« Le globalisme d'inspiration marxiste » : différence entre les versions
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==== '''Vers la fin du système-monde capitaliste''' ==== | ==== '''Vers la fin du système-monde capitaliste''' ==== | ||
Wallerstein | Immanuel Wallerstein soutient que le système-monde capitaliste est entré dans une '''phase terminale''', marquée par des crises économiques récurrentes, des tensions politiques croissantes et des inégalités globales toujours plus profondes. Ces symptômes, loin d’être des perturbations temporaires, reflètent selon lui l’épuisement structurel de ce mode de production. Après plusieurs siècles de domination, le capitalisme mondial semble incapable de surmonter les contradictions internes qui ont permis son expansion mais qui menacent désormais son existence. | ||
Pour lui, la fin de chaque cycle hégémonique | Les crises économiques récurrentes, telles que les crises financières de 2008 ou les déséquilibres systémiques liés à la mondialisation, illustrent l’incapacité du capitalisme à maintenir une croissance soutenue sans générer d’importantes inégalités. Les mécanismes d’accumulation du capital, fondés sur l’exploitation des travailleurs et des périphéries, se heurtent aux limites environnementales, sociales et économiques du système. Ces tensions s’accompagnent de bouleversements politiques, tels que la montée des populismes ou le recul des institutions internationales, qui témoignent d’un affaiblissement de l’ordre libéral établi. | ||
Contrairement à Karl Marx, qui prévoyait le remplacement inévitable du capitalisme par le socialisme, Wallerstein n’offre pas une vision claire de ce qui émergera après la fin du système-monde capitaliste. Il rejette les prédictions déterministes et insiste sur la complexité et l’imprévisibilité des transitions historiques. Pour lui, la période actuelle est une '''bifurcation''', où de multiples scénarios sont possibles. Le nouvel ordre mondial qui émergera dépendra des choix collectifs et des forces sociales qui influenceront cette transition. | |||
Wallerstein souligne que la situation actuelle est sans précédent dans l’histoire du système-monde. Si la fin de chaque cycle hégémonique a été accompagnée de bouleversements majeurs, la crise actuelle diffère par son '''échelle mondiale''' et la profondeur des tensions qu’elle engendre. Les précédentes transitions hégémoniques — des Provinces-Unies au Royaume-Uni, puis aux États-Unis — ont toujours permis au capitalisme de se réorganiser et de poursuivre son expansion. Cependant, la phase terminale actuelle du système semble remettre en question les fondements mêmes du capitalisme, notamment en raison des limites environnementales, des déséquilibres démographiques et des défis technologiques. | |||
Historiquement, le capitalisme a démontré une capacité remarquable à absorber les forces contestataires et à intégrer les opposants dans ses structures. Les mouvements sociaux, les revendications nationalistes ou les crises idéologiques ont souvent été neutralisés par des concessions partielles ou par la création de nouvelles institutions compatibles avec le système. Mais cette capacité d’adaptation semble désormais atteinte, car les contradictions structurelles du capitalisme touchent l’ensemble de ses dimensions : économique, sociale, politique et environnementale. | |||
Wallerstein appelle à une '''réflexion collective''' pour influencer cette transition. Contrairement à une évolution naturelle ou déterminée, il insiste sur le rôle des choix humains dans la création d’un nouvel ordre mondial. La fin du capitalisme ne garantit pas l’émergence d’un système plus juste ; elle pourrait également donner lieu à un ordre encore plus inégalitaire ou autoritaire si les forces progressistes ne parviennent pas à imposer leurs visions. Il s’agit, selon lui, d’une opportunité historique pour construire un système plus démocratique et égalitaire, capable de dépasser les injustices structurelles héritées du capitalisme. | |||
Wallerstein ne propose pas de modèle unique ou d’idéologie spécifique pour guider cette transition. Au lieu de cela, il encourage une pluralité de perspectives et une mobilisation mondiale pour repenser les fondements des relations économiques et sociales. Ce processus, bien qu’incertain et conflictuel, offre une chance unique de transformer le système-monde dans une direction plus inclusive et durable. | |||
La fin du système-monde capitaliste, telle que décrite par Wallerstein, n’est pas une simple conclusion, mais un '''tournant historique'''. Elle ouvre un espace pour l’innovation sociale et politique, mais également pour de nouvelles formes de domination et d’exclusion. Ce moment de crise constitue un appel à l’action, une invitation à imaginer et à construire un avenir qui ne reproduise pas les inégalités du passé. Si la fin du capitalisme semble inévitable, l’avenir reste à écrire, et le défi est de taille : créer un système qui réponde aux besoins humains tout en respectant les limites écologiques et en assurant une justice sociale à l’échelle mondial | |||
== Fin du système actuel de l'économie-monde capitaliste : pourquoi change t-on de système ? == | == Fin du système actuel de l'économie-monde capitaliste : pourquoi change t-on de système ? == | ||
Version du 28 décembre 2024 à 21:29
Le marxisme s'inscrit dans une opposition dialectique au libéralisme, qu'il considère comme la structure idéologique centrale du capitalisme moderne. Le libéralisme, en défendant l'État bourgeois, les droits de propriété et l'individualisme, garantit la pérennité du capitalisme tout en masquant ses contradictions internes. Marx dénonce cette façade idéologique en révélant les inégalités fondamentales qu'elle dissimule, notamment entre dominants et dominés, riches et pauvres, exploiteurs et exploités.
L’analyse marxiste de la réalité sociale repose sur une lecture des dynamiques de classe. Pour les marxistes, l’histoire humaine est une succession de luttes, façonnée par les changements dans les modes de production et les relations économiques. Ce récit historique met en lumière non seulement les mécanismes d’oppression, mais aussi les possibilités d’émancipation collective. En ce sens, le marxisme ne se limite pas à une critique de l’ordre existant : il aspire à son dépassement.
Dans cette lignée, Immanuel Wallerstein décrit la crise actuelle du capitalisme comme une crise structurelle. Selon lui, « le système [capitaliste mondial moderne] est en réalité incapable de survivre », marquant la fin inéluctable du capitalisme et l'émergence d'un système post-capitaliste. Ce diagnostic soulève une question essentielle : quelles forces façonneront ce nouvel ordre mondial, et quelles en seront les implications pour les sociétés humaines ?
Dans un contexte de mondialisation accélérée, où les inégalités sociales et économiques se creusent à l’échelle globale, le globalisme d’inspiration marxiste offre une critique puissante et nécessaire de l’ordre établi. Ce cours explore les fondements théoriques de cette perspective, ses implications pratiques et les débats qu’elle continue de susciter, en invitant à une réflexion sur l’avenir du système mondial.
La réflexion sur l'inégalité et le marxisme
Rousseau et la critique de l’État comme origine de la guerre
Jean-Jacques Rousseau, dans sa critique des théories de Thomas Hobbes, propose une vision profondément différente de la nature humaine et de l’origine des conflits. Là où Hobbes voit l’état de nature comme une condition de guerre perpétuelle, un « chacun contre tous », Rousseau défend l’idée que la guerre n’est pas une condition inhérente à l’humanité, mais une création des institutions étatiques. Pour lui, « il n'y a point de guerre entre les hommes : il n'y en a qu'entre les États », soulignant ainsi que le conflit armé est indissociable de la construction politique.
