Le néo-réalisme structurel
Le néoréalisme, également connu sous le nom de réalisme structurel, est une théorie majeure des relations internationales principalement développée par Kenneth Waltz. En se focalisant sur la structure du système international plutôt que sur les caractéristiques internes des États, il propose un cadre analytique solide pour comprendre les comportements étatiques et les dynamiques globales. Dans un environnement anarchique dépourvu d'une autorité supranationale, les États sont perçus comme des acteurs rationnels cherchant avant tout à assurer leur sécurité et leur survie. Le néoréalisme met ainsi en lumière les contraintes structurelles qui influencent et limitent la politique mondiale.
Cette approche théorique a été largement mobilisée pour expliquer des événements majeurs de l'histoire contemporaine, tels que la bipolarité de la Guerre froide et l'émergence de menaces transnationales comme le terrorisme mondial. En tant qu'outil analytique puissant, le néoréalisme permet d'analyser les causes profondes des conflits internationaux et leurs répercussions sur l'équilibre global des pouvoirs. Il offre une grille d'analyse pertinente pour comprendre les stratégies que les États adoptent dans la poursuite de leurs intérêts, tout en tenant compte des limitations imposées par la structure anarchique du système international.
En intégrant certains principes du réalisme classique, notamment l'importance de la puissance et de la sécurité, tout en s'en distinguant par son accent sur les facteurs structurels plutôt qu'individuels, le néoréalisme offre une perspective globale et systémique des relations internationales. Cette approche permet d'expliquer pourquoi les États adoptent parfois des comportements qui semblent aller à l'encontre de leurs intérêts immédiats, en raison des pressions exercées par le système international lui-même.
Dans ce cours, nous explorerons en profondeur les fondements théoriques du néoréalisme, son cadre analytique, ainsi que ses applications empiriques dans l'étude de la politique internationale contemporaine. Nous examinerons comment cette théorie éclaire notre compréhension des enjeux actuels en relations internationales, tels que la montée de nouvelles puissances, les conflits régionaux et les défis transnationaux, et comment elle peut informer les décisions stratégiques des États dans un monde en constante évolution.
L'émergence du néoralisme
Le néoréalisme, ou réalisme structurel, émerge dans les années 1970 comme une réponse théorique aux limites du réalisme classique. Cette évolution est principalement associée à Kenneth Waltz, dont l’ouvrage Theory of International Politics (1979) pose les bases d’un cadre conceptuel renouvelé pour analyser les relations internationales. Waltz critique les approches réalistes traditionnelles, qui mettent l’accent sur des facteurs internes aux États, tels que les motivations des dirigeants, les régimes politiques ou les politiques économiques, et propose une perspective plus systémique.
Dans le contexte de la Guerre froide, le néoréalisme offre une grille d’analyse particulièrement adaptée pour comprendre un système international dominé par deux superpuissances, les États-Unis et l’Union soviétique. Il met en lumière les dynamiques de la bipolarité, où la structure anarchique du système mondial contraint les comportements des États, quelles que soient leurs particularités internes.
Le néoréalisme se distingue également par sa volonté de s’inscrire dans une démarche scientifique. Influencé par les sciences sociales et la microéconomie, Waltz adopte une approche positiviste, cherchant à dégager des lois générales régissant les interactions internationales. Il introduit notamment le concept d’"anarchie" comme principe organisateur du système international, contrastant avec la hiérarchie qui caractérise les systèmes nationaux.
Cette perspective systémique se développe dans un contexte intellectuel marqué par l’essor des théories comportementales et des méthodes quantitatives en sciences politiques. Le néoréalisme se positionne ainsi comme une théorie générale, aspirant à expliquer les comportements étatiques indépendamment des particularités culturelles, idéologiques ou historiques.
L’émergence du néoréalisme ne se limite pas à une simple critique du réalisme classique. Elle s’inscrit également dans une réponse aux théories libérales et idéalistes, qui mettent en avant le rôle des institutions internationales, de l’interdépendance économique et des valeurs partagées dans la réduction des conflits. En insistant sur les contraintes imposées par la structure anarchique du système international, le néoréalisme rejette l’idée que la coopération puisse effacer les rivalités fondamentales entre États.
Au fil du temps, le néoréalisme a influencé de nombreux chercheurs et a donné naissance à plusieurs sous-branches, notamment le réalisme défensif et le réalisme offensif, qui explorent différentes interprétations des comportements des États dans un système anarchique. Cette théorie reste une référence incontournable pour comprendre les fondements structurels des relations internationales contemporaines.
La théorie des relations internationales selon Kenneth Waltz
L'ouvrage Theory of International Politics, publié en 1979 par Kenneth Waltz, représente un jalon majeur dans l'étude des relations internationales. Il formalise une approche systémique, connue sous le nom de néoréalisme ou réalisme structurel, en rupture avec le réalisme classique. Waltz y propose que le comportement des États et des autres acteurs internationaux peut être compris à travers l’analyse de la structure du système international, qui impose des contraintes et des opportunités influençant leurs choix. Cette perspective systémique met en avant le rôle déterminant de l’anarchie, caractérisée par l’absence d’une autorité centrale dans les relations internationales.
Au cœur de la théorie de Waltz se trouve le concept d’anarchie. Contrairement aux systèmes domestiques hiérarchiques, le système international est anarchique, c’est-à-dire dépourvu d’autorité suprême pour imposer des règles ou résoudre les conflits. Cette condition engendre une incertitude permanente et contraint les États à adopter des stratégies centrées sur l’autonomie et la sécurité. Selon Waltz, ce cadre structurel explique les rivalités, les alliances et les conflits entre États, indépendamment de leurs caractéristiques internes ou de leurs régimes politiques.
Waltz décrit la structure du système international à travers trois dimensions fondamentales : le principe organisateur (l’anarchie en opposition à la hiérarchie), les caractéristiques des unités (les États sont fonctionnellement identiques, car tous visent leur survie) et la distribution des capacités entre les unités (le pouvoir relatif, économique ou militaire, détermine les rapports de force). Cette analyse permet de distinguer différentes configurations systémiques : bipolaire, multipolaire ou unipolaire, selon la répartition du pouvoir entre les grandes puissances.
Le néoréalisme se distingue du réalisme classique par son niveau d’analyse. Alors que le réalisme classique met l’accent sur les caractéristiques internes des États ou les motivations individuelles des dirigeants, le néoréalisme focalise sur les contraintes imposées par la structure internationale. Waltz adopte une approche méthodologique influencée par la microéconomie, où les États agissent comme des unités rationnelles cherchant à maximiser leur sécurité dans un environnement compétitif. Contrairement à des penseurs comme Morgenthau, Waltz cherche à construire une théorie descriptive et explicative, détachée de considérations normatives ou morales.
Une des contributions les plus influentes de Waltz concerne l’idée que les systèmes bipolaires, comme celui de la Guerre froide, sont plus stables que les systèmes multipolaires. Dans un système bipolaire, les responsabilités sont concentrées entre deux superpuissances, réduisant les risques d’erreurs de calcul ou d’escalade imprévisible. Cette hypothèse a inspiré des débats parmi les théoriciens des relations internationales. Par exemple, John Mearsheimer a soutenu que la fin de la bipolarité pourrait ouvrir une ère d’instabilité accrue en raison de la montée de plusieurs grandes puissances, rendant les dynamiques internationales plus imprévisibles.
La théorie de Waltz a également été appliquée à des contextes contemporains, notamment à la prolifération nucléaire. Waltz a soutenu que l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran pourrait renforcer la stabilité régionale au Moyen-Orient. En effet, il considère que si Israël possède déjà l’arme nucléaire, l’Iran pourrait chercher à équilibrer le pouvoir régional, établissant une dissuasion mutuelle semblable à celle observée pendant la Guerre froide.
Malgré sa pertinence, la théorie néoréaliste de Waltz a suscité des critiques. Les théoriciens constructivistes, par exemple, rejettent l’idée que l’anarchie est une condition objective et insistent sur son caractère socialement construit. D’autres reprochent au néoréalisme de sous-estimer le rôle des institutions internationales, de l’interdépendance économique et des normes globales. Enfin, certains analystes ont questionné la capacité du néoréalisme à expliquer les comportements des États dans des contextes où les enjeux économiques ou idéologiques semblent primer sur les impératifs de sécurité.
Néanmoins, le néoréalisme reste une référence incontournable pour comprendre les dynamiques des relations internationales. En offrant un cadre analytique systémique et en insistant sur les contraintes structurelles, cette théorie permet d’expliquer des phénomènes contemporains tels que la montée en puissance de la Chine, les rivalités stratégiques en Asie ou les tensions dans le système multipolaire émergent. L’approche de Waltz continue de guider les chercheurs et les praticiens dans leur analyse des enjeux globaux.
La distinction entre réalisme et néoréalisme selon Kenneth Waltz
La distinction entre le réalisme traditionnel et le néoréalisme, ou réalisme structurel, a été formalisée par Kenneth Waltz dans son ouvrage majeur Theory of International Politics (1979). Cette œuvre marque une transition théorique significative tout en clarifiant les différences entre ces deux approches des relations internationales. Waltz y propose non seulement une révision conceptuelle du réalisme, mais aussi une analyse empirique, affirmant notamment que « un système bipolaire est plus stable qu’un système multipolaire ». Ce constat, inscrit dans le contexte de la guerre froide, illustre les fondements de son approche systémique.
Sur le plan théorique, le néoréalisme se distingue du réalisme traditionnel par son niveau d’analyse. Alors que le réalisme classique, représenté par des penseurs comme Hans Morgenthau, met l’accent sur les motivations des individus, les caractéristiques internes des États et les interactions directes entre acteurs, le néoréalisme se concentre sur les contraintes imposées par la structure du système international. Pour Waltz, l’anarchie – c’est-à-dire l’absence d’une autorité centrale régulant les relations internationales – constitue le principe organisateur du système global. Cette approche structurelle permet de mieux comprendre les comportements étatiques en les situant dans un cadre systémique, où la survie, la sécurité et l’équilibre des forces sont déterminants.
Un autre aspect fondamental de la distinction réside dans l’intégration, par Waltz, de concepts empruntés à la microéconomie. En s’inspirant de modèles économiques, il conceptualise les États comme des acteurs rationnels, cherchant à maximiser leurs intérêts dans un environnement concurrentiel. Cette rationalité systémique est influencée non pas par des variables internes, mais par la distribution des capacités au sein du système international. Ainsi, Waltz établit une typologie des systèmes – bipolaires, multipolaires ou unipolaires – en fonction de la répartition du pouvoir entre les grandes puissances. Cela représente une rupture méthodologique avec le réalisme classique, qui tend à privilégier une analyse plus descriptive et normative des relations internationales.
Sur le plan empirique, le néoréalisme apporte une approche plus rigoureuse et systématique à l’étude des relations internationales. Waltz fonde sa théorie sur des recherches historiques et une analyse approfondie des configurations de pouvoir à travers différentes périodes et régions du monde. Par exemple, son analyse des systèmes bipolaires, inspirée par l’équilibre stratégique de la guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique, illustre la manière dont des systèmes avec deux superpuissances sont perçus comme plus stables. Selon lui, la clarté des alliances et la limitation des acteurs majeurs réduisent les risques de malentendus et d’escalade imprévisible, contrairement aux systèmes multipolaires, où les dynamiques de coalition sont plus complexes et moins prévisibles.
Cette base empirique solide a permis au néoréalisme de dépasser les limites des théories réalistes antérieures. Waltz propose une compréhension plus précise et systématique de la politique internationale, qui a depuis été validée et enrichie par de nombreuses recherches ultérieures. Par exemple, des théoriciens comme John Mearsheimer ont poursuivi cette réflexion en adaptant le néoréalisme aux contextes contemporains, notamment en explorant les implications d’un système multipolaire émergent dans l’après-guerre froide.
Le néoréalisme de Kenneth Waltz se distingue par sa rigueur théorique et empirique, offrant une compréhension plus nuancée et sophistiquée des relations internationales. En mettant l’accent sur les contraintes structurelles, il enrichit l’analyse des comportements étatiques, tout en dépassant les limites descriptives du réalisme classique. Cette approche systémique reste aujourd’hui une référence incontournable pour comprendre les dynamiques de pouvoir, les rivalités et les alliances qui façonnent la politique mondiale.
La prédiction néoréaliste concernant la fin de la guerre froide
Le néoréalisme, en tant que cadre théorique, a fourni une analyse structurée des implications de la fin de la guerre froide. Une prédiction notable, articulée par John Mearsheimer dans son article Why We Will Soon Miss the Cold War, met en lumière les risques inhérents à la transition d’un système bipolaire à un système multipolaire. Selon cette perspective, la guerre froide, dominée par les deux superpuissances que sont les États-Unis et l’Union soviétique, représentait une période de stabilité relative. La bipolarité offrait une clarté dans les alliances et limitait les conflits majeurs en raison de l’équilibre des forces entre ces deux blocs opposés.
Un système multipolaire, en revanche, est perçu comme plus instable en raison de la complexité des dynamiques entre plusieurs grandes puissances. Dans un tel système, les alliances fluctuent de manière imprévisible, augmentant les risques de malentendus et d’escalade. La stabilité relative observée pendant la guerre froide, malgré des tensions exacerbées, illustre l’efficacité du mécanisme d’équilibre des pouvoirs mis en avant par Kenneth Waltz. Il affirme que « la structure du système politique international est décrite comme un domaine d’auto-assistance [...], au final, le pouvoir équilibre le pouvoir ». Ce processus d’équilibre permet aux puissances de s’ajuster mutuellement, minimisant ainsi les risques de guerre directe entre grandes puissances.
L’absence de conflit armé entre les États-Unis et l’Union soviétique pendant la guerre froide est souvent citée comme une validation empirique de cette théorie. Waltz et d’autres néoréalistes considèrent que la bipolarité impose des contraintes structurelles qui réduisent la probabilité d’erreurs stratégiques majeures, contrairement à la multipolarité, où l’interaction entre un plus grand nombre d’acteurs rend les scénarios conflictuels plus probables. Cette prédiction a pris une importance particulière dans l’après-guerre froide, avec l’émergence d’un système plus complexe marqué par la montée de nouvelles puissances comme la Chine ou l’Inde.
La réflexion néoréaliste ne se limite pas à l’analyse de la bipolarité. Waltz a également appliqué ses principes théoriques à des questions contemporaines telles que la prolifération nucléaire. Par exemple, il a soutenu que l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran pourrait renforcer la stabilité régionale au Moyen-Orient. Selon lui, l’équilibre des pouvoirs s’applique également au domaine nucléaire : si Israël dispose déjà de cette capacité, l’Iran, en l’acquérant, pourrait contribuer à un équilibre stratégique qui dissuade les conflits. Cette position controversée illustre la manière dont le néoréalisme cherche à expliquer les dynamiques internationales en s’appuyant sur des mécanismes structurels plutôt que sur des jugements moraux ou politiques.
Enfin, le néoréalisme met en évidence une dimension fondamentale : notre compréhension du monde est influencée par les cadres théoriques que nous adoptons. Waltz soutient que la science politique, comme toute science, est une construction qui vise à modéliser et à simplifier la réalité pour mieux la comprendre. En ce sens, les prédictions néoréalistes, bien qu’ancrées dans une analyse rigoureuse des structures, révèlent aussi l’impact des paradigmes intellectuels sur notre perception des enjeux globaux.
