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Introduction au cours d'histoire de la pensée juridique et politique I

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La dialectique et la rhétorique trônent parmi les sept arts libéraux (illustration de l'Hortus Deliciarum, v. 1180).

Les trois objectifs du cours[edit | edit source]

Premier objectif[edit | edit source]

Nous allons d’abord présenter et analyser les grands textes classiques ; les principaux textes de la pensée juridique et politique moderne c’est-à-dire en histoire qui commence à la Renaissance italienne jusqu’au milieu du XIXème siècle.

Pourquoi la période 1500 à 1850 ? La raison est simple, c’est un fait intellectuel, les grands concepts utilisés en droit public, en science-politique et même en relations internationales se mettent en place pendant cette période. Les termes de « souveraineté », de « propriété » qui existent déjà à l’époque des romains prenant une signification différente, mais c’est surtout le concept d’État qui émerge dans cette période. Il faut se concentrer sur les racines intellectuelles des grands concepts politiques.

Les concepts que nous employons sont déjà en place à la fin du XVIIIème siècle. Nous allons aborder Machiavel, Rousseau et Montesquieu, mais aussi des auteurs moins connus qui ont joué un rôle prédominant dans la pensée juridique et politique comme les fédéralistes et antifédéralistes américains ainsi que les auteurs de la pensée d’avant de la Reforme comme Luther et Calvin qui ne dissociaient pas le politique du théologique et avaient une pensée politique fondamentalement imprégnée de pensée religieuse.

Deuxième objectif[edit | edit source]

Le deuxième objectif est de montrer comment émerge et s’est formé la conception moderne de l’État en tant que personne morale dissociée du titulaire du pouvoir. D’ailleurs lorsqu’on regarde les grands textes de la philosophie du XVIème et XVIIème siècle, on se rend compte que le terme « État » apparait dans son acception moderne en tant que personne morale indépendante de la personne au pouvoir à partir du XVIIème siècle.

Avant, bien évidement la notion même d’« État » existe, mais on n’emploi pas le terme afin de définir la souveraineté, l‘institution détentrice de la souveraineté, on emploi des termes comme la potestas, l’autoritas la principatus, le potestas civilis, l’imperium. Ce sont des mots qui décrivent cette chose qui émergera dans son acception contemporaine actuelle au milieu du XVIIIème siècle.

On doit la définition moderne de l’État à un homme qui est Thomas Hobbes.

Nous verrons qu’au fond, qu’après Thomas Hobbes, la définition de l’État n’est plus remise en cause, les questions sont différentes, on passe d’une définition proposée par Hobbes acceptée et validée par ses contemporains passant d’une question qui est qu’est-ce que l’État ? à quelles sont les limites de l’État ? La question et le questionnement en théorie politique et du droit évoluent dans une direction différente.

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Au centre du tableau est le concept d’État selon sa conception originale. On voit Hobbes au milieu et on va voir qu’il plonge ses racines dans Machiavel, Luther, Calvin, les monarchomaques ainsi que Jean Bodin. Après Hobbes on ne s’intéresse plus à la définition du concept d’État, mais à la limite du rapport des relations de l’État par Locke, Montesquieu et Rousseau.

Les constituants américains vont proposer une vision moderne de l’État qu’ils appelaient la République. Ainsi nous allons voir la naissance, d’où vient, comment et pourquoi l’idée d’État.

Troisième objectif[edit | edit source]

Le troisième objectif est de tenter de montrer une méthode, plutôt une approche un peu différente de l’approche traditionnelle, une approche particulière de l’approche classique de la théorie du droit et de la théorie politique. Nous allons voir que pour véritablement comprendre les textes que nous allons voir il faut les lire dans son contexte historique, mais surtout de répondre à la question de savoir si l’auteur, le philosophe ou le juriste, qu’à-t-il voulu écrire, dire avec les mots qui étaient à sa disposition ? Quelles étaient ses intentions lorsqu’il écrivait ce qu’il écrivait ? Lorsqu’on rédige un sujet les arguments ont un sens ; fondamentalement on tente de définir son argument au fur et à mesure de l’écriture. Nous allons tenter de proposer une approche des grands textes classiques qui visent à répondre à la question de l’intention de l’auteur.

Beaucoup de tentatives de réponses ont été faites. Certains auteurs historiques marxistes postulent que tout est déterminé par la sphère économique et que leurs intentions sont leurs intérêts. C’est une approche historiciste qui voit l’intérêt à l’origine de l’intention de tous les auteurs.

