Les Etats-Nations au début du XXème siècle
Au tournant du XXᵉ siècle, l’État-nation s’impose comme la forme politique dominante en Europe occidentale. Héritée des révolutions et des transformations du XIXᵉ siècle, cette configuration se fonde sur des expériences contrastées : les unifications allemande et italienne, la consolidation républicaine en France, ou encore la stabilisation des monarchies constitutionnelles au Royaume-Uni et dans les pays scandinaves. Ces processus traduisent une évolution majeure : la nation devient l’horizon légitime de l’État moderne et l’espace privilégié où s’expriment la citoyenneté, la souveraineté et l’identité collective.
La construction nationale repose avant tout sur l’action de l’État. Loin d’être un simple arbitre institutionnel, celui-ci intervient activement pour forger un sentiment d’appartenance commune. Par l’école obligatoire, la conscription militaire, l’imposition d’une langue nationale, le développement d’infrastructures et la fiscalité centralisée, les gouvernements transforment progressivement des sociétés hétérogènes en communautés politiques relativement homogènes. Ce processus de « nationalisation des masses », pour reprendre l’expression d’Eric Hobsbawm, illustre le rôle structurant de l’État dans la fabrication d’une identité collective.
La culture joue un rôle complémentaire et essentiel. L’histoire nationale, enseignée à l’école et diffusée par les manuels, la littérature, les fêtes civiques, les monuments commémoratifs et les symboles partagés (drapeaux, hymnes, allégories) participent à inscrire l’idée de nation dans l’imaginaire collectif. L’unification culturelle vient ainsi renforcer le projet politique, en donnant aux citoyens des repères communs et en transformant l’abstraction juridique de la citoyenneté en une identité vécue.
Cette dynamique interne s’inscrit également dans un cadre international marqué par l’expansion impérialiste. Les puissances européennes projettent leur modèle de l’État-nation dans leurs colonies et utilisent la construction nationale comme justification idéologique à la conquête. L’impérialisme nourrit en retour le nationalisme, en fournissant à chaque nation un espace de rivalité et de prestige. Les tensions entre nations européennes, alimentées par la compétition coloniale et militaire, confèrent au modèle de l’État-nation une dimension non seulement interne mais également géopolitique.
Au début du XXᵉ siècle, l’Europe occidentale apparaît donc comme un espace où l’État-nation est à la fois consolidé et traversé de fragilités. Il structure la vie politique et sociale par des institutions et des cultures communes, tout en restant exposé aux particularismes régionaux, aux clivages sociaux et aux rivalités internationales qui pèsent déjà sur l’équilibre continental.
État et Nation
XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. L’État désigne avant tout une structure institutionnelle : il incarne un pouvoir organisé exerçant une souveraineté sur un territoire défini, doté d’institutions administratives, juridiques, militaires et fiscales. Sa légitimité repose sur la capacité à imposer l’ordre, collecter l’impôt, rendre la justice et assurer la défense. L’État se caractérise donc par des éléments objectifs et mesurables, qui relèvent de l’exercice concret de la puissance publique.
La nation, en revanche, relève d’une dimension plus subjective et symbolique. Elle renvoie à une communauté humaine qui se reconnaît une identité commune, fondée sur des éléments historiques, culturels, linguistiques ou religieux, et qui partage la conviction d’appartenir à un destin collectif. Ernest Renan résumait cette idée en 1882 dans sa célèbre conférence Qu’est-ce qu’une nation ? en la définissant comme « un plébiscite de tous les jours », insistant sur la volonté de vivre ensemble et sur une mémoire partagée des sacrifices consentis.
La modernité politique réside dans l’articulation de ces deux notions. Pendant longtemps, les deux réalités ne coïncidaient pas nécessairement : l’Empire austro-hongrois ou l’Empire ottoman rassemblaient des populations très diverses au sein d’un même appareil d’État, sans véritable unité nationale. À l’inverse, certaines communautés nationales existaient sans disposer d’État propre, comme les Polonais ou les Italiens avant leur unification. C’est précisément cette tension qui a marqué l’histoire européenne du XIXᵉ siècle : faire correspondre les frontières politiques de l’État avec les frontières culturelles et symboliques de la nation.
La fusion des deux réalités dans l’État-nation devient l’horizon dominant en Europe occidentale au tournant du XXᵉ siècle. Elle repose sur un double mouvement : d’une part, l’État qui se dote de moyens institutionnels pour nationaliser la société ; d’autre part, la nation qui confère à l’État une légitimité nouvelle fondée sur l’identité collective. Ce modèle, une fois stabilisé, va profondément transformer la vie politique, en inscrivant la citoyenneté, la loyauté et la participation dans le cadre national.
Le développement des États
L’État constitue la forme institutionnalisée du pouvoir politique. Il incarne le cadre juridique et administratif à travers lequel s’exerce la domination politique d’une autorité sur un territoire et une population. Loin d’être une abstraction, l’État s’appuie sur des institutions concrètes — armée, justice, administration, fiscalité — qui lui permettent de réguler la vie collective et d’assurer sa propre continuité. Ses formes peuvent varier : monarchies, républiques, empires ou fédérations, mais il demeure la matrice institutionnelle à partir de laquelle s’organise la vie politique.
Au XIXᵉ siècle, ce rôle structurant de l’État se manifeste dans un processus central : ce n’est pas la nation qui crée l’État, mais l’État qui forge la nation. À travers des instruments politiques, administratifs et symboliques, il donne corps à une identité commune et impose un cadre de loyauté et d’appartenance. Le nationalisme d’État, conçu comme une idéologie et un ensemble de pratiques visant à produire une cohésion nationale, devient ainsi un élément fondamental de la modernité politique.
La France illustre de manière exemplaire ce processus. La Révolution française a marqué une rupture décisive en abolissant les corps intermédiaires et en affirmant le principe d’une communauté politique d’individus égaux devant la loi. L’État devient dès lors l’agent principal de l’unification nationale, créant un lien direct entre chaque citoyen et la collectivité politique. Par l’école, la conscription et la centralisation administrative, il construit progressivement une identité nationale homogène et impose la référence au cadre national comme source de légitimité.
