Les circuits et leurs géographies

De Baripedia

Le cadre théorique du circuit économique soulève le problème des circuits économique et leur géographie. Nous allons présenter ce qu’est un circuit économique et d’en établir les caractéristiques géographiques.

Les circuits économiques

L’économie et son circuit

Un circuit économique est composé de deux éléments à savoir des pôles et des flux. On distingue deux types de pôle qui sont le pôle de consommationet le pôle de production. Entre les pôles, les moments, les lieux et les acteurs de la production et de la consommation, il y a des échanges qui peuvent être des échanges matériels ou immatériels. Dans cette interaction, il y a quatre types de flux entre les pôles de consommation et de production qui sont les flux de biens et de services, des flux monétaires, des flux de travail ainsi que des flux d’information.

Il est important de savoir dans l’histoire des idées d’où vient ce concept du circuit économique ? Le premier à penser au circuit économique est François Quesnay en 1758 qui travaillait dans la mouvance des physiocrates. Les physiocrates étaient des penseurs en économie politiques qui élaboraient une réflexion sur la richesse des nations. Les interactions entre les pôles et les flux renvoient à l’idée du corps humain. La société fonctionnerait de la même façon. C’est une vision organiciste comme si la société était un corps avec des organes et qu’il y avait des échanges. Une métaphore organiciste n’est jamais innocente. Il faut ce méfier des métaphores organicistes en sciences-sociales. Comparer la ville à un corps est une vision de la ville quiimplique des politiques et des pratiques qui ne sont pas anodines.

Cela permet de réfléchir sur l’économique qui est définit comme la production, la consommation et l’échange des biens rares. Ce qui est important est de souligner qu’il n’y a pas de que les biens qui circulent à savoir des services, de l‘information, du travail et de l’argent.

Des circuits simples aux circuits complexes

Il est possible de complexifier le circuit. Dans le cas précédent, on était dans une économie non monétaire alors que désormais on intègre des notions qui complexifient l’économie qui devient monétarisée. Leséchanges se multiplient. Parfois il y a une superposition des pôles de production et de consommation. Il y a derrière l’idée de la production de masse et de la consommation de masse que l’on retrouve notamment dans le fordisme.

Il est possible d’envisager des circuits économiques plus complexes. Il n’y a plus deux pôles mais il y en a quatre. Des institutions jouent un rôle intermédiaire entre ces pôles avec une administration et des institutions privées et financières. On obtient des matrices qui deviennent très compliquées. Ce circuit économiques a être complexifié jusqu’à se rendre compte ce qu’est l’économie et la société.

Il faut se poser la question de la localisation des pôles de production et de consommation qui est un aspect important de la géographie économique et il faut se poser la question de la direction de ces flux dans le cadre d’une géographie des échanges. Ce qui est intéressent est de savoir pourquoi ces flux se mettent en place et quelle est leur orientation.

Le glissement à travers ces exemples n’est pas anodin. Le paradigme de l’iceberg n’est pas une théorie économique mais une image qui est intéressante qui est l’idée que dans le domaine de l’économie, on ne voit que la partie immergée de l’iceberg, c’est-à-dire qu’on ne voit que l’économie de marché, ce qui passe par un échange économique et monétarisé soit le capitalisme et le salariat. La plupart de théories sont des théories qui théorisent les marché et la plupart des indicateurs économiques portent sur le marché et ses composantes alors que ce n’est qu’une toute petite partie de l’économique parce qu’il y a de nombreuse éléments qui se passent en dehors de l’économie de marché ne répondant pas forcément à la loi de l’offre et de la demande. En d’autres termes, toute une série d’aspect de l’économie se passent en dehors de l’économie de marché. À cause de cette partie immergée, il y a une sorte de myopie qui nous dissimule l’essentiel du champ économique.

Le marché est une façon de réguler et d’organiser l’économique. Selon les travaux d’anthropologues, il est possible d’en distinguer trois :

  • le marché ;
  • le don contre don ;
  • la redistribution.

En prenant ces trois types de régulation de circuit, on obtient une vue a peu prêt complète des échanges et de la consommation et de la production de biens rares. Il est très difficile de mesure la part dans l’économie de chacun de ces modes de régulation à cause précisément que le fait que les seuls chiffrent dont on dispose proviennent de l’économie de marché car ils mesurent que ce qui est visible relevant de l’économie de marché. Il est possible de partir de l’hypothèse que quelque soit la société étudiée, l’économie de marché n’assure qu’une part minoritaire des échanges économiques, de la production et de la consommation.

