nécessaire à la conservation de l'homme, elle doit être permise.

De plus, les hommes n'ont aucun plaisir (mais au contraire, beaucoup de déplaisir) à être ensemble là où n'existe pas de pouvoir capable de les dominer tous par la peur. Car tout homme escompte que son compagnon l'estime au niveau où il se place lui-même, et, au moindre signe de mépris ou de sous-estima­tion, il s'efforce, pour autant qu'il l'ose (ce qui est largement suffisant pour faire que ceux qui n'ont pas de pouvoir commun qui les garde en paix se détruisent l'un l'autre), d'arracher une plus haute valeur à ceux qui le méprisent, en leur nuisant, et aux autres, par l'exemple.

De sorte que nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de querelle : premièrement, la rivalité ; deuxièmement, la défiance; et troisièmement la fierté.

La première fait que les hommes attaquent pour le gain, la seconde pour la sécurité, et la troisième pour la réputation. Dans le premier cas, ils usent de violence pour se rendre maîtres de la personne d'autres hommes, femmes, enfants, et du bétail ; dans le second cas, pour les défendre; et dans le troisième cas, pour des bagatelles, comme un mot, un sourire, une opinion différente, et tout autre signe de sous-estimation [qui atteint] soit directement leur personne, soit, indirectement leurs parents, leurs amis, leur nation, leur profession, ou leur nom.

Par là, il est manifeste que pendant le temps où les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les maintienne tous dans la peur , ils sont dans cette condition qu'on appelle guerre [40], et cette guerre est telle qu'elle est celle de tout homme contre homme. Car la GUERRE ne consiste pas seulement dans la bataille, ou dans l'acte de se battre, mais dans un espace de temps où la volonté de combattre est suffisamment connue; et c'est pourquoi, pour la nature de la guerre, il faut prendre en considération la notion de temps, comme on le fait pour le temps qu'il fait. Car, tout comme la nature du mauvais temps ne réside pas dans une ou deux averses, mais dans une tendance au mauvais temps durant de nombreux jours, la nature de la guerre ne consiste pas en un combat effectif, mais en une disposition connue au combat, pendant tout le temps où il n'y a aucune assurance du contraire. Tout autre temps est PAIX. »

« c'est pourquoi si deux hommes désirent la même chose, dont ils ne peuvent cepen­dant jouir tous les deux, ils deviennent ennemis; et, pour atteindre leur but (principa­lement leur propre conservation, et quelquefois le seul plaisir qu'ils savourent ), ils s'efforcent de se détruire ou de subjuguer l'un l'autre». Pour Hobbes les hommes ont tous des aptitudes, l’homme est un loup pour l’homme, « chacun veut dominer l’autre parce que chacun se méfie de l’autre. »

« fait de cette défiance de l'un à l'égard de l'autre, il n'existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre maître, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu'à ce qu'il n'aperçoive plus d'autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n'y a rien là de plus que n'en exige la conservation de soi-même, et en général on estime cela permis. »

L’image la plus extrême est celle des scorpions. Deux scorpions sont dans une bouteille. Aucun des deux ne s’appesantira tant que l’autre n’est pas mort. Pour Hobbes, il faut prendre les devants afin que l’autre ne puisse pas nous atteindre et survivre à son attaque.

La grande doctrine de la dissuasion nucléaire est un exemple type. Elle fonctionne parce qu’on n’arrive pas à éliminer toutes les armes nucléaires de l’adversaire d’un seul coup, il a toujours une capacité de deuxième frappe soit « a second strike capability ».

Chez Hobbes, l’idée est la méfiance, on se méfie des autres et donc on prend les devants.

« De sorte que nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de querelle : premièrement, la rivalité ; deuxièmement, la défiance; et troisièmement la fierté (glory). »

C’est un jeu a somme nulle, tout le monde ne peut égalitairement être le meilleur ou le premier c’est par définition impossible.

La solution est la même que Ibn-Khaldun. « Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun ». Nous sommes toujours dans une situation de guerre.

Aujourd’hui le 22 septembre 2020 à 11 h 42 , la Suisse est en situation de guerre du point vue de Hobbes malgré que l’armée n’intervienne pas, on ne peut s’appesantir.

Tant qu’il n’y a pas de Léviathan au niveau mondial les choses sont délicates, la méfiance continue et on peut toujours perdre sa vie.

