Le libéralisme classique et ses origines historiques

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Le libéralisme classique et ses origines historiques
Professeur(s) Pierre Allan

Lectures


Le libéralisme classique constitue l’un des piliers majeurs de la pensée politique et économique moderne. Apparue à l’intersection des révolutions intellectuelles et sociales des XVIIe et XVIIIe siècles, cette doctrine se distingue par son attachement à la liberté individuelle, à la propriété privée et à un rôle limité de l’État. Cependant, pour comprendre les fondements de cette pensée, il est essentiel d’en retracer les origines historiques, philosophiques et économiques, qui plongent leurs racines dans des siècles d’évolution des idées humaines.

Le libéralisme classique émerge d’un contexte historique complexe, marqué par l’effondrement de la féodalité, la montée des classes marchandes et les bouleversements religieux issus de la Réforme. Il se nourrit également des avancées scientifiques et des idéaux des Lumières, qui remettent en question l’autorité monarchique et religieuse au profit d’un ordre basé sur la raison, la liberté et l’égalité devant la loi.

Sur le plan philosophique, cette pensée trouve ses premières expressions chez des figures comme John Locke, considéré comme le « père du libéralisme », qui défend la souveraineté de l’individu, le droit à la propriété et le concept de contrat social. Ces idées s’inscrivent dans un héritage intellectuel plus vaste, allant des réflexions sur la nature humaine dans l’Antiquité gréco-romaine aux débats scolastiques médiévaux sur le droit naturel. Elles seront amplifiées par les contributions des Lumières, notamment celles de Montesquieu, David Hume et Adam Smith, qui donneront au libéralisme une assise théorique solide.

Le libéralisme classique, en tant que doctrine, dépasse toutefois le simple cadre philosophique pour devenir un projet politique et économique. Les révolutions américaine et française illustrent son application dans les sphères institutionnelle et juridique, en affirmant la primauté des droits individuels et l’égalité juridique. Parallèlement, les premières révolutions industrielles fournissent un terreau fertile pour l’émergence d’un marché libre, considéré par les libéraux comme un espace d’expression naturelle de la liberté et de l’intérêt individuel.

Cependant, le libéralisme classique ne peut être réduit à un simple plaidoyer pour la liberté économique. Il s’agit d’un système de pensée global, qui repose sur une vision optimiste de la nature humaine, selon laquelle les individus, lorsqu’ils sont libres de poursuivre leurs intérêts dans un cadre de lois justes et transparentes, contribuent au bien-être collectif. Cette vision a néanmoins suscité des critiques et des débats, tant sur ses limites que sur ses implications, qui méritent également d’être explorés.

Ce cours se propose d’explorer les origines historiques du libéralisme classique, ses principaux penseurs, et les contextes qui ont permis son émergence et sa diffusion. Il examine également ses fondements philosophiques et économiques, tout en situant cette doctrine dans les dynamiques sociales et politiques de son époque. Comprendre le libéralisme classique, c’est non seulement revenir aux origines de nombreuses institutions et valeurs contemporaines, mais aussi interroger leurs implications pour le monde actuel.

Le libéralisme

Le libéralisme classique est une philosophie politique et économique qui place les droits individuels, la liberté et l’égalité au cœur de son système de pensée. Issu du Siècle des Lumières, un mouvement intellectuel du XVIIIe siècle qui a profondément transformé les fondements politiques et sociaux en Europe, le libéralisme classique repose sur une approche rationnelle des institutions et de la société. En valorisant l’autonomie individuelle et en défiant les modèles autoritaires hérités de l’Ancien Régime, il a joué un rôle déterminant dans l’évolution des systèmes politiques modernes et dans l’émergence de la démocratie libérale.

Parmi les figures fondatrices du libéralisme classique, John Locke occupe une place centrale. Philosophe anglais du XVIIe siècle, Locke a introduit des concepts fondamentaux qui allaient définir cette idéologie. Il a notamment développé la théorie du « contrat social », affirmant que les gouvernements trouvent leur légitimité dans le consentement des gouvernés et qu’ils ont pour rôle principal de protéger les droits naturels : la vie, la liberté et la propriété. Cette vision marque une rupture avec l’idée de droit divin des rois et ouvre la voie à un gouvernement basé sur l’état de droit et la séparation des pouvoirs, un principe approfondi par Montesquieu au siècle suivant. Locke considère également la propriété comme un droit essentiel, qui résulte du travail individuel, posant ainsi les bases de l’économie libérale.

La réflexion sur la liberté, pilier du libéralisme classique, est enrichie par Emmanuel Kant. Ce philosophe allemand a exploré les implications éthiques et politiques de la liberté individuelle. Dans son œuvre, il défend une vision cosmopolitique des relations internationales, où la raison et les principes universels permettent d’établir une « paix perpétuelle ». Kant souligne également que les droits des individus transcendent les frontières nationales, jetant ainsi les bases d’une approche globale des relations humaines et des droits universels.

Une contribution majeure du libéralisme classique réside dans son analyse des dynamiques économiques et sociales. Montesquieu, dans sa célèbre thèse du « doux commerce », propose que le commerce international favorise la paix en créant une interdépendance entre les nations. Cette idée, novatrice pour son époque, repose sur l’observation que les bénéfices économiques des échanges incitent les acteurs politiques à éviter les conflits et à privilégier la coopération. Cette vision sera développée plus en détail par Adam Smith, dont l’œuvre La Richesse des Nations établit les principes fondamentaux de l’économie libérale. Smith introduit notamment le concept de la « main invisible », selon lequel la poursuite par chaque individu de son intérêt personnel dans un cadre de marché libre conduit à une meilleure allocation des ressources et, in fine, au bien-être collectif. L’idée d’un marché autorégulateur devient ainsi un pilier de l’économie moderne.

Le libéralisme classique ne se limite pas à une théorie politique ou économique : il constitue une vision globale de la société et des relations humaines. Il repose sur une anthropologie optimiste, postulant que les individus, lorsqu’ils sont libres de leurs choix et protégés par des institutions justes, sont capables de s’épanouir et de contribuer positivement à l’ordre social. Cet idéal a trouvé une concrétisation historique majeure dans des événements comme la Révolution américaine et les transformations institutionnelles en Europe, où les principes libéraux ont inspiré des réformes constitutionnelles et juridiques durables.

Dans le domaine des relations internationales, le libéralisme classique s’affirme comme une approche qui valorise la coopération entre les nations par le biais d’accords et d’institutions communes. Il repose sur l’idée que les intérêts partagés, renforcés par les échanges économiques et culturels, peuvent réduire les tensions et favoriser la paix. Cette vision s’est concrétisée par la création d’institutions internationales visant à promouvoir la stabilité et le développement, dans la lignée des idéaux de Kant et de Montesquieu.

En retraçant les origines historiques et philosophiques du libéralisme classique, il apparaît que cette pensée a profondément influencé l’architecture des institutions politiques modernes. Elle reste une référence incontournable pour comprendre les dynamiques contemporaines, en raison de sa capacité à articuler les libertés individuelles, la régulation politique et les interactions économiques dans un cadre harmonieux et cohérent.

Le libéralisme en relations internationales

Le libéralisme, en tant que philosophie politique, valorise la liberté individuelle, l’égalité et la coopération. Ces principes trouvent un écho particulier dans le domaine des relations internationales, où le libéralisme se présente comme un paradigme alternatif aux théories traditionnelles centrées sur la puissance et la compétition, telles que le réalisme. Alors que le réalisme met l’accent sur la quête de pouvoir et la méfiance entre États, le libéralisme offre une vision fondée sur la coopération, l’interdépendance et la primauté des institutions internationales comme garantes de la stabilité mondiale.

