Le globalisme d'inspiration marxiste

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Le globalisme d'inspiration marxiste
Professeur(s) Pierre Allan

Lectures

Le marxisme s'inscrit dans une opposition dialectique au libéralisme, qu'il considère comme la structure idéologique centrale du capitalisme moderne. Le libéralisme, en défendant l'État bourgeois, les droits de propriété et l'individualisme, garantit la pérennité du capitalisme tout en masquant ses contradictions internes. Marx dénonce cette façade idéologique en révélant les inégalités fondamentales qu'elle dissimule, notamment entre dominants et dominés, riches et pauvres, exploiteurs et exploités.

L’analyse marxiste de la réalité sociale repose sur une lecture des dynamiques de classe. Pour les marxistes, l’histoire humaine est une succession de luttes, façonnée par les changements dans les modes de production et les relations économiques. Ce récit historique met en lumière non seulement les mécanismes d’oppression, mais aussi les possibilités d’émancipation collective. En ce sens, le marxisme ne se limite pas à une critique de l’ordre existant : il aspire à son dépassement.

Dans cette lignée, Immanuel Wallerstein décrit la crise actuelle du capitalisme comme une crise structurelle. Selon lui, « le système [capitaliste mondial moderne] est en réalité incapable de survivre », marquant la fin inéluctable du capitalisme et l'émergence d'un système post-capitaliste. Ce diagnostic soulève une question essentielle : quelles forces façonneront ce nouvel ordre mondial, et quelles en seront les implications pour les sociétés humaines ?

Dans un contexte de mondialisation accélérée, où les inégalités sociales et économiques se creusent à l’échelle globale, le globalisme d’inspiration marxiste offre une critique puissante et nécessaire de l’ordre établi. Ce cours explore les fondements théoriques de cette perspective, ses implications pratiques et les débats qu’elle continue de susciter, en invitant à une réflexion sur l’avenir du système mondial.

La réflexion sur l'inégalité et le marxisme

Rousseau et la critique de l’État comme origine de la guerre

Jean-Jacques Rousseau, dans sa critique de Thomas Hobbes, affirme que la guerre n’est pas une condition inhérente à l’humanité, mais une construction issue des États. Selon lui, « il n'y a point de guerre entre les hommes : il n'y en a qu'entre les États ». Contrairement à Hobbes, pour qui l’état de nature mène à une guerre de tous contre tous, Rousseau imagine cet état comme celui du « bon sauvage », caractérisé par une harmonie naturelle entre les individus. Dans cette perspective, la guerre devient un outil institutionnalisé par les États pour consolider leur pouvoir et poursuivre des objectifs qui dépassent les volontés individuelles.

Marx et Engels : la lutte des classes comme moteur des relations internationales

Karl Marx et Friedrich Engels apportent une analyse radicalement différente des relations humaines et internationales. Ils postulent que « le jour où tombe l'antagonisme des classes au sein d'une même nation, tombe également l'hostilité entre les nations ». Contrairement aux libéraux classiques, qui considèrent le système républicain comme un vecteur de paix, les marxistes affirment que seule la disparition des antagonismes de classe par le dépassement du capitalisme permettra de mettre fin aux conflits entre nations.

Les relations internationales, pour les marxistes, ne sont pas fondamentalement des relations entre États, mais des relations entre classes sociales. L’analyse marxiste transpose la lutte des classes sur la scène internationale, où les dynamiques de domination et d’exploitation se reproduisent entre nations riches et pauvres, entre centres capitalistes et périphéries exploitées.

Le matérialisme historique et les modes de production

Le marxisme repose sur le concept de matérialisme historique, une méthode d’analyse scientifique des dynamiques sociales basée sur l’évolution des modes de production. Selon cette théorie, l’histoire humaine est marquée par une succession de modes de production économiques, chacun définissant les rapports sociaux et les structures idéologiques qui en découlent. Marx identifie plusieurs étapes majeures :

  1. Mode de production asiatique
  2. Mode de production féodal
  3. Mode de production capitaliste
  4. (Transition possible vers le socialisme)
  5. Communisme, considéré comme la fin de l’histoire.

Dans le mode de production capitaliste, l’infrastructure — composée des forces productives et des rapports de production — joue un rôle central.

Analyse du capitalisme et ses contradictions

Marx divise l’infrastructure économique en deux éléments :

  1. Les forces productives :
    • Le développement technologique (ex. : machines).
    • La force de travail (en termes quantitatifs et qualitatifs).
  2. Les rapports de production :
    • L’organisation économique de la production, notamment les relations entre les individus dans le processus productif.
    • Les rapports de propriété, qui déterminent les classes sociales.