Kenneth Waltz contre le réductionnisme
Dans son œuvre théorique, Kenneth Waltz s’oppose de manière catégorique au réductionnisme, qu’il considère comme une approche insuffisante pour analyser les relations internationales. Le réductionnisme vise à expliquer des phénomènes complexes en les décomposant en leurs éléments les plus simples, souvent en se concentrant sur les caractéristiques individuelles ou étatiques. Pour Waltz, cette méthode ignore les structures systémiques qui jouent un rôle fondamental dans la détermination du comportement des États.
Waltz critique le réductionnisme en affirmant qu’il est erroné de chercher des explications des dynamiques internationales uniquement au niveau des États ou des individus. Bien que les caractéristiques internes, comme les systèmes politiques, les régimes économiques ou les motivations des dirigeants, puissent jouer un rôle, Waltz soutient que ces facteurs ne suffisent pas à expliquer les comportements étatiques. Selon lui, le système international, caractérisé par une anarchie structurelle et une distribution inégale du pouvoir, impose des contraintes qui transcendent les particularités des unités individuelles. En d’autres termes, peu importe leurs différences internes, tous les États sont soumis aux mêmes pressions structurelles, ce qui les conduit souvent à adopter des comportements similaires sur la scène internationale.
Pour surmonter les limites du réductionnisme, Waltz propose une approche systémique. Il insiste sur la nécessité d’étudier la structure du système international dans son ensemble, plutôt que de se focaliser sur les composantes individuelles qui le constituent. Cette approche met en lumière l’importance des principes organisateurs (anarchie vs hiérarchie), des caractéristiques des unités (les États en tant qu’acteurs rationnels) et de la distribution des capacités (puissance économique, militaire, etc.). En analysant les relations internationales à travers ce prisme structurel, Waltz explique pourquoi des États aux systèmes politiques, économiques et culturels variés convergent parfois vers des stratégies similaires, comme l’équilibre des puissances ou la quête de sécurité.
Le rejet du réductionnisme par Waltz a eu un impact majeur sur le champ des relations internationales. En introduisant une vision holistique et systémique, il a encouragé les chercheurs à dépasser les analyses centrées uniquement sur les motivations internes ou les particularités étatiques. Cette perspective a conduit à un enrichissement des débats théoriques, en soulignant que les structures systémiques, et non seulement les unités, doivent être prises en compte pour comprendre les mécanismes qui régissent la politique mondiale.
Enfin, cette critique du réductionnisme a permis de mieux conceptualiser les limites des approches unilatérales. Waltz démontre que même dans des situations où les caractéristiques internes des États semblent déterminantes, ces facteurs sont en réalité modelés par des contraintes externes imposées par le système international. Ainsi, l’analyse systémique qu’il propose reste essentielle pour appréhender les dynamiques globales et pour éviter les simplifications excessives dans l’étude des relations internationales.
Qu’est-ce que le réductionnisme ?
Le réductionnisme, en sciences sociales, désigne une approche qui cherche à expliquer des phénomènes complexes en les décomposant en leurs éléments les plus simples. Kenneth Waltz, politologue influent et théoricien des relations internationales, a largement critiqué cette méthode, qu’il juge insuffisante pour saisir la complexité des dynamiques internationales. Selon Waltz, le réductionnisme, souvent centré sur les motivations des individus ou les caractéristiques internes des États, néglige les structures systémiques qui influencent de manière fondamentale les comportements des acteurs sur la scène internationale.
Dans le contexte des relations internationales, les approches réductionnistes se concentrent sur les actions isolées des États ou des dirigeants, en observant par exemple comment l’État A interagit avec l’État B, ou comment un dirigeant particulier façonne une politique étrangère. Cette vision fragmentée tend à ignorer les dynamiques plus larges qui émanent de la structure globale du système international. Waltz soutient que cette focalisation sur les unités individuelles omet de reconnaître l’interdépendance et les contraintes structurelles qui façonnent ces interactions.
Selon Waltz, le système international ne peut pas être réduit à une simple somme des actions et des caractéristiques des unités qui le composent. Il s’agit d’une construction intellectuelle qui permet de conceptualiser les interactions entre les États dans un cadre anarchique, sans autorité centrale pour réguler leurs comportements. Ce sont ces interactions, et les logiques structurelles qu’elles génèrent, qui donnent l’impression d’un système. En tant que tel, pour comprendre pleinement la politique internationale, il est crucial d’analyser la structure du système dans son ensemble, plutôt que de se limiter aux motivations ou aux caractéristiques des unités.
Waltz illustre cette opposition au réductionnisme par l’exemple de la dynamique entre l’Iran, les États-Unis et l’Arabie saoudite. Dans une analyse réductionniste, les chercheurs pourraient se concentrer sur les motivations propres à chaque État : le désir de l’Iran de lever les sanctions économiques, ou l’inquiétude des Saoudiens face à une potentielle marginalisation. Cependant, une approche systémique, comme celle prônée par Waltz, mettrait l’accent sur les forces structurelles, telles que les configurations de pouvoir régionales ou les dynamiques d’équilibre des puissances, qui rendent ce rapprochement possible et influencent les réactions des autres acteurs régionaux.
Cette critique du réductionnisme a des implications majeures pour l’analyse des relations internationales. Waltz estime que le réductionnisme tend à considérer le système international comme une simple fonction des interactions entre les États, négligeant les structures plus larges qui transcendent ces interactions. Pour lui, le système international impose des contraintes qui façonnent le comportement des États, indépendamment de leurs caractéristiques internes. Par conséquent, il est essentiel d’adopter une perspective systémique qui intègre ces structures afin de comprendre pleinement les mécanismes qui régissent la politique mondiale.
En rejetant le réductionnisme, Waltz a transformé l’étude des relations internationales, en insistant sur l’importance de la structure globale et des forces systémiques. Cette approche systémique a non seulement enrichi les débats théoriques, mais a également offert un cadre analytique robuste pour analyser les dynamiques complexes et interconnectées qui définissent les interactions internationales.
Les trois "images" (Waltz 1959) / niveaux d'analyse
Dans son ouvrage Man, the State and War (1959), Kenneth Waltz introduit un cadre analytique fondamental pour l’étude des relations internationales : les trois "images", ou niveaux d’analyse. Selon Waltz, les causes de la guerre et les dynamiques des relations internationales peuvent être étudiées à travers trois perspectives distinctes mais complémentaires : le niveau individuel, le niveau étatique et le niveau systémique. Cette catégorisation constitue une méthode puissante pour analyser les multiples facteurs qui influencent le comportement des acteurs internationaux et les causes des conflits.
Le premier niveau, ou niveau individuel, met l’accent sur le rôle des individus dans les relations internationales, en particulier les dirigeants politiques, les décideurs et les personnalités influentes. Waltz examine comment les traits psychologiques, les croyances personnelles, les ambitions et les erreurs de jugement des leaders peuvent déclencher ou prévenir des conflits. Cette approche explore également la nature humaine elle-même, en se demandant si des tendances innées, telles que l’agressivité ou la quête de pouvoir, influencent les relations internationales. Par exemple, les décisions prises par des figures comme Napoléon, Hitler ou Churchill montrent comment les perceptions et les motivations individuelles peuvent avoir un impact majeur sur les événements mondiaux.
Le deuxième niveau d’analyse se concentre sur les caractéristiques internes des États. Ici, Waltz étudie les systèmes politiques, les structures économiques, les idéologies dominantes et les cultures nationales. Ce niveau explore comment les régimes politiques (démocratie, autocratie, théocratie, etc.) et les contextes internes, tels que l’instabilité politique, les crises économiques ou les mouvements sociaux, façonnent les politiques étrangères et les comportements internationaux. Par exemple, les démocraties ont tendance à être plus pacifiques dans leurs relations mutuelles (thèse de la paix démocratique), tandis que les régimes autoritaires peuvent être plus enclins à adopter des politiques agressives pour détourner l’attention des problèmes internes.
Le troisième niveau, ou niveau systémique, met l’accent sur la structure du système international. Waltz souligne que le système est anarchique par nature, ce qui signifie qu’il n’existe pas d’autorité centrale pour réguler les comportements des États. Dans ce contexte, chaque État doit garantir sa propre survie, ce qui entraîne des dilemmes de sécurité, des rivalités géopolitiques et des alliances stratégiques. Ce niveau examine également la distribution du pouvoir entre les États (bipolaire, multipolaire, unipolaire) et comment ces configurations influencent les relations internationales. Par exemple, la stabilité relative du système bipolaire pendant la guerre froide illustre le rôle des structures systémiques dans la réduction des conflits majeurs entre grandes puissances.
Les trois niveaux d’analyse de Waltz offrent un cadre analytique cohérent et exhaustif pour comprendre la complexité des relations internationales. Chaque niveau éclaire des aspects différents mais interdépendants des causes de la guerre et des comportements étatiques. En adoptant une approche intégrée, il devient possible de mieux appréhender les interactions entre les motivations individuelles, les dynamiques internes des États et les contraintes imposées par le système international.
Ce modèle souligne également l’importance de ne pas se limiter à une seule perspective. Par exemple, un conflit international peut être déclenché par une combinaison de facteurs : l’ambition d’un dirigeant individuel (niveau individuel), une crise économique interne (niveau étatique) et une rivalité géopolitique structurelle (niveau systémique). En articulant ces trois "images", Waltz démontre que l’étude des relations internationales nécessite une analyse multidimensionnelle pour saisir toute la complexité des mécanismes qui gouvernent la politique mondiale.
Première image : la guerre résulte de la nature humaine
Dans le cadre des trois niveaux d’analyse développés par Kenneth Waltz, la première image attribue la cause fondamentale de la guerre à la nature humaine. Cette perspective postule que des traits intrinsèques, tels que l’égoïsme, l’agressivité ou la quête de domination, sont au cœur des comportements violents et conflictuels. La notion de "nature humaine" est toutefois complexe et controversée, ayant suscité de nombreux débats parmi les philosophes et les chercheurs.
Certains penseurs, comme Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau, décrivent la nature humaine comme compétitive et portée à l’agressivité. Hobbes, par exemple, évoque un "état de nature" où les individus, en quête de survie, entrent inévitablement en conflit les uns avec les autres. Rousseau, bien que reconnaissant cette tendance, soutient que la société exacerbe cette agressivité. D’autres philosophes, tels que John Locke ou Emmanuel Kant, offrent une vision plus optimiste : la nature humaine, selon eux, repose sur la raison et la moralité, ce qui rend possible la coopération et la paix. Ces visions opposées reflètent la complexité de ce niveau d’analyse.
La perspective selon laquelle la guerre résulte de la nature humaine repose sur l’idée que la violence et l’agressivité sont des traits innés, inhérents à l’espèce humaine. Dans ce cadre, les conflits sont considérés comme inévitables et même nécessaires, puisqu’ils servent à protéger les intérêts vitaux et à assurer la survie des individus ou des groupes. Les partisans de cette vision citent souvent des exemples historiques et anthropologiques pour soutenir leur argumentation : des rivalités tribales aux guerres anciennes, ils voient dans ces conflits la preuve d’une tendance naturelle à la compétition et à la domination.
Cependant, cette approche n’est pas exempte de critiques. De nombreux chercheurs soutiennent que la guerre est davantage le produit de facteurs sociaux, économiques et politiques que d’une inclination naturelle. Selon cette perspective, la violence n’est pas une conséquence inévitable de la nature humaine, mais un phénomène contextuel, influencé par les structures de pouvoir, les intérêts matériels ou les idéologies. Les détracteurs de la première image affirment que la guerre n’est ni un phénomène naturel ni nécessaire, mais qu’elle reflète des dynamiques propres à des contextes historiques et sociaux spécifiques.
Cette opposition souligne l’importance de considérer la première image non comme une explication unique, mais comme une partie d’un cadre plus large. Si la nature humaine peut influencer certains comportements, les relations internationales ne peuvent être pleinement comprises sans intégrer les autres niveaux d’analyse. En ce sens, Kenneth Waltz ne rejette pas totalement l’impact des facteurs individuels, mais souligne qu’ils ne suffisent pas à expliquer les causes complexes et multiformes des guerres.
Deuxième image : la guerre résulte de la nature des États-nations
Dans le cadre des trois niveaux d’analyse de Kenneth Waltz, la deuxième image suggère que la guerre est causée par la nature intrinsèque des États-nations. Selon cette perspective, les caractéristiques internes des États – leur structure politique, leur système économique, leurs idéologies dominantes ou encore leurs intérêts nationaux – jouent un rôle central dans l’explication des conflits internationaux. Waltz met en évidence comment ces facteurs internes façonnent les comportements des États et influencent les dynamiques du système international.
La deuxième image repose sur l’idée que les États sont des acteurs rationnels mais égoïstes, motivés par la poursuite de leurs intérêts nationaux. Chaque État cherche à maximiser sa sécurité et à préserver sa souveraineté dans un environnement international anarchique, dépourvu d’autorité centrale. Cette absence de régulation globale oblige les États à compter sur leurs propres ressources et leur puissance pour se protéger et garantir leurs intérêts. Cette quête d’autonomie peut, toutefois, générer une concurrence féroce entre États, où chacun tente d’accroître son pouvoir pour prévenir les menaces réelles ou perçues.
Les caractéristiques internes des États peuvent varier considérablement et influencer leurs comportements sur la scène internationale. Par exemple, les régimes démocratiques tendent à privilégier des solutions pacifiques dans leurs interactions mutuelles (comme le postule la thèse de la paix démocratique), alors que les régimes autoritaires ou totalitaires peuvent être davantage enclins à adopter des politiques agressives, souvent pour consolider leur pouvoir interne ou détourner l’attention des crises domestiques. De même, les systèmes économiques – qu’ils soient capitalistes, socialistes ou mixtes – peuvent jouer un rôle dans la manière dont les États interagissent avec leurs voisins, en fonction des besoins stratégiques ou économiques qu’ils cherchent à satisfaire.
Waltz souligne également que la guerre peut être le reflet des ambitions ou des craintes propres à chaque État. Les puissances émergentes, par exemple, peuvent adopter des politiques expansionnistes pour sécuriser leurs frontières ou augmenter leur influence régionale, tandis que les États plus établis peuvent percevoir ces ambitions comme une menace directe à leur statut et à leur sécurité. Ces dynamiques internes expliquent pourquoi certains États adoptent des comportements plus agressifs ou défensifs, influençant ainsi les relations internationales.
Cependant, cette approche n’exclut pas les limites de la deuxième image. Bien que les caractéristiques des États soient cruciales pour comprendre les conflits, Waltz rappelle qu’il est nécessaire de prendre en compte les contraintes imposées par le système international dans son ensemble (troisième image). La nature des États-nations peut expliquer une partie des guerres, mais elle ne peut à elle seule justifier tous les comportements conflictuels dans un système anarchique où les pressions structurelles jouent également un rôle majeur.
La deuxième image offre néanmoins un cadre analytique précieux pour examiner comment les dynamiques internes influencent les politiques étrangères et les relations internationales. En mettant en lumière les particularités propres à chaque État, elle enrichit la compréhension des causes de la guerre, tout en montrant comment ces facteurs interagissent avec les pressions systémiques pour façonner la politique mondiale.
