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Les Trente Glorieuses

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Les Trente Glorieuses est la période de forte croissance économique qu’a connu entre 1945 et 1973 la grande majorité des pays développés, membres pour la plupart de l’Organisation de coopération et de développement économique.

L’expression a été créée par Jean Fourastié dans son ouvrage Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1946 à 1975 publié en 1979[1] en rappel des Trois Glorieuses, journées révolutionnaires des 27, 28 et 29 juillet 1830 qui avaient fait chuter Charles X.

De la guerre à la croissance[edit | edit source]

Coûts de la Seconde guerre mondiale[edit | edit source]

Le monde et l’Europe, qui a été le champ de bataille privilégié, sont profondément marqués par la Deuxième guerre mondiale qui fut d’une ampleur beaucoup plus considérable. Le tableau suivant récapitule quelques données clefs permettant de faire une brève comparaison entre la Première guerre mondiale et la Deuxième guerre mondiale.

Morts 14 à 16 millions 37 à 44 millions
Déplacés 3 à 5 28 à 30

Certains économistes évaluent les destructions de 10 à 12 années de production pour revenir au niveau de 1939.

La situation dramatique se situe dans un contexte politique qui a énormément changé par l’émergence d’un monde bipolaire à savoir le monde libéral incarné par les États-Unis et le monde soviétique incarné par l'Union soviétique. C’est un affrontement interposé à travers des guerres locales. Avec la fin de la Deuxième guerre mondiale, le bloc soviétique s’oppose au bloc atlantiste. Ce sont deux pôles antagonistes qui vont s’opposer.

La reconstruction[edit | edit source]

Europe Plan Marshall. Poster 1947.JPG

La reconstruction est réalisée entre 3 ans et 4 ans alors que pour la Première guerre mondiale cela avait pris entre 7 ans et 9 ans. La reconstruction est plus rapide que les estimations.

Le plan Marshall est de 13,2 milliards de dollars sur une période allant de 1948 à 1952. Cela représente 2% de la richesse des États-Unis. C’est un plan stratégique de reconstruction de l’Europe. En 1947, Marshall appelle les États-Unis à s’engager dans la reconstruction de l’Europe de l’Ouest afin de constituer un glacis défensif contre le bloc soviétique.

Les grands accords initient des pratiques économiques avec la mise en place d’un nouvel ordre économique international dominé par les États-Unis.

Les accords de Bretton Woods sont signés en juillet 1944 créant la BIRD (Banque internationale de reconstruction et de développement) ainsi que le FMI (Fonds monétaire international). L’idée est de mettre en place un monde nouveau. Il y a une dynamique intellectuelle qui permet de mettre en place les institutions économiques qui sont aujourd’hui encore les régulateurs de l’économie internationale. Le dollar américain devient la monnaie de référence des échanges internationaux permettant une stabilisation des taux de change et une sécurisation de la valeur des échanges.

Le GATT (General Agreement on Tariffs and Trade) est signé en janvier 1948. C’est accord de libre-échange, de refus du protectionnisme et d’affirmation du libre-échange. En 1994, l'OMC remplace le GATT. Ces accords relèvent d'une forme d’intervention de l’État dans l’économie avec la mise en place de politiques « keynésiennes ».

Une croissance rapide et stable[edit | edit source]

La reconstruction est marquée par une évolution historique de la croissance concernant l'ensemble des pays développés. Entre 1750 et 1830, les pays développés connaissent une croissance de 0,3% durant de l'époque de la proto-industrie. Entre 1830 et 1913, la croissance est de 1,3% avec la généralisation et la diffusion de la révolution industrielle sur le continent européen. Entre 1920 et 1939, la croissance est de 2,0%, la performance moyenne est liée notamment à la diffusion du taylorisme et au rôle pionnier du fordisme. Après la guerre entre 1950 et 1973, la croissance des pays concernés est de 3,9% en faisant une croissance fantastique dans un contexte qui ne connait pratiquement aucun accident conjoncturel.

Néanmoins, la croissance du PNB par habitant entre 1950 et 1973 laisse apparaitre des disparités géographiques. L'ensemble pays développés connaît une croissance de 3,9% par an. Plus en détail, l'Europe occidentale a une croissance du PNB par habitant de 3,8%, les États-Unis de 2,1%, le Japon un taux élevé de 7,7% et enfin la croissance du PNB par habitant de l'Europe de l'Est oscille entre 6% et 7%.

