« La lente construction de l’Europe au XXème siècle » : différence entre les versions
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Au cours des années 1960 et 1970, la Yougoslavie titiste est souvent perçue comme un modèle alternatif au communisme soviétique. Son système fédéral, ses politiques d’autogestion et son rôle international dans le mouvement des non-alignés lui confèrent une image singulière dans le paysage de la Guerre froide. Pourtant, derrière cette façade de stabilité, les tensions nationales restent vives. Les politiques d’autonomisation relative mises en place par Tito cherchent à répondre à la diversité ethnique et culturelle du pays. Elles permettent de maintenir les conflits dans un état latent, mais elles entretiennent aussi un esprit de comparaison et de compétition entre les républiques. Chaque communauté évalue sa situation en fonction de celle des autres, ce qui nourrit un sentiment permanent de discrimination et de frustration. | |||
Le | Le nationalisme et les revendications d’autonomie nationale ne disparaissent jamais véritablement. Ils se réactualisent dans les rapports socio-économiques – par exemple autour de la répartition des ressources, des investissements ou des postes de pouvoir – et dans les relations internationales, certaines républiques regardant davantage vers l’Ouest ou vers l’Est selon leurs intérêts. Le système yougoslave fonctionne comme un « socialisme moderne sauvegardé et maintenu sur un petit feu » : les tensions existent mais sont contenues par un équilibre fragile et par l’autorité charismatique de Tito. | ||
Slobodan | La structure fédérale repose sur le principe de « narod », c’est-à-dire la nation au sens ethnico-culturel. À sa naissance, la Yougoslavie est constituée de six républiques : la Serbie, la Croatie, la Slovénie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine. À cela s’ajoutent des minorités nationales non territorialisées, comme les Roms, dont l’identité ne se superpose pas à une république précise. Cette mosaïque ethnique constitue à la fois une richesse et une source permanente de tensions. | ||
À la fin des années 1960 et au début des années 1970, le Printemps croate exprime ouvertement ces revendications nationales. Les intellectuels et étudiants croates exigent plus d’autonomie culturelle et politique, dénonçant la domination perçue de Belgrade. Ce mouvement, violemment réprimé, conduit Tito à chercher un compromis institutionnel. En 1974, une nouvelle Constitution est promulguée, qui accorde davantage d’autonomie aux républiques et aux provinces autonomes de Serbie (Kosovo et Voïvodine). Chaque entité fédérée dispose désormais de ses propres institutions, presque équivalentes à celles d’un État souverain, y compris un droit de veto au sein des instances fédérales. Cette réforme stabilise temporairement la fédération, mais elle accentue aussi les logiques centrifuges, chaque république disposant de leviers propres pour affirmer ses intérêts nationaux. | |||
Après la mort de Tito en 1980, ce système décentralisé se fragilise rapidement. L’absence d’autorité forte permet aux nationalismes de ressurgir avec intensité. En 1984, Slobodan Milošević devient chef du Parti communiste à Belgrade, puis en 1987 chef du Parti communiste de Serbie, et enfin en 1989 président de la Serbie. Son ascension illustre le retour en force du nationalisme serbe, qui va bientôt déstabiliser tout l’édifice fédéral. Le 28 juin 1989, Milošević orchestre une immense célébration à Gazi Mestan, au Kosovo, pour le 600ᵉ anniversaire de la bataille du Kosovo (1389), symbole de la lutte historique des Serbes contre la domination étrangère. Plus d’un million de personnes y assistent, dans une ferveur nationaliste sans précédent. Cet événement est souvent considéré comme le déclencheur symbolique de la crise yougoslave des années 1990, marquée par une série de conflits armés, des campagnes de purification ethnique et l’intervention de l’OTAN. | |||
[[Fichier:Europe Plan Marshall. Poster 1947.JPG|400px|vignette|centré|Le plan Marshall est un programme coordonné américain afin de rapprocher des pays européens à la voie européenne : liberté, démocratie, consommation. Ce qui est intéressant est les couleurs et les drapeaux tandis que le Bateau est l’État qui est une allégorie des temps modernes. C’est l’idée que l’Europe est sur la voie de devenir un seul État.]] | Le paradoxe yougoslave est ainsi manifeste : la Constitution de 1974 a donné une autonomie relative aux républiques et permis la coexistence temporaire des nationalités, mais elle n’a pas effacé les rivalités. L’absence de « territoires purs », la superposition de communautés sur un même espace et les mémoires de guerre rendent inévitable l’explosion violente des années 1990, lorsque les nationalismes se radicalisent et se muent en projets de « Grande Croatie » ou de « Grande Serbie ».[[Fichier:Europe Plan Marshall. Poster 1947.JPG|400px|vignette|centré|Le plan Marshall est un programme coordonné américain afin de rapprocher des pays européens à la voie européenne : liberté, démocratie, consommation. Ce qui est intéressant est les couleurs et les drapeaux tandis que le Bateau est l’État qui est une allégorie des temps modernes. C’est l’idée que l’Europe est sur la voie de devenir un seul État.]] | ||
= L’Europe occidentale – la construction de l’Union européenne = | = L’Europe occidentale – la construction de l’Union européenne = | ||
Version du 17 août 2025 à 17:04
La construction européenne au XXᵉ siècle s’inscrit dans un contexte profondément marqué par les séquelles de la Seconde Guerre mondiale et par l’émergence de la Guerre froide. Entre 1945 et le début des années 1970, se met en place une dynamique inédite qui façonne l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui : une tentative de dépasser le cadre strict de l’État-nation, tout en composant avec l’organisation bipolaire du monde. L’après-guerre ne se réduit pas à une reconstruction matérielle et économique, mais s’accompagne d’une réflexion politique sur la manière d’éviter le retour des conflits qui avaient ensanglanté le continent au cours de la première moitié du siècle. Cette réflexion s’exprime dans un dialogue constant entre coopération, intégration et souveraineté, sur fond de rivalité idéologique entre le bloc occidental et le bloc soviétique.
La bipolarisation internationale est déterminante. D’un côté, l’Union soviétique, qui s’est consolidée en un État centralisé, étend son influence sur l’Europe de l’Est à travers une série de démocraties populaires intégrées dans un système socialiste contrôlé par Moscou. De l’autre, les États-Unis s’imposent comme le garant militaire, économique et politique de l’Europe occidentale. Entre ces deux pôles, les États européens cherchent une voie spécifique, qui ne soit ni soumission complète à l’une des superpuissances, ni repli sur des souverainetés isolées et affaiblies. La création d’institutions communes devient progressivement une réponse stratégique à ce double impératif : préserver la souveraineté nationale tout en construisant un niveau politique supérieur capable de défendre des intérêts partagés.
La notion de supranationalité prend ici tout son sens. Elle ne signifie pas l’effacement des nations mais leur mise en relation dans des structures qui se situent « au-dessus » des gouvernements sans pour autant abolir l’autonomie nationale. Cette tension permanente entre l’attachement à la souveraineté et l’acceptation d’une autorité supranationale constitue le fil rouge de l’intégration européenne. Elle explique le caractère lent, partiel et toujours négocié de ce processus, où chaque avancée institutionnelle résulte de compromis délicats entre des visions fédéralistes, favorables à une Europe politiquement unie, et des approches intergouvernementales, soucieuses de préserver la primauté de l’État-nation.
Cette dynamique se complexifie encore par la situation coloniale. Au lendemain de la guerre, certaines puissances européennes – au premier rang desquelles la France, le Royaume-Uni et la Belgique – demeurent des empires coloniaux. Leur autonomie et leur rôle international semblent encore assurés par leurs possessions outre-mer, ce qui limite leur disposition initiale à céder des parcelles de souveraineté au profit d’un projet européen. Pourtant, dans le même temps, les fragilités internes, les pressions extérieures et la décolonisation progressive les incitent à s’appuyer davantage sur la coopération continentale. L’Europe se construit donc dans ce paradoxe : des nations jalouses de leur indépendance mais contraintes d’inventer une forme politique nouvelle pour faire face aux défis du temps.