Troisième image : la guerre résulte de la nature du système international
Dans le cadre des trois niveaux d’analyse de Kenneth Waltz, la troisième image attribue la cause fondamentale de la guerre à la structure du système international. Ce niveau d’analyse repose sur le concept d’anarchie, qui caractérise le système mondial. Contrairement aux systèmes nationaux hiérarchiques, où une autorité centrale impose des règles et régule les interactions, le système international est anarchique par nature. Cette absence de régulation globale crée un environnement d’incertitude, où les États doivent prioritairement garantir leur propre survie.
L’argument central de Waltz est que cette condition d’anarchie engendre une dynamique de concurrence et de conflit. Les États, en tant qu’acteurs rationnels et égoïstes, agissent principalement pour assurer leur sécurité et promouvoir leurs intérêts nationaux. En l’absence d’une autorité supranationale pour arbitrer ou protéger, chaque État est contraint de se reposer sur ses propres capacités – qu’il s’agisse de ressources économiques, militaires ou diplomatiques – pour se défendre contre des menaces réelles ou perçues. Cette situation favorise des comportements comme la course aux armements ou la formation d’alliances stratégiques, intensifiant les tensions internationales.
La structure anarchique du système international impose également des pressions systématiques qui influencent les décisions des États, indépendamment de leurs caractéristiques internes ou des motivations de leurs dirigeants. Par exemple, même un État pacifiste peut être poussé à militariser sa politique étrangère pour répondre à des menaces extérieures, par crainte de devenir vulnérable dans un environnement compétitif. Cette logique est connue sous le nom de "dilemme de sécurité" : les mesures prises par un État pour renforcer sa propre sécurité sont souvent perçues comme des menaces par les autres, conduisant à des réactions défensives ou préventives qui exacerbent les tensions.
Waltz souligne également que la distribution du pouvoir dans le système international – qu’il soit unipolaire, bipolaire ou multipolaire – joue un rôle crucial dans la stabilité ou l’instabilité globale. Par exemple, un système bipolaire, comme celui de la guerre froide, tend à réduire les risques de conflits majeurs en clarifiant les alliances et en limitant les acteurs clés. En revanche, un système multipolaire, où plusieurs grandes puissances coexistent, est plus susceptible de conduire à des guerres en raison de la complexité des rivalités et des incertitudes stratégiques.
La troisième image se distingue des deux premières en mettant l’accent sur les contraintes structurelles plutôt que sur les acteurs individuels ou les caractéristiques internes des États. Pour Waltz, la guerre est une conséquence inévitable de la nature anarchique du système international, plutôt qu’un résultat des choix humains ou des spécificités des États. Cette approche systémique fournit un cadre analytique pour comprendre pourquoi même les États qui souhaitent éviter les conflits peuvent être entraînés dans des rivalités ou des guerres.
Cependant, cette perspective n’est pas exempte de critiques. Certains chercheurs, notamment les constructivistes, remettent en question l’idée que l’anarchie est une donnée objective et soulignent qu’elle est socialement construite. Ils soutiennent que les interactions internationales ne sont pas uniquement façonnées par la structure, mais également par les normes, les institutions et les perceptions des acteurs. Malgré ces débats, la troisième image reste une contribution fondamentale à l’étude des relations internationales, en offrant une explication systématique des mécanismes structurels qui sous-tendent les conflits mondiaux.
Waltz pour le réalisme structurel (systémisme)
Kenneth Waltz, dans son approche systémique également appelée réalisme structurel, propose une analyse des relations internationales centrée sur le niveau du système international. Contrairement aux approches traditionnelles qui privilégient les actions des dirigeants ou les caractéristiques internes des États, Waltz met l’accent sur les dynamiques structurelles du système mondial. Il soutient que les relations internationales ne peuvent être pleinement comprises qu’en analysant les contraintes et les influences imposées par la structure globale, plutôt qu’en se limitant aux comportements individuels des acteurs.
Selon Waltz, l’approche systémique repose sur deux principes clés :
- Le système contraint les acteurs : La structure du système international impose des limitations aux États et autres acteurs. Ces contraintes façonnent les comportements des unités, les obligeant à adapter leurs choix stratégiques à l’environnement anarchique et compétitif du système. Par exemple, les États, qu’ils soient pacifistes ou expansionnistes, sont contraints d’accroître leur sécurité dans un système dépourvu d’autorité centrale.
- Le système façonne les unités : En plus de contraindre, le système modèle les acteurs. Par le processus de socialisation, les États adoptent des comportements en fonction des attentes et des pressions systémiques. Cette harmonisation des actions, dictée par la structure, explique pourquoi des États aux caractéristiques internes variées peuvent adopter des stratégies similaires pour survivre et prospérer dans l’environnement international.
Ces principes illustrent que le système international n’est pas simplement une juxtaposition d’États agissant indépendamment, mais une entité structurée, où les interactions et les contraintes systémiques jouent un rôle prédominant.
Pour Waltz, le niveau systémique est central car il transcende les particularités des acteurs individuels pour mettre en lumière les dynamiques globales. La structure du système international est définie par trois éléments :
- Le principe organisateur : L’anarchie, qui caractérise le système international, contraste avec la hiérarchie des systèmes domestiques.
- Les caractéristiques des unités : Bien que les États soient fonctionnellement identiques en tant qu’acteurs souverains, ils diffèrent par leurs capacités et leur puissance.
- La distribution des capacités : La répartition du pouvoir, qu’elle soit unipolaire, bipolaire ou multipolaire, influence directement les relations internationales.
Ces éléments permettent de comprendre comment le système international structure les interactions, indépendamment des intentions ou des caractéristiques individuelles des États.
L’approche systémique de Waltz offre une vision intégrée des relations internationales, reconnaissant l’interdépendance et la complexité des interactions entre les États. Plutôt que d’étudier les motivations individuelles ou les intérêts internes, cette perspective met en avant les forces globales qui façonnent les comportements des acteurs. Par exemple, une course aux armements peut être analysée non pas comme le produit d’une ambition particulière d’un État, mais comme une réponse rationnelle aux pressions systémiques exercées par l’environnement anarchique.
En se concentrant sur les dynamiques structurelles, le réalisme structurel permet d’expliquer des phénomènes qui transcendent les frontières nationales, tels que les alliances stratégiques, les rivalités géopolitiques ou encore les changements dans l’équilibre des puissances. Cette approche holistique enrichit la compréhension des relations internationales en dépassant les explications réductionnistes.
L’analyse systémique de Waltz a profondément influencé les théories des relations internationales en offrant un cadre analytique robuste et cohérent. Elle met en évidence que les États agissent non seulement en fonction de leurs caractéristiques internes, mais également en réponse aux contraintes et opportunités imposées par la structure du système international. Cette perspective aide à comprendre pourquoi des États très différents peuvent converger vers des comportements similaires, comme l’équilibrage des puissances ou la quête de sécurité.
En conclusion, le réalisme structurel de Kenneth Waltz fournit une base théorique essentielle pour appréhender les relations internationales. En se focalisant sur les forces systémiques plutôt que sur les unités individuelles, cette approche éclaire les mécanismes qui sous-tendent les comportements étatiques et les dynamiques globales, contribuant ainsi à une compréhension plus complète des enjeux internationaux.
Principe d’arrangement : hierarchie / anarchie
Dans Theory of International Politics, Kenneth Waltz identifie deux principes fondamentaux qui organisent les systèmes politiques : l’anarchie et la hiérarchie. Ces concepts définissent la structure des relations internationales et influencent profondément le comportement des États et des autres acteurs du système.
L’anarchie, selon Waltz, est la condition fondamentale des relations internationales. Elle désigne l’absence d’une autorité centrale capable de réguler les interactions entre les États ou d’imposer des règles universelles. Contrairement aux systèmes nationaux hiérarchiques, où une autorité gouvernementale maintient l’ordre, le système international est anarchique, ce qui oblige chaque État à assurer sa propre sécurité. Cette situation engendre une dynamique de "self-help" (auto-assistance), dans laquelle les États comptent sur leurs propres ressources économiques, militaires et diplomatiques pour protéger leurs intérêts et garantir leur survie.
L’anarchie crée un environnement d’incertitude permanente. Les États ne peuvent jamais être certains des intentions des autres, ce qui alimente des dilemmes de sécurité. Par exemple, une action défensive, comme une augmentation des capacités militaires, peut être perçue comme une menace par d’autres États, entraînant des réponses compétitives ou hostiles. Cette dynamique favorise la concurrence et, dans certains cas, les conflits. L’anarchie est donc une force motrice qui structure les interactions internationales, indépendamment des caractéristiques internes des États.
En parallèle, Waltz reconnaît l’existence de formes de hiérarchie au sein du système international. Bien que tous les États soient souverains et juridiquement égaux en théorie, ils diffèrent considérablement en termes de puissance, de ressources et d’influence. Cette hiérarchie repose sur des facteurs tels que la puissance militaire, la force économique ou encore le poids politique et diplomatique d’un État. Les grandes puissances, par exemple, occupent une position dominante dans le système et exercent une influence disproportionnée sur les règles, normes et dynamiques internationales.
La hiérarchie introduit des asymétries dans le système international, créant des inégalités de capacités et de privilèges entre les États. Ces disparités peuvent engendrer des tensions, notamment entre les puissances dominantes et les États émergents ou révisionnistes, qui cherchent à remettre en question l’ordre établi. Cependant, la hiérarchie peut également contribuer à la stabilité, comme dans les systèmes bipolaires, où deux superpuissances contrôlent les dynamiques principales et limitent les incertitudes liées à la multipolarité.
Bien que l’anarchie et la hiérarchie puissent sembler contradictoires, Waltz soutient qu’ils coexistent et interagissent pour façonner le système international. L’anarchie établit le cadre général dans lequel les États opèrent, créant un environnement compétitif et incertain. La hiérarchie, quant à elle, détermine la distribution du pouvoir et les positions relatives des États dans ce cadre anarchique.
Cette combinaison influence profondément les comportements des États. Par exemple, dans un système anarchique avec une distribution hiérarchique des capacités, les puissances majeures ont tendance à exercer une influence dominante pour préserver leur position, tandis que les États moins puissants adoptent des stratégies d’équilibrage ou de bandwagoning pour maximiser leur sécurité. Ainsi, l’interaction entre anarchie et hiérarchie façonne les alliances, les rivalités et les dynamiques de conflit ou de coopération dans le système international.
L’analyse de Waltz offre une vision intégrée des relations internationales, où l’anarchie et la hiérarchie sont des concepts interdépendants. En mettant en lumière ces principes d’arrangement, il démontre que les relations internationales ne peuvent être réduites à des interactions individuelles ou étatiques, mais doivent être comprises comme des processus systématiques influencés par des forces structurelles.
Cette approche systémique permet d’expliquer des phénomènes globaux tels que la guerre froide, où l’anarchie a maintenu une concurrence constante entre les deux blocs, tandis que la hiérarchie bipolaire a structuré la dynamique des alliances et des confrontations. Elle éclaire également des enjeux contemporains, comme l’émergence de puissances régionales ou les tensions dans les systèmes multipolaires, où l’interaction entre anarchie et hiérarchie continue de façonner la politique mondiale.
Analogie microéconomique dans la théorie de Kenneth Waltz
Kenneth Waltz a introduit des concepts de la microéconomie dans sa théorie des relations internationales pour offrir une analyse systémique des comportements étatiques. La microéconomie, qui examine les décisions des agents individuels – ménages, entreprises, industries – et leurs interactions dans un marché, fournit un cadre analytique utile pour comprendre les dynamiques du système international. Waltz a emprunté des principes économiques tels que l’offre et la demande, l’utilité marginale et le coût d’opportunité pour expliquer comment les États allouent leurs ressources et prennent des décisions dans un contexte anarchique et compétitif.
L’utilisation de ces concepts permet à Waltz de mettre en lumière les contraintes qui pèsent sur les États. Par exemple, l’idée de l’utilité marginale est utilisée pour expliquer comment les États priorisent certains investissements stratégiques, comme le renforcement militaire, en fonction des avantages qu’ils en tirent par rapport à leurs coûts. De même, le coût d’opportunité aide à analyser pourquoi certains États choisissent la coopération dans certaines situations et l’affrontement dans d’autres, en évaluant les sacrifices nécessaires pour chaque choix. En adoptant cette perspective, Waltz élargit la compréhension des relations internationales au-delà des seules motivations politiques, en intégrant les considérations économiques comme des moteurs essentiels du comportement étatique.
Au cœur de cette approche se trouve le concept d’homo economicus, que Waltz applique aux États. Dans cette vision, les États sont perçus comme des acteurs rationnels, égoïstes, cherchant à maximiser leurs intérêts tout en minimisant les risques. Cette hypothèse permet d’expliquer des phénomènes clés des relations internationales, tels que la course aux armements ou la formation d’alliances stratégiques. Par exemple, un État peut choisir de renforcer ses capacités militaires non par agressivité, mais par calcul rationnel, pour répondre aux incertitudes créées par le système anarchique. L’application du modèle d’homo economicus simplifie ainsi l’analyse des relations internationales en offrant une explication claire et systématique des comportements étatiques.
Waltz va plus loin en comparant le système international à un marché économique. Dans cette analogie, les relations entre États fonctionnent comme des interactions sur un marché, où chaque acteur cherche à maximiser ses gains tout en réagissant aux contraintes et aux opportunités du système. Par exemple, tout comme une entreprise peut ajuster ses stratégies en réponse aux forces du marché, un État ajuste ses politiques pour répondre aux pressions structurelles, qu’elles soient économiques, militaires ou diplomatiques. Cette analogie aide à comprendre comment les États, bien qu’ils soient souverains, sont fortement influencés par les dynamiques globales du système.
L’adoption de cette analogie microéconomique par Waltz permet également de souligner l’importance des motivations économiques dans les relations internationales. Les choix stratégiques des États, comme la négociation d’accords commerciaux ou la confrontation militaire, peuvent être analysés à travers le prisme des intérêts économiques sous-jacents. Cette perspective offre une lecture plus exhaustive des décisions étatiques, où les facteurs économiques et sécuritaires s’entrelacent pour façonner les interactions internationales.
L’intégration des concepts microéconomiques dans la théorie de Waltz enrichit considérablement l’analyse des relations internationales. En transposant des principes économiques tels que la rationalité, la concurrence et l’intérêt personnel au niveau systémique, Waltz propose une vision cohérente et parcimonieuse du système international. Cette approche aide à comprendre les comportements étatiques dans un environnement anarchique et met en évidence les interactions complexes entre économie et politique au sein des relations internationales.
Le système politique international selon Kenneth Waltz : la notion d'auto-assistance ("self-help")
Kenneth Waltz, dans sa théorie du réalisme structurel, place la survie des États au cœur des relations internationales. Contrairement à Hans Morgenthau, qui considère la quête de puissance comme l’objectif central, Waltz insiste sur le fait que, dans un système anarchique, la survie prime sur tous les autres objectifs. Selon lui, les relations internationales ne peuvent pas être comprises uniquement à travers une rationalité pure. Les États agissent dans un environnement marqué par des contraintes structurelles, et leurs décisions sont influencées par des limitations imposées par le contexte anarchique.
