Actions

Structures et changements de structures : le XVIIIe siècle

From Baripedia

Notions de structures et de conjoncture[edit | edit source]

On entend par "structure" des éléments importants qui caractérisent un régime économique. Ces éléments ses caractérisent par leur stabilité. Les faits de structure sont les composantes d’un système qui tend vers l’équilibre.

Structure d’ancien régime[edit | edit source]

Ces notions caractérisent un régime économique :

  • La domination écrasante de l’agriculture. Celle-ci est fondamentalement une agriculture céréalière : structure mono-économique ou mono-sectorielle (blé, blé, blé et blé).
  • La faible productivité, soit de faibles rendements est un autre élément de structure : structurellement ont n’arrivait pas à investir pour augmenter les capacités.
  • homéostasie : équilibre des populations grâce, en Europe de l’Ouest, au célibat définitif et au mariage tardif
  • La carence de moyens de transport et de voies de communication. Ceci crée des micromarchés. Les coûts de transports étant élevés, on ne pouvait transporter la marchandise puisque ce que l’on transportait devenait trop cher. On a donc une multitude de micromarchés. Genève, enclave calviniste en pays catholique, développe l’horlogerie pour pouvoir exporter les montres, qui sont chères à la base, et pouvoir exporter et vendre aux élites.
  • production industrielle/artisanale d’ancien régime faible (principalement textile) : on ne produit que des biens de consommation dont l’objectif est de répondre à la « loi d’urgence de consommation », c’est-à-dire manger, boire et se vêtir

Conjoncture[edit | edit source]

Il y a des cycles, des crises, des périodes récupération qui ont lieu sur la longue durée. Changer de structure est un processus difficile, car on doit changer des équilibres séculaires.

« des montées puis des reculs, comme des marées successives. Un mouvement alterné, des flux et des reflux de la démographie qui sont le symbole de la vie de jadis, succession de pannes et d'essors, les premiers s'obstinant à annuler presque entièrement - pas tout à fait - les seconds.[réf. nécessaire] »

La croissance, enfin ![edit | edit source]

On observe au XVIIIe siècle un déblocage avec un accroissement de la population : le Royaume-Uni connaît une croissance démographique de 64% entre 1700 et 1800 (de 5.5 millions à 9 millions), la France une croissance de 32% (de 22 à 29 millions). La population a augmenté plus que jamais (globalement, de 58% en Europe) et n’a pas connu de crise post croissance.

Cette croissance fulgurante a plusieurs raisons :

  • L’élément qui a marqué tout le continent européen est l’amélioration des cultures. De nouveaux produits sont arrivés sur le marché, résultat du désenclavement du continent européen (maïs d’Amérique latine et riz d’Asie, qui arrivent en Europe du Sud, ainsi l’Italie du Nord devient une zone de rizière. cf. l’Asie qui pouvait se permettre une part plus importante population urbaine parce que le riz nourrit plus que le pain). Dans les pays du Nord et de l’Ouest, c’est la pomme de terre qui a été décisive. Elle se répand à toute vitesse au XVIIIe siècle et permet de nourrir plus que le pain. Elle devient l’aliment des petites gens.
  • Deuxième explication, qui fonctionne particulièrement bien dans les îles britanniques, c’est l’effet du commerce. Les Anglais ont développé une flotte et deviennent les « boutiquiers du monde » (produisant beaucoup grâce à la révolution industrielle, ils écoulent tous leurs produits dans l’ensemble du continent européen. En 1740, après une mauvaise récolte en Europe de l’Ouest, les Anglais envoient une flotte importer du blé d’Europe de l’Est, et échappent à la crise de mortalité qui devait suivre, contrairement à la France. L’Angleterre est le moins enclavé de tous les pays européens. Même chose aux Pays-Bas, grâce à la puissance commerciale de leur flotte).
  • Dernière raison : le changement des structures économiques (domestic system puis proto-industrialisation).

Le domestic system ou Verlagsystem[edit | edit source]

Le domestic system se retrouve principalement dans le textile surtout, et à partir du XVIème siècle.