Les libéraux considèrent que les États, bien qu’étant des acteurs centraux, ne doivent pas être les seuls à façonner les relations internationales. En mettant en avant l’importance des institutions internationales, telles que les Nations unies, et des accords multilatéraux, le libéralisme souligne la possibilité d’un ordre mondial structuré autour de normes partagées et d’intérêts communs. Ces institutions réduisent les incertitudes, favorisent la transparence et facilitent la résolution pacifique des conflits, rendant la coopération non seulement souhaitable, mais rationnelle. Par exemple, l’Union européenne est souvent citée comme une manifestation concrète de cette dynamique, où des États historiquement rivaux ont su établir un cadre d’intégration économique et politique durable.

Un autre pilier fondamental du libéralisme en relations internationales est l’interdépendance économique. En affirmant que les échanges commerciaux réduisent les risques de conflit, les libéraux reprennent la thèse du « doux commerce » développée par Montesquieu. Cette idée repose sur le constat que des économies interdépendantes génèrent des bénéfices mutuels qui incitent à maintenir des relations pacifiques. Cette notion trouve un prolongement moderne dans les initiatives visant à créer des blocs économiques régionaux ou des accords de libre-échange, qui cherchent à stabiliser les relations internationales par des liens économiques étroits.

De plus, le libéralisme accorde une importance croissante aux acteurs non étatiques, tels que les organisations non gouvernementales et les institutions transnationales, en tant que vecteurs de normes internationales et de dialogue global. Ces acteurs complètent l’action des États en sensibilisant l’opinion publique mondiale et en renforçant les mécanismes de gouvernance internationale. Ainsi, des questions comme le changement climatique, la justice sociale ou les droits humains trouvent une place de choix dans le cadre libéral des relations internationales.

Le libéralisme en relations internationales propose une vision optimiste et structurée des interactions entre les États et les autres acteurs mondiaux. Il repose sur la conviction que la coopération, favorisée par les institutions et l’interdépendance économique, peut surmonter les tensions traditionnelles de l’anarchie internationale. Ce paradigme, en mettant l’accent sur le rôle des normes et des mécanismes collectifs, offre non seulement une alternative théorique au réalisme, mais aussi un cadre analytique pertinent pour comprendre et guider les initiatives visant à construire un ordre international plus pacifique et prospère.

Principes du libéralisme

Le libéralisme, dans le cadre des relations internationales, se distingue par un ensemble de principes fondateurs qui reflètent une approche axée sur la coopération, les droits individuels, et les normes universelles. Ces principes, qui structurent les interactions entre États, institutions internationales et autres acteurs globaux, reposent sur une vision rationnelle et optimiste des dynamiques internationales.

Un premier principe central est l’accent mis sur les droits et libertés individuels. Les libéraux considèrent que les individus possèdent des droits inhérents, tels que la liberté, la dignité et la propriété, qui doivent être protégés non seulement par les États, mais aussi par les institutions internationales. Cette perspective découle des idées des Lumières, selon lesquelles la paix et la stabilité internationales reposent sur le respect des droits fondamentaux. Ainsi, des institutions comme la Cour pénale internationale ou les mécanismes onusiens de protection des droits de l’homme traduisent cette priorité en action. Pour les libéraux, la reconnaissance et la protection de ces droits sont non seulement une fin en soi, mais aussi un levier pour promouvoir des relations internationales pacifiques et stables.

Le deuxième principe fondamental est la croyance dans l’importance de la coopération internationale. Contrairement aux théories centrées sur la compétition entre États, le libéralisme postule que les États peuvent et doivent collaborer pour atteindre des objectifs communs et relever les défis mondiaux. Cette coopération s’appuie sur des institutions et des accords multilatéraux qui favorisent la confiance mutuelle et réduisent les incertitudes. Par exemple, l’Union européenne, avec ses politiques communes en matière d’économie, d’environnement et de sécurité, illustre comment des États historiquement rivaux peuvent devenir des partenaires étroitement intégrés grâce à des mécanismes coopératifs solides.

En lien avec cette coopération, le soutien aux institutions internationales constitue un troisième pilier majeur. Les libéraux estiment que des organisations comme les Nations unies, l’Organisation mondiale du commerce ou l’Organisation mondiale de la santé jouent un rôle essentiel pour structurer les relations internationales. Ces institutions fournissent des plateformes où les États peuvent négocier, établir des normes communes et résoudre pacifiquement leurs différends. Elles permettent également de coordonner les réponses aux crises mondiales, comme la lutte contre les pandémies ou le changement climatique, en garantissant que les efforts individuels convergent vers des solutions collectives.

Un quatrième principe clé du libéralisme est l’importance accordée aux idées et aux normes dans le façonnement des relations internationales. Contrairement aux approches purement matérialistes, le libéralisme met en avant le rôle des valeurs, comme l’État de droit, le respect des droits humains et la promotion de la démocratie. Ces normes influencent les comportements des États et contribuent à établir des standards universels qui facilitent la coopération. Par exemple, les engagements pris dans le cadre de la Déclaration universelle des droits de l’homme ou des Accords de Paris sur le climat montrent comment les idées et les normes peuvent orienter les politiques internationales.

Enfin, le libéralisme critique les approches réalistes centrées sur la puissance et la rivalité entre États. Les libéraux affirment que la coopération et les institutions internationales sont des outils bien plus efficaces pour promouvoir la paix et relever les défis globaux. En valorisant l’interdépendance économique, les échanges culturels et les interactions multilatérales, le libéralisme propose une alternative où la compétition cède la place à des relations gagnant-gagnant. Par exemple, la thèse du « doux commerce » de Montesquieu, selon laquelle les échanges économiques favorisent la paix, s’est traduite dans la réalité par des mécanismes tels que l’OMC ou les traités de libre-échange, qui encouragent la prospérité partagée et dissuadent les conflits.

Ces principes s’articulent pour former une approche globale des relations internationales, où les droits individuels, les institutions et les normes universelles jouent un rôle central. En reliant les idéaux aux mécanismes pratiques, le libéralisme démontre une capacité unique à répondre aux défis contemporains tout en favorisant un ordre mondial fondé sur la justice, la coopération et la stabilité.

Les niveaux d’analyse

Les niveaux d’analyse constituent un outil central pour comprendre les causes des conflits et des dynamiques internationales. Le libéralisme, tout en partageant certains points d’analyse avec d’autres paradigmes, propose une lecture distincte des facteurs de guerre et des possibilités de paix, en intégrant des éléments anthropologiques, institutionnels et systémiques. Kenneth Waltz, dans son ouvrage de 1959 Man, the State, and War, a défini trois niveaux d’analyse : l’individu, l’État et le système international, qui permettent d’explorer ces dynamiques. Le libéralisme applique ces niveaux tout en y apportant ses spécificités.

1ère image (niveau d'analyse; cf. Waltz 1959) : guerre résulte de la nature de l'homme (qui cherche à dominer)

Le premier niveau d’analyse, tel que défini par Kenneth Waltz dans Man, the State, and War (1959), attribue l’origine des conflits internationaux à la nature humaine. Selon cette perspective, les individus, motivés par des instincts de domination, d’agressivité ou d’intérêt personnel, sont à l’origine de la guerre. Cette vision, qui s’ancre dans une anthropologie pessimiste, est également présente chez certains penseurs libéraux comme Kant, bien qu’avec une finalité différente.

