« La lente construction de l’Europe au XXème siècle » : différence entre les versions
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L’expérience yougoslave montre que le bloc de l’Est, souvent perçu comme monolithique, est traversé dès l’origine par des tensions internes. Si la domination soviétique reste écrasante, elle n’exclut pas des marges de manœuvre locales et des divergences, qui réapparaîtront plus tard dans les années 1950 et 1960, notamment en Pologne, en Hongrie ou en Tchécoslovaquie. La constitution du bloc socialiste repose donc à la fois sur une discipline idéologique imposée par Moscou et sur une gestion permanente des résistances nationales. | L’expérience yougoslave montre que le bloc de l’Est, souvent perçu comme monolithique, est traversé dès l’origine par des tensions internes. Si la domination soviétique reste écrasante, elle n’exclut pas des marges de manœuvre locales et des divergences, qui réapparaîtront plus tard dans les années 1950 et 1960, notamment en Pologne, en Hongrie ou en Tchécoslovaquie. La constitution du bloc socialiste repose donc à la fois sur une discipline idéologique imposée par Moscou et sur une gestion permanente des résistances nationales. | ||
=== | === Deux structures de coopération : économique et militaire === | ||
L’organisation du bloc de l’Est ne se limite pas à une cohésion idéologique. Pour consolider son emprise et donner une assise institutionnelle à son système, l’Union soviétique met en place deux structures centrales, l’une économique et l’autre militaire, qui incarnent le caractère intégré du camp socialiste. | |||
En janvier 1949, Staline fonde le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM, ou COMECON). Officiellement présenté comme une alternative au Plan Marshall, ce nouvel organisme vise à coordonner les échanges entre les pays socialistes et à garantir leur autonomie économique face à l’Ouest. Dans un premier temps, le CAEM reste une structure assez souple, davantage conçue pour empêcher les pays d’Europe orientale de se tourner vers l’aide américaine que pour organiser une véritable planification intégrée. Mais à partir des années 1960, sous Khrouchtchev puis Brejnev, il acquiert une importance croissante en devenant l’instrument principal de la division socialiste du travail. Les économies des pays membres se spécialisent alors dans certains secteurs : la RDA dans l’industrie de pointe et la chimie, la Tchécoslovaquie dans la mécanique et l’armement, la Hongrie dans l’agroalimentaire. Cette planification collective, décidée à Moscou, renforce la dépendance des États satellites vis-à-vis du centre soviétique et limite leurs marges de manœuvre. | |||
Sur le plan militaire, la structure correspondante apparaît plus tardivement. En mai 1955, l’URSS et ses alliés d’Europe centrale signent le Pacte de Varsovie, alliance militaire destinée à répondre directement à la création de l’OTAN en 1949 et surtout à l’intégration de la République fédérale d’Allemagne dans l’alliance occidentale. Le traité institue un commandement militaire unifié placé sous direction soviétique, ce qui permet à Moscou de contrôler les armées de ses satellites et d’assurer leur fidélité en cas de crise. Loin d’être une simple alliance défensive, le Pacte de Varsovie fonctionne aussi comme un outil de discipline interne : il justifie l’intervention des troupes soviétiques pour maintenir l’ordre dans le bloc, comme en Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie en 1968 lors du Printemps de Prague. | |||
Ces deux institutions traduisent la logique de la Guerre froide : face aux initiatives économiques et militaires occidentales – Plan Marshall, OECE, OTAN – le bloc soviétique construit ses propres structures, miroir mais aussi verrou, afin d’encadrer ses alliés et d’empêcher toute déviation. Le CAEM et le Pacte de Varsovie incarnent ainsi la double dimension, économique et militaire, de la satellisation des démocraties populaires. Leur rôle perdurera jusqu’à la fin des années 1980, moment où ces institutions, incapables de réformer leurs mécanismes, se désagrègeront en même temps que l’influence soviétique sur l’Europe de l’Est. | |||
== Bloc de l'Ouest == | == Bloc de l'Ouest == | ||
Version du 17 août 2025 à 09:33
La construction européenne au XXᵉ siècle s’inscrit dans un contexte profondément marqué par les séquelles de la Seconde Guerre mondiale et par l’émergence de la Guerre froide. Entre 1945 et le début des années 1970, se met en place une dynamique inédite qui façonne l’Europe telle que nous la connaissons aujourd’hui : une tentative de dépasser le cadre strict de l’État-nation, tout en composant avec l’organisation bipolaire du monde. L’après-guerre ne se réduit pas à une reconstruction matérielle et économique, mais s’accompagne d’une réflexion politique sur la manière d’éviter le retour des conflits qui avaient ensanglanté le continent au cours de la première moitié du siècle. Cette réflexion s’exprime dans un dialogue constant entre coopération, intégration et souveraineté, sur fond de rivalité idéologique entre le bloc occidental et le bloc soviétique.
La bipolarisation internationale est déterminante. D’un côté, l’Union soviétique, qui s’est consolidée en un État centralisé, étend son influence sur l’Europe de l’Est à travers une série de démocraties populaires intégrées dans un système socialiste contrôlé par Moscou. De l’autre, les États-Unis s’imposent comme le garant militaire, économique et politique de l’Europe occidentale. Entre ces deux pôles, les États européens cherchent une voie spécifique, qui ne soit ni soumission complète à l’une des superpuissances, ni repli sur des souverainetés isolées et affaiblies. La création d’institutions communes devient progressivement une réponse stratégique à ce double impératif : préserver la souveraineté nationale tout en construisant un niveau politique supérieur capable de défendre des intérêts partagés.