Dans le capitalisme, les capitalistes possèdent les moyens de production, tandis que les travailleurs n’ont que leur force de travail à offrir. Cette organisation génère une contradiction croissante entre les forces productives (ex. : technologies avancées) et les rapports de production (ex. : propriété privée des moyens de production). Marx affirme que cette contradiction devient un frein au développement matériel, menant inévitablement à la révolution sociale et au changement de système.

La superstructure et les rapports de propriété

La superstructure — incluant les formes juridiques, politiques, religieuses, et philosophiques — est déterminée par l’infrastructure. Marx insiste sur le fait que ce ne sont pas les idées qui façonnent la société, mais bien les conditions matérielles : « ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être : c’est leur être social qui détermine leur conscience » (Marx, 1859).

Les rapports de propriété, traduction juridique des rapports de production, deviennent, dans le capitalisme avancé, un obstacle au progrès matériel. Lorsque les forces productives ne peuvent plus se développer à cause des limitations imposées par la propriété privée, le système tout entier s’effondre, entraînant une transformation radicale de la superstructure.

Une question fondamentale : la validité de la théorie marxiste

Cependant, une question demeure : comment Marx, vivant dans un système capitaliste, a-t-il pu élaborer une théorie prétendant dépasser ce système ? Sa réponse repose sur l’analyse scientifique des contradictions internes du capitalisme, lesquelles rendent inévitable son dépassement. Le marxisme se présente ainsi comme une science totalisante, cherchant à révéler non seulement les dynamiques historiques, mais aussi les mécanismes permettant de les transformer.

Postulats ontologiques du globalisme

L’ontologie est en philosophie la science de l’être en tant qu’être ; qu’est-ce que la réalité du point de vue des écoles néomarxistes ?

  • Système International : est anarchique et inégalitaire.
  • phénomènes économiques sont essentiels : la superstructure est dominée par l’infrastructure.
  • domination et exploitation du Sud par le Nord, de la périphérie par le centre.
  • analyse historique (capitalisme, économies-monde)
  • explication : partir des intérêts des classes économiques (capitalistes vs. travailleurs), sur les plans interne & international : les classes se définient par la place des individus dans les processus de production. L’analyse politique part du niveau économique en regardant les classes qui sont la résultante de ce qui se passe au niveau économique. Le mode de production capitaliste se caractérise par l’idéologie du libéralisme économistique.
  • dépassement de l’homoeconomicus par un homosociologicus qui agit sur base de règles données par des normes et des valeurs sociales qui définissent les attentes intersubjectives de comportements appropriés.

La théorie des économies-monde d'Immanuel Wallerstein

Analyse du système-monde capitaliste

  • principe : accumulation du capital qui est le développement des forces productives, il faut accumuler du capital. Marx croit que la science peut apporter la réponse à sa question.
  • moyen principal : chaînes de production dans multiples États permet le transfert de la plus-value de la périphérie au centre. La plus-value est tout ce que le travailleur fabrique, qu’il ne reçoit pas mais qui est extrait par le capitalisme ; on exploite le sud au bénéfice du nord.
  • « les deux faces d'une pièce de monnaie » :
    • marchés partiellement libres : le mode de production capitalisme a besoin de l’idéologie du libre-échange mais il faut des marchés partiellement libres car sinon il n’y a pas de profits. Afin d’avoir l’accumulation du capital, des bénéfices, il faut des profits. Il faut des marchés, pour ces chaînes de production multinationale mais il faut des profits afin de continuer à investir et continuer à accumuler le capital.
    • structure inter-étatiques permettant des monopoles relatifs et temporaires : le politique permet la puissance des entreprises. Grâce à la force politique, militaire, économique américaine permet à des entreprises d’engranger de forts profits.

Exemple : Révolution française Processus de géo-culture unificatrice (contra effets centrifuges) : homogénéisation par trois aspects :

  1. idéologie : libéralisme (vs. conservateurs et radicaux-socialistes)
  2. science (cf. universités) remplace la philosophie :
  • Staatistik : science qui mesure les forces et les faiblesses de l’État.
  • Polizeiwissenschaft : la science-politique est la afin de permettre de bien contrôler la société.
  1. incorporation mouvements nationalistes et radicaux-socialistes par - le mode de production capitaliste dans sa superstructure est habile - :
  • suffrage universel (sauf femme) : permet la perpétuation du système.
  • patriotisme populaire : éducation, service militaire.
  • État-social : institution par laquelle les pauvres bénéficient de l’aide sociale. Le social permet d’acheter la tranquillité et la paix sociale. L’État-social permet d’acheter et de récupérer les opposants au capitalisme.