C’est dans cet entrelacement entre souveraineté nationale, impératif de sécurité, rivalité idéologique et recherche d’un cadre institutionnel commun que s’élabore la lente construction européenne du second XXᵉ siècle. L’histoire de cette période ne se réduit ni à un projet fédéral ambitieux ni à une simple coopération interétatique : elle est le résultat d’un dialogue constant entre deux niveaux d’action, national et supranational, sur fond de Guerre froide et de recompositions globales.
Les démocraties populaires entre bloc de l’est et l’affirmation de l’indépendance
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe entre dans une période de recomposition politique où s’affirme clairement la domination soviétique en Europe centrale et orientale. Entre 1945 et 1948, cette zone connaît une série de bouleversements politiques marqués par des coalitions fragiles, des élections contrôlées et parfois des coups de force qui placent progressivement les partis communistes au centre du pouvoir. En Pologne, en Hongrie, en Bulgarie, en Roumanie et en Tchécoslovaquie, les gouvernements de coalition installés dans l’immédiat après-guerre voient leurs composantes non communistes marginalisées, exclues ou contraintes à la clandestinité. L’appui de l’Armée rouge, encore présente sur place, et l’influence directe de Moscou permettent aux partis communistes d’imposer leur domination. Le coup de Prague en février 1948, où le Parti communiste tchécoslovaque s’empare définitivement du pouvoir, symbolise l’achèvement de ce processus : il ne reste plus en Europe de l’Est que des régimes de « démocratie populaire », alignés sur l’Union soviétique et organisés autour d’un parti unique.
Cette mainmise s’étend également aux régions périphériques. En Scandinavie, la mer Baltique devient un espace stratégique où l’URSS renforce son contrôle à travers la domination sur les pays baltes annexés dès 1940, tandis que la Finlande, bien qu’indépendante, reste étroitement surveillée par Moscou et contrainte à une neutralité imposée, connue sous le nom de « finlandisation ». Plus au sud, la Méditerranée orientale est secouée par la guerre civile grecque (1946–1949), où les forces communistes, soutenues en partie par la Yougoslavie de Tito, affrontent les monarchistes et les libéraux soutenus par le Royaume-Uni et, à partir de 1947, par les États-Unis dans le cadre de la doctrine Truman. La Grèce devient ainsi un champ d’affrontement direct entre les deux blocs, confirmant que la ligne de fracture en Europe dépasse le simple axe centre–est et concerne aussi les zones de contact stratégiques.
Cette nouvelle configuration divise l’Europe en deux zones d’influence. À l’Ouest, les États s’alignent progressivement sur les États-Unis dans le cadre de la reconstruction économique et militaire ; à l’Est, les pays deviennent des satellites de Moscou. L’Allemagne, cœur industriel et stratégique du continent, illustre à elle seule cette fracture. Occupée par les quatre puissances victorieuses – États-Unis, Royaume-Uni, France et URSS – elle est d’abord administrée comme une entité commune. Mais très vite, les désaccords entre les alliés occidentaux et les Soviétiques transforment ce pays en symbole de la division. Berlin, ville elle-même divisée en quatre zones d’occupation, devient l’épicentre de cette confrontation, ce que les crises du blocus de 1948–1949 et plus tard la construction du mur en 1961 rendront encore plus visible.
C’est dans ce contexte que Winston Churchill formule l’image devenue emblématique du « rideau de fer ». Dans son discours de Fulton (États-Unis), le 5 mars 1946, il déclare qu’un rideau s’est abattu sur le continent, de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique. Quelques mois plus tard, à l’Université de Zurich, le 19 septembre 1946, il reprend cette idée devant un public européen, en insistant sur le danger que représente l’expansion du communisme et en appelant à l’unité des nations libres d’Europe. Churchill, conservateur pragmatique, est animé à la fois par la crainte d’une hégémonie soviétique et par la conviction que seule une Europe occidentale unie pourrait servir de contrepoids durable dans ce nouvel ordre mondial.
C’est précisément cette division et cette peur de l’expansion soviétique qui nourrissent la réflexion sur une unification de l’Europe occidentale. L’objectif est double : contenir le communisme à l’Est et renforcer la coopération entre nations d’Occident pour reconstruire un continent exsangue. Cette volonté n’émerge pas ex nihilo : elle s’inscrit dans une tradition intellectuelle et politique plus ancienne. Dès le XIXᵉ siècle, Victor Hugo évoquait lors du Congrès de la Paix en 1849 l’idée d’« États-Unis d’Europe », imaginant une communauté fraternelle des nations européennes destinée à garantir la paix. Dans l’entre-deux-guerres, Aristide Briand avait repris ce projet dans son célèbre discours de 1929 devant la Société des Nations, appelant à la formation d’une union fédérale européenne.
Ces projets étaient restés lettre morte, freinés par les nationalismes, les rivalités et la montée des fascismes. Mais après 1945, la situation change radicalement : l’Europe est non seulement dévastée mais aussi marginalisée face aux deux superpuissances que sont les États-Unis et l’URSS. Pour beaucoup d’hommes politiques et d’intellectuels, l’intégration européenne n’est plus un rêve utopique mais une nécessité stratégique. C’est dans ce climat que naît la nébuleuse d’idées, de mouvements et d’initiatives qui marqueront la première étape de la construction européenne, en particulier en Europe occidentale, perçue comme le seul espace encore disponible pour une véritable unification.
Après 1945 : démocraties populaires ou bloc de l’Est
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Armée rouge occupe une grande partie de l’Europe centrale et orientale. La présence militaire soviétique s’impose particulièrement dans les pays considérés comme alliés ou satellites de l’Allemagne nazie : la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie. Dans ces États, l’URSS installe des gouvernements provisoires dominés par des partis communistes jusque-là marginaux, mais qui bénéficient désormais de la légitimité conférée par la victoire militaire et de l’appui direct de Moscou. Cette implantation est d’autant plus marquante que, avant la guerre, les communistes étaient souvent réduits à des mouvements clandestins, réprimés par les régimes autoritaires ou monarchiques de la région. Leur arrivée au pouvoir après 1945 apparaît donc comme une rupture majeure, conséquence directe de l’ordre international imposé par les vainqueurs.
La situation diffère toutefois dans les Balkans occidentaux. En Yougoslavie et en Albanie, la libération n’est pas le résultat de l’Armée rouge, mais de mouvements de résistance locaux qui ont mené une guerre de guérilla contre les forces d’occupation. Le maréchal Josip Broz Tito, chef des partisans yougoslaves, parvient à libérer son pays sans l’aide directe de Moscou. Communiste convaincu, il se distingue cependant par son refus de se placer sous la tutelle soviétique, ce qui conduira dès 1948 à une rupture avec Staline et à l’exclusion de la Yougoslavie du Kominform. L’Albanie, sous la direction d’Enver Hoxha, suit une voie similaire d’émancipation, bien que plus marquée par un alignement idéologique rigide, d’abord envers Moscou puis, après les années 1960, envers la Chine maoïste. Ces cas singuliers montrent que l’expansion du communisme en Europe de l’Est n’est pas uniformément imposée par Moscou, mais qu’elle s’accompagne aussi de dynamiques locales spécifiques.
La Tchécoslovaquie illustre un autre scénario. Héritière d’une tradition démocratique ancrée depuis l’entre-deux-guerres, elle organise en mai 1946 des élections libres qui portent le Parti communiste tchécoslovaque au rang de première force politique avec environ 38 % des voix. Toutefois, cette avance électorale ne suffit pas à garantir une domination exclusive. Pendant deux ans, le pays connaît un système pluraliste fragile, où coexistent communistes et partis non communistes. La situation bascule brutalement en février 1948 avec le fameux « coup de Prague » : les communistes orchestrent un putsch en s’appuyant sur les syndicats, les forces de sécurité et l’appui implicite de l’URSS. Les ministres non communistes démissionnent sous pression et le président Beneš, affaibli, est contraint d’entériner un gouvernement dominé par les communistes. Cet épisode, vécu comme une trahison des règles démocratiques, résonne en Occident comme une alerte majeure : la stratégie soviétique ne consiste pas seulement à influencer, mais à contrôler totalement les pays d’Europe centrale.
