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Le temps des ruptures

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La pensée critique sur le développement[edit | edit source]

Au-delà du duo population-économie, l’intégration des dimensions culturelles[edit | edit source]

Une vision démo-économique est une vision simple qui n’intègre ni la sociologie ni la psychologie. C’est une façon de sortir de l’occidentalocentrisme et de lire le monde selon des lunettes occidentales.

L’explosion démographique ne s’est pas arrêtée, les politiques de contraception n’ont pas fonctionné. Cependant, on ne comprend pas pourquoi les programmes de développement sont perçus différemment. Avec la décolonisation, plus personne n’a étudié les cultures des populations du Sud, car l’ethnologie a été fondée dans les universités occidentales pour faire contraster la « civilisation » avec les populations « primitives ». Ainsi, les ethnologues ont été écartés des champs d’études après la décolonisation. Le projet de Princeton avait pour ambition de mener une étude comparative sur le déclin de la fécondité en Europe et les solutions à mettre en œuvre pour répondre aux enjeux démographiques des pays du Sud. Le déclin de la fécondité est dû à des pratiques culturelles et non à des dynamiques économiques. Il y a des filtres culturels.

Esther Boserup[edit | edit source]

Ester Boserup.

Cette tendance réflexive est renforcé par les travaux de Ester Boserup qui travaillait pour l'ONU. Universitaire danoise économiste de formation, c'est une pionnière des études de terrain. Elle a une vision micro (et non pas macro) de l’approche du développement et change l'approche de la question de manière plus humaniste.

À partir de ses études de terrain, Ester Boserup pose une observation de base. Dans diverses sociétés agraires préindustrielles, la croissance de la population stimule souvent la modernisation de l’agriculture. Elle procède à un renversement de la vision, car pour elle la croissance peut être positive. Selon ce procédé, il faut commencer par nourrir les gens et éviter les famines ce qui nécessite la modernisation de l’agriculture. Il faut insister sur le fait que Boserup ne s’inscrit pas dans une logique déterministe. Elle propose un modèle et explique la relativité de son modèle : il y a une difficulté créatrice.

La difficulté créatrice est le moment où on va être poussé à changer les traditions et adopter des comportements nouveaux. Pour cela, il faut une pression démographique qui soit modérée. Pour moderniser l’agriculture et stimuler l’innovation, il faut faire naître une prise de conscience à l’égard de leur propre condition. Dans une société de culture alimentaire, il est difficile de mettre en place des changements culturels. D'autre part, l’exode rural permet de réorganiser la production agricole et favorise la modernisation des exploitations autant technique qu’économique. Ce sont des « Rome sans empire ». Comme une partie de la population des campagnes part vers les villes, la pression démographique à la campagne peut être moindre.

Il faut avoir une structure économique diversifiée qui donne une capacité endogène. La diversification des secteurs économiques permet de créer une dynamique interne permettant de stimuler l’émergence d’autres nouveaux secteurs. Dans l’économie monosectorielle, il est presque impossible d’amener l’innovation qui est un nouveau secteur.

De plus, il doit y avoir une confirmation par un succès raisonnable qui incite d'autre à faire de même. Ce qui fait qu'un changement devient une innovation et se diffuse dans une société et une économie est un processus social et psychologique. Boserup montre que celui qui innove transmet son savoir. Des sociétés traditionnelles ont des moyens différents de répandre l'innovation non pas dans une logique économique, mais de prestige. Il y a une diffusion rapide des techniques qui ne sont pas bloquées par des brevets.

Les critiques de l'approche de Ester Boserup mettent l'emphase sur le fait que son approche met en place un maternalisme le succès devant soit disant être "raisonnable".

C’est une vision du monde et du développement différente de celles qui prévalaient à l'époque. Ce ne sont plus les occidentaux qui ont les clefs du développement, l’innovation vient d’en bas et du développement. Les études réalisées depuis montre bien que ce ont les innovations faite d'en bas qui explique la croissance démographique.

On ne parle plus d'aide au développement mais de coopération au développement.