« continuel d’une mort violente ; la vie de l’homme est lors solitaire, besogneuse, pénible, quasi animale et brève. »

Il faut le Léviathan, il faut un ordre.

La légitimé de Bashar Al Assad est celle qu’il représente l’ordre, certes peut être injuste, animal, c’est une domination, mais au moins c’est un ordre. Les chrétiens de Syrie semblent t-il préfèrent cet ordre là, le pape François est également sur cette me « longueur d’onde », la force des armes n’est pas une solution. L’ordre a un avantage.

Lorsque l’Union Soviétique a disparue en 1991, les réalistes ont dit qu’on allait bientôt regretter la guerre froide comme John Mearsheimer - « why we will soon miss the cold war »[2] -.

Par exemple, la guerre de Yougoslavie a permis de mettre fin à un ordre peut être injuste, mais en découle la question de savoir si la paix est-elle parfois meilleure que la guerre n’est injuste.

L’élément essentiel de la pensée de Hobbes est qu’un individu est vulnérable. Goliath lorsqu’il dort peut être tué par le petit David, c’est la raison pour laquelle la méfiance, la défiance est la condition qui prévaut des êtres humains les uns par rapport aux autres ; cette peur perpétuelle de la situation de vulnérabilité est la condition des individus.

Postulats d’analyse ou croyances fondamentales des réalistes[edit | edit source]

Il y a très peu d’éléments fondamentaux. Qu’est-ce qu’une analyse réaliste ?

Les Relation Internationales sont les Relations Interétatiques[edit | edit source]

Le réalisme est une analyse qui se focalise sur les États, les relations internationales ne sont du point de vue des réalistes pas des relations internationales, mais des relations interétatiques.

Les libéraux parlent des relations internationales, les réalistes disent que pour comprendre les relations internationales, il faut se focaliser sur les États, les relations internationales sont les relations interétatiques.

États[edit | edit source]

Les États sont les acteurs essentiels dans le sens où ils sont le sens même des relations interétatiques, c’est l’unité de base.

On généralise cette analyse réaliste aussi à des groupes qui ne sont pas nécessairement des États membres des Nations-Unies comme le Vatican.

Pour Thucydide, les États sont des Cités-États comme Rome, Sparte, Thèbes et les autres villes du bassin méditerranéen, les barbares sont ceux qui ne sont pas grecs.

L’État regroupe trois divisons, le pouvoir exécutif, le législatif et le judiciaire, il est possible de disposer de la situation sur un territoire donné.

En Syrie, l’État est représenté par Bachar Al Assad. Sur le territoire syrien, on trouve aussi des groupes armés. L’opposition n’est pas un contre-État, mais elle contrôle une certaine partie du territoire et dispose d’une influence auprès d’une certaine portion de la population. Ainsi, il peut y avoir une généralisation à des groupes divers comme les groupes armés.

L’intérêt principal : leur pouvoir – puissance[edit | edit source]

L’intérêt principal est le pouvoir, plus j’ai de puissance plus je me sens sûr, comme avant tout je désire vivre, je veux être « je », pour être « je » je dois vivre, si je suis mort d’autre décident de moi, puisque pour vivre j’ai besoin d’un moyen qui est le pouvoir.

Le pouvoir est l’intérêt principal parce que grâce au pouvoir on à la survie de l’État.

Ces États sont rationnels[edit | edit source]

La rationalité signifie que les entités prennent des décisions rationnelles. On s’intéresse à ce que les réalistes appellent le « high politics ».

Qu’est-ce qu’une décision rationnelle ?

  1. l’acteur ;
  2. sa situation ;
  3. ses intérêts ;
  4. ses moyens ;
  5. les conséquences de leur utilisation ;
  6. action = choix optimal de 1. En 2. Désirant atteindre 3. Ceci par l’utilisation de 4. Tout en analysant 5.
Herald Tribun, 25 septembre 2013 - Obama lays out a case for Mideast engagement

Dans le Herald Tribun du 25 septembre 2013 les acteurs dans l’article Obama lays out a case for Mideast engagement, Obama est l’acteur, les intérêts des États-Unis sont la puissance américaine.