Les caractéristiques du système sont de trois. Les deux premières relèvent de l'organisation de production avec deux composantes que sont la main-d'oeuvre et la figure du marchand :

  • La main-d’œuvre travaille à temps partiel, le paysan le fait quand il n'est pas occupé par les semences ou moissons. C'est une main-d'oeuvre bon marché, il reçoit un revenu d'appoint. D'autre part, le rythme du travail est dicté par les commandes/
  • Le marchand fournit les matières premières a tous les paysans. Le cout du transport est plus rentable. C'est lui aussi qui loue les outils et c'est lui qui passe les commandes.

Le paysan lui est complètement dépendant.

  • Les oppositions incarnées par les corporations d'artisans du textile trouvent que ce système main-d'oeuvre - marchand est une concurrence déloyale et c'est ce qui va empêcher le verlagsystem de décoller.

On innove en créant une organisation de production : travail à temps partiel pour les paysans, ce qui occupe leurs périodes creuses de l’agriculture. On engage le paysan, car il est une main-d’œuvre bon marché. Mais le domestic system demeure un système marginal, minoritaire, et son impact est minime. On revient donc au blocage initial : les marchands ont des capitaux, achètent des matières premières, achètent le travail des paysans au prix le plus bas et vendent le produit fini. C’est un capitalisme commercial, et il y a blocage en raison de la faiblesse de la demande, car on vit dans des sociétés de misère de masse, de disette tous les quatre ans. Les gens achètent donc des vêtements et les font durer, en rapiéçant. Une consommation de masse implique un pouvoir d’achat, mais dans l’ensemble de la population le pouvoir d’achat n’existait pas – sauf chez la noblesse, la bourgeoisie et le clergé, qui étaient minoritaires. Le domestic system n’a donc pas crû en partie en raison de la faiblesse de la demande.

La proto-industrialisation[edit | edit source]

Franklin Mendels (1972), sa thèse sur la Flandre au XVIIIème siècle[edit | edit source]

La proto-industrialisation est un terme inventé par Franklin Mendels représentant les dynamiques rurales au XVIIIème siècle. On assiste à une croissance des populations, surtout dans les campagnes, et qui se divise en deux groupes sociaux à la fin du XVIIème siècle :

  • les paysans sans terres qui va constituer la future « armée de réserve » de la révolution industrielle;
  • les paysans qui vont trouver des solutions et chercher des revenus ailleurs

Caractéristiques de la proto-industrie (« putting-out system »)[edit | edit source]

La protoindustrie est la source de la croissance au XVIIIème siècle. Franklin Mendels, avec sa thèse sur la Flandre au XVIIIe (1972), met en évidence deux évènements :

  • Il observe qu’au XVIIIe, la croissance de la population se fait essentiellement dans les campagnes, tandis que les populations des villes stagnaient. C’est le seul endroit au monde et le seul moment de l’histoire où la campagne est meneuse de la croissance.
  • La bonne unité économique est le ménage (pas la ville ni le village), qui est donc l’unité de production et de reproduction.

Il fait des études de microéconomie sur les Flandres au XVIIIème siècle et suit 5000 ménages à travers les archives. Il s’aperçoit qu’au sein du monde rural d’Europe de l’Ouest il existe trois groupes sociaux en croissance :

  • Celui des paysans sans terre, conséquence naturelle de la croissance démographique. On a plus de deux enfants par couple, et on a donc plusieurs héritiers, et on partage désormais la terre entre eux. La niche n’est plus viable, on est en faillite. La croissance démographique met donc les paysans sous pression et conduit certains à la faillite. Certains allaient travailler pour les grands propriétaires terriens, les autres sont devenus « l’armée de réserve du capitalisme » (dixit Marx), soit ceux qui ont été travaillés dans l’industrie qui allait naître, puisqu’ils demandaient désespérément du travail.
  • Celui des paysans qui émigrent pour ne pas faire éclater le ménage, et vont chercher les revenus dans les villes/autres pays. Ceci dit, la mobilité paysanne était très forte, et des systèmes migratoires se mettaient en place au XVIIIe.
  • Celui des paysans qui s’attachaient à leur terre et étaient ceux qui se lançaient dans la proto-industrie pour pouvoir survivre.