Ce modèle n’est toutefois pas universel. En Suisse, par exemple, l’identité nationale s’est constituée moins par l’action centralisatrice de l’État que par un pacte politique fédératif, associant la diversité linguistique, culturelle et religieuse dans un cadre commun. Le nationalisme d’État y a pris une forme plus consensuelle et moins centralisée que dans le cas français.
Malgré ces différences, l’Europe occidentale du XIXᵉ siècle connaît une tendance générale où l’État apparaît comme le moteur de la construction nationale. Sous des formes diverses, il crée les conditions d’une cohésion politique et symbolique qui permettent à l’État-nation de s’imposer comme le modèle dominant à l’aube du XXᵉ siècle.
État centralisé ou État fédéral
L’État moderne ne revêt pas partout la même configuration institutionnelle. Il peut prendre la forme d’un État unitaire centralisé, où l’autorité politique se concentre dans un pouvoir central qui délègue à des relais locaux, ou celle d’un État fédéral, où le pouvoir se partage entre plusieurs niveaux d’autorité, combinant institutions centrales et autonomies locales.
Le modèle unitaire et centralisé trouve son expression la plus aboutie en France. Hérité de la monarchie capétienne et renforcé par la Révolution française, il repose sur la disparition des particularismes régionaux et des corps intermédiaires au profit d’un maillage administratif uniforme. La création des départements en 1790 et l’institution des préfets comme représentants directs de l’État dans chaque circonscription en sont les symboles les plus forts. Ce modèle, longtemps perçu par les Français comme universel, constitue en réalité une singularité au sein de l’Europe.
La configuration fédérale est plus répandue dans les autres pays occidentaux. Elle naît souvent de l’impossibilité d’imposer une centralisation complète face à la résistance de structures locales ou régionales puissantes. Le fédéralisme permet alors de préserver des identités ou des autonomies locales tout en intégrant celles-ci dans un cadre national. La Suisse illustre ce modèle : la Constitution de 1848 instaure un État fédéral qui garantit l’indépendance des cantons, tout en créant des institutions communes assurant la cohésion de l’ensemble. Le fédéralisme suisse vise avant tout à protéger la diversité linguistique, religieuse et culturelle au sein d’une structure nationale.
L’Allemagne adopte également une forme fédérale avec la constitution de 1871, qui unit 25 États dans un même ensemble. Toutefois, à la différence du cas suisse, ce fédéralisme demeure déséquilibré : la Prusse y joue un rôle prépondérant et imprime sa marque sur l’ensemble de l’Empire. L’Espagne, de son côté, connaît une articulation complexe entre le pouvoir central et des entités régionales dotées de fortes identités historiques, ce qui donne à son modèle une nature hybride.
Ces différentes expériences montrent que la forme des États varie considérablement, oscillant entre centralisation et fédéralisme. Dans tous les cas, l’État demeure cependant le dépositaire de la légitimité nationale. Qu’il soit unitaire ou fédéral, il incarne l’autorité politique et se présente comme le cadre à travers lequel la nation s’exprime et se structure, au terme d’un long processus d’évolution amorcé tout au long du XIXᵉ siècle.
La concentration progressive des pouvoirs par l’État
Dans le courant du XIXᵉ siècle, l’État européen renforce progressivement ses prérogatives et tend à concentrer l’ensemble des pouvoirs politiques, administratifs et sociaux. Ce processus ne s’arrête pas aux frontières des États centralisés comme la France : il s’impose également, quoique sous des formes différentes, dans des États fédéraux comme l’Allemagne ou la Suisse. L’horizon commun est celui d’une unification croissante des règles, des pratiques et des moyens de coercition au profit de l’autorité centrale.
L’un des traits majeurs de cette concentration est la marginalisation progressive des pouvoirs locaux, corporatifs ou religieux qui limitaient jusque-là l’action directe de l’État sur les administrés. La centralisation passe par l’uniformisation des législations et des structures administratives sur l’ensemble du territoire. Même dans les régimes fédéraux, les autorités locales perdent une partie de leurs prérogatives au profit d’un droit commun, garant de l’égalité devant la loi.
Un instrument déterminant de cette unification est le processus de sécularisation. L’État moderne retire progressivement à l’Église des fonctions qui constituaient des leviers essentiels de contrôle social et administratif. Les registres de l’état civil, naguère tenus par les paroisses, passent sous l’autorité des administrations publiques. Les hôpitaux et les œuvres de charité, autrefois gérés par des congrégations religieuses, entrent dans le domaine d’intervention des pouvoirs publics. En prenant en charge ces missions, l’État se dote d’outils décisifs pour connaître sa population, la recenser, l’administrer et, le cas échéant, la mobiliser, que ce soit pour la fiscalité ou pour la conscription militaire.
La France illustre cette dynamique de manière exemplaire : le processus culmine avec la loi de séparation des Églises et de l’État de 1905. La laïcité française constitue une forme particulière de sécularisation, qui supprime toute imbrication institutionnelle entre pouvoir religieux et pouvoir civil. Elle confère à l’État un rôle éminent dans la définition de l’espace public, tout en soulevant un paradoxe : en refusant de contrôler directement les institutions religieuses, l’État abandonne une partie de son emprise au nom de la neutralité.
Cette extension des domaines de compétence implique la mise en place d’une bureaucratie de plus en plus développée. Le XIXᵉ siècle voit ainsi croître le nombre de fonctionnaires et se renforcer les administrations spécialisées, garantes de l’efficacité et de la permanence de l’action publique. L’essor de la bureaucratie est l’une des marques les plus tangibles de la modernité étatique.
Un second volet de cette concentration réside dans l’appropriation du droit et de la justice par l’État. Là où, jusqu’au XIXᵉ siècle, les seigneurs, les communautés locales ou les nobles pouvaient disposer d’un pouvoir judiciaire autonome, l’État impose progressivement son monopole. En Allemagne, ce processus n’est achevé qu’à la fin du siècle, lorsque l’autorité judiciaire des nobles sur leurs dépendants est abolie.
La codification des lois constitue un instrument central de cette étatisation. Le Code civil français de 1804 devient un modèle largement imité en Europe, et son influence s’étend au-delà du continent. L’existence de codes civils, pénaux et commerciaux garantit une harmonisation des pratiques législatives et judiciaires, assurant que tous les citoyens relèvent d’un même corpus juridique. Cette unification contribue à renforcer l’idée d’égalité devant la loi et consolide le lien direct entre l’individu et l’État.