« President Obama laid down an ambitious blueprint on Tuesday for America’s role in the strife-torn Middle East, declaring that the United States would use all levers of power, including military force, to defend its interests, even as it kept a hard-earned humility about its ability to influence event in Syria, Iran, and elsewhere. »

— Mark Lander


Les États-Unis vont utiliser tous les leviers de la puissance y compris le levier militaire pour défendre leurs intérêts. C’est une politique réaliste.

Les moyens sont des moyens militaires, il faut regarder les conséquences de leur utilisation : Obama par ses menaces a obtenu du régime de Bachar Al Assad de rendre public son armement de destruction massive.

En même temps, les États-Unis ne reconnaissent pas qu’Israël dispose d’un arsenal de destruction massive alors que depuis 1977 Israël dispose d’armes nucléaires.

Il y a deux poids, deux mesures. C’est une problématique centrale.

Si Obama reconnaît l’armement nucléaire d’Israël, selon des lois américaines et le fait qu’Israël n’ait pas signé le traité de prolifération, il ne pourrait plus soutenir Israël.

L’action dite rationnelle est l’action qui est le choix optimal, le meilleur choix. Le choix optimal est celui de l’acteur afin d’atteindre une situation par différents moyens ou la combinaison de plusieurs moyens.

Ainsi Obama choisit de faire ce qui est optimal pour les intérêts américains. Si un président est bien réaliste aujourd’hui c’est Barak Obama alors que son successeur Georges Bush ne l’était pas.

C’est une définition procédurale ; pour dire qu’il y a une décision rationnelle il faut une procédure, six étapes qui permettent de construire une réflexion et d’étudier les possibilités.

La définition procédurale est une définition de la relation entre les moyens et les fins qui n’a rien à voir avec la rationalité des fins elles-mêmes. C’est une relation entre les moyens et les fins.

Le résultat obtenu n’est pas essentiel, ce qui est essentiel est l’intention.

Par exemple, la guerre d’Irak en 2003, George Bush n’a pas voulu, selon le professeur Allan, renforcer l’axe chiite au Moyen-Orient. Bush a affaibli considérablement l’Irak juste à côté de l’Iran. Il y eut une guerre ou l’armée irakienne a utilisé l’arme chimique contre sa propre population.

George W. Bush n’a pas voulu renforcer l’Iran et en plus la démocratie qui fait que la majorité de la population qui est d’obédience chiite soit sous influence iranienne ; il a renforcé l’Iran en affaiblissant l’Irak allant à l’encontre de sa propre politique.

On peut dire que George W. Bush était stupide au contraire de son père qui mena une guerre contre l’Irak en 1991.

Les États-Unis ont choisi de ne pas rentrer dans Bagdad, l’Irak au début des années 1990 après la première guerre du golf n’est pas pro-iranienne et affaiblie comme c’est le cas maintenant.

Ce qui a renforcé la puissance iranienne n’était très probablement pas la volonté de George Bush, ainsi on peut se demander si sa décision était rationnelle. Selon Mearsheimer qui est un réaliste, la doctrine néoconservatrice du président américain allait à l’encontre des intérêts mêmes des États-Unis d’Amérique.

Les réalistes ne sont pas toujours ceux qui vont aller en guerre, en fait ils vont beaucoup moins en guerre que ce que l’on croit.

Fénelon, ou la paix par la recherche égoïste de l’intérêt étatique, soit par l’équilibre des forces ("balance of power")[edit | edit source]

Portrait de Fénelon par Joseph Vivien.

Fénelon n’est pas celui qui a inventé l’équilibre des forces, mais il le conceptualise, il en donne la substantifique moelle.

L’analyse réaliste se centre sur les grandes puissances[edit | edit source]

L’analyse réaliste se centre sur les grandes puissances, car ce qui compte est la puissance, les petits ne comptent pas. Les grandes puissances sont partout. L’analyse peut être régionale, mais on regarde une grande puissance dans une grande région.

La paix est parfaitement possible dans le monde réaliste dans ce monde interétatique ou les États recherchent leur puissance, sont rationnels et où leurs intérêts est d’assurer leur sécurité par le biais de leur puissance. L’intérêt ici est bien la rationalité, c’est grâce à la raison qu’on peut avoir une paix par l’équilibre des forces.

Dans la vision réaliste, il y a des monstres froids qui se font face, mais cela peut déboucher sur la paix ; il peut y a voir des paix injustes, si l’ordre est injuste et la sécurité se fait par la peur il ne faut pas oublier qu’il y a quand même une valeur morale.

