La pensée sociale de Max Weber et Vilfredo Pareto
Max Weber
| Faculté | Faculté des sciences de la société |
|---|---|
| Département | Département de science politique et relations internationales |
| Professeur(s) | Rémi Baudoui |
| Cours | Introduction à la science politique |
Lectures
- Les approches en sciences politiques de Durkheim à Bourdieu
- Aux origines de la chute de la République de Weimar
- Les approches en science-politique : Max Weber et Vilfredo Pareto
- La notion de « concept » en sciences-sociales
- Marxisme et Structuralisme
- Fonctionnalisme et Systémisme
- Interactionnisme et Constructivisme
- Intérêts
- Institutions
- Idées
- Les théories de l’anthropologie politique
- La Guerre
- La Guerre : conceptions et évolutions
- La raison d’État
- État, souveraineté, mondialisation, gouvernance multiniveaux
- La Violence
- Welfare State et biopouvoir
- Institutions politiques I : Régimes politiques, démocratisation
- Institutions politiques II : systèmes électoraux
- Institutions politiques III : Gouvernements – Parlements
- Morphologie des contestations
- Régimes politiques, démocratisation
- L’action dans la théorie politique
- Introduction à la politique suisse
- Analyse des Politiques Publiques : définition et cycle d'une politique publique
- Analyse des Politiques Publiques : mise à l'agenda et formulation
- Analyse des Politiques Publiques : mise en œuvre et évaluation
- Introduction à la sous-discipline des relations internationales
- Introduction à la théorie politique
Max Weber et Vilfredo Pareto sont inscrits dans le champ sociologique et philosophique dans lesquels surgissent les questions sur le politique.
Pour arriver à analyser la question du politique, il a fallu d’abord s’interroger sur la question de l’analyse de la société. L’Homme est un être social, cela signifie que l’enjeu fondamental et la compréhension des relations entre les individus au sein de la société. Nos sociétés modernes nous confrontent à un autre paradoxe qui est celui d’une société faite d’individualités.
En s’intéressant à l’être social, on s’intéresse à la façon dont il gère ses relations avec les autres. On ne peut plus séparer le social des conditions politiques dans lesquelles il est géré. Cela permet de comprendre comment la sociologie nous amène vers la science politique. Dans la sociologie politique, on s’intéresse aux comportements politiques de l’individu.
Dès lors que Durkheim a posé le fait social et la gouvernementalité comme un postulat scientifique, il faut s’interroger sur la régulation sociale. La dimension politique de la société est omniprésente. Pour faire société et produire un sens collectif, nous devons nous intéresser à la manière dont le pouvoir se construit ainsi qu’à la notion de démocratie.
Qui dit société, dit organisation politique. Quand on regardait avant les sociétés traditionnelles, on ne pouvait voir que des individus sans fait politique. Aujourd’hui, on sait que toute société à une dimension politique, quelle que soit la nature de la société. Ainsi, on peut admettre que le politique organise les sociétés.
Le système d’organisation politique relevé d’une interaction entre le social et le politique. Cependant, il existe des sociétés où l’essence du politique disparaît, cela se produit au profit d’un autre pouvoir en passant d’un système de régulation à un système de relations basé sur la force et la violence. Dès lors, nous sommes amenés à nous interroger sur les fondements politiques d’une société qui ont pour vocation à établir des rapports dans une logique coercitive.
En partant de cette analyse, les sociologues admettent que la société est une organisation fondée sur le politique. Il est donc logique que du point de vue de la sociologie on s’intéresse au politique. On comprend alors pourquoi Max Weber et Vilfredo Pareto vont nous intéresser, c’est parce qu’ils s’interrogent sur les formes de gouvernement des groupes sociaux ainsi que sur les comportements politiques.