Enfin, la concentration des pouvoirs s’illustre par l’appropriation du monopole de la violence légale. Selon la célèbre formule de Max Weber, l’État moderne est l’organisation qui revendique « avec succès le monopole de la violence légitime » sur un territoire donné. Concrètement, cela signifie que nul autre acteur – ni seigneur, ni milice privée, ni institution religieuse – ne peut disposer du droit de lever une armée, de rendre la justice ou d’assurer le maintien de l’ordre en dehors de l’État.
Cette monopolisation se traduit par le développement d’armées nationales permanentes et de services de police professionnels. Le service militaire obligatoire, instauré dans plusieurs pays européens au XIXᵉ siècle (France en 1798, Allemagne en 1871, Italie en 1875), participe à la fois à la consolidation de la puissance militaire et à l’intégration des citoyens dans un cadre national. Le contrôle de la force devient ainsi l’élément clé de la souveraineté et le garant de l’unité du territoire.
L’importance de ce monopole apparaît d’autant plus clairement dans les débats contemporains sur le recours à des sociétés militaires privées. Lorsqu’un État délègue l’usage de la force à des acteurs privés, il fragilise le principe fondateur de la souveraineté moderne.
À travers ces évolutions, l’État européen du XIXᵉ siècle devient l’architecte de la société nationale. Par la sécularisation, la bureaucratisation, la codification du droit et la monopolisation de la violence, il établit un lien direct avec l’ensemble des individus sur son territoire. Cette emprise croissante prépare la définition du « territoire national », conçu non seulement comme un espace géographique, mais aussi comme un cadre politique et symbolique dans lequel se construit l’appartenance collective.
Le territoire national et sa population
L’État moderne n’exerce pas son autorité dans l’abstrait. Ses prérogatives – législatives, administratives, fiscales, militaires – s’inscrivent dans un espace concret : le territoire national. Celui-ci constitue à la fois un cadre matériel, défini par des frontières reconnues, et une construction symbolique, puisqu’il est associé à une identité collective. Le territoire national résulte donc d’un double processus : la délimitation des frontières et l’intégration de la population qui y réside.
La première dimension est celle de la frontière. Contrairement aux espaces médiévaux où les zones d’influence se chevauchaient et où la souveraineté se fragmentait en une multiplicité d’autorités, l’État moderne impose des lignes claires de séparation. Les frontières nationales sont tracées par des guerres, des traités ou des arbitrages diplomatiques, et elles incarnent la souveraineté exclusive d’un État sur un espace donné. Cette conception, consolidée par le droit international au XIXᵉ siècle, consacre l’idée que le pouvoir politique est indissociable d’un territoire précis, limité et reconnu.
La seconde dimension est celle de la population. L’État-nation ne se définit pas seulement par l’exercice d’un pouvoir sur un espace ; il suppose aussi l’intégration de l’ensemble des individus qui y résident. Par la centralisation administrative, l’État enregistre ses habitants, les recense, leur attribue une identité juridique par l’état civil, et leur impose des droits et des devoirs. Le citoyen devient l’unité fondamentale du corps politique, soumis à l’autorité de l’État et associé à la communauté nationale.
Cette articulation entre territoire et population est renforcée par la montée des pratiques de contrôle et de mobilisation. Le recensement permet à l’État de connaître avec précision le nombre d’habitants, leur répartition, leurs professions, et d’organiser en conséquence la fiscalité, le service militaire ou encore la scolarisation. Le service militaire obligatoire, en particulier, illustre cette emprise : il transforme des individus atomisés en citoyens-soldats, prêts à défendre le territoire national, tandis que l’école forme une conscience commune en diffusant une langue et des valeurs partagées.
La territorialisation de l’État implique aussi une dimension symbolique. Les frontières ne sont pas seulement des lignes sur une carte, elles deviennent des marqueurs identitaires, objets de fierté et parfois de conflit. La perte ou l’acquisition d’un territoire – l’Alsace-Lorraine en 1871, la Pologne partagée au XIXᵉ siècle, la Lombardie et la Vénétie en Italie – cristallise les nationalismes et nourrit les tensions internationales. Le territoire est ainsi chargé d’une valeur affective et mémorielle qui dépasse sa simple fonction administrative.
Au tournant du XXᵉ siècle, l’État-nation européen apparaît donc comme l’association indissociable d’un territoire délimité et d’une population intégrée. Les frontières donnent corps à la souveraineté, tandis que l’organisation de la population en citoyens transforme l’espace géographique en communauté politique. Cette double dimension – spatiale et humaine – est au fondement de l’identité nationale et constitue un ressort central des conflits du siècle à venir.
La définition des frontières
La conception moderne de la frontière comme une ligne précise, tracée sur une carte et franchissable en un point de passage, est relativement récente. Elle s’impose progressivement en Europe entre le XVIIIᵉ et le XIXᵉ siècle et marque une rupture profonde avec les conceptions antérieures.
Sous l’Ancien Régime, avant la Révolution française, la frontière est moins une ligne qu’un espace intermédiaire. Ces zones de contact, appelées « marches », s’étendaient sur plusieurs kilomètres et constituaient des régions de transition entre deux autorités politiques. On y installait des garnisons pour assurer la défense et le contrôle, mais la circulation y demeurait incertaine et périlleuse. Le brigandage y était fréquent, et la sécurité dépendait largement de la force militaire. Dans ce système, la frontière n’était pas un obstacle étanche mais un espace flou, ouvert aux échanges et aux affrontements.
Certains territoires européens, comme la Croatie, offrent des exemples emblématiques de cette logique de « pays-marche ». Entre l’Empire ottoman et l’Empire des Habsbourg, la Croatie constituait une vaste zone militarisée, organisée précisément pour servir de tampon et de ligne de défense. Son territoire découpé et discontinu traduit encore aujourd’hui cette fonction historique de frontière-front.
