« Les Nations dans la Première Guerre Mondiale » : différence entre les versions

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En ce sens, l’Europe entre dans la Première Guerre mondiale avec un nationalisme devenu une idéologie totale. Ce nationalisme n’est plus seulement un discours de fierté ou un outil de mobilisation politique : il est une grille d’interprétation du monde, définissant amis et ennemis, légitimant les conquêtes et justifiant les violences. La « Grande Guerre patriotique » qui s’ouvre en 1914 est ainsi le produit d’une longue maturation où le nationalisme, porté à son paroxysme, transforme les tensions régionales en conflit mondial.
En ce sens, l’Europe entre dans la Première Guerre mondiale avec un nationalisme devenu une idéologie totale. Ce nationalisme n’est plus seulement un discours de fierté ou un outil de mobilisation politique : il est une grille d’interprétation du monde, définissant amis et ennemis, légitimant les conquêtes et justifiant les violences. La « Grande Guerre patriotique » qui s’ouvre en 1914 est ainsi le produit d’une longue maturation où le nationalisme, porté à son paroxysme, transforme les tensions régionales en conflit mondial.


=LA « GRANDE GUERRE PATRIOTIQUE »=  
=La « Grande Guerre patriotique »=  
                
                
Les historiens de lapremière Guerre-Mondiale  sontextrêmement divisés. L’historiographie :
L’entrée en guerre en août 1914 fut immédiatement présentée, dans la plupart des pays belligérants, comme une mobilisation patriotique. Les dirigeants politiques et militaires parvinrent à rallier des sociétés entières derrière l’idée que la nation était menacée et que sa défense exigeait le sacrifice de tous. C’est ce qui a conduit certains historiens à qualifier le conflit de « Grande Guerre patriotique » : un moment où la nation, en armes, fut le cadre de légitimation du combat et le ressort essentiel de la mobilisation.
*il y a un courant historiographique qui a voulu voir dans la Grande Guerre et dans facilité de mobilisation de lapopulation dans les différent pays d’Europe – mais surtout en Europeoccidentale - une réussite de la nationalisation de la population.  
 
L’historiographie de la Première Guerre mondiale, toutefois, est profondément divisée sur cette question. Un premier courant met l’accent sur la réussite des processus de nationalisation de la population au XIXᵉ siècle. Selon cette lecture, la facilité avec laquelle les masses se sont mobilisées en 1914, particulièrement en Europe occidentale, témoignerait du succès des politiques de construction nationale menées par les États : l’école, le service militaire, les cérémonies patriotiques et la diffusion des symboles nationaux auraient préparé les sociétés à accepter la guerre comme une évidence, presque comme un devoir sacré. Les scènes d’enthousiasme dans les capitales, l’Union sacrée en France ou le ''Burgfrieden'' en Allemagne illustreraient ce consensus national au moment du déclenchement.
*Il y a des contestations de la guerre au front. Le débat entre les historiens porte sur le consentement. Les gens se sont engagés volontairement, dans l’idée de défendre la patrie ou le consentement a-t-il été arraché ?
 
Les gens contre cette interprétation nationaliste de la guerre disent : ce consentement s’est fait sous pression, du groupe des pères par exemple. En gros il n’y a pas de libre-arbitre,
Mais cette vision est aujourd’hui contestée. D’autres historiens, parmi lesquels Jean-Jacques Becker ou John Horne, insistent sur la complexité du phénomène. Ils soulignent que la mobilisation n’a pas été l’expression d’un consentement unanime et volontaire, mais souvent le résultat de pressions sociales, de contraintes collectives et d’un climat de peur. Le rôle des familles, et notamment des pères, fut décisif : dans des sociétés encore largement patriarcales, l’autorité familiale exerçait une pression forte pour que les jeunes hommes « fassent leur devoir ». Le poids du groupe local – village, paroisse, usine – créait aussi une contrainte sociale où refuser de s’engager signifiait s’exposer à l’opprobre ou à l’accusation de lâcheté. Dans cette perspective, le consentement fut arraché plus que donné.
 
Les débats historiographiques oscillent donc entre deux interprétations : celle du consentement volontaire, fruit d’un nationalisme intériorisé, et celle de la contrainte, qui voit dans la mobilisation un phénomène largement imposé par les structures sociales et politiques. Les témoignages d’époque, contradictoires, montrent bien la complexité de l’expérience : certains soldats partent avec la conviction de défendre leur patrie, d’autres parce qu’ils n’ont pas le choix. La guerre fut à la fois vécue comme une mission sacrée et comme une épreuve imposée, ce qui explique la persistance des discussions sur la nature de l’engagement des peuples en 1914.
 
Ce débat n’est pas anodin. Il éclaire le rapport entre nationalisme et guerre : si l’adhésion fut massive et rapide, c’est parce que le nationalisme était devenu l’idéologie dominante, capable de légitimer l’entrée dans la violence. Mais si cet engagement fut aussi le résultat de pressions sociales et d’un encadrement coercitif, cela montre que le nationalisme, loin d’être un simple sentiment, fonctionnait comme une structure de contrainte collective, où l’individu ne pouvait guère échapper à la logique de mobilisation.
 
==« L’UNION SACREE »==  
==« L’UNION SACREE »==  
   
   

Version du 31 août 2025 à 16:24

La Première Guerre mondiale fut non seulement un conflit militaire d’une ampleur inédite, mais aussi une épreuve de mobilisation totale pour les nations impliquées. Dès l’été 1914, l’entrée en guerre engagea les États, les armées et les sociétés dans un effort global où se jouait l’existence même des nations. La guerre transforma les rapports entre gouvernements et populations, redéfinissant le rôle de l’État, remodelant les économies et imposant une discipline collective sans précédent. Le conflit ne se réduisit pas à une succession de batailles : il constitua un phénomène social et politique qui pénétra jusqu’au cœur des sociétés, affectant la vie quotidienne des civils, bouleversant les identités et suscitant des dynamiques nouvelles de cohésion et de contestation.

Les historiens ont montré que l’adhésion des populations ne fut pas automatique mais construite à travers des mécanismes multiples : appels à l’union nationale, mobilisation de la propagande, encadrement des esprits, exaltation patriotique et, souvent, répression des voix dissidentes. En France, l’« Union sacrée » rassembla des forces politiques jusque-là irréconciliables ; en Allemagne, le Burgfrieden mit entre parenthèses les divisions sociales. Derrière cette apparente unanimité, des fractures persistèrent, et elles s’approfondirent à mesure que la guerre s’éternisait, générant grèves, mutineries ou revendications nationales au sein des empires multinationaux.

La guerre révéla également la dimension globale du phénomène national. Dans les colonies européennes, des millions d’hommes furent enrôlés, parfois de force, pour combattre en Europe ou au Moyen-Orient. Le sacrifice de ces soldats coloniaux, mais aussi leur confrontation à la violence et aux promesses non tenues d’égalité, contribua à transformer la conscience nationale dans des espaces jusque-là dominés. Les populations civiles, par leur endurance face aux privations, par leur engagement dans l’économie de guerre ou par leur résistance à l’oppression, participèrent activement à la définition de la nation en armes.

La Première Guerre mondiale constitua un moment décisif de politisation des masses et d’affirmation des identités nationales. Elle renforça certains États-nations existants, tout en accélérant la désagrégation des empires multinationaux. Le cadre national devint l’horizon de référence pour interpréter les sacrifices, justifier les combats et préparer les reconstructions d’après-guerre.

La guerre, fruit du nationalisme avant 1914

La Première Guerre mondiale s’inscrit dans un contexte où le nationalisme est devenu l’un des moteurs essentiels de la vie politique et diplomatique européenne. Depuis la seconde moitié du XIXᵉ siècle, l’unité italienne et l’unité allemande avaient montré la puissance mobilisatrice de l’idée nationale. En Allemagne, la proclamation de l’Empire en 1871 au terme de la guerre contre la France fut vécue comme un triomphe du nationalisme pangermaniste, nourri par la mémoire des luttes de libération face à Napoléon. En Italie, le Risorgimento donna naissance à un État qui cherchait à affirmer son statut de grande puissance au nom d’une mission nationale. Ce processus ne fut pas limité à l’Europe occidentale : les nationalismes des peuples slaves d’Europe centrale et orientale, de même que les aspirations des populations balkaniques, fragilisaient de manière croissante les grands empires multinationaux – austro-hongrois, russe et ottoman – qui dominaient encore une partie du continent.

L’exacerbation des nationalismes se traduisit aussi par une compétition impériale féroce. Les empires coloniaux, en expansion rapide, devinrent des instruments de prestige national et des terrains de rivalité. La France, humiliée par la défaite de 1870 et amputée de l’Alsace-Lorraine, chercha dans l’Afrique du Nord et subsaharienne une revanche symbolique, tandis que le Royaume-Uni s’imposait comme l’empire mondial par excellence. L’Allemagne, plus tard venue dans la course coloniale, affirmait ses ambitions en Afrique et dans le Pacifique, ce qui accentuait les tensions avec les puissances installées. Ces dynamiques, que l’historien Eric Hobsbawm qualifia d’« ère des empires », consolidèrent l’idée selon laquelle la grandeur nationale passait par la puissance militaire, le contrôle territorial et la capacité d’imposer son influence sur la scène mondiale.

La crise balkanique de 1912–1913 illustre cette montée des tensions. Les guerres balkaniques révélèrent la fragilité de l’Empire ottoman et l’appétit des nationalismes locaux, notamment serbe et bulgare, pour agrandir leurs territoires au nom de l’unité nationale. L’attentat de Sarajevo en juin 1914, commis par un nationaliste serbe, déclencha l’engrenage fatal des alliances militaires et diplomatiques. Cet événement fut la manifestation ultime de ce que l’historien Christopher Clark a appelé les « somnambules » : des élites politiques et militaires convaincues d’agir rationnellement mais prisonnières d’une logique de prestige national et de confrontation. La guerre de 1914 apparaît dès lors comme l’aboutissement d’une époque où l’Europe vivait sous le signe d’une nationalisation extrême des esprits, où la nation s’imposait comme l’unité de mesure de toute politique.

