Échanges et avantages géographiques

De Baripedia

Les cours précédents nous ont interrogés sur ce qui explique l’élargissement des circuits, ce qui explique que les flux commencent à franchir les frontières, ce qui explique ce que les marchandises, les biens matériels et immatériels franchissent des distances plus grandes, pourquoi ne sommes nous pas restés à des circuits micro-locaux tels qu’analysés par Sahlins et Chaunu. Il y a un mystère dans le phénomène d’élargissement des circuits économiques.

Il existe différents circuits économiques qui ont chacun leur propre système de régulation correspondant à des systèmes spatiaux différents et il y a une histoire de leur élargissement. L’histoire de l’élargissement économique, de la colonisation du triangle du libre-échange et une histoire très eurocentrée. Reste une question pendante qui est comment expliquer l’élargissement des circuits ? Quel et le facteur et le moteur qui a poussé ces économies à s’élargir. La question est de pourquoi ouvrir les circuits, pourquoi chercher des partenaires économiques qui sont de plus en plus lointain ? Se pose la question de la distance avec l’idée que la distance est à la fois matérielle et symbolique et que les deux distances sont coûteuses à franchir. La distance matérielle est coûteuse à franchir tant qu’on n’a pas fait la révolution des transports. Franchir la distance symbolique est coûteux et dangereux parce qu’il n’y a pas meilleur moyen pour protéger son identité que de refuser à échanger avec autrui. Le risque symbolique du commerce avec l’autre est risqué parce qu’il y a le risque de se rendre compte que l’autre et un autre moi-même, qu’il n’est pas juste un autre mais qu’il est différent. Une autre explication est que les raisons pour lesquelles ont refuse de faire du don contre don ou de la distribution avec l’autre et pour qu’il reste un autre sinon il ne serait plus un autre et on formerait une communauté liée par la dette. Le marché, l’anonymat du marché, la satisfaction instantané du marché a pour but que l’autre reste un étranger. Dans le schéma de Sahlins, on n’échange quasiment pas avec l’autre, chez Chaunu aussi.

La distance matérielle comme la distance symbolique sont de très bonnes raisons de refuser l’échange lointain qui est trop dangereux, trop coûteux et trop risqué. Cela rend d’autant plus mystérieux la réponse à la question de savoir comment expliquer l’élargissement des circuits économiques. Entre l’homme ou la femme du paléolithique qui vivait de la chasse et de la cueillette et les paysans bretons au XIXème siècle qui vivaient de l’agriculture et de l’élevage, le nombre moyen de kilomètres des circuits économiques étaient les mêmes.

Il n’y a pas une unique réponse, les réponses varient et varient selon trois facteurs. De quel circuit on parle ? [1] Selon les lieux, les époques, les types de circuits, les échelles des circuits, les raisons pour lesquelles on ouvre ces circuits ne sont pas les mêmes. En fonction des acteurs de ces circuits, à savoir le producteur, les consommateurs, ils peuvent avoir des raisons différentes mais congruentes. Les réponses varient selon la réalité des configurations sociales et historiques. L’appareil théorique [2] est à la fois la discipline, les économistes, les anthropologues, les sociologues et les géographes n’ont pas le même type de réponse dépendant du grand paradigme de la théorie [3] dans laquelle on se situe.

La première idée est qu’on distingue deux niveaux d’explication à savoir ce qui permet l’échange à savoir la composante matérielle comme la logistique et les transports, et ce qui le motive à savoir pourquoi on invente des moyens de transports qui permettent de le déplacer. L’hypothèse est que la logique de cette motivation est idéologique voire culturelle. En géographie, non seulement on explique pourquoi on va échanger avec quelqu’un de plus loin et pourquoi on choisit un partenaire plutôt qu’un autre.

Explications non-économiques

L’explication à l’élargissent des circuits n’est pas une explication économique n’ayant rien à voir avec le profit. Ces explications vont être empruntées à l’économie orthodoxe mais aussi à l’économie du tout.

Le lien social

L’idée est que si on élargit un circuit économique cela est pour créer du lien social avec le partenaire lointain et différent qu’on intègre dans son circuit économique. Pour réfléchir sur cette hypothèse, il faut faire appel à la théorie des jeux. On considère trois types de jeux à savoir des jeux à sommes nulle, positive et négative. La plupart des jeux sont des jeux à somme nulle. Un jeu à somme nulle ne détruit ni de richesse ni n’en crée. Les jeux à somme négative vont qu’à la fin de la partie, il y a moins d’argent qu’au début de la partie mais dans ce cas, ce qui importe est la répartition des gains et des pertes. Un jeu à somme positive est un jeu dans lequel il y aurait plus d’argent à la fin sur la table qu’au début de la partie. Des jeux sont créateur de richesses comme les jeux à somme positive, des jeux sont destructeurs de richesses comme à somme négative et des jeux nulles comme les jeux à somme nulle. La question à se poser est de savoir si le commerce international est un jeu à somme positive, nulle ou positive ? Le commerce international créé t-il de la richesse, en détruit-elle ou ne change t-elle rien. On retrouve ces trois hypothèses.

Ce qui pose problème sont les cas ou le commerce international est un jeu à somme négative car le but du commerce n’est pas le profit. Dans le potlatch, il y a destruction de toutes les richesses échangées après l’échange. C’est la preuve que le but de l’échange n’est pas dans l’échange mais dans le type de lien que l’échange créé. Cette explication de l’élargissement de l’échange est très efficace pour les circuits de redistribution et de don contre don qui peuvent aller chercher un partenaire plus loin pour créer avec lui du lien social. Le don contre don suppose et entretient du lien social primaire, le circuit de redistribution met en place une communauté soumise à une communauté. L’autorité qui parvient à élargir le circuit augmente son territoire, le nombre de ses sujets et la taille de la communauté. Le commerce serait une façon de continuer la guerre par d’autres moyens.