« Il faut compter qu’à la longue la plus grande puissance prévaut toujours et renverse les autres, si les autres ne se réunissent pour faire le contrepoids. Il n’est pas permis d’espérer parmi les hommes qu’une puissance supérieure demeure dans les bornes d’une exacte modération, et qu’elle ne veuille dans sa force que ce qu’elle pourrait obtenir dans la plus grande faiblesse.

Chaque nation est donc obligée à veiller sans cesse, pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin pour a propre sureté. Empêcher le voisin d’être trop puissant, ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

— François DE LA MOTHE FENELON, "Examen de conscience sur les devoirs de la royauté" (rédigé avant avril 1711), Œuvres, II, Paris, Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade, 1997.

« à la longue la plus grande puissance prévaut toujours et renverse les autres »

— François DE LA MOTHE FENELON, "Examen de conscience sur les devoirs de la royauté" (rédigé avant avril 1711), Œuvres, II, Paris, Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade, 1997.

Certes, il peut y avoir des accidents, mais généralement c’est le plus fort qui l’emporte.

« Il n’est pas permis d’espérer parmi les hommes qu’une puissance supérieure demeure dans les bornes d’une exacte modération. »

Lorsqu’on a une puissance, il faut l’utiliser. Celui qui peut voudra, celui qui peut et voudra on ne connaît pas.

« Chaque nation est donc obligée à veiller sans cesse, pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin pour sa propre sureté. Empêcher le voisin d’être trop puissant, ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

Ce qui est au cœur ici sont deux éléments : le premier est que celui qui à la puissance va l’utiliser, l’autre élément est que l’État doit veiller sans cesse pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin.

Entre 1980 et 1988, il y eut la première guerre d’Irak. Les entreprises d’armements occidentales ont vendu des armes à l’Irak, c’était le temps de la guerre froide.

L’Union soviétique a soutenu l’Irak, Chaque Chirac était dans l’association d’amitié franco-iraquienne ; on aidait l’Irak comme Fénelon le dit afin de prévenir l’excessif agrandissement du voisin de l’Irak qui est l’Iran. L’Irak a commencé la guerre en employant des armes chimiques afin d’empêcher l’excessif agrandissement du voisin iranien.

Les pays du golf arabe ne veulent pas que ce golf ne devienne comme le golf persique, tout le monde était du côté du relativement plus faible.

« ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

Si l’Irak fait la guerre contre l’Iran alors il empêche l’Iran d’attaquer l’Arabie Saoudite ; si en Iran il y a une guerre civile, on pourra dire pour des raisons pédagogiques, que, Israël se « frotte les mains ».

L’intérêt pour Israël dans le cas de la Syrie est que Bachar Al Assad reste au pouvoir et affaibli pour cela il faut que la guerre civile continue plutôt que d’avoir des djihadistes au pouvoir, cela sert les intérêts israéliens.

La paix est le résultat de l’équilibre des forces obtenues par des moyens internes ou externes[edit | edit source]

  • moyens internes : mobilisation des ressources nationales

La puissance d’un État dépend du militaire, mais aussi des aspects comme la diplomatie qui dépend de la richesse économique du pays. Lorsque l’État mobilise la nation cela fonctionne bien, un État qui mobiles bien sa nation comme l’État israélien avec des dépenses militaires plus importantes que les dépenses militaires suisses qui et une possibilité d’assurer l’équilibre, Sparte arme et Athènes arme aussi, dès l’antiquité on vote des budgets d’armements tandis que des citoyens partent affronter d’autres entités.

  • moyens externes : coalitions, contre-coalitions, diviser pour mieux régner, politique de balancier, États-tampons

Ce sont les moyens diplomatiques ; le réalisme permet une « analyse de fauteuil » qu’on appelle en anglais « home chair analysis ».

Tous (puissant et faibles) sont en situation de dilemme de la sécurité, leurs efforts, unilatéraux de sécurité provoquant l’insécurité[edit | edit source]

En s’inspirant de Fénelon on fait une analyse hypothétique, il y a 5 États : A, B, C, D, E

Deux de ces États, A et B s’entendent pour attaquer et s’emparer de D. A, B, D et E ont sont des puissances disposant de forces similaires. A et B veulent attaquer D ; si A et B se mettent ensemble contre D alors ils peuvent le contrôler.