Analyse du système inter-étatique (inter-"classes")

Deux cycles se renforçant mutuellement :

  1. cycle économique de Kondratieff (50-60 ans) :
  • expansion par création de marchés partiellement libres : monopoles relatifs.
  • avec le temps, déclin des monopoles relatifs : par concurrence.
  1. cycle politique par États hégémoniques se succédant : primauté dans l'efficacité de la production, pas nécessairement par puissance militaire.
  • chaque cycle hégémonique débute par « une guerre de trente ans » : casse l’ancienne hégémonie permettant à une nouvelle puissance hégémonique de se développer.
    • 1618-1648 : Traité de Westphalie => Provinces-unies
    • 1792-1815 : Congrès de Vienne => Royaume-Uni
    • 1914-1945 : ONU, Bretton-Woods => États-Unis

La Révolution française d’un point de vue marxiste est le changement de mode de production. On passe d’un mode de production féodale, avec une allégeance à l’église mais à la noblesse, au mode de production capitaliste avec l’avènement des bourgeois.

  • chaque puissance hégémonique crée un ordre institutionnel du système international qui la favorise par :
    • ouverture des marchés là où elle est efficace (sinon fermeture) : recherche de la maximisation des profits libre là où ça nous arrange.
    • transactions économiques et financières passent par elle :
    • création d'une monnaie de transaction mondiale (gulden; £; $) : ceci permet le développement du capitalisme financier.
    • implication non réciproque dans les affaires politiques des autres

Comment la puissance est-elle hégémonique ? Il faut distinguer trois moyens :

  • force : utilisation de la coercition.
  • alliés : rémunérés, corruption.
  • persuasion idéologique :
  • contradiction dans (à l'intérieur du) système : l'utilisation des moyens d’hégémonie => déclin de l'hégémonie.
    • force : coûte, car elle délégitime son utilisateur hégémonique.
    • alliés : leur renforcement diminue la puissance relative hégémonique.
    • persuasion idéologique : idéologie perd son efficacité avec le temps.
  • nouveau cycle politico-économique débute par une « guerre de trente ans » sauf maintenant :
    • nous sommes à la fin du système d'économie-monde capitaliste.
    • nous devons agir pour aller vers un système plus démocratique et égalitarien.

On distingue trois grandes étapes à partir du XVIIème siècle mais à chaque fois il y a un déclin et donc un nouveau cycle politico-économique.

Wallenstein argumente que nous sommes à la fin du mode de production capitaliste. Il ne nous dit pas comme Marx ce qui a suivre, il faut s’engager pour que le nouveau système soit plus juste que l’ancien.

Fin du système actuel de l'économie-monde capitaliste : pourquoi change t-on de système ?

Ce système dépend de 3 phénomènes internationaux

  1. un système inter-étatique relativement stable avec son système de cycles hégémoniques
  2. un système mondial de production très profitable fondé sur des cycles de monopoles (Kondratieff)
  3. un système interne cohésif des États souverains, avec des sentiments de supériorité raciale et nationale de leurs citoyens :
  • capitalisme social en Europe (État-social)
  • capitalisme libertaire dans le monde anglo-saxon
  • capitalisme autoritaire en Chine

Actuellement : contradiction du système lui-même ! Résultant des tendances séculaires allant à l'encontre de ce système.

Peu de chances que la structure inter-étatique survive, du fait d'au moins 7 tendances

  1. développement capitaliste polarise => inégalités économiques et sociales croissent ; pressions migratoires croissantes de la périphérie au centre.
  2. urbanisation croissante => développement de populations marginales (pas de solution structurelle).
  3. l'illusion développementaliste libérale est dévoilée : les inégalités internes et internationales s'accroissent.
  4. désillusion avec les mouvements anti-capitalistes classiques : mouvements nationalistes.
  5. le libéralisme a encouragé les demandes démocratiques et sociales => crises budgétaires et fiscales.
  6. problèmes écologiques croissants
  7. confiance dans la science décroissante => intégrismes religieux, relativisme et déconstructivisme.

Notes

Références