Dans la conception rousseauiste, l’état de nature correspond à celui du « bon sauvage », où les individus vivent dans une relative harmonie, guidés par leurs besoins simples et leur instinct de préservation. Ce n’est qu’avec l’émergence de la société organisée et des États que la guerre devient un outil institutionnalisé. Les États, en cherchant à affirmer leur pouvoir et à protéger leurs intérêts, transforment la violence en un mécanisme collectif et systémique, dépassant les volontés individuelles et les besoins naturels des hommes.
Ainsi, pour Rousseau, la guerre est intimement liée à la consolidation des structures étatiques. Elle n’est pas le produit des relations humaines, mais le résultat d’un système politique conçu pour dominer et rivaliser. Cette critique du rôle de l’État ouvre une réflexion sur la nature artificielle de nombreux conflits et sur les liens entre pouvoir politique, inégalités et violence organisée.
Marx et Engels : la lutte des classes comme moteur des relations internationales
Karl Marx et Friedrich Engels proposent une vision révolutionnaire des relations humaines et internationales, fondée sur l’idée que l’histoire est avant tout déterminée par les conflits de classe. Ils affirment que « le jour où tombe l'antagonisme des classes au sein d'une même nation, tombe également l'hostilité entre les nations », liant la dynamique des conflits nationaux à celle des antagonismes de classe.
Contrairement aux libéraux classiques, qui attribuent la paix à la généralisation des systèmes républicains et démocratiques, Marx et Engels soutiennent que seule l’abolition des classes et le dépassement du capitalisme permettront d’éliminer les conflits entre nations. Pour eux, les divisions nationales et internationales sont une extension des rapports de domination inhérents au système capitaliste. Tant que la lutte des classes persiste au sein des nations, les rivalités internationales, alimentées par les intérêts économiques des élites, continueront à générer des tensions et des guerres.
Les marxistes rejettent donc l'idée que les relations internationales soient simplement des relations entre États souverains. Ils les interprètent comme des relations interclasses, où les mécanismes de domination et d’exploitation économique se transposent à l’échelle mondiale. Ainsi, les nations riches et industrialisées représentent les classes dominantes globales, tandis que les nations pauvres ou en développement incarnent les classes exploitées et dominées. Ce schéma reflète à l’échelle internationale la dynamique des centres et des périphéries, dans laquelle les pays capitalistes avancés exploitent les ressources humaines et naturelles des périphéries pour maintenir leur hégémonie.
Cette transposition de la lutte des classes sur la scène internationale met en lumière les inégalités structurelles du système économique mondial. Elle offre également une critique radicale des institutions internationales, souvent perçues par les marxistes comme des outils au service des intérêts des classes dominantes. En cela, Marx et Engels appellent à une transformation systémique, non seulement au niveau national, mais aussi global, afin d’éradiquer les sources mêmes des conflits et de l’exploitation.
Analyse du capitalisme et ses contradictions
Pour Marx, l’infrastructure économique d’une société est composée de deux éléments interdépendants : les forces productives et les rapports de production. Les forces productives englobent l’ensemble des moyens matériels et humains nécessaires à la production : les technologies, les outils, les machines, mais également la force de travail des individus, qu’il s’agisse de sa quantité ou de ses qualités (compétences, savoir-faire). Ces forces productives définissent le niveau de développement économique et technologique d’une société. Cependant, elles ne fonctionnent pas indépendamment, car elles sont encadrées par les rapports de production, qui déterminent la manière dont la production est organisée et contrôlée. Ces rapports incluent les relations sociales établies entre les individus au sein du processus productif, ainsi que les structures de propriété qui régissent l’accès aux moyens de production.
Dans le capitalisme, ces rapports de production sont caractérisés par une division fondamentale entre deux classes sociales principales : les capitalistes, qui possèdent les moyens de production (usines, machines, capitaux), et les travailleurs, qui n’ont que leur force de travail à offrir en échange d’un salaire. Cette structure repose sur une logique d’exploitation où les capitalistes s’approprient la plus-value générée par le travail des ouvriers. Cette appropriation ne fait qu’amplifier les inégalités, car la richesse produite se concentre entre les mains d’une minorité, tandis que la majorité reste soumise à des conditions précaires.
Cependant, le capitalisme contient en lui-même une contradiction fondamentale entre les forces productives et les rapports de production. Les forces productives, en évoluant, tendent à dépasser les cadres imposés par les rapports de production. Par exemple, les avancées technologiques permettent une productivité accrue, mais elles réduisent simultanément le besoin de main-d’œuvre, entraînant chômage et insécurité économique pour une partie croissante de la population. De plus, la propriété privée des moyens de production, pilier du capitalisme, devient une entrave au développement matériel global. Les biens produits ne sont pas distribués en fonction des besoins, mais selon des logiques de profit, ce qui engendre des crises périodiques de surproduction : les produits s’accumulent sans trouver preneur, faute de pouvoir d’achat suffisant chez les masses laborieuses.
À mesure que ces contradictions s’intensifient, les rapports de production deviennent obsolètes, incapables de soutenir le potentiel des forces productives. Marx décrit ce processus comme un frein au développement matériel. Dans un système capitaliste avancé, les innovations technologiques, au lieu de profiter à l’ensemble de la société, servent à maximiser les profits d’une minorité, exacerbant ainsi les inégalités sociales. Cette incompatibilité croissante entre forces productives et rapports de production atteint un point critique lorsque le capitalisme lui-même devient incapable de maintenir sa propre dynamique de croissance.
Selon Marx, cette situation mène inévitablement à une révolution sociale. Lorsque les rapports de production deviennent insoutenables, un changement radical du système économique et social s’impose. Ce changement affecte également la superstructure, c’est-à-dire les institutions politiques, juridiques, idéologiques et culturelles, qui doivent s’adapter aux nouvelles conditions matérielles. La révolution, en abolissant la propriété privée des moyens de production, permet de libérer les forces productives et de les réorienter vers une satisfaction collective des besoins humains. Ce processus ouvre la voie à une transition vers le socialisme, marquant la fin de l’exploitation de classe et l’établissement d’une société plus équitable.
Marx considère le capitalisme comme un système dynamique mais fondamentalement instable. Ses contradictions internes, entre innovation technologique et organisation économique, conduisent à son propre dépassement. Cette analyse scientifique des dynamiques sociales fait du matérialisme historique une méthode puissante pour comprendre les mécanismes qui régissent l’évolution des sociétés humaines et les conditions nécessaires à leur transformation.
La superstructure et les rapports de propriété
Dans la pensée marxiste, la superstructure désigne l’ensemble des institutions et des formes idéologiques qui s’élèvent au-dessus de l’infrastructure économique. Elle inclut les systèmes juridiques, politiques, religieux, culturels et philosophiques qui structurent la société. Ces éléments ne sont pas indépendants mais déterminés par l’infrastructure, c’est-à-dire par les forces productives et les rapports de production. Marx affirme que ce ne sont pas les idées ou les valeurs abstraites qui façonnent la société, mais bien les conditions matérielles qui influencent la manière dont les individus pensent et agissent. Comme il l’écrit en 1859 : « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur être : c’est leur être social qui détermine leur conscience. »
La superstructure joue un rôle crucial en légitimant et en perpétuant les rapports de production dominants. Dans le capitalisme, par exemple, les institutions juridiques et politiques protègent la propriété privée et les droits des capitalistes, tandis que les systèmes religieux ou philosophiques contribuent souvent à naturaliser ou à justifier les inégalités sociales. Ces mécanismes permettent de maintenir l’ordre établi et de préserver les intérêts de la classe dominante en présentant les rapports de production comme normaux ou immuables.