Dans ce système anarchique, dépourvu d’une autorité centrale capable de réguler les interactions ou de garantir la sécurité des acteurs, les États évoluent dans un environnement d’auto-assistance (self-help). Cela signifie qu’ils ne peuvent compter que sur leurs propres capacités pour assurer leur sécurité et leur survie. Chaque État doit développer ses ressources, renforcer ses capacités militaires et adopter des stratégies défensives ou offensives adaptées pour minimiser les menaces externes. Cette dynamique impose une vigilance constante et incite à des comportements compétitifs, même entre des États qui n’ont pas de rivalité directe.
Waltz introduit également l’idée que les États apprennent et s’adaptent à travers un processus d’imitation. En observant les comportements des États qui ont prospéré ou survécu sur de longues périodes, les autres acteurs tendent à adopter des stratégies similaires pour maximiser leurs propres chances de succès. Ce processus, inspiré de la théorie de l’évolution de Darwin, reflète une "sélection naturelle" au sein du système international. Les États qui échouent à s’adapter aux exigences de cet environnement compétitif risquent de devenir vulnérables ou de disparaître en tant qu’entités souveraines.
La notion d’auto-assistance renforce également l’idée d’un système anarchique comme principe d’arrangement. En l’absence d’une autorité supérieure pour imposer l’ordre ou garantir la sécurité collective, les États sont contraints de fonctionner en autonomie, en assurant leur propre sécurité à travers des alliances stratégiques, des renforcements militaires ou des politiques de dissuasion. Cela explique pourquoi même les États les plus pacifiques peuvent adopter des comportements militarisés ou compétitifs : ils agissent non par choix, mais en réponse aux pressions structurelles du système.
Par ailleurs, l’imitation des stratégies efficaces par les États contribue à un certain degré d’uniformisation des comportements au sein du système international. Par exemple, l’adoption généralisée des armes nucléaires par des puissances cherchant à dissuader des attaques illustre ce mécanisme. De même, les politiques d’équilibrage des puissances, largement adoptées au fil de l’histoire, reflètent cette tendance à reproduire des pratiques perçues comme nécessaires à la survie dans un système anarchique.
La notion d’auto-assistance chez Kenneth Waltz souligne la nature fondamentalement compétitive et adaptative du système international. Dans un environnement anarchique, les États ne peuvent se reposer que sur leurs propres capacités et apprennent à survivre en imitant les stratégies qui se sont révélées efficaces pour d’autres. Cette perspective, inspirée par la théorie de l’évolution et les principes darwiniens, permet de comprendre comment les contraintes structurelles façonnent les comportements des États, en les obligeant à privilégier leur survie dans un contexte où la coopération est souvent secondaire par rapport à la sécurité et à l’autonomie.
Caractéristiques des unités (États) selon Kenneth Waltz
Dans la théorie de Kenneth Waltz, les États sont décrits comme des unités souveraines, ce qui signifie qu’ils exercent une autorité exclusive sur leurs territoires et décident eux-mêmes de leurs actions, sans être soumis à une autorité supérieure. Cette souveraineté est une caractéristique fondamentale dans un système international anarchique, où il n’existe aucune entité centrale capable de réguler ou de contraindre les comportements des États. Cette absence d’autorité supranationale place les États dans une situation d’auto-assistance (self-help), où ils doivent compter sur leurs propres capacités pour survivre et protéger leurs intérêts.
Waltz soutient que les États, bien qu’indépendants et souverains, partagent des similitudes importantes en termes de fonctions fondamentales. Tous les États, qu’ils soient grands ou petits, remplissent les mêmes rôles de base : assurer leur sécurité, protéger leur souveraineté, et promouvoir leurs intérêts nationaux. Cette homogénéité fonctionnelle, selon Waltz, résulte du système anarchique qui impose les mêmes pressions structurelles sur tous les États, indépendamment de leurs différences internes. Cela conduit à une absence de différenciation fonctionnelle entre les unités : bien que les États varient en termes de puissance ou de ressources, leurs fonctions dans le système international restent les mêmes.
Cette homogénéité fonctionnelle favorise un phénomène d’imitation entre les États. Ceux qui réussissent dans le système anarchique, c’est-à-dire qui survivent et prospèrent, deviennent des modèles pour les autres. Les stratégies efficaces, qu’elles soient militaires, économiques ou diplomatiques, tendent à être adoptées par les autres acteurs. Par exemple, l’équilibre des puissances ou la dissuasion nucléaire sont des comportements typiques observés et reproduits par les États dans le but de maximiser leur sécurité.
Cependant, Waltz insiste sur le fait que, malgré cette similarité fonctionnelle, les systèmes internationaux varient en fonction de la distribution des capacités entre les États. La puissance relative – qu’elle soit militaire, économique ou politique – joue un rôle central dans la structure du système international. Les grandes puissances, par exemple, exercent une influence disproportionnée sur la stabilité ou l’instabilité du système, tandis que les petits États sont souvent contraints de s’adapter aux dynamiques imposées par les acteurs les plus puissants. C’est cette distribution inégale des capacités qui définit les relations entre les États et façonne les dynamiques globales.
Pour comprendre les changements ou les variations dans le système international, Waltz met l’accent sur la nécessité d’examiner les différences de puissance et de capacités entre les États. Ces variations influencent directement la structure du système et, par conséquent, les interactions entre les acteurs. Par exemple, un système bipolaire, caractérisé par la domination de deux grandes puissances, génère des dynamiques très différentes d’un système multipolaire, où plusieurs États se partagent le pouvoir. Ainsi, l’étude des caractéristiques des unités, notamment leur puissance relative, est essentielle pour saisir les mécanismes qui régissent le système international.
Kenneth Waltz conceptualise les États comme des unités fonctionnellement similaires mais différenciées par leurs capacités relatives. Cette approche met en lumière l’importance des variations de puissance dans la structure du système international, tout en expliquant pourquoi les États, malgré leurs différences internes, adoptent souvent des comportements similaires en réponse aux contraintes structurelles de l’anarchie. Ce cadre analytique permet de comprendre non seulement les relations entre les États, mais aussi les transformations systémiques qui influencent la politique mondiale.
Distribution des ressources dans le système international selon Kenneth Waltz
Dans la théorie de Kenneth Waltz, la distribution des ressources – en particulier les capacités économiques et militaires – constitue un élément clé pour comprendre la structure du système international. Cette distribution, qu’elle soit inégale ou équilibrée, façonne la dynamique des relations internationales en influençant les interactions et les comportements des États. La répartition des capacités détermine également la polarité du système, c’est-à-dire le nombre de grandes puissances qui dominent l’ordre mondial.
Les types de systèmes selon leur polarité
Kenneth Waltz identifie plusieurs configurations possibles du système international, définies par la manière dont les ressources économiques et militaires sont réparties entre les grandes puissances. Ces configurations, appelées polarités, influencent directement les interactions entre les États et la stabilité du système global.
Le système unipolaire
Un système unipolaire est caractérisé par la domination d’une seule superpuissance qui dispose d’une supériorité écrasante en termes de capacités économiques, militaires et politiques. Après la fin de la guerre froide, de nombreux analystes ont considéré les États-Unis comme la seule puissance dominante, inaugurant ainsi un ordre unipolaire. Cette configuration se distingue par une distribution fortement inégale des ressources, avec une nation capable de projeter son influence sur la scène mondiale de manière quasiment incontrôlée.
Cependant, Waltz souligne que l’unipolarité est structurellement instable à long terme. Les autres États, soucieux de préserver leur souveraineté, sont incités à contester la puissance dominante. Ils le font en augmentant leurs capacités internes ou en formant des alliances stratégiques visant à rééquilibrer l’ordre mondial. L’histoire démontre que l’unipolarité tend à stimuler la rivalité, car les puissances émergentes, cherchant à renforcer leur position, contestent naturellement l’hégémonie de l’acteur dominant.
Le système bipolaire
Le système bipolaire repose sur une concentration des ressources entre deux superpuissances. Pendant la guerre froide, cette configuration était incarnée par les États-Unis et l’Union soviétique. Waltz considère le système bipolaire comme le plus stable des trois configurations, en raison de la clarté des rapports de force et de la prévisibilité des alliances.
Dans un système bipolaire, chaque superpuissance surveille directement l’autre, limitant les incertitudes et réduisant les risques de conflits majeurs. Les alliances sont rigides et clairement définies, ce qui contribue à une plus grande stabilité dans les relations internationales. De plus, les changements dans l’équilibre des pouvoirs sont moins fréquents, car les ressources sont concentrées entre deux pôles majeurs. Ce modèle réduit également les erreurs de calcul stratégiques, car les dynamiques sont simplifiées par rapport à un système multipolaire, où plusieurs acteurs influencent simultanément les interactions.
Le système multipolaire
Un système multipolaire est caractérisé par la coexistence de plusieurs grandes puissances partageant les ressources et l’influence dans le système international. Avant la Première Guerre mondiale, le monde était multipolaire, dominé par des États comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et la Russie. Waltz soutient que cette configuration est la moins stable des trois en raison des incertitudes accrues et de la complexité des relations entre les acteurs.
Dans un système multipolaire, les alliances sont souvent changeantes, et les États doivent gérer un grand nombre d’interactions simultanées. Cette complexité augmente les risques de malentendus, d’erreurs de calcul et de réactions imprévisibles. Par exemple, les dynamiques qui ont conduit à la Première Guerre mondiale illustrent les dangers d’un système multipolaire, où les erreurs stratégiques et les alliances mal calibrées peuvent rapidement dégénérer en conflits généralisés. La fluidité des alliances et l’absence d’un équilibre clair rendent ces systèmes particulièrement vulnérables à l’instabilité.
Implications des types de polarité
La polarité d’un système influence profondément les comportements étatiques et la stabilité globale. Dans un système unipolaire, la domination d’une seule puissance peut entraîner des rivalités croissantes à mesure que d’autres États cherchent à rééquilibrer le système. En revanche, un système bipolaire, avec sa clarté stratégique, offre une stabilité relative mais limite la flexibilité des alliances. Enfin, les systèmes multipolaires, bien qu’offrant des opportunités de coopération entre divers acteurs, sont marqués par une plus grande volatilité et des risques accrus de conflits.
En conclusion, la théorie de Waltz sur la polarité met en lumière comment la répartition des ressources façonne les dynamiques internationales. Chaque type de système présente des avantages et des inconvénients, influençant les stratégies des États et les équilibres globaux. Comprendre ces configurations permet d’analyser les tendances passées et d’anticiper les évolutions futures des relations internationales.
Influence de la distribution des ressources sur les comportements étatiques
La distribution des ressources économiques et militaires entre les États est un facteur clé dans la détermination de la structure du système international. Selon Kenneth Waltz, cette structure – qu’elle soit unipolaire, bipolaire ou multipolaire – joue un rôle déterminant dans les comportements des États. La polarité du système influence non seulement les stratégies des acteurs, mais aussi les formes de rivalité, les opportunités de coopération et les risques de conflit.
Dans un système bipolaire, la concentration du pouvoir entre deux grandes puissances, comme pendant la guerre froide, tend à produire une plus grande prévisibilité dans les relations internationales. Les États tiers alignent généralement leurs politiques sur l’une des deux superpuissances, ce qui réduit la complexité des interactions et rend les alliances plus rigides. Les rivalités directes entre les deux pôles dominants, bien que constantes, sont modérées par la reconnaissance mutuelle des capacités destructrices de l’autre. Cela limite les risques de conflits généralisés et favorise une stabilité relative dans le système.
En revanche, un système multipolaire, où plusieurs grandes puissances coexistent sans qu’aucune ne domine clairement, impose une gestion plus complexe des relations internationales. La multiplicité des acteurs et des alliances potentielles augmente les incertitudes stratégiques. Les États doivent naviguer dans un environnement marqué par des coalitions changeantes et des rivalités fluctuantes, ce qui accroît le risque de malentendus et d’erreurs de calcul. Ces dynamiques rendent les systèmes multipolaires plus instables, car les changements d’alliances ou les modifications de la répartition des ressources peuvent rapidement entraîner des déséquilibres et des conflits.
La transition d’un système unipolaire ou bipolaire vers un système multipolaire est particulièrement délicate. Ces périodes de réorganisation du pouvoir mondial sont souvent marquées par une instabilité accrue, car les États ajustent leurs stratégies pour s’adapter à un ordre mondial en mutation. Par exemple, l’émergence de puissances régionales ou la montée de nouvelles grandes puissances, comme la Chine dans le contexte contemporain, peut perturber l’équilibre existant et engendrer des tensions croissantes entre les acteurs établis et émergents.
En conclusion, la distribution des ressources dans le système international influence directement les comportements des États. Alors que les systèmes bipolaires favorisent la stabilité et la prévisibilité, les systèmes multipolaires imposent des défis plus complexes, augmentant les risques de conflits. Comprendre ces dynamiques structurelles est essentiel pour analyser les interactions internationales et anticiper les changements dans l’ordre mondial.
Comprendre les tendances futures grâce à la distribution des ressources
Analyser la distribution des ressources économiques et militaires dans le système international permet de saisir les contraintes structurelles qui influencent les comportements des États. Kenneth Waltz souligne que cette répartition des capacités façonne non seulement les actions individuelles des États, mais aussi les tendances globales qui définissent l’ordre mondial. La polarité du système – unipolaire, bipolaire ou multipolaire – détermine en grande partie la nature des rivalités, des alliances et des conflits à l’échelle internationale.
Un exemple contemporain marquant est l’émergence de la Chine comme puissance économique et militaire majeure. Cette ascension remet en question l’ordre unipolaire établi après la guerre froide, dominé par les États-Unis. La montée en puissance de la Chine et d’autres acteurs régionaux, comme l’Inde ou le Brésil, signale une transition progressive vers un système multipolaire. Ce changement crée des tensions entre les États établis et les puissances émergentes, car ces dernières cherchent à redéfinir leur rôle dans le système international tout en contestant l’hégémonie des puissances dominantes.
L’analyse de la distribution des ressources offre un cadre pour comprendre ces dynamiques. Par exemple, dans un système multipolaire naissant, les États doivent ajuster leurs stratégies pour répondre aux nouvelles réalités de pouvoir. Cela peut se traduire par la formation de nouvelles alliances, des compétitions accrues pour l’influence régionale, ou encore des efforts pour équilibrer les capacités des acteurs dominants. En anticipant ces évolutions, les décideurs et analystes peuvent mieux évaluer les risques et opportunités liés à la transition de la polarité mondiale.
En outre, cette analyse est utile pour interpréter les contextes historiques. Les transitions de polarité, comme le passage du système multipolaire européen du XIXe siècle au système bipolaire de la guerre froide, illustrent comment la redistribution des ressources peut transformer l’ordre mondial. Ces périodes de transition sont souvent marquées par une instabilité accrue, car les acteurs ajustent leurs comportements pour s’adapter aux nouvelles configurations de pouvoir.
En conclusion, la distribution des ressources constitue un élément déterminant dans la théorie de Kenneth Waltz. Elle définit la structure du système international et les dynamiques fondamentales qui guident les interactions entre les États. En étudiant cette répartition, il est possible de mieux comprendre les comportements étatiques dans divers contextes historiques et d’anticiper les changements futurs, notamment dans la polarité mondiale. Cette approche systémique offre ainsi un outil précieux pour analyser et prévoir les grandes tendances des relations internationales.
