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Une gigantesque paysannerie

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Une gigantesque paysannerie
Description de l'image Paysans au Moyen-Âge 1.jpg.
Faculté Global Studies Institute
Professeur(s) Michel Oris
Enregistrement [[1]]
Cours Histoire économique et sociale de la globalisation, 16e-21e siècles

Lectures


La prédominance de l'agriculture : XVème siècle - XVIIème siècle[edit | edit source]

L’agriculture domine par le nombre de personnes qu’elle emploie. Les travailleurs sont répartis en trois secteurs, à savoir l'agriculture [1], l'industrie [2] et les services [3]. Au XVIème siècle, les agriculteurs représentent 80% de la population, soit quatre individus sur cinq qui sont paysans. En d'autres termes, la population active au XVIème siècle est une population qui travaille à 80% dans le secteur primaire.

Répartition par grands secteurs de la population active des pays développés à économie de marché, Japon non compris (en pourcentages de la population active totale)

Pour arriver au chiffre de 80%, on s'est aperçu que la valeur monétaire de la production agricole était supérieure aux autres productions. La richesse est fondée sur l'agriculture, sa production domine l’économie de manière écrasante. Cela impacte également les revenus. La distribution de la richesse provient de l'agriculture dans les sociétés d'ancien régime. Le paysan vit de l’agriculture (littéralement), il se nourrit de sa récolte, et les paysans utilisent très peu de cash (on emploie le troc) sauf pour payer les impôts.

Les revenus de la noblesse et du clergé proviennent du tiers État. Les élites tirent leur richesse de leurs impôts sur les terres qu’ils prêtent aux paysans. Étant donné que la noblesse ainsi que le clergé ne payaient pas d'impôts, c'était la masse qui devait payer des impôts.

L'épargne est la principale source de l'investissement. C'est avec l'épargne que l'on peut investir dans un domaine économique et en l'occurrence on investit dans la terre en achetant des forêts, des espaces d'exploitation. Les bourgeois de Genève investissent dans la vigne, ce qui rapporte bien plus que l’artisanat ou les services, et les paysans exploitent les terres pour eux . Même certains marchands urbains, à condition qu'ils soient riches, achètent des terres à la campagne. Toute l'économie tourne autour de l'agriculture. Le secteur agricole domine toute l'économie ancienne, mais ce secteur n'est pas homogène.

La diversité des systèmes agraires[edit | edit source]

Vont apparaître des disparités spatiales qui se sont créées entre l’Est et l’Ouest ainsi qu’entre le Nord et le Sud. Lorsqu’on sort du Moyen-Âge, l’immense majorité des paysans sont "libres". En d'autres termes, apparait une géographique dichotomique avec une frontière entre est et ouest (cette frontière étant la ligne St.Petersbourg-Triestre

Système domanial[edit | edit source]

Au XVIIe, des paysans de l’est de l’Europe sont remis en servage par les « barons baltes », seigneurs de guerre (Ukraine, Pologne, Roumanie, Balkans… Ces pays constituent le grenier à blé du continent européen.).Le système est domanial : les seigneurs constituent de grands domaines dans les plaines et possèdent de nombreux serfs qui travaillent leurs terres. Ce système a perduré jusqu’à la fin du XIXe en Russie tsariste. On appelait ces paysans les « âmes ». Les paysans en servages sont miséreux, ils n’ont pas intérêt à produire de bonnes récoltes puisque tout va au maitre. Ce sont de grandes exploitations presque capitalistes qui exportent beaucoup de blés vers Allemagne et France notamment.

Cause: "Deuxième servage" perte de liberté, masse de ces populations des paysans bascule vers => paupérisation de la paysannerie

Système seigneurial[edit | edit source]

Ce système se réfère à un système qui permet l'émancipation des paysans à l’Ouest. Ainsi, à l'Ouest; les serfs deviennent et demeureront libres. Les historiens ignorent comment cela s'est produit, car il n'existait pas de structure institutionnelle urbaine, d'autant plus que les nobles se sont approprié les terres fertiles et gardent la propriété des meilleures terres qui produisent des rendements conséquents. Les structures sociales sont compliquées, car les paysans ont réussi à devenir locataires. Par exemple dans les plateaux du Valais et des Pyrénées, des communautés paysannes de montagne possédaient souvent des alpages. Ils étaient astreints à des corvées, travaillaient pour les seigneurs, mais étaient libres.

Il y a une autre distinction au sein même de l’Europe d’ouest, entre le Nord et le Sud, sur des questions de pratiques des sols. Dans le Sud (Italie, Grèce, Espagne, Portugal), l’assolement est biennal (on sème en hiver, et on la laisse se reposer. Elle est donc en repos la moitié du temps, et l’agriculture, qui domine l’économie, est en pause la moitié du temps). Dans le Nord, l’assolement est triennal (automne-hiver, printemps, puis jachère. On ne perd que 33 pour cent du temps, au lieu de 50 pour cent).