Max Weber : 1864 - 1920
La vie de Max Weber
Max Weber est né le 21 avril 1864 à Erfurt, en Allemagne, au sein d'une famille aisée et influente. Son père, Max Weber Sr., était un homme d'affaires prospère et politique engagé, tandis que sa mère, Helene Fallenstein, était issue d'une famille bourgeoise cultivée. Weber a grandi dans un environnement intellectuel stimulant et a été encouragé à poursuivre ses intérêts académiques dès son plus jeune âge. Après avoir terminé ses études secondaires, Weber a entrepris des études de droit à l'Université de Heidelberg en 1882. Cependant, il a également suivi des cours de philosophie, d'histoire et d'économie politique, ce qui a grandement influencé son développement intellectuel. Il a poursuivi ses études à l'Université de Berlin, où il a été exposé aux idées de grands penseurs tels que Wilhelm Dilthey et Heinrich Rickert.
En 1889, Weber a achevé sa thèse de doctorat intitulée "L'histoire des sociétés commerciales au Moyen Âge". C'était le point de départ de sa carrière universitaire et de son intérêt croissant pour la sociologie. La thèse démontrait déjà les prémices de son approche méthodologique, combinant une analyse rigoureuse des faits historiques avec une compréhension des facteurs économiques, juridiques et culturels qui ont façonné les sociétés médiévales. Au cours des années suivantes, Weber a occupé divers postes académiques et a continué à développer ses idées sociologiques. Il a enseigné à l'Université de Berlin et a publié des ouvrages importants tels que "L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme" (1904-1905) et "Économie et société" (1922). Ces travaux ont jeté les bases de la sociologie moderne et ont fait de Weber l'une des figures clés de cette discipline. L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme est considérée comme l'une des œuvres les plus influentes de Weber. Dans cet ouvrage, il examine les liens entre la religion protestante, en particulier le calvinisme, et l'émergence du capitalisme moderne. Weber soutient que les valeurs et les croyances religieuses ont joué un rôle crucial dans la formation du capitalisme en encourageant l'accumulation de richesses et en valorisant le travail acharné. En plus de ses travaux académiques, Weber a également été actif politiquement. Il a été membre du Parti libéral allemand et a occupé des postes administratifs dans le gouvernement. Cependant, ses opinions politiques et ses positions critiques à l'égard du nationalisme allemand lui ont valu des critiques et des difficultés. Max Weber a connu des périodes de maladie mentale tout au long de sa vie, qui ont souvent interrompu son travail. Il est mort de la grippe espagnole en 1920 à l'âge de 56 ans. Malgré sa vie relativement courte, l'œuvre de Weber a eu une influence significative sur le développement des sciences sociales et continue d'être largement lue et citée aujourd'hui.
Max Weber a joué un rôle clé dans le développement de la sociologie politique en examinant de près la structure de la société prussienne, qui était notoirement rigide et hiérarchisée. Il a mis l'accent sur la manière dont le pouvoir est structuré et exercé dans la société, et a développé des concepts tels que la "domination" et le "charisme" pour aider à expliquer ces dynamiques. Weber a enseigné à l'Université de Fribourg à partir de 1894, où il a donné des cours sur le droit et l'économie politique. Il a été particulièrement influent dans le développement de l'économie politique comme discipline académique, en mettant l'accent sur l'importance de l'entrepreneuriat et du comportement économique en général dans la compréhension de la structure et du fonctionnement de la société. Selon Weber, l'entrepreneuriat est une valeur fondamentale de l'économie politique car il représente l'innovation, le risque et la création de valeur, des éléments essentiels à la croissance économique et au progrès social. Cette perspective a eu une influence significative sur la manière dont l'économie politique est étudiée et comprise, et continue d'influencer la recherche et la politique dans ce domaine aujourd'hui. Weber a également été préoccupé par les effets de la bureaucratisation et de la rationalisation sur la société, des processus qu'il a vus comme des caractéristiques du capitalisme moderne. Il a craint que ces tendances ne conduisent à une "cage d'acier" de rationalité qui pourrait entraver la liberté et l'individualité humaine. C'est un autre aspect de sa pensée qui reste pertinent dans les débats sociologiques contemporains.