Ce basculement est capital dans la perception des rapports Est–Ouest. Si les tensions existaient déjà dès 1945, le coup de Prague agit comme un signal pour les élites et l’opinion publique occidentales. Il révèle que la logique de division du continent n’est plus réversible et qu’une frontière politique et idéologique s’installe durablement en Europe. On ne peut pas dire que février 1948 marque le déclenchement de la Guerre froide – celle-ci s’était déjà cristallisée avec des événements comme la doctrine Truman (1947) et le plan Marshall (1947) – mais il constitue un tournant où la Guerre froide entre véritablement dans la conscience collective des décideurs comme des populations.
C’est dans ce climat de fracture que prend tout son sens le discours prononcé par Winston Churchill à Zurich le 19 septembre 1946. Dans cette intervention visionnaire, il appelle à la constitution des « États-Unis d’Europe », insistant sur l’urgence d’unir les démocraties occidentales pour faire face à la menace de l’expansion communiste. Bien avant que l’intégration européenne ne prenne corps dans des institutions concrètes, cette conférence propose déjà une réponse intellectuelle et politique à une Europe désormais irréversiblement divisée par ce que Churchill avait désigné, quelques mois plus tôt à Fulton, comme le « rideau de fer ».
Le bloc de l’est
La mise en place du bloc de l’Est ne peut être comprise sans la dynamique d’affrontement avec l’Ouest. Dès 1945, la division du continent s’exprime à travers une succession d’initiatives et de contre-initiatives, où chaque camp réagit aux gestes de l’autre. Cependant, dans cette dialectique, ce sont souvent les puissances occidentales qui prennent l’initiative, ce qui force l’Union soviétique à organiser en retour son système de sécurité et de coopération.
La division allemande en offre un exemple précoce. En 1948, les puissances occidentales (États-Unis, Royaume-Uni et France) décident d’introduire une nouvelle monnaie dans leur zone d’occupation : le Deutsche Mark. Cette réforme monétaire, destinée à stabiliser l’économie allemande et à préparer la reconstruction, marque une rupture décisive avec l’URSS, qui y voit un pas vers la consolidation d’un État ouest-allemand indépendant. En réaction, Moscou instaure en juin 1948 le blocus de Berlin, empêchant par voie terrestre le ravitaillement de la partie occidentale de la ville. L’Ouest répond par le fameux pont aérien de Berlin (juin 1948 – mai 1949), au cours duquel des milliers de vols organisés par les Américains et les Britanniques assurent l’approvisionnement de plus de deux millions d’habitants. Cet épisode symbolise la confrontation directe entre les deux blocs et entérine la division de l’Allemagne, qui débouche en 1949 sur la création de deux États : la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’Ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’Est.
De la même manière, la logique militaire suit une dynamique d’action-réaction. En avril 1949, les puissances occidentales créent l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), alliance militaire défensive placée sous commandement américain, dont l’objectif est de garantir la sécurité collective face à une éventuelle agression soviétique. Ce traité incarne une rupture majeure : pour la première fois, les États-Unis s’engagent durablement dans la défense de l’Europe. L’URSS réplique plus tard, en 1955, par la création du Pacte de Varsovie, qui regroupe les États satellites d’Europe orientale dans une alliance militaire dirigée par Moscou. Mais il est significatif de constater que cette initiative vient après l’OTAN, confirmant le caractère réactif du bloc de l’Est.
Sur le plan économique, la même logique prévaut. En 1947, les États-Unis lancent le Plan Marshall, officiellement appelé Programme de rétablissement européen, destiné à financer la reconstruction de l’Europe occidentale. Bien que proposé à tous les pays européens, le plan est rejeté par l’URSS, qui interdit à ses satellites d’y participer, y voyant un instrument de dépendance envers Washington. En réponse, Staline met en place en 1949 le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM ou COMECON), destiné à coordonner les économies socialistes. Là encore, l’Ouest agit en premier, l’Est structure son propre modèle en réaction.
Cette dynamique révèle le caractère profondément asymétrique de la Guerre froide européenne. L’Ouest, animé par une volonté de stabilisation et de reconstruction, adopte une stratégie proactive qui combine initiatives économiques (Plan Marshall, OECE), politiques (Conseil de l’Europe en 1949) et militaires (OTAN). L’Est, de son côté, construit un bloc cohérent mais essentiellement défensif, conçu pour protéger l’URSS et assurer la loyauté de ses satellites. Le Kominform (1947), qui remplace l’Internationale communiste dissoute en 1943, et le Pacte de Varsovie (1955) incarnent cette logique de centralisation et de discipline imposée par Moscou.
La constitution du bloc de l’Est n’est pas le fruit d’une stratégie expansive autonome, mais plutôt le résultat d’une confrontation où chaque geste occidental entraîne une contre-mesure soviétique. Cette mécanique d’action-réaction installe durablement l’Europe dans un système bipolaire, où l’intégration occidentale et la satellisation orientale se construisent simultanément, dans un équilibre instable qui conditionne toute l’histoire de la Guerre froide.
Constitution d’un bloc
L’année 1947 marque un tournant dans la structuration du camp communiste. L’annonce du plan Marshall par les États-Unis en juin 1947, proposant une aide massive à la reconstruction de l’Europe, met l’URSS devant un dilemme. Officiellement, le plan est ouvert à tous les pays européens, y compris ceux de l’Est. Mais Staline y voit un instrument de domination économique américaine et interdit aux pays de son orbite d’y participer. La Tchécoslovaquie et la Pologne, initialement prêtes à accepter cette aide, sont contraintes de se rétracter sous la pression soviétique. Cette décision illustre la volonté de Moscou de verrouiller son glacis et d’empêcher toute dépendance économique à l’égard de l’Ouest. Elle marque aussi la fracture définitive entre les deux parties du continent.
Dans ce contexte, l’Union soviétique renforce ses outils de coordination politique. En septembre 1947, est créé à Szklarska Poręba, en Pologne, le Kominform (Bureau d’information des partis communistes et ouvriers). Contrairement à la Troisième Internationale dissoute en 1943, il ne s’agit pas d’une structure révolutionnaire mondiale, mais d’un organisme destiné à assurer la cohésion idéologique et stratégique du bloc socialiste. Il réunit les partis communistes d’Europe de l’Est, mais aussi plusieurs partis occidentaux – français, italien, belge – qui, dans l’immédiat après-guerre, demeurent des forces politiques importantes et participent parfois à des gouvernements de coalition. Lors de la conférence de fondation, en octobre 1947, Andrei Jdanov, idéologue proche de Staline, impose une lecture binaire du monde : deux camps irréductibles s’affrontent, d’un côté les forces de la paix et du socialisme autour de l’URSS, de l’autre les forces de l’impérialisme dirigées par les États-Unis. Cette doctrine, connue sous le nom de « doctrine Jdanov », devient la charte idéologique du bloc de l’Est.
La centralisation ne s’arrête pas là. En décembre 1948, le dirigeant bulgare Georgi Dimitrov redéfinit le concept de démocraties populaires : il ne s’agit plus de simples régimes transitoires vers le socialisme, tolérant encore une pluralité de partis, mais de véritables systèmes où la direction politique du Parti communiste devient exclusive. Cette interprétation ferme la porte à tout retour au pluralisme et consacre la transformation des pays de l’Est en régimes de parti unique, sur le modèle soviétique.