Si la guerre fut présentée comme une défense de la nation menacée, elle révéla rapidement l’ampleur des sacrifices qu’un tel cadre idéologique imposait. Les chiffres du bilan sont vertigineux : près de 10 millions de morts, environ 20 millions de blessés, et en 1919, plus de 100 millions d’Européens encore frappés par la famine et la désorganisation économique. La France, particulièrement touchée, perdit environ 11 % de sa population active masculine, soit un ouvrier sur dix. À cette hécatombe humaine s’ajoutaient 700 000 orphelins et 600 000 veuves de guerre, ainsi que des destructions matérielles considérables : 62 000 kilomètres de routes et 5 500 kilomètres de voies ferrées anéantis. Ces pertes, concentrées sur les zones de front, donnèrent au conflit une intensité tragique qui marqua les sociétés sur plusieurs générations.

La guerre ne fut pas seulement meurtrière sur le plan militaire, elle bouleversa aussi les conditions d’existence des civils. L’Europe, qui s’était perçue au XIXᵉ siècle comme le centre de la modernité, entra dans le XXᵉ siècle par une séquence dominée par la destruction et la désorganisation. L’expérience collective fut celle d’un effondrement brutal des illusions de progrès, remplacées par l’endurance, la souffrance et l’attente interminable de la fin des combats.

L’intérêt de cette étude n’est pas de retracer dans le détail l’histoire militaire de la guerre de 1914–1918, mais de comprendre en quoi elle représente un moment décisif dans l’affirmation du nationalisme. La guerre est à la fois le produit d’un siècle de montée des nationalismes européens et un accélérateur de leur radicalisation. Elle renforça certains cadres nationaux, mais en souligna aussi les limites, notamment dans les empires multinationaux où elle attisa les revendications d’indépendance. C’est à partir de 1914–1918 que l’on peut saisir la centralité des questions de minorités et d’appartenance nationale dans l’histoire du XXᵉ siècle. La guerre apparaît ainsi comme un moment matriciel : elle ouvrit une période où l’identité nationale devint à la fois source de légitimité, instrument de mobilisation et cause de fractures profondes, dont les répercussions s’étendirent bien au-delà de l’armistice.

Le développement du nationalisme à la fin du XIXᵉ siècle

La Première Guerre mondiale ne peut être comprise sans revenir sur la montée en puissance du nationalisme dans l’Europe du XIXᵉ siècle. La guerre de 1914 apparaît à bien des égards comme le produit de cette idéologie, qui, en l’espace de quelques décennies, devint une force structurante des relations internationales et un élément central des cultures politiques européennes. Elle fut à la fois l’héritière des luttes d’unification menées au milieu du siècle et le reflet d’une radicalisation progressive qui fit de la nation la référence ultime du pouvoir, de la légitimité et de l’appartenance collective.

Il convient d’abord de distinguer deux dimensions complémentaires : les mouvements nationalistes, souvent nés de l’initiative de groupes intellectuels, militants ou populaires, et les nationalismes d’État, qui correspondent à l’appropriation de l’idée nationale par les pouvoirs en place. Les premiers se caractérisent par une dynamique de revendication et d’émancipation. Ils apparaissent là où des peuples cherchent à s’affirmer contre une domination jugée étrangère ou oppressive. L’Europe centrale et orientale en fournit de nombreux exemples : le mouvement panslave, les nationalismes tchèque, slovaque, croate ou encore finlandais, qui contestent les empires austro-hongrois et russe ; ou encore les nationalismes balkaniques, à l’origine des guerres de 1912–1913. Ces mouvements sont marqués par une forte charge émotionnelle et culturelle : exaltation des langues, valorisation des traditions, mise en avant de mythes historiques fondateurs. Ils témoignent de la puissance d’un imaginaire national capable de transformer la culture en instrument politique.

Les nationalismes d’État suivent une logique différente. Ils ne visent pas l’émancipation mais la consolidation et l’expansion de puissances déjà constituées. En France, la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine engendrent une obsession de la revanche qui nourrit un nationalisme républicain militant, mais aussi un nationalisme de droite, porté par les ligues patriotiques. En Allemagne, l’Empire fondé en 1871 sous la direction prussienne cultive un sentiment national centré sur la puissance militaire et industrielle, ainsi qu’une fierté pangermaniste qui tend à hiérarchiser les peuples d’Europe. Dans l’Italie nouvellement unifiée, le nationalisme d’État prend la forme d’une volonté de puissance tournée vers l’expansion coloniale, avec l’idée d’un « espace vital » méditerranéen et africain. Dans ces cas, le nationalisme devient une politique officielle, un outil de cohésion interne et un moyen de légitimer des ambitions extérieures.

Cette double dynamique contribue à installer le nationalisme comme une force omniprésente à la fin du XIXᵉ siècle. Elle produit des tensions internes aux empires multinationaux et des rivalités entre États-nations. La diffusion d’une culture politique nationaliste est renforcée par l’école, la conscription, la presse de masse et la symbolique patriotique (drapeaux, fêtes nationales, commémorations). La nation cesse d’être une idée parmi d’autres pour devenir le cadre hégémonique dans lequel s’inscrivent les identités collectives et les politiques publiques.

La conséquence de cette montée en puissance est double. À l’intérieur des États, elle consolide une homogénéisation des populations autour de symboles communs et d’un sentiment d’appartenance qui se veut exclusif. Dans les relations internationales, elle alimente un climat de défiance et de concurrence, chaque nation cherchant à affirmer sa puissance, protéger ses frontières ou accroître son prestige. La fin du XIXᵉ siècle est ainsi marquée par un paradoxe : le nationalisme agit comme un facteur de cohésion interne, mais devient simultanément une source de division et de conflit sur la scène européenne. C’est cette ambivalence qui explique pourquoi la Grande Guerre peut être analysée à la fois comme le fruit d’un siècle d’exacerbation nationaliste, comme son accélérateur en 1914–1918, et comme son produit historique durable.

Les mouvements nationalistes

À la fin du XIXᵉ siècle, le nationalisme cesse d’être seulement un sentiment diffus ou un discours patriotique : il devient une véritable force politique organisée. La naissance de partis et de ligues nationalistes témoigne de cette transformation. Ces mouvements, qu’ils soient structurés en partis politiques ou en associations militantes, partagent un socle idéologique commun : xénophobie, racisme souvent explicite, antisémitisme virulent, rejet du parlementarisme et de la démocratie libérale. Les pogroms qui se multiplient en Europe centrale et orientale dans les années 1880–1890, la montée de la rhétorique antisémite en Allemagne et en Autriche, mais aussi les ligues nationalistes françaises, révèlent l’ampleur de ce phénomène. Contrairement à une conception ouverte et civique de la nation – héritée de la Révolution française et de la tradition libérale – ces mouvements promeuvent une définition fermée et exclusive, qui fait de la nation une communauté ethnique, culturelle et religieuse homogène, souvent définie contre un ennemi intérieur ou extérieur.

Le basculement du nationalisme vers la droite politique, dans le dernier tiers du XIXᵉ siècle, accentue cette fermeture. Ces courants mobilisent l’imaginaire de la menace et de la décadence nationale. Deux facteurs principaux expliquent leur essor. Le premier est la perception d’un danger extérieur. En France, la défaite de 1870 face à l’Allemagne et la perte de l’Alsace-Lorraine alimentent une obsession de revanche : le nationalisme français devient un nationalisme d’opposition, dirigé contre l’Allemagne et contre l’État républicain jugé trop faible pour préparer la revanche. En Italie, la défaite d’Adoua en 1896 face à l’Éthiopie nourrit un sentiment d’humiliation nationale et renforce les discours nationalistes exigeant une politique étrangère plus agressive et expansionniste.

Le second facteur est d’ordre social et économique. Dans les sociétés industrielles en mutation rapide, certaines catégories se sentent marginalisées ou menacées de déclassement. En Allemagne, la « crise de fondation de l’Empire » dans les années 1870, marquée par une sévère récession économique culminant en 1874–1875, fragilise particulièrement les artisans et petits commerçants. Ces groupes, déstabilisés par la modernisation et par la concurrence industrielle, alimentent la base sociale des partis antisémites qui émergent alors, associant crise économique et désignation de boucs émissaires. Un phénomène similaire se produit en Autriche dans les années 1890 : la crise économique favorise la radicalisation nationaliste, portée par les mêmes couches sociales inquiètes de leur avenir. L’antisémitisme politique y trouve un terrain fertile, notamment dans les grandes villes comme Vienne, où il devient un argument électoral mobilisateur.

Ces mouvements nationalistes s’érigent souvent contre l’État. Ils dénoncent son incapacité à défendre la nation face aux menaces extérieures (voisins hostiles) et aux ennemis intérieurs (immigrés, minorités, juifs). Cette posture contestataire leur confère une aura de radicalité qui séduit une partie des classes moyennes et populaires, en quête de repères dans un monde bouleversé par l’industrialisation, l’urbanisation et la mondialisation commerciale. En Allemagne, ce nationalisme contestataire contribue à une surenchère nationaliste de la part de l’État impérial, encore fragile dans sa légitimité et soucieux d’affirmer son unité face aux divisions internes. En France et en Grande-Bretagne, en revanche, les mouvements nationalistes restent plus largement dans l’opposition, portés par des ligues et des partis marginaux, mais capables d’influencer le débat public par leurs campagnes virulentes et leurs actions de rue.

Il importe de souligner que l’existence de ces mouvements extrémistes ne signifie pas l’absence d’un nationalisme d’État. Bien au contraire, les gouvernements européens développent eux aussi leurs propres rhétoriques nationales, mais dans des formes plus institutionnalisées et contrôlées. C’est précisément dans l’interaction – et souvent la rivalité – entre ces mouvements nationalistes radicaux et les nationalismes d’État que se forge le climat idéologique de la fin du XIXᵉ siècle, un climat qui contribuera directement à l’explosion de 1914.

