Introduction au comportement politique

De Baripedia

L’étude du comportement politique n’est pas seulement l’étude du comportement en tant que tel, mais c’est aussi plus largement les opinions politiques, les attitudes politiques, les croyances et les valeurs, tout cela fait parti du comportement politique.

Le mot « comportement » est un peu erroné. On a un champ d’études qui est beaucoup plus vaste que le comportement en tant que tel. Ce champs s’étend aussi aux opinions, aux croyances et aux valeurs sans forcément que ces opinions se transforment en comportement. Ce n’est pas seulement le comportement et l’action, mais aussi les attitudes, les opinions, les croyances et les valeurs qui sont derrière.

Nous allons nous sensibiliser à la discipline et donner quelques éclairages sur ce qu’on étudie en comportement politique.

Deux grands champs d'étude

Il y a deux grands champs d’étude dans le comportement politique que l’on peut résumer en disant qu’il y d’un côté le comportement politique conventionnel et de l’autre le comportement politique non conventionnel.

Le comportement politique conventionnel

Ce qu’on appelle le comportement politique conventionnel, on l’appelle aussi le comportement électoral. Il s’agit d’étudier le comportement des électeurs et électrices lorsqu’il y a des scrutins. D’abord, étudier la participation politique, c‘est-à-dire qui participe et qui s’abstient pour quelle raison; et ensuite, qui vote et comment.

Il est possible de simplifier ce champ du comportement politique en disant qu’il y a trois questions fondamentales, à savoir qui vote, comment et pourquoi. On observe qui vote, ce que les gens votent, et ensuite on essaie d’expliquer pourquoi les gens votent et pourquoi ils ont voté pour tel ou tel parti.

Comme nous sommes en Suisse, il convient d’élargir un peu la notion de comportement électoral, car, comme son nom l’indique, le comportement électoral fait référence aux élections donc on étudie le comportement aux élections, qui vote, qui vote pour quel parti et pour quel candidat, mais en Suisse, il y a une importante démocratie directe qui fait qu’on ne vote pas seulement pour les élections, mais aussi sur des objets concrets, des politiques publiques, des propositions, des réformes politiques entre autres, et donc, on peut aussi appliquer l’étude du comportement électoral au comportement en votation populaire, à savoir l’étude du comportement dans les votes de démocratie directe. Donc, toutes les questions que l’on se pose en comportement électoral, on peut aussi se les poser lorsqu’on étudie le comportement de vote dans les votes de démocratie directe, à savoir, en Suisse, les votations populaires.

Le comportement politique non-conventionnel

Le comportement politique non-conventionnel permet d’invoquer deux types d’actions collectives que sont la politique contestataire et les nouveaux mouvements sociaux qui appartiennent à ce champ.

L’action collective est le champ qui englobe le tout. L’action collective désigne la mobilisation collective afin de défendre des intérêts communs. Un groupe de citoyens et de citoyennes se mobilise pour défendre des intérêts communs. Ce champ du comportement politique étudie comment ces comportements se forment.

À l’intérieur de l’action collective, on peut définir un peu plus spécifiquement ce qu’on appel la politique contestataire. La politique contestataire sont des actions de groupes qui souhaitent porter une revendication et donc faire valoir des demandes auprès du gouvernement, du parlement ou d’autres types de décideurs. C’est donc un groupe qui souhaite porter une revendication et donc alerter des autorités.

Cette politique contestataire peut prendre différente formes. Elle peut prendre la forme de mouvements sociaux mais aussi de révolte, de guerre civile, de terrorisme ; tous les moyens qui visent à porter ces revendications et à les faire connaître du grand public et si possible à infléchir les politiques.

Un troisième niveau à l’intérieur de l’action politique et de la politique contestataire est ce qu’on appel les nouveaux mouvements sociaux. On dit « nouveau mouvement sociaux » par distinction avec les « mouvements sociaux classiques » comme les syndicats. Pour distinguer ces nouveaux mouvements des mouvements classiques, on parle de nouveau mouvement sociaux. Ces nouveaux mouvements sociaux sont par exemple le mouvement écologiste, le mouvement pacifiste, le mouvement gay, ce sont des mouvements qui se créés pour défendre les intérêts d’un segment spécifique de l’électorat ou pour défendre une cause comme l’environnement dans le cas du mouvement écologiste.

Cette mobilisation via les mouvements sociaux prend des formes non-conventionnelles et c’est pour cela qu’on l’a distingué du comportement politique conventionnel. Cela est par exemple la manifestation, la grève, le boycott, donc des formes d’action collective qui se différencie des canaux institutionnels que sont le vote, la récolte de signature pour lancer des référendums ou des initiatives.

Les canaux institutionnels vont conduire à des comportements politiques conventionnel comme signer des pétitions, signatures afin de lancer des initiatives ou des referendums. On distingue cela du comportement non-conventionnel comme les grèves, manifestations ou encore boycott.

Exemples de questions que l'on se pose

Pour savoir ce qu’on étudie lorsque l’on couvre le comportement politique en Suisse est à l’étranger, voilà le type de questions que l’on se pose :