L’unité du bloc est cependant mise à l’épreuve très tôt. Le 28 juin 1948, le Kominform condamne officiellement la Yougoslavie. Tito, qui avait libéré son pays par ses propres moyens et disposait d’une légitimité populaire, refuse de se plier entièrement aux directives de Moscou. Il revendique pour la Yougoslavie une voie spécifique vers le socialisme, autonome par rapport au modèle soviétique. Cette rupture, connue sous le nom de scission Tito-Staline, illustre les premières fissures à l’intérieur du camp socialiste. Même si Tito demeure communiste, son indépendance inquiète Moscou, qui voit dans cette contestation un risque de contagion pour d’autres régimes.
L’expérience yougoslave montre que le bloc de l’Est, souvent perçu comme monolithique, est traversé dès l’origine par des tensions internes. Si la domination soviétique reste écrasante, elle n’exclut pas des marges de manœuvre locales et des divergences, qui réapparaîtront plus tard dans les années 1950 et 1960, notamment en Pologne, en Hongrie ou en Tchécoslovaquie. La constitution du bloc socialiste repose donc à la fois sur une discipline idéologique imposée par Moscou et sur une gestion permanente des résistances nationales.
Deux structures de coopération : économique et militaire
L’organisation du bloc de l’Est ne se limite pas à une cohésion idéologique. Pour consolider son emprise et donner une assise institutionnelle à son système, l’Union soviétique met en place deux structures centrales, l’une économique et l’autre militaire, qui incarnent le caractère intégré du camp socialiste.
En janvier 1949, Staline fonde le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM, ou COMECON). Officiellement présenté comme une alternative au Plan Marshall, ce nouvel organisme vise à coordonner les échanges entre les pays socialistes et à garantir leur autonomie économique face à l’Ouest. Dans un premier temps, le CAEM reste une structure assez souple, davantage conçue pour empêcher les pays d’Europe orientale de se tourner vers l’aide américaine que pour organiser une véritable planification intégrée. Mais à partir des années 1960, sous Khrouchtchev puis Brejnev, il acquiert une importance croissante en devenant l’instrument principal de la division socialiste du travail. Les économies des pays membres se spécialisent alors dans certains secteurs : la RDA dans l’industrie de pointe et la chimie, la Tchécoslovaquie dans la mécanique et l’armement, la Hongrie dans l’agroalimentaire. Cette planification collective, décidée à Moscou, renforce la dépendance des États satellites vis-à-vis du centre soviétique et limite leurs marges de manœuvre.
Sur le plan militaire, la structure correspondante apparaît plus tardivement. En mai 1955, l’URSS et ses alliés d’Europe centrale signent le Pacte de Varsovie, alliance militaire destinée à répondre directement à la création de l’OTAN en 1949 et surtout à l’intégration de la République fédérale d’Allemagne dans l’alliance occidentale. Le traité institue un commandement militaire unifié placé sous direction soviétique, ce qui permet à Moscou de contrôler les armées de ses satellites et d’assurer leur fidélité en cas de crise. Loin d’être une simple alliance défensive, le Pacte de Varsovie fonctionne aussi comme un outil de discipline interne : il justifie l’intervention des troupes soviétiques pour maintenir l’ordre dans le bloc, comme en Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie en 1968 lors du Printemps de Prague.
Ces deux institutions traduisent la logique de la Guerre froide : face aux initiatives économiques et militaires occidentales – Plan Marshall, OECE, OTAN – le bloc soviétique construit ses propres structures, miroir mais aussi verrou, afin d’encadrer ses alliés et d’empêcher toute déviation. Le CAEM et le Pacte de Varsovie incarnent ainsi la double dimension, économique et militaire, de la satellisation des démocraties populaires. Leur rôle perdurera jusqu’à la fin des années 1980, moment où ces institutions, incapables de réformer leurs mécanismes, se désagrègeront en même temps que l’influence soviétique sur l’Europe de l’Est.
Bloc de l'Ouest
La constitution du bloc occidental s’opère dès l’immédiat après-guerre, dans un contexte marqué par la reconstruction économique et la peur d’une expansion soviétique. Contrairement au bloc de l’Est, organisé progressivement autour de la centralisation soviétique, le bloc occidental se structure à partir d’initiatives économiques et militaires portées par les États-Unis et relayées par les démocraties d’Europe occidentale. L’objectif est à la fois de redresser des sociétés ravagées par la guerre et de créer un front commun face à la montée des tensions.
Sur le plan économique, le geste fondateur est le Plan Marshall, annoncé en juin 1947 par le secrétaire d’État américain George C. Marshall. Ce programme d’aide, officiellement appelé Programme de rétablissement européen, met à disposition plusieurs milliards de dollars pour financer la reconstruction des infrastructures, relancer la production et stabiliser les monnaies. L’offre est faite à l’ensemble des pays européens, y compris ceux de l’Est, mais l’URSS impose à ses satellites de refuser l’aide. Dès 1948, seize pays d’Europe occidentale acceptent le plan et créent l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) afin de coordonner la répartition des fonds. Au-delà de la simple aide financière, cette initiative marque le début d’une coopération économique européenne, car les États bénéficiaires doivent apprendre à planifier ensemble leur reconstruction.
Dans le prolongement, les Européens se dotent en 1949 d’une structure politique commune, le Conseil de l’Europe. Cette institution, installée à Strasbourg, vise à favoriser la coopération juridique, culturelle et démocratique entre les États membres. Bien qu’elle n’ait pas de pouvoir contraignant sur les souverainetés nationales, elle incarne la volonté de rapprocher les nations européennes par le dialogue et de construire une identité politique partagée autour de valeurs communes, en particulier la démocratie et les droits de l’homme. Le Conseil de l’Europe ne constitue pas encore une fédération, mais il représente un premier pas vers l’idée d’une Europe organisée au-delà des simples relations bilatérales.
La dimension militaire du bloc occidental se met en place rapidement. En 1949, est créée l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), alliance défensive regroupant les États-Unis, le Canada et dix pays d’Europe occidentale. Pour la première fois dans leur histoire, les États-Unis s’engagent durablement dans la défense du continent européen, ce qui bouleverse l’équilibre stratégique mondial. L’OTAN vise à garantir une sécurité collective contre toute agression soviétique, mais elle sert aussi de cadre de modernisation et de coordination des armées occidentales. L’intégration de la République fédérale d’Allemagne en 1955 renforce encore l’importance de l’alliance et précipite la création, en réaction, du Pacte de Varsovie du côté soviétique.
La dynamique d’intégration économique franchit une étape décisive avec la fondation de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951. Proposée par le plan Schuman et pensée par Jean Monnet, cette initiative place sous une autorité supranationale commune la production du charbon et de l’acier en France, en RFA, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas et au Luxembourg. Ces deux secteurs, essentiels à l’industrie de guerre, deviennent ainsi le terrain d’expérimentation d’une Europe intégrée, où la coopération n’est plus seulement une coordination intergouvernementale mais une véritable délégation de souveraineté à des institutions supranationales. La CECA inaugure le modèle institutionnel qui inspirera plus tard la Communauté économique européenne (CEE) puis l’Union européenne.
Le bloc occidental se construit donc selon une logique proactive, où les initiatives économiques, politiques et militaires s’entrelacent pour répondre aux défis de la reconstruction et de la sécurité. Les États-Unis y jouent un rôle moteur, mais les Européens eux-mêmes, notamment à travers la CECA, démontrent leur capacité à inventer des mécanismes originaux d’intégration. La juxtaposition de l’OECE, du Conseil de l’Europe, de l’OTAN et de la CECA dessine un paysage institutionnel complexe mais cohérent, qui ancre l’Europe de l’Ouest dans une dynamique d’unité et prépare les étapes suivantes de la construction européenne.
