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Les approches en sciences politiques de Durkheim à Bourdieu

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La vie d’Émile Durkheim : 1858 - 1917[edit | edit source]

David Émile Durkheim est l'un des fondateurs de la sociologie moderne. Il est né à un moment charnière du XIXème siècle. Il est issu d’une famille aisée et judaïque. Le contexte dans lequel il émerge est celui de la mise en place de la République française à partir des années 1870 avec une crise importante qui est la commune de Paris : c’est un conflit subversif ou les communards sont massacrés par ce qui reste de la royauté.

Les premières questions qu’il se pose sont de savoir comment se fait-il qu’une partie de la société ait accepté de s’armer pour massacrer les plus pauvres et qu’est-ce qui fait qu’il n’y ait plus société ?

Bien évidemment, les concepts politiques après Napoléon III sont les concepts de république, de fraternité, solidarité et de liberté. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’il va travailler sur la question de la société en mettant l’accent sur la question sociale et le socialisme. La grande idéologie qui va bousculer les régimes est le socialisme, c’est-à-dire que les individus vivent en société et le social doit émerger.

Pour qu’une société puisse fonctionner, il doit y avoir des liens, des passages entre les groupes qui permettent de faire société, donc, du lien social. L’idée de Durkheim est d’expliquer les faits sociaux de façon scientifique, il se situe dans le débat des sciences sociales. En tant qu’universitaire, il va s’interroger sur le concept de solidarité sociale : il rebondit sur ce qui fait société. C’est le principe de solidarité. Une société se contrôle et produit un sens collectif par une solidarité entre les individus.

Le débat est toujours d’actualité, car on se pose maintenant la question de savoir ce qu’est la solidarité. La solidarité insinue que l’on a un destin commun. À la fin du XIX siècle apparait toute une série de questionnements sur la société notamment parce que la société bascule avec un passage d’une société rurale à une société urbaine. Durkheim qui s'interroge sur ce qu'est la société propose qu'elle se caractérise par le fait social. Va surgir la question de savoir comment interpréter un évènement ?

Ces travaux permettent de comprendre le monde d’aujourd’hui. Parmi ses écrits majeurs ont retrouve :

  • De la division du travail social publié en 1893 : comment l’évolution du travail à t-elle modifié les rapports sociaux. Le travail n’est pas neutre. Le travail moderne est un travail de spécialisation qui change les rapports sociaux. Durkheim explique comment les sociétés modernes sont arrivées à développer la division du travail et comment cette division produit de la segmentarité, c'est-à-dire comment les individus sont segmentés dans des fonctions et des missions très différentes les unes des autres, ce qui va créer, d’une certaine façon de l’inégalité.
  • Les règles de la méthode sociologique publié en 1895 : ce sont les premières réflexions sur les outils les mieux à même pour analyser la société. C’est un travail de passage de construction de l’objet scientifique, mais aussi un passage vers la sociologie. Il s'agit de la première référence sur les outils pour analyser la société. Durkheim pose les fondements scientifiques de la sociologie, c'est-à-dire comment peut-on fabriquer une science, qui soit une science de la société, et ne plus considérer la société seulement d’un point de vue idéologique, mais comme une réalité que l’on peut regarder de façon objective, sans passion. Il faut donc expliquer les faits sociaux et les comprendre comme faits scientifiques.
  • Le suicide publié en 1897 est un ouvrage ayant une importance dans la sociologie, car le suicide est considéré comme un fait scientifique, c'est-à-dire un fait observable (en dehors des émotions) que l’on peut expliquer scientifiquement. Ce geste fait partie de la société et mérite d'être caractérisé. Durkheim l'a donc étudié comme fait social. Après cette étude sur le suicide, il le divise en trois types : le suicide altruiste (échec par rapport aux autres), le suicide égoïste (refus d'exister selon les conditions actuelles) et le suicide anomique (impossibilité d'adaptation).

Durkheim n’est pas un penseur, il est immergé dans la société depuis laquelle il analyse les objets de contradictions.