En plus de ses travaux sur le droit et l'économie, Max Weber a également publié un certain nombre d'études importantes en histoire, ce qui démontre l'étendue de ses intérêts intellectuels. Il a été un membre fondateur de la Société allemande de sociologie en 1910, qui a joué un rôle clé dans l'établissement de la sociologie comme discipline académique en Allemagne. Politiquement, Weber était un critique du régime prussien et un ardent défenseur de la démocratie. Il était particulièrement préoccupé par la centralisation du pouvoir et l'autoritarisme, et a milité pour une plus grande participation démocratique et pour les droits civiques. En 1918, Weber a été nommé à la chaire de sociologie à l'Université de Munich, une position qu'il a occupée jusqu'à sa mort. C'est pendant cette période qu'il a écrit certains de ses travaux les plus influents, y compris "Economie et société", qui a été publié à titre posthume.
Rationalité et domination
"Economie et Société" est probablement le travail le plus complet de Weber et l'un de ses derniers. Il a été publié à titre posthume en 1921, et il y traite de nombreux sujets, dont les formes de pouvoir et de domination dans la société. Selon Weber, le pouvoir est la capacité d'un individu ou d'un groupe d'individus d'imposer sa volonté, même en face de la résistance. La domination, en revanche, est une forme spécifique de pouvoir dans laquelle les individus se soumettent volontairement à l'autorité d'un autre parce qu'ils croient en sa légitimité.
Max Weber a accordé une grande importance à la rationalité dans sa compréhension de la société. Il a avancé l'idée que le monde moderne est de plus en plus caractérisé par la "rationalité légale", où les actions et les comportements sont guidés par des règles, des lois et des réglementations plutôt que par des traditions, des émotions ou des croyances irrationnelles. Cette rationalité se manifeste dans de nombreux aspects de la société moderne, notamment dans le comportement politique et la structure de l'État.
- Rationalité: Pour Weber, les comportements politiques sont largement rationnels dans la mesure où ils sont guidés par des calculs d'intérêts, par l'anticipation des conséquences des actions et par l'adoption de moyens efficaces pour atteindre des objectifs déterminés. Cependant, la rationalité de Weber n'est pas une rationalité parfaite ou pure; elle reconnaît que les individus peuvent avoir des informations imparfaites et que leurs actions peuvent être influencées par des facteurs non rationnels.
- Pouvoir bureaucratique: Weber voyait la bureaucratie comme une caractéristique essentielle de l'État moderne. Selon lui, un État moderne efficace nécessite une bureaucratie pour administrer ses lois et réglementations de manière cohérente et équitable. La bureaucratie est également nécessaire pour fournir les services publics dont dépend la société moderne. Weber a souligné que la bureaucratie moderne est caractérisée par une hiérarchie de l'autorité, une division du travail, des règles écrites et des relations impersonnelles. Pour lui, le lien entre politique et bureaucratie est donc essentiel pour le fonctionnement de l'État moderne.
Cependant, Weber était également conscient des dangers potentiels de la bureaucratie, notamment le risque d'"enfermement" dans une "cage d'acier" de rationalité qui pourrait éroder la liberté individuelle et la créativité. Il a souligné que, bien que la bureaucratie soit nécessaire pour la gestion efficace de l'État moderne, elle doit être équilibrée par d'autres formes d'autorité et de contrôle social pour prévenir l'excès de bureaucratie.
Weber a identifié trois sources distinctes de légitimité pour le pouvoir et la domination : la légalité, la tradition et le charisme.
- La domination légale ou rationnelle-légale : c'est celle que vous appelez "domination statuaire". Dans ce type de domination, l'obéissance est accordée aux règles légalement établies et aux personnes qui les appliquent. Cette forme de domination est typique des sociétés modernes où le pouvoir politique est exercé par le biais d'un système légal rationnel et impersonnel, comme vous l'avez bien expliqué.