Proto-industrie : travail à domicile, à la campagne. C’est un artisanat que l’on ne voit pas. C’est toujours du temps partiel qui amène une diversification des revenus. Le travail proto-industriel est compatible avec le travail agricole ; le paysan se sert des temps morts de l’agriculture pour travailler sur les métiers à filer. Concrètement, on tire les ressources servant à se nourrir de l’agriculture (comme avant) et la proto industrielle permet d’augmenter ses revenus. S’il y a une mauvaise récolte et le prix du blé monte, on a toujours de quoi payer pour en acheter. S’il y a une crise du textile, on dispose toujours de la récolte pour se nourrir. Pour que la survie soit menacée, il faut donc qu’il y ait deux crises simultanées, un dans chacun des deux secteurs. Ceci se produit, mais est très rare. Avoir deux sources de revenus change profondément l’existence des paysans. La pauvreté est toujours « de masse », mais on a réalisé un gain important dans la sécurisation de l’existence.

Le commerce triangulaire[edit | edit source]

L’injection de la proto-industrie dans le commerce international a permis un déblocage ! C’est ce qu’on va appeler le putting-out system car on se tourne vers l’exportation. Cela donne lieu au commerce triangulaire qui lui-même donner lieu à la demande. La différence entre la proto-industrie et le domestic system est le nombre de paysans touches par chacun de ces phénomènes.. Les terroirs agricoles qui n’ont pas été touchés par la proto-industrie sont très rares. Ceci s’est fait en raison de la sortie des micromarchés. Ceci fait que si l’on fabrique du textile, on peut exporter, et il y a multiplication de la demande grâce à « l’exportation ». On fabrique des tissus, des armes… des milliers de paysans fabriquent des clous, et cette fabrication de clous sert dans la construction navale. La production pour l’exportation est donc un facteur de croissance. C’est le début du commerce triangulaire et de l’exportation : Europe (alcool, armes, textile, camelote…produits de la proto industrie) > Afrique (esclaves) > Amériques dont brésil et Iles Caraïbe (coton, sucre, café, cacao...économie de plantation) > Europe. La construction navale donne du travail (pour les paysans)… Les couts de transport baissent. La situation est « débloquée », il y a du travail pour des millions de paysans. La proto-industrie est donc un travail pour l’exportation « internationale » à une époque où a eu lieu un éclatement des micromarchés et un déblocage économique. Est-ce que la croissance de la population a poussé les gens à chercher des solutions et a mené à la proto industrie ou est-ce que la p roto industrie a permis la croissance de la population ? La proto industrielle est une transition entre l’économie ancienne et l’économie moderne.


Comparaison domestic system-protoindustrie.png

Les effets démographiques[edit | edit source]

Sur la mortalité[edit | edit source]

La mortalité a marqué la mentalité des gens de l'ancien régime. Il va y avoir une atténuation des crises de mortalité au XVIIIème siècle et XIXème siècle. La mortalité suit un trait descendant, et elle diminue, car les crises diminuent aussi. Les crises de mortalité s'espacent menant à une atténuation de la mortalité. Cela permet de changer de système démographique. On peut rattacher cela à la diversification des revenus et à la proto-industrialisation. On sait que la proto-industrialisation a fait reculer ce frein du mariage tardif, car la proto-industrie complète les revenus et permet de survivre.

Sur l’âge au mariage et la fécondité[edit | edit source]

La proto industrialisation a faire reculer l'âge au mariage. Le petit paysan est sur une petite terre, mais il dégage d'autres revenus issus de la proto-industrialisation rendant le mariage plus rapide. Il faut aussi souligner que les enfants permettent de ramener un revenu en plus dans la proto industrialisation à travers les métiers à tisser .

Les gens se marient donc à nouveau, et plus vite. Du coup, la fécondité repart aussi. Cela est valable dans certaines régions, car dans d’autres, les paysans préféraient se marier plus tard, car ils souhaitaient d’abord s’enrichir en devenant propriétaires.

