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Cette dichotomie est illustrée de manière frappante dans le '''Dialogue des Méliens''' (Livre V, chapitres 84-116), où Thucydide présente une confrontation entre les envoyés athéniens et les dirigeants de l'île de Mélos. Les Méliens, colonie spartiate, souhaitent rester neutres dans le conflit entre Athènes et Sparte, invoquant des arguments de justice, de moralité et de neutralité.
Cette dichotomie est illustrée de manière frappante dans le '''Dialogue des Méliens''' (Livre V, chapitres 84-116), où Thucydide présente une confrontation entre les envoyés athéniens et les dirigeants de l'île de Mélos. Les Méliens, colonie spartiate, souhaitent rester neutres dans le conflit entre Athènes et Sparte, invoquant des arguments de justice, de moralité et de neutralité.


Les Athéniens, adoptant une position cynique et pragmatique, affirment que le pouvoir prime sur le droit :<blockquote>'''Athéniens''' : « Nous nous abstiendrons pour notre part de faire de belles phrases... Vous savez aussi bien que nous que, dans le monde des hommes, les arguments de droit n'ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent de moyens de contrainte équivalents, et que, si tel n'est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner. »</blockquote>Les Méliens proposent la neutralité, espérant éviter la destruction :<blockquote>'''Méliens''' : « Alors, vous n’accepteriez pas que nous restions en dehors du conflit et que nous mettions un terme aux hostilités pour devenir vos amis, sans pour cela nous allier ni aux uns ni aux autres ? »</blockquote>Les Athéniens rejettent cette proposition, craignant que montrer de la clémence ne soit perçu comme un signe de faiblesse par leurs sujets et leurs ennemis :<blockquote>'''Athéniens''' : « Non, car votre hostilité ne nous cause pas tellement de tort. Plus dangereuse serait votre amitié que nos sujets interpréteraient comme un signe de faiblesse de notre part, alors que votre haine constitue à nos yeux une preuve de notre puissance. »</blockquote>Ce dialogue met en évidence plusieurs concepts clés du réalisme classique :
Les Athéniens, adoptant une position cynique et pragmatique, affirment que le pouvoir prime sur le droit :<blockquote>'''Athéniens''' : « Nous nous abstiendrons pour notre part de faire de belles phrases... Vous savez aussi bien que nous que, dans le monde des hommes, les arguments de droit n'ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent de moyens de contrainte équivalents, et que, si tel n'est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner. »</blockquote>Dans cette déclaration, les Athéniens rejettent explicitement les arguments fondés sur la justice ou la moralité, affirmant que ceux-ci n'ont de pertinence que lorsque les parties en présence ont une puissance égale. Ils établissent une vision réaliste où le rapport de force détermine les relations internationales. Pour eux, il est naturel et attendu que les plus forts exploitent leur puissance pour servir leurs intérêts, tandis que les plus faibles doivent se soumettre. Cette attitude reflète une compréhension du monde où les principes éthiques sont secondaires face aux impératifs stratégiques et à la survie de l'État.
 
Les Méliens proposent la neutralité, espérant éviter la destruction :<blockquote>'''Méliens''' : « '''Alors, vous n’accepteriez pas que nous restions en dehors du conflit et que nous mettions un terme aux hostilités pour devenir vos amis, sans pour cela nous allier ni aux uns ni aux autres ?''' »</blockquote>Les Méliens tentent de trouver une solution pacifique en offrant de rester neutres et de cesser les hostilités. Ils espèrent que cette position respectueuse leur permettra de préserver leur indépendance sans s'opposer directement à Athènes. Leur proposition est fondée sur l'idée que la coexistence pacifique est possible si les deux parties y consentent.
 
Cependant, les Athéniens rejettent cette proposition, craignant que montrer de la clémence ne soit perçu comme un signe de faiblesse par leurs sujets et leurs ennemis :<blockquote>'''Athéniens''' : « '''Non, car votre hostilité ne nous cause pas tellement de tort. Plus dangereuse serait votre amitié que nos sujets interpréteraient comme un signe de faiblesse de notre part, alors que votre haine constitue à nos yeux une preuve de notre puissance.''' »</blockquote>Les Athéniens estiment que permettre aux Méliens de rester neutres affaiblirait leur autorité et encouragerait d'autres cités à défier leur domination. Ils considèrent que la neutralité des Méliens serait interprétée comme une indulgence inadmissible, risquant de compromettre leur contrôle sur leur empire. En préférant l'hostilité ouverte des Méliens, qu'ils peuvent écraser, les Athéniens cherchent à renforcer leur réputation de puissance impitoyable, dissuadant ainsi toute résistance future.
 
Ce dialogue met en évidence plusieurs concepts clés du réalisme classique :


* '''L'anarchie internationale''' : L'absence d'une autorité supérieure aux cités-États crée un système anarchique où chaque État doit assurer sa propre survie.
* '''L'anarchie internationale''' : L'absence d'une autorité supérieure aux cités-États crée un système anarchique où chaque État doit assurer sa propre survie.

Version du 14 novembre 2024 à 07:58

Le réalisme classique et ses origines historiques
Professeur(s) Pierre Allan

Lectures


Le réalisme classique est une des théories fondatrices des relations internationales, mettant l'accent sur les dynamiques de pouvoir, de sécurité, et d'intérêts nationaux qui façonnent les interactions entre États. Né dans un contexte de transformations profondes et de conflits mondiaux, ce courant puise ses racines dans la pensée de philosophes et théoriciens tels que Thucydide, Machiavel, et Hobbes, qui ont mis en avant une vision pessimiste de la nature humaine et de la politique.

Ce cours explore les bases historiques et intellectuelles du réalisme classique, en examinant comment cette perspective s'est développée en réponse aux défis du pouvoir et de la survie. En retraçant l’évolution de cette approche depuis l'Antiquité jusqu'au XXe siècle, nous verrons comment elle a influencé les politiques étrangères et les stratégies de nombreux pays. À travers une analyse des concepts-clés et des figures emblématiques de cette école de pensée, le cours propose une compréhension approfondie de la manière dont le réalisme classique continue de résonner dans les études contemporaines des relations internationales.

Les origines historiques du réalisme classique

Le réalisme classique puise ses racines dans les premières réflexions sur la nature du pouvoir, la guerre et les relations entre cités-États. L'une des contributions les plus anciennes et les plus influentes à cette école de pensée est celle de Thucydide, historien grec du Ve siècle av. J.-C. Dans son œuvre monumentale, La Guerre du Péloponnèse, Thucydide offre une analyse approfondie des causes et des dynamiques du conflit entre Athènes et Sparte, souvent considérée comme la première étude systématique des relations internationales.

Un passage emblématique de son travail est le "Dialogue des Méliens", où Thucydide met en scène une confrontation verbale entre les Athéniens et les habitants de l'île de Mélos. Les Athéniens, représentant la puissance impérialiste, déclarent aux Méliens :

« Les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner. » — Thucydide, La Guerre du Péloponnèse, V, 89.

Cette citation illustre de manière saisissante la logique de la Realpolitik et du réalisme classique : dans un monde dépourvu d'autorité supérieure, les États puissants imposent leur volonté aux plus faibles pour servir leurs propres intérêts. Les considérations morales ou éthiques sont souvent reléguées au second plan face aux impératifs stratégiques et à la quête de puissance.

Au fil des siècles, cette conception du pouvoir et des relations entre États a été développée par plusieurs penseurs majeurs :

  • Niccolò Machiavel (1469-1527), dans Le Prince (1532), conseille aux dirigeants de se concentrer sur la préservation du pouvoir et de l'État, même si cela nécessite des actions immorales. Pour Machiavel, la réussite politique prime sur la moralité, et un leader efficace doit être prêt à utiliser la ruse, la force et la manipulation pour atteindre ses fins.
  • Thomas Hobbes (1588-1679), philosophe anglais, dans Le Léviathan (1651), décrit l'état de nature comme une situation anarchique où règne la "guerre de tous contre tous". Selon Hobbes, sans une autorité souveraine pour imposer l'ordre, les individus agissent uniquement en fonction de leurs intérêts personnels, menant à un chaos perpétuel. Transposé au niveau international, où il n'existe pas d'autorité supérieure aux États, cette anarchie naturelle perdure, obligeant chaque État à assurer sa propre survie par tous les moyens nécessaires.
  • Carl von Clausewitz (1780-1831), officier et théoricien militaire prussien, dans De la guerre (1832), conceptualise la guerre comme la continuation de la politique par d'autres moyens. Il met l'accent sur le caractère intrinsèquement politique de la guerre et sur l'importance de la stratégie et de la compréhension des forces morales et matérielles dans le conflit.