D est partagé en A et B, mais on a A, B, C, D et E parce qu’on est dans un système international. C coopère avec A et B pour obtenir une portion de D.

Ce qui se passe en relations internationales est la même chose qui se passe dans la « cour de récréation » ; dans le petit Nicolas il y a le professeur Bouillon, mais en politique internationale nous avons la « cour de re-création ».

L’Organisation des Nations-Unies n’a pas de pouvoir, c’est une organisation internationale aussi dit intergouvernementale, lorsque ces gouvernements sont d’accord, l’Organisation des Nations-Unies fonctionne, mais dans le cas contraire on ne peut rien faire, il n’y a pas de monsieur Bouillon.

La paix est un résultat, elle ne vient pas parce qu’on l’a voulu, parce que précisément lorsque C et E voient A et B qui se mettent ensemble pour attaquer D ; C et E se méfient.

« Chaque nation est donc obligée à veiller sans cesse, pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin pour sa propre sureté. »

Empêcher un voisin d’être trop puissant ce n’est pas faire un mal. Par intérêt C et E vont au secours de D et seulement par intérêt égoïste de C pour C et de E pour E. C’est eux qui la fois d’après seront « mangés ».

Si l’équilibre se poursuit on va continuer dans la poursuite de notre survie. C’est la raison pour laquelle on aide D.

Ce n’est pas d’un point de vue moral, pas d’un point de vue de la sympathie, pas d’un point de l’intérêt ni de la paix, C et E ne menace pas A et D pour faire la paix ; on lutte pour sa survie et c’est pour cela qu’on aide D, uniquement par son propre intérêt.

« Empêcher le voisin d’être trop puissant, ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

Le résultat du calcul égoïste des acteurs internationaux est la paix. Pas pour des raisons morales, de sympathie ou encore d’autres raisons.

Différents moyens externes permettent d’arriver à une situation de paix par le jeu de l’équilibre des forces :

  • Diviser pour mieux régner est une autre méthode ; Bachar Al Assad a libéré le territoire du côté des kurdes, de ce point de vue l’opposition à Assad a été diminuée des kurdes.
  • La politique de balancier se réfère à la politique traditionnelle de la Grande-Bretagne qui a fait en sorte qu’il n’y ait pas de mauvais rapport de force en Europe afin d’empêcher qu’une grande puissance ne s’installe sur le continent.

En juin 1940, la Grande-Bretagne avait très peur suite à la défaite française qui permettait à l’Allemagne nazie de dominer l’Europe.

Il y a des États qui font tampon entre deux États, même si on n’est pas puisant dans un monde réaliste on peut survivre pour autant qu’on ait des moyens militaires.

Ethique et réalisme classique[edit | edit source]

Max Weber (Politik als beruf, 1919): « L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l'autre et constituent ensemble l’homme authentique, c’est a dire un homme qui peut prétendre a la ‘vocation politique’»

On voit bien que dans les années 20, on cherche à développer l’analyse des relations internationales de manière humaine et morale puisqu’on est dans un contexte d’après guerre.

Ethique des relations internationales[edit | edit source]

Grandes doctrines éthiques par rapport a la guerre:

  • Militarisme : éthique aristocratique de la fierté et de la gloire. Idée du patriotisme

et de la fierté de la gloire (mourir en martyr).

  • Réalisme : éthique de l’intérêt étatique/national et de la prudence.
  • Guerre juste: éthique de la justice internationale.
  • Pacifisme : éthique de la non-violence.

Selon Michael Walzer, si nous étions réalistes comme définit par les athéniens, «'would simply tell one another, brutally and directly, what we wanted to do or have done ; nous parlerions sans masque.

Hypocrisie en RI (un argument de Walzer)= preuve que la connaissance morale existe bien. L’hypocrite dévoile en fait sa connaissance du fait que ce qu’il fait ou a fait est le mal. C’est dans ce sens la que l’hypocrisie est un révélateur de l’éthique en relations internationales. «The clearest evidence for the stability of our values over time is the unchanging character of the lies soldiers or statesmen tell. They lie in order to justify themselves, and so they describe for us the lineaments of justice. Wherever we find hypocrisy, we also find moral knowledge.»

Laroche Foucault «L’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu » - Celui qui par exemple dit faire la guerre parce qu’il est attaqué (comme Hitler qui dit répondre aux coups des polonais).