- La domination traditionnelle : dans ce type de domination, l'autorité est accordée sur la base de la tradition et des coutumes établies. Les individus obéissent à un dirigeant non pas en raison de règles écrites ou de lois, mais parce qu'ils croient que c'est ainsi que les choses ont toujours été faites. Ce type de domination est souvent associé à des formes plus anciennes de gouvernement, comme la monarchie.
- La domination charismatique : ce type de domination est basé sur l'attrait personnel et le charisme du leader. Les individus suivent le leader non pas en raison de règles ou de traditions, mais parce qu'ils sont personnellement attirés par sa vision ou ses qualités personnelles. Cette forme de domination peut être instable, car elle dépend fortement de la personne du leader et peut disparaître à sa mort ou si son charisme s'estompe.
Chacune de ces formes de domination a ses propres forces et faiblesses, et Weber a soutenu que les sociétés réelles sont souvent caractérisées par une combinaison de ces trois types de domination.
La domination légale, ou rationnelle-légale, est le type de domination qui caractérise la plupart des sociétés modernes, où le pouvoir est exercé par le biais d'un système de lois et de règles impersonnelles et rationnelles.
Pour Weber, cette forme de domination est basée sur plusieurs principes fondamentaux:
- Tout droit peut être établi rationnellement : Pour Weber, la légalité découle de l'accord mutuel ou du consentement, généralement exprimé à travers un contrat ou un pacte. Cependant, il reconnait que même dans un système rationnel, il y a une part de subjectivité dans les processus de décision.
- Un droit est en essence un ensemble de règles abstraites : Ces règles sont généralement décidées de manière intentionnelle et sont conçues pour guider le comportement dans une variété de situations.
- Le détenteur légal du pouvoir doit lui-même obéir à l'ordre impersonnel : Même ceux qui sont en position d'autorité sont tenus de suivre les règles et les lois du système. Cela garantit que l'autorité est exercée de manière équitable et prévisible.
- Celui qui obéit, obéit à la loi : Dans un système de domination légale, les individus obéissent aux lois et aux règles, et non pas à une personne ou à une autorité en particulier. Cela garantit que l'obéissance est accordée à l'ordre impersonnel du système, plutôt qu'à la volonté arbitraire d'un individu.
Ces principes forment la base de la domination légale telle que Weber la conçoit, et ils soulignent le rôle central que joue la rationalité dans l'organisation et le fonctionnement des sociétés modernes.
Weber a mis en avant l'idée que la bureaucratie est un élément crucial des sociétés modernes, particulièrement dans le cas de la domination légale ou rationnelle. Cette bureaucratie est caractérisée par un ensemble de caractéristiques spécifiques :
- La spécialisation des tâches : chaque bureaucrate ou fonctionnaire a un rôle spécifique à jouer et une zone de compétence clairement définie.
- Hiérarchie de l'autorité : les bureaucraties sont organisées de manière hiérarchique, avec des niveaux clairs de subordination et de supervision.
- Règles et procédures formelles : les bureaucraties fonctionnent selon un ensemble de règles et de procédures écrites qui définissent comment les tâches doivent être effectuées et les décisions prises.
- Relations impersonnelles : dans une bureaucratie, les interactions entre les fonctionnaires et les citoyens sont impersonnelles, basées sur des rôles plutôt que sur des relations personnelles.
- Emploi basé sur les compétences : les postes dans une bureaucratie sont souvent attribués sur la base des compétences et des qualifications, plutôt que sur la base de relations personnelles ou de favoritisme.
- Séparation entre le rôle de fonctionnaire et la vie personnelle : les bureaucrates sont censés agir en fonction de leurs rôles officiels et non en fonction de leurs préférences ou sentiments personnels.
Ces caractéristiques permettent à la bureaucratie de fonctionner efficacement et de manière prévisible, ce qui est essentiel pour le bon fonctionnement d'une société moderne. Cependant, Weber a également noté que la bureaucratie peut parfois être excessivement rigide et inflexible, ce qui peut entraver l'innovation et l'adaptation au changement.