Le nationalisme d’Etat

À côté des mouvements nationalistes contestataires, il existe à la fin du XIXᵉ siècle un nationalisme d’État, organisé, institutionnalisé et soutenu par les appareils publics. Celui-ci s’inscrit dans la continuité des processus de nationalisation que les États européens avaient engagés tout au long du siècle : diffusion d’une langue commune, élaboration de symboles patriotiques, mise en place de systèmes scolaires centralisés, service militaire obligatoire. Lorsque le nationalisme se développe dans la sphère publique, l’État renforce ses outils de socialisation nationale et les oriente vers la consolidation d’un sentiment patriotique structuré, parfois jusqu’à la préparation explicite à la guerre.

En France, ce nationalisme d’État s’articule autour de l’esprit de revanche né de la défaite de 1870 et de l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Empire allemand. L’école de la Troisième République, réformée par Jules Ferry dans les années 1880, devient l’un des instruments les plus efficaces de la nationalisation des masses. Par les manuels scolaires, les enfants sont familiarisés avec une vision patriotique de l’histoire nationale, nourrie par la mémoire des provinces perdues. Les exercices de lecture, les cartes murales, les commémorations scolaires véhiculent un message clair : l’unité nationale repose sur la défense du territoire et la reconquête de l’honneur bafoué. À cette dimension symbolique s’ajoute une préparation militaire précoce, incarnée par les bataillons scolaires créés en 1882, qui visent à initier les jeunes garçons à la discipline militaire et à l’usage des armes. Si cette initiative resta limitée et de courte durée, elle révèle néanmoins jusqu’où pouvait aller la volonté de former des citoyens-soldats dès l’enfance.

En Allemagne, le nationalisme d’État prend une forme différente, directement liée à la tradition prussienne et au poids des élites militaires dans la vie politique. Ici, l’armée devient le vecteur central de la nationalisation. Les symboles sont omniprésents : Bismarck, chancelier jusqu’en 1890, est représenté en uniforme avec un sabre, alors même qu’il n’avait presque pas connu l’expérience du champ de bataille ; Guillaume II, malgré son infirmité au bras, multiplie les mises en scène martiales. La mise en uniforme des élites politiques incarne la fusion entre autorité politique et pouvoir militaire, et inscrit l’État impérial dans une logique de militarisme permanent.

Ce militarisme prend une dimension concrète dans les années 1890 avec le lancement de la Weltpolitik, la politique mondiale de Guillaume II. Le développement de la flotte de guerre devient alors un symbole national majeur. La constitution de ligues navales (Flottenvereine), associations de propagande largement soutenues par l’État et les militaires, contribue à mobiliser l’opinion publique en faveur de l’expansion maritime allemande. Ces ligues regroupent environ 1,2 million de membres à la veille de 1914, ce qui en fait un outil de masse dans la diffusion d’un nationalisme offensif et expansionniste. Il ne s’agit plus seulement de nationaliser les populations en les transformant en citoyens loyaux à l’État, mais de créer une opinion publique favorable à une politique de puissance et à l’affrontement avec les rivaux, en particulier la Grande-Bretagne. Le nationalisme d’État allemand bascule ainsi dans une logique impérialiste et belliciste, où la nation est définie par sa capacité à rivaliser avec les grandes puissances mondiales.

La différence entre la France et l’Allemagne est nette : en France, l’école et l’esprit de revanche structurent un nationalisme d’État davantage tourné vers la mémoire du passé et la préparation morale de la population ; en Allemagne, l’armée et la flotte deviennent les piliers d’un nationalisme d’État orienté vers la conquête et la projection internationale. Dans les deux cas, cependant, l’implication directe de l’État dans la formation des esprits et dans la mobilisation des masses contribue à radicaliser les relations internationales. Ce nationalisme institutionnalisé ne se contente pas de renforcer la cohésion interne : il engendre des logiques de confrontation qui, en exacerbant les rivalités entre puissances, alimentent les tensions diplomatiques à la veille de 1914.

Les tensions internationales

Le nationalisme, lorsqu’il devient à la fois idéologie de masse et politique d’État, ne reste pas cantonné aux frontières intérieures : il se projette sur la scène internationale et alimente des logiques de confrontation entre puissances. Dans une Europe marquée par l’équilibre précaire entre grandes puissances, toute affirmation de puissance nationale se traduit par des tensions croissantes. Les États qui se sentent moins consolidés dans cet équilibre cherchent à affirmer leur statut par une politique extérieure ambitieuse, parfois agressive, et par une expansion coloniale destinée à rehausser leur prestige. C’est dans ce cadre que l’Allemagne et l’Italie apparaissent comme les deux pays les plus représentatifs d’une telle dynamique.

En Allemagne, l’unification tardive (1871) nourrit une volonté de rattrapage face aux grandes puissances installées, en particulier le Royaume-Uni et la France. L’Empire de Guillaume II adopte à partir des années 1890 une politique mondiale, la Weltpolitik, qui vise à projeter la puissance allemande au-delà de l’Europe. Le développement massif de la flotte de guerre, soutenu par la propagande des Flottenvereine, incarne cette ambition de rivaliser avec la Royal Navy britannique. À travers ce programme naval, l’Allemagne ne cherche pas seulement à se doter d’un outil militaire, mais à s’imposer comme une puissance coloniale et commerciale capable de contrôler des voies maritimes mondiales. Cette course aux armements navals crée un climat de défiance permanente avec le Royaume-Uni, dont la sécurité et la suprématie impériale reposent sur la maîtrise des mers. L’Allemagne, en cherchant à conquérir sa « place au soleil », accroît ainsi le risque d’affrontement direct avec la première puissance maritime mondiale.

L’Italie, de son côté, illustre une autre facette de cette politique expansionniste. Unifiée tardivement (1861), elle cherche à s’affirmer parmi les grandes puissances européennes en revendiquant un rôle impérial. Sa défaite face à l’Éthiopie à Adoua en 1896 constitue un traumatisme national, vécu comme une humiliation par une nation qui aspirait à s’imposer en Afrique de l’Est. Cet échec n’entame pas la détermination expansionniste italienne. Au contraire, il stimule la volonté de revanche et nourrit un discours nationaliste qui lie grandeur nationale et conquête coloniale. En 1911, l’Italie s’engage dans la guerre contre l’Empire ottoman pour s’emparer de la Libye, ce qui témoigne d’une volonté persistante d’élargir son espace d’influence. Le nationalisme d’État italien s’oriente ainsi vers une politique de conquêtes extérieures, conçues comme des preuves tangibles de modernité et de puissance.

Ces deux cas montrent comment le nationalisme, loin de se limiter à la cohésion interne, devient une force de déséquilibre international. L’expansionnisme allemand et italien se heurte aux intérêts des puissances établies, notamment la France et le Royaume-Uni, ce qui renforce les tensions diplomatiques. À cette rivalité s’ajoutent les conflits balkaniques, où s’affrontent les ambitions serbes, austro-hongroises et russes, contribuant à faire de l’Europe un espace saturé de rivalités nationales. Le climat général de la Belle Époque, souvent perçu comme une période de prospérité et d’optimisme, est ainsi traversé par une course aux armements, une compétition coloniale et une montée de la méfiance mutuelle, autant de facteurs qui conduisent inexorablement à l’explosion de 1914.

La Weltpolitik Allemande

À la fin du XIXᵉ siècle, l’Empire allemand, unifié tardivement en 1871, entre dans la compétition internationale avec la volonté d’obtenir une « place au soleil ». Cette ambition est incarnée par la politique étrangère de Guillaume II, connue sous le nom de Weltpolitik – littéralement « politique mondiale » –, qui vise à affirmer la grandeur de l’Allemagne sur la scène internationale. Contrairement à l’approche prudente et équilibrée de Bismarck, fondée sur le maintien de la paix en Europe pour préserver les acquis de l’unification, Guillaume II rompt avec la diplomatie de compromis pour adopter une politique d’affirmation spectaculaire, faite de provocations et de démonstrations de force.

Le style même de la diplomatie allemande change. Les diplomates et responsables militaires se distinguent par une agressivité verbale inhabituelle dans le concert des chancelleries européennes. Déclarations tonitruantes, interruptions intempestives, attitude de défi : cette diplomatie « brutale » reflète directement la personnalité de l’empereur, coutumier des discours flamboyants et souvent maladroits. L’Allemagne entend désormais imposer sa volonté non par la persuasion, mais par l’intimidation, ce qui contribue à détériorer ses relations avec les autres puissances.

Cette politique se traduit aussi par des initiatives concrètes. Le développement massif de la flotte de guerre allemande, lancé dans les années 1890 et soutenu par les Flottenvereine, est l’un des éléments les plus emblématiques de la Weltpolitik. Cette marine est conçue pour rivaliser directement avec la Royal Navy britannique, jusque-là incontestée sur les mers. Le programme naval est non seulement une entreprise militaire, mais aussi un instrument de propagande interne, destiné à galvaniser l’opinion publique autour d’un projet impérial. L’Allemagne se présente ainsi comme une puissance mondiale en devenir, prête à contester l’ordre établi.

La logique de la Weltpolitik ne consiste pas seulement à protéger les intérêts allemands, mais à créer volontairement des tensions pour affirmer la puissance de l’Empire. Les crises marocaines en offrent l’illustration. En 1905, Guillaume II débarque à Tanger pour proclamer son soutien à l’indépendance du Maroc, contestant directement les ambitions françaises et bousculant les accords implicites entre puissances coloniales. Ce « pavé dans la mare » choque les diplomates européens et ouvre une crise qui ne se résout qu’au prix de la conférence d’Algésiras (1906), où l’Allemagne, isolée, doit reculer. Cinq ans plus tard, en 1911, la seconde crise marocaine éclate lorsque l’Allemagne envoie la canonnière Panther dans le port d’Agadir, prétendant défendre ses intérêts commerciaux mais, en réalité, cherchant à tester la détermination franco-britannique. Là encore, la manœuvre échoue : l’Allemagne obtient quelques compensations territoriales en Afrique équatoriale, mais perd du crédit diplomatique et renforce l’alliance franco-britannique. Ces crises illustrent le caractère agressif et maladroit de la Weltpolitik, qui, loin de renforcer la position allemande, contribue à son isolement.