C’est seulement à partir du XVIIIᵉ siècle, et plus systématiquement au XIXᵉ siècle, que les frontières européennes prennent une forme linéaire et fixe. Le développement des États-nations, appuyés sur une administration centralisée et sur le droit international, impose de plus en plus la définition claire et juridiquement reconnue des limites territoriales. Ce processus, qui s’achève en Europe occidentale dès la fin du XIXᵉ siècle, se poursuit plus tardivement en Europe centrale et orientale, où la construction des États-nations fut plus tardive et plus conflictuelle.
Pour légitimer ces tracés, on invoque souvent le concept de frontière naturelle. Montagnes, fleuves ou mers sont présentés comme des séparations évidentes entre peuples et nations. Pourtant, cette idée est une construction politique autant que géographique. Les débats entre la France et l’Allemagne au XIXᵉ siècle autour du Rhin en sont une illustration frappante : fallait-il considérer le fleuve lui-même comme frontière, ce qui plaçait l’Alsace du côté allemand, ou bien la chaîne des Vosges, ce qui la rattachait à la France ? La « nature » servait ici de justification à des revendications politiques et militaires.
La transformation de la frontière en ligne de séparation s’accompagne de conséquences profondes pour la vie économique et sociale. La frontière devient un lieu de contrôle monétaire et douanier : chaque État émet sa monnaie et prélève des droits de douane au passage de ses limites, alors que sous l’Ancien Régime ces taxes étaient prélevées à l’entrée des villes plutôt qu’aux frontières. Elle devient aussi un obstacle technique aux communications : jusque tard au XIXᵉ siècle, les passagers de train devaient souvent descendre en gare-frontière pour effectuer des contrôles ou changer de réseau ferroviaire.
Enfin, la frontière moderne est associée à l’identification individuelle. L’introduction des papiers d’identité à la fin du XVIIIᵉ siècle, et surtout leur généralisation au XIXᵉ, marque l’entrée dans un système où franchir une frontière implique d’être reconnu et enregistré par l’État. Le passeport devient le symbole du passage d’un espace souverain à un autre et incarne la maîtrise par l’État de la circulation des personnes.
Ainsi, la frontière moderne se distingue fondamentalement de la frontière médiévale ou moderne. D’espace de contact et de chevauchement, elle devient au XIXᵉ siècle une ligne de séparation nette, support d’une souveraineté exclusive et outil de différenciation identitaire, économique et politique entre États.
La maitrise du territoire
Une fois le territoire national délimité par des frontières reconnues, l’État cherche à en assurer une maîtrise toujours plus complète. Cette emprise croissante s’exerce à travers des instruments administratifs, techniques et culturels qui visent à transformer l’espace en un territoire homogène et contrôlé.
L’un des moyens privilégiés de cette maîtrise est le découpage du territoire en circonscriptions administratives. En France, la création des départements en 1790 illustre parfaitement cette volonté d’uniformisation. Les 83 départements originels ne reprennent pas les découpages historiques (provinces, duchés, seigneuries), mais sont tracés de manière géométrique et artificielle, afin de rompre avec les particularismes de l’Ancien Régime et d’assurer l’égalité des citoyens devant l’administration. Les préfets, instaurés sous Napoléon, deviennent les relais directs de l’autorité centrale dans chaque département.
Dans d’autres pays européens, le découpage épouse davantage les héritages historiques. L’Allemagne, par exemple, conserve dans ses Länder les cadres territoriaux des anciens États princiers et royaux, intégrés dans l’Empire à partir de 1871. La Suisse fédérale de 1848 maintient les cantons comme entités fondamentales, conciliant diversité locale et autorité centrale. Ces choix traduisent des conceptions différentes du rapport entre unité nationale et traditions régionales.
La maîtrise du territoire passe également par son intégration matérielle. La révolution des transports, amorcée au XIXᵉ siècle, joue un rôle central. Bien que portée en grande partie par des initiatives privées, elle bénéficie du soutien actif des États, qui financent routes, canaux puis chemins de fer. Les routes sont numérotées, jalonnées de bornes et intégrées dans des réseaux cohérents, facilitant la circulation des personnes, des marchandises et des informations.
Cette modernisation a des effets politiques directs : le courrier circule plus rapidement, permettant une administration plus efficace et un meilleur contrôle du territoire. Le train, en reliant les périphéries aux centres, réduit les distances symboliques et renforce l’homogénéité nationale. La maîtrise des communications devient ainsi un instrument de cohésion et de centralisation.
La connaissance du territoire se perfectionne également grâce aux progrès de la géographie et de la cartographie. Dès les années 1830, les États européens se dotent de cartes nationales systématiques, produites par des instituts géographiques d’État. Ces cartes ne sont pas de simples instruments scientifiques : elles traduisent une volonté politique de représenter et d’approprier symboliquement le territoire. Tracer une carte nationale revient à affirmer une souveraineté et à matérialiser une identité spatiale.
La géographie scolaire contribue à son tour à cette nationalisation du territoire. Les manuels enseignent aux élèves la carte de leur pays, les reliefs, les fleuves, les villes principales, créant une familiarité avec un espace que beaucoup n’ont jamais parcouru. Le territoire devient une référence commune, intériorisée dès l’enfance.
La maîtrise du territoire ne peut être complète sans une connaissance précise de sa population. Les États mettent en place, à partir de la Révolution française, des recensements réguliers et systématiques. Compter les habitants, noter leurs professions, leur âge ou leur lieu de résidence permet de planifier la fiscalité, d’organiser la conscription militaire et de disposer d’une image chiffrée du corps social.
Le recensement est perçu comme un instrument de contrôle, et il suscite des résistances : certains refusent de se faire enregistrer, voyant dans cette opération une intrusion de l’État dans la vie privée. Mais progressivement, les administrations statistiques se développent et se professionnalisent. La France se dote d’un service centralisé, tandis que la Suisse lance ses premiers recensements nationaux autour de 1850, au lendemain de la création de la Confédération de 1848. L’apparition d’instituts de statistique dans toute l’Europe témoigne de la montée en puissance d’un savoir étatique sur la population.
Enfin, la maîtrise du territoire s’accompagne d’une construction symbolique. Le paysage national devient une composante de l’identité collective : montagnes, fleuves, campagnes et villes emblématiques sont intégrés dans une représentation partagée de la nation. La peinture, la littérature, puis la photographie et la carte postale participent à cette invention du paysage national, qui confère au territoire une dimension affective et culturelle.
