Introduction au cours de méthodes appliquées au domaine international

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Pourquoi s’intéresser aux méthodes ?

En sciences-sociales, on utilise une pluralité de méthodes quelles soient qualitatives ou quantitatives. La centralité des méthodes dans toute entreprise scientifique dont King, Keohane et Verba dans Designing Social Inquiry: Scientific Inference in Qualitative Research publié 1994, caractérisent la recherche scientifique par les quatre points suivants :

  • le but est l’inférence : soit l’inférence descriptive, soit l’inférence causale ;
  • les procédures sont publiques ;
  • les conclusions sont incertaines ;
  • le contenu est la méthode.

Le but est l’inférence

L’idée de l’inférence est qu’à partir de l’observation faite, on va tirer des conclusions de ce qu’on n’a pas directement observer. L’inférence peut se faire de deux marnières :

  • descriptive : on observe ce qu’on aimerait bien observer. Par exemple, cela est le sondage d’opinion. Si on cherche aux États-Unis à savoir si la population soutien Obama pour mener une intervention en Syrie, on tire de manière aléatoire un échantillon souvent composé de 1000 à 2000 personnes puis on en tire un pourcentage. Dans ce cas 70% sont contre une intervention militaire en Syrie. On procède à une inférence descriptive, on observe les causes sur un phénomène.
  • causale: on cherche à déterminer les causes d’un phénomène. Par exemple, avec le chômage, on cherche à déterminer les différentes causes du chômage ou bien de l’augmentation du chômage sur une période de temps déterminé. Pour toute recherche scientifique le but est d’observer des inférences qui cherchent à dépasser les informations collectées.

Les procédures sont publiques

La procédure est publique garantissant une validité ce qui permet de répliquer les résultats.

Les conclusions sont incertaines

L’inférence est un processus imparfait. L’incertitude fait qu’on ne peut tout connaître que cela soit dans la description d’un phénomène ou dans les causes qui génèrent un phénomène. Les données sont de plus jamais parfaite et jamais complète.

Le contenu est la méthode

La recherche scientifique implique de se conformer à un ensemble de règles de l’inférence. Ce sont les méthodes qui constituent l’unité de la science. Les méthodes jouent un rôle central dans la recherche scientifique.

Phases d’un processus de recherche.

Apparaissent les différentes phases d’un processus de recherche. Lorsqu’on réfléchit au design de recherche, il faut se demander étant donnée la question de recherche quel type de preuves à t-on besoin. Il y a plusieurs types de designs de recherche comme l’expérimentation, les études de cas, les analyses longitudinales ou les analyses transversales.

Chacun de ces design peut recourir à différentes méthodes quelles soient qualitatives ou bien quantitative. La question de recherche peut induire le choix d’une méthode. Le choix d’une méthode aura une conséquence sur l’opérationnalisions des concepts qui est la mobilisation des concepts mobilisés dans le cadre théorique qui influe sur la sélection des unités d’analyse ainsi que la collecte des données. Qu’est-ce qui distingue le domaine international d’autres domaines de recherche en science- politique, voire en sciences-sociales ? Les recherches en relations internationales utilisent le même type de méthodes, néanmoins on utilise peu l’expérimentation et l’unité d’analyse est rarement des individus en tant que tel.

L’inférence causale est souvent rendue plus difficile, parce que pour la grande majorité des questions de recherche :

  • l’approche expérimentale qui nécessite la manipulation des causes qui nous intéressent n’est pas possible ;
  • la « nature » ne nous aide que rarement en produisant des conditions d’une expérience naturelle ;
  • et donc nous devons nous baser sur des données d’observation. On observe différents phénomènes et on les mesure.

En sciences-sociales et en relations internationales différentes méthodes coexistent distinguant méthode quantitatives et qualitatives. À ce sujet, il y a une discussion très intéressante sur les recherches portant sur les droits de l’homme renvoyant à l’ouvrage Seeing Double: Human Rights Impact through Qualitative and Quantitative Eyes de Hafner-Burton et Ron publié en 2009. Pour une vue contraire, se référer l’ouvrage de Beth Simmons intitulé From Ratification to Compliance: Quantitative Evidence on the Spiral Model publié en 2013.

  • D’un côté, on trouve des méthodes quantitatives qui se basent sur des « informations chiffrées» et utilisent souvent des méthodes d’analyse statistiques ;
  • De l’autre côté, on trouve des méthodes qualitatives, qui se basent souvent sur des informations beaucoup plus détaillées sur un nombre de cas limité.

King, Keohane et Verba dans Designing Social Inquiry: Scientific Inference in Qualitative Research publié en 1994 avancent que ces deux ensembles de méthodes se distinguent, mais qu’ils partagent les caractéristiques de la recherche scientifique et suivent la même logique d’inférence.