L’abandon par l’Allemagne du traité de réassurance avec la Russie en 1890 accentue encore cette situation. En renonçant à ce pilier de la diplomatie bismarckienne, Guillaume II place son pays dans une position de vulnérabilité géopolitique. La France et la Russie se rapprochent, puis la Triple-Entente avec la Grande-Bretagne achève d’encadrer l’Empire allemand. L’État-major allemand développe alors le sentiment d’un « encerclement » qui ne peut être brisé que par une guerre préventive.

C’est dans ce contexte qu’est adopté en 1905 le plan Schlieffen, du nom du chef d’état-major Alfred von Schlieffen. Ce plan stratégique repose sur l’idée que l’Allemagne ne peut pas gagner une guerre longue sur deux fronts. Pour éviter un enlisement, il prévoit une victoire éclair contre la France en quelques semaines, avant de retourner les forces contre la Russie, réputée plus lente à mobiliser. L’élément décisif de ce plan est la violation de la neutralité belge, qui permet de contourner les fortifications françaises de l’Est et d’attaquer la France par le Nord. Le plan Schlieffen incarne une vision offensive et expansionniste de la guerre, où la préservation de l’Allemagne passe par l’agression, et où la souveraineté d’un État neutre comme la Belgique est sacrifiée aux impératifs de stratégie militaire.

L’ensemble de ces éléments – diplomatie provocatrice, course navale contre la Grande-Bretagne, crises marocaines, sentiment d’encerclement, adoption du plan Schlieffen – compose une politique étrangère allemande résolument expansionniste. Elle alimente un climat de tension permanente en Europe, tout en préparant les conditions stratégiques du déclenchement du conflit mondial. La Weltpolitik n’est pas seulement un discours de puissance : elle est une pratique diplomatique et militaire qui accélère l’effondrement de l’équilibre européen et précipite l’Europe vers la guerre.

L’Italie et la guerre de Lybie (1911-1912)

La guerre italo-turque de 1911–1912 constitue un moment clé dans l’histoire du nationalisme italien. Elle illustre à la fois les ambitions impériales de l’Italie unifiée et les limites concrètes de son expansion coloniale. Décidée par le président du Conseil Giovanni Giolitti en septembre 1911, l’intervention militaire vise à arracher à l’Empire ottoman la Tripolitaine et la Cyrénaïque, deux provinces correspondant à l’actuelle Libye. En quelques semaines, près de 100 000 soldats italiens sont débarqués sur les côtes nord-africaines, traduisant la volonté du gouvernement d’affirmer la place de l’Italie parmi les grandes puissances coloniales.

L’arrière-plan de cette guerre réside dans la pénétration économique italienne en Libye dès la fin du XIXᵉ siècle, en particulier par le biais de la Banco di Roma et de capitaux liés à la finance catholique. Cette présence nourrit des ambitions politiques, renforcées par une campagne de presse nationaliste qui, dans les années précédant l’intervention, multiplie les appels à la conquête. La propagande présente la Libye comme un « prolongement naturel » de l’Italie, un territoire destiné à absorber l’excédent démographique et à fournir de nouvelles terres de colonisation. Dans un pays marqué par de profondes tensions sociales et par l’émigration massive vers les Amériques, l’expansion coloniale est conçue comme une solution au malaise intérieur et comme un instrument de prestige national.

La campagne militaire révèle toutefois les contradictions de cette ambition. Si l’Empire ottoman, affaibli, ne peut résister durablement, l’armée italienne rencontre d’importantes difficultés face aux résistances locales. La guerre, présentée comme une démonstration de force, se transforme en conflit coûteux et laborieux, où la supériorité militaire italienne ne parvient pas à garantir une pacification rapide. Malgré ces difficultés, le traité de Lausanne du 15 octobre 1912 sanctionne la victoire italienne : la Turquie reconnaît la souveraineté de l’Italie sur la Tripolitaine et la Cyrénaïque, donnant naissance à la Libye italienne.

Le retentissement de cette conquête dépasse le seul cadre militaire. Sur le plan symbolique, la guerre de Libye est célébrée comme une victoire nationale majeure. Les écrivains nationalistes Gabriele d’Annunzio et Enrico Corradini exaltent l’événement, le présentant comme une renaissance impériale et une revanche contre l’humiliation d’Adoua en 1896, lorsque l’armée italienne avait été vaincue par l’Éthiopie. Pour les milieux nationalistes, la conquête de la Libye devient ainsi la preuve que l’Italie est enfin entrée dans le cercle des puissances impériales capables d’imposer leur volonté sur la scène internationale.

Pourtant, derrière cette façade triomphale, le bilan est contrasté. L’Italie peine à administrer et pacifier la Libye, où la résistance des populations locales reste vive. Les espoirs d’implantation coloniale de peuplement, censés résoudre les tensions sociales en métropole, se révèlent illusoires : les terres sont peu fertiles, la densité de population faible, et l’attrait pour les colons italiens limité. Sur le plan économique, les retombées sont médiocres et loin des promesses initiales. Sur le plan politique, si la guerre procure à Giolitti un succès momentané, elle ne règle pas les fractures internes de la société italienne.

La guerre de Libye apparaît donc comme une victoire à double face. Elle constitue un succès symbolique qui renforce le discours nationaliste et crédibilise l’Italie sur la scène internationale. Mais elle est, dans le même temps, un semi-échec matériel et social, incapable de satisfaire les attentes économiques ou démographiques. Cette ambivalence reflète la fragilité de l’impérialisme italien : une puissance animée par un désir d’expansion et de reconnaissance, mais confrontée aux limites de ses moyens et aux contradictions de ses ambitions.

Prolégomènes : les guerres balkaniques (1912–1913)

À l’Est de l’Europe, les guerres balkaniques constituent un prélude direct à la Première Guerre mondiale. Entre 1912 et 1913, deux conflits successifs bouleversent la péninsule et révèlent des dynamiques qui annoncent celles de 1914 : affirmation violente des nationalismes, affrontements ethniques exacerbés et intervention des grandes puissances dans un espace stratégique. Ces guerres font des Balkans un foyer d’instabilité chronique, au point que la région est surnommée dès l’époque « le poudrier de l’Europe ».

La première guerre balkanique éclate en octobre 1912. Une coalition formée par la Serbie, la Bulgarie, la Grèce et le Monténégro attaque l’Empire ottoman, affaibli et en recul constant depuis plusieurs décennies. Les États balkaniques veulent achever la libération des territoires encore placés sous domination turque et réaliser leurs ambitions nationales sur une base ethnique. La guerre est courte mais extrêmement violente : l’Empire ottoman est rapidement défait et perd presque tous ses territoires européens, à l’exception de la région autour de Constantinople. Le traité de Londres (mai 1913) consacre ces pertes, mais il ouvre immédiatement la voie à de nouveaux affrontements entre vainqueurs.

En effet, la redistribution des territoires provoque une explosion de rivalités. La Bulgarie, frustrée de ne pas avoir obtenu la Macédoine, attaque ses anciens alliés serbes et grecs en juin 1913 : c’est le début de la seconde guerre balkanique. Cette fois, la Bulgarie est vaincue à la fois par la Serbie, la Grèce, le Monténégro et même par la Roumanie et l’Empire ottoman, désireux de reprendre l’avantage. Le traité de Bucarest (août 1913) redessine la carte de la région : la Serbie sort considérablement renforcée en annexant la Macédoine, la Grèce obtient la Thessalonique, tandis que la Bulgarie ressort affaiblie et humiliée.

Ces guerres marquent une rupture à plusieurs égards. Elles sont d’abord des guerres nationalistes, menées au nom de l’ethnie et de la nation, et non plus seulement pour des raisons dynastiques ou impériales. Elles s’accompagnent de violences massives contre les populations civiles : massacres, déplacements forcés, épurations ethniques. Le modèle de la guerre totale, où les civils deviennent une cible privilégiée au nom de l’homogénéité nationale, est ainsi esquissé dès les Balkans. La question ethnique devient le cœur des affrontements, chaque État cherchant à constituer un territoire homogène débarrassé des « minorités » jugées indésirables.

Ces conflits accélèrent aussi la confrontation entre grandes puissances. La montée en puissance de la Serbie, soutenue par la Russie, inquiète l’Autriche-Hongrie, qui redoute un effet de contagion sur ses propres populations slaves. L’Empire austro-hongrois envisage déjà une action militaire pour contenir la Serbie, ce qui accroît les tensions dans le système d’alliances. Dans ce climat explosif, l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo en juin 1914, perpétré par un nationaliste serbe, agit comme un détonateur. Mais l’incendie couvait depuis longtemps : les guerres balkaniques avaient préparé le terrain, en montrant à quel point la région était devenue le carrefour où s’entrechoquaient ambitions nationales, rivalités impériales et logiques de puissance.

Les guerres balkaniques apparaissent ainsi comme des prolégomènes de la Première Guerre mondiale, non seulement par leur chronologie, mais par les dynamiques qu’elles révèlent : nationalismes ethniques exacerbés, brutalisation des sociétés, effondrement des cadres impériaux, rivalités entre grandes puissances. Elles montrent que le conflit mondial ne fut pas un accident imprévu, mais l’aboutissement d’un processus déjà engagé dans les marges orientales de l’Europe.

Les deux guerres balkaniques (1912–1913)

Les guerres balkaniques, survenues à la veille de la Première Guerre mondiale, constituent une séquence décisive pour l’équilibre européen. Elles traduisent la montée en puissance des nationalismes dans les Balkans et annoncent la fragilité d’un continent où la question ethnique et territoriale devient explosive. Deux conflits successifs, en 1912 et 1913, mettent en lumière l’âpreté des rivalités entre jeunes États-nations et la désagrégation de l’Empire ottoman en Europe.

La première guerre balkanique, déclenchée en octobre 1912, oppose l’Empire ottoman à une coalition de trois États récemment constitués : la Grèce (indépendante depuis 1831), la Serbie (reconnue en 1878) et la Bulgarie (également indépendante depuis 1878), auxquels s’ajoute le Monténégro. Cette coalition, soutenue en sous-main par la Russie, vise à chasser définitivement les Ottomans d’Europe et à libérer les territoires encore soumis à leur domination. Les campagnes militaires, marquées par une grande brutalité, conduisent rapidement à la défaite ottomane. Au terme de quelques mois de guerre, l’Empire perd la quasi-totalité de ses possessions européennes, à l’exception de la Thrace orientale et des abords de Constantinople. Le traité de Londres, signé en mai 1913, entérine ce recul et ouvre la voie à une redistribution des territoires ottomans.