  • Dans quelle mesure l'âge influence-t-il la participation aux élections et aux votations ? Il y a tout un courant de la littérature qui s’intéresse à la participation politique est la variable « âge » est une variable clef pour expliquer la participation. L’effet de l’âge n’est pas seulement l’effet du vieillissement mais c’est aussi l’effet du parcours de vie et c’est également l’effet générationnel mais aussi le fait d’appartenir à une génération spécifique. Tout cela se conjugue, il y a cet effet d’âge sur la participation politique.
  • Pourquoi certaines personnes s'engagent-elles dans des mouvements sociaux, et d'autres pas ? En d’autres termes, est-ce qu’il y a des prédispositions individuelles qui font que les gens s’engagent plus ou moins volontiers dans l’action collective et dans les mouvements sociaux.
  • Quels sont les principaux déterminants individuels du comportement électoral ? Cette question est de savoir comment peut-on expliquer comment quel segment de l’électorat vote plutôt pour un tel parti, y-a-t-il des régularités que l’on arrive à identifier permettant de mieux comprendre pourquoi certains types de personnes en fonction de leur âge ou de leur classe sociale ou de leur valeur politique tendent plutôt pour un parti que pour un autre.
  • Comment peut-on expliquer la montée en puissance des partis de droite populiste en Europe ? C’est un très grand champ désormais dans la littérature. On essaie de comprendre, de trouver des régularités, des sortes de règles qui permettrait de décrypter le vote pour ces partis populistes de droite. Cela est par exemple de savoir comment des partis tel que l’UDC ont connus de tel succès et savoir si les explications que l’on a en Suisse valent aussi pour des partis similaires ailleurs en Europe, est-ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets, y-a-t-il des régularités derrière l’ascension des mouvements populistes de droite en Europe qui est une question importante traité dans le comportement politique.
  • Dans quelle mesure l'engagement associatif influence-t-il l'intégration des étrangers et des étrangères ? C’est une recherche que Marco Giugni et Matteo Gianni conduisent actuellement essaient de voir si l’engagement dans les associations de la part des étrangers résidents en Suisse ont une influence sur le type et le degré d’intégration des étrangers. La question est de savoir si on arrive à assure un modèle d’intégration via l’insertion associative.
  • Quel est l'impact des modèles de citoyenneté sur la mobilisation des immigrés dans les pays européens ? C’est une recherche de dimension internationale, on se poserait la question parce qu’il y a différents modèles de citoyenneté, certains impliquent le droit du sol, d’autres le droit du sang, certains sont très libéraux dans l’intégration, d’autres sont très restrictifs, et on cherche à savoir si cela a des conséquences sur le degré de mobilisation des immigrés dans ces pays concernés.
  • Dans quelle mesure les campagnes électorales et les médias influencent-ils la formation des opinions avant une élection ou une votation ? C’est une perspective dynamique où on s’intéresse à la manière dont les citoyens et citoyennes forment leur opinion avant un vote ou une élection et donc à la manière dont cette formation de l’opinion est influencé par l’environnement et par la campagne électoral référendaire. L’idée est de savoir si les opinions étaient formées à l’avance et on savait à l’avance ce qu’ils allaient voter et la campagne n’a pas eu tellement d’effet ou est-ce que les campagnes ont au contraire un rôle massif dans la formation des opinions.

Nous allons laisser de côté le comportement politique non-conventionnel et nous focaliser sur le comportement politique conventionnel.

Trois grands modèles d'explication du vote

Il y a dans la littérature dans le domaine trois grandes écoles explications du vote, à savoir trois école classiques d’explication du vote. Ces trois écoles datent du début du XXème siècle ou de la première moitié du XXème siècle ayant donc déjà toutes plus de cinquante ans et c’est pourquoi on parle d’école classique d’explication du vote. Cependant, on a évolué vers d’autres modèles d’explication du vote et il est donc important de commencer par ces grandes écoles qui sont de grand modèle d’explication du vote.

Il faut aussi savoir que le comportement politique est une discipline relativement jeune. C’est une discipline relativement jeune parce qu’elle est liée à la disponibilité des données. Pendant très longtemps, il n’y a pas eu de sondage d’opinion. Les sondages d’opinion sont nés dans les années 1920, 1930 et 1940. Jusque là, lorsqu’on voulait étudier le comportement politique, on devait le faire à partir de données agrégés, c’est-à-dire le résultat des élections ou de votations par canton ou par commune par exemple. On étudiait la distribution des résultats par commune mais cela est au niveau agrégé, c’est-à-dire qu’en général, pour une communauté on ne disposait pas pendant très longtemps de données de sondage qui permettent d’étudier le comportement politique au niveau individuel, à savoir chaque individu pris séparément. Cela explique pourquoi ce champ du comportement politique est relativement récent et s’est développé à partir des années 1945 et 1950.

École socio-structurelle

Article détaillé : Modèle sociologique.
Paul Lazarsfeld.

La première grande école d’explication du vote est aussi appelée l’École de Columbia parce qu’elle a été développée à l’université de Columbia par plusieurs chercheurs dont un chercher célèbre qui est Paul Lazarsfeld. Lazarsfeld a mené la première enquête d’opinion sérieuse non commerciale scientifique aux États-Unis. Il faut noter qu’il ne l’a pas faite pour toute le pays, en l’occurrence, il s’est concentré sur un comté dans l’État de l’Ohio. C’était une étude limitée dans son ampleur géographique, à savoir seulement un compté dans un État américain mais qui était par contre très impressionnante au niveau de son design de recherche puisque Lazarsfeld a conduit une enquête panel en six vagues. Cela veut dire qu’il a interrogé les mêmes personnes à six reprises en quelques mois ou années. Cela s’appel une enquête panel dit aussi « longitudinale ». Donc, pour la première fois, il y a eu des données que personnes n’avait eues jusque là en étudiant le comportement de vote et la formation des opinions au niveau individuel.

L’étude de Lazarsfeld portait sur élections présidentielles de 1940. Il a essayé de comprendre le pourquoi du vote, à savoir pourquoi certains électeurs ont votés républicains et pourquoi certains électeurs ont voté démocrate. Ce qui l’intéressait été l’explication a posteriori du vote, il ne s’était pas intéressé à des prédictions. Aujourd’hui, nous voyons de plus en plus de résultat d’enquête d’opinion, en tout cas dans les médias pour nous dire quelle sera l’issue du scrutin à venir, c’est-à-dire qu’on fait des pronostiques qui sont des prédictions. Dans cette étude, comme dans plein d’études scientifiques, le but n’est pas de faire des pronostiques, pas de faire des prédictions mais d’essayer de comprendre après coup pourquoi les gens ont voté ceci ou cela.

Pour aller directement à l’essentiel de ses conclusions, les résultats de cette étude ont fondé le modèle socio-structurelle, dit modèle de Columbia, qui, comme son nom l’indique, cette école met l’accent sur le poids des facteurs socio-structurels dans l’explication du vote. L’un des conclusion clef de cette étude est qu’ « une personne pense, politiquement, comme elle est socialement. Les caractéristiques sociales déterminent les préférences politiques ». Comme l’usage des mots l’indique, ce modèle d’explication du vote a un caractère très déterministe qui du type « dite moi qui vous êtes et je vous dirais comment voter ». Selon ce modèle, les individus savent bien avant le vote ce qu’ils vont voter. En plus, presque par définition, cette connaissance de ce que les gens vont voter est stable dans le temps parce que l’insertion d’un individu dans son contexte social est relativement stable et donc son vote l’est aussi. Il y a une grande stabilité du vote en raison de la stabilité de l’insertion.

Dans ce modèle, les déterminants du vote sont les caractéristiques sociodémographiques ou socio structurel comme le statut socioéconomique, à savoir le niveau d’éducation, le revenu ou encore la classe sociale ; la religion et le lieu de résidence ?

Une fois que l’on connaît ces trois caractéristiques et pour peu qu’elles se complètent mutuellement, on sait pour qui plus ou moins les américains allait voter à l’époque. Dans ce modèle, le vote est fortement très déterminé, il y a une prédisposition très grande du vote en fonction des caractéristiques du groupe auquel un individu appartient. Donc, il y une pré-structuration du vote en fonction des caractéristiques sociales, socioéconomiques du groupe auquel un individu appartient.