On trouve donc une frontière socio-économique entre l’Est et l’Ouest qui n’est donc pas si récente que cela comme on aurait tendance à le croire.

Une agriculture de subsistance[edit | edit source]

Au Moyen-Âge, tous les paysans d’Europe sont en servitude de la noblesse. Au XVIIIème siècle, hormis quelques exceptions, tous sont devenus libres, mais on ne sait pas comment.

L’agriculture est une agriculture de survie, elle permet de rester en vie et elle est avant tout céréalière se concentrant à savoir sur le blé et l'orge. Les paysans produisent leur nourriture et de celle de leurs familles. Les ¾ de la nourriture proviennent des céréales. On parle de "tyrannie des blés", car les paysans sont dépendants de cette culture dominante. Il faut noter qu'à l’époque, la consommation moyenne d’un individu par jour en céréales était de 800 grammes à 1 kilogramme, alors qu’aujourd’hui elle est de 150gr à 200gr. Ainsi, la consommation de céréales était la principale source de calories dans les sociétés préindustrielles. Ce choix de production est notamment dû au fait que la culture de céréales est 10 fois plus productive que l'élevage du bétail. On est tout de même dans des sociétés de pauvreté de masse, qui vivent justes au-dessus du fil du rasoir, le rendement n’étant pas très efficace (rapport entre la quantité semée et celle récoltée. Au Moyen-Âge, on semait 1 grain et on en récoltait de 5 à 6. Il faut prendre en compte qu’il faut semer à nouveau une partie de ce que l’on récolte, c’est la soudure, à cause de laquelle les gens mourraient : on mourrait de faim bien qu’il y ait tout de même des réserves que l’on gardait pour être semées).

Cette faiblesse des rendements céréaliers est due aux techniques agricoles qui sont limitées. Les conséquences de la faiblesse de la production de fer étaient que les socs des charrues étaient en bois, et donc fragiles et peu efficaces. La pauvreté est un piège pour les paysans, qui, après avoir échangé leur récolte contre de la farine et payé leurs imports, n’avaient plus rien pour, par ex., demander à un artisan forgeron de leur faire un bon soc en fer.

Le fait d’avoir à maintenir le sol en état était un autre problème. Les déjections animales et humaines servaient d’engrais. Il est par exemple possible de citer le cas de l’Île-de-France qui devait sa fertilité à Paris, où la population produisait l’engrais. Les vaches, bonnes productrices de déjections, n’étaient pas, géographiquement, au même endroit que les plantations, à cause de la tyrannie des céréales : les élevages se trouvaient dans les montagnes, terres pauvres (Pyrénées, Alpes, Massif central), et le cout du transport était très élevé. Et donc l’engrais n’est pas là où il devrait être.

La faiblesse des rendements céréaliers[edit | edit source]

Les rendements restent faibles[edit | edit source]

Un rendement est un ratio entre quantité récoltée et quantité semée. En cas de mauvaises récoltes, c'est la loi du plus fort qui s'applique, à savoir que les plus faibles vont mourir en vertu de la famine.

À cette époque, la quantité récoltée sur la quantité semée était de 5-6 grains pour 1 semée en moyenne, alors qu’à cette même époque, à Genève, elle est de 4 grains pour 1. Cela dépend donc des régions. Mais en général, les rendements sont très faibles comparés à ceux que l’on obtient aujourd’hui.

Raisons des faiblesses de rendement[edit | edit source]

Les quantités sont faibles, car elles sont piégées par la « tyrannie des céréales » liées à différents facteurs comme les problèmes d’engrais, le coût des transports ou encore médiocrité des techniques agricoles parmi d'autres.

  • faiblesse des investissements

Il y a une absence des ressources afin d'investir qualitativement. Il subsiste trop de risques en cas de transformation du secteur. Ces paysans n'ont as d’argent parce qu’ils paient des impôts.

  • paysan conservateur ("stéréotype")

En contexte de pauvreté des préindustrielles, le changement d'une pratique agricole est dangereux, car elle doit obéir à un principe de subsistance et de survie. Les paysans sont très dépendant de la qualité de la première récolte. L'agriculture pratiquée est une agriculture de subsistance et il est donc impossible de jouer avec les conditions de survie.