La raison de la forte croissance en Europe de l’Est est que l’Europe de l’Est était plus pauvre que l’Europe de l’Ouest. Les pays d’Europe de l’Est ont été détruits de manière systématique et il fallait tout reconstruire permettant de dynamiser l’intensité économique. Quant au Japon, il a réussi là où l’Égypte de Mehmet Ali avait échoué. C’est après la Deuxième guerre mondiale que le Japon a bâti sa puissance économique actuelle.

La reconstruction dynamise l’économie et permet d'améliorer considérablement le niveau de vie offrant une « sécurité d’existence ». En effet, la pauvreté recule et l’État-providence commence à se développer avec notamment la mise en place de systèmes de sécurité sociale.

Le développement de la société de consommation (équipement ménager, moyens de locomotion, etc.) permet de mettre en place une dynamique de consommation et de production.

Alors que les États-Unis ont le leader du bloc atlantiste, leur performance n’est pas exceptionnelle en comparaison à l’Europe occidentale qui va faire presque deux fois mieux.

Il faut comprendre les trois facteurs économiques globaux derrière cette croissance à savoir la libéralisation des échanges internationaux à travers des accords du GATT et sécurisé par les accords de Bretton Woods [1], la révolution des transports (naval, aérien, etc.) [2] et la Troisième révolution industrielle [3] qui est l'émergence de nouveaux secteurs comme l’électronique, l’automatisation et la maitrise de l’énergie atomique. D'autre part, la course aux armements dans le cadre de la « guerre froide » a permis de soutenir des industries archaïques en même temps que le développement de secteurs pointes. Ainsi, de nouveaux secteurs émergent tandis que d’autres, plus anciens, sont soutenus.

La revanche des vaincus : le « miracle » allemand[edit | edit source]

De 1951 à 1960, l’Allemagne va réaliser une croissance de 9% par an. L’élément fondamental de ce miracle a été de mettre en place une économie sociale de marché.

L’aide internationale[edit | edit source]

À partir de 1947, les pénalités sont suspendues. L’objectif est de contrer la domination soviétique de l’Est pour associer l’Allemagne de l’Ouest au camp libéral. C’est un politique d’endiguement du communisme. D'autre part, dès 1948, plan Marshall se met en place en 1948. 1,5 milliards de dollars vont être engagés dans l’économie allemande pour soutenir la reconstruction de l’Allemagne et mettre en place une économie performante.

La mise en place de la « soziale Marktwirtschaft »[edit | edit source]

Wiederaufbau der Dom-Brücke im kriegszerstörten Köln. Nach der Fertigstellung rollten wieder täglich 360 Züge über die Brücke.
Werbegraphiker bei der Arbeit an neuen Plakaten. Die Wirtschaft Westdeutschlands richtet sich für den Tag der Währungsreform ein.

C’est une réflexion qui prend ses fondements dans les intellectuels allemands libéraux dans un mouvement que l’on appelle « ordo libéralisme ». Le libéralisme allemand de l’après-Deuxième guerre mondiale est différent des autres en se construisant en opposition au nazisme alors que traditionnellement le libéralisme se construit en opposition à la gauche. C'est une nouvelle forme de libéralisme qui donne un rôle légitime à l’État avec l'intégration d’une politique sociale et fondée sur un large consensus anticommuniste.

Une distinction entre le cadre et le processus[edit | edit source]

L’État impose les règles économiques tout en faisant respecter les règles de la concurrence afin de réguler le cadre, mais reste en dehors du processus. L'idée qu'il n'y ait pas de monopole, pas de dumping, que les contrats soient respectés, l’État se porte garant de la stabilité de la monnaie et enfin, l’État s'engage dans l’éducation en encourageant la recherche scientifique. À terme, cela permet à l’économie allemande de s’appuyer sur des techniciens de qualité à travers le développement d’universités techniques.

Il y a une protection de la liberté économique sans pour autant que l’État prenne contrôle du processus économique. C’est un État engagé dans les cadres de l’activité économique.

Une politique qui favorise l’investissement et la consommation[edit | edit source]

C’est une période de solde des comptes du nazisme. C’est la faillite de la monnaie allemande qui a en partie permis à Hitler d’aller chercher des électeurs.