Cependant, cette relation entre infrastructure et superstructure n’est pas figée. Lorsque les rapports de production deviennent un frein au développement des forces productives, l’ensemble du système entre en crise. Les rapports de propriété, qui sont la traduction juridique des rapports de production, illustrent cette contradiction. Dans le capitalisme, la propriété privée des moyens de production est essentielle à l’accumulation de richesse, mais elle finit par limiter la capacité des forces productives à répondre aux besoins de la société. Par exemple, les avancées technologiques pourraient théoriquement produire une abondance de biens, mais elles sont entravées par la logique du profit et par la concentration des ressources entre les mains d’une minorité.
Lorsque les forces productives atteignent un niveau où elles ne peuvent plus se développer à cause des contraintes imposées par la propriété privée, le système capitaliste entre dans une phase de déclin. Cette contradiction fondamentale, entre le potentiel des forces productives et les limites des rapports de production, entraîne une transformation radicale non seulement de l’infrastructure, mais aussi de la superstructure. Les institutions juridiques et politiques, qui reflètent et renforcent l’ordre économique, doivent alors s’adapter ou être remplacées pour correspondre à un nouveau mode de production. Ce processus de transformation est ce que Marx décrit comme une révolution sociale, où les bases économiques de la société sont redéfinies, entraînant une refonte complète des structures idéologiques.
La superstructure n’est pas un simple reflet passif de l’infrastructure, mais elle joue un rôle actif dans la perpétuation du système et dans sa crise éventuelle. En légitimant les rapports de production dominants, elle contribue à la stabilité du système jusqu’à ce que les contradictions internes le rendent insoutenable. À ce moment, la superstructure elle-même devient un champ de bataille idéologique où se dessinent les contours d’un nouvel ordre social.
Une question fondamentale : la validité de la théorie marxiste
L’une des interrogations majeures concernant la théorie marxiste réside dans sa prétention à dépasser le système capitaliste à partir d’une analyse élaborée depuis l’intérieur de ce même système. Comment Marx, lui-même immergé dans une société capitaliste, a-t-il pu développer une théorie qui se projette au-delà du capitalisme et prédit son dépassement ? Cette question soulève des enjeux épistémologiques et méthodologiques qui interrogent la validité et la portée de la pensée marxiste.
Pour Marx, la clé réside dans l’analyse scientifique des contradictions internes du capitalisme. Contrairement aux approches idéalistes ou spéculatives, il fonde sa réflexion sur une observation systématique des conditions matérielles de production et des rapports sociaux qu’elles engendrent. En identifiant les tensions entre les forces productives et les rapports de production, Marx montre que ces contradictions ne sont pas des accidents ou des anomalies, mais des mécanismes inhérents au fonctionnement du système capitaliste. Ces contradictions, selon lui, mènent inéluctablement à des crises périodiques qui affaiblissent les fondements du capitalisme et rendent son dépassement non seulement possible, mais nécessaire.
Cette capacité à théoriser un avenir post-capitaliste repose sur la conception marxiste de l’histoire comme un processus dialectique. Pour Marx, chaque mode de production porte en lui les germes de sa propre transformation. Les avancées technologiques et les forces productives, en atteignant un certain degré de développement, entrent inévitablement en conflit avec les rapports de production existants, créant les conditions d’un changement systémique. Ainsi, le capitalisme lui-même, par son dynamisme et sa capacité d’innovation, prépare sa propre obsolescence. Marx ne prétend donc pas s’extraire totalement de son époque, mais se situe dans un cadre d’analyse où les dynamiques internes du système fournissent les outils pour envisager son dépassement.
Le marxisme se présente alors comme une science totalisante, c’est-à-dire une méthode permettant non seulement de comprendre les dynamiques historiques, mais aussi d’identifier les conditions de leur transformation. Cette approche dépasse la simple description des phénomènes sociaux pour en révéler les lois sous-jacentes. En ce sens, Marx ne se contente pas d’analyser le capitalisme en tant que système économique : il cherche à mettre en lumière les processus qui permettent d’envisager un monde post-capitaliste. Toutefois, cette ambition totalisante soulève des critiques, notamment quant à sa prétention à prédire l’évolution historique et à universaliser ses conclusions.
La validité de la théorie marxiste repose sur sa capacité à démontrer la logique interne des transformations sociales. En identifiant les contradictions inhérentes au capitalisme, Marx propose une grille d’analyse qui demeure pertinente pour comprendre les dynamiques économiques et sociales contemporaines. Cependant, la question de savoir si ces contradictions mènent inéluctablement à un dépassement du capitalisme ou si elles peuvent être contenues par des ajustements internes reste un sujet de débat. Cette tension entre déterminisme et contingence continue de nourrir les discussions sur la portée et les limites du marxisme dans un monde en constante évolution.
Postulats ontologiques du globalisme
L’ontologie, en tant que science de l’être, questionne la nature de la réalité. Dans le cadre des approches néomarxistes, cette interrogation se concentre sur la structure et les dynamiques du système international, tout en mettant en évidence les interactions entre économie, politique, et société. Ces postulats fournissent une base théorique pour comprendre le globalisme d’inspiration marxiste.
D’abord, le système international est conçu comme anarchique et fondamentalement inégalitaire. Contrairement à l’idée d’un ordre mondial homogène ou équilibré, les néomarxistes voient dans les relations internationales une hiérarchie dominée par des structures économiques qui reproduisent les inégalités entre le Nord et le Sud. Ce schéma reflète une division fondamentale entre les centres, où se concentrent les pouvoirs économiques et politiques, et les périphéries, qui subissent une exploitation systématique de leurs ressources et de leur main-d’œuvre.
Un autre postulat essentiel est que les phénomènes économiques jouent un rôle central dans la structuration de la réalité sociale et politique. Dans cette perspective, la superstructure (les institutions politiques, juridiques, et culturelles) est dominée par l’infrastructure (les modes de production et les relations économiques). Les néomarxistes insistent sur l’interdépendance entre ces deux niveaux, affirmant que les dynamiques économiques déterminent les configurations idéologiques et institutionnelles qui légitiment et perpétuent le capitalisme à l’échelle mondiale.
L’analyse néomarxiste met également en avant une perspective historique, s’appuyant sur une lecture critique des étapes du capitalisme et des économies-monde. Cette démarche explore les processus de domination et d’exploitation, notamment l’histoire du colonialisme et du néocolonialisme, pour expliquer comment les relations économiques globales ont consolidé une dépendance structurelle des pays du Sud vis-à-vis du Nord. Les relations internationales sont ainsi interprétées comme une extension des conflits de classe internes, transposés à une échelle mondiale.
Pour expliquer ces dynamiques, les néomarxistes adoptent une approche basée sur les intérêts des classes économiques, divisées entre capitalistes et travailleurs. Ces classes sont définies par leur position dans les processus de production, tant au niveau national qu’international. L’analyse politique commence donc au niveau économique, en examinant comment les structures capitalistes façonnent les relations sociales et internationales. Le mode de production capitaliste est intrinsèquement lié à l’idéologie du libéralisme économique, qui masque les inégalités et justifie l’exploitation au nom de la liberté des marchés et de la concurrence.
