Développement économique et démocratisation

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Jusque à ici on a parlé des pays qui sont démocratiques et la question de la démocratie n’était pas un enjeux dans la discussion. On suppose que tous ces pays sont des démocraties et on a discuté les différences institutionnels. Aujourd’hui c’est sur la variation de la démocratie (question de degré, certains pays sont plus démocratiques que d’autres. Certains pays ne sont pas complètement démocratique mais pas des autochratiques non plus -> on a besoin d’une échelle !)

Définition de la démocratie  

« Un système politique dans lequel ceux qui font et appliquent les lois (« les gouverneurs ») sont responsables devant ceux qui doivent obéir aux lois ("les citoyens") à travers des élections régulières et compétitives, au suffrage universel et égal. »

3 éléments:

1. résponsabilité (« accountability »)

2. élections régulières et compétitives

3. Suffrage universel et égal 

« Suffrage universel et égal » comme problème :

Perspective historique: Les deux cas plus problématique

•  USA: Voting Rights Act 1964

•  Suisse: les femmes gagnent le droit du vote en 1971

-> La Suisse était quand même une démocratie avant 1971, aux E-U on avait beaucoup des restrictions sur le droit de voter dans les états qui étaient esclavagistes. Le droit de voter n’était pas encore bien institutionnalisé. Le « Voting Rights Act » a aboli tous les restrictions sur le droit de voter (payer un impôt pour voter etc. -> Votation des minorités, pauvres était repressé).

Perspective contemporaine: 

Le suffrage n’est pas vraiment « égal » dans les pays fédéraux (comme la Suisse, Allemagne, E-U), avec une chambre co-législative représentant les « cantons ».

-> Ce chambre législative a beaucoup de pouvoir et n’est pas basé sur le suffrage égal. Suffrage est universel, mais c’est claire que le vote des citoyens dans les petits cantons (Graubünden,..) ou états (Wyoming,..) est beaucoup plus lourde. Ils ont plus d’influence sur la législation au niveau fédéral que les citoyens dans les états membres avec une population plus large. Le poids égal de chaque vote n’existe pas vraiment. Peut être on ne peut pas insister sur le critère « suffrage égal ».

1. Une mesure quantitative de la démocratie à traves les pays et le temps (Polity)

(http://www.systemicpeace.org/polity/polity4.htm)

-> On a essayé de mesurer le système politique !

Schéma de codage Polity

• Dimensions of « democracy » (polyarchy): Gouvernement par une pluralité de personnes, peut être sans avoir un pouvoir du peuple

-> competitiveness of chief executive recruitment: 0-2 (2=free election)

-> openness of executive recruitment: 0-1 -> Est-ce que tout le monde peut candidater ? Restriction sur type des personnes qui peuvent participer ?

-> institutional constraints on executive: 0-4 -> Constraints sont bien claire ?

-> competitiveness of political participation: 0-3 -> Ce qui veulent peuvent former un parti ? Droit d’avoir des opinions politiques est bien institutionnalisé ?

à Pays peut avoir points entre 0-10 !

• Dimensions of « autocracy »: Gouvernement par une seule personne

-> selection of chief executive: 0-2

-> closed recruitment: 0-1

-> unlimited executive authority: 0-3

-> franchise restrictions: 0-2

-> repression of political opposition: 0-2

à Pays peut avoir points entre 0-10 !

•  Le schéma nous donne un score « démocratie » (0-10) et un score « autocratie » (0-10) pour chaque pays et chaque année.

•  Le « score Polity » = le score « démocratie » minus le score « autocratie » (échelle varie entre -10 et +10)

--> -10 est un pays sans aucune caractéristique démocratique et avec tous les caractéristiques d’une autocratie (extrême autocrate) ; +10 est un pays avec toutes les caractéristiques d’une démocratie et aucune caractéristique d’une autocratie (extrême démocrate).

•  catégories: 
  -10 à -6 = autocratie

-5 à +5 = “anocratie”

+6 à +10 = démocratie 


N.B.: La variation concernant limitations sur le pouvoir exécutif compte pour 7 points sur 20 et la variation concernant le suffrage pour 2 points => une conceptualisation de la démocratie très « procéduraliste « (« constitutionnaliste » ou « pluraliste »)!

=> Un problème plutôt historique: aujourd’hui, tous les pays avec des scores Polity entre +6 et +10 ont le suffrage universel. Avec cette score on pouvait être une démocratie parfaite sans que tous les citoyens avaient le droit de vote. La Suisse était un 10 déjà 1848.