Au sortir de la guerre, le Deutsch Mark est dramatiquement dévalué. En 1948, le deutsche mark est réévalué. Désormais, 10 deutsche marks équivalent à 1 deutsche mark. C’est un arbitrage politique en faveur des salariés et des investissements, mais qui défavorise l’épargne. Cela favorise aussi la consommation.

Une politique constante favorable à l’investissement[edit | edit source]

Cette politique se fonde sur trois axes :

  1. imposition sur les sociétés est faible : permet le profit ;
  2. maintien de charges sociales faibles : permet d’employer ;
  3. orthodoxie budgétaire : pas de budget à perte en diminuant les emprunts qui permet de diminuer l’inflation et ainsi de garantir des bénéfices.

Cela permet aux entreprises allemandes d’être compétitives ainsi de 1950 à 1970, la croissance annuelle des investissements est de 9,5%. C’est une économie qui explose que l’on continue à améliorer et qui attire aussi des capitaux étrangers.

La modération salariale[edit | edit source]

C’est un choix économique ce qui fait que les salaires augmentent plus faiblement que dans les autres pays. Le contrôle de l’inflation permet un coût de la vie stable qui permet de sécuriser les investissements à terme. Le consensus social entre patronat et syndicats fait que les revendications sont modérées, car les syndicats allemands sont conscients que l’on est dans un cercle vertueux. D'autre part, l'abondance de main-d’œuvre fait que le chômage n’existe pas, il y a une situation de plein emploi. D’abord, il y a des réfugiés à savoir 10 millions d’allemand qui se sont réfugiés en Allemagne de l’ouest ce qui forme une main-d’œuvre peu exigeante. Puis, l'ascension sociale des allemands de l’ouest nécessite de faire venir une main-d’œuvre étrangère pour les remplacer à des postes moins élevés. Les Trente glorieuses sont la période des grands flux migratoires. Cela permet d’explicitement mettre en place des différences salariales.

Libre-échange et ouverture européenne[edit | edit source]

La poussée spectaculaire du commerce allemand[edit | edit source]

L’Allemagne s’est transformée en ce positionnement sur les marchés internationaux. D’autre part, le marché intérieur allemand fait preuve d’un patriotisme économique.

Entre 1950 et 1970, la part des exportations dans le PNB allemand passe de 8,5 % à 21 % tandis que la part de l'Allemagne dans les exportations mondiales sur la même période augmente de huit points passant de 3% à 11 %. Ainsi, le dynamisme allemand se fait sur les marchés extérieurs. Un autre exemple sont les exportations entre l’Allemagne et la France qui ont été multipliées par 25. Dès lors, nous pouvons remarquer que cette expansion s’est faite en collaboration avec les pays européens.

L’intensification des échanges dans la CEE[edit | edit source]

Au XVIème siècle apparait le mercantilisme qui est associé à la royauté absolue qui considère que la grandeur de la nation et liée à la grandeur du roi. Dès lors, le peuple est un outil qui permet d’arriver à cette grandeur.

Les mercantilistes sont ceux qui ont théorisé la colonisation et le pacte colonial qui est typiquement un héritage du mercantilisme. La pensée fasciste est aussi un enfant du mercantilisme ou la nation est le haut lieu du sacrifice et de la gloire.

En même temps apparaissent les physiocrates qui incluent le libéralisme anglais, mais aussi ceux qui vont faire la guerre d’indépendance des États-Unis. Ils ont aussi voulu théoriser la paix juste : la guerre n’est pas l’état naturel de l’humanité pour mettre fin aux conflits, il faut conclure la paix par des paix justes. Ensuite, il faut sortir de l’autarcie en faisant du commerce qui favorise les intérêts des nations. Les facteurs économiques internationaux sont vus comme des facteurs de paix.

Dans le cas de la sortie de la Seconde guerre mondiale, ce fut une politique volontariste qui a été appropriée par les économistes. La multiplication des échanges entre français et allemands provient de cette mise en place des échanges.

La spécialisation industrielle[edit | edit source]

Der einmillionste VW-Käfer am 5. August 1955: ein Exportschlager der deutschen Nachkriegswirtschaft und ein Symbol des so genannten Wirtschaftswunders.

Avec la spécialisation industrielle, on retrouve une idée de Gerschenkron à savoir que les allemands ne sont pas retardataires, mais qu'ils doivent repartir de zéro et tout reconstruire.