La notion de supranationalité prend ici tout son sens. Elle ne signifie pas l’effacement des nations mais leur mise en relation dans des structures qui se situent « au-dessus » des gouvernements sans pour autant abolir l’autonomie nationale. Cette tension permanente entre l’attachement à la souveraineté et l’acceptation d’une autorité supranationale constitue le fil rouge de l’intégration européenne. Elle explique le caractère lent, partiel et toujours négocié de ce processus, où chaque avancée institutionnelle résulte de compromis délicats entre des visions fédéralistes, favorables à une Europe politiquement unie, et des approches intergouvernementales, soucieuses de préserver la primauté de l’État-nation.
Cette dynamique se complexifie encore par la situation coloniale. Au lendemain de la guerre, certaines puissances européennes – au premier rang desquelles la France, le Royaume-Uni et la Belgique – demeurent des empires coloniaux. Leur autonomie et leur rôle international semblent encore assurés par leurs possessions outre-mer, ce qui limite leur disposition initiale à céder des parcelles de souveraineté au profit d’un projet européen. Pourtant, dans le même temps, les fragilités internes, les pressions extérieures et la décolonisation progressive les incitent à s’appuyer davantage sur la coopération continentale. L’Europe se construit donc dans ce paradoxe : des nations jalouses de leur indépendance mais contraintes d’inventer une forme politique nouvelle pour faire face aux défis du temps.
C’est dans cet entrelacement entre souveraineté nationale, impératif de sécurité, rivalité idéologique et recherche d’un cadre institutionnel commun que s’élabore la lente construction européenne du second XXᵉ siècle. L’histoire de cette période ne se réduit ni à un projet fédéral ambitieux ni à une simple coopération interétatique : elle est le résultat d’un dialogue constant entre deux niveaux d’action, national et supranational, sur fond de Guerre froide et de recompositions globales.
Les démocraties populaires entre bloc de l’est et l’affirmation de l’indépendance
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe entre dans une période de recomposition politique où s’affirme clairement la domination soviétique en Europe centrale et orientale. Entre 1945 et 1948, cette zone connaît une série de bouleversements politiques marqués par des coalitions fragiles, des élections contrôlées et parfois des coups de force qui placent progressivement les partis communistes au centre du pouvoir. En Pologne, en Hongrie, en Bulgarie, en Roumanie et en Tchécoslovaquie, les gouvernements de coalition installés dans l’immédiat après-guerre voient leurs composantes non communistes marginalisées, exclues ou contraintes à la clandestinité. L’appui de l’Armée rouge, encore présente sur place, et l’influence directe de Moscou permettent aux partis communistes d’imposer leur domination. Le coup de Prague en février 1948, où le Parti communiste tchécoslovaque s’empare définitivement du pouvoir, symbolise l’achèvement de ce processus : il ne reste plus en Europe de l’Est que des régimes de « démocratie populaire », alignés sur l’Union soviétique et organisés autour d’un parti unique.
Cette mainmise s’étend également aux régions périphériques. En Scandinavie, la mer Baltique devient un espace stratégique où l’URSS renforce son contrôle à travers la domination sur les pays baltes annexés dès 1940, tandis que la Finlande, bien qu’indépendante, reste étroitement surveillée par Moscou et contrainte à une neutralité imposée, connue sous le nom de « finlandisation ». Plus au sud, la Méditerranée orientale est secouée par la guerre civile grecque (1946–1949), où les forces communistes, soutenues en partie par la Yougoslavie de Tito, affrontent les monarchistes et les libéraux soutenus par le Royaume-Uni et, à partir de 1947, par les États-Unis dans le cadre de la doctrine Truman. La Grèce devient ainsi un champ d’affrontement direct entre les deux blocs, confirmant que la ligne de fracture en Europe dépasse le simple axe centre–est et concerne aussi les zones de contact stratégiques.
Cette nouvelle configuration divise l’Europe en deux zones d’influence. À l’Ouest, les États s’alignent progressivement sur les États-Unis dans le cadre de la reconstruction économique et militaire ; à l’Est, les pays deviennent des satellites de Moscou. L’Allemagne, cœur industriel et stratégique du continent, illustre à elle seule cette fracture. Occupée par les quatre puissances victorieuses – États-Unis, Royaume-Uni, France et URSS – elle est d’abord administrée comme une entité commune. Mais très vite, les désaccords entre les alliés occidentaux et les Soviétiques transforment ce pays en symbole de la division. Berlin, ville elle-même divisée en quatre zones d’occupation, devient l’épicentre de cette confrontation, ce que les crises du blocus de 1948–1949 et plus tard la construction du mur en 1961 rendront encore plus visible.
C’est dans ce contexte que Winston Churchill formule l’image devenue emblématique du « rideau de fer ». Dans son discours de Fulton (États-Unis), le 5 mars 1946, il déclare qu’un rideau s’est abattu sur le continent, de Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique. Quelques mois plus tard, à l’Université de Zurich, le 19 septembre 1946, il reprend cette idée devant un public européen, en insistant sur le danger que représente l’expansion du communisme et en appelant à l’unité des nations libres d’Europe. Churchill, conservateur pragmatique, est animé à la fois par la crainte d’une hégémonie soviétique et par la conviction que seule une Europe occidentale unie pourrait servir de contrepoids durable dans ce nouvel ordre mondial.