Max Weber a soutenu que pour exercer leur rôle efficacement, les bureaucrates doivent agir de manière dépersonnalisée, c'est-à-dire qu'ils doivent mettre de côté leurs préférences et leurs sentiments personnels et agir uniquement en fonction des règles et des procédures officielles. Cette dépersonnalisation est importante pour plusieurs raisons. Premièrement, elle garantit que les décisions et les actions sont basées sur des règles objectives et non sur des préférences personnelles ou des favoritismes. Cela contribue à l'équité et à la prévisibilité du système bureaucratique. Deuxièmement, la dépersonnalisation aide à maintenir une certaine distance entre le bureaucrate en tant qu'individu et son rôle en tant que représentant de l'État ou de l'organisation. Cela peut aider à prévenir les conflits d'intérêts et à assurer que le bureaucrate agit dans l'intérêt de l'organisation plutôt que dans son propre intérêt. Cependant, il convient de noter que cette dépersonnalisation peut aussi avoir des inconvénients. Par exemple, elle peut conduire à une bureaucratie rigide et inflexible qui est incapable de s'adapter aux circonstances changeantes ou de répondre de manière sensible et humaine aux besoins des citoyens.
Weber a identifié plusieurs éléments essentiels pour le bon fonctionnement d'une bureaucratie, dont :
- La nomination par contrat : Dans une bureaucratie efficace, les fonctionnaires sont nommés sur la base d'un contrat, qui définit clairement leurs rôles et responsabilités. Cela favorise la transparence et assure que les postes sont attribués sur la base de la compétence plutôt que du favoritisme ou du népotisme.
- La qualification professionnelle : Les bureaucraties modernes exigent un niveau de compétence professionnelle de plus en plus élevé. Les postes sont souvent attribués en fonction de l'expérience et des qualifications, et une formation continue peut être nécessaire pour maintenir et améliorer ces compétences.
- La rémunération fixe : Pour Weber, une rémunération fixe est essentielle pour garantir que les fonctionnaires sont motivés à faire leur travail efficacement et honnêtement. Cette rémunération doit être suffisamment élevée pour dissuader la corruption et favoriser l'intégrité.
- La fonction comme profession principale : Pour beaucoup de fonctionnaires, leur rôle au sein de la bureaucratie est leur principale profession. Cela signifie qu'ils sont entièrement engagés dans leur travail et sont prêts à consacrer le temps et l'énergie nécessaires pour le faire correctement.
Ces éléments aident à créer une bureaucratie qui est capable de gérer efficacement les affaires de l'État ou de l'organisation, tout en minimisant les risques de corruption ou d'abus de pouvoir.
La bureaucratie monocratique selon Weber est un type de bureaucratie est caractérisé par une centralisation du pouvoir et une formalisation rigoureuse des procédures et des rôles.
- Le nivellement par le recrutement universel : Weber soutenait que les bureaucraties devraient chercher à recruter les personnes les plus qualifiées pour chaque rôle, quelles que soient leurs origines. Cela peut conduire à une sorte de "nivellement", où la compétence professionnelle est valorisée au-dessus d'autres critères comme l'origine sociale ou la richesse.
- La tendance à la ploutocratisation : Toutefois, Weber a également noté que la nécessité d'une formation spécialisée peut conduire à une certaine "ploutocratisation", où ceux qui ont les moyens de suivre une formation longue et coûteuse ont un avantage. Cela peut potentiellement conduire à une concentration du pouvoir entre les mains d'une élite éduquée.
- L'impersonnalité formelle : Enfin, Weber a souligné que les bureaucraties sont caractérisées par une forte impersonnalité. Les décisions sont prises sur la base de règles formelles et de procédures standardisées, plutôt que sur la base de relations personnelles ou de préférences subjectives.
Ces caractéristiques peuvent aider à garantir que la bureaucratie fonctionne de manière efficace et équitable. Cependant, comme vous l'avez noté, elles peuvent aussi présenter des risques, comme la concentration excessive du pouvoir et la rigidité bureaucratique.