Il existe un lien entre ce modèle d’explication du vote et la littérature sur les clivages. L’idée est que si un clivage est saillant, si un individu s’identifie dans ce clivage comme dans un clivage religieux qui opposerait les catholiques et les protestants, alors, la simple connaissance des caractéristiques de l’individu sur cette dimension religieuse permet de savoir à peu près correctement l’individu va voter.

En Suisse, historiquement, dans les cantons catholiques, il y avait une opposition très forte entre les individus qui pratiquaient la religion, et ceux qui ne pratiquaient pas, à savoir les laïques. Tout le monde était catholique, à peu près tout le monde était croyant mais par contre contre pas tout le monde pratiquait assidûment et la distinction ne se pratiquait pas. Cette division se retrouvait politiquement dans l’opposition entre le parti démocrate chrétien et le parti libéral radical. Les pratiquant votaient facilement PDC et les laïques votaient facilement libéral radical. Cela n’était pas aussi caricaturé que cela mais à peine. On pouvait assez facilement anticiper le vote en fonction des connaissances en terme de confession et de pratique religieuse. Dans les cantons non-catholique, la ligne de fracture était différente, elle était entre les catholiques et les protestants. Les catholiques votaient PDC et les protestants votaient radical ou peut être socialiste et plus récemment UDC.

École psychosociologique

Article détaillé : Modèle psychosociologique.

Le deuxième grand modèle qui a aussi suivi de manière temporelle le modèle de Columbia est ce qu’on a appelé le modèle de Michigan parce qu’il fut développé dans le cadre de l’Université de Michigan qui a elle conduit les premières enquêtes d’opinion américaines au niveau national. Lazarsfeld s’est concentré sur un compté qui est celui de l’Ohio, Michigan a conduit les premières enquêtes d’opinion scientifiques présidentielles au niveau national. Cela a donné lieu ensuite lieu au projet des études électorales américaines qui sont toujours pilotés depuis l’Université de Michigan.

Pour l’École de Michigan, les facteurs explicatifs clefs pour comprendre le comportement électoral ne sont pas les caractéristiques sociogéographiques comme le prétend l’École de Columbia, ce sont les facteurs qu’ils appellent « psychobiologiques ». Contrairement à l’École de Columbia qui mettait l’accent sur l’individu inséré dans son groupe, l’École de Michigan met l’accent sur l’individu en tant que tel avec ses orientations psychosociologiques. Plus précisément, la variable clef qui est au cœur du modèle de Michigan est l’identification partisane qui est le fait de s’identifier à un parti, de se sentir proche d’un parti politique.

L’identification est un attachement affectif psychologique a un parti. Dans la théorisation proposée par l’École de Michigan, on s’identifie à un parti très tôt dans la vie, dans l’adolescence via la socialisation politique au sein de la famille. Il y a une très grande transmission intergénérationnelle qui fait qu’un adolescent va être influencé par les préférences de ses parents et dans le cas de la socialisation politique au sein de la famille, il acquiert cette identification a un parti qui ne fait ensuite que de se renforcer avec l’âge selon ce modèle.

Comme dans le premier modèle, on met l’accent sur la stabilité des préférences, il y a une sorte de loyauté durable a un parti qui va en suite influencer le choix de ce parti lorsque l’électorat va s’exprimer.

Dans ce modèle, le déterminant principal du vote est sa loyauté a un parti qui est un trait affectif durable. L’idée est que cette identification partisane fonctionne comme une sorte de raccourci cognitif. Le monde est complexe, les citoyens lambda n’arrivent pas à bien maitriser l’ensemble de la complexité, à savoir quelles sont les bonnes solutions à donner à tous les problèmes qui existent, alors ils vont se fier à leur loyauté partisane. Ils vont faire appelle à leur loyauté partisane pour simplifier leur représentation du monde et orienter leur choix électoral, lis vont voter en fonction du parti dont ils se sentent proche et dont ils pensent qu’il sera capable de résoudre les problèmes. En d’autres termes, le citoyen lambda s’appui sur des raccourcis d’informations parce qu’on n’est pas forcément capable de s’informe soi-même de manière exhaustive, de bien maitriser tous les paramètres d’un problème alors on cherche à s’appuyer sur des raccourcis d‘information, on parle aussi d’euristique, qui nous aide à prendre une décision sans forcément entrer dans un mécanisme complexe sophistiqué de traitement de l’information et de prise de décision. S’dentifier à un parti peut servir de raccourcir d’information plutôt que d’aller cherche soi-même toute l’information, comparer les programmes des partis, leurs tenants et leurs aboutissants. C’est l’idée de raccourci d’information que l’on applique également dans d’autres contextes.

Dans ce modèle, cette identification partisane est la variable clef, il y en à d’autres qui sont aussi intégrées dans le modèle mais qui jouent un rôle beaucoup plus secondaire. On trouve dans le modèle de Michigan également la référence à d’autres types d’attitudes politiques comme les opinions sur les enjeux politiques de l’heure mais également la sympathie pour les candidats. Autant la loyauté à un parti est un facteur stable à long terme, autant, on comprend bien que les attitudes sur les enjeux, la sympathie sur les candidats sont des facteurs de court terme qui peuvent fluctuer aussi pendant une campagne électorale elle-même. Donc, l’idée de base de ce modèle est qu’en général, les préférences sont stables parce que le fait de s’identifier à un parti est un facteur stable mais on admet que parfois, comme exception confirmant la règle, il peut y avoir des fluctuations au sien de l’électorat en raison des préférences sur les enjeux ou des préférences sur les candidats des partis qui peuvent elle varier au court du temps dans une campagne électorale. C’est donc l’exception, la règle est la stabilité en raison de la loyauté stable aux partis.

École du choix rationnel

Article détaillé : L’acteur rationnel.

L’École du choix rationnel est lié à l’Université de Rochester parce que c’est là que Anthony Downs a étudié et a enseigné. Downs est l’auteur de référence pour toute la littérature sur le choix rationnel, c’est un peu le père fondateur de l’École du choix rationnel. Son livre An Economic Theory of Democracy publié en 1957 reste une référence. Cette école ne s’est pas seulement développé dans le domaine du comportement politique mais que l’on retrouve aussi dans d’autres secteurs de la politique.

On change de perspective. Les modèle de l’École de Columbia et de l’École de Michigan partaient de l’idée qu’il y a un lien fort entre le profil d’un votant et son vote, que cela soit le profil sociodémographique avec l’École de Columbia ou le profile psychosociologique avec l’École de Michigan. Les deux écoles se rejoignent sur l’idée que si on connaît ce profil, on sait a peu près pour qui la personne vote. Dans ce cas le, profil explique le vote.

