Concurrence monopolistique
La concurrence imparfaite renvoie à des structures de marché qui ont certains traits de la concurrence et certains traits du monopole.
On distingue deux types majeurs de marchés en concurrence imparfaite:
- La concurrence monopolistique = plusieurs firmes vendent des produits similaires mais non identiques. Les producteurs se concurrencent indirectement, ils prennent des décisions sans prendre en compte ni de l’action des autres producteurs du marché, ni des conséquence de sa propre concurrence sur les autres. D’autre part, les producteur on une large latitude à pratiquer les prix souhaité, ainsi les producteur sont des prices makers.
- L'oligopole = seulement quelques vendeurs, chacun offrant un produit similaire ou un produit identique (cf. chapitre suivant). On tient compte est de l’action des autres producteurs sur le marché ainsi que des conséquences de ses actions sur les autres. Dans ce cas c’est un concurrence direct qui assume un comportement stratégique.
La différence essentielle entre ces deux formes de marché consiste dans le type de concurrence existante entre entreprises. Les firmes en concurrence monopolistique prennent leurs décisions sans tenir compte de l'action des autres concurrents ni de l'impact de ses propres décisions sur les autres (la concurrence se fait indirectement,par le prix); en revanche, l'oligopole analyse les interactions stratégiques entre producteurs (concurrence directe: l'action d'un concurrent influence directement le processus décisionnel des autres producteurs).
Ainsi, ce qui caractérise la compétition monopolistique est la présence de caractéristiques du monopole et de caractéristiques de l’entreprise en marché compétitif.
Concurrence monopolistique
Attributs de la concurrence monopolistique
1. Des nombreux vendeurs
- Des nombreuses firmes rivalisent pour capter le même groupe d’acheteurs.
2. Des produits différenciés
- Chaque firme produit un bien (variété) qui est au moins légèrement différent de celui des autres firmes (cf. page suivante).
- Plutôt que d’être preneuse de prix, chaque firme est confrontée à une courbe de demande décroissante (pour sa variété).
3. Une entrée libre
- Les firmes peuvent entrer ou sortir du marché sans restriction.
- Le nombre de firmes sur le marché varie jusqu’à ce que les profits économiques de chacune deviennent nuls.
Il s'agit peut-être de la structure de marché la plus récurrente. Les exemples sont nombreux: les livres, les CD, les films, les jeux vidéos, les restaurants, les leçons de piano, les pizzas, les corn-flakes, les meubles, etc.
Comment différencier ?
1. Par style ou par type de bien, qui correspondent à des besoins et des goûts différents.
- Voitures : familiale, sportive, tout terrain...
- Fast food : pizza, hamburger, kebab, nourriture chinoise...
2. Par localisation : coûts de déplacement implique une préférence pour ce qui est proche. Le même bien ou service dispose donc d’une demande “locale” relativement captive. Cf. modèle de Hotelling.
3. Par qualité: les biens sont vendus dans une gamme d’entrée, milieu de gamme ou haut de gamme.
- Chocolats, vélos, montres, stylos...
Comme on verra en suite, la publicité joue un rôle important dans la différenciation des biens.
Court terme
Dans la compétition monopolistique, chaque firme agit comme si elle était en situation de monopole. Chaque firme produit un bien différencié, c’est pourquoi chacun des firme fait face à une courbe de demande décroissante.
Lorsque les firmes réalisent des profits économiques, de nouvelles firmes sont incitées à entrer sur le marché. Comme il n’y a pas de barrières à l’entré, l’entreprise qui voit qu’il y aune potentialité de profit va donc entrer sur le marché. Ceci provoque:
- Augmente le nombre de produits(variétés) offerts.
- Réduit la demande qui s’adresse à chaque firme déjà présente sur le marché (demande résiduelle) → déplacement vers la gauche de la courbe de demande des firmes en place.
- Réduit le profit des firmes en place.
Lorsque les firmes font des pertes économiques, elles sont incitées à sortir du marché. Ceci:
- Diminue le nombre de produits(variétés) offerts.
- Accroît la demande pour les biens des firmes restant sur le marché → déplace vers la droite la courbe de demande qui s’adresse aux firmes restantes.
- Augmente le profit des firmes restantes.
Court terme : entrée/sortie
Court terme : profit/perte
Long terme
Ce processus d’entrée et de sortie continue jusqu’à ce que les firmes sur le marché réalisent un profit économique égal à zéro (cf. graphique suivant).