Régularités dans le comportement des États
Dans un environnement anarchique, les États évoluent dans une situation d’auto-assistance (self-help). Cela signifie qu’ils doivent compter sur leurs propres capacités pour répondre aux menaces et assurer leur souveraineté. Les dynamiques de ce système poussent les États à adopter des stratégies convergentes, indépendamment de leurs particularités internes. Cette convergence est dictée par les pressions structurelles, qui favorisent les comportements permettant de maximiser les chances de survie.
Les principales régularités dans le comportement des États
Priorité à la survie
Dans la théorie de Kenneth Waltz, la survie constitue l’objectif primordial de chaque État au sein du système international. Cette priorité découle de la structure anarchique du système, où il n’existe pas d’autorité centrale capable de garantir la sécurité des acteurs. Dans cet environnement, chaque État est responsable de sa propre protection et doit adopter des stratégies pour préserver son intégrité territoriale et politique.
La survie guide les décisions en matière de politique étrangère, de défense et de sécurité. Les États investissent des ressources importantes dans des capacités militaires, des alliances stratégiques et des initiatives diplomatiques pour contrer les menaces potentielles. Par exemple, un État peut choisir de renforcer son arsenal militaire ou de rejoindre une alliance défensive, même si cela implique des sacrifices économiques ou sociaux significatifs. Ces décisions reflètent l’importance de la sécurité dans un contexte où la moindre faiblesse peut être exploitée par d’autres acteurs.
Même les États pacifistes, qui privilégient des politiques de non-agression ou de neutralité, ne sont pas exemptés de cette logique. Les pressions structurelles du système international les poussent souvent à militariser leurs politiques ou à adopter des mesures défensives pour dissuader d’éventuelles agressions. L’histoire offre de nombreux exemples de pays neutres qui, en dépit de leur engagement envers la paix, ont renforcé leur préparation militaire pour répondre aux incertitudes du système anarchique.
La priorité accordée à la survie explique également pourquoi les États peuvent adopter des comportements apparemment irrationnels ou coûteux à court terme. La nécessité de se prémunir contre des menaces potentielles justifie des investissements massifs dans des secteurs comme la défense ou la sécurité nationale. Ces choix ne sont pas seulement le reflet d’ambitions nationales, mais une réponse aux exigences structurelles imposées par le système international.
La survie constitue l’impératif central qui structure les comportements étatiques dans le système international. Que ce soit par des stratégies offensives, défensives ou dissuasives, les États agissent en fonction de cet objectif fondamental, façonné par les pressions de l’anarchie mondiale. Cette priorité transcende les différences culturelles, politiques ou économiques, faisant de la survie une constante dans l’analyse des relations internationales.
Recherche de puissance
Dans la théorie de Kenneth Waltz, bien que la survie soit l’objectif fondamental des États, la puissance est considérée comme un moyen essentiel pour atteindre cet objectif. Contrairement à Hans Morgenthau, qui place la quête de puissance au centre de sa théorie du réalisme classique, Waltz met davantage l’accent sur les contraintes structurelles du système international. Cependant, il reconnaît que la puissance joue un rôle crucial dans la préservation de la sécurité et de la souveraineté des États. La quête de puissance des États découle de la logique de l’anarchie internationale, où chaque acteur doit assurer sa propre sécurité. Dans ce contexte, les États cherchent à accroître leurs capacités économiques, militaires et technologiques pour se protéger contre des menaces potentielles. La puissance militaire, par exemple, permet de dissuader les adversaires, tandis que la puissance économique offre les ressources nécessaires pour soutenir les efforts de défense et exercer une influence sur les autres acteurs.
Cette recherche de puissance n’est pas uniquement motivée par des ambitions expansionnistes ou hégémoniques. Elle représente souvent une réponse rationnelle à un environnement compétitif et incertain. Les États ne peuvent jamais être sûrs des intentions des autres, et l’accumulation de puissance devient un moyen de réduire leur vulnérabilité. Par exemple, des investissements dans des systèmes de défense avancés ou des alliances stratégiques renforcent la capacité d’un État à résister à des agressions extérieures.
La quête de puissance s’exprime également dans les relations diplomatiques. Les États utilisent leur influence pour façonner les règles du système international, sécuriser des alliances favorables et limiter les actions des rivaux. Les grandes puissances, en particulier, cherchent à maintenir ou à étendre leur position dominante en structurant l’ordre mondial à leur avantage. Ce comportement est une conséquence naturelle des pressions systémiques qui incitent les acteurs les plus puissants à consolider leur position pour prévenir l’émergence de concurrents capables de contester leur suprématie.
En conclusion, bien que Kenneth Waltz ne mette pas la quête de puissance au centre de son analyse, il reconnaît son importance en tant que moyen crucial pour garantir la survie dans un système international anarchique. La recherche de puissance, qu’elle soit militaire, économique ou diplomatique, est une réponse rationnelle aux incertitudes et aux pressions structurelles qui caractérisent les relations internationales. Cette dynamique universelle explique pourquoi les États, indépendamment de leurs différences internes, s’efforcent de maximiser leurs capacités pour protéger leurs intérêts et préserver leur souveraineté.
Équilibre des puissances
Dans la théorie de Kenneth Waltz, l’équilibre des puissances est un mécanisme central qui régit les interactions dans le système international anarchique. Les États, préoccupés par leur survie et leur souveraineté, cherchent à contrer les menaces posées par une puissance dominante. Cet équilibre vise à prévenir l’émergence d’une hégémonie capable d’imposer sa volonté aux autres acteurs du système.
L’équilibre des puissances se manifeste de plusieurs manières. Tout d’abord, les États forment des alliances stratégiques pour compenser les déséquilibres de pouvoir. Ces alliances permettent à des États plus faibles de s’unir face à une menace commune, augmentant ainsi leurs chances de résister à une puissance dominante. L’OTAN et le pacte de Varsovie, qui ont structuré le système bipolaire pendant la guerre froide, en sont des exemples emblématiques. Ces blocs militaires ont incarné des tentatives d’équilibrer les forces entre les deux superpuissances – les États-Unis et l’Union soviétique – tout en garantissant une certaine stabilité dans le système international.
Ensuite, l’équilibre des puissances peut se concrétiser par l’accumulation d’armements. Les États, conscients de leur vulnérabilité dans un système anarchique, cherchent à renforcer leurs capacités militaires pour dissuader d’éventuelles agressions. Cette stratégie, connue sous le nom d’équilibrage interne, permet aux États de répondre aux menaces sans dépendre exclusivement d’alliances externes. Par exemple, la course aux armements nucléaires entre les superpuissances pendant la guerre froide illustre comment l’équilibre des puissances peut également s’opérer par le renforcement des capacités nationales.
Enfin, l’équilibre peut être maintenu par des partenariats diplomatiques visant à contenir les ambitions des acteurs les plus puissants. Ces relations stratégiques permettent de stabiliser les tensions en établissant des normes ou des accords qui limitent l’expansion de certaines puissances. Par exemple, des accords comme le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) ont été conçus pour prévenir une prolifération désordonnée des armes nucléaires, tout en renforçant l’équilibre entre les grandes puissances.
L’objectif principal de l’équilibre des puissances est de maintenir une certaine stabilité dans le système international en empêchant une puissance unique de dominer. Cependant, ce mécanisme ne garantit pas toujours la paix. Les efforts pour équilibrer le pouvoir peuvent également entraîner des rivalités, des courses aux armements ou des conflits indirects, comme ceux observés pendant la guerre froide. Malgré cela, l’équilibre des puissances reste un principe fondamental pour comprendre comment les États agissent dans un système anarchique.
L’équilibre des puissances est une réponse rationnelle aux pressions structurelles du système international. Qu’il s’agisse d’alliances stratégiques, d’accumulations d’armements ou de partenariats diplomatiques, les États s’efforcent de maintenir un équilibre qui préserve leur souveraineté et limite les ambitions des puissances dominantes. Ce mécanisme, bien qu’imparfait, constitue un pilier essentiel de la stabilité relative du système international.
Imitation des stratégies réussies
Dans un système international anarchique, les États cherchent constamment à maximiser leurs chances de survie et à renforcer leur position relative. Pour ce faire, ils observent les pratiques et les stratégies des autres acteurs, adoptant celles qui se révèlent efficaces. Ce processus d’imitation s’apparente à la sélection naturelle dans la théorie de l’évolution darwinienne : les États qui adoptent des stratégies performantes augmentent leurs chances de prospérer, tandis que ceux qui échouent à s’adapter risquent d’être marginalisés.
L’imitation des stratégies réussies se manifeste dans divers domaines des relations internationales. Par exemple, sur le plan militaire, les doctrines efficaces, telles que l’équilibre des forces ou la dissuasion nucléaire, ont été largement adoptées par les grandes puissances au XXe siècle. Ces doctrines, développées initialement par des États leaders, ont démontré leur capacité à prévenir les agressions ou à maintenir une position dominante, ce qui a incité d’autres acteurs à les reproduire. De même, les technologies militaires innovantes, telles que les drones ou les systèmes de défense antimissile, sont rapidement intégrées par d’autres États après avoir prouvé leur efficacité sur le champ de bataille.
Ce phénomène n’est pas limité au domaine militaire. Dans les sphères économique et diplomatique, les États adoptent également des pratiques éprouvées pour améliorer leur compétitivité ou renforcer leur influence internationale. Par exemple, l’ouverture progressive des marchés et la libéralisation économique, popularisées par les États occidentaux, ont été imitées par de nombreux pays en développement à partir des années 1980. Ces réformes, bien que parfois adaptées aux contextes locaux, reflètent une tendance générale à reproduire des modèles ayant généré des résultats positifs ailleurs.
L’imitation des stratégies réussies favorise une certaine convergence des comportements étatiques. Les contraintes structurelles du système international incitent les États à adopter des pratiques similaires, indépendamment de leurs différences culturelles, politiques ou économiques. Cela ne signifie pas pour autant que l’imitation est toujours bénéfique ou réussie. Les stratégies adoptées doivent être adaptées aux contextes spécifiques de chaque État, faute de quoi elles peuvent entraîner des échecs ou des inefficacités.
L'’imitation des stratégies réussies est une réponse rationnelle aux pressions du système international. En observant et en adoptant les pratiques efficaces des autres, les États cherchent à améliorer leurs chances de survie et à optimiser leur position dans un environnement compétitif. Ce phénomène, qui reflète une logique darwinienne d’adaptation, souligne l’importance des interactions entre les acteurs du système international et leur capacité à apprendre les uns des autres.
Méfiance systémique
Dans le système international anarchique décrit par Kenneth Waltz, l’absence d’une autorité centrale capable de réguler les interactions entre les États crée un environnement marqué par l’incertitude. Les États, confrontés à un manque de garanties concernant les intentions et les actions des autres acteurs, développent une méfiance généralisée. Cette méfiance systémique n’est pas le résultat de malentendus individuels, mais une caractéristique structurelle inhérente au système international.
L’incertitude permanente quant aux intentions des autres États pousse ces derniers à adopter des politiques prudentes, souvent axées sur la prévention des menaces potentielles. Même lorsque les relations diplomatiques sont stables, les États ne peuvent exclure la possibilité d’un changement soudain ou inattendu dans le comportement d’un acteur, que ce soit en raison de dynamiques internes ou de pressions extérieures. Cette incertitude conduit à une vigilance constante et à des mesures proactives pour garantir la sécurité nationale.
Les politiques de renforcement des capacités défensives sont une réponse directe à cette méfiance systémique. Les États investissent dans des armements, des alliances stratégiques et des systèmes de renseignement pour réduire leur vulnérabilité et dissuader toute agression. Par exemple, la course aux armements pendant la guerre froide illustre comment cette méfiance peut conduire à des accumulations massives de capacités militaires, même en l’absence d’une menace immédiate. Ce comportement, bien que coûteux, est perçu comme nécessaire pour minimiser les risques liés à l’incertitude systémique.
Cette méfiance ne disparaît pas, même en période de paix apparente. Les États restent attentifs aux changements dans l’équilibre des pouvoirs ou aux signes de comportements hostiles, anticipant des scénarios dans lesquels leur sécurité pourrait être compromise. Par exemple, des alliances défensives comme l’OTAN ont été maintenues bien après la fin de la guerre froide, reflétant une méfiance persistante envers la possibilité de futures rivalités.
La méfiance systémique est une caractéristique fondamentale des relations internationales dans un système anarchique. Elle façonne les politiques des États, les incitant à adopter une approche prudente et à maintenir des capacités défensives robustes. Cette vigilance constante, bien qu’onéreuse, est perçue comme une nécessité pour préserver la souveraineté et la sécurité dans un environnement où les intentions des autres ne peuvent jamais être entièrement connues.
Rationalité limitée
Kenneth Waltz, dans sa théorie du réalisme structurel, reconnaît que les États ne sont pas toujours parfaitement rationnels dans leurs décisions. Contrairement aux hypothèses d’une rationalité parfaite souvent utilisées en économie ou dans certaines théories des relations internationales, Waltz admet que les acteurs étatiques peuvent commettre des erreurs, être influencés par des facteurs internes imprévisibles, ou mal interpréter les intentions des autres. Cependant, il souligne que ces limitations individuelles sont compensées par les contraintes structurelles du système international, qui favorisent la sélection de comportements améliorant les chances de survie.
Dans un environnement anarchique, les États qui prennent des décisions inefficaces ou qui échouent à s’adapter aux exigences du système risquent de subir des conséquences graves. Ils peuvent perdre leur influence, leur souveraineté ou même leur existence en tant qu’entités politiques. Cette pression structurelle agit comme un filtre, éliminant les stratégies inefficaces et valorisant celles qui permettent aux États de naviguer avec succès dans un système compétitif. Par exemple, des politiques isolationnistes ou un sous-investissement dans la défense peuvent rendre un État vulnérable aux agressions ou à la marginalisation dans les affaires internationales.
Les États qui adoptent des stratégies efficaces renforcent leur position et deviennent des modèles pour les autres. Ces pratiques réussies sont souvent observées et imitées par d’autres acteurs, créant une convergence des comportements au sein du système. Ce processus est comparable à une sélection naturelle, où les États qui s’adaptent mieux aux contraintes structurelles survivent et prospèrent, tandis que ceux qui échouent disparaissent ou perdent en pertinence. Par exemple, les doctrines militaires ou économiques éprouvées, telles que l’équilibre des puissances ou les réformes économiques libérales, tendent à être adoptées par un plus grand nombre d’États lorsqu’elles démontrent leur efficacité.
Cette notion de rationalité limitée souligne également l’importance des ajustements progressifs dans le système international. Les États apprennent de leurs erreurs et des succès des autres, ce qui leur permet d’affiner leurs stratégies pour mieux répondre aux défis du système. Cependant, cette adaptation peut prendre du temps et, dans certains cas, des erreurs coûteuses peuvent conduire à des crises ou à des conflits avant que les ajustements nécessaires soient réalisés.
Waltz intègre la notion de rationalité limitée dans son analyse pour montrer que, bien que les États ne soient pas toujours parfaitement rationnels, les contraintes du système international favorisent l’émergence de comportements qui améliorent les chances de survie. Cette perspective systémique explique pourquoi, malgré leurs erreurs ou leurs limitations, les États finissent par adopter des stratégies convergentes et adaptées à l’environnement compétitif du système international.