Enfin, les néomarxistes s’opposent à la vision réductionniste de l’homo economicus, cet individu rationnel et utilitariste guidé uniquement par son intérêt personnel. Ils proposent de dépasser cette conception en introduisant la notion d’un homo sociologicus, un individu dont les actions sont influencées par des normes et des valeurs sociales. Ces normes définissent des attentes intersubjectives et des comportements jugés appropriés dans un contexte donné. Cette perspective souligne que les choix humains ne sont pas seulement économiques, mais aussi sociaux, et qu’ils sont façonnés par les structures idéologiques et culturelles dans lesquelles les individus évoluent.
En somme, les postulats ontologiques du globalisme néomarxiste offrent une grille de lecture systémique qui met en lumière l’interaction entre économie, politique et société. En insistant sur la centralité des classes économiques, la domination des périphéries par les centres, et le rôle structurant des normes sociales, cette approche propose une critique radicale des inégalités inhérentes au système mondial capitaliste et invite à repenser les bases de l’organisation internationale.
La théorie des économies-monde d'Immanuel Wallerstein
Immanuel Wallerstein, dans son analyse du système-monde capitaliste, propose une approche holistique pour comprendre les dynamiques économiques et sociales globales. Sa théorie des économies-monde repose sur une lecture néomarxiste des relations internationales et des structures économiques, mettant en lumière les mécanismes d’exploitation et d’accumulation du capital à l’échelle mondiale.
Analyse du système-monde capitaliste
L’accumulation du capital comme moteur du système-monde
Au cœur de la théorie d’Immanuel Wallerstein réside l’idée centrale que le système-monde capitaliste est fondé sur l’accumulation du capital. Ce processus constitue la dynamique essentielle du capitalisme, agissant comme le moteur du développement des forces productives. L’accumulation du capital n’est pas simplement une tendance économique : elle définit l’organisation et l’expansion du système capitaliste à l’échelle mondiale.
Pour Karl Marx, ce mécanisme repose largement sur le rôle de la science et de la technologie, qui permettent d’accroître la productivité du travail tout en intensifiant l’exploitation des travailleurs. En introduisant des innovations techniques, le capitalisme cherche à réduire les coûts de production, à maximiser les profits et à maintenir son cycle d’expansion continue. Cependant, cette intensification s’accompagne également de l’extraction de la plus-value, c’est-à-dire la part du travail produite mais non rétribuée aux travailleurs. Ce processus d’exploitation constitue le fondement des inégalités systémiques propres au capitalisme.
Wallerstein prolonge cette analyse en insistant sur la dimension globale de l’accumulation du capital. Dans le cadre du système-monde capitaliste, l’expansion économique dépasse les frontières des États individuels. Les chaînes de production s’étendent à travers plusieurs pays, reliant les économies nationales dans un réseau globalisé de flux économiques. Cette configuration permet le transfert de la richesse et de la plus-value des périphéries vers les centres. Les pays situés à la périphérie fournissent des matières premières, de la main-d’œuvre bon marché et des produits à faible coût, tandis que les centres accumulent les profits, concentrant ainsi les bénéfices de la production mondiale. Cette exploitation asymétrique structure les relations économiques internationales et renforce les inégalités entre le Nord et le Sud.
En outre, Wallerstein souligne que ce modèle d’accumulation ne peut fonctionner sans le maintien de mécanismes économiques et politiques qui garantissent sa pérennité. Le libre-échange, par exemple, n’est jamais totalement libre : les marchés sont partiellement régulés pour protéger les intérêts des grandes puissances et des entreprises multinationales. Les monopoles temporaires et relatifs, soutenus par les États et leurs capacités politiques, militaires ou économiques, permettent d’assurer la rentabilité des centres tout en consolidant leur domination sur les périphéries.
L’accumulation du capital, à la fois moteur et objectif du capitalisme, s’articule dans le système-monde autour d’un réseau globalisé de production et d’échanges. Ce processus, tout en favorisant l’innovation et le développement des forces productives, repose sur des inégalités structurelles qui rendent l’exploitation et la domination inhérentes au capitalisme mondial.
Le rôle des chaînes de production et des flux de plus-value
Le capitalisme moderne, selon Wallerstein, repose sur des chaînes de production multinationales qui facilitent le transfert de la plus-value des régions périphériques vers les centres. La plus-value, définie comme tout ce que le travailleur produit mais ne reçoit pas sous forme de salaire, est extraite par le capitalisme pour alimenter l’accumulation du capital. Ce processus illustre l’exploitation structurelle des pays du Sud par les pays du Nord, où les centres capitalistes concentrent la richesse produite dans les périphéries. Cette dynamique asymétrique constitue l’un des piliers du système-monde capitaliste.
Les « deux faces d’une pièce de monnaie » : marchés et monopoles
Dans l’analyse d’Immanuel Wallerstein, les chaînes de production multinationales occupent une place centrale dans le fonctionnement du système-monde capitaliste. Ces chaînes, qui s’étendent à travers plusieurs États, permettent une organisation mondiale de la production où les différentes étapes — extraction, fabrication, assemblage et distribution — sont réparties géographiquement en fonction des coûts et des avantages offerts par chaque région. Ce modèle globalisé n’est pas neutre : il reflète et perpétue des rapports d’exploitation entre les centres capitalistes (situés principalement dans les pays du Nord) et les périphéries (les pays du Sud).
L’un des mécanismes clés de cette exploitation est le transfert de plus-value des périphéries vers les centres. La plus-value, concept central dans la pensée marxiste, désigne la richesse créée par le travailleur au-delà de son salaire, qui est captée par le capitaliste sous forme de profit. Dans une perspective mondiale, Wallerstein montre comment ce surplus de richesse est systématiquement extrait des périphéries pour alimenter l’accumulation du capital dans les centres. Les périphéries, caractérisées par une main-d’œuvre bon marché, des ressources naturelles abondantes et une réglementation laxiste, sont intégrées dans les chaînes de production comme des zones d’extraction et de fabrication à bas coût. Les centres, en revanche, concentrent les activités à forte valeur ajoutée, notamment le design, la finance, et la gestion des chaînes de distribution.
Cette dynamique asymétrique reflète une exploitation structurelle des pays du Sud par les pays du Nord. Les périphéries subissent les coûts sociaux et environnementaux de la production (travail précaire, dégradation écologique, faible protection sociale) tandis que les centres accumulent les profits. Cette organisation globale de la production et de la distribution n’est pas seulement économique, mais elle est soutenue par des mécanismes politiques et institutionnels qui favorisent les intérêts des centres. Les accords commerciaux, les institutions financières internationales et les politiques protectionnistes des pays développés renforcent cette inégalité structurelle, verrouillant les périphéries dans un rôle de dépendance et de subordination.
Le transfert de plus-value des périphéries vers les centres constitue l’un des piliers fondamentaux du système-monde capitaliste décrit par Wallerstein. Ce processus ne se limite pas à une simple inégalité économique : il façonne les relations internationales, les dynamiques sociales et les hiérarchies géopolitiques. L’organisation des chaînes de production multinationales illustre comment le capitalisme mondial repose sur des mécanismes d’exploitation intégrés à la fois au niveau local et global, consolidant une hégémonie économique et idéologique des centres sur les périphéries.