Kant, influencé par la lecture hobbesienne de la nature humaine, accepte l’idée que les individus possèdent une tendance naturelle à poursuivre leurs propres intérêts, souvent au détriment des autres. Pour Hobbes, cette condition conduit inévitablement à la guerre de tous contre tous, un état où la vie est "solitaire, pauvre, brutale et courte." Kant, cependant, transcende cette vision pessimiste en postulant que la raison humaine, associée à des institutions appropriées, permet de dépasser cette nature belliqueuse. Ainsi, là où Hobbes voit la guerre comme une condition inéluctable de l’existence humaine, Kant envisage un progrès possible vers un ordre pacifique. Ce raisonnement illustre le caractère optimiste du libéralisme, qui contraste fortement avec le conservatisme et le pessimisme du réalisme.

Pour Kant, cette transition de l’état de nature à un état de paix repose sur deux éléments clés : la raison et la moralité. La raison humaine pousse les individus à reconnaître les bénéfices d’un cadre juridique et institutionnel qui limite les conflits et favorise la coopération. De plus, la moralité, en tant que principe universel, incite à respecter les droits des autres et à établir des normes partagées. Ces idées se concrétisent dans la vision kantienne d’un ordre international fondé sur un « fédéralisme républicain » et sur des institutions qui garantissent la paix par la coopération.

Les libéraux, dans leur ensemble, partagent cette foi en la capacité des individus à évoluer vers un ordre meilleur, même s’ils reconnaissent les défis posés par la nature humaine. Ils s’opposent aux réalistes, qui considèrent cette nature comme intrinsèquement agressive et irréductible, ce qui justifie pour eux des politiques centrées sur la puissance et la survie. Pour les libéraux, l’histoire de l’humanité est marquée par une progression, où la guerre, bien que fréquente, n’est pas une fatalité mais une étape qui peut être surmontée par des réformes institutionnelles et des normes universelles.

Ce premier niveau d’analyse révèle ainsi une différence fondamentale entre libéralisme et réalisme. Là où le réalisme voit dans la nature humaine une source constante de conflits, le libéralisme y trouve les bases d’une amélioration possible, grâce à la raison, la moralité et les institutions. Cette divergence marque le point de départ de deux visions du monde profondément opposées : l’une tournée vers le conflit inévitable, l’autre vers un progrès construit et soutenu par les idéaux de paix et de coopération.

2ème image : guerre résulte de la nature des États-nations; oui, pour les libéraux

Le deuxième niveau d’analyse, défini par Kenneth Waltz, se concentre sur la nature des États-nations pour expliquer l’origine des conflits. Cette approche examine les caractéristiques internes des États, telles que leur régime politique, leurs institutions ou leur culture, et leur influence sur le comportement international. Pour les libéraux, ce niveau d’analyse est particulièrement pertinent, car ils considèrent que la guerre peut être évitée en transformant la nature des États et en favorisant l’émergence de démocraties stables.

L’idée centrale du libéralisme à ce niveau est la théorie de la « paix démocratique ». Selon cette théorie, bien que les démocraties puissent être impliquées dans des conflits armés, elles ont tendance à ne pas entrer en guerre les unes contre les autres. Cette observation repose sur plusieurs mécanismes. Premièrement, les démocraties partagent des valeurs communes, comme le respect des droits humains, l’État de droit et la primauté de la négociation, qui favorisent une résolution pacifique des différends. Deuxièmement, les structures institutionnelles des démocraties, comme la transparence des décisions et la responsabilité envers leurs citoyens, rendent les décisions de guerre plus difficiles à justifier. Enfin, les démocraties sont souvent intégrées dans des réseaux d’alliances et d’institutions internationales, renforçant leur interdépendance et réduisant les risques de conflit.

Ce raisonnement s’oppose à celui des réalistes, tels que Waltz et Mearsheimer, qui attribuent les guerres non à la nature des États-nations, mais aux dynamiques structurelles du système international. Par exemple, Mearsheimer insiste sur les dilemmes de sécurité, où des États, même pacifiques, peuvent être poussés à agir de manière agressive par peur de perdre leur position stratégique. De manière similaire, Waltz, dans son analyse des causes de la guerre, met en avant l’équilibre des puissances, où des rivalités entre États, comme dans le cas historique de la guerre du Péloponnèse décrite par Thucydide, conduisent au conflit, indépendamment de leur régime politique.

Cependant, pour les libéraux, le régime politique reste un facteur déterminant dans le comportement international des États. Ils postulent que la diffusion de la démocratie et le renforcement des institutions démocratiques au sein des États sont des conditions nécessaires pour réduire la fréquence des guerres. Par exemple, des organisations comme l’Union européenne ou la Communauté des démocraties visent à consolider ces valeurs démocratiques, considérées comme un fondement de la paix internationale.

La distinction libérale est claire : la nature des régimes influe directement sur la probabilité de conflit. Cette perspective ne nie pas que les démocraties puissent être impliquées dans des guerres, mais elle souligne que celles-ci ne visent généralement pas d’autres démocraties. Par conséquent, les libéraux voient dans la promotion de la démocratie non seulement un idéal politique, mais aussi une stratégie pragmatique pour construire un ordre mondial plus pacifique.

Cette lecture du deuxième niveau d’analyse reflète l’approche optimiste et progressiste du libéralisme, qui considère que la paix peut être atteinte en modifiant la nature des États. Elle contraste avec les visions réalistes, davantage centrées sur les contraintes structurelles du système international, et met en lumière le rôle transformateur des institutions démocratiques dans la dynamique des relations internationales.

3ème image : guerre résulte de la nature du système international (SI)

Le troisième niveau d’analyse, centré sur la nature du système international, constitue un cadre clé pour comprendre les causes structurelles des guerres. Ce niveau, partagé à la fois par les approches réaliste et libérale, repose sur l’idée que le système international est anarchique. Cela signifie qu’il n’existe pas d’autorité centrale au-dessus des États souverains pour réguler leurs interactions, ce qui génère des incertitudes et des tensions. Toutefois, les libéraux, contrairement aux réalistes, voient dans cette anarchie un espace d’opportunités pour instaurer un ordre et une hiérarchie partielle grâce à la coopération et aux institutions internationales.

Pour les libéraux, les institutions internationales jouent un rôle fondamental en modifiant les dynamiques anarchiques du système international. Ces institutions, telles que les Nations unies, l’Organisation mondiale du commerce ou encore les accords multilatéraux comme ceux de Kyoto ou de Paris sur le climat, introduisent des normes, des règles et des mécanismes de médiation qui atténuent les effets désordonnés de l’anarchie. Elles permettent de structurer les relations entre les États en créant un cadre de transparence et de prévisibilité, réduisant ainsi les risques de conflits liés à des incompréhensions ou à des calculs erronés. Par exemple, les mécanismes de règlement des différends au sein de l’Organisation mondiale du commerce offrent aux États un moyen de résoudre leurs différends commerciaux sans recourir à la coercition.

Cette approche institutionnaliste repose sur l’idée que les intérêts égoïstes des États, bien qu’importants, peuvent être harmonisés à travers la coopération. En effet, même si les États poursuivent avant tout leurs propres intérêts, les institutions internationales peuvent créer des conditions dans lesquelles ces intérêts convergent. Par exemple, des accords sur le libre-échange ou la lutte contre le réchauffement climatique sont souvent négociés dans le cadre d’une interdépendance économique et environnementale qui incite les États à travailler ensemble.

Cette vision diffère nettement de celle des réalistes, qui interprètent la coopération comme un sous-produit des dynamiques de puissance. Selon les réalistes, les alliances ou coalitions défensives ne sont pas des manifestations de coopération intrinsèque, mais des stratégies visant à maintenir un équilibre des forces. L’équilibre des puissances, pour les réalistes, est le principal mécanisme garantissant une certaine stabilité dans le système anarchique. À l’inverse, les libéraux insistent sur la capacité des institutions à transformer ces dynamiques compétitives en opportunités de collaboration durable, en établissant des règles du jeu partagées.