C’est précisément cette division et cette peur de l’expansion soviétique qui nourrissent la réflexion sur une unification de l’Europe occidentale. L’objectif est double : contenir le communisme à l’Est et renforcer la coopération entre nations d’Occident pour reconstruire un continent exsangue. Cette volonté n’émerge pas ex nihilo : elle s’inscrit dans une tradition intellectuelle et politique plus ancienne. Dès le XIXᵉ siècle, Victor Hugo évoquait lors du Congrès de la Paix en 1849 l’idée d’« États-Unis d’Europe », imaginant une communauté fraternelle des nations européennes destinée à garantir la paix. Dans l’entre-deux-guerres, Aristide Briand avait repris ce projet dans son célèbre discours de 1929 devant la Société des Nations, appelant à la formation d’une union fédérale européenne.
Ces projets étaient restés lettre morte, freinés par les nationalismes, les rivalités et la montée des fascismes. Mais après 1945, la situation change radicalement : l’Europe est non seulement dévastée mais aussi marginalisée face aux deux superpuissances que sont les États-Unis et l’URSS. Pour beaucoup d’hommes politiques et d’intellectuels, l’intégration européenne n’est plus un rêve utopique mais une nécessité stratégique. C’est dans ce climat que naît la nébuleuse d’idées, de mouvements et d’initiatives qui marqueront la première étape de la construction européenne, en particulier en Europe occidentale, perçue comme le seul espace encore disponible pour une véritable unification.
Après 1945 : démocraties populaires ou bloc de l’Est
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Armée rouge occupe une grande partie de l’Europe centrale et orientale. La présence militaire soviétique s’impose particulièrement dans les pays considérés comme alliés ou satellites de l’Allemagne nazie : la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie et la Slovaquie. Dans ces États, l’URSS installe des gouvernements provisoires dominés par des partis communistes jusque-là marginaux, mais qui bénéficient désormais de la légitimité conférée par la victoire militaire et de l’appui direct de Moscou. Cette implantation est d’autant plus marquante que, avant la guerre, les communistes étaient souvent réduits à des mouvements clandestins, réprimés par les régimes autoritaires ou monarchiques de la région. Leur arrivée au pouvoir après 1945 apparaît donc comme une rupture majeure, conséquence directe de l’ordre international imposé par les vainqueurs.
La situation diffère toutefois dans les Balkans occidentaux. En Yougoslavie et en Albanie, la libération n’est pas le résultat de l’Armée rouge, mais de mouvements de résistance locaux qui ont mené une guerre de guérilla contre les forces d’occupation. Le maréchal Josip Broz Tito, chef des partisans yougoslaves, parvient à libérer son pays sans l’aide directe de Moscou. Communiste convaincu, il se distingue cependant par son refus de se placer sous la tutelle soviétique, ce qui conduira dès 1948 à une rupture avec Staline et à l’exclusion de la Yougoslavie du Kominform. L’Albanie, sous la direction d’Enver Hoxha, suit une voie similaire d’émancipation, bien que plus marquée par un alignement idéologique rigide, d’abord envers Moscou puis, après les années 1960, envers la Chine maoïste. Ces cas singuliers montrent que l’expansion du communisme en Europe de l’Est n’est pas uniformément imposée par Moscou, mais qu’elle s’accompagne aussi de dynamiques locales spécifiques.
La Tchécoslovaquie illustre un autre scénario. Héritière d’une tradition démocratique ancrée depuis l’entre-deux-guerres, elle organise en mai 1946 des élections libres qui portent le Parti communiste tchécoslovaque au rang de première force politique avec environ 38 % des voix. Toutefois, cette avance électorale ne suffit pas à garantir une domination exclusive. Pendant deux ans, le pays connaît un système pluraliste fragile, où coexistent communistes et partis non communistes. La situation bascule brutalement en février 1948 avec le fameux « coup de Prague » : les communistes orchestrent un putsch en s’appuyant sur les syndicats, les forces de sécurité et l’appui implicite de l’URSS. Les ministres non communistes démissionnent sous pression et le président Beneš, affaibli, est contraint d’entériner un gouvernement dominé par les communistes. Cet épisode, vécu comme une trahison des règles démocratiques, résonne en Occident comme une alerte majeure : la stratégie soviétique ne consiste pas seulement à influencer, mais à contrôler totalement les pays d’Europe centrale.
Ce basculement est capital dans la perception des rapports Est–Ouest. Si les tensions existaient déjà dès 1945, le coup de Prague agit comme un signal pour les élites et l’opinion publique occidentales. Il révèle que la logique de division du continent n’est plus réversible et qu’une frontière politique et idéologique s’installe durablement en Europe. On ne peut pas dire que février 1948 marque le déclenchement de la Guerre froide – celle-ci s’était déjà cristallisée avec des événements comme la doctrine Truman (1947) et le plan Marshall (1947) – mais il constitue un tournant où la Guerre froide entre véritablement dans la conscience collective des décideurs comme des populations.
C’est dans ce climat de fracture que prend tout son sens le discours prononcé par Winston Churchill à Zurich le 19 septembre 1946. Dans cette intervention visionnaire, il appelle à la constitution des « États-Unis d’Europe », insistant sur l’urgence d’unir les démocraties occidentales pour faire face à la menace de l’expansion communiste. Bien avant que l’intégration européenne ne prenne corps dans des institutions concrètes, cette conférence propose déjà une réponse intellectuelle et politique à une Europe désormais irréversiblement divisée par ce que Churchill avait désigné, quelques mois plus tôt à Fulton, comme le « rideau de fer ».