La connaissance morale ne signifie pas l’action morale puisque l’hypocrite peut faire le mal tout en connaissant le bien. La présence de l’hypocrisie est un indicateur de la présence d’une conscience morale qui s’exprime chez ceux qui mentent (Ils doivent mentir pour camoufler le mal).

Problèmes du choix moral en politique internationale[edit | edit source]

L’ambiguïté: quels principes éthiques généraux du bien faut il appliquer ? Que faire en cas de conflit entre principes généraux ? Comment appliquer ces principes moraux à une situation particulière ?

La question morale doit être posée, agir après réflexion morale est préférable a l’absence de jugement moral à réfléchissons avant d’agir et après avoir agi.

L’indétermination : qui est quelles valeurs considérer ? Veut-on le bien de toute l’humanité, d’un groupe de personnes ou même de l’humanité à venir? Sur le plan international, on est typiquement en situation de collectivités diverses : Etats, OI, ONG, mouvements transnationaux).

On peut passer d’analogies domestiques au niveau international : Un adulte témoin de violence entre enfants doit-il intervenir ? De la même manière, on peut poser la question de la légitimité de l’intervention armée en Lybie.

Chaque action entraine des gagnants et des perdants ; comme par exemple dans l’aide au développement économique et social ; mais qui en finance les coûts et qui en profite ? Quand on aide un mendiant, c’est une relation entre deux personnes, lorsque l’on aide un groupe financièrement, les conséquences sont plus grandes au niveau social (exemple de femmes au Mali qui avec plus de revenus deviennent plus indépendantes de leur mari).

La nature du politique : « violence légitime » de l’état (Hobbes). Selon Hobbes, le Léviathan parfait existe avec un roi tout comme pour Ibn Khaldun.

Max Weber définit les types de pouvoir par la tradition, par le charisme ou par les règles légales : chaque fois on a un monopole des règles légales, les polices privées ne sont pas permises.

Il y a une tension entre l’éthique de la responsabilité (« nous devons répondre des conséquences de nos actes » ; réfléchir et ensuite agir) et l’éthique de la conviction (par exemple  « le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet a Dieu »). (Les acteurs répondant aujourd’hui a l’éthique de responsabilité aujourd’hui pensent ils réellement aux conséquences de leurs actes ? N’a-t-on pas la conviction que l’homme a la capacité de juger lui même si l’on postule qu’il agit par responsabilité. L’homme qui agit par conviction se délaisse-t-il forcement des conséquences de ses actions ?)

La vérité est une valeur éthique indispensable ; il y a une idée de réalité empirique car si toutes les valeurs sont également bonnes, on est tolérant par rapport a tout (par exemple nous sommes intolérants a ceux qui nient les autres comme Hitler).

« Quiconque veut instaurer par la force la justice sociale sur terre a besoin de partisans, c’est a dire, d’un appareil humain » (Max Weber). Même un Gandhi est obligé de réfléchir au fait que tous ceux qui le soutiennent ne sont pas aussi purs que lui. Sur le plan politique, il faut donc penser a comment motiver les gens, quels intérêts vont les intéresser.

En politique, la forme peut mobiliser autant que le fond ; par exemple, le franc parler de Trump mobilise énormément d’électeurs même si ils ne sont pas tous en accord avec le fond de ses idées.

L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires mais elles se complètent et composent l’homme authentique selon Weber.

Aux sources de l’éthique du réalisme politique classique, ou de l’anthropologie théologique de Reinhold Niebuhr[edit | edit source]

Pour Niebuhr, théologien américain, l’humanité a une capacité de se transcender du fait de son identité spirituelle le portant vers Dieu, toutefois, elle vit dans le péché tout en désirant nier cette condition. (Se rapproche de la vision d’Obama)

Comment se fait-il qu’un Dieu bon est crée un homme qui commet le mal ? (LIBRE ARBITRE)

Il y a une ambiguïté dans la nature humaine qui est capable du bien mais fait le mal. La vision anthropologique de Niebuhr de la nature humaine, c’est celle d’une humanité fière et qui a une volonté de puissance ; l’être humain n’est pas sur de lui, il est ignorant et a des limites mais il fait comme si il savait tout.

