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Au-delà de l'Europe

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Le cas des États-Unis[modifier | modifier le wikicode]

Alexander Hamilton.

Un marché intérieur de taille[modifier | modifier le wikicode]

Les États-Unis n’allaient pas chercher la richesse en exportant, mais s’appuyaient plutôt sur leurs marchés de consommation intérieurs, à savoir sur les ménages et les entreprises) La part de la richesse nationale réalisée en interne est très grande. Les États-Unis sont avantagés par leur taille démographique. Au XIXe siècle, 29 millions d’Européens vivent hors d’Europe, dont plus de 23 millions aux États-Unis. Ceci soutient une politique d’indépendance.

En effet, être une colonie impliquait l’interdiction de s’industrialiser, et ne pas avoir l’autonomie financière ni l’autonomie douanière. Les États-Unis étaient des « marchés captifs » : les Anglais envoyaient des bateaux aux Indes, les chargeaient de thé, puis vendaient ce thé aux Américains moyennant le prix du thé + une taxe douanière (alors que les colonies n’étaient pas un État indépendant de l’Angleterre, et que les « frontières » entre les deux pays étaient en principe libre ; d’où le Boston tea party). Voulant développer une industrie (afin que les consommateurs américains ne dépendent pas des produits européens), les États-Unis développent donc une politique d’indépendance.

Alexander Hamilton (1755 - 1804) va rédiger le premier traité de protectionnisme économique en stipulant de ne pas mettre de taxe d’export, mais taxe d’import. L’État crée une distorsion de concurrence. Pour que le produit local soit le meilleur marché, le gouvernement va intervenir afin d'aider à se développer sans concurrence anglaise ou européenne. 1865 avec fin de la guerre de Sécession est une date importante, car c'est la victoire du protectionnisme contre le Sud libre-échangiste en raison de son commerce de coton.

Dynamisme et protectionnisme[modifier | modifier le wikicode]

Cette politique d’indépendance va de pair avec une politique protectionniste. L’idée est qu’étant un "petit poucet" confronté à l’Angleterre et à sa toute-puissance parce que les produits anglais sont imbattables en termes de prix, les américains ne peuvent que mettre en place des droits douaniers. La taxe d’importation sur les produits anglais ainsi instaurée était suffisamment élevée pour permettre aux entreprises américaines de survivre à la concurrence. Les États-Unis ont donc commencé par être adeptes du protectionnisme (Alexander Hamilton, premier secrétaire d’État au trésor, soit Premier ministre des Finances des États-Unis, était un grand théoricien du protectionnisme).

L’industrialisation des États-Unis s’est surtout faite dans les États du Nord, tandis que les États du Sud vivaient du coton (et leur main-d’œuvre était les esclaves). Les planteurs du Sud vendaient leur production aux États du Nord, mais aussi à l’Angleterre ; or la Perfide Albion taxait le coton américain pour répondre au protectionnisme de leurs ex-colonies concernant le textile anglais. Les États du Sud étaient ainsi libre-échangistes (le libre-échange leur aurait permis de vendre leur coton) quand ceux du Nord étaient protectionnistes (vu que le protectionnisme leur permettait de ne pas subir la concurrence anglaise). La révolution industrielle a été protégée par l’État.

L’industrialisation a été extrêmement rapide et dynamique. De 1820 à 1910, le PNB européen a triplé tandis que celui des États-Unis a été multiplié par 11. Le PNB par habitant y a presque triplé sur la même période. La population des États-Unis est multipliée par 4, notamment grâce à la permanence des flux migratoires (vu que les États-Unis sont riches désormais, ils attirent les populations). L’industrie américaine n’a jamais manqué de main-d’œuvre, et l’afflux des capitaux se fait de manière simultanée. Les États-Unis sont déjà vus comme étant synonymes de développement, de richesse, de prospérité, de dynamisme… ils bénéficient d’un avantage relatif à la taille du pays (richesses et ressources ; le Mississippi était ainsi aussi puissant que moult machines à vapeur).

En 1913, les États-Unis sont déjà la première puissance mondiale.

Les spécificités du Japon[modifier | modifier le wikicode]

L'empereur Meiji vers la fin de son règne.

Le Japon est un cas très particulier, et était jusqu’au début du XXIe siècle la deuxième économie mondiale. L’échec de la révolution industrielle dans des pays comme l’Égypte ou ceux d’Amérique latine ont fait croire que « la modernité était un truc de blancs». Pourtant, le Japon y a réussi. En effet, nombreux sont les pays d’Asie ou d’Afrique ayant connu un décollage industriel, mais le Japon est le seul à ne pas avoir été brisé.

