Morphologie des contestations

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La morphologie des contestations définies des formes d’action. Le social a des formes qui représentent un système d’organisation social spécifique. Dès lors il existedes formes d’homogénéité dans les actions entreprises.

Il existe un nombre important de mots qui décrivent des situationssociales différentes. Pour certains auteurs elles ne sont pas aussi distinctesque ce que l’on pourrait espérer.

Protestation : le mot protestation signifie au départ« témoigner », il n’est pas tourné vers la violence. C’est d’abord un témoignage parce qu’il se fonde dans sa dimension laplus contemporaine à savoir l’étymologie protestante. Le principe du protestantisme étant une attestation de foidans le sens où il la témoigne d’une façon différente affirmant la notion de laprotestation : les valeurs ne sont peut-être pas nécessairement cellequ’on pense, condamnation de dérives du catholicisme.

On voit apparaître aussi des notions très modernes :

  • la dignité de l’homme
  • le libre arbitre
  • opposition au monde pour bâtir un monde meilleur

On porte une interprétation humaniste de la société.

Cette réflexion est une question importante car elle nous engage surdes questions d’actualité que son :

  • la cohésion d’ensemble
  • les pratiques collectives

Au-delà de l’indignation il y a la construction d’un sens collectif. C’estun paradigme du changement.

Ce changement peut revêtir des formes multiples détenant une hauteforme symbolique.

Dans le concept de protestation il y a une question de l’échange, car plus on monte dans l’intensité plus le dialogue est limité.


Du conflit à la subversion

Le conflit

JulienFreund (1921-1995) Ø Sociologue et philosophe français

L’essencedu politique, 1965, Qu’est-ce que la politique? 1968 ,Utopie et violence, 1978.Sociologie du conflit, 1993.

Julien Freund et la théorie duconflit

Le rapport entre politique (état) etobéissance (individus)

Il va s’interroger sur le mot de conflit enpartant sur une idée importante è toute société est paressence conflictuelle, toute société est capabled’activer une forme de conflit en elle, mais le conflit n’est pas toujoursnégatif (conflit social : structuration de négociations par leconflit : syndicalisme inhérent à nos fonctionnements démocratiques,représentation d’intérêts qui négocie sur la base du conflit social[employé-employeurs, ouvriers-capitaines d’industrie…]). Cette notion de conflit social montre qu’une société ne peut pas se passer de la conflictualité. Dans le cas de transformations socialesfortes, l’homme est dépassé par le mouvement et va donc s’opposer à cechangement, car il lui apparaît trop menaçant. Il va s’opposer en tentant de freinerce mouvement. Leconflit est éminemment propre à la conception de l’espace public è il nousprojette dans l’espace public, par opposition à l’espace privé. Du coup, le conflit est l’une des formes possiblesdes relations socialesè les relations sociales partent de lanature même du conflit, cela oblige à avoir un dialogue social. Quel est lechamp du conflit ? Il régit toute la société et est présent aussi biendans la sphère publique que dans la sphère privée (conflit familial), maisla sphère privée n’intéresse personne pour autant que cela n’entrave pas lasphère publique. Il est impossible de supprimer le conflit,puisqu’il est intrinsèque à la société.

Deux types principaux de conflits

1. La lutte: forme indéterminée du conflit, de l’ordre imprévisible 2 formes de lutte: la violence directe et les procédés dissimulés pour unobjectif à long terme (Par exemple: la lutte des classes) La lutte des classes est une lutte structurée, elle échappe àl’imprévisible


2. Le combat: type de conflit soumis à des règles ou des conventions plus ou moinsprécises Substitution de la règle du combat à la violence désordonnée de la lutte il a pour fonction de contenir la violence dans une certaine limite.


La violence peut être pure (état polémique) ou canalisée(état agonal)

L'état polémique: violence ouverte et directe ou combat réglé le rival est un ennemi

L'état agonal: compétition, concurrence ou concours le rival est un adversaire (sport). è On canalisela violence en autorisant l’adversité, la rivalité pour pallier à l’étatpolémique où la rivalité est de l’ordre du physique.

ð Le champ du sport : c’est un espaceoù la violence peut revenir à chaque instant. Ces sports réactivent la violenceindividuelle dans le sens où les supporters des différents camps entrent dansune certaines conflictualité. Paradoxepour les sociétés : les compétitions sportives sont utiles pourpallier à l’état polémique, mais en même temps, l’état agonal réactive l’étatpolémique.

L’émeute

L’émeute => émouvoir => émotion : dimension philosophique de l’émotion, de l’ordre de l’émotion.


Le concept d’émeute c’est une dégénérescence desconflits, parce qu’il peut être régulé par des institutions de régulation duconflit.

