« Nationalismes et décolonisation : 1950 – 1970 » : différence entre les versions
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Le mouvement national indien s’inscrit parmi les plus anciens et les plus structurés du monde colonial. Sa genèse remonte à 1885 avec la création à Bombay de l’Indian National Congress, organisation née sous l’impulsion d’une élite urbaine, instruite, anglophone et familiarisée avec la vie administrative de l’empire. Paradoxalement, les autorités britanniques ont encouragé cette institutionnalisation, pensant canaliser les aspirations politiques locales dans un cadre contrôlé. L’Inde n’était pas alors unifiée : on y dénombrait une vingtaine de grandes entités politiques, des centaines de principautés et plus de cent dialectes. L’idée même d’une « Inde » unifiée n’avait pas d’ancrage historique profond. La colonisation, en créant un cadre administratif commun et en intégrant progressivement le territoire à l’empire britannique, a contribué à forger un embryon d’identité collective. | |||
Le statut de l’Inde dans l’empire était singulier. Considérée comme « l’empire dans l’empire », elle relevait directement de la Couronne depuis 1858, la reine Victoria ayant pris le titre d’impératrice des Indes. Le vice-roi, représentant de Londres, gouvernait avec une administration légère, s’appuyant sur les élites locales et préservant une grande hétérogénéité des systèmes de gouvernance traditionnels. Cette forme de domination indirecte a permis à une partie des élites indiennes d’acquérir une expérience politique et administrative qui nourrira ultérieurement les revendications d’autonomie. | |||
Le début du XXᵉ siècle voit se multiplier les clivages internes et les jalons d’un nationalisme différencié. En 1906, la création de la Ligue musulmane à Dacca marque la volonté de distinguer une identité musulmane de la ligne portée par le Congrès, qui se prononce alors pour le ''svaraj'' (autonomie). La rivalité entre un nationalisme inclusif, fondé sur l’idée d’unité indienne, et un projet plus communautaire, fondé sur l’appartenance religieuse, s’installe durablement. En parallèle, des figures culturelles comme Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913, donnent une visibilité internationale à une civilisation indienne capable de rivaliser sur le plan intellectuel et artistique avec l’Occident. | |||
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La Première Guerre mondiale constitue une étape décisive. Plus de 1,7 million d’Indiens combattent dans les rangs britanniques, principalement en Mésopotamie, en Palestine et en Afrique orientale. Leur participation nourrit l’attente d’une reconnaissance politique. Mais le ''Government of India Act'' de 1919, qui accorde quelques réformes administratives et représentatives, déçoit les espoirs d’autonomie réelle. La répression de manifestations, notamment après le massacre d’Amritsar, radicalise l’opinion. | |||
C’est dans ce contexte que s’impose Gandhi. Fort de son expérience en Afrique du Sud, où il a combattu la discrimination raciale, il devient la figure centrale du Congrès après 1915. Son projet repose sur la non-violence (''ahimsa'') et la non-coopération. Le boycott des textiles britanniques, combiné à la relance du tissage artisanal indien, n’est pas seulement une stratégie économique : c’est une réflexion sur l’autosuffisance et sur les fondements matériels de la souveraineté. À partir de 1920, le Congrès fait de la désobéissance civile pacifique le cœur de sa stratégie de mobilisation, transformant le mouvement national en une force de masse. | |||
Dans les années 1930, le débat sur l’avenir politique de l’Inde s’intensifie. En 1928, Motilal Nehru propose un statut de dominion, sur le modèle du Canada ou de l’Australie, mais les autorités britanniques rejettent cette option et refusent de reconnaître la pluralité communautaire. En 1930, le poète-philosophe Mohammad Iqbal formule l’idée d’un État musulman séparé, prélude à la création future du Pakistan. Gandhi, de son côté, transfère une partie du leadership à Jawaharlal Nehru, qui incarne une vision moderniste et égalitaire, insistant sur l’abolition des castes et l’unité nationale. | |||