L’affaire Dreyfus est un moment important, car il scinde la société, c’est un conflit politique qui va traverser toute la société. La société va imploser et affecter les relations à l’intérieur même des familles. L'affaire Dreyfus amène Durkheim à repenser à la question de la morale, de l’éthique dans les relations sociales et la fonction du politique (un politique ne peut pas condamner un individu sans preuve de sa culpabilité).

Il s’interroge aussi sur la place de la religion dans la société. En tant que Républicain, la laïcité est un élément structurant de la question sociale. Ce n’est pas seulement à la charité de répondre au problème de la société, mais aussi l’État.

Ce sont des thèmes où il présuppose que l’on peut reconstruire de la solidarité sociétale. Pour lui, le socialisme est que dès lors que les individus ont pris conscience de la nécessité de la solidarité ils agissent en son sens.

En 1873, Durkheim devient le premier docteur à la chaire de sociologie. Il travaillera sur les questions morales puis sur la crise que provoque la Première guerre mondiale : c’est la rupture de la société. Son fils André décède en 1916 dans les Balkans, ce qui le fait s'impliquer sur la question[1]. L'année suivante, en 1917, Durkheim décède à son tour plongé dans une grande tristesse suite au décès de son fils au combat.

Le fait social[edit | edit source]

Pour Durkheim, comme relaté dans son ouvrage Règles de la méthode sociologique publié en 1895, l’enjeu de la sociologie est d’étudier les faits sociaux. Il qualifie les faits sociaux comme des manières d’agir de faire et de penser dans un espace social. Ce n’est pas quelque chose de subjectif, il est objectif, car on peut analyser les comportements des individus en tant que tels. Les faits sociaux consistent en toute manière d'agir, de penser, de sentir, fixée ou non, susceptibles d'exercer sur l'individu une contrainte extérieure; et, qui est générale dans l'étendue d'une société donnée tout en ayant une existence propre, indépendante de ses diverses manifestations au niveau individuel. Le fait social dans une société est un phénomène suffisamment fréquent et suffisamment étendu pour être qualifié de collectif.

Les modalités d’agir sont conditionnées individuellement, c'est-à-dire la façon dont on perçoit l’environnement, l’expérience sensible individuelle ; et collectivement à savoir des déterminants collectifs qui impliquent des « réactions types ».

Selon Durkheim, le fait social répond à quatre critères :

  • L'extériorité : la société existe en dehors des individus qui la composent. Le fait social est extérieur aux individus ; il ne se situe pas dans la sphère individuelle, mais dans la sphère collective:, à savoir la sphère sociale. C'est-à-dire qu'il n'est pas né avec l'individu et ne mourra pas avec lui, il transcende l'individu. Pour qu’il y ait rassemblement des individus, il faut qu’il y ait société. Au fond, ce phénomène a une temporalité plus longue que la vie elle-même, elle est une structure. Si on ne remplit pas son rôle, la société peut engager la répression. Ces rites fonctionnent de façon régulée et permanente. La société existe en dehors des individus, ils ne font que passer vivant dans un système sociétal qui existe au-delà d’eux-mêmes. En d'autres termes, pour rassembler les individus, il faut la société et une temporalité plus grande que la vie d'un individu pour remarquer qu'après sa mort, elle sera encore là. Chaque individu joue son rôle dans la société, et on ne peut sortir de celui-ci. La relation sociale perdure, les individus ne font que passer. Dès lors, étudier les comportements entraine la permanence des objets.
  • La contrainte : c‘est le fait que la société se caractérise par un ensemble de contraintes de plusieurs ordres, c'est lorsque dans une assemblée, un sentiment s’impose à tous ou lorsqu’une réaction collective se communique à tous. C'est un processus collectif de socialisation, on accepte des processus dictés par la société elle-même. Le fait social s'impose aux individus, il ne résulte pas d'un choix individuel, mais il est le fruit d'une combinaison de différents facteurs sociaux, économiques, historiques, géographiques, mais également politiques. Cette combinaison impose des contraintes à l'individu. Les contraintes ont des variabilités différentes selon la nature. Ces contraintes répondent différemment selon le refus de la contrainte que l’on assume, c'est une obligation à des comportements régulés/adaptés ; les normes sont à l’origine du « processus de socialisation ». Les faits sociaux se caractérisent par l’intensité de la contrainte ainsi que leur capacité coercitive.
  • La généralité : un fait social est, par définition, marqué d'une certaine fréquence dans une population, à un endroit et à un moment. À court terme, les mesures qui en sont effectuées doivent être constantes sur le plan collectif. Mais de manière générale, elles varient selon les sociétés et les époques.
  • Le critère historique: pour qu'un fait devienne social, il faut qu'il se généralise et donc, un fait divers nouveau ne peut être social avant une certaine période. Exemple : avant, les jeans étaient (à peine inventés) portés par les chercheurs d'or avant d'être aujourd'hui un fait social puisqu'ils sont désormais portés par "tout le monde".

