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« Révolutions » et « contre-révolutions » en Amérique latine et la lutte contre la dictature au « Cono sur »

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Comment transformer l’ordre oligarchique par des réformes ou la Révolution ? Il y a beaucoup de projets de modernisation économique et un meilleur partage de richesses, mais, dans les années 1950 - 1960, la question de la révolution se pose encore. En 1954 a lieu au Guatemala une intervention militaire et en 1959, à Cuba se termine la Révolution cubaine par la prise du pouvoir par Fidel Castro. La révolution cubaine donne de l’espoir à tous ceux qui sont déçus par l’impunité des élites.

Les réformes des oligarques au Chili : Jorge Allessandri [1958 - 1964][edit | edit source]

El presidente Jorge Alessandri junto al presidente de Estados Unidos John F. Kennedy (1962).

Les États-Unis ont fait pression à cause de la pression des communistes et le Chili a déjà eu des réformes. Le Parti radical perd sa crédibilité et les élections suivantes sont remportées par un militaire qui dit agir pour le bien de la nation. Un gouvernement dirigé par un militaire est élu, mais en 1958, c’est la droite conservatrice de Allessandri qui arrive au pouvoir.

Tous les autres partis de centre-gauche proposent un programme de réformes et de partage des richesses, et une grande majorité des Chiliens qui s’opposent à l’ordre oligarchique d’Allessandri. Étant donné que les autres partis sont trop fragmentés et désunis, Allessandri remporte avec 32% des voix.

Allessandri essaie de dynamiser l’économie en limitant le rôle de l’État dans l’économie et en stimulant les investissements étrangers. Il veut réduire les dépenses en fixant les salaires du secteur public à un niveau assez bas causant notamment des troubles sociaux.

Aux élections parlementaires de 1961, le gouvernement s’oriente donc vers le centre. Deux ans plus tard, il doit faire quelques réformes modestes notamment des réformes agraires (droit du gouvernement de distribuer aux pays les terres en sa possession) et fiscales (système des impôts, les compagnies doivent payer plus d’impôts)

L’Alliance du Progrès au Chili[edit | edit source]

Ce fut un programme créé par Kennedy en réponse à la Révolution cubaine. Néanmoins, dans l’après-guerre, les États-Unis abandonnent l’Amérique latine qui va donc recevoir peu d’aide de l’étranger.

L’Alliance du Progrès est un programme qui vise à moderniser l’Amérique latine afin d'éviter une nouvelle Révolution comme celle de 1959. Cette Alliance donne une aide conditionnelle liée à la mise en place de réformes économiques et sociales. Kennedy offre des conditions généreuses à Allessandri s’il participe au programme officiel de l’Alliance, ce qu’il fait.

Sont créés des institutions d’aménagement rural et des centres de recherche sur la réforme agraire. Les États-Unis soutiennent donc Allessandri en façade, mais se doutant bien qu’il ne fasse que de faibles actions pour l’aide économique, font tout pour que son adversaire gagne les prochaines élections.

La révolution en liberté d’Eduardo Frei : 1964 - 1970[edit | edit source]

Eduardo Frei Montalva durante la campaña presidencial de 1964.

On parle de faire la révolution par la réforme, en liberté. Les conservateurs donnent leur support à Frei qui devient président. Frei admet qu’il faut réduire les inégalités dans le pays et veut le moderniser notamment par le soutien à l’industrie, la promotion des exportations et la mise en place d'une vraie réforme agraire. Ce nouveau président se pose comme une vraie alternative aux communistes.

L’assistance économique des États-Unis continue à affluer au Chili, mais Frei fait bientôt face à un dilemme : il faut posséder plus pour redistribuer plus et il faut donc une plus forte croissance économique. D’ailleurs, la réforme agraire est sujette à beaucoup de résistance. Sous Frei, l’intervention étatique augmente dans l'économie chilienne, ce qui ne plait pas aux États-Unis. Par exemple, dans l'industrie du cuivre, Frei forme une coopération pour racheter des parts dans les mines. C’est le début de la nationalisation du cuivre au Chili, et même si cela déplait aux États-Unis, ces derniers ferment les yeux. Frei souhaite que les investisseurs étrangers l’aident à nationaliser le cuivre, mais sans résultats probants.