La régulation des échanges

Don contre don

Le système du don contre don est premier sur le plan anthropologique, d’une part parce que c’et le premier système de l’économie qui a existé et aussi parce qu’il serai fondateur de l’économique et de la société en tant que tel. Le don contre don est un système d’échange qui se caractérise par différents éléments :

  • l’échange est alterné mais différé dans le temps : le don appel toujours un contre don et le contre don a lieu après a un autre moment.
  • c’est un échange librement consenti : c’est ce qu’on appel l’inégalité alternée du marché.

Néanmoins, cela est plus compliqué que cela. Mauss dans Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés primitives publié en 1924 parle du « Mystère anthropologique » du don qui serait l’énigme sur laquelle les anthropologues ne cessent de butter. Ce mystère anthropologique est formalisé comme étant une « obligation libre ». Ce qui caractérise le don contre don est qu’il y a une obligation de donner et qu’il y a une obligation d’offrir. L’obligation va aussi également être dans le fait qu’on a pas le droit de refuser un cadeau qui est l’obligation de recevoir.

Le don sous les apparences de la liberté est extrêmement codifié et normé. Le don, parce qu’il crée de l’obligation et parce que l’obligation est décalée dans le temps, cela crée du lien social. Il y a un lien de débit et de crédit infini. Du point de vue économique, cela ne fait pas de sens. Dans le don contre don, il y a quelque chose de contreproductif qui peut être assimilé à un gâchis économique. C’est pourquoi c’est un mystère anthropologique. Il ne faut pas penser que le don contre don soit un exemple anecdotique. Il y a l’idée que nous sommes tous des êtres fragiles et que l’aide est toujours donnée. Le don que l’on reçoit est quelque chose qui relève de l’ordre de la survie. Sur le plan économique, si on cherche à l’évaluer, cela est énorme. Selon certains chercheurs, le don contre don représenterait les trois quarts du PIB.

Les anthropologues ont analysé le phénomène du potlatch qui est une rencontre entre deux tribus qui vont s’offrir des cadeaux de plus en plus précieux jusqu’au moment où la tribus adverse ne peut pas rendre. Le potlatch est la continuation de la guerre par d’autres moyens. Dans certaines circonstances, les cadeaux sont brulé pour dire toute la dimension non utilitaire car c’est une pratique qui cherche seulement à créer du lien social. Le mouvement antiutilitariste en science sociale cherche à montrer que le don contre don sert à créer du lien et à faire de la société. Le don contre don n’a pas pour but de créer de la richesse mais il a pour but de créer du lien social. Il y a des moments où il faut sortir de l’économique afin de comprendre l’économique.

Le don contre don a été observé d’abord dans des sociétés d’ethnologues. Un exemple célèbre est l’exemple du rite de la kula dans le cadre du travail de Malinovski. La kula est un système de don contre don très complexe qui s’effectue dans l’ouest de l’Indonésie. Des bateaux vont quitter une île chargée de présents en direction d’autres îles. Les présents les plus précieux sont les dons de cochon. Quelque mois après, ou quelque années après, on va faire un don dans l’île d’à côté et ainsi de suite. Le système du don contre don est décalé dans le temps mais il est aussi indirect. On rend, il y a un contre don mais qui n’est pas destiné à la personne qui a émis le don mais à une tierce personne. L’intérêt de ce système complexe est de dissimuler la réciprocité du don et d’engager dans le don contre don non seulement deux acteurs mais aussi tout un groupe de peuples. Dans nos sociétés, il y a aussi des formes de don contre don compliquées et leur part est extrêmement importante.

Pour créer du don, il faut souvent personnaliser les relations. Comme le don crée du lien social, on donne beaucoup plus facilement à des gens que l’on connaît bien plutôt qu’à des gens que l’on connaît mal. Le don contre don est essentiel dans l’économie, c’est une énorme partie de la métaphore de l’iceberg. C’est une partie de l’économie où il y a très peu de théorie. Ce qu’on en sait est à travers les sociologues et les anthropologiques qui en travaillant sur les sociétés contemporaines montrent l’importance du don contre don.

Redistribution

Le circuit de redistribution fonctionne en deux temps. Comme dans le système du don contre don, il y a un décalage dans le temps. Dans un premier temps, on effectue un prélèvement dans une optique de redistribution. Ce qui caractérise le système de la redistribution est qu’il y a un moment de prélèvement et un moment de redistribution et contrairement au marché et au don contre don, cela suppose une autorité, ce n’est pas une participation librement consentie des acteurs. Il est possible de prélever de l’argent, du travail ou encore en nature. L’autorité peut être un roi, un gouvernement, une ville, une autorité religieuse, militaire ou économique. À la différence du système de marché du don contre don, une autorité va décider de prélever et va redistribuer. Le monde économique actuel est régi par le principe de redistribution. La redistribution dans nos sociétés est essentielle.