Pour l’École du choix rationnel, on déplace un peu le curseur analytique et on met l’accent sur les mécanismes de prise de décision individuel. Ce modèle a un caractère moins déterministe que les autres, on ne peut pas savoir à l’avance comment un individu va voter, il faut qu’on s’intéresse au mécanisme qui conduisent à la prise de décision pour comprendre cette personne à votée. Les mécanismes sur lesquels l’École du choix rationnel met l’accent ce sont des calculs de coûts – bénéfices, approche dite « utilitariste » du vote. On pense que les individus se décident sur la base d’un calcul de type coût – bénéfice.

Quels sont les bénéfices, quels sont les coûts associés à une décision de vote ? que gagne t-on à voter pour ce parti ou que perd t-on à voter pour ce parti ? Les déterminants du vote dans ce modèle relèvent d’un calcul d’utilité. Cela est la même logique de l’homoéconomicus appliquée à l’homopoliticus. On postule ici que l’homopoliticus se comporte comme un être rationnel qui va essayer de faire des calculs coûts – bénéfices et voter en fonction de ces calculs coûts – bénéfices. Il va donc chercher à maximiser son utilité.

Il y a trois forts postulats dans ce modèle : les votants sont conscient de leurs préférences et ils font l’effort de réunir l’information nécessaire afin de pouvoir se livrer aux calculs coûts – bénéfices. Donc, ils vont chercher de l’information afin de pouvoir faire un choix rationnel.

  • les votants sont capables d’identifier exactement les coûts et les bénéfices associés à une décision de vote et ensuite sont capable de voter rationnellement donc de choisir le parti qui effectivement maximise leur utilité.
  • les votants ne sont pas influencés par leur environnement. Les votants sont au cœur de leur propre décision, ils vont chercher l’information, ils comparent et pondèrent les coûts et les bénéfices et ils font leur choix. Ils ne sont pas influencés par la propagande des partis, ils ne sont pas influencés par le contexte dans lequel ils vivent, ils ne sont pas influencés par leur famille, etc.

Lacunes des modèles classiques

Ces trois modèles ont plein de faiblesses et de défauts. Il y a eu une immense littérature pour les critiquer, les amender et les corriger. Si on parle de comportement politique il faut repartir de ces trois modèles parce qu’ils sont la base à partir de laquelle on peut commencer à réfléchir un peu plus sérieusement et avec des modèles un peu plus récents.

Quelles sont les lacunes de ces modèles classiques ? Il y en a plusieurs et nous allons nous concentrer sur les principales.

Empiriquement, les études qui ont été faites dans les années 1970, 1980 et 1990 n’ont pas vraiment confirmés ce poids si fort des facteurs sociologiques et des facteurs psychosociologiques. Les thèses de l’École de Columbia et de l’École de Michigan selon lesquels on pouvait vraiment bien expliquer le vote si on connaissait les caractéristiques sociales et la préférence partisane des individus, les études n’ont pas confirmées cela. Le pouvoir explicatif de ces modèles est faible. Il est possible d’expliquer quelque chose mais peu.

Pourquoi ces modèles n’étaient pas si performant que cela et pourquoi ils ont eu tendance à perdre en performance au fil des années et en décennies, cela est parce que ces facteurs explicatifs au cœur des modèles ont décliné au cours du temps. Il y a eu un déclin historique des facteurs lourd d’explication du vote tel que la classe sociale ou la religion ou tel que le fait de s’identifier à un parti comme le postule le modèle de Michigan.

Pourquoi y-a-t-il eu ce déclin ? cela est parce qu’il y a eu des changements dans la société qui ont amenés ce déclin comme le changement dans la structure sociale. La société a fortement changé passant d’une société primaire dans laquelle le secteur primaire était très développé à une société dans lequel le secteur secondaire et surtout le secteur tertiaire à été fortement développé et cette modification du tissu social a eu de grandes conséquences d’un point de vue politique. La tertiarisation de l’économie a eu de grandes conséquences sur le vote. Le secteur primaire a rétrécie, le secteur secondaire a rétrécie et les liens historiques entre la classe primaire ou la classe ouvrière, et un ou autre parti généralement de gauche, ces liens là se sont fortement affaiblies. Il en va de même pour ce qui est de la mobilité géographique, il y a eu de grandes mobilités géographiques qui ont amenées à des mixités sociales beaucoup plus grande, à des mixités culturelles beaucoup plus grandes qui a aussi affaiblie les liens traditionnels entre des groupes et des partis. Globalement, on a assisté à un déclin des loyautés de classe et de religions et on a aussi assisté à un déclin de l’identification partisane.

Le deuxième facteur qui a contribué au déclin des facteurs explicatifs lourds est le développement de l’éducation. C’est ce qu’on appel parfois la révoduction qui est le fait que le niveau d’éducation est fortement augmenté dans les sociétés occidentales à conduit à augmenter l’indépendance des esprits, à l’autonomie de décision des votants et les a rendu moins captifs, moins prisonnier de leurs allégeances traditionnelles. Avec le niveau d’éducation qui augmente, les gens ont les moyens de se faire une opinion de manière plus indépendante et de manière plus autonome, ils sont moins sous l’influence des organisations, des groupes ou des partis. Il y a un électoral qui est plus indépendant mais on a aussi un électorat qui est plus volatil. Là où précédemment, quand les grands modèles d’explication du vote expliquait le vote avec un comportement assez stable d’une élection à l’autre avec des citoyens et citoyennes qui sont plus indépendants, plus autonome, plus critiques, on a une volatilité plus grande, une instabilité plus grande dans le comportement électoral au niveau individuel. On change plus facilement qu’avant de parti d’une élection à l’autre.

Le troisième facteur essentiel est la montée en puissance des médias audiovisuels avec d’abord la télévision mais maintenant aussi les médias électroniques, cette montée en puissance des médias audiovisuels et électroniques a aussi changé radicalement la donne pour ce qui est des campagnes électorales et des campagnes de votation. On a de nouveau comme résultat des individus qui sont moins captifs, moins influencés par les organisations comme par exemple les partis politiques et qui sont plus influencées par les médias et tout ce qui se fait dans les médias, par la couverture médiatique ou encore les publicités et qui influencent le comportement électoral beaucoup plus qu’avant. Globalement, il y a moins de poids des partis dans la communication politique et plus de poids des médias et des campagnes qui ont des effets à court terme. Là où, les modèles traditionnels, particulièrement le modèle de Columbia et de Michigan mettaient l’accent sur la stabilité et l’importance des facteurs explicatifs de long terme comme l’insertion sociale ou le fait de s’identifier à un parti, désormais, on sait que des facteurs de court terme sont beaucoup plus important qu’avant. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus d’importance des facteurs de long terme, mais en court terme, clairement, on gagne en importance de manière relative.