Un tournant significatif dans l'élaboration du concept de Realpolitik survient au milieu du XIXe siècle avec August Ludwig von Rochau (1810-1873). Déçu par l'échec de la révolution de 1848 en Allemagne, Rochau développe une philosophie politique révisée dans son ouvrage Grundsätze der Realpolitik (Principes de la Realpolitik) publié en 1853. C'est dans ce livre qu'il forge le terme "Realpolitik", établissant ainsi les fondements d'une approche politique basée sur la réalité des forces sociales et politiques plutôt que sur des idéaux abstraits.

La Realpolitik est une théorie politique appliquée dans le monde réel. Elle a été définie comme la "sagesse de l'accord", une méthode pour atteindre des objectifs et obtenir du pouvoir, considérée comme étant à la fois large et flexible. Par opposition aux considérations morales, la Realpolitik repose sur l'aspect pratique et l'efficacité. Le terme "Realpolitik" est dérivé du mot allemand "real", signifiant "réel", soulignant ainsi l'accent mis sur les conditions concrètes et tangibles de la politique.

La vision réaliste du pouvoir selon la Realpolitik est souvent celle d'options limitées : certains choix sont meilleurs que d'autres, mais il n'y a que quelques options disponibles étant donné la façon dont le monde est construit. Cela peut refléter un point de vue pessimiste, car une personne peut ne voir que les options qu'elle a comme bonnes ou mauvaises, contrairement à une perspective idéaliste qui suggère que de multiples possibilités sont toujours envisageables. La Realpolitik invite donc à une évaluation pragmatique des situations, en reconnaissant les contraintes et en optimisant les choix disponibles pour servir les intérêts nationaux.

La politique de puissance a été une force dominante dans les relations internationales du XVIIe siècle jusqu'au début du XXIe siècle. Elle s'est manifestée par des politiques expansionnistes, des alliances stratégiques et des guerres visant à accroître l'influence et la sécurité des États. L'avènement de l'industrialisation et de la modernisation militaire a amplifié cette dynamique, fournissant aux nations des armes plus destructrices et des ressources économiques accrues pour poursuivre leurs ambitions.

Des figures historiques comme Otto von Bismarck (1815-1898), chancelier allemand, ont mis en pratique les principes de la Realpolitik. Bismarck a utilisé une diplomatie habile, des alliances stratégiques et des guerres calculées pour unifier l'Allemagne et renforcer sa position en Europe. Sa politique pragmatique, centrée sur les intérêts nationaux plutôt que sur les idéaux, illustre parfaitement les principes du réalisme classique et de la Realpolitik tels qu'élaborés par Rochau.

Au XXe siècle, face aux bouleversements causés par les deux Guerres mondiales, le réalisme classique est formalisé en tant que théorie académique des relations internationales. Hans Morgenthau (1904-1980), dans son ouvrage Politics Among Nations (1948), a articulé une vision claire du réalisme, affirmant que la politique internationale est gouvernée par des lois objectives basées sur la nature humaine. Il a introduit le concept d'intérêt défini en termes de puissance, soutenant que les États agissent rationnellement pour maximiser leur pouvoir et assurer leur survie dans un système anarchique.

La politique de puissance et le réalisme ont également été critiqués pour leur pessimisme et leur accent sur la compétition plutôt que sur la coopération. Les théories alternatives, comme le libéralisme et le constructivisme, mettent en avant le rôle des institutions internationales, du droit, des normes et des valeurs partagées dans la promotion de la paix et de la coopération entre les États.

Cependant, malgré ces critiques, le réalisme classique reste un cadre analytique essentiel pour comprendre de nombreux aspects des relations internationales contemporaines. Les tensions géopolitiques, les rivalités entre grandes puissances et les conflits persistants illustrent la pertinence continue des concepts de puissance, d'intérêts nationaux et d'anarchie internationale.

Le grec Thucydide : de l'importance du pouvoir

Thucydide - Θουκυδίδης.

Le réalisme classique trouve l'une de ses premières expressions chez Thucydide, historien et général athénien né en 460 av. J.-C. Il est surtout connu pour son œuvre monumentale, L'Histoire de la guerre du Péloponnèse, qui relate le conflit dévastateur entre Athènes et Sparte. Au-delà d'un simple récit historique, cet ouvrage est une analyse profonde des motivations humaines, des dynamiques de pouvoir et des relations entre cités-États. Thucydide est souvent considéré comme le père fondateur du réalisme en relations internationales en raison de sa vision pragmatique et désenchantée de la politique.

Après avoir été exilé pendant 20 ans à la suite d'une défaite militaire—une perte de la ville d'Amphipolis face au général spartiate Brasidas—Thucydide a consacré son temps à observer et à analyser les causes profondes du conflit, cherchant à comprendre les mécanismes qui mènent les États à la guerre. Son approche méthodique, basée sur des témoignages directs et une enquête rigoureuse, a posé les bases de l'historiographie moderne et de l'analyse politique scientifique.

Dans L'Histoire de la guerre du Péloponnèse, Thucydide relate le célèbre Discours funèbre de Périclès, dans lequel le stratège athénien exalte les vertus de la démocratie athénienne. Périclès souligne que la constitution d'Athènes sert les intérêts de la majorité, que la justice est accessible à tous, et que les citoyens sont choisis pour les charges publiques en fonction de leur mérite. Il met en avant la liberté, la tolérance et le respect des lois comme fondements de la société athénienne.

« La constitution qui nous régit n'a rien à envier à celles de nos voisins. Loin d'imiter les autres peuples, nous leur offrons plutôt un exemple. Parce que notre régime sert les intérêts de la masse des citoyens et pas seulement d'une minorité, on lui donne le nom de démocratie... Nous nous gouvernons dans un esprit de liberté et cette même liberté se retrouve dans nos rapports quotidiens, d'où la méfiance est absente. »

Cette vision idéalisée contraste fortement avec l'analyse réaliste de Thucydide, qui met en évidence la divergence entre les principes internes d'une cité et ses actions sur la scène internationale. À l'intérieur, Athènes est une démocratie où règnent l'égalité devant la loi, la liberté individuelle et le respect des magistrats. Cependant, sur le plan international, Athènes agit de manière impérialiste, poursuivant ses intérêts stratégiques sans égard pour la justice ou la moralité.

Cette dichotomie est illustrée de manière frappante dans le Dialogue des Méliens (Livre V, chapitres 84-116), où Thucydide présente une confrontation entre les envoyés athéniens et les dirigeants de l'île de Mélos. Les Méliens, colonie spartiate, souhaitent rester neutres dans le conflit entre Athènes et Sparte, invoquant des arguments de justice, de moralité et de neutralité.

Les Athéniens, adoptant une position cynique et pragmatique, affirment que le pouvoir prime sur le droit :

Athéniens : « Nous nous abstiendrons pour notre part de faire de belles phrases... Vous savez aussi bien que nous que, dans le monde des hommes, les arguments de droit n'ont de poids que dans la mesure où les adversaires en présence disposent de moyens de contrainte équivalents, et que, si tel n'est pas le cas, les plus forts tirent tout le parti possible de leur puissance, tandis que les plus faibles n'ont qu'à s'incliner. »

Dans cette déclaration, les Athéniens rejettent explicitement les arguments fondés sur la justice ou la moralité, affirmant que ceux-ci n'ont de pertinence que lorsque les parties en présence ont une puissance égale. Ils établissent une vision réaliste où le rapport de force détermine les relations internationales. Pour eux, il est naturel et attendu que les plus forts exploitent leur puissance pour servir leurs intérêts, tandis que les plus faibles doivent se soumettre. Cette attitude reflète une compréhension du monde où les principes éthiques sont secondaires face aux impératifs stratégiques et à la survie de l'État. Les Méliens proposent la neutralité, espérant éviter la destruction :

Méliens : « Alors, vous n’accepteriez pas que nous restions en dehors du conflit et que nous mettions un terme aux hostilités pour devenir vos amis, sans pour cela nous allier ni aux uns ni aux autres ? »

Les Méliens tentent de trouver une solution pacifique en offrant de rester neutres et de cesser les hostilités. Ils espèrent que cette position respectueuse leur permettra de préserver leur indépendance sans s'opposer directement à Athènes. Leur proposition est fondée sur l'idée que la coexistence pacifique est possible si les deux parties y consentent. Cependant, les Athéniens rejettent cette proposition, craignant que montrer de la clémence ne soit perçu comme un signe de faiblesse par leurs sujets et leurs ennemis :

Athéniens : « Non, car votre hostilité ne nous cause pas tellement de tort. Plus dangereuse serait votre amitié que nos sujets interpréteraient comme un signe de faiblesse de notre part, alors que votre haine constitue à nos yeux une preuve de notre puissance. »

Les Athéniens estiment que permettre aux Méliens de rester neutres affaiblirait leur autorité et encouragerait d'autres cités à défier leur domination. Ils considèrent que la neutralité des Méliens serait interprétée comme une indulgence inadmissible, risquant de compromettre leur contrôle sur leur empire. En préférant l'hostilité ouverte des Méliens, qu'ils peuvent écraser, les Athéniens cherchent à renforcer leur réputation de puissance impitoyable, dissuadant ainsi toute résistance future.

