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Marchés nationaux et marchés mondiaux de produits

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La révolution des transports[edit | edit source]

Au XVIIIème siècle, on commence à tenter d’améliorer le réseau routier. Par ailleurs, il y a un développement des canaux qui permet de relier deux rivières entre elles. Pour construire un canal, il faut collecter d’immenses quantités d’argent, et accepter d’immobiliser les capitaux durant la construction. C’est ce système qui va se développer au XIXème siècle pour la construction de chemins de fer.

Les premières lignes de chemin de fer datent des années 1830. Ce sont de petites lignes qui ont pour but de montrer aux banquiers que c’est une invention cohérente dans laquelle ils peuvent investir. Le chemin de fer résulte de l’invention du rail et de la machine à vapeur. Le chemin de fer sert à transporter le charbon, mais on commence également à transporter des personnes. Le succès est rapide et énorme.

Les grandes lignes sont développées dans les années 1850 en Grande-Bretagne et en Belgique, dans les années 1860 en France avec des lignes qui convergeaient vers Paris. Très vite, le système est à maturité, avec un réseau ferroviaire européen qui couvre toute l’Europe et qui offre un transport rapide (40km/h), fiable et performant. Il est possible de remplir des wagons avec des barres d’acier et les transporter de l’autre côté du pays sans effort. La tyrannie de l’espace est brisée. On peut imaginer avoir des fabriques de tôle en Suisse et faire venir la fonte de Saint-Étienne. Le réseau ferroviaire est à son apogée en 1914. Après la guerre, ce réseau va reculer au profit des autoroutes.

L’ouverture de l’espace[edit | edit source]

Grâce au développement des transports, il devient possible d'atteindre dans un même temps un espace beaucoup plus grand. Cela a permis aux ouvriers d’habiter un peu plus loin de leur usine, ils peuvent faire le voyage tous les jours en train.

Le Savannah, premier bateau à vapeur à traverser l'Atlantique en 1819.

Les bateaux à vapeur remplacent les bateaux à voile. Cette machine à vapeur permet d’installer une roue à aubes qui propulse le bateau. Mais ce système n'est pas adapté aux eaux vives comme celles de l’Atlantique. On a donc placé les roues sous le bateau permettant de rendre le bateau plus stable. Une traversée de l’Atlantique prenait trente jours, et avec la machine à vapeur, le temps de transport est réduit à quinze jours. Les traversées sont plus régulières, car elles ne dépendent plus des vents ce qui permet la mise en place d'un réseau transatlantique. Les bateaux sont fabriqués en tôles plutôt qu’en bois afin d'augmenter leur résistance et de les rendre plus légers. La première traversée de l’Atlantique en bateau à vapeur a eu lieu en 1819. En 1859, un bateau a posé un fil télégraphique au fond de l’océan pour relier l’Europe à New York. Cela va notamment permettre aux grandes bourses de Wall Street et de la City de s’unifier.

Carte du câble télégraphique transatlantique de 1858.

À partir de 1850, toutes les marchandises vont être transportables, par bateau ou chemin de fer. Les économies nationales vont s’intégrer à une économie mondiale. On va commencer à voir du riz asiatique arriver en Europe, on va rapporter des matières premières des mines des colonies… Les chemins de fer ont joué un rôle crucial dans l’intégration des économies nationales et continentales. Le bateau à vapeur a intégré ces économies au niveau mondial.

Homogénéisation des marchés, adaptation régionale et nationale[edit | edit source]

L’homogénéisation des prix[edit | edit source]

Coût réel du transport océanique (1910 = 100).

L’espace économique s’est homogénéisé suite à l’amélioration des transports. Sous l’ancien régime, on a des micro-économies locales qui ne peuvent se développer à cause du coût des transports. Grâce à la baisse du coût de transport, il devient possible d'envahir un marché voisin et de détruire la concurrence. Par exemple, Genève produit du blé qui vaut 100 francs et le coût de transport est de 30 francs. À Berne, on le vend 120 francs, donc, personne n’achèterait le blé genevois. Or, quand le coût de transport baisse, le prix du blé genevois baisse aussi et donc les bernois vont commencer à l’acheter. Mais Genève ne peut pas vendre son blé trop cher, car les autorités bernoises pourront trouver moins cher à Zurich par exemple. Suivant un mécanisme, le prix du blé s’égalise jusqu'à s’harmoniser.