La carte de l’Europe de l’après-guerre illustre avec clarté la division du continent en deux ensembles rivaux. La Finlande incarne une situation particulière : officiellement neutre, elle est contrainte à une politique de proximité avec Moscou, connue plus tard sous le nom de finlandisation. Sa marge de manœuvre diplomatique est réduite et toute tentative de rapprochement avec l’Ouest lui est interdite par la tutelle implicite de l’URSS. Plus au nord-est, les Pays baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) ont disparu de la carte en tant qu’États indépendants, annexés par l’Union soviétique dès 1940 et intégrés de force au bloc oriental.
Le symbole le plus fort de cette division est le mur de Berlin, construit en août 1961. Bien avant son érection, Berlin représentait déjà la ligne de fracture entre deux systèmes irréconciliables. Le mur ne fait qu’acter cette frontière, en la matérialisant de façon brutale dans l’espace urbain : plus de 150 kilomètres de béton et de barbelés enferment la partie occidentale de la ville, empêchant désormais toute fuite vers l’Ouest.
À l’Ouest, les pays fondateurs de l’OTAN apparaissent en vert sur la carte : États-Unis, Canada et dix pays européens signataires du traité de Washington en 1949. La Grèce et la Turquie rejoignent rapidement l’alliance, en 1952, renforçant la profondeur stratégique du flanc sud de l’OTAN. La Turquie revêt une importance capitale : sa position entre Europe et Asie, contrôlant les détroits du Bosphore et des Dardanelles, en fait un verrou entre la mer Noire et la Méditerranée. Pour les États-Unis, disposer d’alliés dans cette zone charnière est essentiel à la fois contre l’URSS et pour sécuriser leurs positions au Moyen-Orient. Dans les premières années de la Guerre froide, la Turquie n’était d’ailleurs pas exclue des discours sur une Europe élargie, unie contre le communisme.
Le corridor des démocraties populaires, allant de la Baltique aux Balkans, constitue un bloc homogène, mais traversé par la singularité de la Yougoslavie. Tito refuse la tutelle directe de Moscou, ce qui l’isole à la fois du Kominform et du reste du bloc oriental. Cette indépendance ne signifie pas un rapprochement avec l’Ouest, mais un positionnement intermédiaire, qui deviendra plus tard l’une des bases du mouvement des non-alignés. Du côté occidental, la Yougoslavie est surveillée de près mais tolérée, car elle contribue indirectement à fissurer le monolithisme du camp soviétique.
La Grèce, elle, reste dans le camp occidental au terme d’une guerre civile (1945–1948) particulièrement sanglante. Issue de la résistance à l’occupation nazie, la gauche communiste tente de transformer le pays en démocratie populaire, soutenue par certains voisins balkaniques. Mais les forces monarchistes, conservatrices et libérales, appuyées par le Royaume-Uni puis par les États-Unis, l’emportent. Cette guerre civile devient l’un des premiers théâtres de la Guerre froide, et contribue directement à la mise en place de la doctrine Truman en 1947, par laquelle les États-Unis s’engagent à défendre militairement et financièrement tout pays menacé par le communisme.
À la fin des années 1940, le monde se retrouve donc divisé en deux zones figées. Cette division géopolitique se maintient pendant plus de quarante ans. Si des crises internes éclatent dans le bloc soviétique – Hongrie en 1956, Tchécoslovaquie en 1968, Pologne dans les années 1980 – aucune guerre ouverte n’oppose directement l’Est et l’Ouest sur le sol européen. La frontière demeure une zone de tension permanente, où les forces s’observent et s’équilibrent. Ce n’est pas un ordre pacifique, mais un ordre stable par la peur, un équilibre précaire qui repose sur la dissuasion nucléaire et la certitude qu’aucun des deux camps ne peut l’emporter sans risquer la destruction mutuelle.
Les voies nationales
Affirmation de la voie nationale yougoslave
La Yougoslavie occupe une place singulière dans l’histoire de la Guerre froide. Contrairement à la plupart des pays d’Europe de l’Est, elle ne doit pas sa libération à l’Armée rouge, mais à ses propres forces de résistance. Sous la direction de Josip Broz Tito (1892–1980), chef des partisans communistes, la Yougoslavie parvient, à partir de 1941, à mener une guerre de guérilla acharnée contre les troupes de l’Axe et leurs collaborateurs locaux. Cette victoire autonome confère à Tito une immense légitimité et une popularité durable, qui nourrissent un sentiment d’indépendance nationale. En mai 1944, à Drvar, Tito apparaît comme le symbole de cette résistance victorieuse, capable de libérer le pays sans la tutelle directe de Moscou.
Ce prestige se combine à une conception particulière de l’État. La Yougoslavie est un pays multilingue, multiethnique et multireligieux, rassemblant six principaux groupes ethnoculturels : Serbes, Croates, Slovènes, Monténégrins, Macédoniens et Bosniaques. Cette diversité est source de fierté, mais aussi de fragilité. Les tensions historiques entre communautés, exacerbées par la guerre, nourrissent un risque permanent de division. Tito doit trouver un équilibre entre centralisation politique et reconnaissance d’autonomies régionales, afin d’éviter l’éclatement d’un pays aux identités multiples.
Les blessures de la guerre compliquent encore cette tâche. Pendant le conflit, les Oustachis croates, mouvement fasciste dirigé par Ante Pavelić, collaborent activement avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Ils instaurent dans l’État indépendant de Croatie un régime de terreur marqué par des persécutions massives contre les Serbes, les Juifs, les Roms et les opposants politiques. Le camp de concentration de Jasenovac devient le symbole de ces atrocités. Même les officiers allemands sont frappés par la brutalité du régime oustachi : le général Edmund von Horstenau rapporte à l’état-major de Berlin que « les Oustachis sont devenus totalement fous », tant leurs massacres dépassent toute logique militaire.
À la libération, Tito engage une épuration sévère contre les collaborateurs et les Oustachis. Mais son objectif n’est pas seulement de punir : il s’agit aussi de reconstruire une cohésion nationale au-delà des divisions ethniques. Pour cela, il promeut l’idéologie du yougoslavisme, idée héritée de certains milieux croates du XIXᵉ siècle, qui vise à dépasser les appartenances ethniques pour créer une identité commune. Cette vision trouve une traduction politique dans la Constitution de 1946, qui fonde une république fédérative, et surtout dans la Constitution de 1948, adoptée au moment de la rupture avec Staline. Tito y affirme un modèle original : une fédération socialiste dotée de structures décentralisées, reconnaissant des droits aux différentes républiques constitutives tout en consolidant l’unité yougoslave.
La rupture de 1948 avec Moscou renforce cette voie spécifique. Condamnée par le Kominform pour son indépendance, la Yougoslavie est exclue du camp socialiste. Tito transforme cette sanction en force : il se pose comme le leader d’un socialisme non aligné, fidèle à l’idéologie communiste mais dégagé de la tutelle soviétique. Cette position particulière fera de la Yougoslavie un acteur majeur de la diplomatie internationale dans les années 1950 et 1960, au cœur du mouvement des non-alignés.
La voie nationale yougoslave illustre ainsi une alternative au modèle soviétique, née à la fois de la victoire militaire autonome contre l’Axe, des fractures internes du pays et du leadership charismatique de Tito. Elle révèle que le bloc de l’Est, souvent perçu comme homogène, était en réalité traversé dès l’origine par des marges de dissidence et des modèles concurrents.
Le 28 juin 1948, une résolution du Kominform condamne sans appel l’expérience yougoslave. Tito est accusé de « déviation nationaliste » et sommé de faire acte d’autocritique. Refusant de céder, il assume l’indépendance de sa ligne politique. La sanction tombe : la Yougoslavie est exclue du Kominform, une première dans l’histoire du mouvement communiste international. Cette rupture officialise la sortie de la Yougoslavie de l’orbite soviétique et révèle que le bloc de l’Est, présenté comme monolithique, est traversé dès l’origine par des tensions et des fractures. Pour Moscou, c’est un camouflet ; pour Tito, c’est une victoire symbolique, qui assoit son autorité et légitime l’idée d’un socialisme national.