La redistribution joue aussi un rôle essentiel au sein des entreprises. Si l’économie de marché fonctionnait bien, il n’y aurait pas d’entreprise. L’entreprise n’est pas régulée par l’économie de marché, on obéit aux ordres. Au sein de l’entreprise on préfère internaliser plutôt qu’externaliser et régir par la régulation plutôt que par l’économie de marché. Au sein de chaque entreprise, l’économie est régulée par la redistribution. Une autorité dirige l’entreprise et décide des flux à l’intérieur de l’entreprise. Il faut comprendre que le champ de la régulation dans l’économie est colossal. Dans l’entreprise, on retrouve une autorité, un prélèvement et une redistribution.

La redistribution soulève la question de la justice des prélèvements ainsi que des principes de redistribution. Ce sont des décisions politiques. Faire appliquer ces décisions suppose une autorité, c’est un système coercitif. Ce n’est pas parce qu’on voit pas des formes purs de redistribution que le système de la redistribution n’est pas présent dans nos sociétés. L’autorité change de nature. Derrière al régulation et les systèmes régulés par la redistribution, il y a toujours une police qui est quelqu’un capable de faire appliquer la redistribution. Une de questions qui se pose toujours est la question de la justice. Le but de la redistribution n’est pas en soi la création de richesse mais la régulation de l’économie selon des principes décidés. La question de l’efficacité n’est pas première.

Marché

Ce qui caractérise l’économie de marché est une satisfaction immédiate et équilibrée, l’échange est symétrique et instantané, le lien se dissout immédiatement dès que l’échange et terminé. Le marché est aussi une mise en scène et tous les acteurs sont égaux. Le marché donne lieu à unetransaction et à une négociation. L’accord et absent de la redistribution et du don contre don. Pour le marché il y a un accord où l’anonymat est important supposant qu’il n’y a pas d’effet de pouvoir. La régulation par le marché ne suppose pas nécessairement l’utilisation d’une monnaie. Il existe de nombreux autres marchés comme le marché noir, le marché gris ou le marché souterrain qui est des marchés interdits ou dissimulés. Ce qu’onobserve dépend de l’outil d’observation. Les mesures qu’on utilise pour quantifier le marché sont des indicateurs de surface qui ne prennent pas en compte la face immergée de l’iceberg.

Il est intéressant que le marché physique ait servie de métaphore afin de désigner le principe même de son organisation et des marchés virtuels. Le marché physique a donné lieu à des études sociologiques et anthropologiques qui analysent le comportement des acteurs. Cela permet aussi d’aller à l’encontre de l’idée que le marché serait comme un mode naturel d’organisation de l’économie ou comme le mode normal de l’économie quand elle n’est pas organisée.

Les études historiques montrent que les marchés ont été mis en place, régulés avec des dispositifs coercitifs qui ont eu du mal à s’imposer au départ. Cela s’appui sur une intervention très présente et pressente de la puissance publique qui fixe un jour précis, des horaires, une allocation des places, avec des législations particulières sur le fait d’afficher le prix des produits, le fait que les balances doivent être justes et contrôlées. Toute une série de textes et de législations rendent le fonctionnement du marché possible. La puissance publique va intervenir afin d’imposer le système de marché comme mode de régulation de l’économie. La myopie laisse croire que le mode d’organisation naturel serait l’économie de marché. En réalité, les plus anciens systèmes de circulation de richesses et de circuits économiques étaient le système de don contre don et le système de régulation. L’idée de marché a existée avant le marché. C’est parce qu’on à cru à l’intérêt du système de marché qu’a été mis en place ce type de structure.

La raison du succès de cette institution récente s’explique par des qualités qu’il possède que le don contre don ne permet pas ou que la redistribution n’autorise pas. Parmi les grands points de différence, il y a le fait qu’il ne dépend pas d’une autorité mais qu’il dépend de l’accord des participants [1], il donne lieu à une satisfaction mutuelle et instantanée des partenaires [2], il ne suppose pas et ne crée pas nécessairement du lien social avec l’idée d’anonymat des acteurs [3]. Le système de la redistribution suppose une identité commune puisque ce système suppose qu’on se soumet à une autorité commune qui est celle de la communauté dont on sort une identité. Dans le cadre du don contre don, il n’y a pas d’autorité parce que le lien est directe alors que dans le cadre du marché il n’y a pas de lien entre les partenaires et l’échange est soldé instantanément parce qu’il n’y a pas de décalage dans le temps au contraire dans le don contre don où ce qui crée du lien est la dette.

Les échelles du circuit

Le concept d’économie-monde : Braudel et Wallerstein

Le gradient de l’échange : Sahlins et Chaunu

Les premières mondialisations : XVIIIème siècle – XIXème siècle

L’essor du commerce international : XIXème siècle – XXIème siècle

Conclusion

Références


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