Il y a une approche essentialiste, certains théoriciens contemporains pensent que les auteurs posent toujours les mêmes questions. C’est essentialiste en ce sens que chaque question politique est la même.

Pour le professeur Keller, les auteurs réfléchissaient dans des termes différents, ce qu’il qualifie approche intentionnaliste.

Pour résumer le cours dans ce schéma, pour expliciter la naissance du concept d’État, il faut prendre en compte un certain nombre d‘étapes.

Cheminement du concept d'État[edit | edit source]

La naissance du concept d’État repose sur un certain nombre de piliers. D’abord la tradition humaniste qui émerge véritablement au XVème siècle, puis l’approche de la tradition scholastique et le point de chute qui est Machiavel qui est le premier qui ne va pas réfléchir à l’État, mais à ce qu’il appellera lui-même la « Respublica ». Machiavel et la tradition républicaine offrent à Hobbes un certain nombre d’arguments très intéressant et important.

Le deuxième pilier du schéma est la pensée reformée qui apporte à Hobbes le principe de résistance, les théories de la résistance qui sont certes religieuses mais qui basculent rapidement vers le politique. Luther, Calvin et leurs successeurs vont donner à ceux qui réfléchissent la « chose publique » des éléments nouveaux ; on va passer d’une théorie de la résistance à la religion catholique à une résistance politique : peut-on résister à l’autorité publique ou pas ? Si oui sous quelles conditions ?

Le troisième pilier est le pilier Jean Bodin qui va réfléchir à une notion qui en droit public est fondamentale et très débattue de nos jours. Aujourd’hui certains États le revendiquent, c’est la souveraineté.

Bodin va réfléchir à la notion pas tant de l’État en tant que tel, mais à la question de qu’est-ce que la souveraineté ? Cette réflexion très approfondie sur le souverain et la souveraineté est due à Jean Bodin qui amène à réfléchir aux limites de la souveraineté. Il produisit deux ouvrages importants en 1566 intitulés La Méthode pour étudier l’Histoire et Les Six Livres de la République en 1576 qui fournissent à Hobbes la première grande théorie sur la souveraineté.

Le frontispice du « Leviathan » est l'œuvre du graveur Abraham Bosse.

Hobbes en s’appuyant sur ces trois ensemble dont la théorie de Bodin qu’il reformulera va proposer la première conception moderne de l’État dans son ouvrage de 1651 qui est le Léviathan.

Après Hobbes et la définition du concept d’État dans le Léviathan, cette définition ne sera plus remise en cause, on la prend et on l’accepte pour acquise. La réflexion en droit et en science-politique va se déplacer vers les relations entre l’État et les individus. Quelles relations doit-il avoir ? Doit-il empiéter sur la sphère privée ? Doit-il préserver la sphère privée ? Quelle est la place du gouvernement ?

Toutes les questions des rapports entre l’État et l’individu vont être développées par Locke qui se concentre sur les rapports entre le gouvernement et les individus. Montesquieu va proposer une notion très importante en droit public qui est la notion de la séparation des pouvoirs.

Rousseau a repris Hobbes et l’a retourné à l’envers. Hobbes avait eu l’idée géniale consistante à dire que pour qu’un État fonctionne il faut qu’il soit fort. Avec un souverain à sa tête qui impose d’en haut vers en bas son autorité, c’est la vision descendante du pouvoir. Rousseau dit que Hobbes avait surement raison, mais le sens est faux, il retourne Hobbes, pour que l’État ait la puissance et la légitimité il faut que le pouvoir et sa puissance viennent d’en bas, on appelle cela la souveraineté du peuple. Cette idée on la doit à Rousseau qui reprend l’idée d’un État fort afin de fonctionner, mais avec un contrat social.

À partir de la fin du XVIIIème siècle, la question de l’État ne se pose plus, la question des rapports entre l’État et les individus se pose moins, mais on s’intéresse véritablement à la définition des droits du citoyen, on s’intéresse véritablement à la question de nos droits.

Au fond toute la question qui va irriguer la pensée politique et juridique est la question de la limite de nos droit ainsi que leur définition : que doivent t-il-être ? Comment faut-il les appliquer ? Les fédéralistes et les antifédéralistes tenteront d’abord d’y répondre, mais c’est surtout John Stuart Mill qui le fera.

Machiavel, Luther, les auteurs reformés et Jean Bodin vont s’appuyer sur deux traditions constitutives de la vie intellectuelle européenne du XIIème au XVIème siècle qui sont les traditions humanistes et scholastiques.