Le bloc de l’est
La mise en place du bloc de l’Est ne peut être comprise sans la dynamique d’affrontement avec l’Ouest. Dès 1945, la division du continent s’exprime à travers une succession d’initiatives et de contre-initiatives, où chaque camp réagit aux gestes de l’autre. Cependant, dans cette dialectique, ce sont souvent les puissances occidentales qui prennent l’initiative, ce qui force l’Union soviétique à organiser en retour son système de sécurité et de coopération.
La division allemande en offre un exemple précoce. En 1948, les puissances occidentales (États-Unis, Royaume-Uni et France) décident d’introduire une nouvelle monnaie dans leur zone d’occupation : le Deutsche Mark. Cette réforme monétaire, destinée à stabiliser l’économie allemande et à préparer la reconstruction, marque une rupture décisive avec l’URSS, qui y voit un pas vers la consolidation d’un État ouest-allemand indépendant. En réaction, Moscou instaure en juin 1948 le blocus de Berlin, empêchant par voie terrestre le ravitaillement de la partie occidentale de la ville. L’Ouest répond par le fameux pont aérien de Berlin (juin 1948 – mai 1949), au cours duquel des milliers de vols organisés par les Américains et les Britanniques assurent l’approvisionnement de plus de deux millions d’habitants. Cet épisode symbolise la confrontation directe entre les deux blocs et entérine la division de l’Allemagne, qui débouche en 1949 sur la création de deux États : la République fédérale d’Allemagne (RFA) à l’Ouest et la République démocratique allemande (RDA) à l’Est.
De la même manière, la logique militaire suit une dynamique d’action-réaction. En avril 1949, les puissances occidentales créent l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), alliance militaire défensive placée sous commandement américain, dont l’objectif est de garantir la sécurité collective face à une éventuelle agression soviétique. Ce traité incarne une rupture majeure : pour la première fois, les États-Unis s’engagent durablement dans la défense de l’Europe. L’URSS réplique plus tard, en 1955, par la création du Pacte de Varsovie, qui regroupe les États satellites d’Europe orientale dans une alliance militaire dirigée par Moscou. Mais il est significatif de constater que cette initiative vient après l’OTAN, confirmant le caractère réactif du bloc de l’Est.
Sur le plan économique, la même logique prévaut. En 1947, les États-Unis lancent le Plan Marshall, officiellement appelé Programme de rétablissement européen, destiné à financer la reconstruction de l’Europe occidentale. Bien que proposé à tous les pays européens, le plan est rejeté par l’URSS, qui interdit à ses satellites d’y participer, y voyant un instrument de dépendance envers Washington. En réponse, Staline met en place en 1949 le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM ou COMECON), destiné à coordonner les économies socialistes. Là encore, l’Ouest agit en premier, l’Est structure son propre modèle en réaction.
Cette dynamique révèle le caractère profondément asymétrique de la Guerre froide européenne. L’Ouest, animé par une volonté de stabilisation et de reconstruction, adopte une stratégie proactive qui combine initiatives économiques (Plan Marshall, OECE), politiques (Conseil de l’Europe en 1949) et militaires (OTAN). L’Est, de son côté, construit un bloc cohérent mais essentiellement défensif, conçu pour protéger l’URSS et assurer la loyauté de ses satellites. Le Kominform (1947), qui remplace l’Internationale communiste dissoute en 1943, et le Pacte de Varsovie (1955) incarnent cette logique de centralisation et de discipline imposée par Moscou.
La constitution du bloc de l’Est n’est pas le fruit d’une stratégie expansive autonome, mais plutôt le résultat d’une confrontation où chaque geste occidental entraîne une contre-mesure soviétique. Cette mécanique d’action-réaction installe durablement l’Europe dans un système bipolaire, où l’intégration occidentale et la satellisation orientale se construisent simultanément, dans un équilibre instable qui conditionne toute l’histoire de la Guerre froide.
Constitution d’un bloc
L’année 1947 marque un tournant dans la structuration du camp communiste. L’annonce du plan Marshall par les États-Unis en juin 1947, proposant une aide massive à la reconstruction de l’Europe, met l’URSS devant un dilemme. Officiellement, le plan est ouvert à tous les pays européens, y compris ceux de l’Est. Mais Staline y voit un instrument de domination économique américaine et interdit aux pays de son orbite d’y participer. La Tchécoslovaquie et la Pologne, initialement prêtes à accepter cette aide, sont contraintes de se rétracter sous la pression soviétique. Cette décision illustre la volonté de Moscou de verrouiller son glacis et d’empêcher toute dépendance économique à l’égard de l’Ouest. Elle marque aussi la fracture définitive entre les deux parties du continent.
Dans ce contexte, l’Union soviétique renforce ses outils de coordination politique. En septembre 1947, est créé à Szklarska Poręba, en Pologne, le Kominform (Bureau d’information des partis communistes et ouvriers). Contrairement à la Troisième Internationale dissoute en 1943, il ne s’agit pas d’une structure révolutionnaire mondiale, mais d’un organisme destiné à assurer la cohésion idéologique et stratégique du bloc socialiste. Il réunit les partis communistes d’Europe de l’Est, mais aussi plusieurs partis occidentaux – français, italien, belge – qui, dans l’immédiat après-guerre, demeurent des forces politiques importantes et participent parfois à des gouvernements de coalition. Lors de la conférence de fondation, en octobre 1947, Andrei Jdanov, idéologue proche de Staline, impose une lecture binaire du monde : deux camps irréductibles s’affrontent, d’un côté les forces de la paix et du socialisme autour de l’URSS, de l’autre les forces de l’impérialisme dirigées par les États-Unis. Cette doctrine, connue sous le nom de « doctrine Jdanov », devient la charte idéologique du bloc de l’Est.