Les adaptations[edit | edit source]

  • La division régionale du travail

Il y a un recul des activités protégées, car on peut envahir un marché et tuer la concurrence. Donc, chaque région se spécialise suivant la loi de Ricardo. Mais quand l’économie d’une région dépend d’un seul secteur, il y a un risque que si ce secteur entre en crise, il n’y ait pas de secteur sur lequel s’amortir. D’autre part, certaines régions n’ont aucun secteur dans lequel se spécialiser.

  • Les conséquences sociales

L’intégration des marchés à l’échelle régionale (comme en Suisse), continentale ou mondiale a des conséquences sociales qui sont toujours ambivalentes, car dans les endroits où on achetait plus cher, c’est un avantage, car on paye moins cher. C’est une mauvaise nouvelle pour les marchands qui travaillent dans la région où le produit était plus cher, car il n’y a plus de protection du marché et les producteurs se retrouvent en faillite.

La grande crise agricole de 1873 - 1890[edit | edit source]

Article détaillé : La conquête du territoire.

Les américains ont fini leur guerre de Sécession en 1865 - 1866. Pour prouver l’unité du pays, on construit des lignes de chemin de fer qui relient les extrémités du pays. On va amener le blé des grandes plaines du Far West en remplissant les wagons qui passent à travers le pays. On met le blé sur des bateaux qui livrent en Europe. Les productions européennes traditionnelles ne font pas le poids face à la concurrence, car l’arrivée massive du blé américain va faire chuter le prix du blé étant donné que les blés européens ne sont plus concurrentiels.

Conséquences et résultats[edit | edit source]

Dans les années 1880, un virus va ravager les vignes européennes. Les agriculteurs européens vont être contraints de s’adapter notamment en renonçant à l’agriculture de subsistance de céréales pour se tourner vers une agriculture spéculative. Cette agriculture spéculative est une agriculture commerciale qui se caractérise par la production viande, de laitages, du sucre, des fruits en essayant de répondre à la demande de consommation des habitants des villes. L’agriculture de subsistance va se transformer en élevage tourné vers les consommateurs urbains. La Suisse est l’exception, car à cause des montagnes, elle avait déjà développé les élevages.

Protectionnisme et libre-échange[edit | edit source]

Le protectionnisme consiste à taxer fortement les produits arrivant de l’étranger, et le libre-échange consiste à ne plus taxer les produits entrant dans un pays.

Chronologie :

  • 1815 - 1849 : après les guerres napoléoniennes, tous les États se replient sur eux-mêmes, c’est une vague de protectionnisme. Ce protectionnisme a favorisé les pays de la première vague industrielle comme la France et la Belgique contre la concurrence anglaise.
  • 1850 - 1873 : c’est une période de crise avec de mauvaises récoltes dû en partie à la maladie des pommes de terre. Les pays qui ont de mauvaises productions ont besoin d’importer du blé par exemple. On réduit donc les taxes pour inciter les autres pays leur vendre leur production.
  • 1874 - 1895 : la dépression arrive avec l’arrivée des blés américains. De plus, il y a une crise dans l’industrie dès 1874, car les Américains ont commandé des tonnes d’acier pour les rails de leurs grandes lignes de chemin de fer intercontinentales, car la production américaine ne suffisait pas. La sidérurgie européenne, pour répondre à la forte demande américaine, a ouvert de grands fourneaux, des fabriques de fer et de rails. De plus, en 1870, la Prusse bat la France et les Allemands obligent les Français à payer une forte amende de guerre. Avec cet argent, ils vont faire comme les États-Unis et unifier le nouvel État allemand avec des lignes de chemin de fer. Les Allemands vont donc eux aussi commander des rails et des locomotives. Une fois arrivé en 1873, les grandes lignes américaines et allemandes sont finies et on arrête de passer commande. On a une sidérurgie européenne énorme qui s’est développée, mais qui est rendue inutile, car il n’y a plus de demande. Cela provoque une crise de surproduction. Le prix s’effondre, les entreprises les plus fragiles font faillite et les travailleurs sont licenciés.
  • 1895 - 1914 : les États en temps de crise se replient sur eux-mêmes et donc mettent en place un protectionnisme. À l’échelle occidentale, la dépression finit en 1895 et c’est la reprise de la croissance dans un système économique mondial dominé par les anglais. Contrairement à ce qu’il s’est passé dans le passé, on ne va pas assister à un retour du libre-échange même si c’est le retour de la bonne santé économique. Cette époque est l’apogée du protectionnisme.