Vont émerger des infrastructures économiques à la pointe en mettant en place une stratégie spécifique. L'accent va être mis sur des produits à valeur ajoutée notamment des biens d’équipement (équipement industriel, équipement domestique). Va être mis en place le label de « qualité » allemande qui est le fait qu'un produit va être distingué par sa solidité, mais par l’efficacité du service après-vente. C’est une stratégie marketing et d’image de marque, c’est un concept marketing. L'industrie va connaître une spécialisation dans l’automobile qui est notamment la production de biens à forte valeur ajoutée. Il va y avoir un accroissement de la valeur ajoutée en se concentrant sur des produits à forte valeur ajoutée, mais aussi de haute-qualité (produit cher, mais bénéficiant d’un label qualité). Cette stratégie nécessite des travailleurs aux compétences à haute valeur ajoutée justifiants des investissements dans la formation professionnelle.

Une politique sociale limitée, mais originale[edit | edit source]

L’État allemand privatise les sociétés nationalisées par les nazis notamment en développement de l’actionnariat à l’ensemble des entreprises : c’est le consensus allemand à travers la promotion d’un capitalisme populaire. De plus, l’État allemand a décidé de compenser les épargnants suite à la réévaluation de 1948 et notamment les personnes âgées. L'Allemagne va mettre en place un système d’État providence original.

Le consensus allemand est une recherche d'arbitrage entre cogestion et limitation du droit de grève. Un droit de cogestion de l’entreprise va être mis en place dans la mesure où des représentants du syndicat siègent au conseil d’administration. Les représentants des syndicats reçoivent les bilans comptables. Ils peuvent adapter leurs négociations et négocier à bon escient. Le droit de cogestion a été mis en place avec des compris. Par exemple, pour une mettre en place une grève, il faut que 75% des ouvriers soient d’accord pour faire grève selon un vote à bulletin secret. Pour certains, c'est une limitation sévère du droit de grève.

Une Suisse proche du modèle allemand[edit | edit source]

La Suisse présente de nombreux éléments économiques proches de ceux que l’on peut observer en Allemagne à savoir une abondance de main-d’œuvre notamment due au fait que la Suisse a passée un accord avec l’Italie. Si les infrastructures sont vétustes, cela est compensé par une immigration peu payée. Le franc suisse fort ainsi que le faible niveau d’inflation fait que le franc suisse est devenu une valeur refuge. Cela implique des investissements. Le label « qualité Suisse » est le résultat d'une spécialisation de la production sur des produits à haute valeur ajoutée. La Suisse est un pays où prime le consensus social qui fait que la politique sociale est faible permettant une « paix du travail » et une volonté de dépasser les tensions en désignant des arbitres au pouvoir contraignant afin de régler les conflits. L’ordonnance et l’organisation permettent de pacifier les tensions sociales par une discipline des comportements et des revendications. En 1937, la Fédération de la métallurgie et de la construction mécanique signent le premier accord de la « paix du travail » qui doit éluder les conflits selon la règle de la bonne foi. La « paix du travail » a duré pratiquement de manière absolue jusqu’aux années 1980. En 1948 a été mis en place une assurance vieillesse santé (AVS) et en 1976 une assurance chômage totale.

Une nouvelle géopolitique[edit | edit source]

Avant 1945 il y avait une cohérence des hégémonies économique et politique. L’Angleterre dominait le monde même si les États-Unis étaient une puissance montante tandis que la France et l’Allemagne se concurrençaient jusqu’à mener à la Première guerre mondiale. Après 1945, c'est une rupture du lien hégémonique avec la mise en place de l’ONU. Les membres permanents sont les vainqueurs de la Seconde guerre mondiale ce qui pose un problème de légitimité dans le contexte géopolitique actuel.

Des acteurs commencent à être puissants sur la scène économique, mais restent insignifiants sur le plan international. La nouvelle politique économique va permettre l'émergence de sociétés d'abondance et de consommation de masse. Ce sont des sociétés qui veulent pacifier les relations sociales de manière systématique.

État-providence et société d’abondance : de Ford à Beveridge et Keynes[edit | edit source]

L’État-providence de Beveridge[edit | edit source]

Lord William Beveridge.

Cette forme d’État-providence est élaborée en 1942 par Lord Beveridge à la demande du gouvernement britannique afin de mettre en place un système de sécurité sociale. La guerre a été à l'origine d'une dynamique intellectuelle extraordinaire qui a permis de réfléchir à un nouveau modèle de société après la guerre.

