Analyse des régimes démocratiques et des processus de démocratisation
Les régimes politiques et la démocratisation sont des sujets vastes et complexes qui englobent de nombreux aspects de la société, de la politique et de l'histoire. Je vais essayer de vous donner une vue d'ensemble. Un régime politique est un système de gouvernance utilisé par un pays ou une région. Les régimes politiques peuvent varier grandement en fonction de plusieurs facteurs, dont le degré de démocratisation.
La démocratisation est le processus par lequel un pays passe d'un régime non démocratique (comme une dictature ou une monarchie absolue) à un régime démocratique. Ce processus peut prendre plusieurs formes et peut être influencé par de nombreux facteurs, notamment la pression internationale, les mouvements sociaux internes, les réformes économiques et politiques, et les changements dans la structure sociale et culturelle d'un pays. La démocratisation est généralement un processus complexe et souvent tumultueux. Il peut entraîner des changements radicaux dans la structure politique d'un pays, et il peut également être marqué par des conflits et des tensions. Cependant, la démocratisation est souvent considérée comme une étape positive vers un gouvernement plus représentatif et respectueux des droits de l'homme.
L'analyse des différences fondamentales entre les régimes démocratiques et non-démocratiques nous conduit à examiner plusieurs aspects clés des structures politiques, y compris la manière dont le pouvoir est exercé et l'interaction des citoyens avec le gouvernement.
Dans une démocratie, le pouvoir découle du peuple, via des élections libres et équitables. Les dirigeants sont élus par les citoyens et sont responsables devant ces derniers. Par contre, dans les régimes non-démocratiques, le pouvoir est souvent acquis et conservé par des moyens non démocratiques, tels que la force, l'intimidation, la fraude électorale ou l'héritage. En termes de libertés individuelles et de droits de l'homme, les démocraties sont généralement respectueuses, protégeant des libertés telles que la liberté d'expression, de la presse et le droit à un procès équitable. Par contraste, les régimes non-démocratiques ont tendance à restreindre ces droits et libertés. La séparation des pouvoirs est un autre trait caractéristique des démocraties, où une distinction nette est établie entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Cette séparation garantit qu'aucun individu ou groupe n'a un pouvoir absolu, permettant un système de contrôle et d'équilibre. Dans un régime non-démocratique, ces pouvoirs sont souvent concentrés entre les mains d'une seule entité. Concernant l'État de droit, les démocraties le maintiennent comme principe fondamental, assurant que tous, citoyens et dirigeants, sont soumis à la loi. En revanche, dans les régimes non-démocratiques, l'État de droit est souvent affaibli et les dirigeants peuvent agir sans craindre de conséquences. Enfin, la démocratie se caractérise par un pluralisme politique, permettant l'existence de multiples partis politiques et d'opinions diverses. En comparaison, les régimes non-démocratiques sont souvent dominés par un parti unique ou un nombre très restreint de partis.
Ces différences ont un impact considérable sur la vie des citoyens, la gouvernance, la stabilité politique, ainsi que la croissance économique et le développement. Cependant, la réalité politique mondiale est complexe et nuancée, et tous les régimes ne tombent pas parfaitement dans ces catégories.
La désirabilité de la democratie
La démocratie est largement reconnue et valorisée comme une forme souhaitable de gouvernement pour plusieurs raisons essentielles, tant intrinsèques que pratiques. Premièrement, elle repose sur le principe fondamental de la souveraineté populaire. Dans une démocratie, le pouvoir appartient au peuple. Cela signifie que les citoyens ont le droit et la capacité de participer activement au processus politique et de contribuer à la prise de décisions qui affectent leur vie quotidienne. C'est une affirmation directe du droit des individus à avoir un mot à dire dans la façon dont ils sont gouvernés. Deuxièmement, la démocratie est indissociable de la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cela inclut, entre autres, la liberté d'expression, la liberté de réunion, la liberté de religion et le droit à un procès équitable. Dans un système démocratique, ces droits sont généralement protégés par la loi et respectés par le gouvernement ainsi que par la société. Enfin, la démocratie est également caractérisée par l'absence de violence arbitraire. Elle offre aux citoyens une protection contre la violence et l'intimidation arbitraires. Tout abus de pouvoir ou acte de violence est sanctionné conformément à la loi, ce qui offre un niveau supplémentaire de sécurité et de justice pour les individus.