Implications des régularités dans le comportement étatique
Les régularités dans le comportement des États, telles que décrites par Kenneth Waltz, soulignent l’influence prédominante des pressions structurelles du système international sur les décisions et les actions des États. Contrairement à des approches qui mettent l’accent sur les caractéristiques internes des États, comme leur régime politique ou leur idéologie, Waltz montre que c’est la structure anarchique du système qui impose des contraintes similaires à tous les acteurs. Cette uniformité des pressions explique pourquoi des États aux profils très différents peuvent adopter des stratégies convergentes.
Ces régularités permettent de comprendre pourquoi certains comportements – comme la quête de puissance, l’équilibre des forces ou l’imitation des stratégies performantes – sont universels. Les États ne sont pas libres d’agir uniquement selon leurs préférences ou leurs particularités internes ; ils doivent naviguer dans un environnement compétitif où l’échec à s’adapter peut entraîner des pertes significatives, voire leur marginalisation. En ce sens, les pressions systémiques favorisent l’adoption de comportements efficaces pour maximiser les chances de survie, indépendamment des spécificités internes des États.
L’approche de Waltz offre également une méthode analytique puissante pour étudier les relations internationales. En se concentrant sur les contraintes structurelles plutôt que sur les acteurs individuels, cette perspective permet d’identifier les dynamiques globales qui façonnent les comportements étatiques. Par exemple, des transitions de polarité – comme le passage d’un système bipolaire à un système multipolaire – peuvent être analysées à travers leur impact sur les régularités comportementales des États. De même, cette approche aide à prévoir comment les États réagiront à des changements dans l’équilibre des puissances ou à des défis émergents, tels que la montée en puissance de nouveaux acteurs globaux.
Les régularités dans le comportement étatique démontrent que les actions des États sont profondément ancrées dans la structure du système international. L’approche systémique de Waltz dépasse les explications limitées aux particularités internes des États ou aux préférences individuelles des dirigeants, en mettant en lumière les mécanismes structurels qui régissent les relations internationales. Cette perspective fournit un cadre analytique robuste pour comprendre les dynamiques globales et anticiper les évolutions futures dans un environnement anarchique et compétitif.
La guerre comme conséquence normale du "self-help"
Dans le cadre du système international anarchique décrit par Kenneth Waltz, la guerre est souvent interprétée comme une conséquence naturelle du principe d’auto-assistance (self-help). En l’absence d’une autorité centrale capable de réguler les interactions entre les États, ces derniers sont contraints de garantir leur sécurité par leurs propres moyens. Lorsque les moyens diplomatiques ou économiques ne suffisent plus, la guerre devient parfois le dernier recours pour protéger les intérêts nationaux et répondre aux menaces perçues.
La guerre, en tant que forme ultime de l’auto-assistance, permet aux États d’utiliser leur puissance militaire pour atteindre leurs objectifs stratégiques, défendre leur souveraineté ou étendre leur influence. Elle peut être vue comme une réponse rationnelle aux pressions exercées par le système international. Par exemple, des guerres préventives ou défensives sont souvent menées pour contrecarrer une menace imminente ou rééquilibrer une situation perçue comme défavorable. Dans ce contexte, la guerre incarne la logique du self-help, où les États agissent pour assurer leur survie dans un environnement compétitif et incertain.
Cependant, la guerre n’est pas sans risques ni conséquences négatives. Bien qu’elle puisse temporairement renforcer la position d’un État, elle peut aussi affaiblir considérablement ses capacités économiques, militaires et sociales. Les conflits armés entraînent des coûts élevés en vies humaines, en ressources matérielles et en stabilité interne. Par exemple, des guerres prolongées ou mal planifiées peuvent provoquer l’effondrement économique, la désintégration sociale ou la perte de territoire, compromettant ainsi la capacité d’un État à garantir sa sécurité à long terme.
Cette dualité dans le rôle de la guerre met en évidence la complexité des décisions stratégiques dans un système anarchique. Les dirigeants doivent évaluer soigneusement les avantages à court terme d’un conflit armé par rapport à ses impacts potentiels à long terme. Parfois, même des États puissants sous-estiment les conséquences d’une guerre, ce qui peut entraîner des pertes irréparables, comme cela s’est produit pour de nombreux empires à travers l’histoire.
Ainsi, bien que la guerre puisse être une manifestation logique du principe d’auto-assistance, elle ne garantit pas toujours la survie ou la prospérité d’un État. Les pressions structurelles du système international obligent les États à prendre des décisions difficiles, pesant les bénéfices immédiats d’un recours à la force contre les coûts potentiels d’un affaiblissement durable. Cette dynamique reflète la tension constante entre l’anarchie du système international et les limites des capacités étatiques.
La guerre, bien qu’étroitement liée au principe de self-help, illustre les dilemmes stratégiques auxquels les États sont confrontés dans un système anarchique. Elle souligne à la fois la nécessité d’agir pour protéger la souveraineté nationale et les dangers inhérents à l’utilisation de la force comme moyen ultime de résolution des conflits.
Indépendance au niveau international et interdépendance au niveau national
Dans les relations internationales, les États cherchent à maximiser leur indépendance pour garantir leur souveraineté et leur sécurité. L’indépendance, dans ce contexte, implique la capacité d’un État à prendre des décisions libres de toute influence ou contrainte extérieure, en maintenant le contrôle sur ses ressources, ses politiques et ses institutions. Cette quête d’autonomie est une réponse directe aux pressions du système anarchique, où chaque État doit assurer sa survie dans un environnement compétitif et incertain.
L’indépendance internationale se traduit souvent par des politiques visant à minimiser la dépendance envers d’autres États, notamment dans les domaines stratégique, économique et militaire. Par exemple, les efforts pour développer des industries nationales, renforcer les capacités militaires locales ou diversifier les relations commerciales reflètent cette volonté de réduire les vulnérabilités liées à une dépendance excessive. Les États agissent ainsi pour préserver leur marge de manœuvre face à d’éventuelles pressions ou ingérences extérieures.
En revanche, sur le plan national, les États favorisent généralement une interdépendance entre les différentes composantes de leur société. Cette interdépendance, qu’elle soit économique, sociale ou institutionnelle, est essentielle pour renforcer la cohésion interne et optimiser l’efficacité collective. Par exemple, une économie intégrée, où les secteurs industriels, agricoles et financiers coopèrent de manière harmonieuse, contribue à une croissance durable et à une stabilité interne. De même, une coordination efficace entre les institutions politiques, les forces de sécurité et les services publics est indispensable pour garantir l’ordre et la prospérité au sein d’un État.
Cette dualité – indépendance internationale et interdépendance nationale – reflète les différents impératifs auxquels les États doivent répondre dans le cadre de leur fonctionnement. Sur le plan international, les pressions anarchiques les poussent à maximiser leur autonomie pour protéger leur souveraineté. Sur le plan interne, cependant, l’interdépendance est perçue comme un levier pour renforcer leur résilience et leur capacité à mobiliser efficacement leurs ressources.
Toutefois, cette dynamique peut créer des tensions. Par exemple, les efforts visant à accroître l’indépendance internationale, comme l’adoption de politiques protectionnistes ou isolationnistes, peuvent parfois compromettre les avantages de l’interdépendance économique au niveau national, en limitant les échanges ou les innovations. Inversement, une trop grande interdépendance internationale, notamment dans les chaînes d’approvisionnement globales, peut exposer un État à des risques de dépendance extérieure, en contradiction avec sa quête d’indépendance stratégique.
Les États doivent naviguer entre ces deux impératifs complémentaires mais parfois conflictuels : l’indépendance au niveau international pour garantir leur sécurité et leur souveraineté, et l’interdépendance au niveau national pour favoriser la cohésion interne et l’efficacité économique. Cette dualité est au cœur des stratégies étatiques dans un système international marqué par l’anarchie et la compétition, mais aussi par des interdépendances croissantes à l’échelle mondiale.
Le dilemme de la sécurité
Le dilemme de la sécurité est un concept central du néoréalisme qui illustre les dynamiques complexes des relations internationales dans un système anarchique. Ce concept décrit une situation où les actions entreprises par un État pour renforcer sa propre sécurité peuvent, de manière involontaire, diminuer la sécurité des autres États. Cette dynamique découle de l’incertitude permanente concernant les intentions des autres acteurs dans un système où il n’existe pas d’autorité centrale pour garantir la sécurité collective.
Lorsqu’un État augmente ses capacités militaires ou renforce ses alliances stratégiques, ces mesures, bien qu’ayant pour but de protéger ses intérêts, peuvent être perçues par ses voisins comme des actes hostiles ou agressifs. En réponse, ces derniers pourraient intensifier leurs propres efforts de sécurité, augmentant à leur tour leurs capacités militaires ou formant de nouvelles alliances. Cette perception mutuelle de menace conduit souvent à une spirale d’insécurité, où chaque acteur se sent de plus en plus vulnérable malgré ses tentatives pour se protéger.
Un exemple classique de ce dilemme est la course aux armements observée pendant la guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique. Chaque superpuissance renforçait ses capacités nucléaires et conventionnelles pour se protéger contre une éventuelle attaque de l’autre. Cependant, ces actions accroissaient la méfiance mutuelle et alimentaient une compétition constante, augmentant le risque de confrontation militaire malgré l’objectif initial de dissuasion.
Le dilemme de la sécurité ne se limite pas aux grandes puissances. Il peut également s’observer entre des États plus petits, notamment dans des régions où les tensions géopolitiques sont exacerbées par des différends territoriaux ou des rivalités historiques. Par exemple, des renforcements militaires dans des zones contestées, comme en mer de Chine méridionale, intensifient les inquiétudes des États voisins et contribuent à des dynamiques de méfiance similaires.
Cette spirale d’insécurité met en lumière une contradiction fondamentale : bien que les États agissent rationnellement pour maximiser leur sécurité, leurs actions peuvent avoir des conséquences contraires à leurs intentions initiales. Ce paradoxe souligne l’importance de la perception dans les relations internationales. Les malentendus ou les interprétations erronées des intentions d’un autre État peuvent exacerber le dilemme de la sécurité, même en l’absence de véritables intentions hostiles.
Le dilemme de la sécurité est une manifestation clé des pressions structurelles dans un système anarchique. Il illustre comment des dynamiques de méfiance et de compétitivité peuvent émerger, même lorsque les États cherchent uniquement à protéger leurs intérêts. Ce concept souligne la difficulté de maintenir la stabilité dans les relations internationales et met en évidence le rôle crucial de la communication et des efforts diplomatiques pour atténuer les malentendus et éviter les escalades inutiles.
La notion de gain relatif
Dans la théorie néoréaliste, la notion de gains relatifs est un concept clé qui illustre comment les États évaluent leurs succès et leurs stratégies dans un système international anarchique. Contrairement à une approche axée uniquement sur les gains absolus – où chaque État chercherait à maximiser ses bénéfices sans se soucier des résultats des autres – les gains relatifs mettent l’accent sur la manière dont les gains d’un État se comparent à ceux de ses rivaux.
Cette perspective découle des dynamiques d’équilibre des puissances propres au système anarchique. Les États, préoccupés par leur survie et leur sécurité, considèrent tout avantage accru pour un autre État comme une menace potentielle, même si leurs propres gains absolus augmentent. Par exemple, un État pourrait refuser de conclure un accord commercial ou de participer à une initiative internationale s’il perçoit que cela renforcerait de manière disproportionnée la puissance économique ou militaire d’un rival.
Le concept de gains relatifs est particulièrement pertinent dans les contextes de rivalité stratégique. Pendant la guerre froide, par exemple, les États-Unis et l’Union soviétique évaluaient constamment leurs décisions en termes de gains relatifs. Une amélioration technologique ou un développement économique dans l’un des blocs était immédiatement interprété comme une menace par l’autre, incitant à des contre-mesures pour rétablir l’équilibre perçu des puissances. Cette logique a alimenté des compétitions intenses, notamment dans les domaines de la course aux armements et de la conquête spatiale.
Cette orientation vers les gains relatifs explique également pourquoi les États peuvent être réticents à coopérer dans des situations où la collaboration bénéficierait à tous. Par exemple, dans les négociations sur le changement climatique ou le commerce international, un État peut hésiter à s’engager pleinement s’il perçoit que les avantages relatifs obtenus par ses rivaux pourraient compromettre sa propre position stratégique. Ainsi, même lorsque des gains absolus sont possibles pour tous les participants, les préoccupations liées aux gains relatifs peuvent limiter la coopération internationale.
Ma notion de gains relatifs met en évidence les défis structurels de la coopération dans un système anarchique. Elle reflète les préoccupations fondamentales des États concernant l’équilibre des puissances et leur propre sécurité à long terme. Ce concept néoréaliste montre que, dans un environnement compétitif, les États ne se contentent pas de maximiser leurs gains ; ils cherchent également à empêcher leurs rivaux de prendre l’avantage, même si cela implique de limiter leurs propres progrès.
Limites à l'interdépendance acceptable : l'armement
Dans le système international anarchique, les États sont confrontés à des dilemmes concernant le degré d'interdépendance qu'ils peuvent accepter, en particulier dans les domaines sensibles comme l'armement. Bien que l’interdépendance puisse offrir des avantages économiques ou technologiques, elle crée également des vulnérabilités que les États préfèrent éviter, notamment lorsqu’il s’agit de leur sécurité nationale.
En matière d’armement, les États cherchent à minimiser leur dépendance envers des acteurs externes pour préserver leur souveraineté et garantir leur autonomie stratégique. Cette réticence s’explique par la crainte qu’une dépendance excessive puisse limiter leur capacité à réagir rapidement à des menaces ou à protéger leurs intérêts vitaux. Par exemple, un État qui dépend de fournisseurs étrangers pour des équipements militaires critiques peut être confronté à des pressions diplomatiques ou économiques si ces fournisseurs décident de restreindre leurs exportations pour des raisons politiques.
Ce souci d’autonomie limite l’étendue de la coopération internationale dans les secteurs liés à la défense. Les alliances militaires, comme l’OTAN, montrent que certains niveaux de coordination et de partage des ressources sont possibles, mais même dans ces contextes, les États membres cherchent souvent à conserver des capacités militaires indépendantes. Par exemple, bien que l’OTAN repose sur une défense collective, chaque pays membre maintient des forces armées nationales capables d’opérer indépendamment si nécessaire.
La réticence à l’interdépendance en matière d’armement est également visible dans le développement de capacités nationales de production militaire. Les grandes puissances, en particulier, investissent massivement dans leurs propres industries de défense pour réduire leur dépendance envers des fournisseurs étrangers. Ces efforts incluent la recherche et le développement de technologies avancées, la production de systèmes d’armement complexes, et le maintien de chaînes d’approvisionnement nationales pour garantir une capacité autonome en temps de crise.
Cependant, cette recherche d’autonomie a un coût. Les efforts pour limiter l’interdépendance peuvent entraîner une duplication des investissements, une inefficacité économique et une réduction des avantages que la coopération internationale pourrait offrir. Par exemple, les restrictions imposées aux exportations de technologies militaires ou les initiatives visant à construire des systèmes de défense entièrement nationaux peuvent ralentir les progrès technologiques globaux et réduire les économies d’échelle.