Unification géo-culturelle et contrôle social
Pour Wallerstein, le système-monde capitaliste, bien qu’hégémonique, est marqué par des tendances centrifuges susceptibles de le fragiliser. Afin de maintenir sa cohésion et de contenir les forces de fragmentation, le capitalisme s’appuie sur un processus d’homogénéisation géo-culturelle. Ce processus vise à unifier les cadres idéologiques, scientifiques et sociaux tout en incorporant, voire en neutralisant, les mouvements opposés à l’ordre établi. Wallerstein identifie trois axes principaux dans ce mécanisme de stabilisation et de contrôle social.
L’idéologie : le triomphe du libéralisme
Le libéralisme, en tant qu’idéologie dominante du capitalisme mondial, joue un rôle central dans l’unification géo-culturelle. Il se positionne comme une alternative modérée face aux conservateurs, qui défendent les hiérarchies traditionnelles, et aux radicaux-socialistes, qui remettent en cause les fondements mêmes du système. En promouvant la liberté individuelle et le libre marché, le libéralisme crée une illusion d’égalité et d’autonomie tout en consolidant les bases du capitalisme.
Cette idéologie fournit un cadre normatif qui légitime les structures économiques et politiques existantes. En insistant sur des principes tels que la propriété privée, la concurrence et la liberté de choix, le libéralisme masque les inégalités structurelles du système-monde et naturalise les mécanismes d’exploitation. Il devient ainsi un outil puissant d’uniformisation culturelle, façonnant les attentes sociales et économiques à l’échelle mondiale.
La science comme moteur de légitimité
La science, dans les systèmes modernes, remplace progressivement la philosophie comme principal outil de compréhension et de gestion de la société. Wallerstein met en lumière le rôle des disciplines scientifiques qui émergent au service de l’État et de l’organisation capitaliste. Par exemple, la Staatistik (science de la mesure des forces et faiblesses des États) et la Polizeiwissenschaft (science politique axée sur le maintien de l’ordre) jouent un rôle clé dans le renforcement de l’efficacité et de la légitimité des gouvernements.
Ces disciplines ne se contentent pas de décrire la réalité : elles fournissent les outils nécessaires pour contrôler et stabiliser les sociétés. En institutionnalisant des approches scientifiques de la gestion sociale et économique, le capitalisme parvient à standardiser les pratiques administratives et politiques, tout en neutralisant les discours critiques qui pourraient émerger d’autres cadres intellectuels, comme la philosophie ou la théologie. La science devient ainsi un vecteur d’homogénéisation, légitimant les structures du pouvoir et consolidant leur hégémonie.
Incorporation des mouvements nationalistes et radicaux-socialistes
Le capitalisme ne se contente pas de neutraliser ses opposants : il les incorpore au sein de son système grâce à des mécanismes institutionnels et culturels qui transforment les revendications en outils de stabilité.
- Le suffrage universel, bien qu’initialement limité aux hommes, donne l’impression d’une participation politique généralisée tout en préservant les bases du système. Cette inclusion relative des masses détourne les aspirations révolutionnaires vers des formes institutionnalisées de contestation.
- Le patriotisme populaire, cultivé par l’éducation nationale et le service militaire, consolide l’unité nationale en focalisant l’attention sur des enjeux extérieurs ou symboliques, plutôt que sur les conflits internes de classe.
- L’État social, qui offre un filet de sécurité aux populations défavorisées, agit comme un instrument de pacification. En répondant partiellement aux besoins fondamentaux des plus pauvres, il neutralise les mouvements contestataires tout en renforçant la légitimité du système. Loin de remettre en question les inégalités structurelles, ces politiques sociales participent à la perpétuation du capitalisme en achetant littéralement la tranquillité sociale.
Exemple : Révolution française
Immanuel Wallerstein utilise la Révolution française comme une illustration majeure des dynamiques qu’il associe au système-monde capitaliste. Bien qu’elle apparaisse comme une rupture politique radicale, la Révolution reflète avant tout les transformations économiques et sociales profondes qui caractérisaient le capitalisme naissant à la fin du XVIIIe siècle. Loin d’être une simple révolte contre l’Ancien Régime, elle marque une réorganisation systémique, où le triomphe des idées libérales accompagne la consolidation des structures nécessaires à l’accumulation du capital.
La Révolution française peut être vue comme une victoire idéologique du libéralisme sur les formes traditionnelles de pouvoir. L’Ancien Régime, fondé sur des hiérarchies féodales et monarchiques, cède la place à une organisation sociale et politique qui met en avant la propriété privée, l’égalité juridique et les libertés individuelles. Ces principes, bien qu’émancipateurs sur le plan symbolique, servent également les intérêts du capitalisme naissant. En abolissant les privilèges féodaux et en libérant les forces productives, la Révolution ouvre la voie à une expansion économique basée sur le libre marché, la concurrence et l’intégration des périphéries dans le système-monde.
Cependant, ce triomphe du libéralisme ne se limite pas à la métropole française. La Révolution s’inscrit dans une dynamique globale, où les bouleversements politiques en Europe sont intimement liés aux transformations économiques internationales. L’instauration de nouveaux mécanismes institutionnels — comme la généralisation des droits de propriété ou l’émergence de l’État-nation moderne — répond à la nécessité de structurer les flux de capital et de main-d’œuvre à une échelle mondiale. Par exemple, les changements politiques en France permettent une meilleure intégration des colonies dans le système économique global, renforçant l’exploitation des périphéries au bénéfice des centres capitalistes européens.
La Révolution française est également emblématique de la manière dont le capitalisme absorbe et incorpore les forces contestataires. Bien qu’animée par des idéaux d’égalité et de justice, elle finit par consolider un système où les inégalités économiques persistent, voire s’accentuent. Les institutions issues de la Révolution, comme la centralisation étatique et la promotion du suffrage (limité aux hommes propriétaires à l’origine), servent autant à canaliser les aspirations populaires qu’à stabiliser l’ordre capitaliste émergent. En ce sens, la Révolution française illustre l’une des grandes forces du capitalisme mondial : sa capacité à intégrer les mouvements opposés tout en réaffirmant ses propres structures.
Enfin, la Révolution met en lumière le rôle des idées et de la culture dans le processus d’unification géo-culturelle décrit par Wallerstein. Les principes libéraux n’ont pas seulement redéfini les institutions françaises, mais se sont diffusés à travers l’Europe et au-delà, contribuant à homogénéiser les cadres politiques et idéologiques. Cette diffusion accompagne et légitime l’expansion du système-monde capitaliste, en alignant les attentes sociales et les normes économiques sur un modèle global.
La Révolution française, bien qu’elle soit perçue comme une rupture historique majeure, s’inscrit dans les dynamiques du système-monde capitaliste décrit par Wallerstein. Elle marque une transition entre l’ancien système féodal et une organisation plus conforme aux besoins du capitalisme en expansion. En intégrant les idéaux de liberté et d’égalité dans un cadre qui perpétue l’exploitation économique, elle incarne la manière dont le capitalisme mondial parvient à associer rupture et continuité, légitimant ses structures tout en consolidant son hégémonie.
Analyse du système inter-étatique (inter-"classes")
Immanuel Wallerstein propose une analyse dynamique du système inter-étatique en le décrivant comme un système structuré par des cycles économiques et politiques interconnectés. Ces cycles, qui se renforcent mutuellement, forment le cadre de l’organisation mondiale sous le mode de production capitaliste. Cette interaction entre économie et politique permet de comprendre la succession des puissances hégémoniques et l’évolution des structures internationales.