Mais cette victoire soulève immédiatement la question du partage. La seconde guerre balkanique, déclenchée en juin 1913, oppose la Bulgarie à ses anciens alliés serbes et grecs, bientôt rejoints par la Roumanie et même par l’Empire ottoman, désireux de regagner une partie des territoires perdus. Au cœur du conflit se trouve la Macédoine, dont la répartition suscite des tensions irréductibles. La Bulgarie, insatisfaite des gains obtenus, attaque la Serbie et la Grèce, espérant imposer ses revendications territoriales. Mais elle se retrouve rapidement isolée et vaincue. Le traité de Bucarest, signé le 10 août 1913, redessine les frontières : la Grèce obtient Thessalonique et une partie substantielle de la Macédoine ; la Serbie sort considérablement renforcée avec des acquisitions territoriales importantes ; la Roumanie agrandit également son territoire ; tandis que la Bulgarie, humiliée, ne conserve qu’une portion réduite de la Macédoine.

Ces deux guerres révèlent plusieurs dynamiques qui annoncent celles de 1914. Elles confirment la centralité des nationalismes ethniques dans les conflits balkaniques : chaque État cherche à constituer un territoire homogène en expulsant ou en marginalisant les minorités. Elles montrent également la brutalisation des sociétés : massacres, déplacements de populations, violences systématiques contre les civils deviennent des pratiques courantes. Enfin, elles accroissent les rivalités entre grandes puissances : la Russie apparaît comme protectrice des Slaves du Sud, la Serbie se pose en puissance montante, tandis que l’Autriche-Hongrie, inquiète de l’expansion serbe, envisage déjà une confrontation directe.

L’Europe se trouve ainsi placée devant un foyer d’instabilité majeur. Les guerres balkaniques, en redessinant les frontières et en renforçant la Serbie, fragilisent encore davantage l’Empire austro-hongrois et attisent les craintes de l’Allemagne. L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, un an plus tard, ne sera pas un événement isolé : il viendra s’inscrire dans la continuité de ces tensions, transformant un conflit régional en conflagration mondiale.

Les conséquences des guerres balkaniques

Les guerres balkaniques ne furent pas de simples conflits régionaux clos par des traités : elles eurent des conséquences profondes, qui affectèrent à la fois l’équilibre européen et la structure sociale des Balkans. Elles préfigurèrent par bien des aspects les dynamiques de la Première Guerre mondiale et marquèrent durablement l’histoire de l’Europe du Sud-Est.

La première conséquence concerne la nature même de la guerre. Les conflits balkaniques furent d’une brutalité extrême, impliquant directement les civils. Les opérations militaires ne visaient pas seulement les armées ennemies, mais aussi des communautés entières perçues comme hostiles. L’ethnicité devint un critère de désignation de l’ennemi. Le rapport de la commission Carnegie, publié à l’été 1913, documente avec précision les massacres, déportations et violences sexuelles commises à grande échelle contre des populations civiles. Les armées serbes reçurent même des ordres explicites d’exterminer les populations bulgares sur certains territoires, ce qui illustre la radicalisation des logiques de guerre. Ces violences annoncent les pratiques d’« épuration ethnique » qui resurgiront dans la région au XXᵉ siècle, notamment lors de la guerre de Bosnie et du Kosovo.

La deuxième conséquence est géopolitique. Le redécoupage des frontières en 1913, entériné par le traité de Bucarest, n’est pas seulement le résultat des affrontements locaux : il est façonné sous la surveillance et l’arbitrage des grandes puissances occidentales. La carte des Balkans reflète autant les rapports de force internes que les intérêts économiques et stratégiques des puissances européennes, soucieuses de contrôler un espace charnière entre Méditerranée, Europe centrale et Proche-Orient. Cette immixtion des grandes puissances transforme les Balkans en enjeu international permanent, accentuant le rôle de la région comme foyer d’instabilité.

La troisième conséquence est politique et structurelle. L’effondrement progressif de l’Empire ottoman dans les Balkans produit deux phénomènes simultanés : l’émergence d’États-nations homogènes et la cristallisation de la question des minorités. La logique nationaliste transforme certains groupes en « étrangers » sur leurs propres terres. Ces minorités, désormais perçues comme des corps étrangers à l’intérieur de territoires redessinés, sont stigmatisées, persécutées et, souvent, poussées à l’exil. La fin de l’ordre impérial multiculturel fait place à une logique d’exclusion, où chaque État cherche à homogénéiser sa population au nom de l’identité nationale.

Enfin, la conséquence la plus directe est l’inscription de ces conflits dans la genèse de la Première Guerre mondiale. L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 par un nationaliste serbe s’inscrit dans la continuité immédiate de ces tensions. La Serbie, sortie renforcée des guerres balkaniques, devient la principale cible de l’hostilité austro-hongroise. L’attentat n’est pas un accident isolé, mais l’ultime expression d’un climat de violence et de rivalités nationales qui avait déjà transformé les Balkans en champ de bataille.

Les guerres balkaniques produisent ainsi une matrice : elles accélèrent la désagrégation d’un empire multiculturel, installent la logique de purification ethnique, attisent la rivalité entre grandes puissances et placent la Serbie au centre du jeu politique européen. La Première Guerre mondiale peut être lue comme le prolongement direct de cette séquence, dans laquelle les nationalismes balkaniques ont servi à la fois de révélateur et de déclencheur des fractures d’un continent.

Le nationalisme comme idéologie

Les guerres balkaniques, et tout particulièrement la seconde en 1913, ont contribué à transformer durablement le paysage politique et social de l’Europe du Sud-Est. Par les annexions territoriales qu’elles entraînent, elles multiplient les situations où des groupes se retrouvent absorbés par des États auxquels ils n’appartenaient pas initialement. Dans une conception ethnique de la nation, dominante dans cette région, ces populations deviennent des « minorités nationales », perçues comme des corps étrangers au sein du nouvel ensemble politique. La conséquence directe est l’émergence d’un climat de tensions permanentes, où la loyauté des minorités est suspectée et où leur existence même est vécue comme une menace.

Ces recompositions territoriales nourrissent aussi des frustrations profondes. Certains États, comme la Bulgarie, se considèrent lésés par le partage issu du traité de Bucarest en août 1913. Le sentiment d’injustice alimente alors des revendications d’irrédentisme, c’est-à-dire la volonté de récupérer des territoires jugés « naturellement » nationaux mais attribués à d’autres. Ce phénomène, déjà ancien en Europe avec la question de l’Alsace-Lorraine en France, prend dans les Balkans une dimension systématique, attisée par la coexistence de populations hétérogènes. La logique de l’État-nation, lorsqu’elle s’applique à des régions pluriethniques, engendre mécaniquement rivalités, tensions et violences.

Ces guerres posent donc pour la première fois avec une telle acuité la question des populations mêlées dans un contexte de formation des États-nations. Quand les frontières sont redessinées par la guerre et par l’intervention des grandes puissances, les communautés se retrouvent divisées, déplacées ou contraintes à vivre sous la domination de voisins transformés en adversaires. Pour les populations concernées, ces mutations se traduisent rarement par une intégration pacifique : elles impliquent discriminations, persécutions ou expulsions. L’épuration ethnique devient un outil de résolution brutale des problèmes créés par la logique nationaliste.

C’est dans ce climat qu’il faut comprendre l’attentat de Sarajevo du 28 juin 1914. L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand par Gavrilo Princip, un nationaliste serbe, s’inscrit directement dans la continuité des revendications nourries pendant et après les guerres balkaniques. L’attentat n’est pas seulement l’acte isolé d’un jeune militant : il exprime un nationalisme radical, forgé dans la confrontation avec l’Empire austro-hongrois et nourri par les victoires récentes de la Serbie. Le geste de Princip cristallise cette idéologie où la nation est placée au-dessus de toute autre considération et où la violence apparaît comme un moyen légitime de libération.

En ce sens, l’Europe entre dans la Première Guerre mondiale avec un nationalisme devenu une idéologie totale. Ce nationalisme n’est plus seulement un discours de fierté ou un outil de mobilisation politique : il est une grille d’interprétation du monde, définissant amis et ennemis, légitimant les conquêtes et justifiant les violences. La « Grande Guerre patriotique » qui s’ouvre en 1914 est ainsi le produit d’une longue maturation où le nationalisme, porté à son paroxysme, transforme les tensions régionales en conflit mondial.

La « Grande Guerre patriotique »

L’entrée en guerre en août 1914 fut immédiatement présentée, dans la plupart des pays belligérants, comme une mobilisation patriotique. Les dirigeants politiques et militaires parvinrent à rallier des sociétés entières derrière l’idée que la nation était menacée et que sa défense exigeait le sacrifice de tous. C’est ce qui a conduit certains historiens à qualifier le conflit de « Grande Guerre patriotique » : un moment où la nation, en armes, fut le cadre de légitimation du combat et le ressort essentiel de la mobilisation.

L’historiographie de la Première Guerre mondiale, toutefois, est profondément divisée sur cette question. Un premier courant met l’accent sur la réussite des processus de nationalisation de la population au XIXᵉ siècle. Selon cette lecture, la facilité avec laquelle les masses se sont mobilisées en 1914, particulièrement en Europe occidentale, témoignerait du succès des politiques de construction nationale menées par les États : l’école, le service militaire, les cérémonies patriotiques et la diffusion des symboles nationaux auraient préparé les sociétés à accepter la guerre comme une évidence, presque comme un devoir sacré. Les scènes d’enthousiasme dans les capitales, l’Union sacrée en France ou le Burgfrieden en Allemagne illustreraient ce consensus national au moment du déclenchement.