Les élections provinciales de 1937, remportées largement par le Congrès, renforcent sa légitimité, mais soulignent aussi la persistance du clivage avec la Ligue musulmane. La Seconde Guerre mondiale exacerbe cette division : le Congrès critique l’implication de l’Inde dans le conflit sans consultation, tandis que la Ligue musulmane adopte en 1940 la « résolution de Lahore » qui revendique un État musulman indépendant. | |||
À la fin du conflit, le gouvernement travailliste d’Attlee ouvre la voie à l’indépendance. Les négociations entre le Congrès et la Ligue musulmane échouent, rendant inévitable la partition. En 1947, l’Union indienne et le Pakistan deviennent indépendants. L’événement est accompagné de violences massives : plus d’un million de morts et des millions de réfugiés lors des transferts de populations entre les deux États. Jawaharlal Nehru devient le premier ministre de l’Inde indépendante, tandis que Muhammad Ali Jinnah prend la tête du Pakistan. | |||
Le cas indien illustre la complexité des nationalismes coloniaux. Il met en évidence le rôle des élites éduquées dans la diffusion du modèle politique occidental, tout en montrant la puissance des facteurs locaux – diversité culturelle, fractures religieuses, inégalités sociales – dans la configuration du mouvement. L’indépendance indienne apparaît comme le produit d’un long processus, où la référence au modèle de l’État-nation européen s’entrelace avec une dynamique proprement indienne, inscrite dans une histoire de luttes sociales, culturelles et politiques. | |||
= Le moment wilsonien : 1918 – 1919= | = Le moment wilsonien : 1918 – 1919= | ||
Version du 18 août 2025 à 06:57
La question des liens entre mouvements nationalistes et processus de décolonisation demeure un thème central dans l’historiographie contemporaine. Si les premières aspirations indépendantistes apparaissent dès l’entre-deux-guerres, c’est surtout dans l’après-1945 que le phénomène prend une ampleur décisive, en particulier dans les grands empires coloniaux français et britanniques. La période 1950 – 1970 est ainsi marquée par une accélération sans précédent du démantèlement des structures impériales et par la multiplication de nouveaux États souverains.
Se pose alors la question des origines intellectuelles et politiques de ces nationalismes. Faut-il y voir une exportation directe d’un modèle européen, celui du nationalisme forgé au XIXᵉ siècle et diffusé comme un « produit » idéologique à travers l’expérience coloniale, ou bien une réappropriation créative qui combine influences occidentales et dynamiques locales ? Chaque mouvement indépendantiste s’inscrit dans un univers codifié par le langage du nationalisme moderne, mais les trajectoires divergent : certains visent la construction d’un État-nation sur le modèle européen, d’autres envisagent des fédérations ou des ensembles plus vastes, en Afrique comme en Asie.
Ces choix ne relèvent pas uniquement d’une imitation contrainte, mais répondent aussi à des traditions d’opposition et de résistance enracinées dans des contextes culturels, sociaux et religieux spécifiques. La diversité des compositions ethniques, les mémoires de domination coloniale et les tensions régionales façonnent des nationalismes multiples, qui ne peuvent être réduits à une simple copie du modèle occidental. Comme le rappelle Thiesse, « rien n’est plus international que les mouvements nationalistes » : leur diffusion est globale, mais leur incarnation est toujours singulière.
À l’échelle du système international, l’essor des nationalismes et la décolonisation participent à une véritable recomposition politique mondiale. Le chiffre actuel de 193 États reconnus illustre combien le XXᵉ siècle fut le siècle des indépendances, marqué par la convergence de luttes locales et de dynamiques globales qui ont redessiné la carte politique de la planète.
Emergence des mouvement nationaux
Les mouvements nationaux dans les colonies ne surgissent pas brusquement au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Ils s’enracinent dans une histoire plus longue qui trouve des parallèles avec les dynamiques observées dans les empires multinationaux européens du XIXᵉ siècle. Dans l’Empire des Habsbourg, dans l’Empire ottoman ou encore dans celui du Tsar, des peuples soumis cherchaient à obtenir reconnaissance politique, autonomie culturelle, voire indépendance. Le monde colonial connaît un phénomène comparable : un pouvoir impérial impose son autorité sur des populations diverses et suscite en retour des résistances qui s’expriment sous forme de revendications identitaires et politiques.