La centralisation ne s’arrête pas là. En décembre 1948, le dirigeant bulgare Georgi Dimitrov redéfinit le concept de démocraties populaires : il ne s’agit plus de simples régimes transitoires vers le socialisme, tolérant encore une pluralité de partis, mais de véritables systèmes où la direction politique du Parti communiste devient exclusive. Cette interprétation ferme la porte à tout retour au pluralisme et consacre la transformation des pays de l’Est en régimes de parti unique, sur le modèle soviétique.
L’unité du bloc est cependant mise à l’épreuve très tôt. Le 28 juin 1948, le Kominform condamne officiellement la Yougoslavie. Tito, qui avait libéré son pays par ses propres moyens et disposait d’une légitimité populaire, refuse de se plier entièrement aux directives de Moscou. Il revendique pour la Yougoslavie une voie spécifique vers le socialisme, autonome par rapport au modèle soviétique. Cette rupture, connue sous le nom de scission Tito-Staline, illustre les premières fissures à l’intérieur du camp socialiste. Même si Tito demeure communiste, son indépendance inquiète Moscou, qui voit dans cette contestation un risque de contagion pour d’autres régimes.
L’expérience yougoslave montre que le bloc de l’Est, souvent perçu comme monolithique, est traversé dès l’origine par des tensions internes. Si la domination soviétique reste écrasante, elle n’exclut pas des marges de manœuvre locales et des divergences, qui réapparaîtront plus tard dans les années 1950 et 1960, notamment en Pologne, en Hongrie ou en Tchécoslovaquie. La constitution du bloc socialiste repose donc à la fois sur une discipline idéologique imposée par Moscou et sur une gestion permanente des résistances nationales.
Deux structures de coopération : économique et militaire
L’organisation du bloc de l’Est ne se limite pas à une cohésion idéologique. Pour consolider son emprise et donner une assise institutionnelle à son système, l’Union soviétique met en place deux structures centrales, l’une économique et l’autre militaire, qui incarnent le caractère intégré du camp socialiste.
En janvier 1949, Staline fonde le Conseil d’assistance économique mutuelle (CAEM, ou COMECON). Officiellement présenté comme une alternative au Plan Marshall, ce nouvel organisme vise à coordonner les échanges entre les pays socialistes et à garantir leur autonomie économique face à l’Ouest. Dans un premier temps, le CAEM reste une structure assez souple, davantage conçue pour empêcher les pays d’Europe orientale de se tourner vers l’aide américaine que pour organiser une véritable planification intégrée. Mais à partir des années 1960, sous Khrouchtchev puis Brejnev, il acquiert une importance croissante en devenant l’instrument principal de la division socialiste du travail. Les économies des pays membres se spécialisent alors dans certains secteurs : la RDA dans l’industrie de pointe et la chimie, la Tchécoslovaquie dans la mécanique et l’armement, la Hongrie dans l’agroalimentaire. Cette planification collective, décidée à Moscou, renforce la dépendance des États satellites vis-à-vis du centre soviétique et limite leurs marges de manœuvre.
Sur le plan militaire, la structure correspondante apparaît plus tardivement. En mai 1955, l’URSS et ses alliés d’Europe centrale signent le Pacte de Varsovie, alliance militaire destinée à répondre directement à la création de l’OTAN en 1949 et surtout à l’intégration de la République fédérale d’Allemagne dans l’alliance occidentale. Le traité institue un commandement militaire unifié placé sous direction soviétique, ce qui permet à Moscou de contrôler les armées de ses satellites et d’assurer leur fidélité en cas de crise. Loin d’être une simple alliance défensive, le Pacte de Varsovie fonctionne aussi comme un outil de discipline interne : il justifie l’intervention des troupes soviétiques pour maintenir l’ordre dans le bloc, comme en Hongrie en 1956 ou en Tchécoslovaquie en 1968 lors du Printemps de Prague.
Ces deux institutions traduisent la logique de la Guerre froide : face aux initiatives économiques et militaires occidentales – Plan Marshall, OECE, OTAN – le bloc soviétique construit ses propres structures, miroir mais aussi verrou, afin d’encadrer ses alliés et d’empêcher toute déviation. Le CAEM et le Pacte de Varsovie incarnent ainsi la double dimension, économique et militaire, de la satellisation des démocraties populaires. Leur rôle perdurera jusqu’à la fin des années 1980, moment où ces institutions, incapables de réformer leurs mécanismes, se désagrègeront en même temps que l’influence soviétique sur l’Europe de l’Est.
Bloc de l'Ouest
La Finlande est neutralisée, mais très amicale vis-vis de l’Union soviétique n’ayant pas beaucoup de libertés de bouger vers l’occident. Les Pays-Baltes ont disparu comme États indépendants.
Le mur de Berlin n’est que l’expression urbaine de la frontière, à partir de 1961 c’est un vrai mur qu’on ne peut passer.
En vert apparaissent les pays fondateurs de l’OTAN, la Turquie et la Grèce dès le début font partie de l’OTAN. Les américains qui dominent ce pacte de défense ont un grand intérêt d’inclure cette position stratégique fantastique de la Turquie entre Asie et Europe entre la mer Noire et la Méditerranée et beaucoup de pays du Moyen-Orient. Au début la Turquie n’était pas exclue du discours large d’une Europe unie anticommuniste.
Le corridor des démocraties populaires laisse apparaitre une Yougoslavie un peu entre les deux camps qui veut se distinguer notamment du régime personnel dictatorial de Staline en Union soviétique.
