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Le primat des intérêts financiers ? La Grande Dépression des années 1930 et la politique de la Confédération

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Le primat des intérêts financiers ? La Grande Dépression des années 1930 et la politique de la Confédération
Faculté Sciences de la société
Département Histoire, économie et société
Professeur(s) Christophe Farquet[1][2]
Enregistrement [1]
Cours Histoire contemporaine de la Suisse

Lectures

La crise mondiale et les politiques de crise[modifier | modifier le wikicode]

L'instabilité du système monétaire international durant les années 1920[modifier | modifier le wikicode]

Le crash de Wall Streets n'est pas la cause profonde de la grande dépression, c'est un déclencheur.

Le système monétaire international dit de "l'étalon d'or" est instable pour trois raisons : 1) il existe des monnaies qui sont sous-évaluées et d'autre surévalué. 2)  Les placements en Europe de l'Est sont des placements à très court terme. 3) Le capital est peu tolérant des pays qui n'arrivent pas à mettre en place des systèmes similaires à ceux d'avant la Première Guerre. Le capital n'accepte pas de payer pour un État social.

Le Krash, la Grande Dépression et ses causes[modifier | modifier le wikicode]

De manière générale, il y a une absence de puissance hégémonique. Dès que le crash va se déclencher, les pays ne vont pas déployer des politiques stabilisatrices, mais des politiques protectionnistes et compétitives (dévaluation pour tenter d'augmenter les exports). Pas de politiques de coordination.

Il y a une disparité entre l'offre et la demande. La demande n’a pas suivi l'offre, notamment parce que les salaires ont stagné. C'est une dépression déflationniste.

Il y a un biais déflationniste. Tous les pays déjà dans les années 1920 avaient des politiques déflationnistes (contraction de la masse monétaire et hausse du taux d'intérêt) et refusent de dévaluer leurs monnaies. Ces politiques pro-cyclique accentuent la crise.

Recrudescence des conflits internationaux, notamment sur les questions de réparation, ce qui empêche de mener des politiques de coordination.

Trois politiques de crises[modifier | modifier le wikicode]

–      Dévaluation (GB): politique d'abandon du gold standard, on dévalue la monnaie. Cela boosta les exports et crée une barrière sur l'importation. Cette politique fut reprisent pas de nombreux pays dont les USA (Roswell).

–      Autarcie (DE, Autriche, nombreux pays de l'Est): pour maintenir la stabilité de la monnaie mise ne place réduction drastique des mouvements des capitaux vers l'étranger. On bloque les investissements à court terme, mais aussi par la suite ceux à long terme. Mise en place également de protectionnisme douanier (accord de clearing). Les États se coupent donc partiellement des marchés financiers et de la concurrence économique étrangère.

–      Politique "bloc or" - Business as usual (CH, FR, BE, Pays-Bas, Pologne): ces pays maintiennent  un haut degré de libéralisme financier malgré une hausse du protectionnisme. Ces pays vont souffrir plus longtemps de la crise, ayant plus de difficulté à exporter et étant bloqué par des taux de changes élevés. La Suisse est la plus radical, elle défend la parité d'avant la Première Guerre mondiale. Ces pays seront contraints à la dévaluation en 1936 ce qui permettra la reprise économique en Suisse.

La Grande Dépression en Suisse[modifier | modifier le wikicode]

Une crise plus légère qu'à] l’étranger ?[modifier | modifier le wikicode]

Le pique de la crise en Suisse en en 1935 alors que dans la plupart des pays occidentaux voient une reprise en 1933. La politique du franc fort semble en être le facteur principal.

On peut remarquer que le PIB en suisse descend de 0.5%, ce qui est extrême rare. Mais de façon très étonnante, le taux de chômage reste faible. Au plus haut de la crise, le taux de chômage est de ~4% avec une pique à 8%.

Comment se résout ce paradoxe ? Il se résout uniquement partiellement : la principale politique est l'exportation de la main-d’œuvre en particulier avec une restriction de la main-d’œuvre étrangère. Il y a donc exportation du chômage. Il y a aussi un combat contre le double emploi, une partie des femmes retournent à un travail uniquement domestique. Mais si l'on fait la somme de ses politiques, cette explication est insuffisante.

Une deuxième explication serait de très mauvaise statistique sur le chômage en suisse, cela est dû à l'absence d'une assurance chômage. Si l'on regarde les statistiques des mesures d'assistance sociale, on observe une incohérence avec les statistiques de chômage. Il semblerait qu'il y a un biais statistique.