L’essor de ces mouvements s’explique par plusieurs facteurs. La diffusion des idées politiques européennes au XIXᵉ siècle, transmise par l’école, les missions religieuses, la presse ou les réseaux associatifs, joue un rôle déterminant. De nouvelles élites locales émergent, souvent formées dans les métropoles, qui se réapproprient le langage du nationalisme et de la souveraineté. L’intégration des colonies dans l’économie mondiale provoque par ailleurs des bouleversements sociaux et la formation de classes urbaines et commerçantes plus sensibles aux discours politiques modernes.
Ces mouvements ne sont pourtant pas de simples répliques du modèle européen. Ils s’appuient aussi sur des traditions autochtones de résistance, nourries par les révoltes paysannes, les mouvements religieux et les mémoires d’empires ou de royaumes antérieurs à la conquête coloniale. En Inde, le Congrès national indien articule la référence aux valeurs politiques modernes avec un ancrage culturel et spirituel propre. En Afrique, la variété des traditions politiques et la mosaïque ethnique donnent naissance à des formes de nationalisme multiples et souvent concurrentes.
La dynamique de formation des mouvements nationaux coloniaux repose donc sur une hybridation. Le langage du nationalisme moderne, issu d’un transfert intellectuel venu d’Europe, se combine avec des réalités sociales, culturelles et historiques locales. C’est cette articulation qui explique la diversité des trajectoires et des rythmes de décolonisation observés à travers le monde.
État actuel de la recherche : vers une histoire globale du nationalisme
L’étude des nationalismes coloniaux et postcoloniaux s’inscrit aujourd’hui dans un cadre historiographique élargi qui dépasse les approches strictement nationales ou régionales. Les chercheurs tendent de plus en plus à situer le nationalisme dans une histoire globale, attentive aux circulations, aux transferts et aux réappropriations. Ce changement de perspective permet de comprendre pourquoi un phénomène né en Europe au XIXᵉ siècle a pu trouver des échos aussi puissants dans les sociétés colonisées, tout en se transformant au contact de contextes culturels et sociaux radicalement différents.
Dans The History of Nationalism, John Breuilly a contribué à systématiser cette réflexion. Le nationalisme y est envisagé non comme une essence intemporelle, mais comme un objet d’analyse à la croisée de plusieurs dimensions : la religion, qui confère une légitimité transcendante aux revendications politiques ; la langue, qui devient un marqueur identitaire et un outil de mobilisation ; le territoire, qui offre un cadre cohérent à la projection d’un État-nation ; et enfin l’internationalisme, dont le rôle est longtemps resté sous-estimé. La question centrale est de savoir à quel moment et de quelle manière l’internationalisme entre en dialogue avec les nationalismes, non pas pour les nier, mais pour les renforcer, les structurer ou parfois les concurrencer.
Les mouvements de décolonisation montrent bien cette complexité. Le nationalisme indien, en s’appuyant sur des réseaux internationaux d’intellectuels et de militants, a su faire de la lutte anticoloniale une cause universelle. Les indépendantistes vietnamiens ont inscrit leur combat dans une dialectique mondiale, oscillant entre solidarités communistes et affirmation nationale. Dans le cas africain, la création de l’Organisation de l’unité africaine en 1963 illustre l’articulation entre revendications nationales et projet panafricain, où l’internationalisme régional devient le prolongement des luttes nationales.
L’historiographie actuelle tend donc à dépasser la vision d’un nationalisme isolé, confiné à un espace donné, pour le penser comme un phénomène global, constamment nourri d’échanges, d’alliances et de confrontations. Ce regard permet de mieux saisir pourquoi les trajectoires de décolonisation, tout en étant profondément enracinées dans des contextes locaux, participent d’un même mouvement de recomposition politique mondiale.
Problématique
L’étude du nationalisme hors d’Europe pose une série de questions fondamentales. Faut-il considérer ce phénomène comme l’exportation d’une idée née dans le cadre européen du XIXᵉ siècle, ou comme le développement autonome de formes politiques et culturelles enracinées dans des contextes locaux ? La diffusion du modèle de l’État-nation, forgé à la suite des révolutions américaine et française puis rapidement adopté en Amérique latine, illustre la force d’attraction d’un format politique perçu comme universel. Mais cette diffusion soulève immédiatement une interrogation : dans les colonies, ce modèle fut-il imposé par les logiques internationales de reconnaissance étatique, ou bien revendiqué et réapproprié comme un instrument d’émancipation ?