Ce concept est pour les philosophes la dégénérescence du conflit,renvoyant à « l’émotion ». On est sur le champ émotionnel. Elleest historiquement perçue comme dangereuse parce qu’elle est conduite parl’émotion, c’est-à-dire un comportement non-rationnel ; elleest de l’ordre de l’immédiateté. Elles se construisent souvent à partir de la rumeur : elles colportent la dimension émotionnelle dans l’espace public.

Elles se déchainent brutalement est dépassent les interdits sociaux ainsi que les conventions juridiques etmorales. Elles se développent sans calcules et sans moyens, sans pitié, sansraisonnement. Son problème est la difficulté de la maitriser. C’est un espace de transgression des valeurs.

L’émeute est la naissance d’une forme de violence gratuite qui a une dimension récréative. Elleest liée à des caractères objectifs notamment lié à la pauvreté, au chômage,lié au sentiment de marginalisation, au sentiment d’insécurité.

Toute l’histoire de la philosophie et de la théorie classique est de dire que ce qui fait l’art politique est la raison. Aristote et Platon postulent que la politique vadevenir un art, c’est-à-dire la capacité d’agir, par l’introduction de laraison car ce qui est politique est le dessaisissement de l‘émotion.

Toute la philosophie classique va être de dire que l’art politique est le discours de la rationalité.

Les émeutes sont une façon de s’exprimer, c’est une réaction notamment àla provocation des politiques, à la marginalisation.Ainsi, aujourd’hui le discours et celui de l’émotion.

Subversion et révolutions

La subversion est intéressent parce que lepréfixe « sub » a une dimension de dépassement de quelque chose.. Elle est pensée, c’est del’ordre du processus et de l’action, mais aussi du côté du renversement en opposition à l’émeute, c’estpenser le moyens du renversement à travers une intentionnalité. C’est un changementpar un processus qui revoie à des moyen et des règles, à savoir les moyens à dispositionpour renverser le processus.

C’est la constitution d’une force d’action pour transformer venant dudiscours militaire et géopolitique :

  • Encerclement idéologique: fabrication d’une barrière idéologique pour empêcher le développement des idées d’un adversaire
  • Encerclement politique : travailler les porteurs de décisions mais aussi restreindre leur liberté d’action et les marginaliser.
  • Encerclement stratégique : créer un environnement défavorable à l’adversaire pour limiter son action.

C’est une conceptualisation du contrôle de l’adversaire afin de le faire plier. Lasubversion est de l’ordre de changer leschoses par différents types de moyensdont la force.

Roger Micchielli (1919-1983) développe trois enjeux de la subversion. Ce sont des techniques quise justifient par la nature du conflit. Ellesdécoulent de savoir-faire qui peuvent déclencher la violence si nécessaire ce qui faitqu’elle est insidieuse.

  • Démoraliser la nation viser : décomposer le moral
  • Discréditer l’autorité : faire des campagnes de communications pour présenter l’adversaire comme un danger
  • Neutraliser les masses : construire les modalités pour empêcher le soutien des masses au dictateur concerné.

Les média sont un outil important pour manipulerl’opinion publique. La subversion est de l’ordre de la mise enscène. L’usage des media permet de fabriquer l’opinion publique qui à travers des diffusion peuvent changer laréalité tel qu’on la perçoit. Enfabricant une réalité on fabrique une opposition et les conditions de ladestruction d’un régime.

La subversion est tout un système intéressentcar c’est un dispositif qui permet de changer la nature des régimes politiques.

Le renouveaucontemporain de la contestation

Le concept de contre-pouvoir

Depuis une vingtaine d’année la contestation renait d’une façon différente. Le livre « Contre-Pouvoir »de Miguel Benasayag et Diego Sztulwarkal s’interrogent sur l’analyse del’évolution des modèles de lutte dans le monde contemporain. Dansles années 1970, l’action ne pouvait être pensée que parrapport à la question de la construction de l’idéologie.Aujourd’hui nous sommes passé à autre chose. La précédente génération a échouéeaux grands utopismes en pensant que la prise dupouvoir pouvait changer les choses, c’estun constat de l’échec de sa génération. Au contraire aujourd’hui émerge unegénération qui développe son discours par le bas et non plus par le top-down. Les problèmes de la planète d’aujourd’hui découlent des échecs du passé. Enintégrant les institutions les militants se sont embourgeoisés avec leursutopismes.

Le paradoxe est de ne plus se masquer de grandes idéologies pour le changement mais il ne faut plus avoirde grands programmes ce qui permet d’avoir des projet et d’être plus actif ausein de la société et pour la faire évoluer.