Dix ans plus tard, au printemps 1958, Tito réaffirme publiquement la spécificité de la voie yougoslave. Le modèle qu’il propose se distingue du socialisme soviétique par une organisation fédérale décentralisée, une certaine autonomie laissée aux républiques constitutives, et une gestion économique plus souple fondée sur l’autogestion ouvrière. Ce système, adopté dès les années 1950, permet aux entreprises d’être administrées par leurs travailleurs dans le cadre d’instances collectives, ce qui tranche radicalement avec la centralisation planifiée de l’URSS. La Yougoslavie se pose ainsi en laboratoire d’un socialisme alternatif, ni capitaliste, ni soviétique.
En 1961, un second pays rompt à son tour avec Moscou : l’Albanie d’Enver Hoxha (1908–1985). Après s’être rapproché de la Chine maoïste à partir de 1956, Hoxha engage une rupture diplomatique ouverte avec l’Union soviétique. L’Albanie quitte le CAEM, puis se retire en 1968 du Pacte de Varsovie, en signe de protestation contre l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes soviétiques et leurs alliés. Ce retrait marque une nouvelle fissure dans le bloc oriental, bien que l’Albanie, beaucoup plus isolée que la Yougoslavie, ne dispose pas de la même influence internationale.
Ces expériences révèlent que la domination soviétique en Europe de l’Est n’a jamais été absolument totale. Derrière l’uniformité apparente des démocraties populaires, des forces centrifuges existaient, liées aux particularités nationales, aux mémoires de guerre et aux résistances à la tutelle stalinienne. Dans le cas de la Yougoslavie, ces mémoires sont lourdes : le traumatisme des violences interethniques, notamment les atrocités commises par les Oustachis croates contre les Serbes, Juifs et Roms, reste vivace. Mais loin d’empêcher la construction d’un État commun, ces blessures nourrissent paradoxalement l’ambition d’un projet fédérateur. Tito et ses partisans mettent en avant le yougoslavisme comme ciment idéologique, convaincus que seule une fédération rassemblant les six républiques peut garantir l’indépendance face à Moscou.
La cohérence de la fédération yougoslave ne repose donc pas uniquement sur un compromis ethnique fragile, mais sur une véritable stratégie politique. Le socialisme yougoslave, en se construisant contre Staline, devient un projet en soi, porteur d’une légitimité historique issue de la résistance, d’un discours d’unité nationale et d’un positionnement international original. Dans les années 1960, cette orientation se cristallise avec la participation active de Tito à la fondation du mouvement des non-alignés (conférence de Belgrade en 1961), qui place la Yougoslavie au cœur d’un troisième camp, entre Est et Ouest.
La rupture de 1948 et ses suites ne se résument donc pas à une dissidence ponctuelle. Elles traduisent l’existence d’un autre chemin possible dans l’univers communiste, où la souveraineté nationale et l’indépendance politique deviennent les garantes d’un socialisme non subordonné à Moscou.
Révoltes politiques comme « voie nationale » revendiquée
Révoltes et contestations dans le bloc de l’Est
Si le bloc oriental apparaît de l’extérieur comme un ensemble homogène solidement tenu par Moscou, il est en réalité traversé par de profondes tensions sociales et politiques. Dans de nombreux pays, la population ne se résigne pas à la tutelle soviétique et exprime, par des grèves, des manifestations ou parfois des insurrections, son rejet de la domination communiste. Ces révoltes prennent souvent deux directions : certaines visent à réformer le socialisme de l’intérieur, en espérant un modèle plus démocratique et moins centralisé, tandis que d’autres traduisent un refus radical du régime, allant jusqu’à remettre en cause la légitimité même du communisme et, plus largement, l’appartenance au bloc soviétique.
Dans tous les cas, la réaction de Moscou est brutale. L’Armée rouge, présente en permanence dans la plupart des pays d’Europe de l’Est, agit comme une force d’occupation prête à intervenir pour défendre les régimes en place. Son rôle n’est pas seulement d’assurer la sécurité extérieure du bloc, mais aussi de garantir par la force la stabilité intérieure et la continuité de la domination communiste. Chaque fois qu’une révolte populaire prend de l’ampleur, les chars soviétiques interviennent pour rétablir l’ordre, rappelant à tous que la souveraineté des démocraties populaires reste strictement encadrée par Moscou.
La première grande contestation éclate en République démocratique allemande (RDA), en juin 1953. Tout commence par des revendications économiques : les ouvriers du bâtiment de Berlin-Est protestent contre l’augmentation des normes de production imposées par le gouvernement de Walter Ulbricht, qui équivaut à une baisse des salaires réels. La grève s’étend rapidement à d’autres secteurs et se transforme en un mouvement national. Les manifestants exigent non seulement des réformes politiques, mais vont jusqu’à réclamer des élections libres et la réunification de l’Allemagne, objectif totalement inacceptable pour Moscou.
Face à l’ampleur du soulèvement, l’Armée rouge intervient le 17 juin 1953 avec chars et troupes pour écraser la révolte. Des centaines de personnes sont tuées ou arrêtées, et le régime de la RDA est sauvé par l’intervention soviétique. L’événement a un retentissement considérable en Europe : il démontre que les régimes communistes ne tiennent pas seulement par leur base populaire ou par leurs partis, mais par la force militaire soviétique. Le 17 juin deviendra par la suite une date commémorative en Allemagne de l’Ouest, symbole de la lutte pour la liberté face à l’oppression.
La révolte de 1953 inaugure une série de mouvements similaires dans le bloc de l’Est, en Pologne et en Hongrie en 1956, puis en Tchécoslovaquie en 1968, qui montreront la fragilité structurelle des démocraties populaires. Ces explosions sociales traduisent à la fois le rejet de la dictature communiste et l’aspiration à des formes plus ouvertes de socialisme, voire à une sortie pure et simple de l’orbite soviétique.
Quatre ans seulement après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les failles du système soviétique apparaissent déjà en Allemagne de l’Est avec les grèves de juin 1953. Les revendications sociales se transforment rapidement en contestation politique du régime communiste et même en appel à la réunification allemande. Cet épisode marque le point de départ d’une série de révoltes qui, dans les décennies suivantes, ébranlent tour à tour plusieurs pays du bloc oriental.
La plus spectaculaire et la plus dramatique survient en Hongrie en 1956. Le mouvement, qui commence en octobre à Budapest par des manifestations étudiantes et ouvrières, se transforme rapidement en une insurrection nationale. Les protestataires réclament la liberté de presse, des élections libres et la sortie du pays du Pacte de Varsovie. La figure de Imre Nagy, ancien Premier ministre revenu au pouvoir, incarne cette volonté de réforme et d’indépendance. L’ampleur de la contestation en fait une véritable guerre civile : les insurgés affrontent l’armée hongroise loyaliste et les troupes soviétiques présentes dans le pays.
Cette révolte hongroise revêt une dimension historique particulière : les insurgés font explicitement référence à la révolution de 1848, lorsque les Hongrois s’étaient soulevés contre la domination des Habsbourg et avaient été écrasés par l’armée du tsar russe. L’histoire semble se répéter : une fois encore, les Russes interviennent pour empêcher les Hongrois de déterminer leur propre destin. En novembre 1956, après une brève accalmie et un retrait initial de l’Armée rouge, Moscou décide d’écraser l’insurrection. Des milliers de chars soviétiques envahissent Budapest, la répression est sanglante, et Imre Nagy est arrêté puis exécuté en 1958. Le soulèvement hongrois illustre la profondeur du rejet du communisme et de la tutelle russe, et révèle la peur soviétique de voir l’ensemble du bloc s’effondrer si un pays parvient à s’émanciper.