Le paradigme de la santé reproductive[edit | edit source]

Ce paradigme est discuté lors des conférences mondiales sur la population et le développement. Bucarest en 1974 est la première conférence mondiale sur la population et le développement où tous les pays de la planète se réunissent sous l’égide des Nations Unies pour traiter des enjeux de croissance démographique et de développement. Le fait que cette conférence soit organisée dans un pays communiste et que les pays des deux blocs s'y réunissent souligne l'aspect universel des enjeux et des préoccupations. Suivent la conférence de Mexico en 1984 et la conférence du Caire en 1994.

Avec le paradigme de la santé reproductive, c’est surtout à partir des années 1980 qu’il y a une évolution fondamentale, une transition entre l’accent mis sur les grands nombres, sur les populations croissantes et un accent qui est mis désormais sur les choix reproductifs de la femme et comment ils sont affectés par la survie des enfants et l’autonomie de la femme elle-même. Cela replace l’être humain au centre des préoccupations avec l'intégration des centres de planning familial dans les systèmes de santé et l’accent qui est mis sur les choix reproductifs de la femme.

Cette pensée se réalise à travers les révolutions vertes que connaissent de nombreux pays. Depuis les années 1980, le rythme de l’explosion démographique diminue.

La crise[edit | edit source]

L’agriculture[edit | edit source]

Il y a deux secteurs.

Concernant les produits tropicaux dans la continuité du pacte colonial destiné aux occidentaux, à partir des années 1970, l’expansion des produits tropicaux ralentis, car les consommateurs occidentaux font face à une période économique de stagflation, ainsi ils se tournent vers des produits locaux. La demande de consommation s’est ainsi resserrée et le déficit céréalier s’aggrave. L'aggravation du déficit céréalier connait une grande disparité géographique.

Entre 1993 et 1997, le déficit céréalier en % de la production s'élève à -13% pour l'Afrique noire, à -77% pour le Maghreb, en Amérique latine, il est de -30% et en Asie de -10% tandis qu'au Moyen-Orient il est de -39%. Les pays exportateurs vendent à des pays riches afin de faire entrer des devises fortes dans le pays ce qui a pour effet de dévaluer la valeur de la monnaie nationale et d’accroitre le déficit. Ainsi, ils vendent, mais accroissent leur déficit céréalier.

Pour nourrir leur population, les produits des tiers-mondes doivent être achetés par les autres. C’est une situation de perte de souveraineté alimentaire. Des régions du monde se mettent en situation de dépendance alimentaire, les consommateurs dépendent des achats faits à l’extérieur tandis qu'il y a une fluctuation des prix des denrées.

Il existe un rapport tendu entre le nombre de bouches à nourrir et la production de nourriture qui montre les limites de la théorie de Ricardo des avantages. Cela renvoie à une situation de monosectorialité. Les gouvernements poussent les paysans à cultiver plus de produits tropicaux plutôt que des céréales faisant que les produits tropicaux sont exportés, les céréales doivent être importées menant certains pays à ne plus avoir de souveraineté alimentaire.

Industrie[edit | edit source]

De 1973 à 1985, l'industrie est en nette dépression. Il est possible de distinguer quatre faiblesses de l’industrie manufacturière des tiers-mondes dans les années 1970 et 1980 :

  • spécialisation dans des branches traditionnelles (textile, alimentaire, etc.) : c’était une industrialisation de substitution aux importations occidentales qui se fait sur de vieux secteurs.
  • multinationalisation plus accentuée : il y avait une dépendance aux capitaux issus des pays riches. L’industrialisation est deux à trois fois supérieure à celle des pays occidentaux. Il y a peu de marge de manœuvre pour une politique économique nationale, car la production dépend des firmes étrangères en fonction des intérêts à s’installer dans un pays plutôt qu’un autre.
  • sous-utilisation des capacités de production : liée à des erreurs de planification découlant d’un cadre économique mauvais.
  • trop forte concentration géographique.

C'est dans cette période que vont émerger les quatre Dragons que sont Taiwan, la Corée du Sud, Hong Kong et Singapour. En même temps émergent deux puissances d’Amérique latine avec le Brésil et le Mexique. Ces pays ont essayé de se réindustrialiser dès la fin du XIXème. Dans les années 1970 et 1980, ils sont arrivés à un niveau de développement correct. Ces six pays représentent de 55% à 70% de l’industrie des tiers-mondes. Néanmoins, les pays des tiers-mondes restent 20 fois moins industrialisés.