Comment fabriquer uneefficacité politique ? Ne serait-elle pas ailleurs que dans la subversion ? Au lieu de chercher à conquérir le pouvoir au cœur, il faut peut-êtreregarder ce qu’il se passe aujourd’hui sur les mobilisations de terrain.L’avenir n’est pas la conquête du pouvoir mais le contre-pouvoir. Ce qui va changer demainc’est le fait que les gens sur place vont commencer à se mobiliser sur desgrandes questions. L’enjeu n’est plus de conduire le pouvoir mais de fabriquer un contre-pouvoir. Leregard critique sur les grandes questions de société est un mode contestataire.

De nombreuses ambiguïtés apparaissent notamment vis-à-vis de la violence qui dans un rapportcontestataire avec la violenceinstitutionnelle se justifie et trouve une légitimité enfaisant face à une violence institutionnelle. Lemonde meilleur nécessite plus d’égalité, maispour construire le monde meilleur selon les préceptes marxistes il faut recourir parfois à laviolence. Il faut repenser lesconditions de l‘action à partir de la base dansl’utilisation d’une violence contestataire pour remettre en cause les grandesorientations de notre société.

Cet ouvrage permet de comprendre les formes de contestations actuelles. Pour Benasayag, il y a un changement de paradigme de la lutte sociale qui est un glissement du syndicalisme traditionnelqui est la défense d’intérêts spécifiques à une revendication sociétal qui est d’autant plus intéressent qu’elle peutremettre en cause des grands schémas de pensé des individus.

Les nouveaux mouvements civils de contestation

Ulrich Beck a écrit pouvoir et contre-pouvoir à l’heure de la mondialisation publié en 2003. Il s’interroge sur les nouveaux paradigmes de la contestation sociale. L’hypothèse est fondée sur le cosmopolitisme méthodologique, c’est l’idée de direque nous rentrons dans une société mondialisée qui modifie toutes les règles de fonctionnement et des champs sociaux. Àpartir des mutations de la société de l’information nous sommes rentré dans une sociétémondialisée. La société mondiale qui rassemble les différencesest cosmopolite.

Le constat est de dire que si nous sommes rentré dans le cosmopolitisme nous sommes rentré dans denouvelles notions parce que la société est mondialisée. Cela modifie toutes les règles defonctionnement et d’échange,l’États-Nation n’est plus le seul acteurmajeur, le politique fait un qui va au-delà de l’État-Nation ; l’Étatest dépolitisé passant vers une infrapolitisation globale des sociétés menant à une société mondialecosmopolite qui intègre les différences decultures. Si nous avons conscience d’appartenir à un seul monde, il est bienclair que la nature des combats contemporains est différente des précédents.

Dès lors le concept d’État-Nation est dépassé car les combatsdeviennent globaux. L’État-Nation est dépolitisé dans la mondialisation économique. On aboutit à une société civile mondiale ou le politique a perdu de sonefficacité faisant apparaître des enjeux cosmopolitique :

  • la pauvreté
  • les risques
  • les inégalités
  • le réchauffement climatique

Ce sont les nouvelles questions qui émergent de la société cosmopolite. C’estune société qui doit affronter des défis totalement nouveaux et dont on a pasles éléments de gestion parce que c’est une autre forme de pensée qu’il fautinventer. La souveraineté étatique de l’État-Nation ne répond plus à ces questions.

Il développe ce que serait la nouvelle forme de l’État politique. Les lieux de sensibilisé d’action collectives sont les nouveaux combat : question des boycotts de produits, les politiques écologiques... En réalité le conflit n’a pas disparu mais ressurgie sur d’autres formes en déqualifiant les formes anciennes de la mobilisation politique.

Il faut comprendre le fait que cette position philosophique cosmopolitique va pouvoir prendre un pas considérable cartoutes les barrières sont levées. Les enjeux de demain ne sont pas de l’ordrede la souveraineté étatique.

La contestation cosmopolitique qui fait éclater le cadre national est produit un nouveau militantisme : émergence de la minorité active de la contestation, ainsi dans un climat tenduémerge des mobilisations des « sans ». De nouveaux espaces mais aussi acteurs de la société se mobilisent.

Dès lors que les formes classique de la protestation ne correspond plus à l’enjeu deces luttes.

L’effet de balancier immédiat est que les formestraditionnelles de contestations s’effritent parce qu’elles sont fondéessur des bases corporatistes qui ne sont plus à l’échelle desproblèmes.

On assiste à un déplacement de la lutte aujourd’hui notamment avec l’arrivée des jeunesqui sont mobilisé sur des sujets qui les interrogent sur leur devenir.

On change dans les modes d’action. Les modes d’action sont renouvelés à travers des groupes sociaux mobiles :

  • les jeunes
  • les femmes actives
  • la classe moyenne
  • ceux ayant un fort capitalculturel qui permet de mobiliser

La dynamique associative est aussi le fait qu’on va sechoisir sa propre cause cosmopolite. On ne s’engage pas sur quelque chose de l’ordre de l’idéologie, surquelque chose qui acte l’être légitime mais à défendre. On choisis sa cause enrésonance avec sa propre réflexion.