Les méthodes dans le domaine international

Que sont les méthodes ? Ce sont des procédures mises en place pour tester nos hypothèses et nos théories. Ces procédures génèrent des informations qui nous permettent ceci. Sur la base de théories, on formule des hypothèses et les méthodes vont permettre de tester les hypothèses. Les hypothèses formulées sont généralement basées sur un rapport de causalité et donc les méthodes permettent de réaliser les inférences causales. Certaines hypothèses établissent des affirmations sur des données factuelles.

Selon Sprinz et Wolinsky-Nahmias dans Models, Numbers, and Cases: Methods for Studying International Relations publié en 2004 mais aussi dans Evaluating Methodology in International Studies: Millennial Reflections on International Studies de Harvey et Brecher publié en 2002, trois méthodes principales sont appliquées au domaine international :

  • qualitative : étude de cas ;
  • quantitative ;
  • modélisation formelle : c’est un langage formel avec des mathématiques, des symboles et des équations. Sprinz et Wolinsky-Nahmias argumentent que les modélisations formelles visent à évaluer la cohérence des théories.

L’ouvrage édité par Reus-Smit et Snidal intitulé The Oxford Handbook of International Relation publié en 2008 comprend les chapitres suivants dans la partie intitulée « The question of method » :

  • Methodological individualism and rational choice ;
  • Sociological approaches ;
  • Psychological approaches ;
  • Quantitative approaches ;
  • Case study methods ;
  • Historical methods.
Source : Sprinz et Wolinsky-Nahmias (2004, 6)
Source : Pechenkina et Bennett (2011, 3)

Ces graphiques couvrent la période de 1975 à 2000. Les auteurs distinguent cinq types de méthodes. L’analyse qui est proposée ici se base sur les revus les plus prestigieuses en relations internationales. Ils ont comptés quels types de méthodes sont utilisés. Les études descriptives qui dans les années 1975 et 1980 étaient les plus importantes ont diminuées au cours du temps. Dans beaucoup de domaines on a défriché le terrain. De ce point de vue, le champ des relations internationales est devenu plus mature. Les méthodes quantitatives évoluent alors que les trois autres méthodes n’évoluent pas beaucoup.

Des chercheurs ont procédés à des analyses dans des revus prestigieuses en relations internationales et on retrouve les mêmes tendances distinguant des théories qui peuvent être assimilées à des méthodes quantitatives.

Source : Pechenkina et Bennett (2011)

À travers le temps, on voit que de plus en plus de travaux qui recourent à des méthodes quantitatives sont de plus en plus important. Les études qualitatives sont devenues moins fréquentes à l’avantage des méthodes qualitatives.

On a recours à des méthodes quantitatives avec le développement des ordinateurs qui permettent l’utilisation de logiciels statistiques de manière plus fréquente. D’autres part, les chercheurs en relations internationales ont commencés à collecter des informations quantifiables sur des phénomènes internationaux. Ce phénomène s’observe aussi en sociologie ou encore en science- politique.

L’argumentation de Sprinz et Wolinsky-Nahmias pour considérer la modélisation formelle: comme une méthode est basée sur l’idée que ce type de modèle (choix rationnel, théorie des jeux, etc.) permettent d’élucider la cohérence de nos théories. Cet argument illustre l’importance de la cohérence des théories, mais évidemment plein d’autres procédures existent pour assurer qu’une théorie soit cohérente. En langage formel, il y a des règles de déduction plus ou moins établies. En plus, le plus souvent la modélisation formelle est utilisée pour la construction de théories et la dérivation d’hypothèses. Il existe plusieurs types de formalisation.

Choix rationnel

Un ensemble de types de modélisations formelles s’inspirent du choix rationnels :

  • modèles décisionnels : Bueno de Mesquita dans The War Trap publié en 1983 cherche à expliquer les décisions d’entrer en guerre en tenant compte d’un calcul coût-bénéfice. Sur cette base il a créé des modèles décisionnels pour lesquels il a récolté beaucoup d’informations. Ainsi, il a pu permettre d’élaborer des prédictions. L’idée et qu’entrer en guerre est gagner générer des coûts et des bénéfices tout comme ne pas entrer en guerre. Il cherche à estimer la probabilité que ces évènements arrivent. Seul les coûts et bénéfices sont importants pour expliquer la décision d’entrer en guerre ou non. Les modèles décisionnels ne prennent pas en compte l’environnent et l’adversaire.
  • modèles de théorie de jeux : d’après l’ouvrage The Game Theory of International Politics. In Cooperation under Anarchy de Snidal publié en 1986, l’analyse repose sur l’évaluation d’une interaction stratégique qui est le fait que le choix d’un acteur va influencer le choix d’un autre. Dans le cadre du dilemme du prisonnier, ce qui est le mieux pour soi dépend de l’action de l’autre. La tension entre intérêt individuel et collectif se retrouvé dans beaucoup de situations sociales. En relations internationales, la course aux armements est un exemple classique.

