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Commerce international, proto-industrialisation et révolution industrielle: le développement de l’économie suisse jusqu’au milieu du XIXe siècle

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Commerce international, proto-industrialisation et révolution industrielle: le développement de l’économie suisse jusqu’au milieu du XIXe siècle
Faculté Sciences de la société
Département Histoire, économie et société
Professeur(s) Christophe Farquet[1][2]
Enregistrement [1]
Cours Histoire contemporaine de la Suisse

Lectures

Il faut garder en tête que parler de l'économie suisse jusqu'au 19e siècle est un anachronisme, la Suisse n'existant pas comme on l'entend aujourd'hui jusqu’en 1848 lors de la création de l'État fédéral. Avant, ce sont principalement des cantons souverains, indépendants avec une faible collaboration.

Avant son industrialisation, il y a en suisse une division du travail (proto-industrialisation) via le capitalisme marchant. Ce qui est intéressant, c'est que la Suisse semble en avance sur la plupart des autres régions aussi sur cette proto-industrialisation.

Processus d'industrialisation semblable qu'à l'étranger, en particulier de l’Angleterre ?

Quels sont les facteurs qui expliquent l'industrialisation précoce de la Suisse au XIXe siècle ?

Peut-on parler de la Révolution industrielle en Suisse ?

La révolution industrielle en Grande-Bretagne : les facteurs propices au développement industriel britannique[edit | edit source]

La Grande-Bretagne est la première nation à entrer dans la révolution industrielle. L'économie avant la révolution industrielle à une croissance faible de 0.5% cette croissance passe à 1.5% au début de son industrialisation. L'industrialisation précoce confère à l'Angleterre un avantage compétitif.

Facteurs / Thèses :

–      Développement agricole. Il faudrait une révolution agricole avant une révolution industrielle (Paul Bairoch). Il faudrait sortir du carcan de l'autosubsistance, il faudrait un surplus pour libérer de la main-d’œuvre. Cette théorie a eu beaucoup de succès dans les années 1960, mais ne fait plus vraiment consensus aujourd'hui. On observe plutôt une amélioration du rendement agricole en simultané de l'industrie.

–      L'économie est déjà plus avancée, il y a un développement préindustriel : meilleure voie de communication, accumulation du capital provenant des colonies (idée marxisme, mais assez peu accepté aujourd'hui, car le début de l'industrialisation se fait par autofinancement).

–      L'idéologie (protestante) est plus proche du libéralisme bourgeois ce qui favorise l'éclosion industrielle.

–      Histoire globale (grande divergence). Les facteurs sont exogènes : matière première importé des colonies et la qualité du charbon en Angleterre. Les salaires sont aussi plus élevés que dans tous les pays du monde : cela pousse à l'industrialisation pour éviter de payer ses salaires.

Ceci est intéressant au niveau de la Suisse, car la Suisse ne répond pas à ces facteurs.

Industries et capitalisme suisses avant le XIXe siècle[edit | edit source]

La Suisse une économie relativement développée avant le 19e siècle en comparaison internationale[edit | edit source]

On observe déjà un certain essor économique depuis le Moyen Âge dût à sa position géographique : routes commerciales et développement des villes suisses. Même du point de vue du capital est problématique au niveau géographique, en effet les titres ont longtemps été déplacés physiquement avant la numérisation.

Trois routes principales :

- Italie vers l'Allemagne

- Gothard vers les Pays-Bas

- Genève vers la France pour le nord de l'Europe

Ces routes encouragent le développement de certaines villes suisses. Genève par exemple, voit apparaître d’immenses foires marchandes. Il ne faut pas sur estime ce développement, la Suisse reste avant tout agraire. Ces foires déclinent, voir disparaissent, aux 16e dut à des problèmes économiques italiens et des interdictions de la France pour les marchands français dans le but développer le centre économique de Lyon. Lors de la réforme, Genève est plutôt une ville pauvre.

Le service mercenaire, qui se développe dut à la pauvreté des terres, permet une certaine accumulation du capital.

Développement d'activité financière internationale par des marchands banquiers (Genève, Bâle) qui exportent leurs capitaux servant à financer les guerres par exemple de la France.