Commerce extérieur[edit | edit source]

Le début de la dépression corrèle avec la crise pétrolière de 1973. Les chocs pétroliers engendrent des distorsions entre les pays producteurs de pétrole qui profitent d’une manne financière et ceux qui ne produisent pas, touchés profondément par les crises. Dans les tiers-mondes il y a des pays qui sont les bénéficiaires de la crise.

Les dépressions se passent en deux temps, à savoir le creux de 1974 à 1985 et la reprise de 1985 à 1995. Le taux d'extraversion est le taux d’exportation exprimé en fonction du PNB gagné sur les marchés extérieurs. Vers 1913, le taux d’extraversion de l’Europe était de 14%. C'est en 1972 et 1973 qu'il retrouve ce niveau de 14%. Dans les pays des tiers-mondes, le taux d'extraversion est de 27%. Les pays des tiers-mondes dépendent des pays occidentaux.

Cette hypothèse est confirmée par la structure géographique des échanges. Concernant les tiers-mondes, 75% des échanges se font avec les pays développés tandis que les pays développés échangent à 80% entre eux. Ce sont les pays occidentaux qui détiennent les clefs de l’économie mondiale, de plus, la dépendance des pays occidentaux est moindre entre eux. La crise des années 1970 et 1980 a creusé l’héritage du pacte colonial à savoir la dépendance aux occidentaux.

Aide au développement, emprunts, pétrole et spirale de la dette[edit | edit source]

Définition de l’aide[edit | edit source]

Il existe quatre types d’aides au développement :

  • dons : dons monétaires, souvent des dons en nature ;
  • prêts préférentiels : obligations émises par un gouvernement à taux bas et sur long terme. On accorde une longue période avec des taux d’intérêt bas, ce n’est pas une logique spéculative ;
  • prêts du secteur privé : prêt avec l’optique de faire des bénéfices ;
  • crédits à l’exportation : c’est une manière de doper les logiques du pacte colonial. C’est un financement des échanges sud – nord sur les produits tropicaux.

L’aide réelle pure représente un tiers de l'aide au développement . L’aide « liée » implique des achats en général 20% plus cher que le prix du marché. Une partie de l’aide au développement est perdue par ce biais. L’idée était d’aider les tiers-mondes et de doper les économies européennes.

Lorsque la crise frappe, les occidentaux vont continuer à soutenir l'aide au développement. Ce n’est qu’à partir des années 1990 que les occidentaux diminuent l’aide. Ce qui a surtout diminué est l’aide du secteur privé. D’autre part, les banques avaient peur de ne plus pouvoir être remboursées.

Les donateurs[edit | edit source]

Ce sont surtout les pays occidentaux, parfois un peu les pays soviétiques, et ceux de l'OPEP.

Les bénéficiaires[edit | edit source]

Les bénéficiaires de l'aide au développement sont les anciennes colonies dans une optique de gestion des risques politiques. Tous les ans, des sommes importantes sont versées aux pays à risque et fragiles politiquement afin d’éviter qu’ils ne tombent dans le radicalisme.

  • Le multinationalisme : lorsque l'URSS s'écroule, des pays comme le Kirghizistan, l'Ouzbékistan ou l'Azerbaïdjan deviennent indépendants. La Suisse et la Belgique entre autres, leur viennent rapidement en aide. Pas pour des raisons philanthropiques, mais parce que grâce aux votes des ces pays la Suisse put acquérir un siège dans le conseil de direction de la Banque mondiale .

La dette[edit | edit source]

De 1973 à 1980, les pays des tiers-mondes se sont endettés auprès des pays riches pour financer la construction d’infrastructures. La solution keynésienne est prônée pour financer et développer les infrastructures pour construire le cadre de la croissance économique. Cependant, pour rembourser les dettes, de nombreux pays vont s’endetter pour ne pas être dans une situation de banqueroute.

En 1979 a lieu le deuxième choc pétrolier. Le dollar reste la monnaie internationale, mais il n’y a plus assez de dollars, car la production a diminué afin de faire relever la valeur du dollar. À partir de 1980, les pays du sud doivent emprunter pour rembourser les intérêts de la dette, c’est la spirale de l’endettement.