Lord William Beveridge qui vécu de 1879 à 1963, proposa un rapport en 1942 sur le modèle du "Cradle-to-Grave" : chaque individu va être suivi dans son parcours de vie, et veiller à le soutenir si nécessaire. C’est l’élaboration d’une sécurité d’existence liée à la situation économique favorable et à l’État-providence qui permet la mise en place une société de relative abondance.

Beveridge va proposer d’ancrer tout système de sécurité sociale dans le principe des trois «U» :

  • universalité : la couverture sociale s’étend à l’ensemble de la population et non plus seulement aux ouvriers ;
  • unicité : un seul service public gère l’ensemble ;
  • uniformité : les aides sont indépendantes du niveau de revenu.

Ce modèle est diffusé dans le monde occidental dit « développé ». Cependant, ce système est partiellement adopté en Suisse. L’État-providence va détenir une fonction politique (« full employment and free society »), c'est-à-dire changer la démocratie politique en une démocratie sociale. C’est le parlement qui vote le budget de la sécurité sociale. C’est un outil de politique sociale et politique géré par le gouvernement, contrôlé par le parlement et financé par l’impôt des contribuables. L’État garde ses caractéristiques libérales, mais garde un social en venant au recours aux accidentés de la vie.

D'autre part, l’inscription de la sécurité sociale va être adoptée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le 10 décembre 1948 est adoptée la déclaration universelle des Droits de l'Homme par l'Assemblée générale des Nations-Unies. L'article 25 établit que « toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille. Elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté ».

Le triomphe du keynésianisme[edit | edit source]

John Maynard Keynes.

Keynes théorise une politique économique qui va au-delà de l’ordo libéralisme allemand, car c’est une politique où l’État s’engage. Toute l’Europe de l’Ouest jusque dans les années 1980, à l’exception de l’Allemagne, va mener des politiques keynésiennes.

L'État va mener des politiques sociales en pensant aux effets économiques, d'une part en prônant la redistribution de la richesse par le biais de l’impôt notamment à travers la mise en place d'un impôt progressif sur le revenu, d'autre part, la redistribution des revenus permet de soutenir la consommation et les investissements.

Pour Keynes, ce qui est fondamental n’est pas l’offre, mais la demande qui engendre de la consommation. L’idée est de doper la consommation, au contraire des ordo-libéraux allemands qui étaient en faveur de l’investissement. Keynes est en faveur de l’impôt sur la fortune et de la baisse des taux d’intérêt afin de stimuler l’investissement. Vont être élaborés des politiques de grands investissements afin de relancer l’activité économique. C’est au cœur de la demande que se trouve la consommation, c‘est pourquoi Keynes élabore une théorie économique de la demande.

Le multiplicateur keynésien commence par l’investissement de l’État. L'idée est d'investir et de s’endetter, mais également de les rembourser pour engendrer un cercle vertueux. L'investissement dans des infrastructures va permettre à l’économie de fonctionner de manière plus efficace. Le secteur privé va recruter des travailleurs menant à une augmentation du niveau d’emploi qui permet, en augmentant l’emploi, d’accroitre les salaires. Selon le principe expliqué, la consommation va se dynamiser et pour répondre à cette consommation, l’économie va devoir accélérer son fonctionnement. Le cercle de la croissance économique est vertueux. L’État verse des moindres aides sociales tandis que les rentrées fiscales sont plus nombreuses. Ainsi, le risque premier va être remboursé.

Pour Keynes, c’est un endettement producteur de richesse. Ce mécanisme a marché dans les pays occidentaux pendant les Trente glorieuses étant une des sources de financement de l’État-providence.

L’État-providence et la sécurité d’existence[edit | edit source]

Selon le mécanisme proposé par Keynes, l'État-providence peut être très généreux avec peu de chômeurs. C’est un élément qui a permis de dynamiser l’économie, c'est-à-dire que l'économie libérale est plus active à travers le système de protection sociale et initiatrice de la croissance économique.

La croissance économique après la fin de la Seconde guerre mondiale permet de soutenir n’importe quelle politique d’État-providence

La sécurité d’existence[edit | edit source]

La montée du niveau de vie est liée aux salaires réels qui augmentent engendrant par ailleurs une réduction des inégalités.

La tertiarisation de la société permet de sécuriser et d’améliorer le niveau de vie. L’administration pérennise et sécurise le travailleur, la consommation permet de soutenir le niveau de vie et d’améliorer les conditions de vie. La misère d’existence est très largement éradiquée par l’État-providence.