Il y a une réinvention de l’espace public et une émergence d’unedémocratie directe. Toutest dans l’instant. La mobilisation va être efficace parce que ce sont desforums d’actions renouvelés avec une médiatisation instantanée dans le sens ou les médias sont d’autant plus puissants.

Dans tous les pays industrialisés il y a une montée en puissance du militantismeassociative qui recherche quelque chose depragmatique ainsi qu’une participative rapide et effective à des débats desociété sans être écrasé par le poidsdes structures, il y a une capacité de sélection, il fautchoisir des causes, celle en adéquation avec le sens de sa quotidienneté.

De plus, se trouve l’émergence d’une contre-expertise avec des solutionsintermédiaires. Il y a une efficacité demobilisation qui remet en cause le lobbying.

Maintenant il existe un répertoire très large d’action qui permet de créer des actionsnon-conventionnelles qui prennent des aspects« coup de poing » pour montrer les limites des dispositifsinstitutionnels et qui ne rentrent pas dans une logiquestructurelle.

L’usage d’internet permet de mettre en lumière desespaces jusqu’à la peu visible et permetaussi un partage et une exploitation des données dans l’instantané etle direct pour fabriquer un contre-pouvoir international à partir de l’opinion publique. C’estun nouvel investissement de l’espace publique qui marginalise les syndicat. Ce sont desmobilisations réactives et rapides qui permettent desréclamations rapide hors d’une logique structurelledébordant la société civile. C’est la fabrication d’une démocratie directe instantanée.


Dès lors la mobilisation se fait autour des « sans », c’estde l’humanitarisme émotionnel.

Les nouveaux mouvements contestataires rassemblent trois type depopulation.

  • Les personnes en situation de souffrance
  • Les militants des associations de« sans » (individus politisés)
  • Les « personnes-ressources »: militants ou sympathisants requis par l’organisation en raison de leurscompétences individuelles ou de ce qu’ils représentent

C’est un renouvellement des formes d’action qui permettent de s’interrogersur la publicisation de la lutte. Lalutte altermondialiste à une publicisation et unecapacité de médiatisation très forte.

Le politique étant construit dans un dispositif social institutionnel, il y a toujours un risque de récupération par le politique, c’est un paradoxe que toutes ces nouveaux mouvements connaissent.

L’intérêt d’internet est que cet outil offre lacapacité d’accélérer les processus. Celaproduit une efficacité est bouscules les institutions sur des questions depriorité et de stimuler l’activisme. Internet fourni une grandecapacité d’expertise et de mobilisation d’unecommunauté dans l’immédiateté. C’est une nouvelle forme de démocratie directe qui produit une efficacité etqui bouscule les partis politiques, les entreprises les firmes internationales sur des question de priorités.

La capacité de rendre public les choses oblige les entreprises à s’intéresser aux problématiques d’actualité. Cettecapacité permet de mobiliser afin d’obstruer les débat internationaux.

Conclusion

  • Les conflits à venir : vers une nouvelle forme de subversion ?

N’allons-nous pas vers quelque chose d’aller vers quelque chose de plus violent. On constate un retour de la subversion avec des formes renouvelées.

Les experts constatent une radicalisation du discours dans l’extrême gauche qui prône un retour à lasubversion qui doit revenir le moteurpolitique pour changer les choses. Réapparaitun discours binaire entre oppressants et oppressésavec une contestation de la démocratie traditionnelle en disant qu’elle n’est plus une démocratie.C’est un appelle à la subversion qui réactualise les idéesanciennes de la guérilla urbaine au nom de la nécessité de paralyserle système existant et de penser l’action individuelle et collective comme un mode de transformation de nos sociétés.

Le groupe Tycoon fondé dans les années 1990 s’est auto-dissous après le 11septembre. Il s’interroge sur ce qui sejoue sur la réflexion théorique autour de la réflexion.

Il y aurait une insurrection qui vient parce que le présent est définisans issues. Aucune alternative ne semble possible ni à gauche ni à droite. S’iln’y a pas de solutions sociales, nous sommes dans une logique de désespoir, il fautdonc faire appel à la subversion. Du coup, il faut réactualiser la guérilla urbaine. On va réactualiser laguérilla : il faut renouer avec les théories de l‘insurrection pour paralyser les moyens existant.

On trouve des nouvelles formes de subversion qui reprennent les anciensprocédés mais apporte aussi quelques innovations.

Est-ce que ces mouvements contestataires peuvent-ils s’inscrire dans la démocratie actuelle ?