Les cycles économiques : les vagues de Kondratieff
Immanuel Wallerstein adopte le concept des vagues de Kondratieff pour expliquer les cycles longs qui caractérisent l’économie mondiale capitaliste. Ces cycles, d’une durée moyenne de 50 à 60 ans, alternent entre des phases d’expansion et de déclin, reflétant les transformations profondes des structures économiques. L’analyse de ces vagues économiques est essentielle pour comprendre les dynamiques du système-monde et leur interaction avec les cycles politiques.
La phase d’expansion
Chaque cycle de Kondratieff débute par une phase d’expansion, marquée par une croissance économique soutenue. Cette expansion repose sur la création de marchés partiellement libres, où des monopoles relatifs garantissent des niveaux élevés de rentabilité pour les acteurs dominants. Ces monopoles, qu’ils soient liés à des innovations technologiques ou organisationnelles, offrent un avantage compétitif temporaire à certaines entreprises ou nations.
L’innovation joue un rôle central dans cette phase : elle permet d’accroître la productivité, d’ouvrir de nouveaux marchés et de maximiser les profits. Par exemple, l’industrialisation au XIXe siècle, la mécanisation agricole ou encore les révolutions numériques plus récentes ont toutes entraîné des vagues d’expansion en augmentant la capacité des systèmes économiques à produire et distribuer des biens à grande échelle. Ces innovations, souvent soutenues par des politiques favorisant l’ouverture des marchés, créent une dynamique de croissance qui consolide la domination des centres sur les périphéries.
La phase de déclin
Cependant, cette croissance n’est pas infinie. Avec le temps, les monopoles relatifs sont érodés par la concurrence. D’autres acteurs, qu’ils soient des entreprises ou des nations, adoptent les innovations précédentes, rattrapant les leaders initiaux. Ce processus réduit les marges de profit et entraîne une saturation des marchés. Par ailleurs, les inégalités économiques et sociales qui se creusent durant la phase d’expansion finissent par générer des tensions qui ralentissent l’activité économique.
Cette phase de déclin est souvent marquée par des crises économiques et une instabilité politique accrue. Les structures existantes ne parviennent plus à soutenir une croissance soutenue, et les institutions doivent s’adapter pour répondre aux nouvelles réalités économiques. Ce déclin prépare la transition vers un nouveau cycle de Kondratieff, souvent initié par une période de bouleversements majeurs. Ces crises créent l’espace nécessaire pour l’émergence de nouvelles innovations, de nouveaux monopoles relatifs et d’une réorganisation du système économique.
Une interaction avec les cycles politiques
Wallerstein souligne que ces cycles économiques ne fonctionnent pas isolément, mais interagissent étroitement avec les cycles politiques et hégémoniques. Les périodes de déclin économique sont souvent associées à des transformations politiques, telles que l’effondrement des anciennes puissances hégémoniques et l’émergence de nouvelles configurations internationales. Cette interaction renforce l’idée que le système-monde capitaliste est un processus dynamique, où les crises et les transitions sont inhérentes à son fonctionnement.
Les vagues de Kondratieff illustrent la manière dont le capitalisme mondial, malgré ses crises récurrentes, parvient à se renouveler en intégrant de nouvelles innovations et en réorganisant ses structures. Toutefois, cette capacité d’adaptation a ses limites, et Wallerstein argue que les crises actuelles du système-monde pourraient marquer la fin d’un cycle plus large, voire du capitalisme lui-même.
Les cycles politiques : les hégémonies successives
En complément des cycles économiques, Wallerstein propose une analyse des cycles hégémoniques, qui décrivent la succession de puissances dominantes dans le système international. Ces hégémonies se caractérisent par leur capacité à imposer temporairement un ordre économique et politique favorable à leurs intérêts. Contrairement à une domination purement militaire, ces cycles reposent avant tout sur une primauté dans l’efficacité de la production économique, combinée à une capacité à structurer les institutions internationales selon les besoins de l’hégémonie.
Chaque cycle hégémonique est précédé par une période de bouleversement majeur, souvent décrite comme une « guerre de trente ans ». Ces conflits redistribuent les rapports de force internationaux, permettant à une nouvelle puissance dominante de s’imposer en restructurant l’ordre mondial. Wallerstein identifie trois grandes périodes hégémoniques dans l’histoire du système-monde capitaliste, chacune associée à une puissance spécifique et à des transformations globales significatives.
1618-1648 : Les Provinces-Unies et la domination commerciale
Le premier cycle hégémonique débute avec la Guerre de Trente Ans (1618-1648), qui s’achève par le Traité de Westphalie. Ce traité marque la fin des guerres religieuses européennes et l’émergence des Provinces-Unies (Pays-Bas) comme première puissance hégémonique.
Cette hégémonie repose sur une domination commerciale et financière. Les Provinces-Unies s’imposent grâce à leur maîtrise des réseaux de commerce maritime et à leur capacité à développer des institutions financières innovantes, telles que la Banque d’Amsterdam et la première bourse moderne. En structurant un ordre mondial basé sur le commerce et la finance, elles posent les bases d’un capitalisme mondial en expansion. Cependant, cette domination reste fragile, car leur territoire limité et leur dépendance aux ressources extérieures les exposent à la concurrence des puissances émergentes.
1792-1815 : Le Royaume-Uni et la révolution industrielle
Le second cycle hégémonique est initié par les révolutions françaises et les guerres napoléoniennes, qui s’achèvent avec le Congrès de Vienne en 1815. Cette période marque le passage à l’hégémonie du Royaume-Uni, portée par la révolution industrielle et sa capacité à dominer les marchés mondiaux.
La puissance britannique repose sur un mélange d’innovation technologique, de maîtrise des routes maritimes et de domination coloniale. Les avancées dans des secteurs clés comme le textile, le charbon et le fer permettent au Royaume-Uni de devenir l’atelier du monde. Parallèlement, son contrôle sur des colonies stratégiques, telles que l’Inde, lui assure un accès privilégié aux matières premières et aux marchés pour ses produits manufacturés. L’ordre mondial façonné par le Royaume-Uni s’articule autour du libre-échange, favorisant l’expansion du commerce international tout en consolidant sa propre domination économique et politique.
1914-1945 : Les États-Unis et l’ère technologique
Le troisième cycle hégémonique émerge des bouleversements des deux Guerres mondiales, qui culminent avec les accords de Bretton Woods en 1944 et la création de l’ONU en 1945. Ces événements consacrent l’hégémonie des États-Unis, portée par une supériorité technologique, économique et culturelle.
Les États-Unis s’imposent comme la puissance hégémonique grâce à leur capacité à produire massivement et à financer la reconstruction mondiale après la Seconde Guerre mondiale. Leur monnaie, le dollar, devient la référence mondiale pour les transactions économiques, renforçant leur centralité financière. Par ailleurs, leur leadership technologique, dans des domaines tels que l’automobile, l’aéronautique et plus tard l’informatique, consolide leur position.
L’hégémonie américaine s’appuie également sur un soft power culturel, diffusant les idéaux de la démocratie libérale et du capitalisme à travers le monde. Cette domination culturelle légitime leur rôle de leader mondial, même si des contradictions internes et des rivalités émergent progressivement, annonçant le déclin de leur hégémonie.