« All of his intellectual and cultural pursuits, therefore, become infected with the sin of pride. Man’s pride and will-to-power disturb the harmony of creation »

L’homme cherche à transcender sa propre histoire, et en fait, toute connaissance humaine est toujours entachée d’une tache idéologique motivée par la fierté. «Man is ignorant and involved in the limitations of a finite mind; but he pretends that he is not limited»

Le passage du niveau individuel au collectif politique va cumuler les égoïsmes et renforcer le calcul d’intérêts. « Society (…) merely cumulates the egoism of individuals and transmutes their individual altruism into collective egoism so that the egoism of the group has a double force. For this reason no group acts from purely unselfish or even mutual intent and, politics if therefore bound to be a contest of power ».

Le bien est possible mais il est difficile sur le plan collectif. La connaissance qu’en tire Niebuhr sur le plan des relations internationales, c’est la tendance à l’arrogance, à l’hypocrisie et à la folie des grandeurs. Il donne l’exemple de la politique étrangère américaine caractérisée par un absolutisme éthique, un utopianisme certain « Manifest destiny » (Trump reprend cette vision américaine, de l’évidence de la grandeur des USA) et un moralisme idéologique (devoir de répandre la démocratie dans le monde). Cet absolutisme fait que les USA pensent que leur idéal est le meilleur pour tous quitte par exemple à l’imposer au Moyen Orient.

Obama au contraire est sceptique du bien que l’on peut imposer par la force, et se situe donc dans une vision similaire a celle de Niebuhr ou Morgenthau.

L’éthique réaliste classique de Morgenthau[edit | edit source]

L’homme d’état est un agent moral, un mandataire responsable devant agir suivant l’intérêt national, soit, avant tout, la sécurité nationale (défense de l’intégrité des institutions politiques et de l’intégrité territoriale). Il est au service de l’intérêt d’une puissance face à d’autres puissances. L’homme d’état doit donc y penser en termes de conséquences d’actions et non de bien absolu ; il ne peut pas réfléchir comme l’individu seul.

D’un point de vue moral le suicide d’Hitler n’est pas moral du fait de ses responsabilités ; d’autant qu’il envisageait un suicide collectif, de l’Allemagne qui du fait de sa défaite n’était plus la race supérieure.

La prudence est la valeur morale qui résulte de la vision de Morgenthau, c’est la diplomatie et une stratégie d’équilibre des forces qui permet la survie nationale.

Le réalisme politique moralise donc la défense de l’état, et donc la recherche de la puissance et de la sécurité ; ainsi que la prudence de ses dirigeants et la méfiance vis à vis des autres.

Morgenthau est donc contre l’idéologie éthique, c’est a dire, la justification de la politique étrangère, une morale utilisée a des fins hypocrites de légitimation politique ; montrer que les politiques menées le sont au nom de la justice alors qu’au fond ce n’est que la recherche de la puissance. Morgenthau s’élevé donc contre cette idéologie éthique qui attribue une morale a notre action tout en accusant l’autre d’agir dans le Mal  c’est une démonisation de l’adversaire.

Les États-Unis se voient comme les grands défenseurs de la démocratie, de la liberté et les droits de l’homme à ils utilisent une idéologie éthique ou ils justifient leurs actions (bonnes ou mauvaises) par le besoin de démocratisation de leurs adversaires. La politique étrangère américaine a une composante sentimentaliste très présente avec l’amour de la liberté et de la démocratie comme grand motivateur de leurs actions (en apparence). By focusing on one single moral value, they « ignore all of the negative consequences that flowed from pursuing that single moral value ».

Si l’on se focalise sur une seule valeur, on n’est pas nuancé sur la très grande complexité des relations internationales.

Morgenthau s’oppose donc également a l’absolutisme moral (ou sentimentalisme), qui consiste a ériger une valeur morale au-dessus des autres : par exemple la démocratie, les ONG monothématiques ou encore le jihad absolu anti-occidental. Morgenthau dénonce donc le fait d’aller trop loin pour une valeur et de tomber dans l’absolutisme.

Notes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Thucydide, La guerre du Péloponnèse, livre V, chapitre VII, 84-116.
  2. Why we will soon miss the cold war : The conditions that have made for decades of peace in the West are fast disappearing, as Europe prepares to return to the multi-polar system that, between 1648 and 1945, bred one destructive conflict after another by John J. Mearsheimer