Le rapport entre nationalisme et internationalisme constitue une deuxième ligne de questionnement. Les mouvements d’indépendance se développent véritablement au XXᵉ siècle, dans un monde déjà fortement internationalisé par les guerres mondiales, la Société des Nations, puis les Nations unies. Contrairement aux nationalismes européens du XIXᵉ siècle, qui se déployaient dans un cadre d’empires continentaux, les nationalismes anticoloniaux se forment et s’affirment sous le regard d’une communauté internationale en pleine recomposition. Cette dimension globale explique pourquoi les luttes anticoloniales ne peuvent être dissociées de leurs articulations avec d’autres forces transnationales, qu’il s’agisse du communisme, du panafricanisme, du panarabisme ou du mouvement des non-alignés.
Une troisième interrogation concerne les contraintes spécifiques du contexte de la guerre froide. Entre 1947 et les années 1970, les nouveaux États qui accèdent à l’indépendance doivent immédiatement se positionner face à la bipolarisation du système international. Chaque choix souverain en matière politique, économique ou militaire est interprété comme un signal, perçu tantôt comme une affiliation à l’un des blocs, tantôt comme une tentative de maintenir une autonomie stratégique. L’option du non-alignement incarne alors la recherche d’une troisième voie, destinée à échapper à une tutelle néocoloniale tout en affirmant une capacité de décision propre.
Le processus de décolonisation se déploie donc dans un espace contraint, marqué à la fois par l’héritage des modèles étatiques européens et par la structuration d’un ordre international dominé par les blocs. Comprendre ce double mouvement, diffusion d’un modèle et affirmation de trajectoires singulières, est au cœur de la réflexion sur les nationalismes et la décolonisation dans la seconde moitié du XXᵉ siècle.
L’Inde : la marche vers l’indépendance
Le mouvement national indien s’inscrit parmi les plus anciens et les plus structurés du monde colonial. Sa genèse remonte à 1885 avec la création à Bombay de l’Indian National Congress, organisation née sous l’impulsion d’une élite urbaine, instruite, anglophone et familiarisée avec la vie administrative de l’empire. Paradoxalement, les autorités britanniques ont encouragé cette institutionnalisation, pensant canaliser les aspirations politiques locales dans un cadre contrôlé. L’Inde n’était pas alors unifiée : on y dénombrait une vingtaine de grandes entités politiques, des centaines de principautés et plus de cent dialectes. L’idée même d’une « Inde » unifiée n’avait pas d’ancrage historique profond. La colonisation, en créant un cadre administratif commun et en intégrant progressivement le territoire à l’empire britannique, a contribué à forger un embryon d’identité collective.
Le statut de l’Inde dans l’empire était singulier. Considérée comme « l’empire dans l’empire », elle relevait directement de la Couronne depuis 1858, la reine Victoria ayant pris le titre d’impératrice des Indes. Le vice-roi, représentant de Londres, gouvernait avec une administration légère, s’appuyant sur les élites locales et préservant une grande hétérogénéité des systèmes de gouvernance traditionnels. Cette forme de domination indirecte a permis à une partie des élites indiennes d’acquérir une expérience politique et administrative qui nourrira ultérieurement les revendications d’autonomie.
Le début du XXᵉ siècle voit se multiplier les clivages internes et les jalons d’un nationalisme différencié. En 1906, la création de la Ligue musulmane à Dacca marque la volonté de distinguer une identité musulmane de la ligne portée par le Congrès, qui se prononce alors pour le svaraj (autonomie). La rivalité entre un nationalisme inclusif, fondé sur l’idée d’unité indienne, et un projet plus communautaire, fondé sur l’appartenance religieuse, s’installe durablement. En parallèle, des figures culturelles comme Rabindranath Tagore, prix Nobel de littérature en 1913, donnent une visibilité internationale à une civilisation indienne capable de rivaliser sur le plan intellectuel et artistique avec l’Occident.