La pensée keynésienne est discréditée par la pensée libérale néoclassique qui donne une importance vitale à l’orthodoxie budgétaire. Les dettes à rembourser étaient supérieures à l’aide au développement. Des pays ont l’impression de perdre leur indépendance.

Les plans d’ajustement structurel furent un désastre dans les années 1980 avec notamment des coupes faites dans la santé et l’éducation. Les premières victimes sont les pauvres et les miséreux, car la libéralisation de ces services élargit les inégalités. Cette politique et une politique néolibérale qui remplace le keynésianisme. Un État ne doit en aucun cas dépenser plus qu’il n’a de recettes. Les plans d’ajustement structurels ont été négociés entre des États au bord de la faillite et les organisations internationales se traduisant par des coupes budgétaires drastiques.

Les coupures sont faites dans les ministères stratégiques comme l’éducation et la santé qui sont le cœur du développement. Les coûts sociaux, humains et économiques sont importants. C’est la dernière fois que les pays occidentaux se sont permis de donner des leçons aux pays du sud. Plus personne ne croit qu’il y a une solution pour le développement mis en place dans les bureaux des organisations internationales. Il y avait une vision occidentalocentrée qui s’est désormais délitée.

La recomposition politique et économique du monde[edit | edit source]

Les tiers-mondes s’interrogent sur les coûts, les difficultés et les limites. Cependant, ce monde connait des changements extraordinaires qui créent le cadre politique, social et économique international qui était inimaginable précédemment.

Les grandes ruptures[edit | edit source]

En 1978 commence le mouvement des Quatre modernisations. Ce mouvement est initié après la mort de Mao lorsque Deng Xiaoping mets en place des réformes afin d'initier une économie libérale. Dans l’économie de marché, certaines industries stratégiques, comme l'armée, restent sous le contrôle de l’État, mais cela permets un engagement des produits chinois dans la mondialisation économique.

En 1986 a lieu le Doi Moi au Vietnam qui est l'instauration d’une économie de marché par les communistes orthodoxes. C’est une économie socialiste de marché qui signifie l’engagement dans la mondialisation économique.

L'année 1989 marque la fin du monde bipolaire qui est un rupture. Pour la première fois depuis longtemps, la planète est régie par un système économique unique qui est celui de l’économie de marché.

1989 est aussi l'année des événements de Tien Anmen qui fut une manifestation violemment réprimée. La Chine demeure une dictature théoriquement communiste, mais, comme le Vietnam, est engagée dans l’économie de marché et le libéralisme. Excepté pour Cuba, le système d’économie de marché est devenu universel.

Les écarts de développement[edit | edit source]

La période des Trente glorieuses marque un contraste entre les pays des tiers-mondes et les pays du nord, les écarts se creusent. L’expérience des années 1970 et 1980 va faire éclater les tiers-mondes. La chute de l’Union soviétique va mettre de côté l’Afrique qui n'est plus perçue comme un enjeu idéologique et stratégique.

Aujourd’hui la bipolarisation du monde s’effondre, les tiers mondes n’avaient jamais réussi à émerger. Maintenant, il y a une reconfiguration permettant aux tiers-mondes d'émerger. Néanmoins un paradoxe reste persistant. Aujourd’hui, un habitant du Nord est 10 fois plus riche qu’un habitant des tiers-mondes. Les tiers-mondes sont 8 à 10 fois plus pauvres que les pays du nord, de plus à l’intérieur des pays du tiers-monde, il y a de fortes disparités. Au contraire des autres tiers-mondes, l’Afrique s’est complètement paupérisée. Il y eut un principe de sélection au sein des tiers-mondes.

On émerge avec un système économique unique avec des grandes inégalités qui s’affirment. La logique bipolaire s’est effondrée, d’un côté on a un système économique unique, mais un monde beaucoup plus éclaté. Malgré cette reconfiguration, les États-Unis restent toujours dominants.

Les tiers-mondes[edit | edit source]

Dans ce nouveau Monde, la situation des tiers-mondes reste délicate. Entre 1913 et 1990, dans les pays des tiers-mondes, l’espérance de vie est passée de 30 à 59 ans, le taux d’analphabétisme est passé de 80% à 37% montrant que les inégalités ont d’une certaine manière diminué.

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]