Le Japon était un pays complètement ferme (politique de fermeture des Tokugawa entre 1640 et 1853, qui ont gagné les guerres civiles au XVIIe siècle, et leur shogunat a maintenu la paix sous dictature militaire, tout en fermant le Japon aux étrangers). Ce renfermement n’était cependant pas total, car contrairement aux pays colonisés par les Européens, où les microbes inconnus par les indigènes (ex. grippe) provoquent une crise de mortalité au sein du peuple colonisé, il n’y a pas eu de telle crise au Japon.

Exercice des troupes américaines à Shimoda devant l'envoyé de l'empereur, le 8 juin 1854, lithographie de 1856.

En 1853, une flotte militaire américaine débarque au pays du soleil levant, par la route du Pacifique. Les États-Unis voulaient accéder au marché japonais pour y vendre des produits de l’industrie américaine. En usant un peu de la menace, ils forcent les Japonais à commercer avec eux. Le traité de Kanagawa permet ainsi aux Américains de commercer librement, sans la moindre taxe, avec l’archipel nippon.

Ceci cause un réveil chez les Japonais, qui prennent conscience du fait qu’ils avaient à s’ouvrir et à se moderniser pour ne pas être colonisés. La révolution Meiji, qui eut lieu à partir de 1868, a consacré le démarrage de l’économie japonaise. Plusieurs mesures sont alors adoptées :

  • La réforme agraire : la société du Moyen Âge est, comme en Europe, une immense paysannerie. Avant la révolution Meiji, les paysans payaient des taxes proportionnellement à leur récolte. Le gouvernement Meiji remplace cet impôt progressif par des taxes fixes (2.5% de la valeur de la terre). L’État connait donc à l’avance le montant de ses récoltes fiscales annuelles, tandis que les paysans sont encouragés à produire plus.
  • Le gouvernement finance des bateaux de migrants vers le Brésil et le Pérou (un descendant d’immigré japonais, Alberto Fujimori, deviendra d’ailleurs président du Pérou dans les années 1990) afin de ne pas se retrouver en surpopulation.
  • L’État crée un tissu industriel conséquent (industries modernes inspirées de celles anglaises) et vend assez rapidement ces entreprises aux privés. Il obtient l’adhésion des grands seigneurs, et leur donne un accès privilégié à l’industrie en leur présentant ce travail comme une tâche patriotique.
  • L’État importateur : l’État envoie d’émissaires en Europe acheter des machines, des plans d’usines, des techniques de fabrication d’armes…en faisant le tour des villes, on apprend ensuite aux artisans comment se servir de telles machines, qui sont relativement simples. Très rapidement, le Japon n’est plus dépendant des fabricants occidentaux.
  • L’appropriation. Les japonais s’approprient la technologie occidentale et commencent à y apporter leurs améliorations. Le Japon n’a pas recours aux experts européens, mais envoie ses jeunes se former en Europe. Apparait donc une élite de gens aussi compétents que patriotes.
  • L’enseignement favorise l’appropriation. Dès le XVIIe siècle, l’enseignement était déjà assez développé au Japon. Au milieu du XIXe siècle, seulement 50% de la population japonaise était analphabète bien que l’alphabet soit plus compliqué que l’alphabet latin. Parti sur cette base, le Japon a développé un système éducatif sur le modèle américain.

Le Japon, afin de ne pas dépendre d’un seul pays, a emprunté techniques et savoir-faire d’un peu partout. La marine militaire japonaise s’inspire de la Royal Navy anglaise, l’infanterie, de la grande armée de Napoléon, la constitution, de celle de l’Allemagne. Tous ces éléments permettent le succès du Japon.

Russes et japonais lors des négociations du traité de Portsmouth (1905).

En 1905, à la surprise générale, la flotte japonaise triomphe de la flotte russe dans le golfe de Tsushima tandis que dans le golfe de Port Arthur, en Chine, le Japon défait les troupes terrestres russes. C’est la première victoire durable d’un peuple non occidental sur un peuple occidental. Le Japon affirme ainsi son indépendance devient une puissance reconnue. Ce modèle japonais est très ambigu : à peine indépendant, le Japon devient colonisateur. La Corée, Taïwan et une partie de la Chine deviennent des colonies japonaises. En 1910, le Japon se situe entre la 14e et la 18e place au monde, mais sur le plan industriel, il est déjà au niveau de la Russie ou de l’Italie. Dans les années 1930 et après la Seconde guerre mondiale, le Japon continuera son ascension dans la hiérarchie.

Annexes[modifier | modifier le wikicode]

Références[modifier | modifier le wikicode]