Les modèles décisionnels sont appropriés si on est convaincu que nos actions ne vont pas influencer son adversaire ni sont calcule cout-bénéfice. En relations internationales, la plupart des décisions sont interdépendantes et relèvent du modèle de la théorie des jeux. Pendant la Guerre froide, beaucoup de chercheurs se sont posé la question de l’armement nucléaire à travers la doctrine de la dissuasion. Certains chercheurs se sont intéressés à comprendre ce qui influence les acteurs à adopter l’arme nucléaire.

Modèles de simulation

Les modèles de simulation sont des modèles sur ordinateur :

  • systèmes complexes adaptatifs : c’est l’idée d’un modèle capable de s’adapter à son environnement par son expérience d’apprentissage. On peut par exemple modéliser la création d’un empire et sa chute au cours du temps. Est possible de formaliser certaines problématiques en relations internationales.
  • modèles basés sur des équations différentielles : Richardson a développé un modèle portant sur la course aux armements. Le modèle de Richardson se base sur deux équations différenciées.
Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑥 = États-Unis\ (dépenses)}
Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑦 = Union\ soviétique\ (dépenses)}
Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑎,\ 𝑏 = 𝑝𝑒𝑢𝑟\ 𝑣𝑖s-à−𝑣𝑖𝑠\ 𝑑𝑒\ 𝑙′𝑎𝑑𝑣𝑒𝑟𝑠𝑎𝑖𝑟𝑒\ 𝑚,\ 𝑛 = 𝑓𝑎𝑐𝑡𝑒𝑢𝑟\ 𝑑𝑒\ 𝑐𝑟𝑎𝑖𝑛𝑡𝑒}
Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑟,\ 𝑠 = 𝑔𝑟𝑖𝑒𝑓}
Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑥_t − 𝑥_{t - 1} = 𝑎 \times 𝑦 − 𝑚 \times 𝑥 + 𝑟}
Échec d'analyse (erreur de syntaxe): {\displaystyle 𝑦_t − 𝑦_{t - 1} = 𝑏 \times 𝑥 − 𝑛 \times 𝑦 + 𝑠}

L’analyse de ces équations peut montrer qu’en fonction de la valeur de ces différents paramètres, différentes situations peuvent se produire. Il peut y avoir une course aux armements, une course au désarmement ou des peurs qui s’équilibrent. Pour chacune des équations, on va trouver une courbe de réaction. Sur la base de ces deux équations différentielles et selon la valeur des différents paramètres, différentes situations peuvent se produire.

En fonction de la courbe de réaction, les États-Unis vont augmenter leur dépense. L’Union soviétique réagit et en fonction de la courbe de réaction, leur dépense augmente également. Les États-Unis réagissent et ils augmentent leurs dépenses. L’Union soviétique fait de même jusqu’à arriver à un point d’équilibre.

On a deux courbes de réactions différentes qui engendrent une situation un course aux armements. Les États-Unis et l’Union soviétique augmentent leurs dépenses. Pour Richardson, le principe est de récolter des informations sur les différences et différents paramètres afin d’estimer les courbes de réaction. Ce modèle a été complexifié par d’autres facteurs. Dans ce type de modèle on utilise un langage mathématique pour modéliser comment des États se comportent ou comment des phénomènes se produisent.

La crise spoutnik qui débute en 1957 est un épisode de la course à l’espace qui a débuté entre l’Union soviétique et les États-Unis. Cela est devenu une préoccupation pour les américains car si les soviétiques peuvent lancer un satellite, ils seraient capables de lancer une ogive nucléaire à longue distance. Ce lancement a été un choc pour les pays occidentaux et notamment pour les États-Unis qui remettaient en cause leur prédominance dans la recherche scientifique. Après 1958, le budget à la recherche scientifique a été fortement augmenté.

La modélisation formelle est t-elle une méthode ? D‘après le professeur Tawfik, la modélisation formelle comme d’autres approches théoriques ne fait pas partie des méthodes, mais est une approche pour construire des théories comme le rappellent Sprinz et Wolinsky-Nahmias. Ces modèles formels permettent de générer des hypothèses et fournissent des enseignements précieux mais ne permettent pas en tant que tel de tester des hypothèses. Pour tester des hypothèses il faut collecter des informations qui vont permettre d’évaluer les théories. Ces modèles sont utilisés pour tester la cohérence des théories. Si on prend les équations différentielles de Richardson, si la théorie des dépenses militaires est vérifiée par ces explications, alors la théorie est vérifiée du point de vue interne.