Éthique protestante et capitalisme
Weber attribue un rôle central aux faits religieux dans la constitution des civilisations et dans la généalogie de la rationalité occidentale. Il tente de montrer le processus de fonctionnarisation des sociétés. Ainsi il admet que la fonctionnarisation de la société est à l’origine des sociétés contemporaines occidentales. Elle imprime l’ensemble de notre existence, la complexification de la vie sociale amenant l’État à gérer de plus en plus loin la société. C’est une extension de la rationalité qui s’entend pour gérer les enjeux croissants de la société. L’intensité des dispositifs de gestion est étendue et sans limites.
Dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905), Weber s’interroge sur le rapport entre rationalité et religion. Il tente d’établir si et dans quelle mesure des influences religieuses ont pris part à l’élaboration qualitative et à l’expansion quantitative de l’esprit du capitalisme ainsi qu’à la construction des systèmes politiques. Il cherche à comprendre comment les effets d’ensemble influencent la société. Ainsi, il émet l’hypothèse que la religion serait une pensée de la rationalité, elle serait deux choses à la fois à savoir un obstacle et un stimulant.
Au fond, le capitalisme est une logique d’investissement territoriale afin de dégager de la valeur. Ce serait une disposition des hommes à conduire leur existence selon des voies spécifiques qui provient d’un processus rationnel. Pour Weber le capitalisme a eu besoin de la religion, car, selon sa thèse, sans la religion le capitalisme n’aurait pu existe. Il va se concentrer sur la relation entre la religion et le capitalisme en se focalisant sur le protestantisme en tant que doctrine religieuse ainsi que sur son lien avec le capitalisme.
Pour Weber, la « doctrine calviniste de la prédestination » est fondée sur la théorie de l’élu, c’est l’idée qu’il y a ceux qui sont reconnus par dieu et les damnés qui sont réprouvés. Il dégage un problème de la théorie calviniste qui est une dimension de l’insupportable puisque du vivant de l’individu il lui est impossible de savoir s’il est reconnu ou réprouvé. Dans cette fatalité de l’élection, il y a cette part de l’insupportable qui pousse l’Homme à trouver les propres voies de sa réalisation de sa reconnaissance.
Pour résoudre cette problématique de l’insupportable, l’Homme doit se donner l’illusion subjective de sa propre sujétion. Il faut qu’il fabrique une anticipation qui passe par un comportement.
Dans le protestantisme calviniste, l’Homme doit travailler beaucoup parce que c’est une valeur positive qui reflète la capacité à travailler pour dieu. Le travail n’assure pas la salvation, cependant l’activité professionnelle va donner le sentiment de pouvoir acheter son salut. Plus l’individu œuvre à son salut plus il a de chance de ne pas être réprouvé.
Cela aboutit à un fait de société qui fabrique un type de comportement qui donne au travail une valeur permettant de se sauver dans le cadre d’une logique ascétique. La production de valeur au sens capitaliste est réinvestie dans le système. Ainsi la fabrication d’une société de rationalité se structurerait à partir d’une interprétation religieuse qui est le protestantisme ayant pour résultat de produire un enrichissement important non pas personnel, mais vis-à-vis de dieu.
Cette théorie se construit en opposition au concept de jouissance. En engageant le travail de production de la valeur, l’individu crée et accumule le capital en plus d’avoir une approche puritaine de l’existence permettant de rencontrer Dieu. Ce qui est intéressant est que cette démonstration est crédible dans le cadre de son processus de détermination.
Le métier politique
Dans Politik als Beruf publié en 1919, Weber distingue deux façons de faire de la politique, vivre « pour » la politique qui serait le « but de sa vie » -- le « pour » a une dimension de don de soi-même et « de » la politique comme sa source de revenus, c’est donc vivre grâce à la politique. Cette nuance est fondamentale, car ces deux façons de faire de la politique ne se rejoignent pas nécessairement. Si on vit de la politique, une dimension éthique s’effondre. Cette opposition confronte un but existentiel et un but utilitariste.