De nouveaux rapports au corps et à l'environnement[edit | edit source]

Attenuation of mortality swing sweden 1735 - 1920.png

Une nouvelle vision de la mort[edit | edit source]

L’humanité occidentale prend conscience de la mort. Auparavant, au XVIème et au XVIIème, il y avait une fatalité face à la mort, le village des morts et des vivants cohabitait. Au XVIIIème siècle, il a un rejet de la mort, elle devient extérieure. Lorsque la mortalité recule elle n’est plus le quotidien, mais découle de l’exceptionnel, elle devient une fascination. En d'autres termes, cela marque le début de la modernité. Les mentalités changent et la mort recule. On a une nouvelle vision de la mort qui s'inscrit dans une mise à distance de la mort : elle devient quelque chose d’extérieur au monde des vivants.

Le recul de la mortalité aurait permis de changer les rapports des bourreaux lors des exécutions. Au cours du XVIIIème siècle, il faut noter qu'on arrête les exécutions publiques[Où ?]. Avant, les condamnés étaient torturés, on leur faisait peur en leur infligeant des exécutions horribles. Par la suite, on ne torture plus, mais on tue plutôt radicalement.

Au XVIIIème siècle, on va sortir les cimetières hors des villes. On sépare donc le village des morts du village des vivants[1].. Cette externalisation est renforcée, car l’humanité occidentale se dit maintenant « qu’on peut faire quelque chose ».

Lutte contre les maladies[edit | edit source]

L'externalisation de la mort accentuée par le fait que l'homme a l'impression de pouvoir faire quelque chose. La variole et le premier triomphe de l'humanité sur les épidémies.

La variole, et la première victoire de l’humanité sur une épidémie : on pense que la variole a pris le relais de la peste, puisque l’humanité n’aurait pas pu supporter les deux fléaux à la fois. La variole tuait souvent, et si elle ne tuait pas, elle défigurait (ex. Mirabeau). Les gens de l’époque n’ont alors aucune idée de ce qu’est un virus. Au XVIIIe, on sort de l’impuissance. On bricole des solutions. En 1721 apparait l’inoculation (on permet à des enfants de développer des anticorps en leur donnant une variole affaiblie). Globalement, cela fonctionnait, même si c’était extrêmement dangereux. En 1796 apparait le vaccin de Jenner, qui inocule une variole dont souffrent les vaches à des enfants, ce qui fait générer à ces derniers des anticorps (petite précision, en 1796, l’Angleterre est en guerre avec la France, mais veille à transmettre quand même la solution à la France). On se rend donc compte que l’on peut lutter contre les épidémies. Les humains se placent dans une posture conquérante envers la nature. On sort de la « faiblesse face à la nature ». Il y a le développement d’une culture savante de la nature (encyclopédies, etc.). Les premiers débats viennent très vite concernant la soutenabilité (XIXe), par ex. de la production de bateaux par rapport aux réserves de forêts. L’anthropocentrisme est de mise, de manière générale. L’exploitation des ressources de minerai, etc. se fait dans la continuité de ce changement de mentalité.

Culture de la nature[edit | edit source]

Cover of Sylvicultura oeconomica, oder haußwirthliche Nachricht und Naturmäßige Anweisung zur wilden Baum-Zucht of 1713.

En 1713, Von Karlowitz parlait déjà d’une première définition du développement durable[2]. L'homme commence à croire qu'il peut dominer la nature. L’œuvre de l’homme s’impose sur la nature, c'est le développement d'une culture de l'usage du monde. Dieu leur a donné une terre que les humains peuvent exploiter: c'est l'anthropocentrisme. Va se mettre en place une culture savante de la nature avec entre autres l'agronomie, la sylviculture ou encore les voyages d’explorations. C'est une démarche anthropocentrique qui met la nature au service de l’être humain.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Vieux Paris, jeunes Lumières, par Nicolas Melan (Le Monde diplomatique, janvier 2015) Monde-diplomatique.fr,. (2015). Vieux Paris, jeunes Lumières, par Nicolas Melan (Le Monde diplomatique, janvier 2015). Retrieved 17 January 2015, from http://www.monde-diplomatique.fr/2015/01/MELAN/51961
  2. Grober, Ulrich. "Hans Carl Von Carlowitz: Der Erfinder Der Nachhaltigkeit | ZEIT ONLINE." ZEIT ONLINE. 25 Nov. 1999. Web. 24 Nov. 2015 url: http://www.zeit.de/1999/48/Der_Erfinder_der_Nachhaltigkeit