La démocratie est souvent considérée comme souhaitable non seulement pour ses valeurs intrinsèques, mais aussi pour les bénéfices tangibles qu'elle peut apporter à la société. Parmi ces bénéfices, on trouve la paix, le développement économique et la réduction de la corruption. Des recherches ont montré que les démocraties sont généralement plus pacifiques dans leurs relations avec d'autres démocraties, un concept connu sous le nom de "paix démocratique". Cette tendance à la non-agression et à la résolution pacifique des conflits contribue à créer un environnement plus sûr et plus stable pour leurs citoyens. De plus, la démocratie est souvent associée à un développement économique plus élevé. Les principes démocratiques, comme la responsabilité gouvernementale, le respect de l'État de droit et la protection des droits de propriété, sont favorables à une économie robuste et prospère. Dans un environnement où les règles sont respectées et où les dirigeants sont tenus pour responsables, l'innovation et l'investissement sont généralement encouragés, conduisant à une croissance économique plus dynamique. En outre, les démocraties ont tendance à avoir des niveaux de corruption plus bas que les régimes non démocratiques. Grâce à la transparence, à la responsabilité et à l'État de droit, la corruption peut être prévenue, détectée et punie de manière plus efficace, ce qui contribue à la confiance du public dans les institutions et à la justice sociale.
La notion du peuple qui gouverne est au cœur de notre compréhension contemporaine de la démocratie. Cela découle du mot lui-même - "démocratie" vient des mots grecs "demos", qui signifie peuple, et "kratos", qui signifie pouvoir ou règle. Par conséquent, la démocratie signifie littéralement "le pouvoir du peuple" ou "la règle du peuple". Dans une démocratie, le peuple détient le pouvoir ultime. Ce pouvoir peut être exercé directement, comme dans une démocratie directe où les citoyens participent personnellement à la prise de décision, ou indirectement, comme dans une démocratie représentative où les citoyens élisent des représentants pour prendre des décisions en leur nom. Cette idée de la souveraineté populaire est cruciale car elle signifie que le gouvernement est responsable devant ses citoyens. Les dirigeants sont élus par le peuple et doivent rendre des comptes à celui-ci. Cela crée un système de contrôles et d'équilibres où le pouvoir du gouvernement est limité et contrôlé par le peuple qu'il sert. Cette conception contemporaine de la démocratie met l'accent sur la participation des citoyens, la responsabilité gouvernementale et le respect des libertés et des droits fondamentaux. Elle reconnaît que le pouvoir réside dans le peuple et cherche à créer un système où ce pouvoir est exercé de manière équitable et transparente.
La démocratie n'a pas toujours été vue comme la forme de gouvernement la plus souhaitable. De nombreux penseurs de l'Antiquité, dont Platon et Aristote, ont exprimé leurs réserves à son sujet. Platon, dans sa célèbre œuvre "La République", mettait en garde contre les dangers de la démocratie. Il estimait que les décisions politiques devaient être prises par une classe de gardiens éduqués et expérimentés, qui étaient le mieux à même de guider la société vers le bien commun. Pour Platon, la démocratie était risquée parce qu'elle accordait le pouvoir à la masse populaire, qui n'était pas nécessairement éduquée ou apte à prendre des décisions éclairées. Il craignait que la démocratie ne conduise à des décisions impulsives, non fondées et potentiellement nuisibles pour la société. Aristote, dans "Politiques", énumérait également les défauts potentiels de la démocratie. Il reconnaissait que la démocratie pouvait devenir une tyrannie de la majorité, où les intérêts du plus grand nombre l'emporteraient inévitablement sur ceux de la minorité. Il s'inquiétait également du risque de démagogie, où des leaders populistes pourraient manipuler la masse pour leur propre bénéfice. Ces vues étaient formulées dans le contexte des cités-États grecques antiques, où la démocratie fonctionnait différemment de la démocratie représentative moderne. Cependant, elles soulignent des questions importantes sur le fonctionnement de la démocratie qui sont encore débattues aujourd'hui, telles que la façon de garantir des décisions éclairées, d'éviter la tyrannie de la majorité et de prévenir la démagogie.