Comment étudier les faits sociaux ? : il faut « traiter les faits sociaux comme des choses »[2]. Pour arriver à traiter la société, il faut s’obliger à traiter les faits sociaux comme des choses, c’est-à-dire comme un objet. C’est ensemble des réactions que l’on peut étudier.

C’est un objet à distance que l’on peut qualifier parce qu’il a des caractéristiques que l’on peut désigner et que l’on peut inventorier. La distance permet d’introduire des méthodes d’analyse scientifique pour passer à l’analyse en elle-même. On traite les phénomènes en qualité de donnée.

Dès lors, qu’est-ce qui fait société ? Les faits sociaux sont le résultat de la vie en société, et en particulier de représentations.

Il faut opposer deux niveaux à savoir les représentations individuelles et les représentations collectives. Les représentations individuelles (ou « prénotions ») sont le contraire de la réalité, c’est l’interprétation au niveau subjectif de notre environnement. Il faut aller au-delà des représentations personnelles pour analyser les représentations collectives.On désigne par ce terme les représentations que l’individu se construit par l’interaction avec son environnement. Elles constituent un tout cohérent et personnel et lui servent à organiser son action. Elles sont « propres à chaque individu, sont variables et emportées dans un flot ininterrompu. […] (Elles)ont pour substrat la conscience de chacun… »[3]. Cependant, elles ne permettent pas une évaluation objective des faits sociaux. Les représentations collectives constituent les faits sociaux. Si la société se représente cela permet de se définir en tant qu’un ensemble. Cela permet de mettre en avant les faits sociaux. Ces représentations sociales intègrent des aspects collectifs et individuels.

Le crime, selon Durkheim, a une fonction dans la société, il est par conséquent normal. Bien qu'il soit non-conforme aux normes sociales, il est présent dans toutes les sociétés, ce qui fait de lui un phénomène normal. De plus, « le tort qu'il fait à la société est annulé par la peine, si elle fonctionne régulièrement ». Il est donc possible de juger le bon fonctionnement d'une société selon la répression exercée sur les crimes, car rationnel d’un point de vue individuel exprimant une fonction sociétale, car l’individu fait partie d’un collectif.

Les formes de la solidarité sociale[edit | edit source]

Ce qui est fondamental est de travailler sur l’organisation de la collectivité. Qu’est-ce qui se joue dans nos sociétés modernes ? À la fois, l’individu réclame une indépendance dans son espace social même en faisant partie d’une société, mais paradoxalement il dépend encore plus de la société.

Une société peut fonctionner sur l’anomie. Dans toute société, il y a, à des moments donnés, des conjonctures de l’ordre de l’effondrement. C’est une phase catastrophique des sociétés, entrainées par un devenir qu’elles ont elles-mêmes suscité par le déterminisme du progrès et de la production industrielle. C’est un concept très intéressant, car il y a des moments où nous ne sommes plus dans des mouvements de développement linéaire, il y a des moments obscurs lors desquels l’on peut penser le passé sans pouvoir y retourner. Il réinterroge la question de la temporalité liée à la structuration sociale.