Weber interroge dans les sociétés modernes la fonction de l’homme politique. Idéalement, l’homme politique doit être économiquement indépendant des revenus que l’activité politique pourrait lui procurer.
Au fond, tout système démocratique est fondamentalement compliqué parce qu’évidemment le système politique fonctionne sur des règles et des normes en opposant ceux qui peuvent faire de la politique de ce qui ne peut pas faire de la politique. C’est un paradoxe qui ne permet qu’aux riches de faire de la politique, ainsi les Hommes politiques se recrutent de façon « ploutocratique » (du grec « ploutos » : richesse). La politique doit être faite par des personnes ayant un capital important pour se consacrer à la politique.
Il s’interroge aussi sur comment construire un recrutement non fondé sur l’argent. Pour cela il postule que la politique doit être un espace de rémunération. D’un côté, il y a le risque de la ploutocratie, de l’autre le danger est de voir l’Homme politique faire du politique un métier.
Savoir si le politique relève d’un métier est une question centrale pour Weber. Il pointe ainsi du doigt la difficulté de la politique c’est-à-dire que c’est un ensemble de rivalités qui affaiblit la démocratie. Si la politique est un métier, cela induit un ensemble de savoir et de compétence. Le problème est l’institutionnalisation de la politique alors que le fondement de la démocratie est le peuple. L’un des dangers principaux est de faire du parti politique une structure inhérente à la société.
Weber questionne ces contradictions en pointant le risque de la démagogie. Depuis qu’il existe des démocraties, le « démagogue » a été le type du chef politique en occident. La démagogie moderne fait usage du discours qu’il manie avec habileté en particulier les discours électoraux.
Ces stratégies politiques mettent en exergue l’instauration de pratiques visant à conserver le pouvoir, c’est ce qu’on appelle spoil-system. Dans le spoil-system, tous les postes fédéraux sont attribués aux partisans du candidat victorieux. Des partis s’opposent les uns aux autres et fabriquent pour chaque campagne électorale un programme en fonction des chances électorales.
Cependant, pour faire de la politique, il faut faire preuve de qualités essentielles comme la passion, le sentiment de responsabilité et le coup d’œil.
Dans le politique qui peut être à la fois une vocation et un métier, Weber cherche les alternatives et à déterminer le rapport qui pourrait exister entre éthique et politique. Il s’interroge sur l’éthique dans le politique. La politique est violence, elle requiert donc de l’éthique c’est-à-dire un comportement moral. L’éthique est la capacité de se comporter avec une haute valeur morale.
Il distingue deux éthiques qui coexistent, mais s’opposent :
- l’éthique de conviction : elle est irrationnelle j’agis par conviction ; l’action doit s’engager par conviction qui elle-même garantie la finalité et la réussite. Elle se situe du côté de la foi, c’est une forme d’irrationalité
- l’éthique de responsabilité : elle découle d’un comportement rationnel, c’est ma responsabilité qui doit engager et guider mon action. Les conséquences de mes actes sont imputables à ma propre action. Je suis responsable au nom de la rationalité de mes actes. En agissant au nom de la responsabilité, il faut prendre des décisions relevant de la rationalité.
Dans le quotidien au sein des sociétés modernes on se retrouve tous à un moment donné dans un processus de décision. Eichmann pour se disculper utilisa l’argument de sa fonction afin d’évacuer toute responsabilité parce qu’il n’avait qu’obéi à des ordres.
Ainsi, Weber perçoit un certain nombre de limites à l’éthique en fonction du but poursuivi :
- éthique de conviction : forme d’irrationalité (ma conviction, ma foi) ainsi selon l’adage de é, « la fin justifie les moyens » ;
- éthique responsabilité : forme rationnelle ; je peux mettre en péril le salut de mon âme. Je peux prendre au nom de la rationalité des mesures qui peuvent aller à l’encontre de la morale et de la raison.