Autre lacune de ces modèles classique d’explication du vote est que ces modèles se basaient tous plus ou moins explicitement sur une conception simpliste de l’électorat. Simpliste parce qu’homogène, c’est-à-dire que ces modèles prenaient en compte les différences individuelles mais surtout de l’ordre sociodémographique et éventuellement psychosociologique mais on ne prenait pas en compte le fait que les individus se distinguent les uns des autres dans leur rapport à la politique. Les individus, les citoyens et citoyennes se distinguent les uns des autres dans leur rapport à la politique et en particulier l’intérêt pour la politique et la compétence politique. Les citoyens et citoyennes ne sont également pas tous intéressés par la politique, certains le sont beaucoup et même énormément s’engeant en politique est y faisant carrière tandis que d’autres ne s’intéressent pas du tout à la politique. D’autre part, certains citoyens ont une très bonne connaissance politique, comprennent les enjeux et maitrisent, s’informent, alors que d’autres pas du tout, ils n’ont pas de compétences cognitives et de motivations nécessaires pour s’informer et donc n’ont pas les connaissances nécessaires à une participation et un vote éclairé. Donc, l’intérêt pour la politique conditionne le degrés d’attention à la politique et cela conditionne aussi la participation politique, à savoir si on est intéressé, on risque fort de participer, si on n’est pas intéressé on risque fort de s’abstenir. La motivation et l’intérêt pour la politique conditionnent l’attention accordée à la politique et au message politique conditionne aussi la participation politique. De son côté, la compétence politique conditionne la capacité à intégrer les messages délivré dans l’espace public. Il peut y avoir une magnifique campagne d’information avec des positions à droite et des positions à gauche, de riches débats et si au niveau individuel, les personnes n’ont pas les compétences nécessaires pour comprendre, intérioriser et assimiler ces communications, cela ne va pas influencer leur opinion et contribuer à la formation de leur opinion. Des personnes un peu plus compétentes vont prendre cela en compte et de peser le pour et contre essayant de se faire une idée sur la base des informations délivrées dans l’espace public.

Ce qu’il faut retenir ici est que l’intérêt pour la politique et la compétence pour la politique, autrement dit, un facteur motivationnel et un facteur cognitif, à savoir un facteur lié à un intérêt et un facteur lié à la compétence, ces deux facteurs vont conditionner et jouer un rôle important dans le processus de la formation des opinions des individus. On essaie maintenant de prendre en compte l’hétérogénéité de l’électorat, on ne parie plus désormais sur un électorat homogène, on essaie de plus en plus de prendre en compte la diversité et l’hétérogénéité de l’électorat.

La dernière lacune des modèles classiques et surtout pour l’école du choix rationnel, il y a une focalisation énorme sur les individus. L’école du choix rationnel est le cas paradigmatique d’une focalisation sur l’individu puisque pour l’école du choix rationnel, l’individu fait son calcul coût – bénéfice indépendamment du contexte et indépendamment de toute forme d’influence extérieure, c’est lui qui est au centre, s’informer, voire quel est le parti qui lui rapporte le plus, celui qui lui coûte le plus et en fonction de cela faire son choix comme par exemple savoir quel est le parti plus proche de lui sur un échelle gauche – droite, et on va voter pour le parti qui est le proche de soi en fonction de ses intérêts mais indépendamment du contexte. La critique qui est faite ici est une focalisation excessive sur les électeurs et leurs caractéristiques et une insuffisante prise en compte du contexte dans lequel les individus forment leur opinion.

Cette critique s’applique surtout à l’école du choix rationnel mais elle s’applique aussi à l’École de Columbia et à l’École de Michigan. L’École de Columbia prévoit qu’un individu vote en fonction des caractéristiques du groupe auquel il appartient mais même pour cette école, le groupe n’est pas pris en compte, il est pris en compte uniquement à travers les caractéristiques individuelles du votant, à savoir si c’est un ouvrier, s’il est catholique ou pas. L’insertion de ce votant n’est pas prise en compte ou par exemple le rôle des syndicats pour articuler les ouvriers. Même ce modèle qui est pourtant un modèle sociologique plant l’individu au cœur du groupe, même ce modèle de Columbia ne prenait pas sérieusement en compte le rôle du groupe. Ce qui est pris en compte sont les caractéristiques sociales de l’individu et non pas du groupe en réalité. Or, les opinions individuelles ne se forment pas dans un vide politique mais dans un contexte institutionnel et politique bien précis. Ce contexte institutionnel politique est bien précis est de nature à influencer la manière dont l’individu forme son opinion.

Il y a deux éléments du contexte qu’il faut citer ici qui sont :

  • offre politique : on parle d’offre politique pour désigner la compétition partisane. C’est donc une caractéristique des partis qui se présentent aux élections, des différences entre les partis, des caractéristiques des partis, des caractéristiques des candidats ; c’est ce qu’on appel l’offre politique. La demande politique serait les caractéristiques des individus, les caractéristiques des votants sont les caractéristiques de la demande. L’individu demande en votant répondant à une offre que lui font les partis politiques en présentant des listes et des candidats. L’idée est que l’offre importe autant que la demande. Il ne faut pas comme le suggère les écoles classiques du vote se focaliser sur le demande, il faut aussi prendre en compte l’offre parce que l’offre va avoir une influence sur la demande, sur la rencontre entre demande et offre.
  • campagne électoral : de plus en plus on est convaincu, et les études le montrent, que les facteurs de court terme qui sont véhiculés dans une campagne électorale influencent le vote, le choix partisan et le choix des candidats. Nous sommes loin des écoles classiques qui postulaient des liens stables avec des individus qui vote à peu près pour le même parti d’une élection à l’autre. Les études récentes montrent au contraire que les allégeances traditionnelles, les loyautés traditionnelles avec les partis sont en déclin et s’affaiblissent et se sont au contraire les facteurs de court terme qui prennent de plus en plus de poids comme le rôle des campagnes des campagnes électorales.

Recherche électorale : développements récents

Dans la recherche électorale, on a essayé de corriger les lacunes, de remédier aux lacunes des modèles classiques sans forcément les abandonner complétement, on continue à prendre en compte le rôle de la classe sociale, de la religion ou d’autres facteurs individuels sur le vote mais on essaie d’ajouter d’autres éléments d’explication.