Durkheim distingue deux types de solidarités sociales, la solidarité mécanique et la solidarité organique, à savoir :

  • la solidarité mécanique est une société ou les individus sont semblables en cela qu’ils partagent tous, d’une même manière et suivant une même intensité, les éléments constituant la conscience commune. En d’autres termes, c’est une société traditionnelle ou tous les individus sont semblables et partagent une conscience commune.
  • la solidarité organique repose sur la différenciation des tâches et des individus qui les accomplissent ; sur l’existence de sous-groupes spécialisés. À l’intérieur du groupe social, on donne libre champ à l’existence de l’individu entendu comme source autonome de pensée et d’action. La société moderne est une société qui va se construire sur la différenciation des tâches. C’est le contraire de la société mécanique. Nous ne sommes pas solidaires sur les mêmes fonctions même sur les tâches différentes qui engagent une question de l’échange. Il peut exister des sous-groupes qui offrent des temporalités différentes et des champs de connaissances différentes. On trouve des groupes sociaux différents qui peuvent donner libre champ à l’individu lui donnant une autonomie qui lui donne un droit d’existence.

La place du fait religieux[edit | edit source]

Durkheim marque l’importance cruciale des phénomènes religieux dans la sociologie. Il va dire que les faits religieux ont toujours été importants. De plus, nous sommes dans un monde qui se sécularise.

La religion sert dans la création de liens sociaux. Non seulement elle assure que tout le monde ait les mêmes croyances, mais elle assure aussi que tout le monde a la même moralité et que les pensées des individus restent assez uniformes. Dans ce sens-là, la religion assure l'intégration des individus dans un groupe.

Même s’il y a perte de la religiosité, il faut faire attention au fait que le religieux peut subsister toutefois. Le fait religieux permet toujours d’expliquer le fait social notamment la sécularisation du monde social, car le religieux subsiste au-delà même de la perte de la religion. Le fait religieux ne disparaît pas même si nous sommes dans une société laïque, car les comportements restent guidés par des morales d’essence religieuse. La religion est un fait structurant moral. La « criminalité religieuse » est le crime contre les choses collectives (l’autorité publique, les mœurs, les traditions, la religion). Le crime religieux est la première forme de crime dans une société en développement. C'est une atteinte au sacré. On ne s’échappe pas des valeurs morales qui proviennent du religieux.

La théorie de la socialisation[edit | edit source]

Durkheim élabore la théorie de la socialisation selon deux processus. L’intégration sociale est la conscience, la croyance et les pratiques communes (société religieuse), ce sont les interactions avec les autres (société domestique), les buts communs (société politique). Cela fabrique de la cohésion sociale. Pour faire société, il faut définir des valeurs communes liées à un processus d’intégration sociale. Le processus d’intégration relativise la liberté de l’individu par rapport aux valeurs qu’il a intégrées. De plus, cela crée de la cohésion sociale. D'autre part, la régulation sociale est le fait qu'il faut pourvoir la collectivité de règles, cela fait référence au rôle modérateur joué par la société, c’est à dire à l’autorité morale qu’elle exerce sur les individus. Les interactions entre les membres du groupe s’organisent autour d’une hiérarchie sociale et de règles convenues et adoptées. En d’autres termes, c’est l’intégration des normes de société qui permet de gérer ses passions de façon modérée. Ainsi au niveau des structures, des façons de faire et des représentations peut se construire l’action.

Durkheim décrit les caractéristiques qui permettent de reconnaître une société moderne à savoir des buts communs, des principes de justice, de la symbolique et de la solidarité entre les individus (solidarité organique). Tous ces éléments permettent la création d’une théorie de la société et du changement social.

En s’interrogeant sur le suicide, Durkheim défend l'idée selon laquelle le suicide est un fait social à part entière — il exerce sur les individus un pouvoir coercitif et extérieur. À partir de là, il cherche à le caractériser. Il est déterminé par des raisons relevant de l'intime et du psychologique. Il est également éclairé par des causes sociales, des déterminants sociaux. Pour Durkheim, il faut sortir de l’analyse personnelle du suicide et pour cela il faut l’étudier comme un fait social.

Durkheim distingue plusieurs raisons au suicide. Le suicide altruiste est le fait que l’individu se considère dans l’impossibilité de remplir ses devoirs, le suicide égoïste est le refus d’exister par rapport à des normes sociales, le suicide anomique est l'impossibilité d’arriver à exister dans un système très complexe ou il est doté de responsabilité qu’il ne peut pas assumer. Cela renvoie à la manière dont la société exacerbe les contradictions et le suicide fataliste intervient dans les cas d'excès de régulation, la vie sociale est extrêmement réglée, les marges de manœuvre individuelles sont réduites. Le contrôle social ainsi que les normes sont trop importants à supporter.