Par ce faisceau de pratiques – découpage administratif, infrastructures, cartographie, recensements, symbolisation du paysage – l’État transforme un espace géographique en territoire politique. Il ne s’agit plus seulement d’un cadre naturel, mais d’un espace maîtrisé, connu, représenté et approprié, où la population se pense et se vit comme une communauté nationale.
La constitution d’un paysage national
Au XIXᵉ siècle, parallèlement à la construction des institutions et des frontières, se développe l’idée d’un paysage national. Chaque État-nation forge un imaginaire visuel et symbolique qui associe son identité collective à des éléments naturels ou géographiques emblématiques. La littérature, la peinture, puis la photographie et la cartographie contribuent à fixer ces représentations, qui deviennent à la fois des images intérieures et des marqueurs de reconnaissance extérieure.
La Norvège offre un exemple particulièrement parlant. Dans le contexte de l’affirmation de son indépendance culturelle et politique au XIXᵉ siècle, son identité se construit autour de l’image d’un pays simple et égalitaire, peuplé de petits paysans, de marins et de pêcheurs affrontant des paysages rudes et majestueux. Les fjords deviennent l’emblème du peuple norvégien, condensant l’idée d’une communauté soudée face aux forces de la nature. Ce paysage n’est pas neutre : il traduit une volonté politique de présenter la Norvège comme un pays à la fois authentique et résilient.
En Hongrie, l’imaginaire national privilégie la grande plaine, la puszta, plutôt que les reliefs montagneux. Ce choix est lié à une mémoire mythifiée des origines : les Hongrois s’identifient aux Huns et aux cavaliers des steppes, dont la vitesse et la liberté s’accordent à l’immensité des plaines. Le paysage devient ainsi une métaphore de l’identité nationale, associée au mouvement, à la cavalerie et à la force guerrière.
La France, pour sa part, se pense au XIXᵉ siècle comme le pays de l’universel. Son identité nationale s’exprime par la diversité de ses paysages, conçus comme un résumé de l’Europe entière : littoraux méditerranéens et atlantiques, plaines fertiles, vallées, montagnes alpines et pyrénéennes. Cette diversité est présentée comme un condensé idéal, justifiant l’image d’une nation à vocation universelle. La peinture de paysage, mais aussi la géographie scolaire, participent à cette mise en scène de la France comme microcosme de l’Europe.
Ces représentations ne se limitent pas aux paysages. La végétation elle-même est mobilisée comme symbole national. Chaque pays se choisit un arbre emblématique : le bouleau pour la Russie, où il est omniprésent et associé à la rusticité paysanne ; le chêne pour l’Allemagne, perçu comme un symbole de force, de profondeur historique et de stabilité. Ce choix est moins lié à l’écologie qu’à l’imaginaire politique et culturel de chaque nation.
La constitution de paysages nationaux illustre la manière dont les États-nations construisent une identité symbolique à partir de la nature. Loin d’être une donnée neutre, le paysage est sélectionné, représenté, magnifié, pour correspondre à une certaine image de la nation. Il devient un miroir collectif, un support de mémoire et un instrument de cohésion, contribuant à transformer un territoire en patrie.
L’unification économique et sociale sous la protection de l'État
L’État-nation n’est pas seulement un cadre de contrôle administratif et politique : il agit aussi comme un acteur actif de l’intégration. Son rôle est décisif dans deux domaines qui se renforcent mutuellement : l’économie et le social. Loin de se limiter à une fonction coercitive, l’État devient ainsi le garant d’un espace de développement unifié et d’une solidarité nationale croissante.
Le XIXᵉ siècle est marqué par une étroite interaction entre industrialisation et construction nationale. Comme l’ont souligné plusieurs historiens, parmi lesquels Ernest Gellner, la révolution industrielle a favorisé la formation de l’État-nation en créant des conditions matérielles propices à l’unification des marchés et à la standardisation des pratiques. L’État, en retour, a accompagné et encadré ces transformations, en construisant un espace économique homogène qui consolidait son autorité.
En France, le territoire national est progressivement pensé comme une unité économique suffisante pour soutenir le développement industriel. Les barrières internes sont abolies, une monnaie unique facilite les échanges, et la centralisation financière permet de mobiliser l’impôt pour financer infrastructures et réseaux de transport. Le chemin de fer, largement soutenu par l’action publique, illustre cette logique : il connecte les régions, intègre les marchés et favorise la circulation des marchandises et des hommes.
L’exemple allemand souligne encore plus clairement le rôle fondateur de l’économie dans la construction nationale. L’union douanière (Zollverein), mise en place dans les années 1830 sous l’égide de la Prusse, précède la création de l’Empire en 1871. En abolissant les droits de douane internes et en créant un marché commun, elle a permis de stimuler la circulation des produits et la mobilité de la main-d’œuvre. Cette intégration économique a été le prélude indispensable à l’unification politique.
Au-delà de ces grands choix structurels, l’État participe directement à la régulation économique. Il protège ses marchés intérieurs par des tarifs douaniers, assure la stabilité monétaire, lutte contre la fraude et encadre les concentrations industrielles jugées nuisibles à la concurrence. Par la levée de l’impôt, il finance les grands travaux et l’équipement du territoire, renforçant l’intégration matérielle et symbolique de l’espace national. L’économie devient ainsi une dimension essentielle de la souveraineté, inscrite dans un cadre étatique protecteur et homogène.
La construction de la nation ne se joue pas seulement sur le terrain économique ; elle repose également sur l’intégration sociale. À partir de la fin du XIXᵉ siècle, les États européens se dotent progressivement de mécanismes de protection sociale qui contribuent à souder les populations autour d’un destin commun.
L’Allemagne de Bismarck est pionnière en la matière. Dans les années 1880, elle instaure les premières assurances sociales obligatoires (maladie, accidents du travail, vieillesse). L’objectif est clair : intégrer les classes ouvrières, souvent pauvres et peu éduquées, au sein de l’État-nation, et prévenir leur basculement vers les mouvements socialistes ou révolutionnaires. La protection sociale devient un instrument de loyauté politique, autant qu’un mécanisme de solidarité.