Le domaine international se caractérise selon Sprinz et Wolinsky-Nahmias dans Models, Numbers, and Cases: Methods for Studying International Relations publié en 2004 par des « interactions among countries, societies, and organizations ». Par cette caractérisation, les questions de recherche dans le domaine international, tout en ayant connu un essor considérable cette dernière décennie se limitent à ces interactions.

Quelle en est l’implication par rapport aux méthodes appliquées au domaine international ?

Limitations en termes de méthodes et le domaine international

Dans les sciences sociales entre autres pour l’inférence descriptive, les sondages avec échantillon aléatoire d’une population mère jouent un rôle important. À partir de l’échantillon on observe un phénomène qu’on va extrapoler qui est le processus d’inférence. Si on s’intéresse aux élections, à partir d’un échantillon, on peut déterminer les scores politiques avec une marge d’erreur.

Dans le domaine international, on utilise l’échantillon aléatoire. Les échantillons aléatoires permettre de capter les interactions. Si on s’intéresse au phénomène lié aux guerres mondiales impliquant un certain nombre de pays, il ne fait aucun sens dans sélectionner une et d’inférer quelque chose. On s’intéresse à un phénomène rare et donc cela ne fait pas de sens de faire de procéder sur un échantillon aléatoire. Une autre difficulté est la population sur laquelle porte l’étude et sur laquelle on voudrait faire des conclusions. Si on s’intéresse aux conflits violents, qui est la population, comment identifie t-on les relations conflictuelles ? Quels critères permettent de déterminer lorsque le conflit devient violent ou conflictuel ? Ces critères doivent être définis pour déterminer la population de l’étude. La population mère est dans certains cas difficile à saisir et cela peut poser des problèmes pour faire une inférence descriptive.

Dans le contexte de l’inférence causale, les méthodes devraient nous aider à générer des informations qui nous permettent de répondre à notre question de recherche, donc de tester nos théories et de faire des inférences causales. Dans des recherches scientifiques en générale, l’approche expérimentale où la caractéristique principale est la possibilité de manipuler la cause, l’attribution aléatoire des groupes expérimentaux et du groupe de contrôle. Cette méthode est l’une des plus puissantes pour permettre l’inférence causale.

Si on s’intéresse ce qui mène un chef d’État à entrer en guerre et à torturer ses citoyens, cela est difficile à manipuler. On ne peut pas manipuler la cause potentielle et donc on ne peut pas faire d’expérimentation. C’est le cas la plupart du temps en sciences-sociales. La possibilité de manipuler la cause est quasiment impossible en relations internationales rendant l’inférence causale dans le domaine international difficile.

Vu la difficulté d’utiliser l’approche expérimentale dans le domaine international, la grande majorité des méthodes qu’on discutera se basent sur l’approche quasi-expérimentalepour contourner le problème qu’on n’arrive pas à manipuler la cause et choisir les groupes expérimentaux et de contrôle par d’autres biais. Ceci implique aussi que presque toutes les méthodes utilisées dans le domaine international se servent de données observationnelles. Mettre dans les groupes expérimentaux non choisis par les chercheurs mais qui provient du processus politique n’est pas une distribution aléatoire. Presque toutes les recherches dans le domaine international sont basées sur des données d’observation. On cherche à contourner le problème par d’autres moyens. En terme d’inférence causale, si on ne tient pas en compte que par exemple les États cherchent à éviter les sanctions économiques ou non, alors l’inférence causale est biaisée. Les sanctions économiques sont décidées par les acteurs en prenant compte des chances de succès.

Par rapport à toute question de recherche, on doit se poser la question de savoir quelle serait l’expérimentation qui permettrait d’être à même à mieux répondre à la question de recherche. On peut se poser la question de comment l’approximer, l’anticiper et en se rendre compte que certaines questions de recherches sont impossible à y répondre.

Théorie et méthodes

Etant donné que nous considérons les méthodes comme procédures, nous permettant de tester nos théories, voire nos hypothèses, le lien entre théorie et méthode est central. Les théories guident dans la formulation de nos hypothèses. Les théories reposent toujours sur des considérations théoriques. Le recours à certaines théories, la formulation de certains types d’hypothèses peut influencer ce que seront les méthodes appropriées pour tester nos théories et hypothèses. Les hypothèses sont testées avec des données empiriques à travers des méthodes qualitatives ou quantitatives qui ne s’apparentent pas à des modélisations formelles ou des approches théoriques.

Pour pouvoir montrer ceci, nous avons besoin des éléments suivants :

  • une définition de la notion « théorie » ;
  • une perception de l’utilité des théories ;
  • une connaissance des liens entre questions de recherche, théories et hypothèses ;
  • une connaissance des liens entre hypothèses et méthodes.