Pour conclure, d'une part, le suicide est bien un fait social qui se produit par un défaut de socialisation ; d'autre part, la société a du mal à produire de la socialisation.

Pierre Bourdieu : pour une théorie politique du monde social[edit | edit source]

Pierre Bourdieu : 1930 - 2002[edit | edit source]

Pierre Bourdieu.

Bourdieu a effectué son service militaire en Algérie en 1958. Il va se passionner pour l’Algérie et pointer quelque chose de fondamental, à savoir l’écart entre le discours et la réalité. Au fond, le champ des sciences sociales et un domaine où il faut porter une attention toute particulière à la relation entre le discours et la réalité.

Pour analyser les relations entre la parole et les faits, Bourdieu s’est engagé dans la sociologie. Sa pensée a exercé une influence considérable dans les sciences humaines et sociales. Son œuvre sociologique est dominée par une analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. En étudiant l’Algérie et la société kabyle traditionnelle, il va faire le passage à la sociologie, puis il va étudier les groupes sociaux en élaborant une théorie politique et prendre des positions altermondialistes.

Parmi ses écrits majeurs, il y a Le déracinement publié en 1964, ouvrage dans lequel il étudie l’effet du déracinement sur la population algérienne et montre les effets déstructurant de ce processus. Est publié en 1979 La distinction, critique sociale du jugement, Le sens pratique en 1980, La misère du monde en 1993 et La domination masculine en 1998.

Il va construire une théorie qui s’articule sur la sociologie, la philosophie et la politique. En 1980, il est titulaire de la chaire de sociologie au Collège de France. Dès lors, il critique la mondialisation et se rapproche des mouvements altermondialistes.

Le concept d’habitus[edit | edit source]

L'habitus est le fait de se socialiser dans un peuple traditionnel, définition qui est résumée comme un "système de dispositions réglées". Il permet à un individu de se mouvoir dans le monde social et de l'interpréter d'une manière qui d'une part lui est propre, qui d'autre part est commune aux membres des catégories sociales auxquelles il appartient.

L’ensemble des traits et des propriétés résultant de l’appropriation de certains savoirs et expériences. Cela fabrique des comportements, des habitudes, des réflexes. Nous sommes régulés par une historicité qui va contracter les différentes expériences.

L’habitus primaire est constitué des dispositions les plus anciennement acquises et donc les plus durables tandis que l’habitus secondaire renvoie à l’habitus scolaire, l’habitus familial et l’habitus professionnel.

L'habitus est une structure interne toujours en voie de restructuration. Elle est dynamique et détient la fonction de ressentir les choses et d’agir. L’individu est déterminé par des modèles de comportement intégrés pendant les différents processus de socialisation et part son expérience ; il agit par référence à des situations qui ont existé : c’est l’habitus. Cependant, on n’a pas toujours conscience de la façon dont on agit. On ne peut nécessairement savoir que tous les actes sont déterminés en nous.

Les dispositions de l’habitus sont transposables, systématiques et présentes ; elles fabriquent un système rendant nos pratiques tendancielles qui assoient une cohérence dans nos comportements. Bourdieu le compare à un programme informatique qui assure des fonctions. Par contre, la machine humaine peut avoir des ratés, c’est ce qui la différencie des ordinateurs : il peut y avoir des blocages, des contradictions voir des incohérences.

Il y a deux processus de socialisation, l'un primaire qui est celui qui a lieu pendant l’enfance (famille, école) et qui renvoient aux dispositions les plus anciennes, et secondaire qui est est celui qui va de l’adolescence à la fin de la vie (travail, collègues professionnels, etc.). Elle se greffe sur l’habitus primaire.

L’habitus est une structure interne toujours en mouvement et en voie de restructuration. Dans l’habitus, il y a des dimensions collectives qui engendrent des conflits de générations relevant d’un conflit d’habitus. Les plus jeunes fonctionnent avec les modèles parentaux, mais aussi ont intégré de la souplesse qui se heurte aux valeurs des anciens.