Les communistes du parti et du Kominform n’aiment pas ce que Tito fait, mais ils tolèrent, d’autre part l’OTAN est aussi très proche avec la sixième flotte américaine en Italie.
Entre 1945 et 1948, il y a une guerre civile en Grèce entre des groupuscules armés qui viennent de la résistance, le parti communiste voulant transformer la Grèce en pays dans l’orbite communiste. Il y a une résistance acharnée des forces conservatrices, chrétiennes et libérales.
Le monde avait alors été plus ou moins explicitement divisé. La carte a été figée pendant 40 ans sans aucun conflit militaire sur ce territoire.
Il y a des interventions armées dans le camp soviétique, mais entre les blocs il n’y a pas de conflits ; ce n’est pas un ordre paisible, mais un ordre précaire.
Les voies nationales
Affirmation de la voie nationale yougoslave
Josip Broz Tito (1892-1980) qui est croate a organisé la résistance et jouit d’une forte popularité.
Pour la Yougoslavie il y a une identité nationale, basant sa fierté et son esprit d’indépendance sur la victoire contre les forces de l’Axe, mais il y plusieurs problèmes.
C’est un État multilingue, multiethnique et multireligieux. L’aspect multilingue et multiethnique est problématique parce que l’on compte six groupes ethnoculturels à l’intérieur de la Yougoslavie.
Il y a dans un certain sens des autonomies relatives à l’intérieur. On pourrait accorder une certaine autonomie à ces groupes.
Les forces fascistes croates, les oustachis, ont collaboré proactivement, persécutées leurs ennemis politiques, des minorités ethniques et la population juive. Le chef d’État-major allemand Von Horstenau signala à l'État-major de Berlin que « selon des rapports dignes de foi en provenance d'un grand nombre d'observateurs civils et militaires allemands, (...) les Oustachis sont devenus totalement fous »[1].
Après une période d’épuration très dure contre les Oustachis, Tito favorise l’idée du yougoslavisme (idée croate à l’origine) dans les constitutions de 1948 qui est la date de la rupture avec Staline.
Le 28 juin 1948, une résolution du Kominform condamne l’expérience yougoslave et exige l’autocritique de Tito : la Yougoslavie est expulsée du Kominform. Au printemps 1958, Tito réaffirme la spécificité de la voie yougoslave.
En 1961, l’Albanie est le second pays à faire scission. Le dirigeant Enver Hoxja (1908-1985) qui depuis 1956 s’est rapproché de la Chine rompt ses relations diplomatiques avec l’URSS et quitte le CAEM puis le pacte de Varsovie en 1968.
Il y a des enjeux ancrés dans la mémoire de ces groupes, mais ils créent quand même ensemble un État fédérateur pour se libérer de la tutelle soviétique et stalinienne.
Il y a des forces qui mènent à la cohérence de cet État, c’est un véritable projet.
Révoltes politiques comme « voie nationale » revendiquée
Des révoltes voulaient parfois reformer le socialisme et parfois refuser le régime actuel. Ce sont très souvent des grèves et des révoltes armées matées par des forces armées non pas nationales, mais par des tanks soviétiques.
C’est l’Armée Rouge qui est dans ces pays la puissance d’occupation devant aider les régimes communistes à sauvegarder la domination communiste contre ces révoltes populaires. En Allemagne de l’Est en 1953 ont lieu de grandes grèves nationales. Cela commence par des revendications classiques salariales. Avec la généralisation de la grève cela devient national et ensuite des revendications de réunir l’Allemagne.
Quatre ans après la guerre, il y a des revendications contre le régime communiste et pour unir l’Allemagne.
Cette dynamique dans les autres conflits est encore beaucoup plus marquée parce que la tentative de révolution en Hongrie en 1956 est une véritable guerre civile.
L’Union soviétique va récupérer le pays, il y avait une peur d’une escalade des revendications nationales et une remise en cause des frontières politiques. En Hongrie c’est une révolte anticommuniste et antirusse.
Dans la révolution de 1956 on fait référence à la révolution de 1848 qui été une révolution contre les Habsbourg qui fut matée par l’armé du Tsar. Les russes ont plusieurs fois empêché les hongrois de devenir indépendants ou de déterminer leur propre destin.
En Tchécoslovaquie à Prague en 1968, des jeunes préparent le Printemps de Prague voulant reformer le socialisme avec un visage humain. Cependant, les armées des alliés socialistes vont envahir le pays. Le 5 janvier 1968, Alexander Dubcek devient secrétaire général du Parti communiste.
Les polonais se sont révoltés à plusieurs reprises avec des revendications politiques et de plus d’autonomie en 1956, 1968, 1970 - 1971, 1976, 1980 – 1981.
Ce ne sont pas des révoltes nationales ou nationales en soi, mais la question de l’autodétermination sont des idées du droit international depuis au moins le Président Wilson à la fin de la Première guerre mondiale.
On voit comment des questions nationales peuvent être nourries et réactualisées à l’intérieur d’un système de modernisation de ces pays. Les questions nationales ne disparaissent pas.
La Yougoslavie en 1974
La Yougoslavie était vue comme un modèle, seulement, les politiques d’autonomisation relative laissent toujours un esprit de comparaison et de discrimination. Les politiques peuvent au moins aider le conflit à rester latent entre les nationalités.
Le nationalisme et les idées de revendication d’autonomie nationale se réactualisent dans les rapports socioéconomiques et dans les relations internationales. C’est un socialisme moderne sauvegardé et maintenu sur un « petit feu ».