Une dizaine d’années plus tard, en Tchécoslovaquie, une nouvelle contestation éclate, cette fois sous la forme d’une tentative de réformer le socialisme de l’intérieur. Le 5 janvier 1968, Alexander Dubček devient secrétaire général du Parti communiste tchécoslovaque et engage un programme de réformes connu sous le nom de Printemps de Prague. Son projet vise à instaurer un « socialisme à visage humain » : libéralisation de la presse, liberté d’expression accrue, assouplissement du contrôle du parti et ouverture de la vie politique. Cette volonté de concilier socialisme et démocratie attire l’attention du monde entier et suscite l’espoir d’un changement pacifique. Mais en août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie, sous commandement soviétique, envahissent la Tchécoslovaquie. L’opération met brutalement fin à l’expérience réformatrice. Dubček est démis de ses fonctions, et une période dite de « normalisation » rétablit un régime autoritaire fidèle à Moscou.
En Pologne, la contestation est récurrente. Dès 1956, la ville de Poznań connaît une grande révolte ouvrière qui entraîne plusieurs dizaines de morts. Le régime doit alors concéder des réformes partielles, notamment le retour au pouvoir de Władysław Gomułka, considéré comme plus ouvert. Mais les tensions persistent et resurgissent à intervalles réguliers : en 1968 avec des manifestations étudiantes réprimées, en 1970–1971 avec de grandes grèves sur la côte de la Baltique, en 1976 avec de nouvelles protestations ouvrières. L’apogée survient en 1980–1981 avec la création du syndicat Solidarność, dirigé par Lech Wałęsa, qui fédère une contestation de masse sans précédent dans un pays communiste. Bien que la loi martiale de 1981 interrompe cette dynamique, le mouvement reste vivant et jouera un rôle décisif dans l’effondrement du régime à la fin des années 1980.
Ces mouvements de contestation ne sont pas des révoltes nationales au sens strict, visant la sécession ou l’indépendance, mais ils posent toujours la question de l’autodétermination. Depuis la Première Guerre mondiale et les principes formulés par le président américain Woodrow Wilson en 1918, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’est imposé comme une norme internationale. Or, dans le contexte du bloc de l’Est, cette aspiration se heurte au carcan imposé par Moscou. Les révoltes de 1953, 1956 et 1968, comme celles qui secouent périodiquement la Pologne, montrent que les nations européennes n’ont jamais renoncé à cette idée, même sous un régime de modernisation forcée et de centralisation socialiste.
L’histoire de ces soulèvements révèle que la question nationale, loin d’avoir disparu dans les démocraties populaires, reste vivace et réactivée à chaque crise. Qu’il s’agisse de réformer le socialisme ou de le rejeter, ces mouvements traduisent un même désir de liberté et d’autonomie, incompatible avec la logique de domination soviétique.
La Yougoslavie en 1974
Au cours des années 1960 et 1970, la Yougoslavie titiste est souvent perçue comme un modèle alternatif au communisme soviétique. Son système fédéral, ses politiques d’autogestion et son rôle international dans le mouvement des non-alignés lui confèrent une image singulière dans le paysage de la Guerre froide. Pourtant, derrière cette façade de stabilité, les tensions nationales restent vives. Les politiques d’autonomisation relative mises en place par Tito cherchent à répondre à la diversité ethnique et culturelle du pays. Elles permettent de maintenir les conflits dans un état latent, mais elles entretiennent aussi un esprit de comparaison et de compétition entre les républiques. Chaque communauté évalue sa situation en fonction de celle des autres, ce qui nourrit un sentiment permanent de discrimination et de frustration.
Le nationalisme et les revendications d’autonomie nationale ne disparaissent jamais véritablement. Ils se réactualisent dans les rapports socio-économiques – par exemple autour de la répartition des ressources, des investissements ou des postes de pouvoir – et dans les relations internationales, certaines républiques regardant davantage vers l’Ouest ou vers l’Est selon leurs intérêts. Le système yougoslave fonctionne comme un « socialisme moderne sauvegardé et maintenu sur un petit feu » : les tensions existent mais sont contenues par un équilibre fragile et par l’autorité charismatique de Tito.
La structure fédérale repose sur le principe de « narod », c’est-à-dire la nation au sens ethnico-culturel. À sa naissance, la Yougoslavie est constituée de six républiques : la Serbie, la Croatie, la Slovénie, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine. À cela s’ajoutent des minorités nationales non territorialisées, comme les Roms, dont l’identité ne se superpose pas à une république précise. Cette mosaïque ethnique constitue à la fois une richesse et une source permanente de tensions.
À la fin des années 1960 et au début des années 1970, le Printemps croate exprime ouvertement ces revendications nationales. Les intellectuels et étudiants croates exigent plus d’autonomie culturelle et politique, dénonçant la domination perçue de Belgrade. Ce mouvement, violemment réprimé, conduit Tito à chercher un compromis institutionnel. En 1974, une nouvelle Constitution est promulguée, qui accorde davantage d’autonomie aux républiques et aux provinces autonomes de Serbie (Kosovo et Voïvodine). Chaque entité fédérée dispose désormais de ses propres institutions, presque équivalentes à celles d’un État souverain, y compris un droit de veto au sein des instances fédérales. Cette réforme stabilise temporairement la fédération, mais elle accentue aussi les logiques centrifuges, chaque république disposant de leviers propres pour affirmer ses intérêts nationaux.
Après la mort de Tito en 1980, ce système décentralisé se fragilise rapidement. L’absence d’autorité forte permet aux nationalismes de ressurgir avec intensité. En 1984, Slobodan Milošević devient chef du Parti communiste à Belgrade, puis en 1987 chef du Parti communiste de Serbie, et enfin en 1989 président de la Serbie. Son ascension illustre le retour en force du nationalisme serbe, qui va bientôt déstabiliser tout l’édifice fédéral. Le 28 juin 1989, Milošević orchestre une immense célébration à Gazi Mestan, au Kosovo, pour le 600ᵉ anniversaire de la bataille du Kosovo (1389), symbole de la lutte historique des Serbes contre la domination étrangère. Plus d’un million de personnes y assistent, dans une ferveur nationaliste sans précédent. Cet événement est souvent considéré comme le déclencheur symbolique de la crise yougoslave des années 1990, marquée par une série de conflits armés, des campagnes de purification ethnique et l’intervention de l’OTAN.
Le paradoxe yougoslave est ainsi manifeste : la Constitution de 1974 a donné une autonomie relative aux républiques et permis la coexistence temporaire des nationalités, mais elle n’a pas effacé les rivalités. L’absence de « territoires purs », la superposition de communautés sur un même espace et les mémoires de guerre rendent inévitable l’explosion violente des années 1990, lorsque les nationalismes se radicalisent et se muent en projets de « Grande Croatie » ou de « Grande Serbie ».
L’Europe occidentale – la construction de l’Union européenne
C’est l’histoire autour de l’idée de coopérer plus dans une union, dans quelque chose parmi les États-nations européens.
Le XIXème siècle est un temps de nationalisme, mais aussi un temps de globalisation. Ce sont des phénomènes paradoxaux et parfois parallèles avec des gens qui veulent une autonomie très forte, mais intéressés par le commerce international, qui font des voyages et traduisent des livres de natures différentes.
C’est l’ère du nationalisme pour autant il y a l’idée de coopération comme partenaires plus ou moins égaux comme pays nationaux travaillant avec le voisin et avec les autres.Parallèlement à la préparation de la Première Guerre, il y a l’idée de coopération.
Ce sont parfois des idées liées à des idées religieuses avec l’Église qui a des structures en soi. Il y a de nombreux penseurs conservateurs qui ont pensés une Europe chrétienne, c’est l’idée de l’occident qui a toujours été un facteur que l’on pouvait citer comme une idée afin de se distinguer de l’Asie, des musulmans, des colonies, de la Russie et dans un certain sens définir culturellement les frontières de l’Europe.
La Première guerre mondiale est un premier obstacle qui est un traumatisme profond affaiblissant les nationalismes.