Bourdieu fait la distinction entre deux types de mouvements d’habitus. D'une part déclassée qui est le transfert social d’habitus descendant: problème d’adaptation social et d'autre part parvenu qui est le transfert d’habitus ascendant. Cependant, la reproduction sociale met à mal les conflits d’habitus. Dans les questions d’éducation et de conditionnement de classe il y existe des habitudes de classe (comportements de classe, expérimentions).

Bourdieu en dégage une analyse sociétale en affirmant qu’il y a des habitus de classe se référençant à des dimensions différentes.Il existerait un habitus de classe en contradiction qui engage une interprétation de la société comme un espace social de la conflictualité. Cela donne lieu à des problèmes de conflictualité dans un espace social multidimensionnel qui est un espace social conflictuel.

Champ social et conflictualité : entre reproduction et distinction[edit | edit source]

« On peut ainsi représenter le monde social sous la forme d’un espace (à plusieurs dimensions) construit sur la base de principes de différenciation ou de distribution constitués par l’ensemble des propriétés agissantes dans l’univers social considéré. Les agents et les groupes d’agents sont ainsi définis par leurs positions relatives dans cet espace. »[4].

En d'autres termes, la distribution est réglée par un ensemble de principes, où les agents et les groupes sont définis selon leur position relative. Tout cela bouge selon les conjonctures. C’est un espace qui se construit à partir de capitaux différents.

Les fondements des groupes sociaux reposent sur la « théorie des capitaux » qu'il est possible de distinguer entre :

  • le capital humain est l'ensemble des aptitudes, talents, qualifications, expériences accumulées par un individu et qui déterminent en partie sa capacité à travailler ou à produire pour lui-même ou pour les autres ;
  • le capital économique : constitué par les différents facteurs de production et l’ensemble des biens économiques ;
  • le capital culturel : correspond à l’ensemble des valeurs, des qualifications intellectuelles, soit produites par le système scolaire, soit transmises par la famille ;
  • le capital social se définit comme l’ensemble des relations sociales dont dispose un individu ou un groupe ;
  • le capital symbolique : correspond à l’ensemble des rituels liés à l’honneur et à la reconnaissance.

Les agents sociaux se distribuent dès lors selon une double logique

  • La hiérarchisation : des groupes sociaux selon le volume du capital dont ils disposent. Plus les capitaux sont hauts plus l'individu est haut dans la société.
  • La distinction : selon la structure du capital, c'est-à-dire l'importance respective des deux espèces de capital dans le volume total de leur capital.
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Bilan de la pensée bourdieusienne[edit | edit source]

Sa théorie définit la société comme un lieu de conflictualité dans laquelle l’enjeu fondamental dépend de la gestion des forces. Il décrit une société conflictuelle qui ne signifie pas forcément qu’il y ait de la violence. Les groupes sociaux vont se déterminer en fonction des capitaux tandis que les capitaux peuvent s’adjoindre ou s’opposer

Bourdieu développe une analyse post-marxisme dans laquelle la possession du capital économique prédomine les autres capitaux. Les oppositions sociales sont déterminées entre ceux qui possèdent le plus et le moins de capitaux.

Les agents sociaux se distribuent les capitaux selon une double logique, à savoir par une hiérarchisation des groupes sociaux selon le volume de capital dont ils disposent et par une distinction selon la structure du capital, c’est-à-dire l’importance respective des deux espèces de capital dans le cumule total de leur capital

Le monde social est un champ d’antagonismes et de processus de différenciation, c’est aussi un marché dans lequel on peut jouer. Chacun joue de ses possibilités pour accroitre son capital ou empêcher les autres d’en acquérir. L’enjeu est d’accumuler. Les agents sociaux cherchent toujours à maintenir ou à accroitre le volume de leur capital et donc à maintenir ou à améliorer leur position sociale, d'autre part, les mécanismes de conservation de l’ordre social prédominent en raison de l’importance des stratégies de reproductions.