La Première Guerre mondiale constitue une étape décisive. Plus de 1,7 million d’Indiens combattent dans les rangs britanniques, principalement en Mésopotamie, en Palestine et en Afrique orientale. Leur participation nourrit l’attente d’une reconnaissance politique. Mais le Government of India Act de 1919, qui accorde quelques réformes administratives et représentatives, déçoit les espoirs d’autonomie réelle. La répression de manifestations, notamment après le massacre d’Amritsar, radicalise l’opinion.
C’est dans ce contexte que s’impose Gandhi. Fort de son expérience en Afrique du Sud, où il a combattu la discrimination raciale, il devient la figure centrale du Congrès après 1915. Son projet repose sur la non-violence (ahimsa) et la non-coopération. Le boycott des textiles britanniques, combiné à la relance du tissage artisanal indien, n’est pas seulement une stratégie économique : c’est une réflexion sur l’autosuffisance et sur les fondements matériels de la souveraineté. À partir de 1920, le Congrès fait de la désobéissance civile pacifique le cœur de sa stratégie de mobilisation, transformant le mouvement national en une force de masse.
Dans les années 1930, le débat sur l’avenir politique de l’Inde s’intensifie. En 1928, Motilal Nehru propose un statut de dominion, sur le modèle du Canada ou de l’Australie, mais les autorités britanniques rejettent cette option et refusent de reconnaître la pluralité communautaire. En 1930, le poète-philosophe Mohammad Iqbal formule l’idée d’un État musulman séparé, prélude à la création future du Pakistan. Gandhi, de son côté, transfère une partie du leadership à Jawaharlal Nehru, qui incarne une vision moderniste et égalitaire, insistant sur l’abolition des castes et l’unité nationale.
Les élections provinciales de 1937, remportées largement par le Congrès, renforcent sa légitimité, mais soulignent aussi la persistance du clivage avec la Ligue musulmane. La Seconde Guerre mondiale exacerbe cette division : le Congrès critique l’implication de l’Inde dans le conflit sans consultation, tandis que la Ligue musulmane adopte en 1940 la « résolution de Lahore » qui revendique un État musulman indépendant.
À la fin du conflit, le gouvernement travailliste d’Attlee ouvre la voie à l’indépendance. Les négociations entre le Congrès et la Ligue musulmane échouent, rendant inévitable la partition. En 1947, l’Union indienne et le Pakistan deviennent indépendants. L’événement est accompagné de violences massives : plus d’un million de morts et des millions de réfugiés lors des transferts de populations entre les deux États. Jawaharlal Nehru devient le premier ministre de l’Inde indépendante, tandis que Muhammad Ali Jinnah prend la tête du Pakistan.
Le cas indien illustre la complexité des nationalismes coloniaux. Il met en évidence le rôle des élites éduquées dans la diffusion du modèle politique occidental, tout en montrant la puissance des facteurs locaux – diversité culturelle, fractures religieuses, inégalités sociales – dans la configuration du mouvement. L’indépendance indienne apparaît comme le produit d’un long processus, où la référence au modèle de l’État-nation européen s’entrelace avec une dynamique proprement indienne, inscrite dans une histoire de luttes sociales, culturelles et politiques.
Le moment wilsonien : 1918 – 1919
Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est une grande promesse qui fut entendue à travers le monde.
Ho Chi Minh
En 1919, Ho Chi Minh est à Paris est fréquente une association nationaliste. Quand le Président Wilson fait son annonce du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, cette association publie un manifeste reprenant cet argument.
Deux ans plus tard lorsque Lénine réorganise le Kominterm, il fait des annonces pour être attractif souhaitant la création d’une lutte anti-impérialiste. Ho Chi Minh s’intéresse à la doctrine bolchéviques et devient un acteur de la lutte internationale à Paris.
Autodétermination : l’impact international d’un concept
Dans The Wilsonian Moment. Self-Determination and the International Origins of Anticolonial Nationalism[1], Manela analyse dans quatre régions des soulèvements, des révoltes, des revendications. Il regarde leurs énoncés, leurs références à la politique internationale est il trouve quatre fois une admiration du président Wilson et les points qui mettent en avant l’autodétermination.