C'est surtout après la Seconde Guerre mondiale que la démocratie a commencé à être largement considérée comme la forme de gouvernement la plus souhaitable. Plusieurs facteurs ont contribué à ce changement de perception.
Premièrement, les atrocités commises par les régimes totalitaires pendant la guerre ont souligné les dangers d'un pouvoir non contrôlé. Cela a conduit à un rejet général des formes autoritaires de gouvernement et à une valorisation accrue des principes démocratiques de liberté, d'égalité et de respect des droits de l'homme. Deuxièmement, la période d'après-guerre a été marquée par un processus de décolonisation qui a conduit à l'émergence de nombreux nouveaux États. Ces États ont souvent adopté des formes démocratiques de gouvernement, ce qui a contribué à renforcer l'idée que la démocratie était le modèle à suivre. Enfin, la Guerre froide entre les États-Unis et l'Union soviétique a également joué un rôle. Les États-Unis se sont positionnés comme les défenseurs de la démocratie et ont activement promu ce système de gouvernement dans le monde entier. Par ailleurs, la chute du mur de Berlin en 1989 et l'effondrement subséquent de l'Union soviétique ont été interprétés par beaucoup comme une victoire de la démocratie sur l'autoritarisme. Depuis lors, la démocratie est largement perçue comme le modèle de gouvernance le plus souhaitable, malgré les défis et les difficultés qu'elle peut présenter. Cependant, il est important de noter que la réalisation de la démocratie implique bien plus que la simple tenue d'élections : elle nécessite également le respect des droits de l'homme, un État de droit solide, une société civile active, et une culture politique qui valorise la participation et la responsabilité.
Churchill a adressé ce paradoxe « la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres ».[1] Ce paradoxe reconnaît que, bien que la démocratie ait ses défauts, elle reste le système de gouvernement le plus souhaitable par rapport aux alternatives disponibles. Churchill met en évidence que, malgré ses défauts, la démocratie a une capacité unique d'autocorrection qui manque dans d'autres systèmes de gouvernement. Les erreurs et les excès peuvent être corrigés grâce à l'expression libre de l'opinion publique et au processus électoral. Dans une démocratie, les dirigeants peuvent être tenus responsables de leurs actes et les citoyens ont le pouvoir de changer leur gouvernement s'ils sont insatisfaits de sa performance. En revanche, les régimes non démocratiques peuvent ne pas avoir de mécanismes efficaces pour corriger les erreurs ou contrôler les abus de pouvoir. Les dirigeants ne sont pas tenus de rendre des comptes aux citoyens, et il peut être difficile, voire impossible, pour les citoyens de changer leur gouvernement. Ainsi, même si la démocratie peut être critiquée pour être désordonnée, inefficace ou susceptible de tomber dans la tyrannie de la majorité, elle est préférée à d'autres formes de gouvernement en raison de sa capacité à s'autocorriger, à protéger les droits de l'homme et à garantir la responsabilité politique.
Plusieurs types de questions sont posés :
- Qu’est-ce que la démocratie ? La démocratie est une forme de gouvernement dans laquelle le pouvoir est exercé par le peuple. Cela peut être réalisé soit directement, où les citoyens participent activement à la prise de décision (démocratie directe), soit indirectement, où les citoyens élisent des représentants pour prendre des décisions en leur nom (démocratie représentative). Les valeurs fondamentales de la démocratie comprennent la liberté, l'égalité, la participation, la responsabilité et le respect des droits de l'homme.