Chaque classe à ses propres spécificités :

  • la classe dominante a un capital économique et/ou culturel fourni. Il y a donc des tensions au sein de ce groupe selon quel capital est le plus fourni. C'est une classe qui se distingue par une forte dotation en capital financier et/ou culturel.
  • la petite bourgeoisie trouve son unité dans sa volonté d’ascension sociale, mais est traversée par des clivages ainsi que des contradictions selon la dotation en capital.
  • enfin, les classes populaires sont caractérisées par leur dépossession financière et culturelle.

La position des agents sociaux dans un champ est dépendante de leur position de leur position dans l’espace social. On peut donc analyser une classe politique selon sa position sociale.

Il y a des stratégies qui sont mises en œuvre par les agents sociaux pour la conservation ou l’appropriation du capital. La reproduction sociale désigne le phénomène sociologique d'immobilisme social intergénérationnel. Ce terme décrit une pratique sociale relative à la famille, consistant à maintenir une position sociale d'une génération à l'autre par la transmission d'un patrimoine, qu'il soit matériel ou immatériel.

Parmi les stratégies d’investissement, on distingue :

  • stratégies d’investissement biologique ;
  • stratégies successorales (mariage) ;
  • stratégies éducatives ;
  • stratégies économiques ;
  • stratégies symboliques.

L’efficacité des stratégies de reproduction dépend des instruments de reproduction mis à la disposition des agents qui se modifient avec l’évolution structurelle de la société. La société est une contradiction entre conservateurs et ceux qui veulent la faire évoluer.

Le pouvoir politique[edit | edit source]

Le pouvoir politique se caractérise par le concept de « dépossession »:

« Le champ de production politique est le lieu, inaccessible au profane, où se fabriquent, dans la concurrence entre professionnels qui s’y trouvent engagés, des formes de perception et d’expression politiquement agissantes et légitimes qui sont offertes aux citoyens ordinaires, réduits au statut de consommateur. »

La politique est un champ qui se définit comme un métier politique qui est inaccessible au profane. Au contraire, il a pour objet de l’exclure pour garder le pouvoir. En d'autres termes, le politique est un champ professionnel de production de capital.

Dans les sociétés post-modernes, le politique est une affaire de professionnels donc inaccessible au « profane ». Le clientélisme dans une optique de consommation électorale, tout consommateur, le consommateur est conditionné par la consommation faisant que la politique est un marché dont il faut fidéliser les clients. Ainsi, les plus pauvres sont dans les dénis faisant qu'il y a une concentration du capital dans les mains d’une « élite politique ».

Pour faire de la politique, il faut détenir un habitus particulier, c'est-à-dire concentrer de capitaux spécifiques ce qui permet la mise en place d'un ensemble de valeurs à partager entre politiciens. La politique est le lieu de fabrication d’un savoir transmissible.

On distingue deux caractéristiques, à savoir qu'il y a un divorce sociétal et que la politique devient un « jeu » ce qui fait qu'il y a une solidarité de fait entre les initiés politiques.

Bourdieu distingue également deux espèces de capital politique :

  • le capital personnel de notoriété : le fait d'être connu et reconnu dans sa personne.
  • le capital délégué d'autorité politique : produit d'un transfert limité de pouvoir (le mandat politique).

Bourdieu démontre que selon son hypothèse, la politique moderne est un marché qui subit les lois du marché avec des phénomènes de concentration de capitaux, d’exclusion, de fabrication de techniques et de discours politiques à savoir des langages autonomes que personne ne peut comprendre.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Kermoal, B. (2012). Un deuil de guerre: André Durkheim, décembre 1915. Enklask.hypotheses.org. Retrieved 30 September 2015, from http://enklask.hypotheses.org/563
  2. E. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, Paris, Flammarion, 1988, p.95.
  3. Moscovici, Des représentations collectives aux représentations sociales, p. 63, in Jodelet D., Les représentations sociales, coll. Sociologie d’aujourd’hui, P.U.F. 1989.
  4. Bourdieu, P. (1984). Espace social et genèse des "classes". Actes De La Recherche En Sciences Sociales, 52(1), 3-14. doi:10.3406/arss.1984.3327