Un autre aspect clé de l’analyse libérale à ce niveau est l’idée que l’anarchie n’est pas un obstacle insurmontable à la paix. Bien que le système international reste fondamentalement anarchique, les institutions peuvent introduire des éléments de hiérarchie fonctionnelle. Par exemple, la structure des Nations unies, avec son Conseil de sécurité et son Assemblée générale, impose une certaine hiérarchie dans la gestion des crises internationales. Cette hiérarchie relative contribue à réduire les incertitudes et favorise la confiance mutuelle entre les États.

Le libéralisme, tout en reconnaissant les limites imposées par l’anarchie internationale, propose ainsi un cadre alternatif où les conflits ne sont pas une fatalité. Grâce aux institutions, aux normes et à l’interdépendance, le système international peut évoluer vers un ordre plus stable et pacifique. Cette perspective reflète l’optimisme caractéristique du libéralisme, qui voit dans la coopération une voie vers un progrès collectif, contrairement au réalisme qui perçoit le système comme fondamentalement conflictuel et immuable.

Cette troisième image montre que le libéralisme, tout en partageant avec le réalisme l’idée d’un système anarchique, s’en distingue par sa confiance dans les institutions et leur capacité à pacifier le monde. En offrant une vision institutionnaliste du système international, les libéraux mettent en avant le rôle des règles et des normes pour transcender les limites structurelles et favoriser un ordre mondial coopératif et durable.

Quelques penseurs et idées fondatrices du libéralisme politique classique

Le libéralisme politique classique repose sur les contributions de nombreux penseurs qui ont formulé des concepts fondamentaux sur la souveraineté, le commerce, la paix et les institutions. Ces idées, développées sur plusieurs siècles, ont façonné une vision politique et philosophique qui reste influente dans le cadre des relations internationales et de la gouvernance mondiale.

Jean Bodin et la souveraineté

Jean Bodin, juriste et philosophe politique français du XVIe siècle, est l’un des premiers penseurs à formuler une théorie systématique de la souveraineté. Dans son œuvre majeure Les six livres de la République (1576), il introduit le concept de souveraineté comme la "puissance absolue et perpétuelle" d’un État. Cette définition, à la fois innovante et ambitieuse, visait à répondre aux crises politiques et religieuses qui déchiraient l’Europe de son temps, notamment les guerres de religion en France.

Bodin considère la souveraineté comme une autorité suprême, unifiée et indivisible, confiée à une seule entité, qu’il s’agisse d’un roi ou d’un corps gouvernant. Selon lui, cette concentration du pouvoir est essentielle pour garantir la stabilité et l’efficacité des institutions politiques. La souveraineté, explique-t-il, ne peut être limitée ni dans le temps ni dans son étendue. Elle implique le droit de faire et de défaire les lois, de lever des impôts, de déclarer la guerre et de conclure la paix, sans être soumis à une autorité supérieure.

Cette approche se traduit dans la célèbre définition de Bodin :

« La souveraineté est la puissance absolue et perpétuelle d’une République […] c'est-à-dire la plus grande puissance de commander […]. (Elle) n'est limitée ni en puissance ni en charge à un certain temps. »

La pensée de Bodin prend racine dans un contexte historique marqué par une profonde fragmentation politique. L’Europe du XVIe siècle est divisée entre de multiples principautés, seigneuries et cités-États, souvent en conflit les unes avec les autres. En France, les guerres de religion opposent catholiques et protestants, affaiblissant l’autorité centrale et menaçant l’unité du royaume. Face à ces défis, Bodin cherche à définir un cadre théorique qui permettrait de renforcer l’État et de prévenir le chaos.

En affirmant que la souveraineté doit être absolue et indivisible, Bodin rejette les modèles de partage du pouvoir qui, selon lui, contribuent à l’instabilité. Pour lui, seule une autorité souveraine, dotée de pouvoirs étendus, peut garantir l’ordre public et la continuité de l’État. Cette vision influencera profondément la théorie politique moderne, notamment le développement de l’État-nation.

Bodin identifie plusieurs caractéristiques essentielles de la souveraineté :

  1. L’absolutisme : La souveraineté implique une autorité complète sur les affaires internes et externes de l’État. L’État est maître de ses lois et de ses décisions.
  2. La perpétuité : Contrairement aux mandats temporaires ou aux délégations de pouvoir, la souveraineté de l’État est permanente, ce qui assure la stabilité et la continuité.
  3. L’unité : La souveraineté ne peut être partagée. Toute tentative de diviser le pouvoir souverain affaiblirait l’autorité de l’État et entraînerait l’anarchie.

L’idée de souveraineté absolue a des implications majeures pour la gouvernance interne et les relations internationales. Sur le plan interne, Bodin insiste sur le fait que l’État est la source ultime du pouvoir. Il doit légiférer sans interférence externe et maintenir son autorité face aux contestations internes. Ce principe préfigure les idées modernes de centralisation et de contrôle étatique.

Dans le contexte des relations internationales, la souveraineté selon Bodin signifie que chaque État est autonome et ne doit pas être soumis à une autorité étrangère. Cette conception jettera les bases du système westphalien, qui consacrera, en 1648, le principe de souveraineté des États et leur égalité formelle sur la scène internationale.

Malgré son insistance sur l’absolutisme, Bodin reconnaît certaines limites à la souveraineté. Il admet que l’autorité de l’État peut être contrainte par des lois divines ou naturelles, ainsi que par des principes éthiques universels. De plus, les obligations issues des traités internationaux (comme le principe de pacta sunt servanda, "les accords doivent être respectés") imposent également des contraintes à l’exercice de la souveraineté.

Ces limites ne diminuent pas pour autant le rôle central de l’État dans la gouvernance. Elles rappellent que la souveraineté, bien qu’absolue dans son cadre théorique, est toujours exercée dans un contexte plus large, où des responsabilités morales et des engagements juridiques viennent en modérer l’application.

Jean Bodin a laissé une empreinte durable sur la théorie politique. Ses idées sur la souveraineté ont influencé des penseurs tels que Thomas Hobbes et Jean-Jacques Rousseau, et elles continuent de structurer les débats sur l’autorité étatique et la gouvernance mondiale. En affirmant l’importance d’une autorité forte et centralisée, il a jeté les bases de l’État moderne tout en anticipant les tensions entre autonomie nationale et coopération internationale.

Trois niveaux de la souveraineté

Jean Bodin, dans son œuvre Les six livres de la République, développe une vision de la souveraineté qui repose sur trois niveaux principaux : la perpétuité, l’absolutisme et l’autonomie. Ces niveaux, bien que théoriquement distincts, s’entrelacent pour offrir une définition complète de la souveraineté en tant que fondement de l’État moderne. Pour Bodin, la souveraineté se limite strictement aux États et ne peut s’appliquer à d’autres formes d’organisation politique ou sociale. Cela reflète sa volonté de renforcer l’autorité des gouvernements centraux dans une époque marquée par les divisions internes et les conflits religieux.

La souveraineté perpétuelle selon Jean Bodin

Jean Bodin définit la souveraineté comme une autorité continue et ininterrompue, incarnée dans la notion de souveraineté perpétuelle. Cette idée repose sur le principe que l’État, en tant qu’entité souveraine, conserve une autorité inaltérable et permanente qui ne dépend ni du consentement des sujets ni de circonstances extérieures temporaires. Pour Bodin, la souveraineté perpétuelle est essentielle à la stabilité et à la continuité des institutions politiques, et elle constitue un pilier fondamental de l’État moderne.