Une dynamique cyclique en constante évolution
Les cycles hégémoniques décrits par Wallerstein illustrent la manière dont les puissances dominantes restructurent le système international selon leurs besoins économiques et politiques. Cependant, ces cycles ne sont pas éternels : chaque hégémonie est progressivement érodée par la montée en puissance de nouvelles nations et par les contradictions internes au système. Wallerstein argumente que nous sommes actuellement à la fin du cycle hégémonique des États-Unis et du système-monde capitaliste lui-même. La transition vers un nouveau système reste incertaine, mais il souligne la nécessité d’une réflexion collective pour éviter la reproduction des inégalités structurelles.
L’ordre institutionnel hégémonique
Dans l’analyse de Wallerstein, chaque puissance hégémonique ne se contente pas de dominer par sa supériorité économique ou technologique ; elle établit également un ordre institutionnel international qui consolide et légitime sa domination. Cet ordre favorise ses intérêts tout en structurant les relations économiques, politiques et sociales à l’échelle mondiale. Loin d’être neutre, il reflète les priorités et les stratégies de la puissance dominante, qui façonne les institutions internationales et les règles du jeu global pour maintenir son avantage. Wallerstein identifie trois principaux mécanismes par lesquels une hégémonie exerce son pouvoir et structure cet ordre institutionnel.
Ouverture sélective des marchés
Une puissance hégémonique contrôle l’ouverture et la fermeture des marchés mondiaux en fonction de ses intérêts stratégiques. Dans les domaines où elle est compétitive, elle favorise l’ouverture des marchés sous le prétexte de promouvoir le libre-échange. Cette ouverture permet aux entreprises et aux produits de l’hégémonie de dominer les marchés étrangers, maximisant ainsi les profits et renforçant son avantage économique. En revanche, lorsque la concurrence extérieure menace ses industries nationales ou stratégiques, la puissance hégémonique n’hésite pas à imposer des barrières protectionnistes, fermant temporairement ou partiellement ses marchés pour préserver sa supériorité.
Par exemple, pendant l’hégémonie britannique au XIXe siècle, le Royaume-Uni a promu le libre-échange pour exporter ses produits manufacturés tout en imposant des barrières tarifaires sur les importations susceptibles de concurrencer son industrie. De même, l’hégémonie américaine au XXe siècle a utilisé des accords commerciaux comme des outils stratégiques, ouvrant certains marchés tout en fermant d’autres, pour maintenir son avantage.
Contrôle des transactions économiques et financières
Un autre mécanisme essentiel de l’ordre institutionnel hégémonique est le contrôle des flux économiques et financiers mondiaux. Les puissances hégémoniques imposent leur monnaie comme référence pour les transactions internationales, renforçant leur centralité économique et facilitant le développement du capitalisme financier. Cela leur permet de tirer des avantages structurels : les échanges mondiaux se font dans leur monnaie, ce qui leur offre une flexibilité financière et des revenus supplémentaires via la demande mondiale de leur devise.
Par exemple, les Provinces-Unies ont imposé le gulden comme monnaie dominante au XVIIe siècle, suivies par la livre sterling sous l’hégémonie britannique au XIXe siècle, puis par le dollar américain au XXe siècle. Ce contrôle monétaire permet aux puissances hégémoniques de financer leurs propres ambitions économiques et politiques tout en consolidant leur rôle central dans l’économie mondiale. Les institutions financières internationales, telles que le FMI ou la Banque mondiale sous l’hégémonie américaine, deviennent des instruments pour perpétuer cet avantage.
Implication asymétrique dans les affaires politiques
Les puissances hégémoniques s’impliquent activement dans les affaires politiques des autres États pour protéger leurs intérêts, tout en limitant leur propre vulnérabilité aux influences extérieures. Cette implication asymétrique leur permet de maintenir un contrôle indirect sur les autres nations, souvent sous couvert de stabilisation ou de promotion de valeurs universelles comme la démocratie ou les droits de l’homme.
Ce mécanisme s’appuie sur des interventions économiques, politiques et parfois militaires pour préserver leur hégémonie. Par exemple, les États-Unis, durant leur période hégémonique, ont régulièrement intervenu en Amérique latine, en Asie ou au Moyen-Orient pour protéger leurs intérêts économiques et stratégiques, tout en minimisant l’influence étrangère sur leur propre territoire. Cette asymétrie garantit que les décisions politiques et économiques globales restent alignées avec les priorités de l’hégémonie. Une hégémonie façonnant l’ordre mondial En combinant ces trois mécanismes, une puissance hégémonique ne se limite pas à une domination économique ou militaire : elle restructure le système international pour garantir sa centralité. Cet ordre institutionnel n’est cependant pas immuable. Avec le temps, les contradictions internes de l’hégémonie et l’émergence de concurrents affaiblissent cet ordre, préparant la transition vers un nouveau cycle hégémonique. Wallerstein souligne que cette dynamique cyclique est inhérente au système-monde capitaliste et qu’elle reflète les tensions entre les forces économiques, politiques et sociales.
Les moyens de l’hégémonie et leurs contradictions
Pour exercer son contrôle et maintenir son rôle dominant, une puissance hégémonique mobilise trois moyens principaux : la force, les alliances et la persuasion idéologique. Ces instruments, bien qu’efficaces à court terme, contiennent des contradictions internes qui finissent par affaiblir l’hégémonie. Ces tensions internes, combinées à l’érosion des avantages économiques, précipitent le déclin des cycles hégémoniques et amorcent la transition vers de nouvelles configurations politico-économiques.
La force : l’efficacité limitée de la coercition
L’usage de la force, qu’elle soit militaire ou économique, est un outil direct pour imposer la domination d’une puissance hégémonique. Cette coercition permet de neutraliser les opposants et de protéger les intérêts stratégiques. Par exemple, les interventions militaires des États-Unis au XXe siècle (Vietnam, Irak) ou l’utilisation de sanctions économiques contre des nations rivales illustrent cette stratégie.
Cependant, l’usage excessif de la force comporte des coûts élevés, tant sur le plan matériel que symbolique. Les interventions militaires drainent les ressources financières et humaines, tandis que leur répétition délégitime la puissance hégémonique aux yeux de la communauté internationale et de ses propres citoyens. Ce processus d’usure fragilise l’hégémonie, d’autant plus que les nations visées par la coercition développent souvent des stratégies de contournement ou de résistance, accentuant encore la pression sur la puissance dominante.
Les alliances : des partenaires qui deviennent concurrents
Les alliances sont un moyen crucial pour consolider une hégémonie. Elles permettent de répartir les responsabilités, de renforcer les réseaux d’influence et de garantir un soutien international aux initiatives de la puissance dominante. Par exemple, les États-Unis ont utilisé des alliances comme l’OTAN pour projeter leur influence en Europe et contenir l’Union soviétique pendant la guerre froide.
Toutefois, ces alliances ne sont pas exemptes de contradictions. En renforçant leurs partenaires, les puissances hégémoniques contribuent souvent à autonomiser leurs alliés, qui peuvent alors remettre en question l’ordre établi ou chercher à rivaliser avec l’hégémonie. Ce phénomène est particulièrement visible dans l’évolution de l’Union européenne, qui, bien qu’initialement soutenue par les États-Unis, a progressivement affirmé son indépendance économique et politique. À terme, ces alliances finissent par diluer la puissance relative de l’hégémonie, affaiblissant sa position dominante.
La persuasion idéologique : le déclin des idées dominantes
La persuasion idéologique joue un rôle central dans la légitimation de l’hégémonie. En diffusant des idéaux et des valeurs universels, comme la liberté, la démocratie ou le libre-échange, la puissance hégémonique cherche à présenter son ordre comme naturel et bénéfique pour tous. Les États-Unis, par exemple, ont largement utilisé les idéaux de démocratie libérale et de capitalisme pour consolider leur hégémonie au XXe siècle.