Mais cette vision est aujourd’hui contestée. D’autres historiens, parmi lesquels Jean-Jacques Becker ou John Horne, insistent sur la complexité du phénomène. Ils soulignent que la mobilisation n’a pas été l’expression d’un consentement unanime et volontaire, mais souvent le résultat de pressions sociales, de contraintes collectives et d’un climat de peur. Le rôle des familles, et notamment des pères, fut décisif : dans des sociétés encore largement patriarcales, l’autorité familiale exerçait une pression forte pour que les jeunes hommes « fassent leur devoir ». Le poids du groupe local – village, paroisse, usine – créait aussi une contrainte sociale où refuser de s’engager signifiait s’exposer à l’opprobre ou à l’accusation de lâcheté. Dans cette perspective, le consentement fut arraché plus que donné.

Les débats historiographiques oscillent donc entre deux interprétations : celle du consentement volontaire, fruit d’un nationalisme intériorisé, et celle de la contrainte, qui voit dans la mobilisation un phénomène largement imposé par les structures sociales et politiques. Les témoignages d’époque, contradictoires, montrent bien la complexité de l’expérience : certains soldats partent avec la conviction de défendre leur patrie, d’autres parce qu’ils n’ont pas le choix. La guerre fut à la fois vécue comme une mission sacrée et comme une épreuve imposée, ce qui explique la persistance des discussions sur la nature de l’engagement des peuples en 1914.

Ce débat n’est pas anodin. Il éclaire le rapport entre nationalisme et guerre : si l’adhésion fut massive et rapide, c’est parce que le nationalisme était devenu l’idéologie dominante, capable de légitimer l’entrée dans la violence. Mais si cet engagement fut aussi le résultat de pressions sociales et d’un encadrement coercitif, cela montre que le nationalisme, loin d’être un simple sentiment, fonctionnait comme une structure de contrainte collective, où l’individu ne pouvait guère échapper à la logique de mobilisation.

« L’UNION SACREE »

Tout un couranthistoriographique voit dans facilité dela mobilisation dans les pays d’Europe (surtout Europe occidentale) untémoignage de la réussite de l’inculcation du sentiment national.

A l’issue de l’attentat de Sarajevo, on entredans la Grande guerre patriotique, c’est comme telle qu’elle est vendue par lesgouvernements. C’est aussi la première guerre pour laquelle les gens, les soldatsont été mobilisés nationalement et en s’y rendant C’est la premièreguerre où les populations sont mobilisées en masse dans le cadre del’Etat-Nation pour partir à la guerre. C’est la première guerre organisée parl’Etat-Nation sous la forme d’une mobilisation des populations. Cette mobilisationest faite avec l’idée que l’on va servir sa patrie. Le fait que cettemobilisation ait marchée ; le fait que les gens soient allé se battre seraitla preuve que les gens avaient complètement intériorisé leur appartenancenationale, elle passait avant tout.

La première guerremondiale c’est le signe de la réussite du processus de nationalisation de lapopulation. Ceci est l’interprétation de tout ce courant historique.

Il y a eu fonctionnement de la nationalisationdes sociétés : IL disent que cela semanifeste par la réalisation de l’unionsacrée qui est un moment de constitution de cet unanimisme national ;un moment ou les gens partent pour se battre et se réalisent dans l’idée desauvegarder le territoire national ou de récupérer le territoire national dansle cas français ( avec l’Alsace-Moselle).

Laguerre se fait donc au nom d’une logique nationaliste, au nom de la logique dela protection nationale. Cela a permis dedépasser dans un premier temps les antagonismes politiques (de droits et degauches) et sociaux (il y avait des bourgeois et des paysans) Ces gens seréunissait dans l’union sacrée : le fait de se battre pour sa patrie. C’est le moment de triomphe du processus denationalisation.

  • Cela se manifeste par l’unanimisme politique
  • Une mobilisation combattante

Un animisme politique

  • France : Jaurès pacifiste socialiste français assassiné le 30 juillet 1914
  • Les crédits militaires sont votés à l‘unanimité le 4 août 1914 et les différents courants socialistes se rallient à la guerre dans le courant du mois d’août.
  • En Allemagne certains socialistes défendent“ la théorie de la compensation : Gustav Noske, en 1907, dans un discours au Reichstag, il apporte, au nom du Parti, son soutien au gouvernement en cas de guerre. Mais l’extrême gauche du parti social-démocrate,autour de Rosa Luxembourg est fidèle à l’internationalisme.

Cela se manifeste par l’unanimisme politique, avec le fait que généralement dans tout les paystous les partis au Parlement ont voté les crédits de guerre, et donc en faveurde la guerre. D’autant plus que les courants pacifistes ont généralement ététrès secoués.

Jean Jaurès, par exemple, chef du mouvement socialistefrançais, fait encore en juillet 1914 un meeting contre la guerre. Sonmouvement considérait que la guerre n’était pas une guerre nationale, maisétait une guerre qui allait se faire au nom des intérêts économiques d’unepartie de la population. Il sera assassiné le 30 juillet 1914, c’est le dernierrempart pacifiste qui saute.

En Allemagne, il y aaussi un courant pacifiste, avec Rosa Luxembourg notamment, on la voit dans uneréunion pacifiste sur la photo.

Néanmoins en juilletet août 1914, tous les partis socialistes -les partis les plus à gauche- votentpour les crédits de guerre ; il y a donc une unanimité parlementaire pourla guerre. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus de pacifistes au sein mêmedes partis. En fait dans ces partis, il se maintient un courant pacifisterelativement fort.

La mobilisation combattante et ses limites

  • En GB engagement volontaire d’un million d’hommes en 1914 et 3 millions en 1915 (pasde conscription obligatoire en GB)
  • En Allemagne il s’agit d’environ un million de personnes (jeunes pour laplupart)

La deuxième chose,est qu’il y a une mobilisation combattante qui se fait sans beaucoup dedifficultés. Cela se fait sans problème. Non seulement onparvient à mobiliser les populations, mais on note un fort engagementvolontaire, en Grand Bretagne car il n’y pas de conscription obligatoire avant1916 (3 millions de personnes) et en Allemagne.

Néanmoins ons’aperçoit qu’en fait, il y a un certain nombre d’endroit où les départs sesont faits dans les larmes, dans les campagnes et les quartiers les pluspopulaires notamment ; les paysans laissaient leurs champs et cela poseproblème. L’enthousiasme étaitplus présent dans les classes bourgeoises ou cultivées. D’ailleursl’enthousiasme a été de courte durée.

Autres formes de la mobilisation

  • En Allemagne la loi du 2 décembre 1916, sur le service civil (Hilfsdienstgesetz) introduit unservice du travail obligatoire pour tous les hommes valides entre 17 et 60 ans.

Les autres formes demobilisation, c’est la mobilisationéconomique, c’est la mobilisation de l’arrière. Il faut que lespopulations de l’arrière soutiennent l’effort de guerre, dans tout les pays onva mobiliser les ouvriers notamment.

En Allemagne, c’estlà où s’est allé le plus loin avec la loi du 2 décembre 1916 sur le servicecivil (Hilfsdienstgesetz) qui introduit un service du travail obligatoire pourtous les hommes valides entre 17 et 60 ans ; c'est-à-dire que ceux qui nesont pas mobilisés, sont obligés de travailler dans le cadre des industries pourcontribuer à l’effort de guerre (produire des armes de guerres).

Il faut par ailleurss’assurer de la loyauté de cette main d’œuvre. A cette égard, dans tous lespays d’Europe en tout les cas jusqu’en 1916, les Etat ont trouvé dans lessyndicats des alliées, ces derniers ont joué un rôle de stabilisation- ils ontcontribué à faire accepter par la population l’idée qu’il fallait faire dessacrifices/efforts pendant la guerre. Les syndicats ontdemandé en échange, dans les grandes puissances en tout cas, de participer demanière plus forte aux décisions politiques. C’est à ce moment-là que lessyndicats ont pris une place plus importante dans les négociations, en tout casdans les politiques sociales. En 1919, la Fondation Internationale duTravail découle de cela, c’est une compensation que l’on donne aux syndicats. Les syndicatspermettent jusqu’en 1917 en tout cas, d’établir la paix sociale. C’est un desfondements de la poursuite de la guerre.

  • Allemagnel’Appel au monde de la culture (Aufruf an die Kulturwelt) publié le 4octobre 1914. Quatre-vingt-treize professeurs prestigieux y répondent à unappel des intellectuels occidentaux les pressant de se distancier desdestructions perpétrées contre des biens culturels comme la bibliothèque deLouvain ou la cathédrale de Reims.

Il y a également unemobilisation de la pensée (Aufrufan die Kulturwelt) : nombreux sont les intellectuels qui présentent la guerre comme unenécessité pour protéger la culture nationale. C’est l’idée que la guerre est uninstrument de protection d’un patrimoine national en cas d’échec. Cela a été très forten Allemagne avec les grands professeurs allemands. C’est donc un appel de 93professeurs allemands qui affirment que les destructions proférées par l’arméeallemande à la Cathédrale de Reims et à la bibliothèque de Louvain (Belgique), sonttotalement justifiées ; justifiée par la grandeur de la nation allemande.

  • EnAllemagne, 92 000 infirmières volontaires employées dans les hôpitauxmilitaires. Service social communal coordonné par le Service national desfemmes (National Frauendienst)qui est organisé par l’Association des femmes allemandes (Bund der deutschen Frauen)

Mobilisationdes femmes : Les femmes sont mobiliséessurtout comme infermière volontaire, employée dans les hôpitaux militaire. C’est surtout un service volontaire nonrémunéré, mais c’est un moment de professionnalisation pour les femmes ;c’est un moment par lequel les femmes accèdent à un certain nombre de métier.C’est là aussi que l’on a une professionnalisation du métier d’infermière. [NB :ce n’est pas à ce moment-là que les femmes se mettent à travailler, les femmesont toujours travaillé, dans les champs ou ailleurs et puis, dans le mondeindustrielle, une grande partie de l’industrialisation s’est faite grâce auxfemmes (elles travaillaient dans l’industrie du textile)].