Ce dialogue met en évidence plusieurs concepts clés du réalisme classique :

  • L'anarchie internationale : L'absence d'une autorité supérieure aux cités-États crée un système anarchique où chaque État doit assurer sa propre survie.
  • La quête de puissance : Les États cherchent à maximiser leur pouvoir pour garantir leur sécurité et défendre leurs intérêts.
  • Le pragmatisme sur la moralité : Les considérations éthiques sont secondaires face aux impératifs stratégiques. Les États agissent en fonction de ce qui est possible compte tenu du rapport de force.
  • La perception du pouvoir : La volonté et la détermination d'un État à utiliser sa puissance sont cruciales pour maintenir son influence et sa crédibilité.

La conclusion tragique du dialogue, avec la conquête de Mélos, le massacre des hommes et la réduction en esclavage des femmes et des enfants, illustre les conséquences brutales de cette logique de puissance. Thucydide montre comment la poursuite implacable des intérêts nationaux peut mener à la violence et à la souffrance, tout en soulignant l'importance de la perception du pouvoir et de la volonté politique.

Cette analyse est toujours pertinente dans le contexte contemporain. Les grandes puissances continuent de privilégier leurs intérêts stratégiques, parfois au détriment des principes moraux ou du droit international. Les interventions militaires, les pressions économiques et les jeux d'influence diplomatique reflètent cette dynamique de puissance décrite par Thucydide il y a plus de 2 500 ans.

Par exemple, les relations entre les États-Unis et la Russie peuvent être comparées à celles entre Athènes et Sparte. Les discours des dirigeants modernes mettent en avant des principes internes de démocratie ou de souveraineté, tout en agissant sur la scène internationale selon une logique de puissance.

Le cas de la Syrie illustre également cette dynamique. Les puissances impliquées poursuivent leurs intérêts stratégiques en utilisant la force ou la menace de la force, malgré les appels au respect du droit international ou des considérations humanitaires. La volonté de puissance et la nécessité de maintenir une certaine perception de force sur la scène internationale poussent les États à agir de manière conforme à la logique réaliste décrite par Thucydide.

Selon Thucydide, un État sans volonté n'a pas de pouvoir réel et a peu de chances de survivre sur la scène internationale. Les États les plus faibles cherchent à renforcer leur position en nouant des alliances ou en adoptant des stratégies qui maximisent leurs chances de survie.

La Realpolitik, ou "politique de puissance", est donc au cœur de la vision réaliste. Elle est caractérisée par une approche pragmatique et flexible pour atteindre des objectifs et obtenir du pouvoir, en privilégiant l'efficacité sur les considérations morales. Le terme "Realpolitik" est dérivé de l'allemand "real", signifiant "réel", mettant l'accent sur les conditions concrètes de la politique plutôt que sur des idéaux abstraits.

La Realpolitik repose sur la reconnaissance que les options disponibles sont souvent limitées par la structure du système international. Certains choix sont meilleurs que d'autres, mais ils sont contraints par les réalités du pouvoir. Cette perspective peut sembler pessimiste, car elle met l'accent sur les contraintes plutôt que sur les possibilités offertes par une vision idéaliste.

L'étude de Thucydide nous permet de comprendre les fondements du réalisme classique et l'importance du pouvoir dans les relations internationales. Son analyse pragmatique et lucide des motivations humaines et des dynamiques de puissance offre des enseignements précieux pour appréhender les enjeux actuels de la politique mondiale. En reconnaissant la persistance de ces dynamiques, nous pouvons mieux analyser les actions des États et les tensions qui façonnent notre monde contemporain.

Le chinois Sun Tzu, l'indien Kautilîya

Sun Tzu

Statue de Sun Tzu à Yurihama, Tottori, Japon.

Sun Tzu est un contemporain de Thucydide, un penseur chinois qui, dans son livre L'art de la guerre, pose implicitement que ce qui compte, c'est l'État. En Grèce, l'État est constitué de cités-états, mais ce sont des États modernes dans le sens où ce sont des États militaires qui sont des acteurs au niveau international et qui agissent.

L'Art de la guerre de Tzu peut être considéré comme un manuel de gestion de la puissance militaire et de l'État, dont les objectifs sont les suivants : protéger l'État contre les menaces extérieures, vaincre les forces ennemies sur les champs de bataille, conquérir les États ennemis par la guerre sans conflit prolongé. Dans L'art de la guerre, Sun Tzu décrit le pouvoir comme la capacité de réaliser ses souhaits par la puissance militaire. Le pouvoir de l'État et l'art de la guerre sont considérés comme des synonymes. L'ouvrage se compose de 13 chapitres au total et traite de sujets allant de la stratégie et de la tactique à l'éthique, au leadership, à la psychologie et à la théorie des jeux.

Les idées de Sun Tzu ont été utilisées pour donner un sens à de nombreux conflits dans l'histoire. Parmi ceux-ci, citons la Révolution américaine, la guerre civile américaine et la Première Guerre mondiale. Dans chaque cas, les idées de Sun Tzu ont permis d'expliquer comment vaincre un adversaire.

Sun Tzu pensait que le conflit ou la guerre devait être traité avec la plus grande importance. C'est une question de vie ou de mort pour l'État. L'État doit accorder une importance particulière aux questions de conflit, car cela peut conduire à sa sécurité ou à sa ruine. L'Art de la guerre est important parce qu'il s'agit de la plus ancienne exposition écrite connue de tactiques militaires universelles, et qu'elle s'applique toujours aux temps modernes. L'ouvrage a eu une immense influence sur la pensée militaire orientale et occidentale, sur les stratèges et au-delà. Aujourd'hui, les principes de Sun Tzu ont été acceptés dans le monde entier, au-delà de l'armée, dans le monde dynamique et rapide des affaires.

Il existe des points de similitude entre la pensée de Sun Tzu et le réalisme politique en tant qu'école de pensée dans la discipline des relations internationales. Les enseignements de Sun Tzu sont une forme de réalisme politique. Les réalistes pensent que la meilleure façon de comprendre les relations internationales est d'examiner comment les États interagissent les uns avec les autres afin d'obtenir des avantages pour eux-mêmes. Cela peut se faire par le biais d'un conflit ou d'une coopération, mais il en résulte toujours un résultat avantageux pour l'État.

La conception de la guerre de Sun Tzu est beaucoup plus large et concerne principalement la conduite de la guerre au plus haut niveau stratégique. Il estime que la guerre est "une question de vie ou de mort" et que pour conquérir un ennemi, il faut détruire tous les moyens dont il dispose pour faire la guerre. Les idées de Sun Tzu couvrent non seulement la guerre mais aussi l'art de l'État et la diplomatie. Sun Tzu considère la guerre comme une extension de la politique et de la diplomatie. En termes d'affaires internationales, cela se traduit par la nécessité de détruire la puissance de l'adversaire afin d'obtenir un avantage. Dans L'art de la guerre, la stratégie militaire est utilisée comme une pensée politique pour utiliser le pouvoir afin de naviguer dans le système international anarchique. .

« Sun Tzu dit : La guerre est d’une importance vitale pour l’État. C’est le domaine de la vie et de la mort: la conservation ou la perte de l’empire en dépendent; il est impérieux de le bien régler. Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui le concerne, c’est faire preuve d’une coupable indifférence pour la conservation ou pour la perte de ce qu’on a de plus cher, et c’est ce qu’on ne doit pas trouver parmi nous. »

— Article I, début

Chez Sun Tzu' la guerre est tout à fait centrale, ce qui compte pour l’État est sa survie.

« Connais ton ennemi et connais-toi toi-même ; eussiez-vous cent guerres à soutenir, cent fois vous serez victorieux.

Si tu ignores ton ennemi et que tu te connais toi-même, tes chances de perdre et de gagner seront égales.

Si tu ignores à la fois ton ennemi et toi-même, tu ne compteras tes combats que par tes défaites. »

— Article III, fin)

Si l'on connaît son ennemi - si l'on se connaît soi-même, alors on peut, par la bonne stratégie et l'intelligence d'une stratégie directe ou même indirecte - avoir la victoire. Au contraire, l'ignorance conduit à la défaite.   