Cette logique s’étend progressivement à d’autres pays européens. Les lois sociales instaurent un lien nouveau entre l’individu et l’État, en garantissant des droits collectifs et en instituant des mécanismes de redistribution. La citoyenneté ne se définit plus seulement par des droits politiques abstraits, mais aussi par une protection matérielle qui renforce le sentiment d’appartenance à une communauté nationale.
L’État social n’est donc pas, à l’origine, un projet humanitaire ou philanthropique. Il répond avant tout à une nécessité politique : intégrer les masses dans un cadre national unifié et éviter les fractures sociales susceptibles de menacer l’ordre établi. Mais en créant ces mécanismes de solidarité, les États contribuent à renforcer l’homogénéité et la cohésion nationale, préparant l’émergence d’une véritable « communauté de destin ».
La nationalisation des sociétés
Ce mécanisme de nationalisation des sociétés est un mécanisme extrêmement important, car il ne suffit pas qu’il y ait un Etat, encore faut il que cette Etat domine sur une population et un territoire,mais encore faut-il que les gens se sentent participer, appartenir à cette nation.
Comme on le disait Garibaldi à l’issu de l’unification italienne (fin 1860), « il ne suffit pas de faire l’Italie, encore faut-il faire des italiens ». C’est-à-dire qu’il faut faire en sorte que les gens se sentent ressortir essentiellement de ce pays.
Pour cela, il y a encore un certain nombre de technique administrative,de technique politique. :
- Arriver à faire la différence entre les nationaux (ceux qui appartiennent à la nation), et ceux qui n’y appartiennent pas
- Les institutions qui sont mises en place par l’Etat pour nationaliser la population ; parmi ces institutions,l’Etat joue un rôle important.
Nous et les Autres
Arriver à faire la différence entre les nationaux (ceux qui appartiennent à la nation), et ceux qui n’y appartiennent pas ; il faut définir ce qu’est la nationalité, ce que signifie faire partie d’une nation et des codes qui définissent si on en fait parti ou pas. Cette appartenance nationale, le fait d’appartenir à une nation s’accompagne de devoirs, en particuliers, pour les hommes, pendant longtemps le devoir miliaire. Mais s’accompagne aussi d’un certain nombre d’avantage très important (notamment celui de pouvoir résider sur le territoire national, de pouvoir y travailler et de pouvoir éventuellement défendu par les autorités du pays s’il nous arrive quelque chose quand on est à l’extérieur du pays, le droit de participer à la vie politique du pays, dans un certain nombre de pays, l’accès aux bénéfice sociaux est déterminer par la nationalité)
L’attribution de la nationalité est un enjeu très important pour les gens car devenir ressortissant d’un pays peut changer nos vies. Cette attribution est formalisée par un dispositif juridique qui se met en place dans le courant du 19ème siècle et qui permet de voir qui a accès aux droits et aux devoirs et qui n’y a pas accès (avant que cette fixation ne soit faite, on ne savait pas qui était étranger et qui ne l’État pas).
En France, c’est la loi de 1889 qui fixe l’attribution de la nationalité française par ce que l’on appelle le double droit du sol (maintenant ce n’est plus exactement cela).
Il existe 3 possibilités :
- le droit du sol stricte ; qui naît sur le territoire, a la nationalité de ce territoire.
- Le droit du sang absolu ; quelque soit le temps que vous restiez sur un territoire et même si vous êtes né sur un territoire, si vous ‘êtes de parents étrangers naissant sur un territoire, vous n’obtenez pas immédiatement la nationalité.
Ce n’est pas le territoire qui fait les nationalités ici, c’est la nationalité de nos parents.
A travers tout cela il y a des stratégies politiques ex. L’Allemagne fonctionne selon le système de droit du sang ce qui explique que la diaspora turque reste turque, cependant, un autre facteur entre en compte ; le Turquie ne reconnaît pas la double nationalité pour éviter de perdre des ressortissants.
- Le double droit du sol ; est un intermédiaire entre le droit du sang absolu et le droit du sol absolu. C’est le fait que l’on devient français si on est né sur le territoire français ou que l’un de nos parents soit de nationalité Française.
NB : Il y a des pays dans lesquelles le droit du sol est particulièrement large ; ce sont les pays d’immigration, les pays dont la population se constitue par adjonction constante de pays venant de l’extérieur. C’est typiquement le cas des Etats-Unis. L’Etat à tout intérêt à nationaliser le plus rapidement possible ces gens car il a besoin d’eux, cela fait partie de la richesse nationale (permet d’avoir de la main-d’œuvre, permet de prélever des impôts, de les envoyer faire le service militaire). Ceci est également la raison pour laquelle en France, en 1889, on introduit le double droit du sol, c’est car il y avait un problème démographique et on avait peur de la puissante Allemagne donc on facilitait la nationalité.
Dans les pays d’émigration comme la Suisse avant ou encore mieux l’Italie, ce que veulent les Etats c’est de pouvoir rapatrier leurs ressortissants en cas de guerre par exemple.
La codification de l’accès à la nationalité de 1910 en Italie est tout à fait caractéristique ; quand on est Italie, même si on part pendant des lustre ailleurs, on ne perd pas sa nationalité. Durant la 1Gm, les italiens qui étaient aux Etats-Unis se son vu sommé de revenir sur le territoire Italien.Ainsi, ce n’est pas gênant que les gens partent, mais il faut qu’ils puissent revenir si l’Etat en a besoin.
Ainsi, la codification de la nationalité est surtout liée aux intérêt de l’Etat national.
A partir du moment, ou l’accès a la nationalité est codifié, on crée une catégorie, les étrangers. Ces étrangers ont moins de droits que les nationaux,cela veut donc dire qu’ils peuvent être expulsé, on peut leur dénier l’accès au travail, Ainsi, vers la fin du 19ème, il y a déjà des Etats qui expulsent de manière massive les étrangers, c’est le cas de l’Allemagne avec lesPolonais.
En Allemagne, les polonais qui sont pourtant attiré pour travailler (en tant que travailleur saisonnier) par ceux qui ont intérêt à leur arriver (en règle générale, c’est le cas des entreprises), mais sont expulsé massivement par l’Etat qui a intérêt à ce que ces derniers ne soient plus là en fin de saison. Ces conflits divergeant existent depuis la fin du 19ème, entre les patrons qui veulent de l’immigration et l’Etat qui veut régulariser.