Ce qui se passe durant la 1 Guerre Mondiale,c’est que les femmes se mettent à travailler dans des branches industrielles,dans certains secteurs dans lesquelles elles ne travaillaient pas :essentiellement l’industrie sidérurgique. On les y fait travailler, mais on ne les y forme pas car l’idée était de pouvoir les renvoyer aux textiles, il n’était pas question qu’elles prennent la place des hommes de manière définitive. Si on peut dire que les femmes gagnent quelque chose pendant la 1gm, c’est juste du point de vue de la reconnaissance de leurs compétences : et c’est essentiellement à travers la question des infirmières. Se mettent en place notamment des écoles d’infirmière qui permettent aux femmes de se former à des vrais métiers et pas simplement des infirmières volontaires.

è Toutes ces formes de mobilisation semblent donc avoir relativement bineréussi, quels ont été les instruments de cette mobilisation. Il ne faut pascroire que les gens sont partis comme cela, tout joyeux, il y a aussi eux desinstruments pour les y inciter.

INSTRUMENTS DE LA MOBILISATION COLLECTIVE

Guerre et Démocratie

En Allemagne avec guerre totale à partir de 1917 une sorte de dictature du quartier général appuyé sur l’empereur. Pendant la guerre, la démocratie est ralentie,dans tout les pays en guerre s’est posée la question de l’équilibre entre le fonctionnement du pouvoir civile (démocratie) et le fonctionnement du pouvoir militaire.

Pendant la guerre, de manière générale, on a un équilibre difficile entre pouvoir civil et pouvoir militaire. Dans tous les pays les élections sont suspendues, les parlements ne fonctionnent plus normalement. Le fonctionnement normale de la démocratie est paralysé ou largement ralentie.

En Allemagne en plus de cela s’établi à partirde 1917 une sorte de dictature ducartier générale. L’armée prend en charge certains domaines qui relevaient ducercle des ministres qui entouraient l’empereur. En règle générale, on notedans tout les pays – même s’ils ne jouent pas le même rôle que en Allemagne- onassiste donc à une sorte de bureaucratisation de la vie politique, c’est à direque l’administration prend le pouvoir, on a le développement de ministères trèstechniques ( avec des experts, armement, ravitaillement). La vie politique devient très technique, avantla première guerre la politique était fondée sur le débat d’idées et non pasl’expertise. La première guerre introduit la notion de compétence technique dansla vie politique et dans le fonctionnement de la démocratie Ainsi, la 1 guerre mondiale est aussi unlaboratoire de modification des équilibres démocratique.

Propagande et censure

  • La Première Guerre mondiale a fait un emploi intensif et sans précédent des médiaset de la propagande qui s’impose aux civils autant qu’aux militaires.
  • En Allemagne : A partir de 1916, l’Office du film et de l’image (Bild und Filmamt, BUFA) constitue uninstrument de propagande efficace, il deviendra le célèbre Office du film (UFA) d’où sont sorties les meilleuresproductions allemandes de l’après-guerre.

Pendant la 1 guerremondiale, les gouvernements on pour la première fois fait usage de manièreintensive des médias et de la propagandequi est dirigé vers les soldats et les populations civile.

C’est une propagandequi se fait particulièrement dans les pays ou le consentement de la populationparaissait plus faible : Italie, mais elle a été présente partout. De fait, on assistepour la première fois à de vrai politique de propagande : les gouvernementsprennent en charges un certain nombre de programmes qui sont des programmesdestinée à convaincre la population du bien-fondé de la guerre etc…

Il y a des pays qui développent de vrai agencesde propagande qui deviendront parfois de vraies agences de tournage de film. En Allemagne : A partir de 1916, l’Officedu film et de l’image (Bild und Filmamt,BUFA) constitue un instrument de propagande efficace, il deviendra lecélèbre Office du film (UFA) d’où sont sorties les meilleures productionsallemandes de l’après-guerre.

Il y a partout la censure, en Allemagne il y a un bureau de la censureparticulièrement sévère, toutes les lettres de soldats furent ouverte, enFrance, on censure également sur la presse écrite notamment. Il y a même eu de la censure en Angleterre,alors que les britanniques se considéraient comme très libéraux.

LE PATRIOTISME DES MINORITES

La guerre a aussiété un moment ou les minorités (=les groupes dominés) sont entrés dans lacommunauté nationale.

Ainsi, dans lesgrandes nations en guerre, les minorités religieuses, ethniques ont utilisé laguerre pour montrer leur loyauté vis-à-vis de la nation.

Dans les Etats-Nations

  • En France minorité protestante grand élan etaussi immigrés.
  • En All : les catholiques (rôle duZentrum et des évêques).
  • La Grande Guerre, est la première à laquelleles juifs prennent part en tant que citoyens égaux (émancipés) en 1871.
  • Le 1e député volontaire pour partir à laguerre est un Social démocrate juif Ludwig Frank mort devant Lunéville dèsseptembre 1914.
  • Ils sont plus de 10 000 à s’enrôlervolontairement et 2 000 juifs deviendront officiers durant le conflit.
  • Les industriels et banquiers juifs ;Walter Rathenau, Fritz Haber, Franz Oppenheimer occupent des positionsimportantes dans l’administration civile chargée d’organiser l’économie deguerre.
  • Sociauxdémocrates y voient aussi une possibilité d’intégration.

C’est vrai pour laminorité protestante en France, la minorité juive et catholique enAllemagne-> Alors que le Pape Benoît XV condamne la Première Guerre Mondiale,les évêques allemands ne la condamnent pas eux, car cela aurait été – dans leursituation minoritaire- se mettre au bandde la nation allemande.

On a également des groupes politiquement minoritaires, comme les sociaux-démocrates allemands, qui profitent de la guerre pour se faire reconnaitre. Le moment de la guerre a été un moment d’intégration des partis minoritaires qui sont marginalisé (la social-démocratie est très combattue par le gouvernement allemand).

On a un engagementtrès fort des minorités, cela marche aussi dans les empires multinationaux oùla guerre a été une sorte de « creusé » du multinationalisme.

Dans les Empires multinationaux

En Autriche Hongrie un corps d’officiers qui est vraiment le résultat dubrassage national de l’Empire, environ 50% seulement sont d’origine allemande

En Autriche-Hongrie,le corps des officiers est très brassé du point de vue des origines nationales (Seul 50% qui parlent allemand). Les régiments étaient également assez mélangés (bien que certain soient plus unifié ethniquement parlement), ce qui faisait dire aux officiers austro-hongrois qu’il n’y avait pas plus internationaliste qu’eux. L’armée austro-hongroise était une armée debrassage. Cela a relativement bien fonctionné jusqu’à un certain point. En revanche dans l’Empire russe cela a moins bien fonctionné.

LES LIMITESDE L’UNANISME DE GUERRE

AU FRONT

Il y a des limites à cet unanimisme de guerre. La réalité est complexe, il y a différentsphénomènes qui fonctionnent parallèlement. Il y a des contestations de laguerre au front. Le débat entre les historiens porte sur le consentement. Les gens se sont engagés volontairement,dans l’idée de défendre la patrie ou le consentement a-t-il été arraché ? Les gens contre cette interprétation nationalistede la guerre disent : ceconsentement s’est fait sous pression, du groupe des pères par exemple : professeurs…qui jouent un rôle important pour les adolescents. En gros il n’y a pas delibre-arbitre, il y a une trop forte pression exercée par le groupe pour quel’on puisse y résister. Il y a un moment donné en 1917 où cela abasculé dans l’autre sens, mais cela prend un certain temps.

Un certain nombre d’historiens italiens quid’ailleurs ont été beaucoup plus résistants à la mobilisation que les autres,disent que beaucoup d’italiens se sont faits encadrés par le catholicisme.C’est la pression de l’Eglise catholique qui les a encadrée, de même que c’estle protestantisme qui a encadré l’enrôlement des soldats allemands. L’Eglisejoue un rôle important dans l’enrôlement à ce moment.

Donc il y a quand même des pressions quis’exercent. La discipline militaire elle-même est unediscipline relativement forte, on n’a pas forcément la possibilité de dire,non, je ne vais pas me battre. Enréalité les historiens qui pensent que le consentement a été subi, insistentsur le fait que très tôt, il y a eu des défections dans l’armée et même desmalades psychiatriques. On s’est renducompte que rapidement, qu’il y en a eu très tôt et en très grand nombre. Cesdésordres psychiatriques seraient, selon ces historiens, l’expression de ceconsentement subi (position de contradiction intérieur).


Les limites de la communauté combattante

Le cas le mieux documenté est ladésertion d’un régiment de 2000 hommes du 28 régiment d’infanterie de Bohèmedevant les Russes en 1915 .Ce régiment était composépour l’essentiel d’ouvriers qui étaient affiliés à un parti pro-russe.

D’autres insistent sur le faitqu’il y a un certains nombre de défections : certains soldats, rapidementdécident de ne plus combattre et ils partent. Ceci est particulièrement dansles armées Austro-hongroise ou on a des régiments entiers qui font défection.

Il y a l’exemple connu du 28ème régimentd’infanterie de Bohême qui fait défection devant les russes en 1915. Certain ont ditc’est le signe du nationalisme tchèque qui se met en place et d’autres ont dit qu’il fallait avant toutaller voir qui composait ce régiment et on se rend compte qu’il était composépour l’essentiel d’ouvriers qui étaient affiliés au partis socialiste. Donc icion aurait soit la motivation « nationale » (les slaves refusent de sebattre contre les salves), soit une motivation sociale et politique- lessocialistes refusent de se battre contre les socialistes. Qu’est-ce qui l’a emporté,l’appartenance ethnique, le fait d’être slave ou l’appartenancepolitique ?

Clairement, en Russie, les questions nationalesont joué un rôle pour un certain nombre de groupes nationaux comme chez lesukrainiens par exemple, chez qui la mobilisation a été particulièrementdifficile et qui ont déserté en masse au moment des récoltes (c’était surtoutdes paysans et on voit qu’il n’était pas tant attaché par le nationalismerusse, étant donné qu’ils ont préféré récolter plutôt que de mourir pour lapatrie.