Selon Sun Tzu, l'État est au centre et il est nécessaire de gérer les affaires de manière rationnelle. Il est nécessaire de penser et de réfléchir afin d'utiliser son intelligence collective pour guider l'État. D'autre part, Sun Tzu ajoute que les espions sont très importants, l'espionnage est assez central, par exemple la NSA espionne ainsi que les agences russes ou la Suisse. L'État ne se suffit pas à lui-même, il agit à travers la société. Rien n'est nouveau, les choses restent dans l'ombre, mais parfois elles sortent au grand jour.

Kautilîya

Kautilîya est un penseur indien du 3ème siècle qui fait une science de la politique, une science du gain matériel. Kautilîya postule que l'État utilise tous les moyens, y compris immoraux, pour s'étendre selon des stratégies directes comme la force des armes ou indirectes comme l'espionnage ou le recours à la trahison pour abattre l'adversaire.

L'Arthashastra de Kautilîya est un ancien texte indien de science militaire et d'économie écrit aux alentours du 3ème siècle avant Jésus-Christ. Il s'agit de l'un des traités classiques les plus importants de l'Inde sur l'histoire politique, économique, sociale et militaire. Kautilya traite de la guerre d'un point de vue pragmatique, sans aucune restriction morale ou philosophique. Le texte est important pour sa fusion d'idées philosophiques et pratiques.

En d'autres termes, Kautilya décrit un État organisé (importante bureaucratie) qui utilise tous les moyens (y compris immoraux) pour se protéger et s'étendre, selon des stratégies directes et indirectes de toute nature. Kautilîya ne dit pas que le roi ou le gouvernement doit utiliser cette stratégie, mais il explique le but d'un tel État. Certaines de ces pratiques peuvent être immorales, d'autres peuvent être légales et rationnelles. Le but est de créer une organisation qui puisse travailler au bénéfice de ses citoyens dans tous les cas.

Ainsi, nous voyons qu'il existe une réflexion universelle autour des relations internationales et des politiques de pouvoir à travers la portée épistémologique du réalisme. Pour le réalisme, la réalité est déterminée par le pouvoir. Pour qu'une chose soit réelle, elle doit provenir d'une source puissante dans la sphère internationale. Ce pouvoir peut prendre la forme de forces militaires, économiques ou toute autre forme de forces politiques. Le réalisme ne voit aucune exception à cette règle et est souvent appelé "la philosophie de la force qui fait le droit".

Ibn-Khaldun et Hobbes: pour un Léviathan

Ibn-Khaldun

Ibn-Khaldun.

Ibn Khaldoun est un penseur arabe, probablement le seul grand penseur et indéniablement l'un des historiens les plus éminents du Moyen Âge. Son œuvre a également eu une influence sur la pensée occidentale. On dit qu'Ibn Khaldoun a eu un grand impact sur la philosophie de l'histoire, l'économie et la sociologie en général. Dans son œuvre majeure, Le Livre des exemples, il raconte l'histoire universelle en se basant sur les écrits de ses prédécesseurs, ses observations au cours de ses nombreux voyages et sa propre expérience de l'administration et de la politique. Il en tire une analyse comparative des civilisations à travers le temps avec la diachronie de l'évolution de l'histoire et donc le développement historique des sociétés et des civilisations. Ibn Khaldoun traite du développement de la civilisation depuis ses débuts primitifs jusqu'à sa phase tardive. Le premier tome du Livre des exemples, appelé Muqaddima, un mot arabe utilisé pour signifier "Prologue" ou "Introduction" mais considéré comme un ouvrage indépendant, traite des origines et du développement de la société humaine.

Il y a l’idée que l’on retrouve plus tard chez Hobbes :

« L’homme est fait pour vivre en société. L’homme est politique par nature (Aristote). ... La raison en est que Dieu a créé l’homme sous une forme qui ne peut que subsister sans nourriture. »

Dans les remarques introductives de la Muqaddimah, Ibn Khaldoun est d'accord avec le républicanisme classique de la proposition aristotélicienne selon laquelle l'homme est politique par nature. L'étude de la politique est l'étude de la cité, l'étude du pouvoir de la cité et de l'État, et le pouvoir du pouvoir. En ce sens, Ibn Khaldoun adopte la même compréhension fondamentale de la politique qu'Aristote.

Le problème est que dieu a créé l’homme avec deux grandes faiblesses la première est que l’homme ne peut subsister sans nourriture, la seconde est qu’il doit faire appelle à un grand nombre de ses semblables. Parce qu’on ne peut survivre aisément en étant chasseur solitaire il faut se mettre ensemble dans la cité.

« il lui faut faire appel à un grand nombre de ses semblables, les besoins d’une collectivité ne peuvent être satisfait par la coopération. »

De même pour la défense :

« quand dieu a façonné les être vivants et leur a distribué des forces, il a été moins généreux pour l’homme que beaucoup d’autre. »

Les hommes doivent donc, de toute nécessité, s’entraider. « La vie sociale est donc indispensable à l’humanité. Sans elle, les hommes ne pourraient assurer complètement leur existence ni réaliser le plan divin de peuplement de la terre par eux-mêmes, en tant que représentants de dieu. Voilà ce qui constitue la civilisation, objet de la science qui nous occupe. »

Comment organise-t-on la vie sociale ?

On voit que le pouvoir royal est une qualité naturelle de l’homme dont il ne serait se passer. Il faut un roi pour domestiquer les hommes par rapport aux autres, que la vie des hommes soit comme la vie domestique dans son propre foyer, une vie sûre et protégée. II faut un pouvoir plus fort au-dessus des individus qui les oblige à bien se comporter les uns par rapport aux autres.

Dans un royaume, puisqu’il y a le roi, la méfiance n’est pas de l’ordre du royaume, elle est limitée par cette situation d’un roi.

C’est pour cela que Ibn-Khaldun écrit :

« ils sont donc dans un État qui est le contraire de l’anarchie »

Les hommes viennent dans un État qui est celui de la hiérarchie tout comme celui de l’oligarchie qui est le régime politique de sparte ennemi d’Athènes.

Ainsi on retrouve la schizophrénie entre le national interne et l’international externe où la puissance compte. C’est exactement parce qu’on se met ensemble et avec un roi qu’il est possible d’assurer la sécurité.

Thomas Hobbes

Thomas Hobbes.

Hobbesian realism is an international relations theory which argues that all states (whose actions are not a war between states) are motivated by self-interest. Hobbesian realism often claims that the state's power is unlimited, meaning there is no law outside of the state.

Le Léviathan se veut le pendant politique soit l’équivalent du traité d’Euclide pour la géométrie.

Hobbes cherche à faire de manière systématique un traité normatif restant dans l’esprit de Ibn-Khaldun ou le Léviathan est un roi ou bien le parlement qui est le pouvoir au-dessus des uns et des autres, c’est ainsi que l’indépendance et la survie des individus à l’intérieur du royaume est assurée.

L’argument de Hobbes prend des formes similaires à l’argument de Ibn-Khaldun. La guerre de Trente Ans entre 1618 et 1648 est terminée depuis trois ans lorsque Hobbes publie le Léviathan. Cette guerre débouche sur principalement le traité de Westphalie. Ce traité de 1648 est le début du monde moderne ce qui n’est pas toute à fait vrai, mais un des arguments des réalistes.

Tout comme Khaldun, Hobbes ne se pose pas des questions par rapport aux relations internationales, mais sur les relations des hommes par rapport aux autres.

L’argument qui est les hommes sont égaux en aptitudes, cela ne veut pas dire que chacun est également fort et tandis que l’intelligence est repartie de façon égale, toutefois la nature humaine fait que nous sommes tous égaux en aptitudes.

« De cette égalité de capacité résulte une égalité d'espoir d'atteindre nos fins. Et c'est pourquoi si deux hommes désirent la même chose, dont ils ne peuvent cepen­dant jouir tous les deux, ils deviennent ennemis; et, pour atteindre leur but (principa­lement leur propre conservation, et quelquefois le seul plaisir qu'ils savourent), ils s'efforcent de se détruire ou de subjuguer l'un l'autre. Et de là vient que, là où un envahisseur n'a plus à craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, si quelqu'un plante, sème, construit, ou possède un endroit commode, on peut s'attendre à ce que d'autres, probablement, arrivent, s'étant préparés en unissant leurs forces, pour le déposséder et le priver, non seulement du fruit de son travail, mais aussi de sa vie ou de sa liberté. Et l'envahisseur, à son tour, est exposé au même danger venant d'un autre.