2. Une perspective globale sur la démocratisation

Le monde contemporain selon Polity

La démocratisation des pays européens et anglophones

-> Première année dans laquelle ces pays ont obtenu le score soit 9 soit 10. Les pays dans la première catégorie (presque tout anglophones) étaient déjà des proto démocraties avant. Ils ont devenu démocratiques au moment qu’ils ont devenu indépendants (Irlande,..). Dans la deuxième catégorie sont les pays nordiques dans lesquelles ont est devenu une démocratie (9/10) juste après la GMII. Dans la première et la deuxième catégorie, dès le moment qu’on a obtenu un score de 9 ou 10 on ne observe jamais un recul. C’est toujours un 9 ou un 10 après. La troisième catégorie (Austriche, Finlande, Allemagne) on obtient le score 9/10 après la GMI mais on avait eu un recul/chute de démocratie dans les années 30. Finalement dans la quatrième catégorie sont les « late democratizers » qui n’avaient pas un score de 9/10 avant la GMII.

-> Le nombre de démocraties en bleu, autocraties en rouge, anocraties en noir dans le monde. Perspective globale. On a eu une expansion progressive de la démocratie dans le monde. On a aussi une croissance des autocraties pendant les années 70-80. Cette tendance s’est arrêtée au début des années 90 et les démocraties ont gagné ! Aussi, le nombre de pays dans le monde a augmenté beaucoup après la GMII (décolonisation) et presque tout les nouveaux pays étaient des autocraties au début.

Une approche alternative (boix parmi d’autres)

3 critères:

• L’exécutif élu ou responsable devant les élus

• Élections « free and fair »

• La majorités des hommes ont le droit du vote -> la majorité suffit !

=> Les pays qui satisfont les trois critères sont considérés « démocraties », les autres « non-démocraties »

-> Bar grise = nombre de pays qui satisfont les critère d’une démocratie, ligne noire = pourcentage de tous les pays indépendants/démocraties. Juste avant la GMI moins que 20% des tous les pays indépendants étaient démocraties, aujourd’hui 50% des pays sont démocraties ( ??)

-> Deuxième recul: pourcentage a tombé mais pas le nombre de démocraties -> C’est l’arrivée de nouveaux pays ! 

La choix entre Polity et la mesure dichotomique ne change pas la perspective globale

Trois vagues de démocratisation (et deux reculs)

• Première vague 1850-1920 : Pendant laquelle presque tous les pays de l’Europe de l’Ouest et les « English settler societies » ont devenu démocraties.

1930-45: montée des régimes autoritaires/fascistes : Après un recul entre les deux guerres.

• Deuxième vague 1945-60 : Pays de l’Amérique Latine ont devenu des démocraties.

1960-80:
 Après un deuxième recul pendant lequel on a beaucoup de nouveaux pays qui ont gagné l’indépendance qui n’ont pas appliqué la démocratie au début.

-> Décolonisation, nouveau pays (non -démocratiques)

-> Coups d’états (Amérique latine)

• La troisième vague depuis 1990- :

1. La retour à la démocratie à l’Amérique Latine,

2. Le collapse du régime communiste/socialiste dans le bloc soviétique,

3. Introduction dans beaucoup des pays en Afrique, « multiparty elections ».

=> Est-ce que la troisième vague durera? Est-ce que les nouvelles démocraties sont stables (durables)? Lesquelles?

Démocratisation et consolidation de la démocratie

-> Distinction entre démocratisation et consolidation !

Le test crucial pour la consolidation de la démocratie: L’alternance du pouvoir (le président/parti au gouvernement passe à l’opposition après une défaite électorale).

=> « Looser’s consent » = acceptation du » jeu démocratique, » volonté de continuer jouer

=> Beaucoup de nouvelles démocraties n’ont pas encore passé ce test! Ex. : La Russie ! Pas clair que Putin accepterait ça. Aussi Nigérie !

3. L’association empirique entre la démocratie et le développement économique

Polity scores comme mesure de la démocratie

• Développement économique: PBI (GDP) par habitant, ajusté du coût de la vie (PPP=Purchasing Power Parities) -> Pas le meilleure mesure, prend pas en compte la distribution des revenus etc.

Scores Polity 2009 et GDP/capita 2007

-> Pas de lien du tout entre le développement économique et le niveau de la démocratie. Il y a 7 pays qui sont riches et autocratiques. Sauf pour le Singapore les autres sont tous des pays « particuliers » pétroliers. Riches en terme économiques mais scores bas au polity !   