Une crise tardive et longue[modifier | modifier le wikicode]

En comparaison internationales la Suisse est relativement peu touchée 1931, si ce n'est sont industrie d'exportation qui se contracte fortement. Difficulté à exporter sur le marché allemand qui subit la crise de plein fouet.

Au niveau sectoriel, c'est avant tout le secteur du textile qui continuera d'ailleurs sa chute après la guerre. Le secteur horloger est également très touché. Les industries de la seconde génération, notamment la chimie, s'en sortent bien, ainsi que le secteur financier. Le secteur financier peut continuer à faire des affaires, malgré la conjoncture dût a la masse énorme de capitaux placés en suisse. Le secteur de la construction est aussi dopé par la présence de ces capitaux.

Dans un deuxième temps, dès 1932, il y a une contraction du PIB touchant l'ensemble de l'économie suisse. Dans cette phase, les banques traversent une période très difficile forçant à des restructurations, voire des faillites et plans de sauvetage important. Les banques cantonales connaissent peut la crise, en effet une grande partie des actifs suisses à l'étranger sont bloqué, mais les banques cantonales ne sont pas exposées à ces placements. L'industrie de l'évasion fiscale se poursuit, amortissant en partie les pertes des établissements financiers.

Dès 1936, on remarque une réorientation de l'industrie suisse de l'Allemagne vers les États-Unis. On a donc schématiquement, une fuite des capitaux de la France, qui passe par la Suisse et sont réinvestis aux États-Unis.

Dès septembre 1936, lors de la dévaluation du franc suisse, la situation va s'améliorer avec une légère baisse de chômage et une petite augmentation du PIB.

Politique de crise en Suisse[modifier | modifier le wikicode]

Politique déflationniste, austérité budgétaire, franc fort[modifier | modifier le wikicode]

La BNS pour montrer sa capacité à défendre le franc fort, elle accumule massivement de l'or.

Au niveau de la politique budgétaire, c'est une politique d'orthodoxie budgétaire des plus classique. Le gouvernement se refusant d'augmenter les impôts, cela passe par l'augmentation des recettes fiscales indirectes en sur les taxe de douane. Au niveau des dépenses, elle reste relativement stable, ceci est dû en partie de l'interventionniste étatique. En 1933, la confédération débourse près de 100 millions pour sauver une banque elle intervient également par des subventions agricoles et dans le secteur horloger.

L'État intervient également dès 1934 en créant une loi sur les banques. Cependant, le but de cette loi n'est pas de restructurer le secteur bancaire, mais plutôt de renforcer l'attractivité de la place financière suisse. On trouve par exemple l'article 47 qui protège le secret bancaire par des poursuites pénales : le secret bancaire deviendrait un bien public.

Il y a une certaine mentalité contre les politiques inflationnistes et une certaine idéologie pour le franc fort.

Paradoxalement, on observe aussi les exportateurs défendent la politique du le franc fort pour quatre raisons :

–      Les exportateurs sont proches des secteurs financiers

–      Les prix de certain produit de la chimie ont faible élasticité

–      Attractivité du franc fort, attire les capitaux et descend le taux d'intérêt

–      Baisse du coût d'importation des matières premières. L'industrie d'exportation suisse étant une industrie de transformation.

La dévaluation et ses causes[modifier | modifier le wikicode]

Pourquoi la dévaluation intervient si tard ?

–      La politique du franc fort bénéfice la place financière suisse. Explication assez correcte, mais il y a d'autres intérêts. De plus les banques déjà 1935 spécule à la baisse, et attende donc cette dévaluation malgré leur position favorable aux francs forts

–      Ces politiques déflationnistes et de stabilité financière existent dans tous les pays. C'est que quand les pays sont acculés à la dévaluation qu'il y a dévaluation. Il n'y a pas vraiment de choix politique. Le gouvernement suisse peut simplement mener cette politique plus longtemps grâce à l'attractivité de la place financière suisse qui permet à la BNS de maintenir le franc assez facilement jusqu’en 1935.

–      Il y a un facteur idéologie, même s'il est difficile à mesurer. La politique déflationniste est la norme. Il y a une certaine rigidité mentale contre la dévaluation et politique keynésienne qui sont dues au dommage de ses politiques au début des années 1920. Commun à toutes les forces politiques d'Europe dans les années 1930.

–      il y a des intérêts politiques à maintenir de l'étalon or. Il permet de justifier les stagnations des dépenses publiques et les politiques non interventionnistes.