Deux caractéristiques de l’équilibre de long terme :
1. Comme en monopole, le prix est supérieur au coût marginal.
- La condition nécessaire à la maximisation du profit est l’égalité entre le revenu marginal et le coût marginal.
- La courbe de demande (résiduelle) décroissante engendre un revenu marginal plus faible que le prix.
2. Comme sur un marché de concurrence parfaite, le prix est égal au coût moyen en raison de la libre entrée et sortie qui engendre un profit économique nul.
- Il y a deux différences notoires entre la concurrence monopolistique et la concurrence parfaite - la capacité excédentaire et le mark-up (taux de marge) → cf. plus bas.
Long terme : équilibre
Concurrence monopolistique vs concurrence parfaite
- CAPACITE EXCEDENTAIRE
Il n’y a pas de capacité excédentaire en concurrence parfaite: les firmes produisent à la taille minimale efficiente: la libre entrée conduit les firmes concurrentielles à produire au minimum du coût moyen ce qui correspond à la taille minimale efficiente.
Les firmes ont une capacité excédentaire dans le cadre de la concurrence monopolistique à long terme: en concurrence monopolistique, la production est inférieure à la production correspondant à la taille minimale efficiente.
- MARK-UP
Pour une firme concurrentielle, le prix est égal au coût marginal.
Pour une firme en concurrence monopolistique, le prix est supérieur au coût marginal: mark-up (= taux de marge) sur le Cm. Comme le prix est supérieur au coût marginal, la vente d’une unité supplémentaire au prix fixé signifie plus de profit pour une firme en concurrence monopolistique.
Concurrence monopolistique et bien-être de la société
La concurrence monopolistique ne réunit pas toutes propriétés désirables de la concurrence parfaite => inefficacités.
Une source d’inefficacité est l’existence d’un mark-up sur le coût marginal, qui implique la traditionnelle perte sèche du monopole: les consommateurs sont prêts à payer davantage que ce qu’il en coûte au vendeur de fournir ces unités additionnelles → des gains mutuellement avantageux ne sont pas exploités. Pour appliquer une tarification au coût marginal, les décideurs politiques devraient réglementer le comportement de toutes les firmes qui produisent des biens différenciés. Comme de tels biens sont très courants, la charge administrative associée à de telles réglementations serait surdimensionnée.
Une autre raison pour laquelle la concurrence monopolistique pourrait être socialement inefficace tient au nombre de firmes sur le marché qui n’est pas nécessairement “idéal”. Cela signifie qu’il est probable qu’il y ait trop ou pas assez d’entrée (et donc trop ou pas assez de concurrence entre les producteurs).
L'entrée de nouvelles firmes est associée à des externalités liées à la variété et au “détournement d’activité”.
L’externalité de variété affecte la demande : comme les consommateurs retirent un certain surplus de l’introduction d’un nouveau produit, l’entrée d’une nouvelle firme est porteuse d’une externalité positive pour les consommateurs.
L’externalité de “détournement d’activité” affecte l’offre : les firmes en place perdent des clients et des profits suite à l’entrée d’un nouveau concurrent, l’entrée d’une nouvelle firme impose une externalité négative sur les firmes existantes.
Dilemme entre variété et quantité :
- L’hétérogénéité du produit est désirable, car souhaitée par des consommateurs aux goûts différents. Mais la diversité implique aussi l’utilisation de ressources coûteuses, avec la présence de coûts fixes.
- Plus les biens sont variés, plus les ressources doivent être consacrées pour fabriquer des petites quantités de biens différents qui se trouvent en quantité plus limitée (=> CM plus élevés).
- Il faut donc opérer un arbitrage entre diversité et quantité de chaque bien.
Applications: le modèle de Hotelling et le rôle de la publicité
Application: concurrence spatiale
Afin de comprendre les effets de la diversité nous analysons le modèle très simple de Hotelling sur la LOCALISATION SPATIALE.
On suppose que deux kiosques à glace se partagent les baigneurs d'une plage. Par hypothèse les baigneurs sont distribués uniformément le long de la plage.
Le premier kiosque se trouve à kms de l’extrémité Ouest et le deuxième se trouve à kms de l’extrémité Est.
Les baigneurs subissent un coût par unité de distance, , de sorte que si le prix est le même, ils vont vers le kiosque le plus proche. Donc :
- le kiosque 1 considère comme captifs tous les clients à sa gauche;
- le kiosque 2 considère comme captifs tous les clients à sa droite;
- ceux au milieu se répartissent à moitié de la distance entre les deux magasins.