Sans les cas aberrants (outliers)

-> Maintenant une relation assez claire entre niveau de la démocratie et le développement économique. Pas une association linéaire (pas le cas que chaque augmentation du développement économique est associée avec une démocratisation.

Laissant à coté 7 cas, on voit clairement une association entre niveau de démocratie et niveau de développement, mais ce n’est pas une association linéaire:

• Tous les pays riches ont un niveau de démocratie très élevé

• Le niveau de démocratie parmi les pays pauvres varie beaucoup-> Tous les pays avec un BIP plus que 20'000 ont un niveau très élevé de démocratie (100%). Pays avec un BIP moins que 20'000 peuvent avoir un haut polity score ou un bas polity score (50%).

La durée de la démocratie: nombre des années avec un score Polity ≥ 7 depuis 1960 (GDP/capita 2007)

-> Pays Riches ont eu la démocratie pour beaucoup plus longue que les pays pauvres. Trois outliers : India, Jamaica, Costa Rica -> trois pays pauvres qui ont été démocratiques depuis 1960 (50 ans).

L’analyse de Adam Przeworski

“Democracy and Economic Development” in Mansfield and Sission, eds.,

The Evolution of Political Knowledge (Ohio State University Press, 2004).

135 pays sur la période 1950-99 (grands producteurs de pétrole exclus) = 5,664 observations «country-year».

Utilise une mesure dichotomique de la démocratie (responsabilité, free and faire, majorité a le droit de vote).

=> Quelle est la probabilité des transitions démocratiques et autoritaires aux différents niveau de développement?

Régime démocratique => autoritaire                                           Régime autoritaire => démocratique

-> Probabilité qu’un pays démocratique devient autoritaire, relation claire. Pour les plus pauvres des démocraties la probabilité de devenir autoritaire (collapse de la démocratie) est presque 8.5%. Pour les riches, la probabilité tombe rapidement : 0-0.5%. -> Démocratie devient plus stable avec le développement économique.

-> Transition d’un régime autoritaire à un régime démocratique : beaucoup moins claire. Deux interprétations :

La conclusion de Przeworski: “it is easy to predict statistically whether a democracy will endure and it is next to impossible to predict whether one will be established.”

-> L’interprétation alternative: Les régimes autoritaires « middle-income » sont le plus vulnérables.

4. Comment explique cette association entre développement économique et démocratie ?

3 perspectives théoriques:

1.    La démocratie est la forme de gouvernance la plus efficace pour gérer une économie développée (industrialisée, diversifiée). Très difficile pour les autocrates de gérer une économie comme ça. Théorie fonctionnaliste : Les régimes démocratiques sont mieux adaptés pour gérer une économie complexe et développée.

2.    Le développement économique (industrialisation) engendre des classes subordonnées capables d’action collective. Expérience de l’Europe de l’Ouest. Démocratisation (première vague) était une réponse à la mobilisation de la classe ouvrière industrielle. Étaient concentrés dans les villes etc. Cette classe demande le droit de vote et les élites savent qu’il faut intégrer d’une manière la nouvelle classe subordonnée dans le système en forme d’une démocratie

3.    Le développement économique promeut l’éducation et la modération (le civisme) qui permet la démocratie. La durabilité de la démocratie suppose que les citoyens sont modérés. Il faut le développement économique pour ça.

Quelques observations

•  Depuis 1980, la croissance économique des pays démocratiques n’est pas plus élevée que la croissance des pays autoritaires.

•  La thèse que la classe ouvrière est le porteur de la démocratisation ne s’applique pas à la troisième vague de démocratisation.

•  Le phénomène « vagues » suggère que les facteurs internationaux (diffusion, émulation, pression de l’extérieur) sont importants. On observe la démocratisation pas seulement dans un pays, mais toujours dans plusieurs pays. -> « Diffusion mechanisms »

La perspective de Przeworski

•  Le développement économique importe pour la stabilité de la démocratique, pas pour les transitions démocratiques. On ne peut pas avoir une théorie sur la démocratisation, mais sur la stabilité de la démocratie par le développement économique.

•  Les perdants sont plus susceptibles d’accepter l’alternance dans les pays riches parce que les coûts économiques de l’autre option (coup d’état, guerre civile) sont plus élevés que dans les pays pauvres. L’autre option est plus couteaux avec le développement économique. Les élites vont donc accepter les résultats dans un pays développé et vice versa dans un pays non-développé.