Prise en compte du contexte

D’abord, on prend en compte le contexte qui va devenir plus systématique et rigoureusement pris en compte. Il y a d’abord le contexte institutionnel comme par exemple le système électoral ayant une influence sur le comportement de vote des électeurs mais aussi sur le comportement en amont des partis lorsqu’ils présentent des listes, on essaie de prendre en compte dans la littérature récente en recherche électorale le rôle du système électoral comme par exemple le degré de proportionnalité du système. On sait que si le système sera plus ou moins proportionnel, il y aura des conséquences en amont sur la manière dont les individus vont élaborer leurs stratégies de vote.

Le degré de polarisation du système de parti est dans quelle mesure on a des partis qui font des propositions qui se différencient les unes des autres et plus un système sera polarisé et plus les propositions qu’ils feront seront différentes parce que plus on a un système polarisé et plus les partis s’opposent sur certains enjeux et donc son de nature à proposer des solutions différentes aux problèmes qui se posent. Donc, plus un système est polarisé et plus l’offre sera variée et riche pour les électeurs. Par contre, plus un système est consensuel et moins il y aura de différence entre les partis et plus ce sera difficile pour les électeurs de faire la différence entre les partis. De même, on prend en compte à côté de la polarisation le degré de fragmentation du système de parti, à savoir combien de partis se présentent. On prend aussi en compte la campagne électorale est les médias essayant de voir comment la communication politique et la couverture médiatique a une influence sur la formation de l’opinion.

Prises-en compte de l'hétérogénéité de l'électorat

La deuxième innovation est qu’on essaie de prendre en compte l’hétérogénéité de l’électorat. On part de l’idée que l’électorat n’est plus homogène comme avec les écoles classiques mais qu’il s’agit au contraire d’un électorat hétérogène qui se différencie, qui est divers et varié avec des personnes intéressé et d’autres pas, des personnes compétentes et d’autres pas et on essaie de modéliser et de voir en quoi ces différences d’intérêt pour la politique ou ces différences de compétence politique affectent les processus de formation des opinions et les processus de choix électoral.

C’est un courant qui s’insère dans la psychologie politique étant en plein essor aux États-Unis et en Europe. La psychologie politique met plus l’accent sur les mécanismes psychologiques qui sont derrière la formation des opinions et le choix.

Maintenant, on part de l’idée que le vote d’enjeu est beaucoup plus important qu’avant. Le vote d’enjeu n’est pas les grandes idéologies mais quelles sont les enjeux importants de l’heure, quelles sont les préférences des électeurs sur ces enjeux et quels partis sont perçus comme étant les plus compétents pour résoudre ces problèmes du point de vue des électeurs. Cela est un facteur puissant désormais de choix partisan. Avec la Suisse, on peut très bien montrer que le vote UDC est en parti un vote d’enjeu en raison de la thématique d’immigration qui est imposée à la Suisse et en raison de la réputation de l’UDC, réputation de compétence ou en tout cas réputation de s’occuper de ce problème de l’immigration. Beaucoup d’électeurs ont certainement attribués leurs voix à l’UDC parce que c’était le parti qui avait aux yeux des électeurs les meilleures solutions pour le plus important enjeu de l’heure. Ce sont des mécanismes de court terme qui tendent à devenir important dans le comportement électoral.

Innovations méthodologique

La dernière innovation est que la complexification des modèles a été rendu possible par des innovations méthodologiques et en particulier le recours aux modèles hiérarchiques ou aux modèles explicatifs multiniveaux. En statistique, on développe des modèles qui prennent à la fois en compte les caractéristiques des individus et le contexte dans lequel ces individus votent. En d’autres termes, on prend en compte simultanément les facteurs individuels et les facteurs contextuels dans l’explication du vote et on prend en plus les interactions entre les facteurs individuels et les facteurs contextuels et on pense que c’est cette complexification avec la prise en compte simultané des facteurs contextuels et individuels mais en plus conjointe, c’est-à-dire la prise en compte des interactions entre facteurs contextuels et individuels et c’est cela qui permet le mieux d’expliquer un choix électoral. Par exemple, on essaie de montrer qu’être catholique n’a pas le même impact si l’on vie dans un canton catholique ou dans un canton religieusement mixte. Donc, il y a une interaction où le fait d’être catholique sera un facteur plus ou moins puissant du vote en fonction du contexte, c’est-à-dire entre cantons catholiques et cantons religieusement mixtes. L’idée est donc de prendre en compte à la fois les facteurs individuels et les facteurs contextuels.

Exemples

Exemple 1 : explication du vote UDC

Cette étude analyse la composition de l’électorat UDC et l’évolution de cette composition au cours du temps.

Source: Oesch et Rennwald 2010

Le graphique de gauche montre la composition de l’électorat du parti socialiste en 2007, résultats tirés d’une enquête d’opinion après les élections fédérales de 2007. Nous avons évoqué les étude SELECT qui sont mené depuis 1995 après chaque élection fédérale où est mené une enquête d’opinion au niveau suisse permettant d’occuper le comportement individuel.

En 2007, le Parti socialiste avait réalisé environ 20% qui représente aussi le score moyen du parti socialiste. Il y aussi pour différentes catégories socioprofessionnelles la différence en moins ou en plus par rapport à cette moyenne permettant de se faire une idée de savoir quels sont les segments de la population qui votent le plus volontiers pour le Parti socialiste et quels sont les segments de la population qui votent au contraire le moins volontiers socialiste.

En commençant par la dernière ligne, on voit qu’il y a une catégorie socioprofessionnelle qui vote massivement pour le PS, c’est ce qu’on appel les spécialistes socioculturelles ; alors que le PS a fait 20% en moyenne, il a fait 34%, soit plus quatorze points de pourcentage chez les spécialistes socioculturels. Les spécialistes socioculturels que l’on appel parfois la nouvelle classe moyenne, ce sont les salariés qui sont actifs dans le domaine de la santé, du social, de l’éducation, de la culture mais aussi des médias, donc une classe moyenne un peu supérieure mais pas trop, qui a beaucoup grandie en nombre, ce qu’on pourrait appeler, de manière un peu triviale, les « bobo », à savoir les « bourgeois-bohêmes ». Ce sont des gens qui sont d’un côté d’un point de vue des ressources relativement aisés mais qui sont d’un point de vue des valeurs proches des valeurs redistributive de la gauche. Ce sont des gens qui s’ils voteraient égoïste comme le postule le modèle du choix rationnel, iraient plutôt du côté à droite en réalité parce que leur situation socioéconomique les amènerait en principe à soutenir des programmes libéraux. Cependant, ces gens votent facilement à gauche parce qu’ils sont solidaires de la société en général et ils sont par ailleurs attirés par les autres valeurs programmatiques de la gauche comme l’ouverture internationale ou encore la solidarité.