Après 1967, le niveau de vie baisse au Chili, ce qui n'empêche que la politique de Frei a eu des résultats avec une volonté à la réforme et un espoir retrouvé pour la population chilienne. La nationalisation a suscité de nombreuses espérance en une politique économique chilienne autonome.

Les élections de 1970 : la victoire de Salvador Allende[edit | edit source]

Une forte critique s'élève à l'encontre des réformes trop importantes des démocrates-chrétiens. Pour Tomic et Allende, il faut redistribuer, en finir la dépendance États-Unis. Dès lors, on parle du chemin chilien vers une société plus égalitaire, socialiste, non-violente et légaliste. Cela renvoie un peu à l'idée de la Révolution en liberté.

Les élections sont dans une atmosphère tendue voyant Allende les remporter. Cette élection préoccupe les États-Unis étant donné que c'est un socialiste qui arrive au pouvoir.

Les réformes de l’Unité populaire[edit | edit source]

Allende n’a pas de majorité au congrès et a des difficultés à réaliser des réformes, mais est sensible aux pressions des électeurs. Il fortifie le rôle de l’État pour pousser à la croissance et continue la nationalisation du cuivre. Par un amendement constitutionnel, les mines de cuivre deviennent propriété de l’État. Tous sont d’accord, même les conservateurs. Cela est fait sans compensation des propriétaires. Le Chili est maintenant propriétaire de ses propres ressources et se trouve renforcé par un nationalisme qui unit les conservateurs avec le gouvernement d’Allende.

Allende va entreprendre une réforme agraire avec la redistribution de terres. Allende va redistribuer plus de terres en un an que par Frei en six ans. Ce processus n’est pas toujours très structuré avec parfois des occupations spontanées du terrain. Des tensions des milieux populaires et du gouvernement apparaissent.

La stimulation de l’économie a va être caractérisée par une augmentation du pouvoir d’achat, la constructions de logements, des entreprises d'assainissement, des investissements dans l'éducation et la santé publique. Beaucoup de personnes qui étaient jusqu'alors au chômage retourne au travail. D'autre part, les salaires des ouvriers sont augmentés. Ainsi, le Chili connaît une croissance économique de plus de 8%. Cette croissance est principalement issue d'une stimulation par la demande intérieure.

Sous la gouvernance d’Allende, il y a une tentative d’amélioration de la vie des femmes dans les milieux populaires. A lieu une véritable mobilisation des femmes qui constituent un appui politique important. Allende se bat pour un accès à l’éducation, plus de droits pour la propriété, l'égalité juridique des femmes mêmes mariées. Les réformes vont également porter sur l'augmentation des crèches pour les enfants, la créations de centres de mères, mais aussi sur le contrôle du prix des denrées alimentaires pour faciliter la vie. On ne veut pas marginaliser les femmes dans ce processus de révolution légale.

Les États-Unis au Chili : « Make the economy scream »[edit | edit source]

Les États-Unis s’opposent aux réformes d’Allende. Kissinger trouve le peuple irresponsable et ne veut pas que les États-Unis laissent faire cela. Mesures de Washington :

  • on cherche à déstabiliser le pays, on baisse l’aide économique
  • on coupe le crédit et les États-Unis empêchent que d’autres banques ne donnent des fonds au Chili.
  • les États-Unis vendent leur stock de cuivre, ce qui fait baisser le prix du cuivre sur les marchés internationaux.
  • manœuvres clandestines financées par la CIA entre 1970-73. On finance des groupes privés qui font des grèves, on finance des partis d’opposition et on met en place un véritable sabotage économique, couplé à la déstabilisation politique.