Les revendications nationales restent un enjeu dans les discussions interyougoslaves. Ça n’a pas disparu. Dans les années 1990, il va y avoir une rhétorique hyperbolique avec l’idée de la Grande Croatie, de la Grande Serbie et des idées affirmées des purifications ethniques.
Adoption du principe de nation « narod », ou peuple au sens ethnico-culturel. À sa naissance, la Yougoslavie se décompose en six républiques territoriales : Serbie, Croatie, Slovénie, Monténégro Bosnie-Herzégovine et Macédoine et diverses identités ethniques qui ne sont pas nécessairement territorialisées comme la nation tsigane.
Le Printemps croate a lieu à la fin des années 1960 et au début années 1970, tandis qu’en 1974 est promulguée une nouvelle constitutiondonnant plus d’autonomie pour les régions.
Slobodan Milosevic est né en 1941 et devient le chef du parti communiste à Belgrade en 1984, puis en 1987, chef du parti communiste de la Serbie et enfin 1989 présidents de la Serbie.
À Belgrade, le 28 juin 1989, est fêté en grande pompe le 600e anniversaire de la bataille du Kosovo qui marque le début de la domination ottomane sur la Serbie. La fête réunit à Gazi Mestan (Kosovo) plus d'un million de personnes et déchaînement de la ferveur nationaliste serbe, déclenchement de la crise yougoslave des années 1990 : série de conflits armés, purifications ethniques, intervention de l’OTAN.
Il y a certes une autonomie relative, mais il n’y a pas de « territoires purs » ayant pour conséquence de mener à la violence suite à la politique des années 1990.
L’Europe occidentale – la construction de l’Union européenne
C’est l’histoire autour de l’idée de coopérer plus dans une union, dans quelque chose parmi les États-nations européens.
Le XIXème siècle est un temps de nationalisme, mais aussi un temps de globalisation. Ce sont des phénomènes paradoxaux et parfois parallèles avec des gens qui veulent une autonomie très forte, mais intéressés par le commerce international, qui font des voyages et traduisent des livres de natures différentes.
C’est l’ère du nationalisme pour autant il y a l’idée de coopération comme partenaires plus ou moins égaux comme pays nationaux travaillant avec le voisin et avec les autres.Parallèlement à la préparation de la Première Guerre, il y a l’idée de coopération.
Ce sont parfois des idées liées à des idées religieuses avec l’Église qui a des structures en soi. Il y a de nombreux penseurs conservateurs qui ont pensés une Europe chrétienne, c’est l’idée de l’occident qui a toujours été un facteur que l’on pouvait citer comme une idée afin de se distinguer de l’Asie, des musulmans, des colonies, de la Russie et dans un certain sens définir culturellement les frontières de l’Europe.
La Première guerre mondiale est un premier obstacle qui est un traumatisme profond affaiblissant les nationalismes.
La fin de la Première Guerre mondiale et le début des années 1920 est le moment où beaucoup d’intellectuels ont affirmé qu’il fallait trouver des manières de coopérer pacifiquement et culturellement : il faut réconcilier les anciens ennemis.
Le couple franco-allemand est symbolique parce qu’il a causé les conflits précédents en 1870 et la Première Guerre mondiale.
Beaucoup de choses ne mènent pas directement à des réactions politiques, mais il est important de se rappeler cela est de voir une multitude de forces à ce moment. Il faut voir sur la base des États pouvoir coopérer.
Au lendemain de la Grande guerre : le plus ancien mouvement européen
Coudenhove-Kalergi créé l’Union paneuropéenne comme un lobby de coopération européenne, c’est un club de penseurs, de publicistes.
Vont être attirés quelques-uns des grands noms intellectuels de ce monde, comme Einstein et Rolland. C’est un mouvement élitiste écouté.
En 1923 Richard Coudenhove-Kalergi publie son lire-manifeste Paneuropa[2] où il préconise la création d’une union des États européens qui est le seul moyen d’éviter que se reproduise la catastrophe de 1914 – 1918. Il s’interroge si « l’Europe, dans son morcellement politique et économique, peut-elle assurer sa paix et son indépendance face aux puissances mondiales extra-européennes qui sont en pleine croissance ? »[3][4].
L’arrivée de l’Amérique en Europe est une nouvelle donne tandis que la Russie n’est pas encore menaçante. L’Europe se positionne dans un monde globalisé.
Initiatives des milieux économiques dans l’entre-deux-guerres
L’industriel luxembourgeois Émile Mayrisch est favorable à une politique douanière européenne et à une entente sectorielle.
L’approche libre-échangiste est une approche anglaise qui prône la construction d’une grande zone de libre-échange. Ce sont tous des hommes ancrés dans leurs pays voulant dans un certain sens défendre leur pays à travers la coopération.
Dans les domaines économiques, il y a déjà des accords non étatiques entre branches industrielles afin de favoriser le commerce et l’échange notamment entre des régions qui ont des matières premières et d’autres régions qui sont dans l’industrie. Accords entre 1925 et 1928 dans certaines branches industrielles, souci d’union, tout particulièrement pour faire face à la concurrence américaine. Cela concerne principalement l’industrie lourde qui sont de vrais enjeux dans la coopération de l’entre-deux-guerres.
En 1927 sont constituées des ententes européennes dans le domaine sidérurgique, du ciment puis des matières colorantes. Mayrisch est favorable à une union douanière européenne dans le cadre de relations étroites avec le comité français de l’union douanière fondé en 1927[5]. Il recommande aussi de multiplier les ententes régionales sur les principaux produits comme le cartel de l’acier et de la potasse.