Ils réduisent l’influence d’idées internationales, la circulation de textes anticoloniaux, anti-impérialistes. L’auteur focalise cette causalité multiple au moment wilsonien. C’est un texte qui donne le droit de revendiquer des droits.
Il est aussi intéressant de dire que c’est trop linéaire et américano-centrique, mais il y a déjà des mouvements locaux qui repoussent la domination coloniale tout comme des élites qui émettent des idées anti-impérialistes. Au contraire, le moment léninien est un peu sous-estimé par Manela.
Situation géopolitique : année 1930
L’étendue de tous les empires s’est encore agrandie parce que comme puissance victorieuse de la première guerre mondiale, les français et les britanniques ont occupés les anciennes colonies allemandes.
Les pays du Moyen-Orient sont donnés à la gestion sous forme de mandat aux puissances coloniales, ils les gèrent comme leurs colonies. Toutefois, ces peuples ont la possibilité de revendiquer plus de droit car il y a une commission des mandats qui surveille leur bonne gestion. On a introduit une relativisation des mandats, une instance internationale contrôle les mandats. C’est un prélude à la décolonisation.
Dans les années 1920 et 1930, avec les organisations internationales qui se créent à Genève, il y a une unification du monde ainsi qu’une circulation des informations et des idées nourrissant les mouvements nationalistes.
Toutefois, dans les années 1930, les conflits entre les États autoritaires commencent à détruire le travail de la Société des Nations et bloquent les inspirations de l’indépendance dans les pays. On ne laisse pas les mouvements indépendantistes aller plus loin.
Les États qui ont une semi-autonomie peuvent devenir membre de la Société des Nations. C’est un signal aux autres pays qui veulent le même statut. Les autres pays veulent exactement la même chose essayant d’avoir la consécration par la communauté des nations.
La décolonisation dans l’après guerre : année 1940 au années 1960
Les étapes de la décolonisation de l’Asie
Le Vietnam et le Cambodge, de la fin de la deuxième guerre mondiale font une guerre d’indépendance. Les nationalismes se transforment en mouvements d’indépendances et en mouvements violents.
Ho Chi Minh fait d’abord au Vietnam la guerre contre les français s’achevant sur la bataille de Dien Bien Phu.
Il y a aussi les territoires énormes de l’Union Soviétique qui ne peuvent s’émanciper qu’à la fin du XXème siècle.
Le destin est intéressant est différent.
Les étapes de la décolonisation de l’Afrique
En Afrique, la décolonisation se fait par vagues. Une année est « miraculeuse » qui est l’année 1960. L’Algérie est une partie de la France, la Troisième République est colonialiste transformant sous l’impulsion de Jules Ferry l’Algérie en département français.
Dans les années 1960, les États sont pour la décolonisation mais dans le cadre d’une vision géostratégique de la Guerre Froide.
Lorsque les français doivent quitter le Vietnam, commencent les évènements en Algérie. Ce n’est pas seulement un mouvement indépendantiste qui devient de plus en plus militant et militaire mais c’est aussi un nationalisme français soutenu par les pieds-noirs et l’armée.
Cela reste un traumatisme important. L’exportation du nationalisme provoque un renforcement du nationalisme autochtone français. Beaucoup des ex-officiers de l’Algérie cherchent des structures pour se rassembler et s’exprimer politiquement, va aussi naitre le Front National à ce moment de l’histoire en France.
La diffusion mondiale de l’État-Nation
Le nationalisme n’est pas simplement une exportation. Il y a des racines culturelles et propres qui mènent à des revendications mais il y a aussi de fortes inspirations. Les sources propres de ces nationalismes ont un impact majeur sur les métropoles.
C’est une histoire transnationale des nationalismes.
Anexes
- Jean-Jacques Becker « L'ombre du nationalisme serbe », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 1/ 2001 (no 69) , p. 7-29 .
- Foreign Affairs,. (2015). How Europe Conquered the World. Retrieved 8 October 2015, from https://www.foreignaffairs.com/articles/europe/2015-10-07/how-europe-conquered-world
Références
- ↑ The Wilsonian Moment: Self-Determination and the International Origins of Anticolonial Nationalism. New York: Oxford University Press, 2007.