La notion de théorie est définie de manière très différente en générale et en sciences-sociales en particulier. Dans Recherche Sociale: De la Problématique à la Collecte des Données, Gingras propose une définition négative et une positive :

  • définition négative : la théorie, selon lui, n’est pas spéculation, philosophie, idéologie, utopie, considération ésotérique, formalisation, méthode, accumulation, connaissance universelle. Une théorie cherche à expliquer et jamais à justifier un phénomène.
  • définition positive : elle est « un ensemble de propositions logiquement reliées encadrant un plus ou moins grand nombre de faits observés et formant un réseau de généralisations dont on peut dériver des explications pour un certain nombre de phénomènes sociaux ».

Des définitions similaires peuvent être retrouvées dans l’ouvrage de Achen et Snidal publié en 1989 intitulé Rational Deterrence Theory and Comparative Case Studies et celui de Van Evera publié en 1997 intitulé Guide to Methods for Students of Political Science.

King, Keohane et Verba présentent cinq critères caractérisant de « bonnes » théories :

  • les théories doivent être falsifiables : le critère de la scientificité d’une théorie réside dans la possibilité de la vérifier et de la tester par une expérience empirique ;
  • les théories doivent être logiquement cohérentes : le phénomène à expliquer doit être une variable dépendante (VD) et la cause du phénomène est un variable indépendante (VI) ;
  • les théories doivent bien définir leur variable dépendante (ce qu’elles veulent expliquer) ;
  • les théories doivent être formulées d’une manière concrète ;
  • les théories devraient être aussi englobantes que possible.

Par leurs caractéristiques les théories devraient nous aider à trouver des réponses possibles à notre question de recherche. Plus particulièrement, dans l’ouvrage de Gingras, étant donné qu’on peut en « dériver des explications pour un certain nombre de phénomènes sociaux », les théories nous permettent de formuler des hypothèses. En d’autres termes, ces hypothèses doivent provenir d’une théorie. C’est aussi pour cette raison que la cohérence interne des théories est aussi centrale comme le souligne Blalock dans Theory construction: from verbal to mathematical formulations publié en 1969. Morrow dans son ouvrage Lenses on reading: An introduction to theories and models publié en 2012 argumente qu’il existe un lien très étroit entre nos théories et nos données et donc avec les méthodes.

La notion d’hypothèse peut être défini comme des tentatives de réponses à notre question de recherche, et ces tentatives de réponses sont basées sur des théories comme le postule Dépelteau dans La démarche d'une recherche en sciences humaines: de la question de départ à la communication des résultats publié en 2000. Si la théorie est bonne est falsifiable, nos hypothèses seront bonnes et falsifiables et il est possible de la tester empiriquement. Dans Manuel de recherche en sciences sociales publié en 2006, Quivy et Campenhoudt postulent que presque toujours une hypothèse « établit une relation entre [au moins] deux concepts ». Selon dans King, Keohane et Verba dans Designing Social Inquiry. Scientific Inference in Qualitative Research publié en 1994, si une hypothèse découle de « bonnes théories », elle sera falsifiable. Pour une « bonne hypothèse » on devrait toujours pouvoir déterminer avec précision ce qui nous amènerait à la rejeter.

Nos hypothèses peuvent être formulées de différentes manières et différents auteurs les distinguent selon différents critères par exemple King, Keohane et Verba, 1994, Dépelteau, Goertz ou encore Gingras mais aussi Quivy et Campenhoudt. Une distinction est toutefois fondamentale puisqu’elle a des implications sur les méthodes appropriées, à savoir celle entre hypothèses. Selon le type d’hypothèse que l’on va formuler, on utilisera un certain type de méthode :

  • déterministes ;
  • probabilistes.
Hypothèse déterministe

Rummel dans Libertarianism and International Violence publié en 1983 postule que « Libertarian systems mutually preclude violence (violence will occur between states only if at least one is nonlibertarian)». La violence se produit entre les État si au moins l’un des deux n’est pas démocratique. Une seule guerre entre deux pays démocratiques et cette hypothèse a été démontrée comme fausse. Pour l'évaluer, on devrait donc essentiellement étudier les guerres.

Hypothèse probabiliste

Dans Democratization and civil war: Empirical evidence publié en 2010 Cederman, Hug et Krebs, postulent que « Democratization increases the probability that a country experiences the onset of a civil war ». Pour l'invalider, il faudrait trouver une guerre civile où il n'y a pas de démocratisation, ou alors une démocratisation où il n'y a pas eu de guerre civile. On essaie ici d'évaluer la probabilité qu'il y ait une guerre dans un contexte donné.

Quelle information nous permettra de rejeter ces deux hypothèses ?

