Les entreprises en concurrence parfaite
Concepts clés :
Marché concurrentiel
Preneurs de prix
Recette totale
Recette moyenne
Recette marginale
Profit
Fermeture
Sortie
Coût irrécouvrable
Offre de marché
Profit normal
Profit anormal
Mankiw et Taylor, chapitre 14.
I. QU’EST-CE QU’UN MARCHE CONCURRENTIEL ?
La concurrence se réfère à une situation où il existe des entreprises rivales qui produisent un même bien, ce qui permet au consommateur de faire un choix.
Nous pouvons résumer ce que représente la concurrence de manière suivante :
- Lorsqu’il y a plus d’une firme qui offre un bien similaire il y a concurrence.
- La concurrence repose également sur l’existence de biens substituts. Par exemple, les marchés du gaz et de l’électricité sont distincts mais il existe des possibilités pour les consommateurs de substituer des plaques de cuisson électriques à des plaques de cuisson au gaz.
- La concurrence augment avec le degré de substituabilité entre les biens.
- Les entreprises peuvent influencer le degré de concurrence par le biais des relations qu’elles construisent avec les consommateurs, en encourageant certaines habitudes de consommation, en fournissant des services après vente et ainsi de suite.
Un marché concurrentiel a deux caractéristiques :
- Il y a de nombreux acheteurs et de nombreux vendeurs sur le marché.
- Les biens offert par les différents vendeurs sont largement similaires (s’ils sont identiques, on parle de biens « homogènes »).
Un marché concurrentiel est un marché regroupant de nombreux acheteurs et vendeurs qui échangent des produits identiques de sort que chaque acheteur et vendeur est preneur de prix.
Dans un marché parfaitement concurrentiel, on peut aussi ajouter deux autres caractéristiques :
- Les firmes peuvent entrer et sortir librement du marché.
- Il existe une grande quantité d’information disponible gratuitement pour les acheteurs et les vendeurs.
Les preneurs de prix sont des vendeurs et des acheteurs sur des marchés concurrentiels qui n’ont pas d’autre choix que d’accepter le prix déterminé par le marché.
Exemple : le marché du lait.
II. LA RECETTE D’UNE FIRME CONCURRENTIELLE
- La recette totale est égale au prix de vente d’un bien multiplié par la quantité de biens vendue.
Recette totale = Prix X Quantité
Soit, RT= P x Q
- La recette moyenne est le rapport de la recette totale sur la quantité vendue.
On a donc, Recette moyenne = Recette totale / Quantité
Soit, R= RT / Q
En régime de concurrence, la recette moyenne est égale au prix du bien.
- La recette marginale est la variation de la recette totale résultant de la vente d’une unité supplémentaire de bien.
On a donc, Recette marginale = Variation recette totale / Variation quantité
Soit, RMA= ΔRT / ΔQ
En régime de concurrence, la recette marginale est égale au prix du bien.
III. LA MAXIMISATION DU PROFIT ET LA COURBE D’OFFRE D’UNE ENTREPRISE CONCURRENTIELLE
L’objectif d’une entreprise concurrentielle est de maximiser son profit, qui est égal à sa recette totale moins son coût total.
Par conséquent, la firme produit une quantité telle qu’elle maximise la différence entre la recette totale et le coût total.
A. Le profit
Le profit (π) est la différence entre les recettes totales et les coûts totaux, qui dépendent de la quantité produite et vendue.
π (q) = RT - CT(q)
Son profit moyen est : πM (q) = RM – CM(q)
Son profit marginal est : πMA (q) = RMA – CMA(q)
B. La maximisation du profit : un exemple
Si la firme produit 1 litre, elle réalise un profit de 1€.
Pour maximiser son profit, la firme doit choisir la quantité qui rend son profit le plus grand possible. Par exemple, le profit est maximisé quand la firme produit 4 ou 5 litres, c’est-à-dire lorsque le profit monte à 7€.
La dernière colonne montre les variations du profit pour chaque litre de lait supplémentaire produit. Le premier litre de lait rapporte une recette marginale de 6€ et il a un coût marginal de 2€, donc la production de ce litre augmente le profit de 4€ (il passe de -3 à 1€).
Cf. tableau slide n°6.
Remarque :
On peut trouver la quantité qui maximise le profit en comparant la recette marginale et le coût marginal pour chaque unité produite. Lorsque ceux-ci sont égaux, on trouve la quantité qui maximise le profit.
- Quand le revenu marginal est supérieur au coût marginal, la quantité augmente.
Rm > Cm augmentation de Q
- Quand le revenu marginal est inférieur au coût marginal, la quantité diminue.
Rm < Cm diminution de Q
Quand le revenu marginal est égal au coût marginal, la quantité maximise le profit.