La souveraineté perpétuelle se distingue par son caractère indélébile. Contrairement aux systèmes où l’autorité est déléguée pour des durées limitées ou soumise à des contraintes imposées par d’autres entités, Bodin soutient que l’État souverain doit conserver une autorité ininterrompue pour garantir la pérennité du pouvoir. Cette conception, qui rejette toute forme de fragmentation ou de délégation temporaire, s’inscrit dans un contexte historique marqué par des crises politiques et religieuses, notamment les guerres de religion en France. En affirmant que la souveraineté transcende les individus et les gouvernants, Bodin cherche à instaurer un cadre où l’État reste fort et résilient face aux pressions internes et externes.

L’idée de souveraineté perpétuelle est directement liée à la vision de Bodin sur la nature de l’État. Selon lui, l’État est une entité indépendante et durable, conçue pour transcender les aléas de la politique quotidienne. Sa pérennité garantit que l’autorité souveraine reste stable malgré les changements de dirigeants ou les crises. Ce principe confère une légitimité permanente à l’État, qui ne peut être remise en question par des circonstances temporaires ou des contestations internes.

En pratique, cette perpétuité de l’autorité souveraine se manifeste par l’élaboration et l’application des lois, qui ne sont pas limitées dans le temps. Les lois édictées par un souverain ont une portée durable et transcendent le règne individuel des dirigeants. Cette vision s’oppose aux systèmes politiques où le pouvoir est conditionné par des mandats fixes ou soumis à des révisions fréquentes, susceptibles de créer des périodes d’instabilité.

La notion de souveraineté perpétuelle répond directement aux défis politiques de l’époque de Bodin. Au XVIe siècle, l’Europe est marquée par une fragmentation politique et territoriale, où les seigneuries, les principautés et les cités-États rivalisent pour le pouvoir. En France, les guerres de religion opposent catholiques et protestants, érodant l’autorité centrale et plongeant le royaume dans le chaos. Bodin voit dans la souveraineté perpétuelle une solution à cette fragmentation : en dotant l’État d’une autorité continue et incontestable, il vise à prévenir les divisions internes et à renforcer l’unité politique.

La souveraineté perpétuelle garantit que l’État demeure une entité cohérente et durable, même en période de crise. Ce principe est conçu pour empêcher les rivalités internes et pour assurer que l’autorité de l’État reste intacte malgré les fluctuations politiques ou les défis posés par des acteurs externes. Il s’agit d’un mécanisme de résilience institutionnelle, destiné à protéger l’État contre les forces centrifuges qui pourraient le fragmenter.

La souveraineté perpétuelle a des implications profondes pour la conception de l’État et de ses institutions. En établissant que l’autorité de l’État est inaltérable, Bodin pose les bases d’un gouvernement fort et centralisé. Ce principe soutient l’idée que l’État est la seule entité légitime pour exercer le pouvoir, éliminant ainsi toute possibilité de contestation par des factions internes ou des puissances étrangères.

Sur le plan institutionnel, la souveraineté perpétuelle renforce la stabilité des structures étatiques. Elle garantit que les fonctions de l’État, telles que la promulgation des lois, la collecte des impôts ou la défense du territoire, se poursuivent sans interruption, même en période de transition politique. Ce principe protège également les citoyens contre l’arbitraire ou l’instabilité, en leur assurant que l’autorité étatique reste constante et fiable.

La notion de souveraineté perpétuelle, telle que formulée par Bodin, a eu une influence durable sur la théorie politique et la formation des États modernes. Elle a inspiré des penseurs ultérieurs, tels que Thomas Hobbes, qui partageaient l’idée que l’autorité de l’État devait être absolue et ininterrompue pour garantir la paix et l’ordre. Ce concept a également contribué à façonner le droit international, notamment le principe de souveraineté des États dans le système westphalien.

En affirmant que la souveraineté doit être perpétuelle, Bodin a non seulement répondu aux défis de son époque, mais il a également jeté les bases d’un cadre théorique qui continue d’influencer les débats sur la légitimité et la continuité du pouvoir étatique. Cette vision, bien qu’adaptée aux besoins d’un monde marqué par l’instabilité, reste une pierre angulaire de la pensée politique contemporaine.

La souveraineté absolue selon Jean Bodin

Le deuxième niveau de souveraineté formulé par Jean Bodin, la souveraineté absolue, repose sur l’idée que l’État exerce une autorité complète et sans partage sur son propre territoire. Cette notion établit que l’État détient un pouvoir exclusif et illimité dans les domaines législatif, fiscal, militaire et diplomatique. Il est ainsi libre d’élaborer des lois, de collecter des impôts, de déclarer la guerre ou de négocier des traités sans être soumis à une autorité supérieure. Pour Bodin, cette concentration du pouvoir est essentielle pour garantir la stabilité et l’efficacité des institutions politiques.

La souveraineté absolue prend tout son sens dans le contexte historique du XVIe siècle. L’Europe de cette époque est marquée par une fragmentation politique où le pouvoir est souvent partagé ou contesté entre différents acteurs, tels que les seigneurs féodaux, les Églises locales, et les royaumes voisins. Cette division affaiblit la capacité des États à maintenir l’ordre et à protéger leurs citoyens. En France, les guerres de religion exacerbent ces tensions, rendant urgente la nécessité d’un pouvoir central fort et unifié.

Face à cette situation, Bodin propose la souveraineté absolue comme solution. Pour lui, un État souverain doit concentrer toute autorité entre les mains d’un pouvoir unique, capable d’agir efficacement sans être entravé par des rivalités internes ou des limitations institutionnelles. Une souveraineté partagée ou limitée risquerait de paralyser l’action de l’État, compromettant ainsi la paix sociale et la stabilité politique.

La souveraineté absolue se caractérise par plusieurs aspects fondamentaux :

  1. Le pouvoir législatif : L’État a l’autorité exclusive pour créer et appliquer des lois sur son territoire. Ces lois ne dépendent d’aucune autorité extérieure et ne peuvent être remises en cause par d’autres entités.
  2. Le pouvoir fiscal : L’État détient le monopole de la collecte des impôts, essentiel pour financer ses fonctions régaliennes, telles que la défense, la justice, et l’administration.
  3. Le pouvoir militaire : L’État est le seul à pouvoir mobiliser des forces armées pour défendre son territoire ou mener des guerres.
  4. Le pouvoir diplomatique : L’État négocie librement des traités et gère ses relations avec d’autres puissances sans subir d’interférences.

Ces dimensions soulignent la centralité de l’État dans la gestion des affaires publiques et sa capacité à exercer un contrôle total sur son territoire.

Bien que Bodin défende une vision absolue de la souveraineté, il n’en fait pas pour autant un plaidoyer pour l’arbitraire. Il reconnaît que le pouvoir souverain doit être exercé dans le respect de principes supérieurs, tels que la justice, la morale et le droit naturel. Ces principes, bien qu’externes à l’autorité de l’État, servent de guide pour éviter les abus de pouvoir et garantir que la souveraineté est utilisée au service du bien commun.

Par exemple, le droit naturel, qui repose sur des lois universelles et immuables, impose des limites éthiques à l’action de l’État. Bodin admet également que certaines obligations découlant des traités internationaux ou du principe de pacta sunt servanda ("les accords doivent être respectés") peuvent restreindre l’exercice de la souveraineté, notamment dans les relations entre États.

La notion de souveraineté absolue a des implications profondes pour la théorie politique et le développement de l’État moderne. Elle établit que l’État est la seule autorité légitime sur son territoire, excluant ainsi toute rivalité ou ingérence. Ce principe renforce l’idée que l’État doit être autonome et indépendant, tant sur le plan interne qu’externe.

En pratique, la souveraineté absolue permet à l’État de répondre efficacement aux menaces internes et externes. Elle garantit que les fonctions essentielles, telles que la justice, la sécurité et la défense, ne sont pas compromises par des divisions ou des interférences. Cette centralisation du pouvoir contribue également à établir une continuité institutionnelle, en protégeant l’État contre les aléas politiques ou les contestations de factions internes.