La question qui se pose est quand Machiavel, les reformés et Jean Bodin réfléchissent au concept d’État, à la souveraineté, la liberté, ils puisent leur arguments dans ces deux grandes traditions. Toute l’Europe est constitutive, et repose sur ces deux grandes traditions soit humaniste et scholastique.

En d’autres termes au alentour de 1450, au milieu de le Renaissance italienne, lorsque les grands théoriciens, des politiques et juristes réfléchissent à la question de l’autorité politique, la question de la liberté politique, mais aussi de l’égalité en politique, ils puisent leurs arguments, nourrissent leurs réflexions dans deux traditions de pensée que sont la traditions de langage, de type de discours soit scholastique et humaniste.

La tradition scholastique et humaniste irriguent l’Europe à partir du XVIème siècle et vont marquer pendant plusieurs siècles la pensée sur le politique.

La tradition scolastique[edit | edit source]

14th-century image of a university lecture

Cette première tradition soit la scolastique se retrouve essentiellement en Europe en France et en Italie entre le XIIème et le milieu du XVème siècle. Elle repose sur un corpus c’est-à-dire un ensemble d’ouvrages qui sont très particuliers, mais assez bien délimités. Elle repose tout d’abord sur un corpus très religieux. La tradition scholastique que l’on doit pour la plupart à des théologiens puise dans la bible, dans Aristote - les scolastiques sont des exégèses d’Aristote - ainsi que dans les grands Pères de l’église que sont Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin. Le corpus bible, Aristote, Saint Augustin et Saint Thomas d’Aquin, les grands penseurs de l’Église, les penseurs scholastiques pensent l’autorité publique en terme religieux en puisant dans ses sources.

Les thèmes qui sont véhiculés et analysés par cette tradition sont des thèmes assez classique c’est-à-dire le rapport entre l’État, la chose publique et l’Église, le rôle du chrétien, la place de l’Église dans la société et donc manifestement, les thèmes abordés sont liés à l’Église ou à la place de l’Église dans la société.

Ce sont essentiellement des théologiens parce qu’ils réfléchissent à la chose publique à partir de l’argument religieux. Ils font le lien entre l’individu autonome qu’Aristote a tenté de définir et ce qu’ils appellent « l’idéal chrétien de détachement du monde ». Ils essaient de voir comment la vision de l’individu d’Aristote est insupportable et utilisable pour le chrétien. C’est une pensée éminemment religieuse et emprunte de penseurs religieux qui repose sur un langage théologique.

Au fond, on peut définir la posture intellectuelle de cette tradition autour de trois grandes idées. Si nous devions résumer la position des scolastiques vis-à-vis de l’autorité politique, les positions intellectuelles défendues par les partisans de la tradition scholastique se retrouve autour de :

  • Le pouvoir d'un seul est préférable au pouvoir de la multitude.
  • L’affirmation que la richesse n’est pas source ou facteur de corruption politique, elle est même une vertu, être riche n’est pas un vice ni un péché. En d’autre terme la richesse n’est pas facteur de corruption, mais est même une vertu.
  • le principal danger pour la politique d’une cité est qu’elles perdront leur autonomie si s’installe en leur sein la discorde. Le danger qui guète toute cité, tout « État » est la discorde soit la désunion de ses citoyens. Il faut un idéal d’unité et de paix traduit aujourd’hui comme « sécurité » pour que la réalité politique puisse s’installer, perdurer et se pérenniser. En d’autres termes ils défendent toutes et tous un idéal d’unité politique très important.
  • La nécessité de construire des institutions politiques solides, en d’autres termes, l’essentiel de leur intention porte sur les institutions, la « mécanique gouvernementale » comme nous la nommons aujourd’hui, beaucoup plus que sur la qualité des gouvernants. Ils ne sont pas intéressés dans leur pensée sur les qualité humaine soit les vertu du prince selon Machiavel. Pour les scholastiques le pouvoir est intéressant en abordant la mécanique institutionnelles, ils s’intéressent à l’ensemble de rôles pour contrôler les magistrats, mettre en place les lois ; ils ont une pensée très juridique et institutionnelle, que le détenteur du pourvoir soit bon ou mauvais n’a aucune importance, ils veulent résoudre le problème du pouvoir à travers des mécanismes institutionnels.

Face à cette tradition scholastique et ces trois argument va peu à peu se construire des le XIIIème siècle l’autre tradition qui va marquer l’Europe peut être jusqu’au XIXème siècle. La pensée scholastique s’éteint peu à peu, la théologie n’est plus le début de la réflexion sur le politique. L’éclatement religieux de l’Europe entre principautés catholiques et protestantes va rendre la pensée scholastique fondée sur le religieux désuète.