La réaction de l’opposition chilienne[edit | edit source]

Dans les élections municipales de 1971, l’Unité populaire s’en sort très bien. Allende se cherche de nouveaux amis (Fidel Castro, qui critique la voie pacifique de la révolution d’Allende) puisque les États-Unis abandonnent le Chili. Allende visite l’URSS en 1972, ce qui marque la rupture entre le parti démocrate-chrétien et la droite. La droite essaie de mobiliser les femmes contre Allende ; on organise des marches de protestation contre la soviétisation du pays et on critique les difficultés économiques du pays.

Vers la polarisation et le chaos économique[edit | edit source]

On a un manque crucial de capitaux, la réforme agraire a aussi causé une disruption dans la production de blé. Le gouvernement doit acheter des denrées alimentaires sur les marchés internationaux.

Problèmes économiques ;

  • manque de capitaux
  • manque de pièces de remplacement pour les machines
  • disruption par la réforme agraire.

On a des grèves, des manifestations contre le gouvernement, des actes de sabotages, financés parfois par les États-Unis. Un climat de violence s’installe, plusieurs assassinats prennent place en 1972.

Le chemin vers le coup d’État[edit | edit source]

Allende nomme des militaires dans son cabinet pour qu’ils protègent les intérêts du Chili. En effet, en 1972, la situation se calme et se stabilise. Mais la situation de grève recommence en 1973 et les militaires se retournent contre Allende. Le 11 septembre, Allende veut annoncer un plébiscite et les militaires du cabinet font donc un coup militaire. Le jour-même

Le Chili sous le régime de Pinochet[edit | edit source]

On a une militarisation de la politique :

  • suppression immédiate de tous les partis politiques
  • répression de la gauche
  • dissolution du Congrès
  • militarisation du pays

« éradiquer le cancer Marxisme pour sauver la nation » La répression de Pinochet est sévère pour la gauche et les syndicats.

Le régime de Pinochet et le shock treatment néo-libéral[edit | edit source]

On suit les conseils des Chicago Boys, groupe d’économistes formées à Chicago qui veulent que le Chili suive le modèle néo-libéral :

  • dépenses publiques réduites, privatisation, dérogations à la réforme agraire
  • politique du marché libre
  • économie exportatrice (cuivre, produits agraires)

Conséquences :

  • on a un taux de chômage qui atteint 28% nationalement
  • baisse des salaires
  • les pauvres restent pauvres et l’élite gagne plus, la classe moyenne moins.

Le gouvernement ne revient pas sur la question de la nationalisation du cuivre et c’est celui-ci qui finance les dépenses militaires (pas cohérent avec le modèle néo-libéral, mais nécessaires).

Les États-Unis accordent de l’aide immédiatement au régime de Pinochet, aident la population à s’alimenter. Ils sont presque les seuls à le faire, étant donné que le reste du monde critique les violations des droits de l’Homme du régime.

Les conséquences sociales de la dictature et le début de la résistance[edit | edit source]

La lutte contre la dictature vient de problèmes économiques et notamment de la baisse des revenus ainsi que de la difficulté à se nourrir.

L’Église catholique prend des mesures, ouvre des soupes populaires et communautaires, on prépare des repas pour les familles précaires. Dès le début, la mobilisation contre la dictature passe par la mobilisation des femmes. Pourquoi ?

Lors du coup d’État militaire, les hommes sont emprisonnés, perdent leur travail et c’est à la femme de nourrir la famille. Elles cherchent l’aide à l’Église et aident à organiser des soupes populaires. Les femmes développent une conscience politique, se demandent ce qui se passe avec ce gouvernement. On a donc une dynamique qui commence avec la précarité économique. Les femmes ne protestent pas en tant que communistes, mais en tant que mères de famille.

Les violations des droits humains causent une recherche d’aide à l’étranger de la part de la classe moyenne. Des mouvements de solidarité en Europe, États-Unis, Canada se forment et tout le monde proteste.

La classe moyenne était au début contente avec l’intervention militaire puisque le Chili étaient chaotique en 1973. Mais lorsque la classe moyenne se rend compte de ce qui se passe, elle se pose des questions et cherche de l’aide. On a de nouveau la médiatisation de la répression, ce qui ajoute à la pression sur le gouvernement militaire qui aide à la campagne à l’étranger.