Cela peut sembler une évidence pour la redistribution et le don contre don mais il faut penser que le marché fonctionne aussi de cette manière. La raison de la création de la CECA n’était pas une raison économique mais pour obliger les partenaires français et allemands à travailler ensemble, à faire en sorte qu’ils se connaissent, que des liens se crées, à faire en sorte que des liens d’interdépendances se mettent en place et éviter un troisième guerre mondiale. Le marché a été instrumentalisé, a été le premier pas pour créer du lien identitaire, internationale et diplomatique.

Le pouvoir

Le social n’est jamais très loin du politique et du pouvoir. On peut avoir une lecture plus négative et suspicieuse de cette instrumentalisation des échanges. L’extension du domaine de l’échange a des fonctions qui ne sont pas économiques mais celles-ci ne sont plus des fonctions sociales visant à créer du lien, de la paix et de la proximité symbolique, il s’agit plutôt de considérer que le commerce international est la continuation de la guerre par d’autres moyens en établissant de la puissance du pouvoir et de la coercition. Le don est toujours une prise de pouvoir tout comme la dette puisqu’on est débiteur de celui qui a fait crédit.

L’hypothèse est que l’échange ne produit pas de richesses dans un jeu à somme nulle. Si le jeu du commerce international et un jeu à somme nulle, si quelqu’un rompt avec cette règle, cela signifie qu’il y a un perdant. Si quelqu’un est ravie de l’échange international, s’enrichie grâce à l’échange international et promeut l’échange international, cela à pour égal et symétrie que quelqu’un perd de l’argent et de la puissance. Dans cette optique,l’échange international est quelque chose de dangereux à causes de pertes occasionnées mais comme ces pertes se résolvent dans de la dette, l’enjeu est peut être moins dans l’économie négative de l’échange que dans la dépendance politique que l’échange crée.

Le risque de l’échange est dans la situation de dépendance dans laquelle il va mettre au moins l’un des deux partenaires. Cette dépendance est celle de la dette et il est aussi dans le fait que si on cesse de produire quelque chose et qu’on se spécialise dans un autre domaine qui est la garantie des gains de productivité, on devient dépendant de l’étranger. Lorsque cette dépendance porte sur l’énergie ou sur la nourriture, si les importations cessent d’être fournies, c’est la survie même du pays qui risque d’être remise en cause.

Du point de vue des mercantilistes, cela a deux conséquences. Il faut promouvoir les exportation et réduire au maximum les importation : dès qu’on exporte, on gagne de l’or ; lorsqu’on importe on perd de l’or. Toute importation se traduit par un appauvrissement du pays en question. Cette solution est encore optimiste dans le sens ou on pense que son pays peut gagner. Si on pense que cela n’est pas possible, la seule solution est le protectionnisme. Cette idée a été théorisée par Litz qui a essayé de proposer une théorie du protectionnisme. Son argument est simple : l’Angleterre fut la première nation à s’industrialiser ce qui lui a permis de produire à bas coût et de bonne qualité au contraire de la France et de l’Allemagne. Les produits britanniques étaient de meilleure qualité et moins cher que ses concurrents. Sur le plan de la concurrence, l’industrie allemande n’avait aucune chance de vendre sa production et de se développer. Pour se prémunir de ce risque et de la domination politique et économique, Litz propose de fermer les frontières afin de permettre le développement dans les pays qui étaient moins avancés. C’est l’idée qu’il y a des moments où il faut protéger l’économie nationale tout simplement parce qu’elle n’est pas concurrentielle.

Les grands promoteurs du libre-échange ont été l’Angleterre et les États-Unis qui sont les deux pays qui ont dominés successivement le commerce international. Dans la guerre économique qu’est le commerce international, ce sont les plus forts qui dominent. Les pays qui ne disposent pas de la même productivité et qui ne n’offrent pas les mêmes produits doivent se fermer au commerce international pour éviter de s’appauvrir et pour éviter que leur industrie ne s’enferme pas dans une phase primitive. Il y a toujours quelqu’un qui tire profit de l’échange, l’échange se fait toujours au détriment de l’un des deux partenaires. La question est de savoir qui impose les prix et les conditions de l’échange. Dans l’échange un partenaire est plus puissant que l’autre et qui est en mesure d’imposer ses conditions. L’échange tend à creuser les inégalités parce qu’il va participer à l’enrichissement du pays le plus riche et à l’appauvrissement du pays du plus pauvre. À plusieurs reprises, on s’est servie du commerce international comme un moyen de faire pression. Un exemple est l’embargo de Cuba et l’embargo du blé imposé par les États-Unis à l’URSS suite à l’invasion de l’Afghanistan. Cette méfiance vis-à-vis du commerce internationale et des dangers qu’il suppose légitime le repli et le protectionnisme et légitime également des effets de bloc. Cela pousse à échanger avec les pays vis-à-vis desquels on a une certaine confiance et se méfier de ceux qui sont hostiles. Il y a un rapport entre l’identité politique, culturelle, sociale et l’élargissement. On se méfie dans les unions économiques des partenaires.

La recherche du profit

Smith : la spécialisation et l’avantage absolu

Ricardo : l’avantage comparatif

Quels avantages comparatives

Le cas des échanges d’indisponibilité

Ricardiens et néo-ricardiens : HOS, cycle de produit, demande

Rendements croissants et avantages comparatifs

Le problème des rendements croissants

Le verrouillage de l’avantage comparatif

Histoire vs anticipation

Contestations (néo)marxistes et altermondialistes

Critique marxistes et néomarxites

Critique altermondialistes

Conclusion

Références


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