Et de cette défiance de l'un envers l'autre, [il résulte qu'] il n'existe aucun moyen pour un homme de se mettre en sécurité aussi raisonnable que d’anticiper, c'est-à-dire de se rendre maître, par la force ou la ruse de la personne du plus grand nombre possible d'hommes, jusqu'à ce qu'il ne voit plus une autre puissance assez importante pour le mettre en danger; et ce n'est là rien de plus que ce que sa conservation exige, et ce qu'on permet généralement. Aussi, parce qu'il y en a certains qui, prenant plaisir à contempler leur propre puissance dans les actes de conquête, qu'ils poursuivent au-delà de ce que leur sécurité requiert, si d'autres, qui autrement seraient contents d'être tranquilles à l'intérieur de limites modestes, n'augmentaient pas leur puissance par invasion, ils ne pourraient pas subsister longtemps, en se tenant seulement sur la défensive. Et par conséquent, une telle augmentation de la domination sur les hom­mes étant nécessaire à la conservation de l'homme, elle doit être permise.

De plus, les hommes n'ont aucun plaisir (mais au contraire, beaucoup de déplaisir) à être ensemble là où n'existe pas de pouvoir capable de les dominer tous par la peur. Car tout homme escompte que son compagnon l'estime au niveau où il se place lui-même, et, au moindre signe de mépris ou de sous-estima­tion, il s'efforce, pour autant qu'il l'ose (ce qui est largement suffisant pour faire que ceux qui n'ont pas de pouvoir commun qui les garde en paix se détruisent l'un l'autre), d'arracher une plus haute valeur à ceux qui le méprisent, en leur nuisant, et aux autres, par l'exemple.

De sorte que nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de querelle : premièrement, la rivalité ; deuxièmement, la défiance; et troisièmement la fierté.

La première fait que les hommes attaquent pour le gain, la seconde pour la sécurité, et la troisième pour la réputation. Dans le premier cas, ils usent de violence pour se rendre maîtres de la personne d'autres hommes, femmes, enfants, et du bétail ; dans le second cas, pour les défendre; et dans le troisième cas, pour des bagatelles, comme un mot, un sourire, une opinion différente, et tout autre signe de sous-estimation [qui atteint] soit directement leur personne, soit, indirectement leurs parents, leurs amis, leur nation, leur profession, ou leur nom.

Par là, il est manifeste que pendant le temps où les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les maintienne tous dans la peur , ils sont dans cette condition qu'on appelle guerre [40], et cette guerre est telle qu'elle est celle de tout homme contre homme. Car la GUERRE ne consiste pas seulement dans la bataille, ou dans l'acte de se battre, mais dans un espace de temps où la volonté de combattre est suffisamment connue; et c'est pourquoi, pour la nature de la guerre, il faut prendre en considération la notion de temps, comme on le fait pour le temps qu'il fait. Car, tout comme la nature du mauvais temps ne réside pas dans une ou deux averses, mais dans une tendance au mauvais temps durant de nombreux jours, la nature de la guerre ne consiste pas en un combat effectif, mais en une disposition connue au combat, pendant tout le temps où il n'y a aucune assurance du contraire. Tout autre temps est PAIX. »

« c'est pourquoi si deux hommes désirent la même chose, dont ils ne peuvent cepen­dant jouir tous les deux, ils deviennent ennemis; et, pour atteindre leur but (principa­lement leur propre conservation, et quelquefois le seul plaisir qu'ils savourent ), ils s'efforcent de se détruire ou de subjuguer l'un l'autre». Pour Hobbes les hommes ont tous des aptitudes, l’homme est un loup pour l’homme, « chacun veut dominer l’autre parce que chacun se méfie de l’autre. »

« fait de cette défiance de l'un à l'égard de l'autre, il n'existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre maître, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu'à ce qu'il n'aperçoive plus d'autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n'y a rien là de plus que n'en exige la conservation de soi-même, et en général on estime cela permis. »

L’image la plus extrême est celle des scorpions. Deux scorpions sont dans une bouteille. Aucun des deux ne s’appesantira tant que l’autre n’est pas mort. Pour Hobbes, il faut prendre les devants afin que l’autre ne puisse pas nous atteindre et survivre à son attaque.

La grande doctrine de la dissuasion nucléaire est un exemple type. Elle fonctionne parce qu’on n’arrive pas à éliminer toutes les armes nucléaires de l’adversaire d’un seul coup, il a toujours une capacité de deuxième frappe soit « a second strike capability ».

Chez Hobbes, l’idée est la méfiance, on se méfie des autres et donc on prend les devants.

« De sorte que nous trouvons dans la nature humaine trois principales causes de querelle : premièrement, la rivalité ; deuxièmement, la défiance; et troisièmement la fierté (glory). »

C’est un jeu a somme nulle, tout le monde ne peut égalitairement être le meilleur ou le premier c’est par définition impossible.

La solution est la même que Ibn-Khaldun. « Il apparaît clairement par là qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun ». Nous sommes toujours dans une situation de guerre.

Aujourd’hui le 28 février 2026 à 22 h 45 , la Suisse est en situation de guerre du point vue de Hobbes malgré que l’armée n’intervienne pas, on ne peut s’appesantir.

Tant qu’il n’y a pas de Léviathan au niveau mondial les choses sont délicates, la méfiance continue et on peut toujours perdre sa vie.

« continuel d’une mort violente ; la vie de l’homme est lors solitaire, besogneuse, pénible, quasi animale et brève. »

Il faut le Léviathan, il faut un ordre.

La légitimé de Bashar Al Assad est celle qu’il représente l’ordre, certes peut être injuste, animal, c’est une domination, mais au moins c’est un ordre. Les chrétiens de Syrie semblent t-il préfèrent cet ordre là, le pape François est également sur cette me « longueur d’onde », la force des armes n’est pas une solution. L’ordre a un avantage.

Lorsque l’Union Soviétique a disparue en 1991, les réalistes ont dit qu’on allait bientôt regretter la guerre froide comme John Mearsheimer - « why we will soon miss the cold war »[1] -.

Par exemple, la guerre de Yougoslavie a permis de mettre fin à un ordre peut être injuste, mais en découle la question de savoir si la paix est-elle parfois meilleure que la guerre n’est injuste.

L’élément essentiel de la pensée de Hobbes est qu’un individu est vulnérable. Goliath lorsqu’il dort peut être tué par le petit David, c’est la raison pour laquelle la méfiance, la défiance est la condition qui prévaut des êtres humains les uns par rapport aux autres ; cette peur perpétuelle de la situation de vulnérabilité est la condition des individus.

Postulats d’analyse ou croyances fondamentales des réalistes

Il existe très peu de principes fondamentaux pour comprendre le réalisme. Qu'est-ce qu'une analyse réaliste des relations internationales ?

Le réalisme est une théorie des relations internationales qui se concentre sur le pouvoir dans le système international. Le réalisme croit que les relations internationales sont intrinsèquement anarchiques et que cet état ne peut être modifié que par une puissance extérieure ayant suffisamment de pouvoir pour dominer les autres pays. Le réalisme s'exprime souvent par la crainte que les relations internationales ne sombrent dans un état d'anarchie et que les États n'en fassent qu'à leur tête. La nature anarchique des relations internationales signifie qu'il sera impossible de créer un tel ordre avec suffisamment de pouvoir pour dominer les autres pays. L'idée d'un monde anarchique serait considérée comme une menace pour l'existence de l'État, ce qui signifie qu'il n'est pas rationnel pour un État de se comporter de la sorte. C'est pourquoi le réalisme est souvent associé à l'idée que les relations internationales sont particulièrement dangereuses et anarchiques.

Les réalistes estiment que les relations internationales ne peuvent être comprises qu'à partir de cinq hypothèses : (1) les États ont des intérêts ; (2) les États doivent rationaliser ces intérêts ; (3) les États sont égoïstes ; (4) les États doivent répondre aux actions des autres de manière rationnelle ; et (5) les États s'entraident.

Les Relation Internationales sont les Relations Interétatiques

Le réalisme est une analyse qui se concentre sur les États, les relations internationales ne sont pas, du point de vue des réalistes, des relations internationales, mais des relations interétatiques. Le réalisme est une théorie des relations internationales qui se concentre sur le pouvoir dans le système international et le comportement des États. Les réalistes prétendent offrir l'explication la plus précise du comportement des États dans ce système et la meilleure façon de prédire le comportement futur.

Les libéraux parlent de relations internationales, les réalistes affirment que pour comprendre les relations internationales, il faut se concentrer sur les États, les relations internationales sont des relations interétatiques.

Pour les réalistes, l'Etat est le meilleur moyen pour les gens de s'organiser collectivement pour la défense mutuelle, la fourniture de biens publics et les droits individuels.