  • Pour une hypothèse déterministe, toute information et chaque cas en contradiction avec l’hypothèse devrait nous amener à rejeter notre hypothèse. Il suffit d’un cas qui contredise pour que tout soit rejeté. Si un auteur présente une hypothèse déterministe, il doit annoncer clairement comment les hypothèses sont mesurées et si des erreurs de mesures sont possibles. Plusieurs méthodologies ont été développées afin de tester les hypothèses déterministes.
  • Selon l’hypothèse probabiliste, il existe différents types de changements de régimes soit plus autocratique, soit plus démocratique, soit il peut ne pas changer. Certains auteurs avancent que le fait d’être démocratique fait que les conflits domestiques sont moins probables et que les probabilité de conflits différent. Il faudrait utiliser une base de donnée dont l’unité d’analyse est le pays informant sur le type de régime, la stabilité du régime, etc.

L’unité d’analyse est notre observation comme par exemple un individu, un pays ou encore une guerre. Pour répondre à l’hypothèse probabiliste, notre hypothèse et un pays. On construit une base de donnée ou les informations se trouvent en ligne.

Pays Type de régime Changement de régime
démocratie plutôt stable
autoritaire plutôt instable

L’information utilisée sera différente afin de tester les hypothèses. Avec une hypothèse déterministe on trouve un seul cas et on valide l’hypothèse, si on teste une hypothèse probabiliste, on va procéder à une analyse statistique.

Trois questions de recherche dans le domaine international

La paix libérale

Battistella dans son ouvrage Théories des relations internationales publié 2006 montre clairement que l’intérêt croissant pour la paix libérale ces dernières décennies est dû à des observations empiriques. Ces auteurs tel que Babst et Rimmel s’inscrivent dans une perspective réfutant les perspectives réalistes. C’est à l’aide d’études empirique qu’à été démontré que seul une minorité des États est régulièrement engagé dans des guerres et qu’une bonne moitié n’est jamais entrée en guerre.

Le fait que les démocraties n’entrent pas en guerre contre des démocraties n’est pas une théorie, dans le sens de la définition qu’on a adopté pour ce terme. C’est un constat empirique ou une régularité empirique. Ce n’est pas une théorie. Une théorie est « un ensemble de propositions logiquement reliées encadrant un plus ou moins grand nombre de faits observés et formant un réseau de généralisations dont on peut dériver des explications pour un certain nombre de phénomènes sociaux ».

Comment expliquer la relation entre d’un coté la nature du régime intérieur donc le fait que cela soit une démocratie et de l’autre son comportement extérieur vis-à-vis des autres États. Toute une série de travaux empiriques essaient de démontrer que cette régularité est persistante, qu’elle est due à certains facteurs et liée à certaines explications.

Dans ces travaux empiriques, les auteurs se servent de méthodes très diverses. Globalement, il y a d’un coté des analyses statistiques et de l’autre des études de cas. Selon Battistella, des chercheurs se sont basés sur les travaux d’Emmanuel Kant pour rendre compte de cette observation empirique. En démocratie, il faut « l’assentiment des citoyens pour décider si une guerre doit avoir lieu ou non [...] », De plus, il est coûteux de faire la guerre La démocratie aurait une nature intrinsèquement pacifique mais cela n’explique pas le comportement des démocraties vis-à-vis d’autres démocraties. Cette explication est unilatérale : comment les démocraties se comportent, et non pas comment les démocraties se comportent vis-à- vis d’autres démocraties.

D’autres chercheurs, en partie en s’appuyant sur des considérations de Kant, ont proposé d’autres théories pour tenir compte de la paix libérale, par exemple en mettant l’accent sur des normes de gestion de conflit notamment. Toutes ces considérations théoriques offrent des explications différentes pour l’observation empirique de la paix libérale.

Etant donné que toute une série de considérations théoriques tentent d’expliquer la paix libérale, comment les départager ? Il y a différentes méthodes, avec des forces et des faiblesses, ont été employées pour départager les différentes explications comme par exemple :

  • des études de cas de Elman dans Finland in World War II - Alliances, Small States, and the Democratic Peace. In Paths to Peace : Is Democracy the Answer? publié en 1997 ;
  • des analyses descriptives comme dans Liberalism and World Politics de Doyle publié en 1986 ;
  • des analyses quantitatives de type causal avec les travaux de Ray, Gowa, Cederman, Reiter et Stam.

Certaines méthodes semblent plus appropriées pour départager certaines de ces théories.

L’hypothèse déterministe de Rummel est que : « Libertarian systems mutually preclude violence (violence will occur between states only if at least one is nonlibertarian) ». Cette hypothèse implique qu’aucun cas ne la contredise. Des études de cas pourraient néanmoins contredire cette hypothèse. Lors de la Deuxième guerre mondiale par exemple, la Finlande était de facto en guerre contre les alliés occidentaux mais elle n’a pas attaqué d’États démocratiques. Elman présente toute une série d'études de cas de nature descriptive ayant pour visée de décrire le pourquoi de la Finlande du côté allemand durant la guerre. Le but est aussi de montrer que la Finlande n'était jamais engagée dans des batailles contre des troupes de pays démocratiques. Cela avait pour but de démontrer que la Finlande n'a jamais participé à la Deuxième Guerre Mondiale pour attaquer un pays démocratique mais que son positionnement était uniquement dû au jeu des alliances.