Il y a l’idée de l’Europe des régions, comme les États-nations ne veulent pas coopérer, alors on contourne le fait national en coopérant dans d’autres domaines.
En 1926 est fondé un comité franco-allemand de documentation et d’information pour lutter contre la diffusion des stéréotypes nationaux. Il faut faire quelque chose contre les images, les stéréotypes, la xénophobie venant de la propagande de la guerre.
Toute la gamme a été repérée entre le culturel, les médias, l’action des industries et de la société civile afin d’arriver à dépasser le nationalisme étatisé.
L’après-Deuxième guerre : initiatives d’intellectuels
Tous les décideurs de l’après-guerre ont vécu les deux guerres ayant eu deux fois le trauma.
Mouvance chrétienne et personnalités
- à ce courant appartiennent, le philosophe Emmanuel Mounier (1905-1950) qui crée la revue Esprit en 1932,
- l’écrivain suisse Denis de Rougemont (1906-1985)
- le prêtre italien Luigi Sturzo (1905-1959)
à Genève
- les rencontres internationales qui s’organisent à partir de 1946 : Rougemont forme l’idée des régions.
- la fondation du Centre européen de la Culture. Denis de Rougemont tente d’y promouvoir l’idée d’une Europe fédérale et pacifiste, 1949
- il est par ailleurs un des promoteurs de la constitution du Centre européen de la recherche nucléaire (CERN) fondé sur la frontière franco-suisse en 1952.
Pour Rougemont, il ne faut attendre des accords gouvernementaux, mais il faut réaliser.
Le Conseil de l’Europe de 1949 à 2010
Le Conseil de l’Europe est l’une des réalisations précoces avant l’Union économique commençant déjà en 1942.
Fondé en 1949, il est essentiellement tourné vers la culture et les droits de l’homme et compte actuellement 47 États membres qui se dotent en 1950 de la Convention européenne des droits de l’homme et d’une Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg depuis 1959 (différent de la cour de justice des communautés)
Depuis 1990, Commission européenne pour la démocratie et par le droit portant assistance aux pays de l’Est.
Aujourd’hui, la division de l’Europe a été surmontée, mais l’objectif était de stimuler l’échange et la coopération intellectuelle.
Dès le début, le Conseil de l’Europe va se doter d’une convention européenne des droits de l’homme qui reprend l’esprit de la convention des droits de l’homme que les nouvelles Nations-Unies formulent en 1944. C’est dans un certain sens une réponse à un mouvement global et pour répondre à la Shoa et aux crimes contre l’humanité de la Deuxième guerre.
Cette déclaration a, pour les membres qui s’associent au Conseil de l’Europe, une validité juridique. C’est pourquoi, à Strasbourg, il y a une Cour européenne des droits de l’homme décidant sur des litiges qu’un citoyen européen a avec son gouvernement.
Plan Schumann et réconciliation franco-allemande
Robert Schuman est un haut fonctionnaire français. Le 9 mai 1950, 5 ans et un jour après la guerre est commencée une collaboration dans l’industrie lourde afin de commencer quelque chose de concret dans le cadre de la coopération. Il propose de placer la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune donnant lieu au Traité de la CECA de 1951 – 1952.
« La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent. »
« L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. »
« La mise en commun des productions de charbon et d'acier (...) changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes. »
Il y a une peur d’un retour de la guerre, mais une volonté de coopération et une reconstruction par étapes en commençant par des secteurs stratégiques.
Brève histoire de l’Union européenne
16 avril 1948 : création de l’organisation européenne de coopération économique (OECE) afin de répartir les fonds du plan Marshall d’aide américaine à la reconstruction de l’Europe.
1949 : pacte atlantique (création de l’OTAN).
1950 : plan Schumann.
8 avril 1951 : l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas signent le Traité de Paris instituant la première Communauté du charbon et de l’acier (CECA).
1954 : échec de la CED (Communauté européenne de défense).
25 mars 1957 : six pays (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) signent le Traité de Rome créant la Communauté économique européenne (CEE ou Marché commun) et la Communauté européenne de l’énergie atomique, ou Euratom (= Europe des Six).
Les étapes de la construction européenne 1957 – 2007
Les pays de la zone euro
L’État-nation reste fort, il est même renforcé par la collaboration européenne : c’est le paradoxe de l‘Union européenne.
Références
- Canapa Marie-Paule. Le conflit entre le Kominform et la La rupture entre la Yougoslavie. In: Revue de l'Est. Volume 4, 1973, N°2. pp. 153-172.
- Le projet Léger-Briand d'union fédérale européenne (1929-1930)
- La déclaration Schuman du 9 mai 1950, europa.eu
Notes
- ↑ Johnatan Steinberg, All or Nothing. The Axis and the Holocaust 1941-1945, Routledge, London and New York 1990, pp. 29-30.
- ↑ Extraits de Richard N. COUDENHOVE-KALERGI, Pan-Europa (1923), 3 pages A4 Voici des extraits du livre "Pan-europa" de Richard Coudenhove-Kalergi publié en 1923. Ce livre est fondateur en matière de pensée et de construction européenne.
- ↑ Richard Coudenhove-Kalergi pp. 10-11
- ↑ Richard Coudenhove-Kalergi, Pan-Europe, Vienne, 1923, réédition. PUF, 1988
- ↑ les idées défendues par Richard Coudenhove-Kalergi dans son ouvrage Pan-Europe (1923) et dans le Manifeste paneuropéen.