La théorie de la souveraineté absolue de Bodin a eu une influence considérable sur la pensée politique occidentale. Elle a inspiré des penseurs comme Thomas Hobbes, qui a développé l’idée d’un pouvoir souverain centralisé dans Leviathan, et a jeté les bases du système westphalien, qui consacre la souveraineté des États dans les relations internationales.

Cependant, cette vision a également suscité des débats sur la légitimité des limitations à la souveraineté, notamment dans le contexte des droits humains et des organisations supranationales modernes. Si la souveraineté absolue garantit l’autonomie de l’État, elle soulève également des questions sur la manière de concilier ce principe avec les impératifs de coopération et de justice globale.

L’autonomie des États dans le système international selon Jean Bodin

Le troisième niveau de souveraineté développé par Jean Bodin concerne l’autonomie des États dans leurs relations avec d’autres entités politiques. Cette autonomie, pilier central de la souveraineté, repose sur l’idée que chaque État, en tant qu’entité souveraine, doit être totalement indépendant de toute autorité extérieure. Pour Bodin, l’État souverain détient un pouvoir exclusif sur ses affaires internes et ses interactions internationales, garantissant ainsi sa capacité à agir librement et à préserver son intégrité politique et territoriale.

L’indépendance comme fondement de la souveraineté

L’autonomie des États, dans la conception de Bodin, implique que l’État exerce un contrôle total sur ses affaires sans interférence étrangère. Cette indépendance se traduit par le droit de l’État à légiférer, à administrer son territoire, à négocier des traités et à conduire des politiques extérieures sans être soumis à des organisations supranationales, d’autres États ou des acteurs non étatiques.

Cette vision s’inscrit dans le contexte historique des guerres de religion et des tensions géopolitiques du XVIe siècle, où les interférences extérieures affaiblissaient les autorités nationales. En affirmant le principe d’autonomie, Bodin cherche à protéger les États contre les ingérences étrangères, tout en consolidant leur position dans le système international émergent.

Le principe de pacta sunt servanda : un levier et une limite

Dans ce cadre, le principe de pacta sunt servanda ("les accords doivent être respectés") joue un rôle clé. Ce principe, qui oblige les États à honorer les engagements pris dans les traités et accords internationaux, est essentiel pour assurer la stabilité et la prévisibilité des relations internationales. En respectant leurs engagements, les États renforcent la confiance mutuelle et facilitent la coopération, deux éléments indispensables pour maintenir l’ordre dans un système anarchique.

Cependant, ce principe met également en lumière une tension inhérente à l’autonomie des États. Si les traités internationaux favorisent la stabilité, ils imposent aussi des contraintes à la souveraineté des signataires. En acceptant des obligations juridiques ou morales découlant d’accords, les États renoncent partiellement à leur liberté d’action. Cette tension illustre le dilemme de la souveraineté dans un contexte international : comment concilier l’indépendance avec la nécessité de coopérer dans un monde interdépendant ?

Bodin reconnaît implicitement que l’autonomie des États n’est pas absolue dans la pratique. Bien qu’il insiste sur l’indépendance totale des États, le respect des traités internationaux, tel qu’exigé par le principe de pacta sunt servanda, crée une forme de contrainte volontaire. Les États acceptent ces limites dans l’intérêt d’un ordre international plus prévisible et plus stable.

Cette idée trouve une résonance dans le système international moderne, où l’autonomie des États coexiste avec des engagements internationaux croissants. Les organisations supranationales, comme l’Organisation des Nations unies ou l’Union européenne, et les accords multilatéraux, comme les conventions sur le climat ou le commerce, exemplifient cette tension entre souveraineté nationale et coopération internationale. Ces mécanismes, bien qu’ils limitent la souveraineté dans certains domaines, permettent également de renforcer la sécurité collective et de prévenir les conflits.

L’autonomie des États, telle que définie par Bodin, a des implications durables pour le système international. Elle établit que chaque État est maître de ses propres décisions, créant ainsi une égalité formelle entre les nations. Cette autonomie garantit que les interactions internationales reposent sur des négociations volontaires, où chaque État agit en fonction de ses intérêts, sans être contraint par une autorité suprême.

Cependant, cette vision repose sur une prémisse fondamentale : le respect mutuel des souverainetés. Lorsque ce respect est violé, comme dans les cas d’interventions militaires ou de pressions économiques, l’équilibre du système international est mis en péril. Le principe de pacta sunt servanda devient alors un outil indispensable pour restaurer la confiance et assurer la stabilité.

La théorie de l’autonomie des États formulée par Bodin a profondément influencé le droit international et la conception des relations internationales modernes. Elle a jeté les bases du système westphalien, qui consacre la souveraineté des États comme principe fondamental de l’ordre mondial. L’idée que les États sont juridiquement égaux et politiquement indépendants reste un pilier de la gouvernance mondiale.

Cependant, l’évolution des défis globaux, tels que le changement climatique, les pandémies ou la sécurité collective, met en lumière les limites de cette autonomie absolue. Aujourd’hui, les États doivent naviguer dans un équilibre délicat entre préserver leur souveraineté et coopérer efficacement pour résoudre des problèmes qui dépassent leurs frontières. Ce dilemme reflète la pertinence continue de la pensée de Bodin dans un monde en mutation rapide.

Le rôle de la souveraineté dans la stabilité politique

Pour Bodin, ces trois niveaux de souveraineté servent un objectif commun : la création d’un État stable et efficace capable de protéger les droits et libertés individuels tout en maintenant l’ordre public. La souveraineté perpétuelle garantit la continuité de l’autorité étatique ; la souveraineté absolue renforce la capacité de l’État à gouverner sans fragmentation ; et l’autonomie internationale protège l’indépendance des États tout en régulant leurs interactions.

Dans l’approche de Bodin, la souveraineté n’est pas seulement un concept juridique ou politique : elle constitue le fondement même de la légitimité de l’État. En établissant un cadre théorique cohérent, il offre une réponse aux défis de son époque tout en posant les bases du droit international moderne et des relations entre États souverains.

Souveraineté limité : 3 type de limites

Il existe plusieurs types de limites qui peuvent être imposées à la souveraineté de l'État. Les types de limites les plus courants sont les suivants :

  1. Les limites internes : Il s'agit de limites imposées à l'État par sa propre constitution ou son système juridique. Par exemple, un État peut avoir une constitution qui définit les pouvoirs et les responsabilités de l'État, et qui précise quelles actions ou politiques ne relèvent pas de l'autorité de l'État.
  2. Les limites externes : Il s'agit de limites imposées à l'État par d'autres États ou des institutions internationales. Par exemple, un État peut être lié par des traités ou des accords internationaux qui limitent sa capacité à prendre certaines mesures ou à mener certaines politiques.
  3. Les limites normatives : Ce sont des limites qui sont imposées à l'État par des principes moraux ou éthiques. Par exemple, un État peut être contraint par les principes des droits de l'homme ou de l'État de droit, qui peuvent limiter sa capacité à prendre certaines mesures ou à mener certaines politiques.

Ces types de limites à la souveraineté des États peuvent être appliqués individuellement ou en combinaison, et leur portée et leur importance peuvent varier. Les limites spécifiques qui sont imposées à la souveraineté de l'État dépendent du contexte et des circonstances propres à chaque situation.

Dans certains cas, le fait que les princes soient limités par le droit divin ou naturel peut être considéré comme une limite à la souveraineté de l'État. Le droit divin est un terme qui fait référence aux lois et aux principes que l'on croit révélés par Dieu ou une puissance supérieure, et qui sont considérés comme contraignants pour les êtres humains. Le droit naturel est un terme qui fait référence aux lois et principes inhérents à la nature des choses, et qui sont considérés comme universels et immuables.