Toutefois, il y a des exceptions comme par exemple la Suisse. Ce pays ne peut pas se permettre de prendre des mesures contre ses voisins puisqu’elle vit de l’exportation. Un autre pays s’offre le luxe de ne pas être protectionniste c’est la Grande-Bretagne, car elle considère qu’elle n’a pas besoin de fermer ses frontières. Les autres pays comme l’Allemagne, la France et l’Italie tombent dans le maintien de ce protectionnisme.

Les raisons de la fermeture.

  • Du point de vue des produits agricoles.

Les pays réagissent à l’arrivée de nouveaux concurrents sur le plan agricole. La crise de 1873 a été provoquée par les blés américains. Mais plus tard, d’autres concurrents vont continuer à arriver sur les marchés comme les argentins qui exportent leur viande, ainsi que l’Australie. Tous ces pays produisent énormément du fait de leur taille et le prix des transports a diminué leur permettant de concurrencer les produits européens.

Donc, la plupart des pays ont peur de voir disparaître leur paysannerie nationale. C’est une peur d’origine nationaliste. De plus, la montée des tensions en Europe pousse les États à se doter d’une agriculture efficace qui puisse fonctionner en temps de guerre. Enfin, les gouvernements de l’époque sont plutôt de gauche et veulent garder les voix des paysans qui sont traditionnellement de droite ce qui pousse les gouvernements à les protéger. Ce protectionnisme sera prolongé jusqu’à 1914.

  • Du point de vue des produits industriels

On voit s’appliquer la théorie de Gerschenkron qui explique que les tard-venus dans l’industrialisation profitent d’une technologie moderne et s’industrialisent plus vite. Durant la dépression de 1873 - 1895, des secteurs ont disparu et de nouveaux secteurs se mettent en place : les hauts fourneaux fabriquaient du fer. Durant la dépression, on passe à la sidérurgie de l’acier. Donc les tard-venus comme la Russie vont mettre en place des hauts fourneaux de l’acier, ils n’auront pas à adapter les hauts fourneaux du fer, car elle n’en possède pas. Les pays de la première vague vont devoir, eux, renouveler leurs hauts-fourneaux pour pouvoir rivaliser. Donc, les pionniers de la révolution vont mettre des barrières douanières aux nouveaux pays industrialisés pour se protéger contre ces nouveaux concurrents.

Complexification des économies avancées et complémentarité[edit | edit source]

Avant 1900[edit | edit source]

  • Le pôle primaire (Grande-Bretagne) et le pôle en devenir (États-Unis)

Avant 1900, les économies vont se complexifier. Il va y avoir une complémentarité à l’échelle du monde entier. Sur la période 1850 - 1900, il est évident que tout le système intercontinental est dominé par la Grande-Bretagne, mais on voit monter un pôle en devenir, secondaire, qui est les États-Unis. C’est à cette époque que se met en place la doctrine Monroe où les américains fixent pour directive de leur diplomatie la protection de l’Amérique latine face à l’Europe. Ils établissent que le continent américain doit être placé sous la protection des États-Unis. C’est par là qu’ils vont commencer à concurrencer les anglais ce qui va créer des tensions entre les deux puissances.