La pensée humaniste[edit | edit source]

Croquis de Léonard de Vinci, L'homme de Vitruve.

La tradition qui va perdurer émerge en réaction à la pensée scholastique est la pensée humaniste qui émerge durant la renaissance italienne. La pensée humaniste née en réaction à la pensée scholastique dans la région de Florence, Sienne et Milan. Face à la tradition scholastique, se construit la pensée humaniste et c’est sur elle que va se construire le premier pilier du schéma qui est Machiavel.

Fondamentalement, la tradition humaniste repose sur quelques affirmations fortes. On distingue cinq affirmations fortes :

  • La défense de ce que les humanistes appelleront l’éducation classique soit l’éducation romaine et plus précisément l’éducation par l’histoire et la rhétorique. Les humanistes ne vont plus se pencher sur la pensée d’Aristote et grecque comme les scholastiques mais sur la pensée romaine. Les sources principales de la pensé scholastiques sont la pense d’Aristote et grecque et pour les humanistes les sources principales sont romaines comme Cicéron, Tite-Live proposant une nouvelle vision de l’éduction de l’homme. Ainsi ils vont développer à travers leur nouvelle vision de l’éducation une nouvelle vision de la nature humaine. L’importance de l’éducation applique une nouvelle vision de la nature humaine. Contrairement à Saint Augustin qui pense que dieu maitrise notre destin, les humanistes pensent au contraire que notre volonté est automne, nous sommes libre et avons un rapport à notre futur qui quelque part est ouverte. Les humanistes vont défendre que nous sommes confrontés à une pluralité des possibles, mais que dieu ne décide pas forcement de tout. Nous avons aussi la maitrise de notre destin. C’est une nouvelle approche de la nature humaine issue de la vision de l’éducation.
  • Défendre la liberté, la liberté politique est le bien suprême, ce n’est pas l’égalité ni forcement la justice, mais la liberté politique. Le citoyen libre doit être pour eux la priorité de l’autorité publique.
  • Si la liberté est le bien suprême alors toute la question est de savoir comment construire le meilleur régime politique, de défendre le meilleur idéal politique pour défendre cette garantie de liberté. Les humanistes se plongent dans les recettes du passé et notamment dans l’histoire moderne pour essayer de voir quelle formule politique est la meilleure pour préserver la liberté des citoyens. Ils vont se plonger dans Rome dans sa période républicaine et non pas impérialiste. Rome hante encore la pensée politique contemporaine, Rome a fascinée tout l’occident et notamment les humanistes. Les humanistes sont hantés par la Rome républicaine se plongeant dans des auteurs qui vont défendre et analyser l’histoire de Rome et de la république de Rome.
  • La République, la « Respublica », est le meilleur des régimes politiques possibles, ce n’est pas la monarchie ni tout autre régime existant, mais la « Respublica » sur le modèle romain. Machiavel répondra à la question de la république moderne comme la mieux à de défendre la liberté du citoyen. Ce régime permet de préserver la liberté des citoyens.
  • En opposition à la tradition scholastique, ils vont fort logiquement défendre l’idée que les mécanismes institutionnels ne résolvent pas tout. la mécanique gouvernementale est importante, mais ne permet pas d’expliquer et surtout de garantir la liberté politique des citoyens. Pour qu’une république se mette en place et puisse durer, il faut que les gouvernants soient vertueux. C’est un mot très important. Un État ne peut se maintenir, garantir la liberté de ses citoyens, garantir l’existence et l’application des lois pour tout le monde sur une seule base institutionnelle, il faut également que le titulaire du pouvoir soit des gens vertueux. Il faut dire à Machiavel que les citoyens doivent également être vertueux. on peut le définir comme l’amour de la chose publique et le respect du bien général, toutefois ceci est une régression. L’humanisme s’intéresse à la vertu des gouvernants et du citoyens ainsi qu’à la corruption et la question de savoir ce qui corrompt l’homme, un État ou une respublica, ce qui fait que la république de Florence a disparue « sous les coups d’hommes ambitieux », sur ce qui a permis aux Médicis de renverser la république de Florence, pourquoi ? Les humanistes se posent toutes ces questions. Les réponses vont surtout être données par un homme qui est Machiavel étant à la fois un héritier de la tradition humaniste sur laquelle il s’appui pour penser et repenser le politique, mais également il va se détacher très fortement des humanistes et affirmer une philosophie politique un peu différente. Machiavel est un humaniste, mais en même temps le premier penseur moderne à proposer une vision différente et particulière de ce que deviendra l’État, pourquoi et comment.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]