- Quels pays sont des démocraties ? Il y a de nombreux pays dans le monde qui sont considérés comme des démocraties. Ces pays comprennent, mais ne sont pas limités à, les États-Unis, le Canada, la plupart des pays de l'Union européenne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Inde, le Japon et l'Afrique du Sud. Cependant, il convient de noter que toutes les démocraties ne sont pas les mêmes et qu'il peut y avoir des variations significatives en termes de degré et de qualité de la démocratie.
- Quels sont les éléments constitutifs de la démocratie ? Les éléments constitutifs de la démocratie comprennent : l'égalité politique (tous les citoyens ont le droit de participer), la liberté d'expression et de réunion, la liberté de la presse, le respect des droits de l'homme, la primauté du droit, des élections libres et justes, et la gouvernance par le consentement du gouverné.
- Quels sont les éléments nécessaires à la démocratie ? Les éléments nécessaires à la démocratie comprennent un État de droit solide, des institutions fortes et responsables, une société civile active, une presse libre, une culture politique qui valorise la participation et la responsabilité, et une population éduquée et informée. De plus, la tolérance et la confiance mutuelles sont essentielles pour le fonctionnement d'une démocratie.
- Qu’est-ce qui permet de distinguer les régimes non démocratiques des régimes démocratiques ? Les régimes non démocratiques sont généralement caractérisés par un manque de responsabilité politique, des restrictions à la liberté d'expression et d'association, l'absence d'élections libres et justes, et souvent un mépris pour les droits de l'homme. Les dirigeants peuvent exercer un pouvoir absolu ou quasi absolu sans être contrôlés par la loi ou par les citoyens. En revanche, dans une démocratie, le pouvoir est contrôlé, les dirigeants sont tenus pour responsables, et les droits et libertés des citoyens sont respectés et protégés.
La transition démocratique et la consolidation démocratique sont des aspects cruciaux de l'étude de la démocratie.
- Transition démocratique : La transition démocratique fait référence au processus par lequel un régime autoritaire ou non démocratique devient une démocratie. Ce processus peut être déclenché par une variété de facteurs, y compris le mécontentement populaire, l'échec économique, la pression internationale, ou les réformes initiées par le régime lui-même. Le processus de transition implique souvent l'établissement d'institutions démocratiques, la tenue d'élections libres et justes, et la garantie des droits civils et politiques. Cependant, toutes les transitions démocratiques ne sont pas réussies, et certains pays peuvent retomber dans l'autoritarisme ou s'installer dans un état d'"hybridité" où certaines caractéristiques démocratiques coexistent avec des éléments autoritaires.
- Consolidation démocratique : La consolidation démocratique fait référence au processus par lequel la démocratie devient la "seule règle du jeu", c'est-à-dire que la majorité des citoyens acceptent la démocratie comme la forme légitime de gouvernement, et que les institutions démocratiques sont suffisamment fortes pour résister aux défis et aux crises. Les facteurs qui influencent la consolidation démocratique peuvent inclure le développement économique, la culture politique, le niveau d'éducation, l'existence d'une société civile robuste, et la confiance dans les institutions démocratiques. Par exemple, dans le cas de l'Ukraine, une consolidation réussie de la démocratie pourrait dépendre de la capacité du pays à gérer les conflits internes, à construire une économie forte et stable, à réduire la corruption, et à maintenir un engagement envers les valeurs et les institutions démocratiques.
Alors que la transition démocratique se concentre sur le passage de l'autoritarisme à la démocratie, la consolidation démocratique se préoccupe de la manière dont la démocratie peut être maintenue et renforcée une fois établie.