Les limites à l’interdépendance acceptable en matière d’armement reflètent les priorités stratégiques des États dans un système international compétitif. Bien que la coopération dans certains domaines soit possible et parfois nécessaire, les États restent réticents à céder le contrôle de leurs capacités militaires. Cette dynamique met en lumière les tensions entre les avantages potentiels de l’interdépendance et les impératifs de souveraineté et de sécurité qui définissent les comportements étatiques.
Le néomercantilisme comme conséquence
Le néomercantilisme est une réponse stratégique des États dans un système international compétitif, où la quête de puissance économique relative prime souvent sur les principes de coopération multilatérale. Héritier des pratiques mercantilistes traditionnelles, le néomercantilisme moderne adapte ces politiques à un contexte globalisé, en mettant l’accent sur la consolidation de la puissance économique d’un État par rapport à ses rivaux.
Historiquement, le mercantilisme mesurait la richesse d’un pays par l’accumulation de métaux précieux, favorisant les exportations et limitant les importations pour générer des excédents commerciaux. Dans sa version moderne, le néomercantilisme vise non seulement à maximiser les excédents commerciaux, mais aussi à renforcer la position économique relative d’un État. Cela se traduit par des politiques protectionnistes, des manipulations monétaires ou des interventions visant à soutenir les industries stratégiques nationales.
Un exemple frappant de politique néomercantiliste est celui de la Chine, qui a maintenu sa monnaie, le yuan, sous-évaluée pendant de nombreuses années. En fixant le taux de change à un niveau inférieur à celui du marché libre, la Chine a rendu ses exportations plus compétitives sur les marchés internationaux. Cette stratégie a permis à la Chine de capturer une part croissante des marchés mondiaux, stimulant sa croissance économique tout en consolidant sa puissance relative face à d’autres grandes économies.
Un autre exemple est celui de la Suisse, qui intervient régulièrement sur le marché des changes pour limiter l’appréciation excessive du franc suisse par rapport à l’euro. En évitant une trop grande hausse de sa monnaie, la Suisse protège la compétitivité de ses exportations, en particulier dans des secteurs clés comme l’horlogerie, la chimie ou les machines-outils. Ces interventions illustrent comment même les économies avancées adoptent des pratiques néomercantilistes pour préserver leur position relative sur la scène internationale.
Ces politiques néomercantilistes reflètent la logique des gains relatifs, où les États cherchent à améliorer leur position économique non seulement en termes absolus, mais également en comparaison avec leurs rivaux. Cependant, elles peuvent entraîner des tensions commerciales et des déséquilibres mondiaux, comme l’accumulation de déficits commerciaux dans certains pays et une dépendance excessive des autres à l’exportation. Ces dynamiques alimentent souvent des rivalités économiques et compliquent les efforts de coopération multilatérale.
Le néomercantilisme moderne est une manifestation des préoccupations des États concernant leur puissance relative dans un système international compétitif. En favorisant les exportations, en manipulant les taux de change ou en soutenant les industries stratégiques, les États adoptent des stratégies qui reflètent les pressions structurelles du système tout en exacerbant les tensions économiques globales.
Mesures protectionnistes pour une balance commerciale excédentaire
Dans un système international compétitif, les États adoptent des mesures protectionnistes pour favoriser leur balance commerciale et renforcer leur position économique relative. Ces politiques consistent à limiter les importations tout en stimulant les exportations à travers des mécanismes tels que des droits de douane, des quotas, ou des subventions aux industries nationales. L’objectif sous-jacent est de générer une balance commerciale excédentaire, permettant d’accumuler des richesses et d’accroître leur puissance économique.
Les droits de douane sont l’une des formes les plus courantes de protectionnisme. En augmentant le coût des biens importés, ces taxes incitent les consommateurs et les entreprises à privilégier les produits nationaux, soutenant ainsi les industries locales. De même, les quotas limitent la quantité de biens étrangers pouvant être introduits sur le marché domestique, offrant aux producteurs nationaux une position plus favorable. Les subventions, quant à elles, permettent de réduire les coûts de production des entreprises locales, rendant leurs produits plus compétitifs sur les marchés internationaux.
Cette logique protectionniste s’inscrit dans une perspective néoréaliste, où les États cherchent non seulement à maximiser leurs gains absolus, mais aussi à améliorer leur position relative par rapport à leurs rivaux. Une balance commerciale excédentaire n’est pas seulement perçue comme un signe de prospérité économique ; elle est également vue comme un outil stratégique pour consolider la puissance nationale. En augmentant leurs réserves financières, les États peuvent investir dans des secteurs stratégiques, renforcer leurs capacités militaires, ou exercer une influence accrue sur la scène internationale.
Historiquement, ces politiques ont souvent été adoptées dans des contextes de rivalité économique et géopolitique. Par exemple, pendant les années 1980 et 1990, le Japon a utilisé des subventions et des barrières tarifaires pour soutenir son industrie automobile, augmentant ainsi ses exportations tout en limitant les importations concurrentes. Plus récemment, la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine illustre comment les droits de douane et les restrictions à l’importation sont utilisés comme des outils pour rééquilibrer les échanges commerciaux et contenir la montée en puissance économique d’un rival.
Cependant, ces politiques ne sont pas sans conséquences. Bien qu’elles puissent renforcer les industries nationales à court terme, elles risquent de provoquer des représailles commerciales de la part des partenaires étrangers, entraînant des tensions économiques mondiales. De plus, un protectionnisme excessif peut limiter l’accès des consommateurs nationaux à des produits moins coûteux ou innovants, réduisant ainsi le bien-être économique global.
Les mesures protectionnistes reflètent les préoccupations des États pour leur puissance économique dans un système international anarchique. En cherchant à limiter les importations et à favoriser les exportations, les États visent non seulement à protéger leurs industries nationales, mais aussi à maximiser leur puissance relative face à leurs concurrents. Cette approche néoréaliste met en lumière les tensions entre la quête de souveraineté économique et les pressions de l’interdépendance mondiale.
Chaque État se préoccupant de soi : indifférence au changement de la structure (polarité)
Dans la perspective néoréaliste de Kenneth Waltz, chaque État est principalement préoccupé par sa propre survie et sécurité. Cette focalisation sur les intérêts nationaux conduit les États à ne pas se soucier activement du changement de la structure du système international, notamment de sa polarité.
La quête de survie avant tout
Les États cherchent avant tout à survivre, même si cela implique de nuire aux autres. Leur comportement est guidé par le principe d'auto-assistance (self-help) dans un système anarchique où aucune autorité supérieure ne garantit leur sécurité. Cette quête de survie les pousse à maximiser leurs propres capacités sans nécessairement prendre en compte l'impact de leurs actions sur la structure globale du système international.
Changement de polarité et indifférence des États
Lorsque la polarité du système international change, les États ne cherchent pas activement à modifier cette structure. Par exemple, la fin de l'Union soviétique a transformé le système bipolaire de la guerre froide en un système unipolaire dominé par les États-Unis. Selon Waltz, cet événement est un accident extérieur au système international plutôt qu'une conséquence des actions délibérées des États au sein du système. La réduction du nombre de pôles est ainsi perçue comme une modification de la structure sans que les États aient cherché à l'influencer directement.
Implications pour la stabilité internationale
Cette indifférence au changement de polarité peut avoir des conséquences sur la stabilité du système international. Les États, focalisés sur leur propre survie, ne coopèrent pas nécessairement pour maintenir ou ajuster la polarité du système, ce qui peut entraîner des déséquilibres de pouvoir et des tensions accrues. La transformation de la polarité est alors le résultat de facteurs externes ou d'événements imprévus plutôt que d'une stratégie concertée entre les États.
Conclusion
En résumé, dans le néoréalisme de Waltz, chaque État se préoccupe principalement de sa propre survie, sans se soucier activement du changement de la structure du système international. Les États agissent en fonction de leurs intérêts immédiats, même si cela peut entraîner des modifications significatives de la polarité du système. Cette approche souligne la logique d'auto-assistance et l'indifférence des États face aux transformations structurelles, tant que leur survie n'est pas directement menacée.
Les vertus de l'anarchie selon Kenneth Waltz
Dans sa théorie du néoréalisme, Kenneth Waltz met en lumière certaines vertus inhérentes à l'anarchie du système international—c'est-à-dire l'absence d'une autorité centrale régulatrice. Contrairement à une vision purement négative de l'anarchie, Waltz soutient que cette condition structurelle peut engendrer des effets bénéfiques sur le comportement des États. Voici les principales vertus qu'il identifie :
- Limitation des manipulations grâce à la possibilité de recourir à la force Dans un système anarchique où la force est une option toujours présente, les États sont conscients que toute tentative de manipulation excessive ou de coercition injustifiée peut entraîner une réaction militaire adverse. Cette possibilité dissuasive limite les comportements opportunistes et encourage les États à agir avec prudence. La menace potentielle de représailles militaires incite ainsi les acteurs à respecter certaines limites dans leurs actions, contribuant à un certain équilibre au sein du système international.
- Modération des demandes des États L'anarchie incite les États à modérer leurs ambitions et leurs revendications. Conscients que des demandes excessives peuvent provoquer des tensions ou des coalitions opposées, les États adoptent généralement des politiques plus mesurées. Cette modération est essentielle pour éviter les escalades de conflits et maintenir une coexistence relativement pacifique. En limitant leurs aspirations à des objectifs réalisables et acceptables pour les autres, les États contribuent à la stabilité du système international.
- Encouragement à la recherche de solutions diplomatiques Sans autorité centrale pour arbitrer les différends, les États sont encouragés à recourir à la diplomatie pour résoudre leurs conflits. La nécessité de négocier et de parvenir à des accords mutuellement acceptables devient primordiale. Cette dynamique favorise le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération internationale. La diplomatie devient ainsi un outil indispensable pour gérer les relations internationales, réduisant la probabilité de recours à la force.
- Préservation et renforcement des États L'anarchie pousse les États à renforcer leurs capacités internes pour assurer leur survie et leur sécurité. Cette quête de renforcement peut se traduire par le développement économique, l'amélioration des institutions politiques et l'investissement dans la défense nationale. En cherchant à se prémunir contre les menaces extérieures, les États deviennent plus résilients et efficaces. De plus, cette consolidation interne peut contribuer au bien-être de la population et à la légitimité du gouvernement.
Selon Kenneth Waltz, l'anarchie du système international n'est pas uniquement synonyme de chaos ou d'instabilité. Au contraire, elle impose des contraintes qui peuvent conduire les États à adopter des comportements responsables et modérés. En limitant les manipulations, en modérant les ambitions, en encourageant la diplomatie et en renforçant les structures étatiques, l'anarchie peut, paradoxalement, contribuer à la stabilité et à l'ordre au sein du système international.
Équilibre des forces
L'équilibre des forces requiert deux conditions essentielles : l'anarchie et la survie. L'anarchie est une caractéristique fondamentale de la nature même du système étatique international. L'équilibre peut s'établir automatiquement, résultant soit de moyens internes, soit de moyens externes.
Cet équilibre se produit naturellement sans que les acteurs du système ne le recherchent explicitement ; chacun vise sa propre survie, et il n'existe pas de "Léviathan" pour imposer l'ordre. L'équilibre des forces contribue à la stabilité de l'ensemble du système, maintenant les États et l'équilibre entre eux. C'est ce que Hegel appelait une "ruse de la raison". Une idée similaire se retrouve chez Adam Smith : en se préoccupant de leur propre intérêt, les individus participent à une économie organisée de telle manière que le bénéfice maximal pour tous résulte de la poursuite des intérêts individuels.
Moyens internes et externes : jeux de pouvoir
Les États peuvent équilibrer le pouvoir par des moyens internes, tels que le renforcement de leurs capacités militaires ou économiques, ou par des moyens externes, comme la formation de coalitions et d'alliances.
- Balancing (équilibrage) : Formation de coalitions et de contre-coalitions pour contrebalancer une puissance dominante.
- Bandwagoning (ralliement) : Se joindre à une puissance dominante pour se protéger. Par exemple, le Japon bénéficie de la protection nucléaire des États-Unis face à la Chine.
- Buck-passing (délégation de responsabilité) : Faire supporter à d'autres le coût de sa propre sécurité.
- Free-riding (passager clandestin) : Certains États profitent du fait que d'autres assument les risques ou les coûts.
Par exemple, lorsque l'effigie d'Angela Merkel est brûlée à Athènes, cela illustre la frustration envers l'Allemagne, perçue comme imposant des politiques économiques strictes. Cependant, d'autres pays comme les Pays-Bas adoptent également des positions dures vis-à-vis des pays en difficulté de la zone euro, ce qui relève du buck-passing.
Aux États-Unis, il est courant en politique de rejeter la faute sur l'autre pour éviter de supporter les coûts ou les responsabilités. Chacun pourrait contribuer, mais tous cherchent à éviter de payer.
Les free-riders, ou "passagers clandestins", profitent des efforts des autres sans contribuer eux-mêmes. Ils bénéficient des avantages procurés par les actions d'autrui sans en assumer les coûts.
Contre la vision réaliste conventionnelle
Kenneth Waltz met en évidence une divergence majeure entre le réalisme classique, représenté par des penseurs comme Hans Morgenthau, et le néoréalisme qu'il défend. Cette divergence porte sur la notion même de stabilité d'un système international particulier.
Pour les réalistes classiques, un système multipolaire est plus stable qu'un système bipolaire. Dans un système multipolaire, les États A, B, C et D peuvent former diverses alliances entre eux, offrant une multitude de combinaisons possibles. Plus il y a de pôles, plus les possibilités d'alliances sont nombreuses. Cette flexibilité accrue est considérée comme un facteur de stabilité, car elle permet aux États de réajuster constamment leurs alliances pour maintenir l'équilibre. La stabilité signifie ici que le système demeure stable sur le long terme, sans changements radicaux ni guerres majeures entre les grandes puissances.
Par exemple, le récent rapprochement entre l'Iran et les États-Unis illustre cette flexibilité. Récemment, le vice-ministre des Affaires étrangères iranien a affirmé que l'Iran est sérieux dans sa volonté de négocier une réduction des sanctions en échange de garanties à la communauté internationale concernant son programme nucléaire, notamment en renonçant à l'enrichissement de l'uranium à des fins militaires.
La flexibilité, pour les réalistes classiques, est une caractéristique de la multipolarité qui assure la stabilité en permettant au système de se perpétuer sans conflits majeurs entre grandes puissances.
Le concept de « balancier » est typiquement associé au rôle joué par la Grande-Bretagne au XIXᵉ siècle. Craignant la domination du continent européen par une seule puissance, la Grande-Bretagne soutenait le plus faible contre le plus fort pour empêcher l'émergence d'une hégémonie continentale. L'idée était de contrer les ambitions des puissances montantes en maintenant un équilibre.
John Mearsheimer prône une politique similaire pour les États-Unis, connue sous le nom de « offshore balancing ». Il s'agit pour les États-Unis d'aider les États moins puissants contre les plus forts afin d'assurer la stabilité. Cependant, cette approche vise moins à assurer la stabilité du système international qu'à préserver les intérêts américains en empêchant d'autres puissances de devenir trop influentes.