  • Le fait d’avoir à maintenir le sol en état était un autre problème. Les déjections animales et humaines servaient d’engrais (donc l’Île-de-France était fertile grâce à paris, ou la population produisait l’engrais). Les vaches, bonnes productrices de déjections, n’étaient pas, géographiquement, au même endroit que les plantations, à cause de la tyrannie des céréales : les élevages se trouvaient dans les montagnes, terres pauvres (Pyrénées, Alpes, Massif central), et le cout du transport était très élevé. Donc, l’engrais n’est pas là où il devrait être.
  • Situation du blocage

Ces sociétés sont bloquées : les rendements sont faibles et l’innovation technologique est pratiquement inexistante. Sur cette paysannerie pèse un autre parasite : la paysannerie produit la nourriture pour la survie des gens, et les parasites sont les habitants des villes. → Les citadins sont vus comme ceux qui prennent le peu des excédents agricoles aux paysans.

La loi des 15% de Paul Bairoch[edit | edit source]

Les sociétés d'ancien régime ne pouvaient supporter plus de 15% de citadins[1]. Les citadins peuvent être qualifiés de parasites qui se nourrissent sur le dos des paysans qui produisent déjà peu de marges donc qui peinent à se nourrir eux-mêmes. Entre 75% et 80% de la population active doit cultiver. Les paysans, en hiver, restent au coin du feu, tandis que l'artisan continue à travailler. Entre 70% et 75% de la masse de travail est dans l’agriculture. Les autres commerçants, artisans continuent de travailler en hiver d'où entre 25% et30% de non-agriculteurs (100*-70%) qui sont des forgerons, charpentiers ou encore le clergé, des notaires, des instituteurs. Ils représentent 15% de la population en tant que citadins qui représentent un maximum.[Mal dit]

La loi des 15% doit se comprendre en ces termes : quel poids maximal de citadins non-producteurs de leur propre nourriture, une société fondamentalement agricole peut-elle se permettre de supporter ? L’historien Paul Bairoch apporte une réponse indirecte à travers le calcul suivant :

  1. sous l’ancien régime, 75 à 80 % de la population active (= les travailleurs) est engagée dans l’agriculture.
  2. comme les paysans ne travaillent pas à la morte-saison (hiver) alors que les artisans des villes peuvent être actifs toute l’année, il est plus juste de parler de 70 à 75 % de la force de travail engagée dans l’agriculture.
  3. il reste donc 100 – 70 à 75, donc 25% à 30 % de la force de travail qui pourrait travailler ailleurs que dans l’agriculture et être nourris par les paysans.
  4. ,mais il y a à la campagne des personnes qui ne travaillent pas dans l’agriculture (forgerons, menuisiers, curés, etc.) alors qu’il n’y a pratiquement pas d’agriculteurs qui vivent en ville. C’est ce qui amène Bairoch à situer à 15 % de la population totale la proportion maximale d’habitants des villes qu’une société traditionnelle pouvait supporter.

C’est une estimation, bien sûr. Le passage de 3 à 4 peut-être jugé comme contestable et fait par l’auteur un peu « au feeling ». Mais les taux d’urbanisation (pourcentage d’habitants d’un pays ou continent vivant en ville) ont effectivement été inférieurs à 15 % jusqu’à la Révolution industrielle.

  • Ref : De Jéricho à Mexico - Paul Bairoch
    • Taux d'urbanisation (pourcentage d'habitants qui vit en ville) (entre 10-13%) vérifié dans l'EU d'ancien régime, en Chine (pas plus de 15% non plus)... Vérification de la loi des 15%
    • Blocage : Espace d'innovation vient de la ville

Il est possible de conclure qu'il y a un développement d’innovation qui est bloqué.

Des sociétés de pauvreté de masse[edit | edit source]

Évolution de la population urbaine et du taux d'urbanisation de l'Europe 1300 - 1750.png

Le monde agricole avec des agriculteurs sous-employés, mal nourris et en mauvaise santé connait une forte mortalité infantile et une forte mortalité qui se traduit par une espérance de vie très basse aux alentours de 25 et 30 ans faisant de quelqu'un de 40 ans un vieillard. Les corps étaient usés littéralement de manière précoce par la dureté des conditions d'existence.

Les paysans sont mal nourris d’où une affectation fréquente de leur système immunitaire qui pour une simple grippe pouvait les conduire à la mort, comme leur organisme était constamment fragilisé par cette nourriture médiocre.

En 1588, la Gazette romaine titre "À Rome rien de neuf sinon que l'on meurt-de-faim" tandis que le Pape donnait un banquet [réf. à confirmer]. Ce sont des sociétés de pauvreté de masse traduite par une situation précaire.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Utenda. "La Loi Des 15%." Flashcards. Quizlet, 1 Aug. 2014. Web. 03 Oct. 2014. <http://quizlet.com/45990358/heg-flash-cards/>.