C’est un transformation de la sécurité sociale et un filet de protection qui sécurise l’existence. La dynamique économique des Trente glorieuses permet de soutenir et de compenser les secteurs économiques par le déversement de travailleurs entre secteurs. La théorie du déversement est une théorie économique qui indique que les progrès techniques améliorant la productivité engendrent un transfert (déversement) des emplois d'un secteur d'activité vers un autre. Cette thèse est formulée par l'économiste et démographe français Alfred Sauvy dans son ouvrage La machine et le chômage publié en 1980[2].

Trois causes ou composantes[edit | edit source]

La première cause est l’importance relative des services. Depuis les années 1950, le secteur tertiaire n’a fait que progresser. Désormais, nous ne sommes plus dans une société de production, mais dans une société de la connaissance. Dans le tertiaire, il y a aussi tous les services liés à la consommation.

La deuxième cause est le rôle grandissant des revenus de transfert. Ce sont les dépenses de l’État social et de l’État-providence. La tendance est à l’augmentation partout, ils sont de plus en plus considérables en poids économique. Ils sont stables et sécurisants, ils participent à la sécurisation d’existence. Soit, ils sont insensibles à la conjoncture. Les revenus de transfert sont proportionnels à la conjoncture ainsi cela permet de continuer à consommer. C’est un dispositif anticonjoncturel et anticyclique qui permet, en cas de récession, de limiter les dégâts et de maintien de la dynamique économique.

La troisième cause est une intervention plus efficace de l’État dans un cadre multinational. Aujourd’hui, il y a une tension entre l’État sécurisant et l’inscription de la mondialisation. Auparavant, tout fonctionnait bien, l’État-Nation assume clairement sa fonction protectrice. L’État-providence est mis en place partout tandis que la planification keynésienne dope l’économie.

La société de consommation[edit | edit source]

Produits alimentaires présentés dans les linéaires d'un supermarché de Portland, Oregon, États-Unis.

Aux États-Unis a été développé le welfare state qui est une forme de bien-être ancré dans la consommation. Tout converge vers la montée d’une société de consommation qui est au cœur de la théorie keynésienne. La société de consommation est un système économique qui pousse à la consommation et suscite sans cesse de nouveaux besoins dans des secteurs profitables. Elle ne satisfait pas que des besoins, elle en créée de nouveaux. Dans son ouvrage Le Nouvel État Industriel publié originellement en 1967, Galbraith parle de théorie de la filière inversée.

Ce système a commencé dans les années 1920 aux États-Unis qui puise ses origines dans la société américaine avec une économie politique et le fordisme qui font former l’American way of life.

Ce système passe par une extension de la gamme des produits et la mise en place de crédits populaires. La diversification des produits et l’augmentation des « besoins » ont en partie soutenu un système de « crédit aux ménages ». Pour consommer dans les centres de consommations, il faut un véhicule, mais aussi une sollicitation par la publicité. Dans les grands magasins, on trouve une masse de produits mis à disposition, il y a une extension de la gamme de produits grâce aux grands magasins, mais aussi grâce aux innovations techniques. Est aussi mis en place le crédit en corrélation avec la montée des classes moyennes.

Les dépenses alimentaires dans le budget vont devenir minoritaires dans le revenu des ménages. À la fin des années 1960, les dépenses alimentaires représentent une part du budget allant de 20% à 30 % aux États-Unis, tandis que pour l'Europe, elles sont comprises entre 30% à 40 %. De ce fait, les ménages américains et certains européens peuvent consacrer leurs revenus à la consommation.

La société de consommation passe également par une révolution des modes de vie. Cela prolonge la dynamique de la société de consommation avec l’amélioration des services publics et du matériel ménagé qui permet de libérer du temps pour consommer, mais qui stimule aussi la montée d’une économie de loisir. Le mode de vie et de communication se transforme. Ainsi, l’affirmation de la société des loisirs couronne ce processus.

L'économiste canado-américain John Kenneth Galbraith considère que l’on a noyé tous les mouvements sociaux dans une orgie américaine d’auto félicitation et de consommation. Aux États-Unis, la limite se situe par rapport à la consommation.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]

  1. Jean Fourastié : Les Trente Glorieuses ou la révolution invisible de 1946 à 1975, 1979.
  2. A SAUVY, La machine et le chômage, DUNOD, 1980