Si l'on estime qu'un prince ou un autre dirigeant politique est soumis au droit divin ou naturel, cela peut être considéré comme une limite à son autorité et à son pouvoir. En effet, le droit divin ou naturel peut imposer certaines obligations ou restrictions aux actions des dirigeants politiques, et peut les obliger à agir conformément à certains principes moraux ou éthiques. Ainsi, le droit divin ou naturel peut limiter la capacité des dirigeants politiques à exercer leur autorité et leur pouvoir de manière illimitée.

Cependant, il est important de noter que la mesure dans laquelle la loi divine ou naturelle peut être considérée comme une limite à la souveraineté de l'État dépend des croyances et des valeurs spécifiques des personnes et des institutions au sein de cet État. Certains États peuvent reconnaître l'autorité du droit divin ou naturel et le considérer comme une limite à la souveraineté de l'État, tandis que d'autres peuvent rejeter l'idée du droit divin ou naturel et considérer la souveraineté de l'État comme absolue et incontestée.

Fénelon

Fénelon était un écrivain, théologien et philosophe français qui a vécu aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il est surtout connu pour son œuvre "Les Aventures de Télémaque", qui est une allégorie politique critiquant l'absolutisme de la monarchie française. Bien que ses idées aient pu influencer certains aspects de la pensée politique, il n'est généralement pas considéré comme une figure clé du développement du libéralisme.

Cependant, il est possible de faire une lecture chez Fénelon qui est libérale car sa vue sur le commercie peut être considéré comme conforme à certains des principes et valeurs du libéralisme classique.

Dans son oeuvre, Fénelon souligne l'importance du commerce et des échanges pour promouvoir la paix et la stabilité. Il affirme que le commerce permet aux individus et aux États d'interagir les uns avec les autres de manière pacifique et productive, et qu'il peut contribuer à prévenir les conflits et les guerres. Cet accent mis sur les effets positifs du commerce est conforme à la croyance libérale en l'importance de la liberté économique et de la coopération internationale.

En outre, le point de vue de Fénelon sur le commerce peut être considéré comme conforme à l'idée libérale d'un gouvernement limité. Il soutient que le commerce doit être exempt d'interférences et de réglementations excessives de la part de l'État, et qu'il doit pouvoir s'épanouir dans un marché ouvert et concurrentiel. Cet accent mis sur la liberté économique est un principe clé du libéralisme classique, et il est souvent considéré comme essentiel pour la promotion de la liberté individuelle et de l'État de droit.

(→ Sur la nécessité de former des alliances, tant offensives que défensives, contre une puissance étrangère qui aspire manifestement à la monarchie universelle, 1715)

« Cette attention à maintenir une espèce d'égalité et d'équilibre entre les nations voisines est ce qui en assure le repos commun. À cet égard, toutes les nations voisines et liées par le commerce font un grand corps et une espèce de communauté. Par exemple, la chrétienté fait une espèce de république générale, qui a ses intérêts, ses craintes, ses précautions à observer. Tous les membres qui composent ce grand corps se doivent les uns les autres pour le bien commun, […]. »

Montesquieu, ou "le commerce adoucit les moeurs"

Montesquieu est considéré comme une figure importante dans le développement de la pensée et de l'idéologie libérales, y compris dans le domaine des relations internationales. Montesquieu était un philosophe politique français qui a vécu au 18e siècle. Il est surtout connu pour son ouvrage "L'esprit des lois", dans lequel il affirme que les systèmes politiques doivent être fondés sur la séparation des pouvoirs et la protection des droits individuels. Ses idées ont influencé de nombreux développements politiques et philosophiques du siècle des Lumières, notamment le concept de relations internationales libérales.

(→ De l'Esprit des Lois, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la Constitution de chaque gouvernement, les moeurs, le climat, la religion, le commerce, etc., 1748)

« L'effet naturel du commerce est de porter à la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes ; si l'une a intérêt d'acheter, l'autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. »

Montesquieu aborde la notion de gain absolu : lorsque les États-Unis font du commerce avec la Chine, les États-Unis gagnent.

Le réalisme met l’accent sur les gains relatifs, plus les États-Unis font du commerce avec la Chine plus cela profite à la Chine.

=> tous gagnent au commerce → gains absolus

N.B.: rupture avec réalisme sécuritaire pour qui seule la puissance compte (soit des gains relatifs)

→ "libéralisme commercial"

Kant : théorie et éthique de la paix ou des républiques pacifiques

Emmanuel Kant est considéré comme l'une des figures clés du développement de l'idéologie libérale. Sa philosophie politique et sa théorie morale sont souvent considérées comme étroitement liées aux principes et aux valeurs du libéralisme classique.

Kant est surtout connu pour ses travaux sur l'éthique et la philosophie morale, dans lesquels il a développé le concept d'"impératif catégorique". Il s'agit de l'idée selon laquelle les actions morales sont celles qui sont guidées par un principe moral universel et qui sont motivées par le sens du devoir et le respect de la loi morale. Le concept de l'impératif catégorique de Kant a été influent dans la formation de la pensée libérale sur les questions morales et politiques, et il a été cité par de nombreux penseurs libéraux comme un principe clé de l'idéologie libérale.

En outre, Kant est connu pour ses travaux sur les relations internationales, dans lesquels il a formulé la vision d'un monde dans lequel les États seraient unis par un système de lois et d'institutions internationales. Cette vision est considérée comme étroitement liée à l'idée libérale de la coopération internationale et de la gouvernance mondiale, et elle a joué un rôle important dans la définition de l'approche libérale des relations internationales.

Vers la paix perpétuelle est un court traité écrit par Emmanuel Kant en 1795. Dans cet ouvrage, Kant propose une vision d'un monde dans lequel les États seraient unis par un système de droit et d'institutions internationales. Il affirme que ce système favoriserait la paix et la stabilité en fournissant un cadre pour la résolution des conflits et la protection des droits individuels.

La vision de Kant de la paix perpétuelle repose sur un certain nombre de principes et d'idées clés :

  • Premièrement, il affirme que les États doivent être régis par un système de lois fondé sur les principes de justice et d'égalité. Cela signifie que les États doivent être soumis aux mêmes règles et obligations juridiques et qu'ils ne doivent pas être autorisés à utiliser leur pouvoir pour opprimer ou exploiter d'autres États.
  • Deuxièmement, Kant propose que les États soient liés par un système de lois et d'institutions internationales. Ce système fournirait un cadre pour la résolution pacifique des conflits et pour la protection des droits individuels. Il favoriserait également la coopération et la coordination entre les États, et contribuerait à prévenir les conflits et les guerres.
  • Troisièmement, Kant suggère que les États soient guidés par le principe du cosmopolitisme, selon lequel tous les individus sont membres d'une communauté mondiale et ont certains droits et obligations qui découlent de cette appartenance. Ce principe servirait de base à la protection des droits individuels et à la promotion de la paix et de la stabilité dans le système international.

Article définitif en vue de la paix perpétuelle

Premier article définitif en vue de la paix perpétuelle : la constitution civile de chaque État doit être républicaine

Il faut un régime où ceux qui décident ne sont pas les mêmes que ceux qui mettent en avant les principes de décision ; l’exécutif est séparé du législatif, il y a une séparation des pouvoirs. Entre le gouvernement et le parlement, il faut une séparation.

La protection de la liberté de culte est une protection qui est au-dessus de la volonté populaire, la décision du peuple suisse aussi démocratique soit elle concernant les minarets n’est pas acceptable parce qu’elle ne respecte pas les droits fondamentaux des individus.