Les questions de recherche tournant autour de la paix libérale se focalisent sur ce qui est derrière cette régularité. Se qui caractérise la littérature de la paix libérale est d’offrir une considération à une régularité empirique. Une étude de cas sur la Finlande est susceptible de remettre en cause cette hypothèse. Certaines méthodes sont mieux adaptées pour départager certaines théories que d’autres. C’est le débat au niveau théorique combiné avec l’utilisation de ces différentes méthodes qui fait avancer nos connaissances.

Pour explorer la paix libérale en terme d'inférence descriptive des méthodes quantitatives et qualitatives ont été utilisées. Il faut toujours se poser la question du rapport entre les observations faites et la population plus large: est-ce que les deux Guerre Mondiale sont représentatives ? La période choisie reflète-t-elle bien les autres guerres ? De plus, il faut dire quelque chose de l'incertitude de l'inférence descriptive. Il est plus difficile de réduire l'incertitude dans les études de cas. 

Les droits de l’homme

Dans The Politics of Human Rights publié en 2010, Carey, Gibney et Poe donnent un très bon aperçu de l’univers des droits de l’homme et leurs fondements.

Clairement, même si les droits de l’homme concernent les relations entre l’État et ses « sujets », c’est au niveau international que, surtout depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale, toute une série d’institutions ont été créées pour faire respecter les droits de l’homme comme le rapporte notamment Simmons dans Mobilizing for human rights : international law in domestic politics publié en 2009. Ces institutions internationales prévues par les droits de l’homme sont un phénomène particulier parce qu’on compare avec d’autres conventions signées au niveau international. En devenant signataires d’une convention, les États s’engagent à respecter les droits de l’homme.

Mais ce respect des droits de l’homme n’est pas acquis, comme le discutent Carey, Gibney et Poe sous la notion d’ « enforcement ». Une question qui se pose est de savoir si les institutions des droits de l’homme ont des effets. Pour comprendre un effet, il faut savoir qui signe les conventions et qui applique les conventions. Pour évaluer le rôle des droits de l’homme et leurs conséquences, les chercheurs se servent de méthodes très diverses dans leurs travaux empiriques. Du point de vue de l'inférence descriptive les travaux qui se servent d'approches quantitatives ou qualitatives arrivent à des conclusions différentes. Les raisons de cette opposition sont probablement dues à la méthode de collecte des informations et à leur qualité. Surtout après la chute du mur de Berlin, les spécialistes des relations internationales et les politologues ont développé un intérêt grandissant pour les droits de l’homme. Au niveau théorique, deux perspectives dominent ces travaux :

  • D’un côté, des travaux s’appuyant sur une approche constructiviste ont souligné l’importance du pouvoir normatif des droits de l’homme, leur permettant une diffusion importante dans le monde. Ces travaux sont ceux de Wendt qui publie en 2009 Social Theory of International Politics, Human Rights, Principled issue-networks, and Sovereignty in Latin America Sikkink publié en 1993, The Power of Human Rights. International Norms and Domestic Change de Risse, Ropp et Sikkink publié en 1999 ou encore The Persistent Power of Human Rights: From Commitment to Compliance de Risse, Ropp et Sikkink publié en 2013. Il y a une pression normative à respecter les droits de l’homme par le fait d’avoir signé des conventions.
  • De l’autre côté, certains chercheurs se sont inspirés d’une perspective de choix rationnel (voir par exemple, 1985) en se demandant pourquoi des états signent, ratifient et se soumettent à des conventions de droits de l’homme comme Axelrod et Keohane en 1985 dans Achieving Cooperation under Anarchy : Strategies and Institutions, Hathaway dans Do Human Rights Treaties Make a Difference? publié en 2002, Vreeland dans Political Institutions and Human Rights : Why Dictatorships enter into the United Nations Convention Against Torture publié en 2008 et Simmons avec Mobilizing for human rights : international law in domestic politics publié en 2009. C’est une perspective rationaliste même en torturant, les gouvernements peuvent bénéficier des effets positifs de la signature de ces traités. La signature d’une convention n’induit pas les gouvernements à changer leur pratique au niveau domestique.