Les États : unité de base du système international

Les États sont les acteurs essentiels en ce sens qu'ils sont le sens même des relations interétatiques, l'unité de base du système international. L'État est responsable de sa propre sécurité, de ses affaires étrangères et de son bien-être général.  Les États sont au centre de la politique internationale et influencent sa dynamique.

L’intérêt principal : leur pouvoir – puissance

Les réalistes sont beaucoup plus concernés par le hard power que par le soft power. En effet, les réalistes pensent que la force militaire est la forme ultime de pouvoir dans l'interaction interétatique. En termes généraux, les réalistes soutiennent que le recours à la force est nécessaire pour atteindre efficacement un objectif de politique étrangère. Il soutient que les États sont intrinsèquement intéressés et ne sont pas poussés à coopérer pour des raisons altruistes.

La théorie du choix rationnel est une pierre angulaire de la pensée réaliste. Cette théorie suppose que les décideurs tenteront de maximiser leur propre sécurité en maximisant leur pouvoir sur les autres ; ainsi, l'"auto-assistance" sera privilégiée par rapport à l'altruisme dans les affaires internationales. Les réalistes soutiennent donc qu'afin d'assurer leur propre sécurité, les gouvernements agiront en fonction de cet intérêt personnel et favoriseront ou renforceront leur pouvoir sur les autres. Cela signifie que les réalistes préconisent la force militaire comme moyen d'atteindre les objectifs de politique étrangère. Les réalistes sont des personnes qui croient que la force militaire est la forme ultime de pouvoir dans l'interaction interétatique. En termes généraux, les réalistes soutiennent que le recours à la force est nécessaire pour atteindre efficacement un objectif de politique étrangère.

La politique de puissance est une forme de relations internationales dans laquelle les pays protègent leurs intérêts par des menaces, des agressions et des manipulations. Un jeu de politique de puissance implique l'utilisation de la peur et des menaces pour atteindre ses propres objectifs et pour influencer les intentions et les calculs coûts-avantages des adversaires potentiels. Parmi les thèmes les plus importants et les plus durables des relations internationales figurent le pouvoir, la guerre et la paix. Pour comprendre le fonctionnement des systèmes politiques internationaux, il est nécessaire de comprendre les différentes façons dont le pouvoir est utilisé. Le pouvoir est une méthode permettant d'atteindre les objectifs souhaités par la force ou la coercition tout en minimisant l'exposition aux représailles des autres. Si les chercheurs appliquent généralement cette définition du pouvoir à un État-nation, elle peut également être observée dans les systèmes internationaux où les pays ou les États sont en concurrence les uns avec les autres.

Ces États sont rationnels

La théorie du choix rationnel est une pierre angulaire de la pensée réaliste. Cette théorie part du principe que les décideurs tenteront de maximiser leur propre sécurité en maximisant leur pouvoir sur les autres. La rationalité signifie que les entités prennent des décisions rationnelles. Nous nous intéressons à ce que les réalistes appellent la "haute politique", qui concerne tous les acteurs qui affectent ou sont affectés par le pouvoir. Le concept de choix rationnel ne se limite pas à la planification et à la prise de décision rationnelles. Il signifie plutôt que les conditions sont mises en place de manière à maximiser l'utilité attendue d'un acteur. En d'autres termes, si l'on présente à un acteur deux options différentes et que l'une d'entre elles présente clairement une utilité attendue supérieure, l'acteur choisira l'option qui présente une utilité attendue supérieure.

Dans le contexte de la haute politique, la théorie du choix rationnel vise à maximiser le pouvoir et la sécurité d'un acteur. La théorie met l'accent sur le fait que les acteurs sont motivés par leur propre intérêt, plutôt que par un quelconque sens du "devoir" ou du patriotisme. Les théoriciens du choix rationnel soutiennent que le pouvoir n'est pas simplement quelque chose dont l'État jouit ou qu'il distribue, mais plutôt que le pouvoir lui-même crée des opportunités d'intérêt personnel.

Qu’est-ce qu’une décision rationnelle ?

  1. l’acteur ;
  2. sa situation ;
  3. ses intérêts ;
  4. ses moyens ;
  5. les conséquences de leur utilisation ;
  6. action = choix optimal de 1. En 2. Désirant atteindre 3. Ceci par l’utilisation de 4. Tout en analysant 5.
Herald Tribun, 25 septembre 2013 - Obama lays out a case for Mideast engagement

Dans le Herald Tribun du 25 septembre 2013 les acteurs dans l’article Obama lays out a case for Mideast engagement, Obama est l’acteur, les intérêts des États-Unis sont la puissance américaine.

« President Obama laid down an ambitious blueprint on Tuesday for America’s role in the strife-torn Middle East, declaring that the United States would use all levers of power, including military force, to defend its interests, even as it kept a hard-earned humility about its ability to influence event in Syria, Iran, and elsewhere. »

— Mark Lander


Les États-Unis vont utiliser tous les leviers de la puissance y compris le levier militaire pour défendre leurs intérêts. C’est une politique réaliste.

Les moyens sont des moyens militaires, il faut regarder les conséquences de leur utilisation : Obama par ses menaces a obtenu du régime de Bachar Al Assad de rendre public son armement de destruction massive.

En même temps, les États-Unis ne reconnaissent pas qu’Israël dispose d’un arsenal de destruction massive alors que depuis 1977 Israël dispose d’armes nucléaires.

Il y a deux poids, deux mesures. C’est une problématique centrale.

Si Obama reconnaît l’armement nucléaire d’Israël, selon des lois américaines et le fait qu’Israël n’ait pas signé le traité de prolifération, il ne pourrait plus soutenir Israël.

L’action dite rationnelle est l’action qui est le choix optimal, le meilleur choix. Le choix optimal est celui de l’acteur afin d’atteindre une situation par différents moyens ou la combinaison de plusieurs moyens.

Ainsi Obama choisit de faire ce qui est optimal pour les intérêts américains. Si un président est bien réaliste aujourd’hui c’est Barak Obama alors que son successeur Georges Bush ne l’était pas.

C’est une définition procédurale ; pour dire qu’il y a une décision rationnelle il faut une procédure, six étapes qui permettent de construire une réflexion et d’étudier les possibilités.

La définition procédurale est une définition de la relation entre les moyens et les fins qui n’a rien à voir avec la rationalité des fins elles-mêmes. C’est une relation entre les moyens et les fins.

Le résultat obtenu n’est pas essentiel, ce qui est essentiel est l’intention.

Par exemple, la guerre d’Irak en 2003, George Bush n’a pas voulu, selon le professeur Allan, renforcer l’axe chiite au Moyen-Orient. Bush a affaibli considérablement l’Irak juste à côté de l’Iran. Il y eut une guerre ou l’armée irakienne a utilisé l’arme chimique contre sa propre population.

George W. Bush n’a pas voulu renforcer l’Iran et en plus la démocratie qui fait que la majorité de la population qui est d’obédience chiite soit sous influence iranienne ; il a renforcé l’Iran en affaiblissant l’Irak allant à l’encontre de sa propre politique.

On peut dire que George W. Bush était stupide au contraire de son père qui mena une guerre contre l’Irak en 1991.

Les États-Unis ont choisi de ne pas rentrer dans Bagdad, l’Irak au début des années 1990 après la première guerre du golf n’est pas pro-iranienne et affaiblie comme c’est le cas maintenant.

Ce qui a renforcé la puissance iranienne n’était très probablement pas la volonté de George Bush, ainsi on peut se demander si sa décision était rationnelle. Selon Mearsheimer qui est un réaliste, la doctrine néoconservatrice du président américain allait à l’encontre des intérêts mêmes des États-Unis d’Amérique.

Les réalistes ne sont pas toujours ceux qui vont aller en guerre, en fait ils vont beaucoup moins en guerre que ce que l’on croit.

Fénelon, ou la paix par la recherche égoïste de l’intérêt étatique, soit par l’équilibre des forces ("balance of power")

Portrait de Fénelon par Joseph Vivien.

Fénelon n’est pas celui qui a inventé l’équilibre des forces, mais il le conceptualise, il en donne la substantifique moelle.

L’analyse réaliste se centre sur les grandes puissances

L’analyse réaliste se centre sur les grandes puissances, car ce qui compte est la puissance, les petits ne comptent pas. Les grandes puissances sont partout. L’analyse peut être régionale, mais on regarde une grande puissance dans une grande région.

La paix est parfaitement possible dans le monde réaliste dans ce monde interétatique ou les États recherchent leur puissance, sont rationnels et où leurs intérêts est d’assurer leur sécurité par le biais de leur puissance. L’intérêt ici est bien la rationalité, c’est grâce à la raison qu’on peut avoir une paix par l’équilibre des forces.