On voit que toutes les autres catégories sont en dessous du score moyen des socialistes, y compris pour ceux qu’on appel ici les « travailleurs de la production », les « travailleurs des services » et les employés de bureaux ». Cela est ceux qu’on appelait à l’époque les ouvriers. Les travailleurs de la production sont des gens qui sont actifs dans le domaine typiquement industriel avec des tâches répétitives qui ont peu d’autonomie dans leur travail. Ces gens là votent moins socialiste que la moyenne.

S’agissant de l’UDC, pour les élections de 2007, l’UDC a fait 28% en 2007 avec de fortes variations d’une catégorie socioprofessionnelle à l’autre. Pour l’UDC en 2007, on pourrait dire que le modèle de Columbia dit encore des choses : l’insertion des individus dans la société, leur classe sociale continue de dire des choses sur le vote.

Qui vote UDC ? Les petits indépendants. Là où l’UDC à fait 28%, il a fait 44% chez les petits indépendant. Presque un petit indépendant sur deux a voté UDC. Ce sont des agriculteurs, des commerçant ou encore des artisans ou des indépendant qui ne sont pas à la tête d’une grande entreprise. C’est ce qu’on appel dans le jargon l’« ancienne classe moyenne ». C’est l’un des deux bastions de l’UDC. Le deuxième bastion de l’UDC sont les travailleurs de la production et des services. Là où l’UDC a fait 28%, elle a fait environ 40% parmi les travailleurs. Cela est quelque chose d’un peu plus surprenant sachant que l’UDC est un parti de droite d’un point de vue économique donc pas un parti qui défend les intérêts des travailleurs. Qu’est-ce qui fait qu’une proportionné plus élevé que la moyenne des travailleurs vote pour l’UDC. Ce n’est peut être pas parce que l’UDC défend mieux les travailleurs que la gauche, parce que là il serait possible de discuter car des syndicalistes diraient que l’UDC ne fait rien pour défendre les intérêts des travailleurs, ce n’est pas l’UDC qui protège les travailleurs contre la main d’œuvre étrangère, ou alors indirectement en fermant les frontières faisant qu’il n’y a plus de concurrence. Si l’UDC a autant de succès auprès des travailleurs, ce n’est pas pour les valeurs économiques ou le programme économique que défend l’UDC mais c’est pour le programme culturel que défend l’UDC, c’est-à-dire pour la volonté de fermeture des frontières en termes culturelles, à savoir la défense des traditions par la fermeture internationale non pas tellement mue par des considérations économique mais par des considérations culturelles et identitaires mais aussi historique. Dans l’espace bidimensionnel, on retrouve ici le résultat selon lequel si l’UDC progresse, cela est en bonne partie grâce à son programme sur l’axe ouverture – tradition et pas pour son programme sur l’axe économique. De ce point de vue là, il ne se distingue pas tellement du PLR, c’est le fameux clivage gagnant – perdant. Pour faire simple, on pourrait dire que ceux qui se sentent gagnant, dans leur perceptions ce sont les spécialistes socioculturels tandis que les perdants sont ceux qui craignent l’ouverture internationale et qui ont peur de cette concurrence qui n’est pas seulement économique mais aussi culturelle et identitaire. Ces groupes là ce sont les petits indépendant d’un côté et les services et la production de l’autre. En revanche, c’est un peu un effet miroir par rapport au PS, l’UDC fait aussi un score beaucoup moins bon parmi les spécialistes ethniques et les spécialistes socioculturels.

Nous parlons de clivage de classe ici, mais nous disons que le clivage de classe joue toujours un rôle dans le comportement électoral en Suisse mais ce rôle a changé. Le clivage de classe, traditionnellement, opposait les ouvriers au patronat. Cela était la reformulation des thèses de Marx sur le conflit entre travail et capital et pendant très longtemps, dans les États européens, il y a eu des différences marquées de vote entre les ouvriers d’un côté et le patronat de gauche, avec les ouvriers votant à gauche et le patronat votant à droite. Il y a eu en Suisse comme dans d’autres pays une reformulation du clivage de classe avec un nouveau clivage de classe. Il y a eu un phénomène de désalignement et de réalignement des électeurs par rapport aux partis. Plus concrètement, les électeurs des milieux populaires ont eu tendance à glisser de la gauche vers la droite populiste. Cela a été observé en Suisse mais aussi dans d’autres pays comme en France ou en Autriche, les Pays-Bas ou encore les pays scandinaves. Dans tous ces pays, on peut montre qu’il y a eu ce mouvement de bascule durant les courant des années 1980 et 1990 de la part des ouvriers qui votaient pour la gauche et qui tendent maintenant à voter plutôt vers la droite population. Ils ne le font pas tous mais une bonne partie d’entre-eux. Par contre, à gauche, on a assisté à un renforcement des spécialistes socioculturels comme bastion de la gauche. C’est un résultat puissant qui vaut en Suisse comme dans d’autres pays.

Source: Oesch et Rennwald 2010

Ce graphique montre la même chose. En 1995, il y avait entre 15% et 20% des travailleurs des services, de la production et des employés de bureau qui votaient UDC et on voit comment cela a évolué au cours d’une dizaine d’années avec les scores qu’on a atteint avec des ouvriers qui votent de 35% à 40% pour l’UDC. Bien sur, l’UDC a progressé partout au cours des vingt dernières années mais elle a surtout progressé parmi l’électorat populaire d’où cette reformulation du clivage de classe.

Exemple 2 : explication du succès de l'UDC

Il y a une explication alternative au vote au vote UDC qui ne fait plus spécifiquement référence à la position de classe et au vote qui va avec la position de classe mais qui s’appuie plutôt sur ce qu’on appel le vote d’enjeu. Le vote d’enjeu est l’idée que le comportement électoral est de plus en plus influencé par les grands enjeux politiques de l’heure et ceci indépendamment de la classe à laquelle on appartient. On prend les individus de toutes les catégories sociales et on essaie de voir quelles sont leurs préférences sur les enjeux, quels enjeux les électeurs considèrent importants, quelles sont leurs préférences et leurs positions par rapport à ces enjeux et peut-on, sur cette base, essayer de définir pour quel parti un électorat à voté. En fonction des préférences des électeurs sur les enjeux, la question est de savoir si on peut prédire ou comprendre pourquoi les électeurs votent pour tel ou tel parti.