  • Marchés intérieurs et complémentarité

Les autres pays vont être dominés, mais vont adopter deux comportements différents :

  • d’un coté, les grands pays comme la France et l’Allemagne qui bénéficient d’un marché intérieur suffisant pour soutenir leur croissance sans devoir exporter vont également mettre en place des mesures protectionnistes et se refermer sur eux-mêmes.
  • d’autres pays comme la Suisse et le Danemark vont suivre la règle de Ricardo, c’est-à-dire qu’ils vont se spécialiser dans des domaines où les grandes puissances industrielles ne sont pas encore présentent. Ces pays sont des petits pays qui n’ont pas un marcher intérieur suffisamment grand et qui doivent jouer la carte de l’exportation. Mais avec le protectionnisme, ils ne peuvent exporter que des produits qui ne vont pas concurrencer un marché du pays vers lequel ils exportent. Donc cette situation ne crée pas de rivalité, mais une complémentarité économique.
  • Une Angleterre dominante qui renonce au protectionnisme.

À priori, la Grande-Bretagne est le pays avec les outils industriels les plus anciens. Pourtant, elle refuse de suivre la voie du protectionnisme, car l’Angleterre va réagir à cette situation en augmentant son monopole sur les relations commerciales, son contrôle sur le grand commerce international. L’Angleterre va monopoliser les relations commerciales avec les Amériques ainsi qu’avec l’Asie. En fait, l’Angleterre va être le premier pays à avoir des relations commerciales avec tous les pays du monde. Donc à partir de cela, la Grande-Bretagne va être le marchand du monde, l’interface de tous les échanges commerciaux. Si l’on veut acheter du coton indien, on va l’acheter chez les anglais et non en Inde. Le commerce du monde entier converge vers la Grande-Bretagne.

En quelque sorte, la Grande-Bretagne répond au protectionnisme par la mondialisation des échanges commerciaux.

Après 1900[edit | edit source]

Une industrie britannique en recul relatif[edit | edit source]

Après 1900, la Grande-Bretagne est dans une situation plus délicate, l’industrie britannique commence à être plus vieille avec des outils qui ont parfois plus d’un siècle. La réaction britannique va être de maintenir le libre-échange et de s’engager dans la mondialisation. Il y a trois explications au choix du maintien du libre-échange :

  • le pays n’est plus autosuffisant d’un point de vue agricole. La population s’est accrue et le nombre de paysans a reculé. La Grande-Bretagne a donc besoin d’importer la nourriture, ce qui va permettre au Danemark notamment de se développer.
  • si on importe de la nourriture depuis l’Argentine, le Danemark, l’Australie et les États-Unis, on fait jouer la concurrence ayant pour conséquence de faire diminuer les prix. Cela bénéficie aux ouvriers qui peuvent mieux se nourrir, et les patrons n’ont pas besoin d’augmenter les salaires pour que les ouvriers puissent acheter de quoi manger : il y a une sorte de paix sociale dans cette situation.
  • quelque part, dans cette situation, les anglais n’ont pas à protéger leurs paysans. Au début du XXème siècle, les paysans britanniques ont déjà diversifié leur activité, ils se sont adaptés à la concurrence venue des grands pays agricoles. Ils ne font plus du blé, mais produisent des produits frais, comme des légumes, du lait ou encore des œufs.

Une mondialisation des complémentarités[edit | edit source]

Au début du XXème siècle, une mondialisation se développe par le bas de la théorie d’Engels. Le premier but d’un être humain est de se nourrir et la mondialisation va permettre d’améliorer les conditions d’alimentation des populations européennes. Avec les complémentarités, c’est en quelque sorte l’application de la théorie de Ricardo, car les grandes puissances industrielles produisent et se développent sans empiéter les unes sur les autres.

Annexes[edit | edit source]

Voir aussi[edit | edit source]

Un fil de cuivre entre deux mondes : les premières liaisons télégraphiques transatlantiques

Références[edit | edit source]