Définir la démocratie
Robert Dahl (1915 - 2014) fut un chercheur américain qui a établi sa renommée à travers son ouvrage Polyarchie publié en 1971[2]. Il développe deux dimensions que sont la contestation et la participation qui vont lui permettre de classifier les régimes politiques existants.
Dahl est devenu célèbre pour l’identification de deux dimensions :
- participation (inclusion) : fait référence à l’étendu du suffrage universel à savoir la définition de ceux qui sont autorisés à participer au processus démocratique, c’est le droit de participer au processus démocratique, c’est-à-dire a l’inclusion ou l’exclusion des individus dans le processus politique. Les pays qui pratiquent l’exclusion en limitant le droit de vote sur la base du sexe, de l’ethnicité, de l’accès à la propriété ou d’autres critères discriminatifs vont être moins inclusifs à la participation des individus au processus politique.
- contestation (opposition) : dans quelle mesure les citoyens sont-ils libres de s’investir dans des partis opposés ? C’est aussi l’idée de degrés de contestation qu’il existe du pouvoir politique en place, c’est-à-dire dans quelle mesure la contestation est autorisée et libre envers les dirigeants en place. Cela renvoie à des garanties constitutionnelles comme l’existence de la liberté d’expression, la liberté d’assemblée, de constituer des partis politiques, l’existence d’élections libres. L’existence d’opposition au pouvoir établie l’idée est qu’il y ait une possibilité garantie de pouvoir changer les dirigeants politiques en place par un processus compétitif et ouvert.
Cela permet de classifier les régimes politiques à travers le monde.
Ce graphique permet de saisir la variation sur les deux dimensions de Dahl. Sur l’axe Y est la variable des contestations,l’axe X revoie à la participation.
On peut placer des pays dans certaine période :
- le régime d’apartheid en Afrique du Sud excluait la population noire ce qui n’a pas empêché l’existence d’un pluralisme politique parmi la population blanche.
- les États-Unis avant 1830, afin de voter, les individus devaient s’acquitter d’un impôt basé sur la propriété, c’était un système très exclusif.
- la Suisse avant 1971 avait une inclusion à mi-chemin, car l’octroi du droit de vote à la femme fut accordé que très tardivement engage un système très peu inclusif. La plupart des démocraties modernes se situent dans le cadrant haut à droite.
- la Chine est placée en bas à gauche avec et un taux de contestation faible et un taux d’inclusion faible, car le pourcentage de chinois membre du parti communiste est relativement faible, d’autre part la consultation pour les élections est faible, ce sont particulièrement les cadres qui décident de qui forme l’équipe dirigeante pour les huit années à venir.
Ainsi, il est possible de différencier et d’identifier quatre cadrans principaux avec plus ou moins de contestation et de participation.
Le terme polyarchie est un système ou un pays qui connaît à la fois un taux élevé de contestation (opposition) et un taux élevé de participation (inclusion).
Pour Dahl, la démocratie reste l’idéale typique qui n’est nulle part atteinte, la polyarchie essaie de tendre vers un équilibre optimal.
Dahl a fait une distinction entre polyarchie et démocratie, la polyarchie est la forme concrète que va prendre la démocratie.La polyarchie va tendre vers l’idéal type qui est la démocratie parce que la polyarchie est caractérisée par des niveaux élevés et la démocratie qui serait des taux élevés participation et de contestation.
La contestation est l’inclusion ne sont finalement que deux dimensions, car d’autres conceptions peuvent intégrer d’autres dimensions pouvant tendre vers l’idéal type de la démocratie. Cependant le terme polyarchie n’a pas perduré par la suite.
Dahl propose une définition de la démocratie caractérisée par 8 procédures. Si celles-ci sont garanties, la démocratie est présente dans un pays donné :
- liberté d’association ;
- liberté expression ;
- droit de vote ;
- droit à l’éligibilité ;
- droit des leaders politiques à rivaliser pour le soutien populaire : c’est le droit pour des leaders politiques de faire campagne ;
- diversité des sources d’informations (pluralité de la presse) ;
- élections libres et justes : permet de traduire l’expression populaire en des sièges au parlement ;
- institutions garantissant que les politiques gouvernementales dépendent des voies exprimées (i.e. système électoraux).