Ces désertions en masse, sont cependantégalement l’expression de la faible nationalisation de ces populations, donc,c’est vrai qu’il y a eu des défauts, soit des expressions de la souffrance psychiquesqui montre les défauts de nationalisation soit des déféctions. Cela représentedes chiffres relativement faibles, mais ils montrent qu’ils y a des prises deposition à l’encontre de cette thèse nationaliste ou propagande nationaliste.

Des mutineries aux révolutions

  • En Autriche désertions surtout parmi les soldats serbes (de Bosnie) dès 1915.
  • En France devant l’inutilité et l’atrocité des combats (grandes offensives1916-1917) les refus d’obéissance se multiplient en 1916 et surtout 1917 (21174 condamnations)
  • Les mutineries d’avril-mai 1917 (environ 40 0000 personnes) devant les offensivesmeurtrières et inutiles ont été très efficacement réprimés (554 peines de morts jugés une cinquantaineréellement exécutées)
  • En Allemagne, les désertions restent rares toutefois, (100 000 personnes au plus). Mais à partir de janvier1918, le nombre des soldats qui se constituent prisonniers sans combattres’accroît. Près d’un million de personnes.
  • Les premiers cas de fraternisation sur le front oriental ont lieu en 1915 et culminent à l’issue de la révolution russe.
  • En Allemagne La flotte, soumise à des conditions de vie particulièrement dures etencadrement particulièrement sévère et inégalitaire se mutine une fois en août 1917 à Wilhelmshaven puis de nouveau en octobre 1918

Il y a un autre phénomène les mutineries et les révolutions. Dans les mutineries, il y a clairement le signe de l’opposition à la guerre et l’opposition à la propagande nationaliste.

Le grand tournant, c’est en 1917. C’est à ce moment que dans les différentes armées il y a eu des mouvements de désertion et de rébellion contre la guerre de formes diverses. Cela s’exprime de manière différente selon les pays. Il y a une augmentation des refus d’obéissance en France dans les années 1916-1917, avec beaucoup de condamnations. On recense dans ces années-là, 21'174 condamnations pour refus d’obéissance.

Par ailleurs, plus encore que le refusd’obéissance, il y a les mutineries ; cela veut dire se rebeller etretourner ses armes contre les officiers. Ily en a 40'000 entre avril-mai 1917, c‘est un nombre relativement faible parrapport aux effectifs de l’armée, devant les offensives meurtrières et souventinutiles (sans gagner de terrain). Les conditions de vie dans ces tranchées étaientextrêmement difficiles. Les allemands n’ont que très peu changer de positionjusqu’en 1918, on eu le temps de s’organiser et de bétonner les tranchées, lesfrançais quant à eux ont souvent changé de positions et n’ont donc pas pubétonnée toutes leurs tranchées.

Les mutineries ont été sévèrement punies, avec 554 condamnations à mort dont une cinquantaine vraiment appliquées. En Allemagne où l’autorité militaire est encore plus forte et la contrainte plus intériorisée-étant donnée toute l’histoire allemande antérieure- les mutinerie sont été rares et les désobéissances aussi. Cependant –toujours en Allemagne-la guerres’est terminée dans la révolution. En fait la discipline militaire dans l’armée allemande, spécialement dans la flotte, était tellement forte (en particulier dans la flotte) que cela s’est terminé par la révolution de novembre 1918 (on voit les photos). La révolution de novembre 1918 naît dans l’armée allemande.Dire que la discipline dans l’armée allemande est sans reproche est donc faux.Ce sont des formes différentes du mécontentement et des revendications.

MAINTIEN ET RENFORCEMENT DES OPPOSITIONS SOCIALES

Ces mutineries expriment un sentiment delassitude par rapport à la guerre ; on n’en peu plus de combattre. Il y aaussi le sentiment de l’inégalité dans la guerre ; c’est particulièrement lecas des marins allemands qui sont véritablement opprimés par le commandement. L’élite militaire allemande est dominé par lesnobles en règle générale, les Junkers de Prusse par exemple (noble,propriétaire terrien). Ce ne sont pas des gens particulièrement chaleureux avecleurs inférieurs. C’est toute la tradition de l’ « Untertan »,la sujétion. On peut imaginer le mécanisme de répression que cela peut produiredans un espace réduit. Ce qui expliquepourquoi la révolution de novembre 1918 est née dans la flotte allemande.

Mais cette question d’opposition sociale estprésente dans toutes les armées, particulièrement forte dans l’armée russe etcomme par hasard, elle sera un des fermants de la Révolution de 1917 ;cette idée que l’on n’est pas tous traité de la même manière.

Ceci dit, en termes de mortalité – par exemple dans l’armée Française- les officiers sont proportionnellement plus mort au combat que les hommes de troupes. Cela veut dire qu’il n’est pas forcément vrai, dans toutes les armées que les officiers ont été plus protégés que les soldats.

La communauté nationale vole en éclats

  • Mouvement sociaux (grèves en particulier) se développent dans tous les pays (y compris les neutres grandes grèves aussi en Suisse).
  • Pic en 1917 à ce moment là le nombre de gréviste dépasse en GB, All, France celui de l’avant guerre.

Indépendamment de ces oppositions à l’intérieur de l’armée, il y a aussi des oppositions à l’intérieur de la communauté nationale qui se développent.

Dans tous les pays, les problèmes économico-sociales vont contribuer à fissurer la communauténationale. Les grèves sedéveloppent à partir de 1916 et connaissent un pic en 1917. En 1917, le nombre degrévistes, dépasse en France, Allemagne et Angleterre celui de 1913. Ces grèvessont souvent dans les files d’attentes devant les magasins vides que sedéveloppent les mouvements de revendication. On voit la photo des couturières en Grève à Paris en mai 1917. La guerre a renforcédes clivages sociaux qui existaient déjà comme entre ceux qui produisent etceux qui possèdent les moyens de production. Mais crée d’autre opposition entrela ville et la campagne par exemple ; car la ville dépend des livraisonsde la campagne. En Allemagne cela s’est fait de manière dramatique,par exemple, des urbains sont allés pillés des fermes pour se nourrir. Et les paysans se plaignent des prélèvements obligatoires sur leursrécoltes.

Il y a aussi desoppositions entre hommes et femmes ; effectivement les femmes ont étéemployées dans les industries de guerre, à la condition qu’elles ne soient pasformées pour ces postes et qu’elles soient moins bien payées que les hommes, defaçon à ce qu’ils retrouvent leur place à la fin de la guerre. Elles ont doncrevendiqué l’égalité de traitement. Cela a crée desoppositions à l’intérieur des firmes entre les femmes et les hommes. Leslogiques d’oppositions de genre est très importante, dans ce cas-là plus quel’opposition de classe, puisque dans ce cas, patrons et ouvrier masculins’entendent au sujet des femmes.

Les phénomènes de nationalisation des oppositions sociales

LES POLITIQUE D’EXCLUSION A L’EGARD DESETRANGERS ET DES MINAURITES

Il faut dire aussi que la guerre, n’a pas été contrairementà ce qu’on pourrait croire le moment d’inclusion de la communauté nationale. En fait, dan les Etats-nation, la guerrenourrit des ressentiments xénophobe à l’égard de ces propres ressortissants nationaux.


Un état d’esprit Xénophobe

  • En France les Alsaciens sont molesté car ils sont pris pour des Allds,
  • Id pour les Suisses alémaniques.

Les alsaciens en France sont considéré commeallemand, ils sont molestée, on leur jette des pierres. Il y a des dispositionslégales ségrégationnistes contre des gens qui ne sont pas considéré comme loyaux que l’on mette dans des camps, comme les polonais… on se méfie des étrangers, même s’ils ont la nationalité française.

En parallèle, on assiste en Allemagne au développement de l’antisémitisme,

Des dispositions légales ségrégationnistes

  • En France le 1° août 1914 tous les étrangers doivent quitter zones frontières,
  • Les ressortissants des pays ennemis sont contraint de partir sinon emprisonnement et camps
  • En Allemagne le ministre de la guerre organise le dénombrement des juifs au front et à l'arrière en octobre 1916).
  • Les résultats de ce dénombrement montrent engagement des juifs allemands dans la guerre : 1/6 population allemande engagée dans la guerre et 1/5 pour les juifs. Mais ils ne sont non publiés.

En France le 1° août 1914 tous les étrangers doivent quitter zones frontières, Les ressortissants des pays ennemis sont contraint de partir sinon emprisonnement et camps, il y aussi un projet de dénaturalisation, retirer la nationalité à des gens qui l’ont obtenue avant la première guerre (1912-1913) surtout des pays ennemis. C’est un nombre limité de personnes, néanmoins cela signifie bien le caractère totalement arbitraire de la nationalité.

Dans tous les pays, mais particulièrement en Allemagne, développement de l’antisémitisme. Celui-ci culmine en Allemagne avec le recensement du nombre des juifs engagés dans la guerre En Allemagne le ministre de la guerre organisele dénombrement des juifs au front et à l'arrière en octobre 1916). Lesrésultats de ce dénombrement non publié : 1/6 population dans guerre et 1/5 pourles juifs.

EPILOGUE ; de la neutralité au pacifisme

LE ROLE DES « NEUTRES »

- En 1916 ne subsistent plus comme puissancesneutres en Europe que les pays scandinaves (Suede, Norvège, Danemark), PB, Esp,Suisse.

LES PACIFISTES

  • Ecrivainfrançais et pacifiste Romain Rolland réfugiés en Suisse dès 1914 écritdifférents articles dans le Journal de Genève réunis en un volume« Au-dessus de la mêlée »,publié en 1915.
  • Conférencestenues en Suisse à l’invite du parti socialiste suisse en septembre 1915 àZimmerwald puis en avril 1916 à Kienthal.

Pendant la 1 guerre mondiale, les neutres ont joués un faible rôle dans le développement ou déchainement de ces nationalismes,ils ont jouer un rôle limité sauf que Genève accueille les pacifiste.

Brutalisation des sociétés : Le fait que pendant cette période de la guerre,elle a nourrit un sentiment xénophobe très prononcé contre l’ennemi et la suite de la guerre, c’est tout un culte des morts qui fait perdurer le souvenir de la guerre jusque ce que les derniers soldats de la guerre de 14-18 mœurs.