Pré et proto-industrialisation au 17e et 18e siècle[edit | edit source]

Il existe une proto-industrialisation

L'horlogerie est un cas de pré-industrialisation. Il existe déjà une séparation des tâches au sein des artisans, mais aussi aux paysans (Neuchâtel) pour les travaux les plus grossiers.

Les indienneries sont une autre forme de pré-industrialisation, il y a déjà une concentration de la main-d’œuvre dans des fabriques (8000 employés dans 8 lieux).

Les quatre "mondes de production"[edit | edit source]

- Suisse oriental : importance de l'industrie du textile de luxe

- Suisse central et méridional : élevage, service mercenaire et transit alpin

- Suisse occidentale agricole : céréale vigne

- Suisse occidentale marchande : marchand banquier

Les principales caractéristiques de la révolution industrielle en Suisse[edit | edit source]

Démarrage industriel au début du 19e siècle[edit | edit source]

La fin du 18e siècle voit apparaître la concurrence anglaise qui détruit la proto-industrialisation puis les guerres napoléoniennes qui protègent l'industrie suisse (blocus) incitent à l'industrialisation.

La réouverture des marchés suite à la défaite de Napoléon et la réouverture des marchés produit une crise économique.

Caractéristiques du modèle suisse d'industrialisation[edit | edit source]

–      Un "leading sector", la filature de coton. Comme en Angleterre, mais pas de reprise dans un premier temps du secteur métallurgique et chemin de fer.

–      Une industrialisation sans charbon.

–      Peu d'innovation

–      Pas de colonies

–      Les salaires suisses sont très bas, ce qui permet de compenser la faible productivité (faible mécanisation et coût de transport) et la faible cotation en matière première. Il y a donc un surplus de mains-d’œuvre en suisse. Ce qui se cache derrière cet "avantage comparatif" c'est une réalité sociale extrêmement dure : travail jusqu'à 18-20h par jour, travail des enfants, aucune protection sociale.

–      Absence de capitalisation des banques.

Facteurs explicatifs de l'industrialisation précoce en Suisse[edit | edit source]

Le marché suisse soufre de différente déficience : grande fragmentation du marché (taxe intercantonale, pas de monnaies suisses), mauvais réseau de transports et de communication, agriculture peu efficace.

D'autres facteurs peuvent expliquer l’industrialisation suisse, et parfois de manière assez paradoxale :

–      Le niveau bas des salaires et l'abondance de la main d'œuvre. Ceci à lier aux faibles niveaux de productivité de l'agriculture qui produit une "masse de prolétaires" prêts à travailler à un coût très bas. Ce prolétariat est cependant assez bien formé ou apte à l'être dût à un haut niveau d'alphabétisation.

–      L'importance du développement commercial et préindustriel à la fin de l'Ancien Régime

–      Les facteurs idéologico-politiques (Réforme) auraient peut-être un lien. On constate une assez grande corrélation en suisse même si ce facteur reste assez hypothétique (contre-exemple : Belgique catholique).

Évolution ou révolution industrielles en Suisse?[edit | edit source]

Pour répondre à cette question, il faut regarder le poids relatif des nouvelles industries par apport aux anciens types de production et le poids relatif de ses industries dans l'ensemble de l'économie suisse. Les chiffres appuient le fait qu'il ne faut pas surévaluer le processus d’industrialisation au début du 19e siècle.

Premièrement, cette proto-industrialisation continue a existé en dépit de l'industrialisation moderne dans les fabriques. Deuxièmement, entre 1800-1814 le niveau de production du textile n'atteint pas celui observé avant les guerres napoléoniennes (1787 avant la crise dû à l'afflux des marchandises de la Grande-Bretagne). Troisièmement, le poids de l'industrie suisse reste modéré jusqu'à la seconde moitié du 19e siècle. La Suisse reste un pays agricole jusqu'au 2/3 du 19e siècle. Quatrièmement, les formes modernes d'industrie restent limitées jusqu'à la seconde partie du 19e siècle à un nombre restreint de cantons comme Zurich, Saint-Gall, Argovie, Appenzell.

Pour ces raisons, il est préférable de parler plutôt d'une mutation industrielle de la Suisse.

Références[edit | edit source]