Pour Pinochet, dans les années 1980, on a une crise économique très grave. L’État doit intervenir massivement dans l’économie, ce qui est un échec de la politique néo-libérale. En 1981, on trouve que l’opposition à Pinochet, socialistes et démocrates-chrétiens, s’unissent et forment un front pour la démocratie. Pinochet tente avec une vague de répression en 1985-86 de calmer le conflit. Pinochet subit la pression de la droite qui se distancie et annonce qu’il va faire un plébiscite. Au départ, la gauche doute que Pinochet acceptera le résultat de la votation. On invite donc des observateurs internationaux aux élections pour vérifier les résultats.

L’opposition et le plébiscite de 1988[edit | edit source]

43% seulement votent pour Pinochet, alors que 55% votent pour des élections libres en 1989. Le PDC l’emporte. (voir slide ! )

La dictature et la « guerre sale » en Argentine : 1976 - 1983[edit | edit source]

Au début des années 1960, on a une radicalisation des mouvements sociaux, sous la pression de la révolution cubaine et de la guerre au Vietnam. Le coup d’État en 1976 veut rétablir l’ordre et poursuit des buts similaires à la dictature de Pinochet. On veut « éradiquer le Marxisme » avec plus de victimes qu’au Chili.

On a une instrumentalisation de la torture incroyable. On donne aux militaires les enfants de militants pour éviter que cela se transmette de génération en génération.

La pauvreté augmente dans les années 1980, surtout pour les ouvriers de la classe moyenne.

L’opposition et les mères de la Plaza de Mayo[edit | edit source]

L’opposition politique est impossible et impuissante. Les mouvements populaires et de la jeunesse sont en danger. Les seules qui font quelque chose sont les femmes, les mères de la Plaza de Mayo. Elles veulent le retour de leurs enfants et demandent aux autorités où ils sont passés. La réponse est négative, certaines sont même tuées ce qui mène à une radicalisation du mouvement des mères. En 1978, l’Argentine accueille la Coupe du Monde du Football, ce qui permet une médiatisation des protestations des mères de la Plaza de Mayo. Cela contribue à la pression internationale.

Beaucoup d’organisations non gouvernementales de défense de droits de l’homme interviennent également et cherchent une manière de retourner à la démocratie.

Les violations des droits humains et les pressions de l’étranger[edit | edit source]

Kissinger, au début en faveur du régime militaire argentin, met les militaires sous pression en les privant des armes dont ils ont besoin pour la répression. Carter et Reagan en 1985 pensent qu’il faut faire de la pression sur les Chiliens et Argentins. En 1983, l’Argentine commence une guerre avec les UK et sonnent la fin du gouvernement militaire. On assiste à la chute du régime et on fait un rapport « Plus jamais », qui rend compte des abus du gouvernement militaire. Le processus n’en reste pas là.

L’espoir des mouvements sociaux et les leçons de ces années sombres[edit | edit source]

Pendant ces 15 ans, le monde politique ne fonctionne pas puisque la répression ne permet pas l’opposition. Les mouvements sociaux prennent donc un rôle important et causent beaucoup d’espoir d’une transformation profonde du système politique. Mais cela ne marche pas de cette façon, les mouvements sociaux se fragmentent, les femmes se divisent dans des partis différents et l’on n’a pas de transformation radicale du système politique.

La société civile sera tout de même beaucoup plus active dans le processus politique, il reste des organisations non gouvernementales avec leurs revendications. Les mouvements sociaux se sont donc bien incorporés dans le système politique. La société civile ressort plus vibrante qu’avant.

En 1990, les 13 pays sous dictature de l’Amérique latine sont retournés à la démocratie. (Cuba reste le seul pays non démocratique)

La grande question du XXème siècle reste : quelle démocratie ?

Annexes[edit | edit source]

Références[edit | edit source]