Ces deux perspectives offrent des perspectives très différentes sur la diffusion des droits de l’homme et leur respect dans le monde. Comme le démontrent très bien Hafner-Burton et Ron dans Seeing Double : Human Rights Impact through Qualitative and Quantitative Eyes publié en 2009, les chercheurs adoptant ces perspectives théoriques ont aussi utilisé des méthodes très différentes :

  • Les travaux s’inspirant de l’approche constructiviste se sont basés presque systématiquement sur des études de cas et donc sur des méthodes qualitatives comme par exemple Sikkink, Risse et Ropp.
  • De l’autre côté, les chercheurs s’appuyant sur une perspective de choix rationnel ont très souvent eu recours à des méthodes quantitatives comme Hathaway, Vreeland et Simmons. Ces travaux essaient de récolter beaucoup d’informations sur les pays.

Cette situation a eu comme conséquence que ces deux littératures ne se parlent presque pas et que les conclusions présentées dans ces deux littératures sont souvent contradictoires.

Les questions de recherche portant sur les droits de l’homme sont assez similaires (pourquoi ces traités sont adoptés par les pays ? quels effets ont-ils sur le comportement des pays signataires ? quel impact pour les droits de l’homme ?), mais il y a une forte distinction en termes d’approche théorique. Hafner-Burton et Ron postulent que le choix des méthodes semble être fortement lié à l’approche théorique dans ce domaine.

L’aide au développement

L’aide au développement et ses conséquences sont fortement contestées dans la littérature comme le rapportent Wright et Winters dans The Politics of Effective Foreign Aid publié en 2010. Certains auteurs comme Moyo son ouvrage Dead Aid : Why Aid is Not Working and How there is a Better Way for Africa publié en 2010 pensent que l’aide au développement a des conséquences néfastes pour les pays en voie de développement. D’autres argumentent que l’aide ne peut avoir des effets positifs que sous des conditions très spécifiques comme par exemple Burnside et Dollar dans l’article Aid, Policies, and Growth publié en 2000 ou que ces effets ne se laissent démontrer que par rapport à des projets très limités comme dans Poor economics : a radical rethinking of the way to fight global poverty de Banerjee et Duflo publié en 2011.

Ces interrogations sur l’efficacité de l’aide au développement portent soit directement soit indirectement sur deux enjeux :

  • Qu’est-ce qui explique les décisions d’allocation des pays donateurs ? Dans International political economics publié en 1984, Frey montre que deux pays qui reçoivent le plus d'aide bilatérale des États-Unis sont Israël et l'Égypte pour des raisons de liens privilégiées et de soutien aux accords de paix. Le but est donc non pas de s'assurer que les pauvres profitent de l'aide mais de s'assurer des liens politiques favorables. Dans beaucoup de situations ce sont des questions politiques et stratégiques qui déterminent l'allocation de l'aide et non pas des considérations purement liées aux besoins réels de la population. En période de Guerre froide, donner de l'aide à certains pays relevait de raisons purement politiques comme par exemple « donner» son vote au pays donateur aux Nations unies. L'aide est en effet souvent « liée » : l'aide peut être bien souvent utilisée uniquement pour acheter ou bien donner directement des produits provenant de l'État donateur.
  • Tenant compte de ces décisions politiques, quel effet de l’aide au développement peut-on s’attendre ? Wright et Winters montrent que des arguments théoriques disent que donner de l'argent à un pays en voie de développement pose problème car il se peut très bien que, de par la corruption, l'aide soit utilisée à des fins personnelles. Aussi, il y a souvent la crainte qu'en donnant de l'aide cela va influencer les interactions dans le système économique du pays receveur: par exemple, pour combattre la malaria il est efficace d'avoir des moustiquaires. Or, cela pose problème car il y a bien souvent des marchands domestiques qui vendent des moustiquaires et donc la distribution gratuite de celles-ci par une ONG induit la faillite du commerçant, lequel était un acteur de long terme alors que l'ONG qui en distribuait agissait à court terme. Ainsi, lorsque l'ONG se retire et que le marchand a fait faillite, il n'y a plus de moustiquaires disponibles, et donc la malaria se propage encore.

Certains travaux étudient d’une manière large les décisions d’allocation, comme par exemple Frey ainsi que Wright et Winters. Les débats sur l’efficacité de l’aide au développement arrivant à des conclusions plutôt négatives soit se basent sur des analyses quantitatives très agrégées comme Easterly, Levine et Roodman dans New Data, New Doubts : A Comment on Burnside and Dollar’s "Aid, Policies, and Growth" publié en 2004 ou utilisent au moins en partie des études de cas plus qualitatives comme par exemple Moyo, tandis que des conclusions positives se basent plus souvent sur des évaluations quantitatives très précises de programmes restreints notamment dans l’ouvrage de Banerjee et Duflo ou des expérimentations comme dans Free Distribution or Cost-Sharing? Evidence from a Randomized Malaria Prevention Experiment de Cohen et Dupas publié en 2007.

Annexes

Références