Les enjeux éthiques montrent que, quel que soit le dispositif d’action il faut avant tout penser son action, il faut faire des choix en conscience et part de la conscience. La rationalité pure ne peut être acceptable. L’éthique est un choix individuel il n’est pas réductible à une pensée et à des choix collectifs.
Vilfredo Pareto : 1848 - 1923
La vie de Vilfredo Pareto
Vilfredo Pareto fut directeur de la Compagnie des Chemins de Fer de Rome en 1890, puis il décide de consacrer le reste de sa vie à l’écriture, à la lecture, et aux sciences sociales. Pareto se lance alors dans une croisade solitaire contre l’État et l’étatisme. En 1893, il succède à Léon Walras en tant que professeur d’économie politique à l’Université de Lausanne.
Société et histoire
Dans son Traité de sociologie générale publié en 1916, Pareto postule que « l’histoire des sociétés humaines est, en grande partie, l’histoire de la succession des aristocraties ». C’est un système fondé sur un ensemble d’acteurs et d’organisations sociales hiérarchiques.
Il distingue trois grandes « classes de faits » qui sont associées :
- la crise du sentiment religieux ;
- la décadence de l’antique aristocratie ;
- l’émergence d’une nouvelle aristocratie.
Pour Pareto, la société n’est pas homogène et n'est égalitaire qu'en apparence. Pour lui, elle perdure grâce au fait qu'une hiérarchie sociale persiste (hétérogénéité sociale). La société est donc en équilibre instable et fondé sur des rapports sociaux anarchiques et complexes.
Pareto s’intéresse aux changements fondamentaux qui affectent la société moderne et la démocratie. Il observe plusieurs symptômes qui génèrent des contradictions entre les acteurs :
- l’affaiblissement de la souveraineté centrale et le renoncement des facteurs anarchiques ;
- la progression rapide du "cycle de la ploutocratie démagogique"[1].
Les élites et le pouvoir
Le concept d’élite existe toujours, mais le problème fondamental est que les plus riches veulent garder le pouvoir tandis que les plus pauvres rentrent en conflit avec les plus riches. Un mode de gouvernance démagogique est instauré afin de mener des politiques populistes pour apaiser les masses.
Selon Pareto, l’organisation politique est toujours et nécessairement hiérarchique repartie entre classes gouvernantes et classe gouvernée. La fonction du politique est de gérer ce rapport entre classe gouvernante et classe gouvernée.
La définition de l’élite d’après Pareto est quiconque qui réussit dans une branche quelconque. Les individus qui forment l’élite se constituent en tant que classe privilégiée étrangère à tout principe d’égalité, car cela irait à l’encontre de la gestion de son pouvoir et de ses intérêts.
Il distingue aussi une dichotomie plus subtile au sein de l’élite elle-même qui est séparée entre élite non gouvernementale et élite gouvernementale
Le concept d’élite politique est postulé par la classe dirigeante selon trois critères :
- aptitude à prendre le pouvoir : la manière dont se construit la démarche pour accéder au pouvoir
- aptitude à la légitimité : construction de la légitimée à travers une idéologie, la mise en place de mythes, en faisant appel à la morale et à la religion afin d’élaborer un concept de mobilisation
- aptitude à conserver le pouvoir
Ainsi, l’élite ne s’organise pas sur un principe d’égalité, mais de domination qu’elle cherche à pérenniser à travers des processus de passations et d’alliances. La classe dirigeante est marquée par le principe de l’habilité, c’est-à-dire par le concept de réseau. On observe alors un tempérament politique qui cherche à acquérir les moyens du pouvoir. Quoi qu’il en soit la conquête du pouvoir reste une épreuve de force.
En interrogeant le fait social, Pareto explore les comportements et politiques qui permettent de réinterroger la société.
Annexes
Références
- ↑ Vilfredo Pareto (1891-1929), MYTHES ET IDÉOLOGIES url(texte complet): http://classiques.uqac.ca/classiques/pareto_wilfredo/mythes_ideologies/mythes_ideologies.pdf