Un autre moyen de contrôler la population immigrée est de contrôler l’emploi des immigrés. Pour contrôler cet emploi, on introduit progressivement des papiers spécifiques (d’abord des cartes de séjours puis des cartes de travail). Cette mise en papier des droits des étrangers se met en place entre la fin du 19ème et le début du XXième, il y a tout une technologie du contrôle de la main d’œuvre étrangère qui se met en place entre les années 1890 et les années 1920. Pour différentes situations d’immigration.
Progressivement on crée des catégories de plus en plus fines de population qui résident sur le territoire avec des régulations différenciée pour les travailleurs saisonnier, étudiants étranger, requérant d’Asile, exilé, etc…
L’école et l'éducation comme fabrique de la Nation
Les institutions qui sont mises en place par l’Etat pour nationaliser la population ; parmi ces institutions, l’Etat joue un rôle important.
Il n’y a pas de lois dans les pays d’Europe occidentale qui introduisent une obligation scolaire sous l’égide d’une école publique. Il n’y a pas d’école d’Etat (ce sont les Eglises qui dispensent l’Education). Il ne faut donc pas s’imaginer une grande administration pour l’école à part en France avec lois Ferry de 1880, dans la plupart des autres pays,l’école est diverse, il y a essentiellement des écoles religieuses qui prennent en charge la scolarisation.
Néanmoins l’école à un rôle très important d’homogénéisation des savoirs sur l’ensemble du territoire, car progressivement on y enseigne dans une langue standardisée et surtout, l’école est un lieu d’apprentissage de la discipline ; d’une discipline homogène.
Dans un pays comme la France (le cas est totalement extrême étant donnée que l’on a des programmes nationaux), tous les enfants apprennent la même chose, et il y a un certain nombre de disciplines (tel que la géographie) qui enseignent le territoire national (ceci est vrai dans quasi tous les pays d’Europe occidental).
Quand la géographie devient une discipline enseignée dans les écoles, ce que l’on apprend, c’est la géographie de son propre Etat-Nation ; il y a donc un apprentissage via l’école de sa propre nation.
Dans l’ensemble, à part le cas Espagnoles et Portugais, on peut dire que toute l’Europe Occidental est le théâtre d’une entreprise scolaire d’inculcation nationale. Cela se marque par le fait qu’on a une densification des maitres d’école. Il y a d’autres institutions qui jouent ce rôle,
- le service militaire, est un outil extrêmement important de nationalisation des hommes.[Anecdote : Dans de nombreux pays, le service militaire a permis homogénéisation du petit déjeuner]. è L’homogénéisation des petites habitudes est très importante pour la construction nationale ;
- les fêtes nationales sont aussi un élément fort d’homogénéisation de la nation ; les défilés, les monuments nationaux…etc
En Allemagne par exemple, l’une des fêtes nationales portent le nom du jour de la défaite Française en 1870. Ceci est un élément très important puisque la construction de l’identité nationale allemande se fait contre la France.
Il y a des pays ou ce processus de nationalisation n’a pas marché Un cas connu ; l’Espagne.
L’Espagne : un cas d'échec de la "nationalisation de la société
En Espagne le projet national à échoué, la nationalisation n’a pas marché à cause de plusieurs phénomènes (nous n’en verrons que quelqu’un ici) :
- L’école n’a pas été utilisée comme un moyen de façonner les Espagnoles ; d’abord parce que le taux d’analphabétisme était très fort en Espagne à la fin du 19ème siècle. En 1860, il y avait encore 73% de la population qui était analphabètes et ce chiffre diminue de très peu jusque la fin du 19ème siècle. Il y a un échec notaire de l’alphabétisation dans ce pays et de la scolarisation(parce que les gens échappent à la scolarisation, ils échappent aussi à la formation par l’école et à la diffusion des valeurs nationales.
Cette faible scolarisation fait aussi qu’il n’y a pas de langue nationale qui s’impose en Espagne ; le castillan échoue à devenir une langue nationale. En 1900, 1 espagnole sur 4 parle une autre langue.
- Autre institutions qui n’a pas fonctionnée ; l’armée (qui fut dans la plupart des grands Etats-Nations un puissant instrument de nationalisation) n’a pas marché en Espagne car chez eux, elle est restée dominée par un esprit aristocratique. C'est-à-dire que la conscription (le fait de rentrer dans l’armée) est restée très injuste, très obscure(il y a pas cette levée du peuple en masse comme on l’a eu en Allemagne et enFrance), ici, il y a des tirages au sort assez bizarre ce qui fait que les personnes enrôlée dans l’armée n’ont pas le sentiment d’être dans une armée nationale. La 1ère chose qu’ils veulent faire s’est partir le plus vite possible.
L’armée Espagnoles est par ailleurs une armée ou le taux de mortalité est particulièrement élevé, ce qui veut dire que l’on ne prend pas soin des hommes,il y a un mépris pour les hommes de troupes. Ceci marque le caractère très aristocratique des armées Espagnoles.
- Par ailleurs, tous les symboles de l’Etat-nation sont contesté ; le drapeau national est concurrencée par toute sorte de bannière, pas vraiment de fête nationale.L’institution qui est vraiment l’institution forte dans ce pays est l’Eglise catholique,mais elle ne joue en aucun cas le rôle d’Eglise nationale. C’set une église très liée au Vatican.
Au début du XXème siècle, à la différence des autres grands pays d’Europe occidentale, l’Espagne ne constitue pas vraiment un Etat-nation construit (on voit encore aujourd’hui, que le sentiment d’unité national n’est pas au même niveau que dans celui d’autres grand pays).
La création des cultures nationales
Le fait qu’il y ait un Etat-Nation produit des cultures nationales. On a tendance à penser qu’il y a une culture nationale et que cette dernière donne naissance à un Etat ;l’Etat-nation. En fait, c’est exactement l’inverse qui se produit, l’Etat-nation est une construction politique puis, il y a une nationalisation de la culture.