Cependant, les idéologies dominantes perdent progressivement leur pouvoir mobilisateur, notamment lorsqu’elles ne parviennent plus à masquer les contradictions internes du système. Lorsque les promesses d’égalité ou de prospérité universelle ne se concrétisent pas, les populations et les nations subordonnées remettent en question la légitimité de l’ordre établi. Ce déclin idéologique affaiblit la capacité de l’hégémonie à maintenir son contrôle sans recourir à des moyens coercitifs ou économiques, accentuant ainsi son déclin.
Un processus inévitable de déclin
Les contradictions inhérentes aux moyens d’hégémonie s’intensifient à mesure que les ressources économiques et politiques de la puissance dominante s’épuisent. L’usage excessif de la force, l’autonomisation des alliés et l’érosion des idéologies affaiblissent la capacité de l’hégémonie à maintenir son ordre. Combinées à l’érosion des monopoles économiques et à la montée en puissance de nouveaux concurrents, ces tensions marquent la fin d’un cycle hégémonique et le début d’un nouveau cycle politico-économique.
Wallerstein soutient que ces transitions ne sont pas simplement des crises passagères, mais des manifestations structurelles de la dynamique cyclique du système-monde capitaliste. Chaque hégémonie porte en elle les germes de son propre déclin, préparant l’émergence d’un nouvel ordre mondial qui, à son tour, sera soumis aux mêmes tensions et contradictions.
Vers la fin du système-monde capitaliste
Immanuel Wallerstein soutient que le système-monde capitaliste est entré dans une phase terminale, marquée par des crises économiques récurrentes, des tensions politiques croissantes et des inégalités globales toujours plus profondes. Ces symptômes, loin d’être des perturbations temporaires, reflètent selon lui l’épuisement structurel de ce mode de production. Après plusieurs siècles de domination, le capitalisme mondial semble incapable de surmonter les contradictions internes qui ont permis son expansion mais qui menacent désormais son existence.
Les crises économiques récurrentes, telles que les crises financières de 2008 ou les déséquilibres systémiques liés à la mondialisation, illustrent l’incapacité du capitalisme à maintenir une croissance soutenue sans générer d’importantes inégalités. Les mécanismes d’accumulation du capital, fondés sur l’exploitation des travailleurs et des périphéries, se heurtent aux limites environnementales, sociales et économiques du système. Ces tensions s’accompagnent de bouleversements politiques, tels que la montée des populismes ou le recul des institutions internationales, qui témoignent d’un affaiblissement de l’ordre libéral établi.
Contrairement à Karl Marx, qui prévoyait le remplacement inévitable du capitalisme par le socialisme, Wallerstein n’offre pas une vision claire de ce qui émergera après la fin du système-monde capitaliste. Il rejette les prédictions déterministes et insiste sur la complexité et l’imprévisibilité des transitions historiques. Pour lui, la période actuelle est une bifurcation, où de multiples scénarios sont possibles. Le nouvel ordre mondial qui émergera dépendra des choix collectifs et des forces sociales qui influenceront cette transition.
Wallerstein souligne que la situation actuelle est sans précédent dans l’histoire du système-monde. Si la fin de chaque cycle hégémonique a été accompagnée de bouleversements majeurs, la crise actuelle diffère par son échelle mondiale et la profondeur des tensions qu’elle engendre. Les précédentes transitions hégémoniques — des Provinces-Unies au Royaume-Uni, puis aux États-Unis — ont toujours permis au capitalisme de se réorganiser et de poursuivre son expansion. Cependant, la phase terminale actuelle du système semble remettre en question les fondements mêmes du capitalisme, notamment en raison des limites environnementales, des déséquilibres démographiques et des défis technologiques.
Historiquement, le capitalisme a démontré une capacité remarquable à absorber les forces contestataires et à intégrer les opposants dans ses structures. Les mouvements sociaux, les revendications nationalistes ou les crises idéologiques ont souvent été neutralisés par des concessions partielles ou par la création de nouvelles institutions compatibles avec le système. Mais cette capacité d’adaptation semble désormais atteinte, car les contradictions structurelles du capitalisme touchent l’ensemble de ses dimensions : économique, sociale, politique et environnementale.
Wallerstein appelle à une réflexion collective pour influencer cette transition. Contrairement à une évolution naturelle ou déterminée, il insiste sur le rôle des choix humains dans la création d’un nouvel ordre mondial. La fin du capitalisme ne garantit pas l’émergence d’un système plus juste ; elle pourrait également donner lieu à un ordre encore plus inégalitaire ou autoritaire si les forces progressistes ne parviennent pas à imposer leurs visions. Il s’agit, selon lui, d’une opportunité historique pour construire un système plus démocratique et égalitaire, capable de dépasser les injustices structurelles héritées du capitalisme.
Wallerstein ne propose pas de modèle unique ou d’idéologie spécifique pour guider cette transition. Au lieu de cela, il encourage une pluralité de perspectives et une mobilisation mondiale pour repenser les fondements des relations économiques et sociales. Ce processus, bien qu’incertain et conflictuel, offre une chance unique de transformer le système-monde dans une direction plus inclusive et durable.
La fin du système-monde capitaliste, telle que décrite par Wallerstein, n’est pas une simple conclusion, mais un tournant historique. Elle ouvre un espace pour l’innovation sociale et politique, mais également pour de nouvelles formes de domination et d’exclusion. Ce moment de crise constitue un appel à l’action, une invitation à imaginer et à construire un avenir qui ne reproduise pas les inégalités du passé. Si la fin du capitalisme semble inévitable, l’avenir reste à écrire, et le défi est de taille : créer un système qui réponde aux besoins humains tout en respectant les limites écologiques et en assurant une justice sociale à l’échelle mondial
Fin du système actuel de l'économie-monde capitaliste : pourquoi change t-on de système ?
Ce système dépend de 3 phénomènes internationaux
- un système inter-étatique relativement stable avec son système de cycles hégémoniques
- un système mondial de production très profitable fondé sur des cycles de monopoles (Kondratieff)
- un système interne cohésif des États souverains, avec des sentiments de supériorité raciale et nationale de leurs citoyens :
- capitalisme social en Europe (État-social)
- capitalisme libertaire dans le monde anglo-saxon
- capitalisme autoritaire en Chine
Actuellement : contradiction du système lui-même ! Résultant des tendances séculaires allant à l'encontre de ce système.
Peu de chances que la structure inter-étatique survive, du fait d'au moins 7 tendances
- développement capitaliste polarise => inégalités économiques et sociales croissent ; pressions migratoires croissantes de la périphérie au centre.
- urbanisation croissante => développement de populations marginales (pas de solution structurelle).
- l'illusion développementaliste libérale est dévoilée : les inégalités internes et internationales s'accroissent.
- désillusion avec les mouvements anti-capitalistes classiques : mouvements nationalistes.
- le libéralisme a encouragé les demandes démocratiques et sociales => crises budgétaires et fiscales.
- problèmes écologiques croissants
- confiance dans la science décroissante => intégrismes religieux, relativisme et déconstructivisme.
Notes
- Plusieurs textes d'Immanuel Wallerstein. Disponibles, en français, sur le site "Les Classiques des sciences sociales".
- Les commentaires de Wallerstein sur l'actualité