Certains, dont Alfred Stepan, ont revu cette définition estimant qu’il manque un élément crucial à savoir ceux respectant les libertés fondamentales et le droit des minorités, une démocratie se doit de respecter les libertés fondamentales afin d’éviter la dictature de la majorité.
Deux conceptions de la démocratie
Il est courant dans la littérature de faire une différence entre démocratie procédurale et substantielle.
- procédurale : classifie les régimes politiques en termes de présence ou d’absence d’un certain nombre d’institutions ou de procédures qui définissent les régimes politiques.Cette définition est minimaliste et moins exigeante. Pour Giddens, la démocratie se définit par le multipartisme, des élections libres, des garanties des libertés civiques et des droits humains fondamentaux.
- substantielle : celle-ci ferrait une classification des régimes politiques plus en termes de résultats concrets (output). Saward propose qu’un pays soit démocratique lorsque l’influence des citoyens est plus ou moins égale sur le système politique. Cette définition tient au fait qu’elle nous rappelle que toute démocratie est imparfaite et que sur d’autres critères elle est très éloignée d’une idée de participation égale des citoyens. Peu de cas de démocraties contemporaines répondent à ces exigences. L’utilité de cette définition est de nous rappeler que toute démocratie est imparfaite étant basée sur des critères discutables et normatifs.
Régimes autoritaires et transition démocratique
La recherche sur la démocratisation sur les régimes sud-américains et la chute de l’URSS met en avant qu’il est difficile d’établir des généralisations pour expliquer ces processus de transition démocratique.
Une des raisons des principales est la difficulté à la généralisation est dû au fait qu’on ne discerne pas suffisamment les nuances à l’intérieur du camp autoritaire.
La thèse que Barbara Geddes développe est que le processus de démocratisation c’est-à-dire la manière dont les régimes autocratiques se défont varie fortement entre les types de régimes.
On distingue trois types de dictature :
- personnaliste : mené par un individu et sa famille voir même un clan qui détient le contrôle sur les différents leviers du pouvoir. L’intérêt suprême est la survie du régime, car sa chute amènerait une perte énorme (ex – Lybie de Kadhafi, Syrie de Bachar El-Assad, Tunisie de Ben Ali, Nord Corée de Kim Yun). La probabilité d’une réforme volontaire vers la transition démocratique est faible, d’une part les divisions internes à une élite dirigeante sont rares, voire improbables, d’autre part, les pertes éventuelles liées à un changement de régime sont trop importantes. Le changement de régime est induit lorsqu’il est soumis à la pression populaire et en lien avec l’utilisation de la violence,ce sont des grèves, des manifestations populaires qui peuvent forcer une libéralisation du régime ;le renversement total du régime se fait par la révolte populaire, par la révolution, la guerre civile ou l’invasion étrangère. Les facteurs internationaux jouent un rôle important comme causes du renversement du régime que cela soit par le rôle d’une intervention militaire directe, mais aussi le rôle des pressions économiques ou diplomatiques que la Société des Nations peut exercer envers un tel pays.
- militaire : la probabilité de transition démocratique y est le plus forte. Cela tient au fait que pour les militaires la dictature n’est pas moins un moyen qu’une fin. Ils veulent préserver la sécurité nationale, l’intérêt des militaires est la survie de l’armée comme institution, au maintien de leurs prérogatives et à la taille de leur organisation. Lorsqu’un régime militaire fait face à une crise de nature politique et économique, il y a une crainte, au sein des militaires, de factionnalisme c’est-à-dire une crainte de divergences de vues quant aux réponses à apporter à la crise. Il est rare qu’il y ait une idéologie similaire, le factionnalisme va être un déclencheur de la libéralisation politique. Si ces préoccupations sont maintenues dans un régime démocratique, les militaires pourraient imaginer un autre type de régime (ex- Birmanie). L’initiative provient de l’élite militaire, ces transitions ont tendances à être négociées et ordonnées, les successeurs des dirigeants militaires sont souvent désignés lors d’élections compétitives.