Une langue, Une nation
L’identification d’une langue à une nation a été développé en particulier par Herdert avec l’idée derrière cela que chaque langue est l’expression d’un esprit national. Dans les empires (à l’est de l’Europe), la langue fait la nation car on n’a pas de construction étatique, mais en réalité, la question est de savoir comment ces langues se constituent.
En fait l’identification entre une langue et une nation, est une identification relativement récente pour deux raisons :
- D’une part dans les territoires qui deviennent progressivement des territoires nationaux, pendant longtemps, les parlers sont très divers, même le Français n’est pas la langue de la majorité des français en 1870).
- Les langues, la langue utilisé par les élites, celle qui deviendra la langue nationale st aussi diverses, les élites utilisent des langues très diverses.
Exemple : pendant longtemps, la langue de la cour est le Français, la langue de l’Eglise est latin etc…. Quand l’Empereur autrichien Joseph 2 a voulu imposer l’Allemand comme langue administrative à la toute fin du 18ème siècle, il y a eu un soulèvement total de la population et la langue administrative est redevenue le latin. Ainsi, en Autriche, alors que les gens parlaient majoritairement l’Allemand, la langue de l’Administration était le latin. [La langue législative du parlement hongrois était le croate]
C’est au 19ème siècle que l’on assiste à une évolution notable, c'est-à-dire qu’il y a une seule langue qui est choisi pour devenir la langue de l’Etat, elle est codifier et imprimer et enfin, rependue par l’enseignement. Dans la plupart des Etats-nation, une langue doit être choisie pour devenir celle de l’Etat-Nation.
Exemple de la Norvège : était d’abord sous domination danoise puis passe sous domination suédoise et acquiert l’indépendance en 1905 ; la langue de l’administration est le danois, la langue parlé par la cour est l’Allemand et dans les campagne, les gens parlent une espèce de dialecte « le landsmåls ». A parti du moment où la Norvège devient indépendante en 1905, les intellectuels entreprennent de fixer une langue qui deviendra la langue nationale. Il y aura tout un débat pour savoir quelle langue sera choisi entre la langue qui est plutôt parler par les élites et qui est plutôt proche du Danois et la langue qui est plutôt parlé par le petit peuple et qui se nomme « le landsmåls ». La langue qui va l’emporter est le landsmåls. C’est cette langue qui va s’imposer comme langue nationales. èC’est un choix politique, on avait vu que les Norvégien se voyait comme un peuple égalitaire, fait de gens simple, tout cela explique le choix de cette langue.
Autre phénomène qui va favoriser le développement des langues nationales,c’est la diffusion d’imprimé. Quand l’Etat se renforce, il a besoin d’une langue administrative qu’il choisi. Cette langue administrative fait que les gens ont besoin de connaître cette langue, cela va crée une unification du territoire par la langue.
Ensuite, il y a la diffusion ; la diffusion des journaux joue un rôle important dans l’apprentissage d’une langue nationale et dans l’adéquation entre une langue et une nation. Et puis, vers la fin du 19ème siècle, la diffusion vers l’extérieur de la langue national va être très associée à la réputation d’un pays, donc un certain nombre d’Etat vont créer des institutions qui ont pour fonction de diffuser leurs langues pour diffuser leur culture.
Donc les cultures nationales deviennent des instruments d’affirmation de la nation. Il n’y a pas que les langues qui ce rôle d’affirmation de la nation, mais il y a aussi l’écriture de l’histoire nationale.
Les histoires nationales
Progressivement, à la fin du XIXème siècle, les nations se dote d’un récit continu qui retrace l’histoire des la Nation des origines à nos jour.
Le mythe des origines
La question est toujours la question des origines, d’où vient-on ? (Si on parle avec des gens de l’Est, ils sont encore en train de parler de cela). En France, le gros débat est de savoir est-ce que lesFrançais sont descendant des Francs ou descendant des Gaulois. Cette question des origines se développent à partir de 2e tiers du 19ème siècle. Tout cela vade pair avec le goût pour l’histoire.
Le goût pour l’histoire
Le goût pour l’histoire. Se développe avec la constitution desEtat-nation et du développement des études historiques.
Francois Guizot a écrit l’histoire de la civilisation française en 1829 en plusieurs tomes. On peut aussi citer Jules Michelet qui disait que la France était comme un corps, les membres étaient la province. Ces historiens qui jouaient un rôle très important dans la construction d’un imaginaire nationale s’appuient sur des institutions nouvelles, sur les écoles, les archives.
Tout cela va de pair avec la conservation du patrimoine national ; l’idée qu’il existe des musée nationaux naissent avec la naissance de l’Etat-nation (avant cela, les œuvre d’art était dans les châteaux des princes, des Rois).
Le folklore est la façon dont le peuple est entré dans la construction nationale en quelques sortes… Le terme de folklore est apparu en 1846, ce mot signifie le savoir du peuple ou les habitudes du peuple. Le folklore est constitué de croyance, de coutumes, de rituel, des manières de manger. Ce qui est intéressant, c’est que le folklore s’est développer dans le courant du XIXème siècle avec la constitution de l’Etat-national, au moment ou l’on a commencé à faire un inventaire des traditions nationales de façon à pourvoir les représenter dans les musées et de pouvoir dire ; voilà comment la nation se représente via le folklore.
Les premier musée de folklore ont été inaugurée fin XIXème siècle, plutôt dans les pays du nord de l’Europe ; Il s’agit de mettre en scène, de recueillir tout ce qui relèverai d’une culture populaire spécifiquement nationale.
Le folklore a permis aux classes populaires d’adhérer à l’idée nationale.
Conclusion
La nation est une construction, une fabrication qui se met en place à la fin du 19ème siècle, sous l’égide d’un Etat dans les pays d’EuropeOccidental et que cette Etat prend en charge des mécanismes de nationalisation de la culture et de la population. Ce modèle qui se développe en Europe Occidental va se diffuser dans tout le reste du monde. D’abord de l’Ouest à l’Est de l’Europe puis dans les colonies. Ce qui est intéressant c’est que nation et nationalisme qui est des réalités qui prône la singularité (l’identité est singulière) est en fait un mécanisme global.
è Sorte de tension ou de paradoxe entre la singularité de chacune des nations et la globalité du modèle national dans le monde d’aujourd’hui !