Dans la vision réaliste, il y a des monstres froids qui se font face, mais cela peut déboucher sur la paix ; il peut y a voir des paix injustes, si l’ordre est injuste et la sécurité se fait par la peur il ne faut pas oublier qu’il y a quand même une valeur morale.

« Il faut compter qu’à la longue la plus grande puissance prévaut toujours et renverse les autres, si les autres ne se réunissent pour faire le contrepoids. Il n’est pas permis d’espérer parmi les hommes qu’une puissance supérieure demeure dans les bornes d’une exacte modération, et qu’elle ne veuille dans sa force que ce qu’elle pourrait obtenir dans la plus grande faiblesse.

Chaque nation est donc obligée à veiller sans cesse, pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin pour a propre sureté. Empêcher le voisin d’être trop puissant, ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

— François DE LA MOTHE FENELON, "Examen de conscience sur les devoirs de la royauté" (rédigé avant avril 1711), Œuvres, II, Paris, Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade, 1997.

« à la longue la plus grande puissance prévaut toujours et renverse les autres »

— François DE LA MOTHE FENELON, "Examen de conscience sur les devoirs de la royauté" (rédigé avant avril 1711), Œuvres, II, Paris, Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade, 1997.

Certes, il peut y avoir des accidents, mais généralement c’est le plus fort qui l’emporte.

« Il n’est pas permis d’espérer parmi les hommes qu’une puissance supérieure demeure dans les bornes d’une exacte modération. »

Lorsqu’on a une puissance, il faut l’utiliser. Celui qui peut voudra, celui qui peut et voudra on ne connaît pas.

« Chaque nation est donc obligée à veiller sans cesse, pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin pour sa propre sureté. Empêcher le voisin d’être trop puissant, ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

Ce qui est au cœur ici sont deux éléments : le premier est que celui qui à la puissance va l’utiliser, l’autre élément est que l’État doit veiller sans cesse pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin.

Entre 1980 et 1988, il y eut la première guerre d’Irak. Les entreprises d’armements occidentales ont vendu des armes à l’Irak, c’était le temps de la guerre froide.

L’Union soviétique a soutenu l’Irak, Chaque Chirac était dans l’association d’amitié franco-iraquienne ; on aidait l’Irak comme Fénelon le dit afin de prévenir l’excessif agrandissement du voisin de l’Irak qui est l’Iran. L’Irak a commencé la guerre en employant des armes chimiques afin d’empêcher l’excessif agrandissement du voisin iranien.

Les pays du golf arabe ne veulent pas que ce golf ne devienne comme le golf persique, tout le monde était du côté du relativement plus faible.

« ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

Si l’Irak fait la guerre contre l’Iran alors il empêche l’Iran d’attaquer l’Arabie Saoudite ; si en Iran il y a une guerre civile, on pourra dire pour des raisons pédagogiques, que, Israël se « frotte les mains ».

L’intérêt pour Israël dans le cas de la Syrie est que Bachar Al Assad reste au pouvoir et affaibli pour cela il faut que la guerre civile continue plutôt que d’avoir des djihadistes au pouvoir, cela sert les intérêts israéliens.

La paix est le résultat de l’équilibre des forces obtenues par des moyens internes ou externes

  • moyens internes : mobilisation des ressources nationales

La puissance d’un État dépend du militaire, mais aussi des aspects comme la diplomatie qui dépend de la richesse économique du pays. Lorsque l’État mobilise la nation cela fonctionne bien, un État qui mobiles bien sa nation comme l’État israélien avec des dépenses militaires plus importantes que les dépenses militaires suisses qui et une possibilité d’assurer l’équilibre, Sparte arme et Athènes arme aussi, dès l’antiquité on vote des budgets d’armements tandis que des citoyens partent affronter d’autres entités.

  • moyens externes : coalitions, contre-coalitions, diviser pour mieux régner, politique de balancier, États-tampons

Ce sont les moyens diplomatiques ; le réalisme permet une « analyse de fauteuil » qu’on appelle en anglais « home chair analysis ».

Tous (puissant et faibles) sont en situation de dilemme de la sécurité, leurs efforts, unilatéraux de sécurité provoquant l’insécurité

En s’inspirant de Fénelon on fait une analyse hypothétique, il y a 5 États : A, B, C, D, E

Deux de ces États, A et B s’entendent pour attaquer et s’emparer de D. A, B, D et E ont sont des puissances disposant de forces similaires. A et B veulent attaquer D ; si A et B se mettent ensemble contre D alors ils peuvent le contrôler.

D est partagé en A et B, mais on a A, B, C, D et E parce qu’on est dans un système international. C coopère avec A et B pour obtenir une portion de D.

Ce qui se passe en relations internationales est la même chose qui se passe dans la « cour de récréation » ; dans le petit Nicolas il y a le professeur Bouillon, mais en politique internationale nous avons la « cour de re-création ».

L’Organisation des Nations-Unies n’a pas de pouvoir, c’est une organisation internationale aussi dit intergouvernementale, lorsque ces gouvernements sont d’accord, l’Organisation des Nations-Unies fonctionne, mais dans le cas contraire on ne peut rien faire, il n’y a pas de monsieur Bouillon.

La paix est un résultat, elle ne vient pas parce qu’on l’a voulu, parce que précisément lorsque C et E voient A et B qui se mettent ensemble pour attaquer D ; C et E se méfient.

« Chaque nation est donc obligée à veiller sans cesse, pour prévenir l’excessif agrandissement de chaque voisin pour sa propre sureté. »

Empêcher un voisin d’être trop puissant ce n’est pas faire un mal. Par intérêt C et E vont au secours de D et seulement par intérêt égoïste de C pour C et de E pour E. C’est eux qui la fois d’après seront « mangés ».

Si l’équilibre se poursuit on va continuer dans la poursuite de notre survie. C’est la raison pour laquelle on aide D.

Ce n’est pas d’un point de vue moral, pas d’un point de vue de la sympathie, pas d’un point de l’intérêt ni de la paix, C et E ne menace pas A et D pour faire la paix ; on lutte pour sa survie et c’est pour cela qu’on aide D, uniquement par son propre intérêt.

« Empêcher le voisin d’être trop puissant, ce n’est point faire un mal, c’est se garantir de la servitude et en garantir ses autres voisins. »

Le résultat du calcul égoïste des acteurs internationaux est la paix. Pas pour des raisons morales, de sympathie ou encore d’autres raisons.

Différents moyens externes permettent d’arriver à une situation de paix par le jeu de l’équilibre des forces :

  • Diviser pour mieux régner est une autre méthode ; Bachar Al Assad a libéré le territoire du côté des kurdes, de ce point de vue l’opposition à Assad a été diminuée des kurdes.
  • La politique de balancier se réfère à la politique traditionnelle de la Grande-Bretagne qui a fait en sorte qu’il n’y ait pas de mauvais rapport de force en Europe afin d’empêcher qu’une grande puissance ne s’installe sur le continent.

En juin 1940, la Grande-Bretagne avait très peur suite à la défaite française qui permettait à l’Allemagne nazie de dominer l’Europe.

Il y a des États qui font tampon entre deux États, même si on n’est pas puisant dans un monde réaliste on peut survivre pour autant qu’on ait des moyens militaires.

Ethique et réalisme classique

Max Weber (Politik als beruf, 1919): « L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l'autre et constituent ensemble l’homme authentique, c’est a dire un homme qui peut prétendre a la ‘vocation politique’»

On voit bien que dans les années 20, on cherche à développer l’analyse des relations internationales de manière humaine et morale puisqu’on est dans un contexte d’après guerre.

Ethique des relations internationales

Grandes doctrines éthiques par rapport a la guerre:

  • Militarisme : éthique aristocratique de la fierté et de la gloire. Idée du patriotisme

et de la fierté de la gloire (mourir en martyr).

  • Réalisme : éthique de l’intérêt étatique/national et de la prudence.
  • Guerre juste: éthique de la justice internationale.
  • Pacifisme : éthique de la non-violence.

Selon Michael Walzer, si nous étions réalistes comme définit par les athéniens, «'would simply tell one another, brutally and directly, what we wanted to do or have done ; nous parlerions sans masque.

Hypocrisie en RI (un argument de Walzer)= preuve que la connaissance morale existe bien. L’hypocrite dévoile en fait sa connaissance du fait que ce qu’il fait ou a fait est le mal. C’est dans ce sens la que l’hypocrisie est un révélateur de l’éthique en relations internationales. «The clearest evidence for the stability of our values over time is the unchanging character of the lies soldiers or statesmen tell. They lie in order to justify themselves, and so they describe for us the lineaments of justice. Wherever we find hypocrisy, we also find moral knowledge.»