Rm = Cm Q maximise le profit
A noter que les firmes concurrentielles sont preneuses de prix. Le prix des matières premières sont fixés sur des marchés internationaux de sorte qu’une firme individuelle n’a pas le pouvoir d’influencer le prix.
Lorsque le prix est égal à P1, la firme produit une quantité Q1, qui égalise le coût marginal au prix.
Lorsque le prix passe à P2, la firme constate que la recette marginale est plus élevée que le goût marginal au niveau de production précédent, donc la firme augmente son niveau de production.
Par essence, comme la courbe de coût marginal de la firme détermine la quantité de bien qu’elle a la volonté d’offrir à n’importe quel prix, elle est la courbe d’offre concurrentielle.
C. La décision de fermeture de la firme à court terme
Nous devons faire la distinction entre fermeture temporaire d’une firme et la sortie définitive du marché de cette dernière.
Une fermeture renvoie à la décision de court terme de ne rien produire pendant une période donnée du fait des conditions courantes de marché.
La sortie fait référence à une décision de long terme de quitter le marché.
Cela signifie qu’une firme qui quitte le marché à court terme paie ses coûts fixes, tandis qu’une firme qui quitte définitivement le marché paie les coûts fixes et les coûts variables.
Imaginons un fermier. Le coût des terres est l’un des coûts fixes de l’agriculteur. S’il décide de ne rien récolter durant une saison, la terre reste en jachère et il ne peut pas récupérer le coût fixe. Lorsque l’on prend une décision à court terme relative à la fermeture potentielle pour une saison, le coût fixe de terre est appelé coût irrécouvrable.
Coût irrécouvrable : coût qui a déjà été engagé et qui ne peut pas être récupéré.
A l’opposé, si le fermier décide d’abandonner complètement ses cultures, il peut vendre son terrain. Lorsqu’il prend cette décision de long terme de sortir du marché, le coût de la terre n’est pas irrécouvrable.
Si la firme ferme, elle perd toutes les recettes résultant de la vente de son produit. Mais d’un autre côté, elle économise ses coûts variables (tout en continuant de payer les coûts fixes).
La firme ferme si la recette qu’elle aurait obtenue en produisant est inférieure au coût variable de la production.
Soit, lorsque,
- RT < CV
- RT / Q < CV / Q
- P < CVM
La courbe d’offre de la firme à court terme est la partie de la courbe de coût marginal au-dessus du coût moyen variable.On peut alors définir un seuil de fermeture, qui serait égal au coût moyen variable minimum.
PSF = CMVmin
D. La décision de long terme d’une firme de sortir ou de rentrer sur un marché
Si la firme sort, elle perd une fois de plus toutes les recettes résultant de la vente de son produit mais elle économise à la fois sur les coûts fixes et les coûts variables de production.
La firme quitte le marché si la recette qu’elle retirerait de la production est inférieure à ses coûts totaux.
Soit, lorsque,
- RT < CT
- RT/Q < CT/Q
- P < CMT
Le critère d’entrée sur le marché d’une firme est alors :
P > CMT
Le critère d’entrée est exactement l’opposé du critère de sortie.
La courbe d’offre de long terme est la portion de courbe de coût marginal au-dessus du coût moyen total.
E. La représentation graphique de la mesure du profit d’une firme concurrentielle
Rappel :Profit = Recette totale – coût total
Soit,
- Profit = RT - CT
- Profit = (RT/Q – CT/Q) x Q
- Profit = (P – CMT) x Q
Cette dernière manière d’exprimer le profit d’une firme nous permet d’en obtenir une mesure graphique.
IV. LA COURBE D’OFFRE SUR UN MARCHE CONCURRENTIEL
A. Le court terme : l’offre de marché avec un nombre de firmes fixes
L’offre de marché est égale à la somme des quantités offertes sur le marché par les firmes individuelles.
À court terme, le nombre de firmes est fixe.
Pour chaque niveau de prix, chaque firme offre une quantité produite tel que le prix est égal au coût marginal.
La courbe d’offre du marché est la somme (horizontale) des courbes de coût marginal des firmes individuelles.
B. Le long terme : l’offre de marché avec une entrée et sortie
Intéressons-nous à ce qui arrive si les firmes ont la possibilité d’entrer ou de sortir du marché. Supposons que toutes les firmes ont accès à la même technologie pour produire le bien et qu’elles accèdent au même marché pour acheter les facteurs de production requis. De ce fait, toutes les firmes installées et tous les entrants potentiels ont les mêmes courbes de coûts.
- L’entrée de firmes sur le marché accroitra le nombre de firmes, augmentera la quantité du bien produit et conduira à la baisse des prix et des profits.
- Leur sortie réduira le nombre de firmes, diminuera la quantité de biens offerte et poussera à la hausse les prix et les profits.