•  Les gagnants ont plus de ressources pour compenser les perdants   

5. Des autres variables économiques qui influencent la démocratisation

Que faire avec les cas aberrants ?

-> Il y a cette association mais il y a certains pays qui ne conforment pas à cette généralisation :

« L’association entre développement économique est forte si nous laissons à coté l’Inde, la Costa Rica, l’Arabie Saoudite, le Qatar... »

Le slogan de science sociale: Si on a des cas aberrants, transformez les noms propres en variables pour améliorer la théorie! On devrait essayer d’éviter les noms propres.

Qu’est-ce que les cas aberrants ont en commun ? Pour améliorer la théorie !

•  Pas évident pour l’Inde, la Costa Rica et Jamaïque (démocraties pauvres à longue durée).

•  Mais très évident pour l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’UAE (autocraties riches): les richesses pétrolières! Bénéficient d’avoir une ressource naturelle.

La « malédiction des ressources » (une vaste littérature !)

-> Ces pays devraient être plus riches/plus heureux, devraient avoir des formes des gouvernements pas autocratiques. Mais l’autocratie est beaucoup plus fréquente dans ces pays que dans les autres.

•  Les rentes pétrolières incitent la monopolisation du pouvoir politique.

•  Les état pétroliers n’ont pas besoin de taxer les « citoyens », donc ils n’ont pas besoin de s’engager dans un « contrat fiscal » avec eux. Ils sont des états plus autonomes vis-à-vis de la société qu’ils gouvernent. L’idée des citoyens qui ont un droit d’être représentés dans le gouvernement aussi concerne la taxation. On peut résister leur demande d’être représenté.

•  Les revenues disponibles facilitent la cooptation des adversaires potentiels.

=> Le cas norvégien: Les ressources (le pétrole) ne sont pas toujours une malédiction... C’est le timing qui est important. Si on est déjà une démocratie et on découvre des ressources naturelles, c’est bon. Mais si on n’est pas une démocratie et on découvre des ressources naturelles, ça devient un obstacle pour la modernisation économique.

Carles Boix Democracy and Redistribution (2003) 

• Observation préliminaire: La Norvège et la Suisse sont parmi les premiers pays démocratiques – mais tous les deux étaient des pays relativement pauvres au mi-19ème siècle.

=> le développement économique n’est pas une cause directe de la démocratisation, mais il est lié aux variables qui promeuvent la démocratisation.

La thèse de Boix :

•  Les pauvres sont la majorité et, par conséquence, la démocratie augmente leur influence politique.

•  C’est les riches (les élites économiques) qui décide si la démocratisation aura lieu (sera institutionnalisée).

•  Le choix des riches dépend sur la question suivante: combien de redistribution implique la démocratie?

•  Et la réponse à cette question tourne sur deux variables: (1) le niveau de l’inégalité et (2) la mobilité des richesses/biens (wealth/assets).

L’inégalité:

Le plus inégale la société, les plus radicales seront les revendications des pauvres (c’est-à-dire, le plus les riches vont perdre à cause la démocratisation).

La mobilité des richesses:


·       Si les richesses sont mobiles (capital financière), les richesses peuvent échapper les conséquences de la démocratisation (redistribution).

·       Les représentants politiques des pauvres modéreront la redistribution si les richesses sont mobiles.

Quelques donnés empiriques...

Cross-National evidence : Distribution of political regimes

-> Idée qu’on va trouver la démocratie dans les pays avec des richesses mobiles et avec une distribution plus égale.  

Within-country evidence 1: US economic and political geography ca. 1910

-> Restrictions sur le droit de vote était concentré dans les états membres qui étaient inégales et passé sur une richesse « landed wealth » ( ??) plutôt que sur une richesse industrielle.

Within-country evidence 2: Swiss economic and political geography before 1830

-> Idée que les cantons qui étaient plus égales étaient plus démocratiques avant ’48.

Les liens entre le développement économique et les variables de Boix

•  Le développement économique diminue peut-être l’inégalité (la thèse de Kutznets).

•  Le développement économique est clairement associé avec l’augmentation de la mobilité des richesses.

Trois perspectives théoriques :

•  Lijphart: la perspective institutionnaliste

•  Putnam: la perspective sociologique et/ou culturaliste

•  Przeworski et Boix: la perspective « économie politique »

Annexes

Références