- régime à parti unique ou hégémonique : l’introduction d’un parti unique et souvent le produit d’une révolution qui porte un courant nationaliste ou idéologique. La préférence des cadres est pour le maintien au pouvoir. Les divisions internes sont peu probables notamment dû à la cooptation des opposants, le régime va permettre la participation d’opposants modérés de façon à opposer et affaiblir les opposants les plus radicaux ainsi cela permet de renforcer la légitimité du pouvoir. Ce n’est pas surprenant que ces régimes durent le plus longtemps. De plus la probabilité de transition est très faible. Ces régimes ont tendance à durer plus longtemps que les deux autres types de régimes autoritaires, il y a une préférence des cadres de maintenir le statu quo. Si les membres d’un parti unique n’ont pas les moyens de se maintenir au pouvoir, ils vont préférer un régime démocratique, car ils ont de bonnes chances de pouvoir poursuivre la carrière en tant que politiciens démocratiques ; s’il est impossible de maintenir la cohésion du système autoritaire, un système démocratique et préférable à un autre système autoritaire dominé par une opposition, dans un système démocratique, il est possible au politicien de se profiler sous un nouveau visage. L’implication est que les gouvernements à parti unique négocient la suppression du régime autoritaire par la voie d’élections s‘il n’y a pas moyen de maintenir le régime démocratique.
Dans son article intitulé some requisites of democracy, economic development and politic legitimacy écrit en 1959, Lipset fait figure de pionnier, car il identifie l’association et la régularité très forte entre coréalisation entre modernisation et régime politique et démocratique. Ce point de vue et développé empiriquement en parlant d’urbanisation, d’industrialisation, d’éducation, etc. Ce sont des indicateurs liés à la modernisation. Tous ces indicateurs sont fortement corrélés à la démocratie.
On constate un désaccord dans la littérature de savoir si le développement économique est véritablement une cause et un élément de la démocratisation. C’est une interrogation de l’existence d’un processus causal qui sous-tend ces deux, c’est-à-dire que le développement va causer par un certain nombre de processus la démocratie, d’autres argumentent que cette relation reflète une relation au niveau de la consolidation de la démocratie plutôt que de la transition, c’est-à-dire que le développement va réduire la probabilité d’un effondrement démocratique. En d’autres termes, le développement économique est plutôt une garantie qu’une fois qu’un pays est une démocratie, il aura moins tendance à retourner vers un régime autoritaire et donc contribuant à stabiliser et consolider la démocratie.
Annexes
- Some Social Requisites of Democracy: Economic Development and Political Legitimacy; Seymour Martin Lipset - The American Political Science Review , Vol. 53, No. 1 (Mar., 1959) , pp. 69-105Published by: American Political Science Association; Article Stable URL: http://www.jstor.org/stable/1951731
- Polyarchy Dataset: http://www.nd.edu/~mcoppedg/crd/datacrd.htm Democracy index based on Robert Dahl's (1971) concept of polyarchy. Developed by Michael Coppedge (University of Notre Dame) and Wolfgang Reinicke (Global Public Policy Institute) the index is available for all countries worldwide for the time span 1985-2000.
- Mesurer la démocratie - Daniel Bochsler NCCR Democracy & Zentrum für Demokratie Aarau (Universität Zürich) url:http://www.andreasladner.ch/idheap/mpa_2012_DFLOP-Dateien/mesurer_la_d%C3%A9mocratie2012.pdf
- http://www.democracybarometer.org/
- Dahl, Robert Alan. Polyarchy: Participation and Opposition. New Haven (Conn.): Yale UP, 1971.