Par « enjeu », on entend les grands problèmes politiques de l’heure comme la crise migratoire, l’écologie, le nucléaire ou encore le chômage. Ce sont des enjeux concrets qui se posent tous les jours et dont les citoyens et les citoyennes ont conscience les amenant à voter pour tel ou tel autre parti en fonction des propositions que font ces partis. L’idée ici est de dire qu’on doit se dégager un peu de ces explications structurelles de type « classe sociale » pour aller davantage vers des explications conjoncturelles à court terme étant des facteurs qui sont susceptibles d’influencer et de modifier le comportement électoral à court terme. On peut imaginer qu’une campagne électorale arrive à mettre un nouvel enjeu au centre de l’agenda politique et que le parti ou que les partis qui se positionnent par rapport à cet enjeu en tirent profit électoralement.

On sort un peu des allégeances, des loyautés durables et stables entre individus et parti afin d’aller chercher davantage à comprendre qu’est-ce qui fait et quels sont les facteurs qui ferraient à court terme faire modifier les préférences partisanes et donc le choix électoral des électeurs et des électrices.

Le vote d'enjeu

Il y a deux grands types d’explications liées au enjeux.

La première explication est directement dérivé d’un modèle de choix rationnel avec l’électeur qui vote de manière rationnel faisant un calcul coût – bénéfice. L’idée est que les électeurs vont voter pour le parti qui sont le plus proche d’eux en matière d’enjeu. Les partis qui ont les préférences les plus similaires avec les électeurs sont ceux pour lesquels les électeurs vont voter. SI par exemple, nous sommes favorables à une réduction de l’immigration, nous allons voter pour un parti favorable aux restriction de l’immigration. Il est possible de calculer des modèles de distance demandant aux personnes interrogés de se positionner sur des échelles ainsi qu’à des partis de se positionner sur les mêmes échelles, et après, il est possible de calculer quelle sera la probabilité qu’un électeur vote pour quel parti en fonction de sa distance.

L’idée générale est celle du modèle de proximité avec toute une série de grands type. Avec le modèle de proximité, on essaie d’expliquer le comportement électoral en fonction de la distance ou de la proximité existant entre électeur et parti sur des enjeux importants.

La deuxième idée qui est très proche est que l’électeur va voter pour le parti qui possède l’enjeu jugé le plus important, c’est-à-dire le parti qui est réputé le plus actif et le plus compétent sur l’enjeu en question. Il y a un vote d’enjeu lié à un enjeu précis. Ce n’est pas la position des électeurs et des partis sur différents enjeux, c’est quel est l’enjeu principal actuellement dans le pays, quel est le parti qui possède cet enjeu et qui a développé avec les années une réputation d’un parti qui s’occupe de l’enjeu, qui est capable de gérer et de trouver des solutions à cet enjeu ; si l’enjeu devient saillant au sein de la population, ce parti pourra en bénéficier électoralement. C’est le courant qu’on appel « issue ownership », du côté des partis, on essaie de développer des réputations de compétences sur des enjeux. Pour les Verts, cela va être de développer leur réputation de compétence sur les questions environnementales, pour les socialistes, cela va être leur compétence en matière de politique sociale et de redistribution, pour le PLR cela va être de doper la compétence en matière de politique économique, pour l’UDC, cela va être de développer des compétences en matière d’immigration, de sécurité et de politique européenne. Cela est assez stable parce que ce n’est pas facile pour un parti de modifier sa réputation de compétence, cela prend des mois et des années. Pour un peu que cet enjeu devienne important, alors le parti qui le possède peut en gagner beaucoup électoralement. Par exemple, on considère que la victoire de l’UDC du 18 octobre 2015 est beaucoup liée à la crise migratoire et humanitaire liée au mouvement de réfugier notamment de la Syrie et l’UDC, sans rien faire quasiment, a eu l’actualité pour elle. La conjoncture a fait que c’est l’enjeu qui s’est imposé dans les médias durant toute la campagne électorale sans que l’UDC n’ait besoin de faire campagne. Comme l’UDC est réputé comme étant le parti compétant pour avoir les solutions simples voire simplistes sur la question, les électeurs s’appuient là-dessus pour ensuite voter.


Ce schéma est tiré d’une enquête post-électorale réalisé après les élections fédérales de 2007. On le fait assez systématiquement dans ces enquêtes, on pose d’abord une première question qui est une question ouverte qui consiste à dire au répondant qu’il y a différents problèmes auxquels la Suisse fait actuellement face et donc on demande quel est le problème le plus important aujourd’hui à la personne interrogée. C’est une question ouverte et en suite on regroupe les réponses en fonction de différentes catégories. Une fois qu’on a posé cette première question, on pose une deuxième question de relance qui est « selon-vous, quel parti est le plus compétent pour résoudre le problème X ? ». Séparément, ailleurs dans le questionnaire, a été demandé à cette personne pour quel parti a-t-elle votée lors des élections. Ce sont trois informations que l’on peut en suite mettre ensemble.

Ce schéma est l’entier des répondants et qui ont été interrogé soir 1716 personnes. Ce sont 1716 personnes qui ont participé aux élections et qui ont choisi un parti. Sur la première ligne, il y a la distribution pour la première question mentionnée qui est une question ouverte. Pour 35% des répondants, le problème le plus important était l’immigration, la sécurité et l’intégration des réfugier, pour 16% cela était l’environnement et pour 31%, une grande catégorie, la préoccupation était liée à l‘économie et à l’état social. Si on fait la somme, on n’arrive pas à 100% pour la simple raison qu’il y a encore d’autres enjeux qui ne sont pas pris en compte ici.

La deuxième ligne vise à répondre à la question de savoir quel est le parti le plus compétent pour résoudre ce problème. Il s’agit toujours de pourcentage net, soit des personnes qui ont répondus. Il y en a 27% sur le 35% qui ont répondu « immigration », une bonne partie a répondu soit UDC, soit PS. C’est-à-dire que 75% des personnes qui ont cité l’« immigration » comme problème estime que l’UDC est le plus compétent. En suite, sur la dernière ligne, on a regardé ce que ces personnes là ont votés. 17% des 1716 personnes on dit qu’ils ont voté UDC, étant le parti le plus compétent sur l’immigration qui est le problème principal pour eux. Cela ne veut pas dire que 17% des électeurs ont voté UDC à cause du fait que l’immigration est le problème le plus important et que le parti est le plus compétent. Nous n’allons pas jusqu’à établir un lien de causalité et de corrélation. En tout cas, c’est une indication de l’importance de l’enjeu « immigration » et de la compétence de l’UDC sur cet enjeu pour le vote UDC. Cela ne veut pas dire que tous ces gens là ont voté UDC pour cette raison mais il y probablement quelque chose qui va dans cette direction là.

La montée en puissance de l’UDC est le facteur spectaculaire de la politique suisse depuis maintenant vingt ans et donc il y a eu beaucoup de travaux sur ce thème.

Exemple 3 : sexe, âge et participation

Annexes

Références