« Lorsqu’il faut faire appel au suffira des citoyens (et qu’il n’en peut aller autrement dans une constitution républicaine) pour décider si la guerre doit avoir lieu ou non, il n’y a rien de plus naturel qu’ayant à décréter contre eux-mêmes tous les malheurs de la guerre, ils réfléchissent mûrement avant d’entreprendre un jeu si dangereux (il devraient , en effet, combattre en personne, payer de leurs propres ressources les frais de la guerre, réparer péniblement les dévastassions qu’elle laisse derrière elle ; enfin, pour comble de maux, ils contracteraient une dette qui rendrait amère la paix elle-même et qui ne pourrait jamais être amortie avant que n’éclate une nouvelle guerre). »

Ce n’est pas dans l’intérêt des États de faire la guerre contre d’autres démocraties, lorsque le droit de vote est attribué en 1795, à ce moment-là les choses changent.

Second article définitif en vue de la paix perpétuelle : le droit des gens doit être fondé sur une fédération d'États libres

[= jus gentium = Droit international public] C’est la raison qui explique pourquoi les États ne se font pas la guerre entre eux.

Il faut noter la théorie des biens publics, si par bonheur un État plus puissant dans une région va encourager les autres à avoir une constitution républicaine, alors on ne va plus faire la guerre entre ces différents États.

Troisième article définitif en vue de la paix perpétuelle : le droit cosmopolitique (Weltbürgerrecht) doit se borner aux conditions d'une hospitalité universelle

[= "droit de visite" => libéralisme commercial possible] C’est le droit des gens d’être des bourgeois du monde qui est une exigence très limitée, une sorte de droit de visite, n’importe qui peut voyager sans être tué et de profiter de l’hospitalité universelle.

Selon Kant, si on a le droit de faire cela, la recherche du profit et d’un égoïsme individuel va faire que les gens sont en relation les uns avec les autres et donc que le libéralisme commercial va développer cette interdépendance qui profite aux deux parties rapprochant les peuples et s’inscrivant dans la logique du libéralisme démocratique et vice-versa.

  1. le système international est anarchique : le système international est anarchique, toutefois grâce aux règles et institutions du libéralisme commercial et du libéralisme démocratique, ce système international pourrait devenir pacifique.
  2. toutefois, grâce aux règles et institutions du libéralisme commercial et du libéralisme démocratique : Kant défend une utopie réaliste, si une utopie est réaliste en ce sens, alors il est de notre devoir de réaliser cet idéal. C’est quelque chose qu’on ne réalise pas dans le sens du réalisme politique, mais dans le sens où cela peut devenir une réalité.
  3. il pourrait devenir pacifique
  4. « Chacun pour soi, mais le système pour tous »
  5. = aller du dilemme de la sécurité à sa solution
  6. grâce à la (bonne) main invisible....

Kant et les Quatre principes du libéralisme classique

Les quatre principes du libéralisme classique sont un ensemble d'idées qui sont souvent associées au libéralisme classique et qui sont basées sur les idées de Kant et d'autres philosophes. Ces principes sont les suivants :

  1. Le principe des droits individuels : Selon ce principe, les individus ont des droits et des libertés inhérents qui doivent être protégés par l'État et par les institutions internationales.
  2. Le principe de la liberté : Selon ce principe, les individus doivent être libres de poursuivre leurs propres objectifs et intérêts, tant qu'ils n'interfèrent pas avec les droits et libertés des autres.
  3. Le principe d'égalité : Selon ce principe, tous les individus sont égaux devant la loi et doivent bénéficier des mêmes droits et opportunités, indépendamment de leur race, de leur sexe, de leur religion ou d'autres facteurs.
  4. Le principe du laissez-faire : Ce principe veut que l'État n'intervienne pas dans l'économie et permette aux individus et aux entreprises de fonctionner librement sur le marché.

Ces principes sont considérés comme essentiels au libéralisme classique et sont souvent considérés comme la pierre angulaire de la pensée et de l'idéologie libérales modernes.

Wilson : la paix par le libéralisme commercial, le libéralisme démocratique et la Société des nations

Woodrow Wilson est considéré comme un libéral. Il était un leader politique et un homme d'État qui a été le 28e président des États-Unis, et il est connu pour son fort engagement envers les principes et les valeurs libéraux.

Wilson était un éminent défenseur des idées et des politiques libérales, et il a contribué à faire avancer un certain nombre de réformes libérales clés pendant son mandat. Par exemple, il a soutenu la création du système de la Réserve fédérale, qui visait à stabiliser l'économie et à protéger les droits des travailleurs et des consommateurs. Il a également soutenu l'adoption de la loi sur la Commission fédérale du commerce, qui a établi une agence fédérale chargée de réglementer les pratiques commerciales et de promouvoir la concurrence sur le marché.

En outre, Wilson était un fervent défenseur de la coopération internationale et de la primauté du droit, et il a joué un rôle déterminant dans la création de la Société des Nations. Cette organisation internationale avait pour but de promouvoir la paix et la stabilité en offrant un forum pour la résolution pacifique des conflits et pour la promotion de la coopération internationale. L'engagement de Wilson en faveur de la coopération internationale et de l'État de droit est conforme à la conviction libérale de l'importance de la gouvernance mondiale et de la protection des droits individuels.

En janvier 1918, Wilson propose un règlement, une organisation, une structuration du système international à partir de la douloureuse expérience de la Première Guerre Mondiale.

Wilson, en janvier 1918, est déjà le défenseur du libéralisme occidental, les États-Unis sortant comme la grande puissance de cette guerre, il est conscient de la force idéologique du communisme qui s’est établie au pouvoir peu auparavant à Moscou.

Les quatorze points montrent qu’on souhaite aller dans le sens la décolonisation marquant la rivalité entre les États-Unis et la Russie bolchévique.[1] (→ Fourteen Points, 8 January 1918)

« XIV. A general association of nations must be formed under specific covenants for the purpose of affording mutual guarantees of political independence and territorial integrity to great and small states alike ».

Il faut interpréter ces quatorze points du point de vue libéral ; par exemple la liberté des mers est quelque chose d’essentiel pour le libéralisme commercial, on ne peut concevoir un monde qui se globalise sans les transports maritimes.

Les libéraux internationalistes veulent transformer le monde par des idéaux parce qu’ils veulent transformer le monde en développant la paix.

La Société des Nations aura une importance décisive pour Genève, c’était un formidable espoir, car il s’agissait vraiment d’avoir une communauté des nations et de ne plus refaire les erreurs de 1914.

Wilson et les libéraux internationalistes parlent de l’internationalisme libéral, mais plus tard on parle d’idéalisme.

C’est précisément contre cet idéalisme que Carr en 1939 peu avant la Deuxième guerre mondiale publie un ouvrage qui est une condamnation de cet idéalisme : le conflit de la Seconde guerre mondiale est une validation du libéralisme internationaliste qui prend contre pied de l’idéalisme.

= "idéalisme" (critique des réalistes) Cet idéal est un problème d’action collective et des biens publics, nous verrons avec la théorie de l’action collective que ce n’est pas parce que tout le monde veut quelque chose que cela va se produire, car chacun veut goûter aux fruits de certaines choses, mais sans payer le prix de l’intervention, comme par exemple en Éthiopie où l’Italie mène une guerre coloniale et la Société des Nations ne réagit pas.

Tout le monde veut bénéficier des bénéfices de la paix internationale, mais personne ne veut payer le prix avec la nécessaire menace et la volonté réaliste d’intervenir.

Références

  1. THRONTVEIT, T. (2011). The Fable of the Fourteen Points: Woodrow Wilson and National Self-Determination. Diplomatic History, 35(3), 445–481. https://doi.org/10.1111/j.1467-7709.2011.00959.x