Contrairement aux réalistes classiques, Kenneth Waltz soutient que le système bipolaire est plus stable que le système multipolaire, marquant ainsi une rupture entre le néoréalisme et le réalisme traditionnel. Selon lui, bien que la multipolarité offre une grande flexibilité, elle engendre également beaucoup d'incertitude. Cette flexibilité peut être source d'erreurs de calcul, de mauvaises décisions et augmenter le risque de guerre en raison des ambiguïtés inhérentes au système.
Dans un système bipolaire, comme celui de la guerre froide, deux pôles s'équilibrent mutuellement, ce qui crée une stabilité supérieure. La bipolarité réduit l'incertitude, les grandes puissances ayant tendance à maintenir le statu quo sans remettre en cause le système international. À certains moments, les États-Unis et l'URSS coopéraient pour gérer les crises, souvent au détriment des pays du tiers-monde. Des pays comme la Suisse ont profité de cette stabilité, les deux superpuissances maintenant le statu quo.
En conclusion, Waltz contredit la vision réaliste conventionnelle en affirmant que la bipolarité apporte une plus grande stabilité que la multipolarité. Pour lui, la flexibilité du système multipolaire, loin d'être un avantage, augmente l'incertitude et le risque de conflits, tandis que le système bipolaire favorise un équilibre plus prévisible et stable entre les grandes puissances.
Les armes nucléaires
Dans son analyse structurelle des relations internationales, Kenneth Waltz soutient que le problème au Moyen-Orient ne réside pas uniquement dans le possible développement nucléaire de l'Iran, mais plutôt dans le déséquilibre introduit par la possession d'armes nucléaires par Israël. Selon Waltz, ce déséquilibre structurel est au cœur des tensions régionales.
Des pays comme l'Irak sous Saddam Hussein et la Syrie ont tenté de développer des programmes nucléaires, ce qui a conduit à des actions préventives, notamment le bombardement en 2007 d'un réacteur syrien par Israël. Les armes chimiques sont parfois considérées comme les "armes de dissuasion du pauvre", utilisées par certains États en réponse aux capacités nucléaires perçues d'autres pays.
Pour les réalistes, ce qui importe, ce sont les réalités stratégiques plutôt que les intentions déclarées. Israël est largement soupçonné de posséder des armes nucléaires, bien que le pays n'ait jamais officiellement confirmé ou nié cette possession, adoptant une politique d'ambiguïté nucléaire. Cette posture permet à Israël de bénéficier de l'effet dissuasif associé aux armes nucléaires sans les coûts diplomatiques liés à une déclaration officielle.
Cette situation incite d'autres pays de la région, comme l'Iran, à envisager le développement de capacités nucléaires pour rétablir l'équilibre stratégique. La simple possession de l'arme nucléaire modifie le calcul stratégique des États, car elle confère un niveau de dissuasion qui incite les autres à agir avec plus de prudence.
L'exemple de la Libye sous Mouammar Kadhafi illustre ce point. Après avoir renoncé à son programme d'armement nucléaire, la Libye a été confrontée à une intervention militaire internationale. À l'inverse, la Corée du Nord, qui a développé des armes nucléaires, est traitée avec plus de circonspection par la communauté internationale. Cela suggère que la possession de l'arme nucléaire peut servir de protection contre les interventions étrangères.
L'utilisation potentielle d'armes nucléaires aurait des conséquences dévastatrices et changerait profondément la nature des relations internationales. Pour Waltz, la dissuasion nucléaire fonctionne en réduisant les déséquilibres de pouvoir. Il estime que l'équilibre régional au Moyen-Orient pourrait être rétabli si les capacités nucléaires étaient plus largement distribuées, bien que cette position soit controversée et suscite de nombreux débats au sein de la communauté internationale.
Les réalistes et les dilemmes de la politique internationale
Le réalisme, en tant que théorie dominante des relations internationales, offre une perspective pragmatique sur la manière dont les États interagissent dans un système international anarchique. Les réalistes partent du postulat que les États sont les acteurs principaux de la scène internationale, motivés par la quête de puissance et la nécessité d'assurer leur propre survie. Dans ce contexte, plusieurs dilemmes se posent, mettant en lumière les défis auxquels les États sont confrontés lorsqu'ils cherchent à naviguer dans un environnement caractérisé par l'absence d'une autorité centrale régulatrice.
Jeu de la chasse au cerf
Jean-Jacques Rousseau, philosophe et théoricien politique du XVIIIe siècle, n'a pas eu d'influence directe sur le développement de la théorie des jeux. La théorie des jeux est une branche des mathématiques et de l'économie qui étudie la prise de décision stratégique, et elle n'a été développée qu'au XXe siècle. Cependant, les idées de Rousseau sur la nature humaine et le rôle de la raison dans la prise de décision pourraient potentiellement être considérées comme influençant le développement de la théorie des jeux, car ses théories s'inscrivent dans une tradition intellectuelle plus large qui souligne l'importance de la rationalité dans le comportement humain. En outre, les idées de Rousseau sur la théorie du contrat social, qui se concentre sur les façons dont les individus et la société interagissent et négocient les uns avec les autres, pourraient également être considérées comme pertinentes pour l'étude de la prise de décision stratégique dans la théorie des jeux.
« Voilà comment les hommes purent insensiblement acquérir quelque idée grossière des engagements mutuels, et de l'avantage de les remplir, mais seulement autant que pouvait l'exiger l'intérêt présent et sensible; car la prévoyance n'était rien pour eux, et loin de s'occuper d'un avenir éloigné, ils ne songeaient pas même au lendemain. S'agissait-il de prendre un cerf, chacun sentait bien qu'il devait pour cela garder fidèlement son poste; mais si un lièvre venait à passer à la portée de l'un d'eux, il ne faut pas douter qu'il ne le poursuivit sans scrupule, et qu'ayant atteint sa proie il ne se souciât fort peu de faire manquer la leur à ses compagnons. »
— Jean-Jacques Rousseau (1754) Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes.
La "chasse au cerf" à laquelle fait référence Jean-Jacques Rousseau est une métaphore qu'il utilise dans son livre de 1754 "Discours sur l'origine de l'inégalité" pour décrire le processus de développement social et économique. Dans cet ouvrage, Rousseau affirme que le développement de l'agriculture, du commerce et d'autres formes d'activité économique entraîne la croissance de la société et l'émergence de l'inégalité sociale. Il soutient qu'à mesure que les individus deviennent plus dépendants de ces systèmes, ils deviennent moins autonomes et plus dépendants des autres pour leurs besoins fondamentaux. Pour illustrer ce processus, Rousseau utilise la métaphore de la chasse au cerf, dans laquelle un groupe de chasseurs coopère et coordonne ses efforts pour capturer un cerf. Il affirme que, tout comme les chasseurs deviennent dépendants les uns des autres pendant la chasse, les individus de la société deviennent dépendants les uns des autres lorsqu'ils s'engagent dans des activités économiques et des échanges. Cela entraîne à son tour une perte de liberté et d'autonomie, car les individus se retrouvent piégés dans un cycle de dépendance et d'exploitation. Ainsi, la métaphore de la "chasse au cerf" de Rousseau décrit le processus de développement social et économique, et ses conséquences négatives pour les individus et la société.
Chaque acteur est rationnel, regarde son propre intérêt. Chacun est égaux par rapport à plusieurs partenaires. Chacun chasse le cerf et va se faire dépailler par un lièvre qui passe :
Il y a une situation du point de vue social qui est une situation interdépendante, ce qui adviendra ne dépend seulement de sa volonté, mais dépend aussi des autres ; les réalistes sont contre l’interdépendance, mais ils sont toutefois dans un système d’interdépendances, chacun dans la vision réaliste dépend de tous les autres.
Le système de l’équilibre des forces est un système d’interdépendances où les individus sont rationnels. Il y a une logique de préférence ordinale.
- solution par le concept de "best reply" (meilleure réponse) de Nash: deux solutions stables sont parfaitement envisageables, (4,4) ou bien (2,2)
On regarde les 4 situations possibles et chacun analyse une situation en se demandant s’il a intérêt à changer. Par raisonnement est-il possible d’améliorer sa situation en changeant.
- aucune stratégie dominante (contrairement au dilemme de la sécurité = du prisonnier)
Chacun des deux acteurs à intérêt à changer, c’est une situation instable.
L’équilibre Pareto est un équilibre qui est bien du point de vue collectif. Il y a deux solutions stables (4,4) et (2,2) : chacun des deux acteurs préfère être en 4 plutôt qu’être en 2.
Pareto est le premier penseur économique qui a pu démontrer du point de vue de la science économique que la propriété privée des moyens de production n’était pas nécessaire pour avoir un équilibre productif ; il démontre que les marxistes pourraient avoir raison, on peut avoir un système productif juste et équitable.
Ou bien les deux chassent le cerf ou bien les deux chassent le lapin ; ce n’est pas parce que l’une est supérieure que (4,4) va être choisi.
Il est possible de se garantir en chassant le lièvre qu’on aura pas faim ce soir.
Dilemme de la sécurité
Un dilemme de sécurité est une situation dans laquelle deux ou plusieurs États ou acteurs perçoivent une menace pour leur sécurité et prennent des mesures pour se protéger, mais ce faisant, ils augmentent par inadvertance la menace pour la sécurité de l'autre. Cela peut créer un cycle d'insécurité et de méfiance croissantes, chaque État ou acteur prenant des mesures de plus en plus agressives pour se protéger, ce qui déclenche à son tour des réponses plus agressives de la part de l'autre partie.
Le dilemme de la sécurité est une caractéristique commune des relations internationales et il peut survenir dans des contextes très divers. Par exemple, deux États voisins peuvent tous deux percevoir une menace pour leur sécurité du fait des capacités militaires de l'autre, et ils peuvent répondre en augmentant leurs propres capacités militaires afin de se défendre. Cependant, cela peut conduire à une course aux armements, dans laquelle les deux États continuent à renforcer leur puissance militaire afin de se protéger, mais ce faisant, ils augmentent la menace pour la sécurité de l'autre.
Un dilemme de sécurité est une situation dans laquelle des États ou des acteurs prennent des mesures pour protéger leur propre sécurité, mais ce faisant, ils augmentent par inadvertance la menace pour la sécurité des autres. Cela peut créer un cycle d'insécurité et de méfiance croissantes, et il peut être difficile pour les États ou les acteurs de trouver une solution mutuellement acceptable à leurs problèmes de sécurité.
L'équilibre de Nash est un concept de la théorie des jeux qui décrit une situation dans laquelle chaque joueur d'un jeu a choisi la meilleure stratégie compte tenu des stratégies des autres joueurs. Dans l'équilibre de Nash, aucun joueur n'a intérêt à changer sa stratégie, car cela n'améliorerait pas sa situation.
Il existe une relation entre le dilemme de sécurité et l'équilibre de Nash, en ce sens que le dilemme de sécurité peut être considéré comme un type d'équilibre de Nash. Dans le dilemme de la sécurité, chaque État ou acteur a choisi une stratégie (comme le renforcement de ses capacités militaires) qu'il estime être dans son meilleur intérêt, compte tenu des stratégies des autres acteurs. Cependant, comme ces stratégies sont intrinsèquement compétitives et agressives, elles peuvent créer un cycle d'insécurité et de méfiance croissantes. En ce sens, le dilemme de la sécurité peut être considéré comme un équilibre de Nash dans lequel chaque acteur a choisi une stratégie qui n'est pas dans son meilleur intérêt, mais il n'est pas incité à changer de stratégie car cela n'améliorerait pas sa situation.
L'équilibre des puissances et les alliances fluctuantes
Les réalistes mettent également en avant le principe de l'équilibre des puissances comme mécanisme pour maintenir la stabilité dans le système international. Les États cherchent à empêcher l'émergence d'une hégémonie capable de dominer les autres. Pour ce faire, ils forment des alliances et contre-alliances, ajustant constamment leurs relations en fonction des menaces perçues. Cependant, ce système d'alliances fluctuantes pose un dilemme : les engagements peuvent être temporaires et peu fiables, ce qui complique la prévision des comportements des autres États et peut conduire à des erreurs de calcul stratégiques.
Le dilemme entre puissance et survie
Les réalistes reconnaissent que la poursuite de la puissance est à la fois un moyen d'assurer la survie et une source potentielle de conflit. Les États cherchent à maximiser leur puissance relative, mais cette quête peut provoquer des tensions avec d'autres États poursuivant le même objectif. Le dilemme réside dans le fait que l'accumulation de puissance nécessaire pour garantir la sécurité peut simultanément augmenter les risques de confrontation avec d'autres puissances. Les États doivent donc équilibrer leurs aspirations à la puissance avec la nécessité de maintenir des relations stables avec leurs voisins.
Le défi de la coopération sous l'anarchie
Dans un système anarchique, la coopération internationale est rendue difficile par le manque de confiance et la préoccupation pour les gains relatifs. Les États hésitent à s'engager dans des accords qui pourraient bénéficier davantage à leurs rivaux. Le dilemme ici est que, bien que la coopération puisse être mutuellement bénéfique et aider à résoudre des problèmes communs tels que le changement climatique ou le terrorisme, la crainte d'être exploité ou de voir un autre État renforcer sa position relative freine les initiatives coopératives. Les réalistes soulignent que sans garanties solides, la coopération reste fragile et souvent de courte durée.
La prolifération des armes et la dissuasion
La question de la prolifération des armes, notamment nucléaires, représente un autre dilemme majeur. D'un côté, la possession d'armes de destruction massive peut servir de dissuasion et renforcer la sécurité d'un État. De l'autre, la multiplication de ces armes augmente le risque d'accidents, de vols ou d'utilisation par des acteurs non étatiques. Les réalistes doivent concilier le besoin de dissuasion avec les dangers inhérents à la prolifération. La théorie de la dissuasion nucléaire, soutenue par certains réalistes comme Kenneth Waltz, suggère que l'équilibre de la terreur peut maintenir la paix, mais cela repose sur une rationalité parfaite de tous les acteurs, ce qui n'est pas toujours garanti.
L'interventionnisme versus la souveraineté
Les réalistes sont également confrontés au dilemme entre le respect de la souveraineté des États et les impératifs de l'interventionnisme. Bien que le principe de non-intervention soit fondamental, des situations comme les violations massives des droits de l'homme ou les menaces transnationales peuvent inciter à une intervention extérieure. Les réalistes doivent alors peser les coûts et les bénéfices de telles actions, tout en considérant les implications pour l'ordre international et les précédents que cela pourrait créer.
La mondialisation et la perte de contrôle
Avec la mondialisation, les États font face au dilemme de la perte de contrôle sur certains aspects économiques et sociaux. Les flux transnationaux de capitaux, d'informations et de personnes peuvent éroder la capacité des États à réguler leur propre économie et à protéger leur culture. Les réalistes doivent naviguer entre l'ouverture nécessaire pour bénéficier des avantages de la mondialisation et la fermeture pour préserver leur souveraineté et leur identité nationale.
Annexes
- Marchesin, Philippe. Introduction Aux Relations Internationales. Paris: Éditions Karthala, 2008.
- Hernandez, Julien. “Coopérer Ou Trahir? LA COMPLEXE RECETTE De La Confiance.” LE FIGARO, 2021, https://www.lefigaro.fr/sciences/cooperer-ou-trahir-la-complexe-recette-de-la-confiance-20210411.