Laroche Foucault «L’hypocrisie est l’hommage que le vice rend à la vertu » - Celui qui par exemple dit faire la guerre parce qu’il est attaqué (comme Hitler qui dit répondre aux coups des polonais).

La connaissance morale ne signifie pas l’action morale puisque l’hypocrite peut faire le mal tout en connaissant le bien. La présence de l’hypocrisie est un indicateur de la présence d’une conscience morale qui s’exprime chez ceux qui mentent (Ils doivent mentir pour camoufler le mal).

Problèmes du choix moral en politique internationale

L’ambiguïté: quels principes éthiques généraux du bien faut il appliquer ? Que faire en cas de conflit entre principes généraux ? Comment appliquer ces principes moraux à une situation particulière ?

La question morale doit être posée, agir après réflexion morale est préférable a l’absence de jugement moral à réfléchissons avant d’agir et après avoir agi.

L’indétermination : qui est quelles valeurs considérer ? Veut-on le bien de toute l’humanité, d’un groupe de personnes ou même de l’humanité à venir? Sur le plan international, on est typiquement en situation de collectivités diverses : Etats, OI, ONG, mouvements transnationaux).

On peut passer d’analogies domestiques au niveau international : Un adulte témoin de violence entre enfants doit-il intervenir ? De la même manière, on peut poser la question de la légitimité de l’intervention armée en Lybie.

Chaque action entraine des gagnants et des perdants ; comme par exemple dans l’aide au développement économique et social ; mais qui en finance les coûts et qui en profite ? Quand on aide un mendiant, c’est une relation entre deux personnes, lorsque l’on aide un groupe financièrement, les conséquences sont plus grandes au niveau social (exemple de femmes au Mali qui avec plus de revenus deviennent plus indépendantes de leur mari).

La nature du politique : « violence légitime » de l’état (Hobbes). Selon Hobbes, le Léviathan parfait existe avec un roi tout comme pour Ibn Khaldun.

Max Weber définit les types de pouvoir par la tradition, par le charisme ou par les règles légales : chaque fois on a un monopole des règles légales, les polices privées ne sont pas permises.

Il y a une tension entre l’éthique de la responsabilité (« nous devons répondre des conséquences de nos actes » ; réfléchir et ensuite agir) et l’éthique de la conviction (par exemple  « le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l’action il s’en remet a Dieu »). (Les acteurs répondant aujourd’hui a l’éthique de responsabilité aujourd’hui pensent ils réellement aux conséquences de leurs actes ? N’a-t-on pas la conviction que l’homme a la capacité de juger lui même si l’on postule qu’il agit par responsabilité. L’homme qui agit par conviction se délaisse-t-il forcement des conséquences de ses actions ?)

La vérité est une valeur éthique indispensable ; il y a une idée de réalité empirique car si toutes les valeurs sont également bonnes, on est tolérant par rapport a tout (par exemple nous sommes intolérants a ceux qui nient les autres comme Hitler).

« Quiconque veut instaurer par la force la justice sociale sur terre a besoin de partisans, c’est a dire, d’un appareil humain » (Max Weber). Même un Gandhi est obligé de réfléchir au fait que tous ceux qui le soutiennent ne sont pas aussi purs que lui. Sur le plan politique, il faut donc penser a comment motiver les gens, quels intérêts vont les intéresser.

En politique, la forme peut mobiliser autant que le fond ; par exemple, le franc parler de Trump mobilise énormément d’électeurs même si ils ne sont pas tous en accord avec le fond de ses idées.

L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires mais elles se complètent et composent l’homme authentique selon Weber.

Aux sources de l’éthique du réalisme politique classique, ou de l’anthropologie théologique de Reinhold Niebuhr

Pour Niebuhr, théologien américain, l’humanité a une capacité de se transcender du fait de son identité spirituelle le portant vers Dieu, toutefois, elle vit dans le péché tout en désirant nier cette condition. (Se rapproche de la vision d’Obama)

Comment se fait-il qu’un Dieu bon est crée un homme qui commet le mal ? (LIBRE ARBITRE)

Il y a une ambiguïté dans la nature humaine qui est capable du bien mais fait le mal. La vision anthropologique de Niebuhr de la nature humaine, c’est celle d’une humanité fière et qui a une volonté de puissance ; l’être humain n’est pas sur de lui, il est ignorant et a des limites mais il fait comme si il savait tout.

« All of his intellectual and cultural pursuits, therefore, become infected with the sin of pride. Man’s pride and will-to-power disturb the harmony of creation »

L’homme cherche à transcender sa propre histoire, et en fait, toute connaissance humaine est toujours entachée d’une tache idéologique motivée par la fierté. «Man is ignorant and involved in the limitations of a finite mind; but he pretends that he is not limited»

Le passage du niveau individuel au collectif politique va cumuler les égoïsmes et renforcer le calcul d’intérêts. « Society (…) merely cumulates the egoism of individuals and transmutes their individual altruism into collective egoism so that the egoism of the group has a double force. For this reason no group acts from purely unselfish or even mutual intent and, politics if therefore bound to be a contest of power ».

Le bien est possible mais il est difficile sur le plan collectif. La connaissance qu’en tire Niebuhr sur le plan des relations internationales, c’est la tendance à l’arrogance, à l’hypocrisie et à la folie des grandeurs. Il donne l’exemple de la politique étrangère américaine caractérisée par un absolutisme éthique, un utopianisme certain « Manifest destiny » (Trump reprend cette vision américaine, de l’évidence de la grandeur des USA) et un moralisme idéologique (devoir de répandre la démocratie dans le monde). Cet absolutisme fait que les USA pensent que leur idéal est le meilleur pour tous quitte par exemple à l’imposer au Moyen Orient.

Obama au contraire est sceptique du bien que l’on peut imposer par la force, et se situe donc dans une vision similaire a celle de Niebuhr ou Morgenthau.

L’éthique réaliste classique de Morgenthau

L’homme d’état est un agent moral, un mandataire responsable devant agir suivant l’intérêt national, soit, avant tout, la sécurité nationale (défense de l’intégrité des institutions politiques et de l’intégrité territoriale). Il est au service de l’intérêt d’une puissance face à d’autres puissances. L’homme d’état doit donc y penser en termes de conséquences d’actions et non de bien absolu ; il ne peut pas réfléchir comme l’individu seul.

D’un point de vue moral le suicide d’Hitler n’est pas moral du fait de ses responsabilités ; d’autant qu’il envisageait un suicide collectif, de l’Allemagne qui du fait de sa défaite n’était plus la race supérieure.

La prudence est la valeur morale qui résulte de la vision de Morgenthau, c’est la diplomatie et une stratégie d’équilibre des forces qui permet la survie nationale.

Le réalisme politique moralise donc la défense de l’état, et donc la recherche de la puissance et de la sécurité ; ainsi que la prudence de ses dirigeants et la méfiance vis à vis des autres.

Morgenthau est donc contre l’idéologie éthique, c’est a dire, la justification de la politique étrangère, une morale utilisée a des fins hypocrites de légitimation politique ; montrer que les politiques menées le sont au nom de la justice alors qu’au fond ce n’est que la recherche de la puissance. Morgenthau s’élevé donc contre cette idéologie éthique qui attribue une morale a notre action tout en accusant l’autre d’agir dans le Mal  c’est une démonisation de l’adversaire.

Les États-Unis se voient comme les grands défenseurs de la démocratie, de la liberté et les droits de l’homme à ils utilisent une idéologie éthique ou ils justifient leurs actions (bonnes ou mauvaises) par le besoin de démocratisation de leurs adversaires. La politique étrangère américaine a une composante sentimentaliste très présente avec l’amour de la liberté et de la démocratie comme grand motivateur de leurs actions (en apparence). By focusing on one single moral value, they « ignore all of the negative consequences that flowed from pursuing that single moral value ».

Si l’on se focalise sur une seule valeur, on n’est pas nuancé sur la très grande complexité des relations internationales.

Morgenthau s’oppose donc également a l’absolutisme moral (ou sentimentalisme), qui consiste a ériger une valeur morale au-dessus des autres : par exemple la démocratie, les ONG monothématiques ou encore le jihad absolu anti-occidental. Morgenthau dénonce donc le fait d’aller trop loin pour une valeur et de tomber dans l’absolutisme.

Notes

Références

  1. Why we will soon miss the cold war : The conditions that have made for decades of peace in the West are fast disappearing, as Europe prepares to return to the multi-polar system that, between 1648 and 1945, bred one destructive conflict after another by John J. Mearsheimer