A la fin de ce processus d’entrée et de sortie, les firmes qui restent sur le marché doivent faire un profit économique nul.
Rappelons que : Profit = (P – CMT) x Q
Avec l’aide de cette formule, nous pouvons dire qu’une firme réalise un profit nul lorsque le prix du bien est égal au coût moyen total de la production.
- Si le prix est au-dessus du coût moyen total, alors le profit est positif ; ce qui entraîne l’entrée de nouvelles firmes.
- Si le prix est en-dessous du coût moyen total, alors le profit est négatif ; ce qui incite certaines firmes à sortir.
Le processus d’entrée et de sortie s’arrête seulement lorsque le prix et le coût moyen total deviennent égaux.
Les nouvelles firmes n’ont aucune incitation à entrer dans le marché et les firmes installées n’ont aucune incitation à quitter le marché dès lors que le profit est nul, c’est à dire que le prix est égal au minimum du coût moyen.
Le nombre de firmes sur le marché s’ajuste tel que le prix soit égal au minimum du coût moyen.
L’équilibre concurrentiel de long terme avec libre entrée et sortie nécessite que les firmes fonctionnent à la taille minimale efficiente.
C. Pourquoi les firmes concurrentielles restent-elles en activité si elles réalisent un profit nul ?
Rappelons que le profit est égal à la recette totale oins le coût total, et que ce coût total inclut l’ensemble des coûts d’opportunité de la firme.
En particulier, le coût total comprend le coût d’opportunité du temps et de l’argent que les propriétaires des firmes consacrent à leur projet. A l’équilibre de profit nul, la recette de la firme doit rémunérer les propriétaires pour le temps et l’argent qu’ils dépensent à faire fonctionner l’entreprise.
Imaginons le cas d’un agriculteur. Supposons qu’il ait investit 1 million d’euros dans sa ferme, somme qu’il aurait pu déposer dans uns banque pour gagner 50 000 € par an d’intérêt. Par ailleurs, il a dû renoncer à un autre travail qui lui aurait permis de gagner 30 000 € de revenu par an.
- Le coût d’opportunité de l’agriculteur comprend à la fois l’intérêt et les salaires sacrifiés, soit 80 000€.
- Cette somme doit être intégrée comme faisant partie des coûts totaux de l’agriculteur.
Un profit normal est le montant minimum requis afin de maintenir les facteurs de production dans leur usage actuel.
Les comptables ne mesurant pas le profit de la même manière (ils ne prennent pas en compte les coûts implicites, mais seulement les coûts explicites), à l’équilibre de profit nul, le profit économique est nul, mais le profit comptable est positif.
Par exemple, le comptable de notre agriculteur conclurait que ce dernier perçoit un profit comptable de 80 000 €, ce qui est suffisant pour continuer son activité.
A court terme, comme nous pouvons le voir, le profit peut être supérieur à zéro ou au profit normal : on parle alors de profit anormal.
Un profit anormal est un profit supérieur au profit normal.
D. Un déplacement de la demande à court terme et à long terme
Comme les firmes peuvent entrer et sortir d’un marché à long terme mais pas à court terme, la réaction du marché à un changement dans la demande dépend de l’horizon temporel.
Prenons exemple du marché du lait.
L’équilibre de long terme est le point A, la quantité vendue sur le marché est Q1, et le prix est P1.Supposons que les scientifiques découvrent un effet miraculeux du lait sur la santé. La courbe de demande se déplace vers la droite, de D1 à D2, comme sur cette planche. L’équilibre de court terme se déplace du point A au point B, et finalement la quantité augmente de Q1 à Q2, et le prix augmente de P1 à P2.
Toutes les firmes installées réagissent au prix plus élevé en augmentant la quantité produite.
Au nouvel équilibre de court terme, le prix du lait excède le coût moyen total et les perçoivent un profit positif.Au cours du temps, le profit sur le marché incite de nouvelles firmes à entrer. A mesure que le nombre de firmes grandit, la courbe d’offre de court terme se déplace vers la droite de S1 à S2 comme sur cette planche, et ce glissement induit une baisse du prix du lait. Finalement, le prix est ramené au coût moyen variable, les profits sont nuls et les firmes cessent d’entrer. Ainsi le marché atteint un nouvel équilibre, qui est le point C. Le prix du lait est revenu à P1, mais la quantité produite est passée à Q3.
Il y a plus de firmes sur le marché, et donc plus de quantité de lait vendue.
E. Pourquoi la courbe d’offre de long terme pourrait-elle avoir une pente positive ?
Certaines ressources utilisées dans la production ne pourraient être disponibles qu’en quantités limitées.
Les firmes pourraient avoir des coûts différents.
La firme marginale est la firme qui sortirait du marché si le prix était à peine plus faible.