La fin de la Première Guerre mondiale et le début des années 1920 est le moment où beaucoup d’intellectuels ont affirmé qu’il fallait trouver des manières de coopérer pacifiquement et culturellement : il faut réconcilier les anciens ennemis.
Le couple franco-allemand est symbolique parce qu’il a causé les conflits précédents en 1870 et la Première Guerre mondiale.
Beaucoup de choses ne mènent pas directement à des réactions politiques, mais il est important de se rappeler cela est de voir une multitude de forces à ce moment. Il faut voir sur la base des États pouvoir coopérer.
Au lendemain de la Grande guerre : le plus ancien mouvement européen
Coudenhove-Kalergi créé l’Union paneuropéenne comme un lobby de coopération européenne, c’est un club de penseurs, de publicistes.
Vont être attirés quelques-uns des grands noms intellectuels de ce monde, comme Einstein et Rolland. C’est un mouvement élitiste écouté.
En 1923 Richard Coudenhove-Kalergi publie son lire-manifeste Paneuropa[1] où il préconise la création d’une union des États européens qui est le seul moyen d’éviter que se reproduise la catastrophe de 1914 – 1918. Il s’interroge si « l’Europe, dans son morcellement politique et économique, peut-elle assurer sa paix et son indépendance face aux puissances mondiales extra-européennes qui sont en pleine croissance ? »[2][3].
L’arrivée de l’Amérique en Europe est une nouvelle donne tandis que la Russie n’est pas encore menaçante. L’Europe se positionne dans un monde globalisé.
Initiatives des milieux économiques dans l’entre-deux-guerres
L’industriel luxembourgeois Émile Mayrisch est favorable à une politique douanière européenne et à une entente sectorielle.
L’approche libre-échangiste est une approche anglaise qui prône la construction d’une grande zone de libre-échange. Ce sont tous des hommes ancrés dans leurs pays voulant dans un certain sens défendre leur pays à travers la coopération.
Dans les domaines économiques, il y a déjà des accords non étatiques entre branches industrielles afin de favoriser le commerce et l’échange notamment entre des régions qui ont des matières premières et d’autres régions qui sont dans l’industrie. Accords entre 1925 et 1928 dans certaines branches industrielles, souci d’union, tout particulièrement pour faire face à la concurrence américaine. Cela concerne principalement l’industrie lourde qui sont de vrais enjeux dans la coopération de l’entre-deux-guerres.
En 1927 sont constituées des ententes européennes dans le domaine sidérurgique, du ciment puis des matières colorantes. Mayrisch est favorable à une union douanière européenne dans le cadre de relations étroites avec le comité français de l’union douanière fondé en 1927[4]. Il recommande aussi de multiplier les ententes régionales sur les principaux produits comme le cartel de l’acier et de la potasse.
Il y a l’idée de l’Europe des régions, comme les États-nations ne veulent pas coopérer, alors on contourne le fait national en coopérant dans d’autres domaines.
En 1926 est fondé un comité franco-allemand de documentation et d’information pour lutter contre la diffusion des stéréotypes nationaux. Il faut faire quelque chose contre les images, les stéréotypes, la xénophobie venant de la propagande de la guerre.
Toute la gamme a été repérée entre le culturel, les médias, l’action des industries et de la société civile afin d’arriver à dépasser le nationalisme étatisé.
L’après-Deuxième guerre : initiatives d’intellectuels
Tous les décideurs de l’après-guerre ont vécu les deux guerres ayant eu deux fois le trauma.
Mouvance chrétienne et personnalités
- à ce courant appartiennent, le philosophe Emmanuel Mounier (1905-1950) qui crée la revue Esprit en 1932,
- l’écrivain suisse Denis de Rougemont (1906-1985)
- le prêtre italien Luigi Sturzo (1905-1959)
à Genève
- les rencontres internationales qui s’organisent à partir de 1946 : Rougemont forme l’idée des régions.
- la fondation du Centre européen de la Culture. Denis de Rougemont tente d’y promouvoir l’idée d’une Europe fédérale et pacifiste, 1949
- il est par ailleurs un des promoteurs de la constitution du Centre européen de la recherche nucléaire (CERN) fondé sur la frontière franco-suisse en 1952.
Pour Rougemont, il ne faut attendre des accords gouvernementaux, mais il faut réaliser.
Le Conseil de l’Europe de 1949 à 2010
Le Conseil de l’Europe est l’une des réalisations précoces avant l’Union économique commençant déjà en 1942.
Fondé en 1949, il est essentiellement tourné vers la culture et les droits de l’homme et compte actuellement 47 États membres qui se dotent en 1950 de la Convention européenne des droits de l’homme et d’une Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg depuis 1959 (différent de la cour de justice des communautés)
Depuis 1990, Commission européenne pour la démocratie et par le droit portant assistance aux pays de l’Est.
Aujourd’hui, la division de l’Europe a été surmontée, mais l’objectif était de stimuler l’échange et la coopération intellectuelle.
Dès le début, le Conseil de l’Europe va se doter d’une convention européenne des droits de l’homme qui reprend l’esprit de la convention des droits de l’homme que les nouvelles Nations-Unies formulent en 1944. C’est dans un certain sens une réponse à un mouvement global et pour répondre à la Shoa et aux crimes contre l’humanité de la Deuxième guerre.
Cette déclaration a, pour les membres qui s’associent au Conseil de l’Europe, une validité juridique. C’est pourquoi, à Strasbourg, il y a une Cour européenne des droits de l’homme décidant sur des litiges qu’un citoyen européen a avec son gouvernement.
Plan Schumann et réconciliation franco-allemande
Robert Schuman est un haut fonctionnaire français. Le 9 mai 1950, 5 ans et un jour après la guerre est commencée une collaboration dans l’industrie lourde afin de commencer quelque chose de concret dans le cadre de la coopération. Il propose de placer la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune donnant lieu au Traité de la CECA de 1951 – 1952.
« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. »
« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. »
« La mise en commun des productions de charbon et d'acier (...) changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes. »
Il y a une peur d’un retour de la guerre, mais une volonté de coopération et une reconstruction par étapes en commençant par des secteurs stratégiques.
Brève histoire de l’Union européenne
16 avril 1948 : création de l’organisation européenne de coopération économique (OECE) afin de répartir les fonds du plan Marshall d’aide américaine à la reconstruction de l’Europe.
1949 : pacte atlantique (création de l’OTAN).
1950 : plan Schumann.
8 avril 1951 : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent le Traité de Paris instituant la première Communauté du charbon et de l’acier (CECA).
1954 : échec de la CED (Communauté européenne de défense).
25 mars 1957 : six pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) signent le Traité de Rome créant la Communauté économique européenne (CEE ou Marché commun) et la Communauté européenne de l’énergie atomique, ou Euratom (= Europe des Six).
Les étapes de la construction européenne 1957 – 2007
Les pays de la zone euro
L’État-nation reste fort, il est même renforcé par la collaboration européenne : c’est le paradoxe de l‘Union européenne.
Références
- Canapa Marie-Paule. Le conflit entre le Kominform et la La rupture entre la Yougoslavie. In: Revue de l'Est. Volume 4, 1973, N°2. pp. 153-172.
- Le projet Léger-Briand d'union fédérale européenne (1929-1930)
- La déclaration Schuman du 9 mai 1950, europa.eu
Notes
- ↑ Extraits de Richard N. COUDENHOVE-KALERGI, Pan-Europa (1923), 3 pages A4 Voici des extraits du livre "Pan-europa" de Richard Coudenhove-Kalergi publié en 1923. Ce livre est fondateur en matière de pensée et de construction européenne.
- ↑ Richard Coudenhove-Kalergi pp. 10-11
- ↑ Richard Coudenhove-Kalergi, Pan-Europe, Vienne, 1923, réédition. PUF, 1988
- ↑ les idées défendues par Richard Coudenhove-Kalergi dans son ouvrage Pan-Europe (1923) et dans le Manifeste paneuropéen.