–      De manière très paradoxale (et à erreur), les milieux de l'exportation croient avoir des intérêts et défendent le franc fort pour 4 raisons (voir plus haut).

En septembre 1936, le gouvernement change sa politique et accepte une dévaluation de 30%!

Facteurs motivant la dévaluation :

–      Continuité de la crise et la difficulté à mettre en œuvre la politique déflationniste en particulier la baisse des salaires.

–      Augmentation des attaques spéculatives dès 1935. Et détérioration de la balance commerciale suisse. Ceci oblige à des interventions de plus en plus coûteuses de la BNS.

–      Dévaluation de franc français le 25 septembre 1936. Facteur déterminant, rends la défense du franc fort encore plus coûteuse, l'exportation sur le marché français devenant plus difficile. La dévolution est moins coûteuse pour les banques suisses qui ont beaucoup de capitaux français réfugié en suisse: la dévaluation du franc suisse ne signifie plus la dévaluation de ses capitaux.

Cette dévaluation permet une certaine relance, certes timide.

Crise économique, autoritarisme et extrême droit[modifier | modifier le wikicode]

Dès 1933, comme dans la plupart des pays Européenne il y a une montée d'extrême droite même s'il l'on observe une relative stabilité du système politique en comparaison internationale.

La Suissesse n'est pas épargnée par une violence politique (ex. fusillade de Plain palais) même s'il n'y pas de comparaison avec la situation allemande.

Il y a une poussée de l'extrême suisse à l'avènement d’Hitler au pouvoir en 1993, appelé “le printemps des fronts". Souvent des mouvements de jeunes, avec une volonté de changer l'orientation des parties de droites. Il y également des groupes qui mélangent fascisme, racisme et politique réactionnaire. On observe aussi des groupes "téléguidé" par l'étranger.

Il faut le souligné, cette poussée de l'extrême, en suisse comme ailleurs, n'est pas nouvelle. Il y a au début du XXe siècle avant la Première Guerre mondiale, puis un deuxième temps en réaction au mouvement ouvrier, puis un troisième temps en 1933-34. Le quatrième temps de cette histoire est l'été 1940 à la défaite française ou ces mouvements frontistes cherchent à pousser le conseil fédéral à établir une politique de type pétainiste.

Ces mouvements n'auront que peu de poids politiquement. Cependant, ils auront une influence diffuse sur la droite traditionnelle. De façon générale, le libéral-conservatisme est beaucoup plus à droite que la droite que le libéral-conservatisme d'aujourd'hui.

Comment peut-on observer cette influence diffuse des mouvements frontistes sur la droite traditionnelle ?[modifier | modifier le wikicode]

On peut la voir sur les intellectuelles comme Gonzague de Reynold, intellectuel des plus respectés de l'époque (6 prix Nobel !) est d’extrême droite avec comme horizon politique le gouvernement corporatiste de St-Lazard. Gonzague de Reynold à une influence sur au moins trois conseillers fédéraux (Motta, Musy, Etter et également un radical Pilet-Golaz).

Certains membres du conseil fédéral sont de plus en plus d'extrême droite comme Jean-Marie Musy.

La troisième marque est la politique étrangère de la Suisse face aux régimes autoritaires. Il faut cependant analyser ça de manière assez fine. Si le fasciste italien fut accueil positivement par les élites suisses, le nazisme eu un accueil plus modérer voir fut regarder avec une certaine inquiétude.

Notons également les programmes de défense culturels ou encore l'exposition nationale avec une esthétique fasciste. Ou encore l'essor des idées corporatiste chez les élites.

Pourquoi observe-t-on une stabilité politique en suisse en comparaison internationale ?[modifier | modifier le wikicode]

L'influence directe des mouvements des frontistes au niveau électoral reste très limitée. On peut lister quatre facteurs :

–      Peu d'influence de la gauche suisse. Ces mouvements d'extrême droite étant une réaction à la gauche.

–      Absence d'un réel chômage de masse généralisé.

–      Le fédéralisme rend difficile une coalition entre les groupes frontistes pour des raisons linguistique et culturelle. Une partie de ses mouvements frontistes ne sont pas nationaliste, mais "cantonaliste".

–      Les pays ayant des coalitions libérales obtiennent des votes très larges envers les classes moyennes et paysannes. En suisse, les trois grandes parties de droit PAB, parti radical et le parti catholique conservateur s'entend sur un programme très conservateur qui fait barrage à l'essor de l'extrême droite.

Références[modifier | modifier le wikicode]